Cette fois-ci, quand ils transplanèrent dans le champ à deux kilomètres du refuge des Londubat, la subtilité était le moindre de leurs soucis. Ils gardèrent tous leur baguette allumée et se dirigèrent vers la maisonnette au pas de course, Remus et Sirius à l'avant, Dumbledore et McGonagall qui le suivaient, rapides malgré leur grand âge.

Quand ils grimpèrent une colline et aperçurent le refuge, ils se permirent un soupir de soulagement. Quelques lumières étaient visibles par la fenêtre – Dumbledore leur avait dit par Patronus de faire comme si de rien n'était –, mais tout était paisible, aucun cri, aucune lueur de sortilège. Vous-Savez-Qui n'était pas encore arrivé, Merlin merci.

— Peut-être qu'il n'a pas encore trouvé l'endroit exact, dit Remus, faisant inconsciemment écho aux pensées de Sirius. Après tout, Peter a bien dit qu'il ne lui avait donné que des impressions vagues…
— Je n'y compterais pas, répondit Dumbledore, qui venait d'arriver à leur hauteur. Voldemort est bien des choses, mais il n'est pas stupide. Il a des espions dans le bureau des Aurors, j'en suis certain, et il finira bien par trouver cet endroit. Et quand il le fera, nous l'attendrons.

Sur ce, ils se remirent en route, d'un pas un peu moins pressé, mais tout aussi soutenu.

Ils arrivèrent bientôt à la porte. Dumbledore avait à peine levé le poing pour cogner que celle-ci s'ouvrit sur un Kingsley Shacklebolt à l'air sérieux. Les quatre nouveaux arrivants pénétrèrent dans la petite maison et se joignirent à ce qui commençait déjà à être une petite foule dans le salon. Augusta et Alice étaient assises face au feu, cette dernière avec Neville sur ses genoux. Frank était dans le chambranle de la porte qui menait à la cuisine, en discussion avec Sturgis Podmore, et Elphias Doge, qui devait venir d'arriver, posait son manteau sur le dossier d'une chaise. Quand Kingsley arriva avec Dumbledore, McGonagall, Sirius et Remus, la pièce semblait sur le point de déborder.

Tous ceux qui étaient déjà arrivés tournèrent vers Dumbledore des regards inquiets dès qu'ils le virent.

— Est-ce que c'est vrai, Albus ? demanda Augusta Londubat. Est-ce que Celui-Dont-Ont-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom sait où est Neville ?

Les bras d'Alice se serrèrent autour de son fils. Kingsley tourna la tête à ce moment et disparut à nouveau vers l'entrée.

— S'il ne le sait pas en ce moment, je crois fermement qu'il le saura bientôt.
— À cause de ce foutu petit rat, cracha-t-elle. Si je l'avais sous la main, je le –
— Tout est de ma faute.

Tout le monde se tourna vers Sirius, abasourdi. Il avait à peine murmuré ces paroles, mais tous l'avaient entendu aussi clairement que s'il les avait criées, même Maugrey qui venait d'entrer dans le salon à la suite de Kingsley.

— De quoi tu parles, Sirius ? demanda Remus.
— C'est dans mon esprit qu'il a trouvé les indices à donner à Vous-Savez-Qui. J'ai vu son Patronus, j'avais la preuve qu'il mentait pour le 31 octobre, mais j'ai mis trop de temps à comprendre. C'est à cause de moi que vous êtes en danger ce soir.

Personne ne brisa le silence qui leur tomba dessus après cet aveu, jusqu'à :

— Et c'est moi qui ai dit à James et Lily de prendre Pettigrow comme gardien du secret. Je leur ai dit que s'ils me choisissaient moi, ça serait trop évident.

Les poings serrés, Sirius n'avait pas levé les yeux du parquet pendant qu'il parlait. Après un moment, une main se posa sur son bras.

— Je sais que c'est comme ça que vous le ressentez en ce moment, dit Dumbledore, mais ce n'est pas de votre faute du tout. Personne n'avait deviné que monsieur Pettigrow travaillait pour Voldemort. Et vous savez, si on est tous là ce soir, c'est grâce à vous aussi. Mieux vaut tard que jamais, comme on dit.

Sirius lui adressa un petit sourire, même s'il n'était pas vraiment réconforté, et se jura que plus personne ne mourrait, ni ce soir ni dans le futur. Pour rattraper ses erreurs – ses nombreuses erreurs –, il allait faire tout son possible pour que la guerre se termine cette nuit. La prochaine fois qu'il verrait Lily, ça serait pour lui annoncer qu'elle n'avait plus à craindre pour Harry.

— Quelqu'un arrive ! appela Kingsley depuis le porche.

Tous se précipitèrent dans l'entrée, et virent que Hagrid était arrivé à son tour.

— J'ai entendu des gens transplaner après moi, expliqua-t-il. J'ai eu juste le temps de m'éclipser, ils m'ont sans doute pas vu. Sinon ils m'auraient tué. Mais ils doivent pas être loin derrière moi.

Aussitôt, Dumbledore se tourna vers les membres de l'Ordre.

— Frank, Alice, Augusta, enfermez-vous dans la chambre avec Neville. Nous ferons tout pour que personne ne se rende jusqu'à vous, mais au cas où, barricadez-vous autant que possible.

La famille Londubat ne se le fit pas dire deux fois et disparut aussitôt vers l'intérieur de la maison avec un début de pleur de Neville, qui semblait avoir senti la tension des adultes.

— Elphias, Minerva et Maugrey, derrière la maison. Kingsley et Rubeus, à l'avant avec moi. Messieurs Podmore, Lupin et Black, à l'intérieur.
— Et on vient en renfort si on entend des cris, dit Sirius.

Dumbledore et Kingsley affichèrent un sourire tendu.

— Exactement, monsieur Black.

Puis, avec un dernier « bon courage à tous », le directeur indiqua à chacun de s'installer au poste qu'il leur avait indiqué. Les trois jeunes hommes fermèrent la porte de la maisonnette et retournèrent dans un salon maintenant silencieux. Ils jetèrent un coup d'œil à la porte de la chambre fermée derrière laquelle ils entendaient Frank et Alice déplacer des meubles pour barricader la porte, le bruit noyant même les pleurs de Neville, puis s'installèrent aux deux fenêtres, Remus et Sirius à celle qui faisait face à l'avant de la maison et Sturgis à celle du côté. Ils ne voyaient plus que les silhouettes de leurs collègues qui patrouillaient à quelques mètres d'eux, tout juste à l'intérieur de la barrière du jardin et des protections qui avaient été érigées autour du refuge.

Ce n'était pas leur première mission au nom de l'Ordre du Phénix – loin de là. Mais celle-ci avait un goût différent, une véritable possibilité d'être la dernière, et la tension qui régnait dans le salon n'était pas la même que celle de leurs autres aventures. Les trois jeunes hommes ressentaient un mélange d'appréhension, d'inquiétude, et – oui – d'excitation.

— Vous croyez qu'ils seront combien ? murmura Sturgis.
— Peut-être que Tu-Sais-Qui viendra seul, encore une fois.
— J'en doute, Remus, répondit Sirius. Ils font sans doute moins confiance à Peter qu'on le faisait, nous. Ils doivent s'être dit qu'il y avait une bonne chance qu'on soit au courant et qu'on soit prêts pour lui.

Il plissa les yeux et fixa le haut de la colline sombre, mais il ne voyait toujours personne.

— J'espère qu'ils seront le plus possible. Comme ça on pourra en finir une bonne fois pour toutes.

Remus lâcha un petit rire sans humour, et au même moment ceux qu'ils attendaient firent leur apparition. Sirius compta rapidement les lumières qui s'approchaient d'eux à toute vitesse, chacune indiquant une baguette : ils étaient quinze. Plus nombreux que les membres de l'Ordre présents, mais ça non plus ce n'était pas nouveau. Sirius ne s'en inquiétait pas.

Les Mangemorts commençaient déjà à attaquer, même en courant dans le champ. Ils lançaient vers la bulle de protection des maléfices de toutes les couleurs, et tous voyaient bien que celle-ci ne durerait pas éternellement. Sans doute éclaterait-elle avant même que les attaquants ne soient rendus à proximité de la maison ; un trou était déjà percé à la hauteur de la cheminée et s'élargissait à vue d'œil. Les membres de l'Ordre qui formaient un mur à l'avant lançaient des sortilèges de renfort vers le ciel, et les jeunes hommes dans le salon entendaient Doge, McGonagall et Maugrey faire pareil à l'arrière de la maison. Sirius fit à peine un demi-pas vers la porte avant de sentir la main de Remus se poser sur son avant-bras.

— Dumbledore nous a dit de rester ici, Sirius, dit-il d'une voix grave.
— Mais ils ont besoin…

Son ami le regardait en secouant la tête, et Sirius finit par abdiquer avec un soupir.

— D'accord.

Ils retournèrent s'installer devant la fenêtre qui faisait face à l'avant de la maison, et virent que durant la dizaine de secondes qu'avait duré leur petite confrontation, les Mangemorts étaient arrivés. Ils se tenaient presque le nez contre le mur de protection et lançaient plus d'insultes que de sortilèges – ils n'avaient plus besoin d'attaquer, la bulle se détruisait d'elle-même, ils n'avaient plus qu'une trentaine de secondes à attendre, au plus.

— Vous voyez Vous-savez-qui ? demanda Sturgis.

Sirius et Remus plissèrent des yeux et examinèrent la rangée de sorciers vêtus de noir qui leur faisait face. Remus fut le premier à le repérer.

— Il est là, vers la droite. Entre Nott et… c'est ta cousine, Sirius ?

Le jeune homme tourna les yeux dans la direction que désignait son ami, puis hocha gravement la tête. Bien sûr que Bellatrix Lestrange était là. Il serra sa main sur sa baguette. Il espérait pouvoir lui souhaiter personnellement la bienvenue ce soir.

Le silence tendu qui résidait dans la maison ne dura que quelques secondes. Quand les protections flanchèrent, les Mangemorts se précipitèrent sans hésiter vers Dumbledore, Shacklebolt et Hagrid, et la nuit s'illumina alors que les sortilèges se mélangeaient aux cris des combattants. Remus vit quelques formes sombres se glisser sur les côtés de la maisonnette et, quelques instants plus tard, ils entendirent une nouvelle confrontation derrière eux.

Quand des coups violents se firent entendre à la porte de la chambre, les jeunes hommes sursautèrent et brandirent leur baguette, mais entendirent alors la voix de Frank qui les appelait. Sturgis s'approcha de la porte et décrit aux Londubat ce qu'il se passait à l'avant de la maison.

Sirius, quant à lui, reporta son attention sur sa cousine. Depuis son arrivée, Bellatrix Lestrange se battait férocement avec Kingsley Shacklebolt. Au début de leur confrontation, elle avait eu un autre Mangemort à ses côtés – son mari peut-être, Sirius n'avait pas réussi à le reconnaître sous sa capuche –, mais il fut ravi de voir, à son retour à la fenêtre, que Bellatrix était seule et qu'un corps était maintenant étendu à sa gauche. Sirius envoya des félicitations mentales à Kingsley, mais au même moment, sa cousine lança plusieurs sortilèges à la suite, très rapidement, dont le dernier, un éclair vert, frappa l'homme en pleine poitrine. Elle laissa échapper un cri de victoire alors que Kingsley tombait à la renverse, au même moment où Sirius et Remus criaient de rage. L'espace d'un instant, ses yeux noirs se tournèrent vers la fenêtre du salon. Elle rencontra le regard de Sirius et ses lèvres s'étirèrent en un sourire carnassier alors qu'elle commençait à se diriger vers la porte. Dumbledore et Hagrid avaient les mains pleines, ils ne pouvaient l'en empêcher. Tout reposait sur les épaules des trois jeunes hommes dans le salon.

Sans dire un mot, Sturgis, Remus et Sirius se placèrent autour de la porte qui séparait le salon de l'entrée, baguettes brandies bien haut devant eux, prêts à mourir avant de laisser qui que ce soit passer la frontière qu'ils formaient devant la porte qui renfermait les Londubat. Dans le silence tendu qui occupait le salon, ils entendirent clairement la porte d'entrée qui s'ouvrait, les pas de Bellatrix qui se dirigeaient vers eux.

Puis son rire.

— Sisiiiiiiii, chantonna-t-elle, usant du surnom qui énervait tellement Sirius quand il était enfant. Tu es prêt, mon cher cousin ? Je savais bien qu'un jour ça finirait entre toi et moi. Je te l'avais dit, tu te souviens ? On devait avoir cinq ou six ans. Je t'avais dit que je te tuerais un jour.

Elle apparut dans l'embrasure de la porte, sa baguette devant elle, et embrassa du regard a scène qui se présentait à elle. Remus à sa droite, Sturgis à sa gauche, Sirius devant elle, et, derrière lui, la porte qu'elle voulait atteindre. Qu'elle devait atteindre.

— C'est entre toi et moi, cousin.

Sirius savait ce qu'elle voulait : qu'il joue le héros et qu'il dise à ses amis de la lui laisser. Un jour, peut-être, c'est ce qu'il aurait fait. Il avait été un Gryffondor, et il avait été stupide.

Mais pas aujourd'hui.

Sans ce concerter, les trois jeunes hommes lancèrent l'attaque. Un instant surprise, Bellatrix ne put d'abord que se défendre tant bien que mal, reculant même de quelques pas alors qu'elle parait les sortilèges féroces de ses adversaires. Sirius se demanda un instant si ça serait si facile, mais sa cousine se reprit, et tout d'un coup c'était elle qui attaquait, maniant sa baguette avec une rapidité déconcertante et gérant ses trois adversaires comme s'il n'y avait rien de plus facile.

Tout se déroulait en même temps très rapidement et avec une lenteur presque langoureuse. Pour les quatre occupants du salon, c'était comme si plus rien n'existait autour d'eux, leur bataille était la seule chose importante. Il n'y avait aucun instant de répit entre les sortilèges et les maléfices qui fusaient d'un côté comme de l'autre, le vert croisant le rouge, le bleu explosant contre le jaune.

La sueur coulait librement sur leurs fronts, ils avaient la voix rauque à force de crier et ils avaient l'impression d'avoir été là pendant des heures quand Remus et Sturgis lancèrent en même temps des Stupéfix vers Bellatrix. Celle-ci put parer le premier, mais elle n'eut pas le temps de bloquer entièrement le second, qui l'atteignit dans l'estomac et la fit reculer et se cogner au mur. Devant elle, Sirius vit sa chance et n'hésita pas une fraction de seconde.

— Avada Kedavra !

Le jet qui sortit de sa baguette était d'un vert brillant. C'était la première – et, espérait-il, la dernière – fois qu'il utilisait un sortilège impardonnable. Bellatrix était la personne idéale sur qui tester leur efficacité.

Le sortilège la frappa en plein centre de sa poitrine et elle tomba par terre comme une poupée de chiffon, ses cheveux noirs lui retombant sur le visage. Sirius baissa lentement sa baguette, un peu abasourdi par ce qu'il venait de faire.

— Eh bin, dit-il d'une voix faible. Finalement, c'est moi qui t'ai eue, hein. Connasse.
— Sirius, viens, on va aider devant, appela Remus, qui était déjà à la porte.

Sortant de sa transe, le jeune homme hocha la tête et suivit son ami, ne manquant pas de ficher un coup de pied à la tête de sa cousine en passant, pour bonne mesure.

Avant qu'ils ne puissent sortir sur le porche, néanmoins, un hurlement suraigu leur vrilla les tympans, suivi par une énorme explosion. Puis, tout devint noir.