Chapitre VIII

Plus ou moins convaincu que ma dernière décision s'avérerait être sage et bénéfique, je me suis engagé dans un sombre escalier en colimaçon qui, je le souhaitais ardemment, me conduirait peut-être sur le chemin de la sortie. Aussi étonnant cela puisse-t-il sembler, malgré toute la... blancheur des lieux, j'ai constaté que jusqu'à maintenant, cet étroit passage vers l'étage inférieur était particulièrement sombre - pour ne pas dire que j'ai descendu les marches une à une de peur de mettre les pieds sur ma robe trop longue et d'ainsi trébucher. C'aurait bien été la pire chose qui puisse m'arriver - après le fait de m'être retrouvé coincé dans un cabinet de toilette avec Demyx, cela va de soi. Enfin bon, laissons cette mésaventure derrière nous, si vous le voulez bien.

M'étant remis sur pattes depuis peu de temps seulement, déjà mes jambes me faisaient souffrir autant qu'à peine une heure plus tôt. Aucune résistance, quoi. Aussi l'air était-il étouffant et rendait la chose encore plus désagréable - pas que je sois claustrophobe, mais personne ne se serait plu dans de telles conditions. Incommodé de me trouver dans une telle situation d'inconfort, je me suis vu plutôt soulagé non seulement d'atteindre le bas de l'escalier mais également de me retrouver face à une porte qui n'avait rien à voir avec celles des autres pièces par lesquelles j'étais tout juste passé ; celle-ci était de bois marbré, gravée de motifs excentriques - de quoi m'intriguer au point de me donner davantage l'envie de poursuivre mon chemin dans cette direction. Plus lourde que je ne l'imaginais, je l'ai poussé avec précaution, n'ayant toutefois pas la certitude que personne ne m'attendait de l'autre côté. La porte s'est ouverte sur un vaste corridor beaucoup mieux éclairé malgré l'absence de toute forme de lumière. Autre fait intéressant : les murs avaient une teinte différente, soit un tantinet plus foncée qu'à l'habitude. Voilà qui a suffi à me motiver : cela me mènerait sans doute à quelque chose de plus important - une sortie, une autre pièce, n'importe quoi ; entendons-nous que rien ne pouvait être pire que les lieux que j'avais précédemment visités. Hélas, j'ai réalisé plus tard que j'avais tort de croire une telle chose. Vous comprendrez évidemment en temps et lieux... si vous êtes suffisamment patients.

Curieux, je me suis avancé dans cette nouvelle allée dans l'espoir fou d'y trouver une véritable issue, ignorant que cela était plutôt improbable. Mis à part la nuance de la couleur des murs qui me tenaient prisonnier, ce passage n'avait rien de particulier, sinon qu'il menait à une porte plus imposante que la première. Cela conduisait-il sur le monde extérieur? Était-il possible que je me voie libéré de ma captivité dès le moment où je franchirais cette porte? Distrait par cette illusion d'éventuelle évasion, j'ai toutefois négligé, à mon plus grand désavantage, le bruit des pas précipités dans l'escalier dont j'avais bêtement laissée ouverte la porte, derrière moi.

Soudainement animé d'une grande crainte, je me suis précipité sur celle-ci dans le but de la refermer afin d'empêcher mon assaillant de me repérer... Et puis quoi? Vous allez me dire que ce n'était pas très malin de ma part, j'ai pas raison? Je vous l'accorde, c'était bien inutile d'agir ainsi - mais, j'ai du mal à croire que vous auriez trouvé mieux à faire avec le peu de temps dont je disposais pour... attentez une minute, je n'ai pas à me justifier! "L'erreur est humaine", et je ne suis théoriquement pas humain, ce qui par conséquent signifie que ce n'était pas tellement une erreur mais plutôt... une gaffe, voilà. Bon, ça suffit ; retournez donc à mon récit, bande d'éternels insatisfaits. Maladroit que je suis - ou plutôt, que j'étais, à l'époque - je me suis trop précipitamment retourné et me suis viré la cheville, connaissant pour une seconde fois, en l'espace d'une heure à peine, cette désagréable sensation de douleur suffisant à me déstabiliser et me faire oublier d'achever mon geste étant donné que je m'attardais désormais à cette insignifiante partie de mon corps qui me faisait considérablement souffrir.

Tout cela pour en venir au fait qu'au moment où j'ai relevé la tête et que j'ai vu apparaître devant moi un Xigbar spécialement contrarié, je me suis tout de même rassuré de constater que ce n'était pas l'individu le plus terrible sur lequel j'aurais pu tomber et qu'au bout du compte, je n'étais pas sur le point de connaître la plus grande tragédie qui soit. Du moins, pour mon compte ; lui semblait plutôt découragé. Vous vous seriez sans doute marré.

"Ah, tu me fais perdre mon temps, s'est-il exaspéré, manifestement dépassé par ma soi-disant audace. Y'a à peine une heure que je t'ai laissé seul et déjà, tu trouves moyen de te mettre dans le pétrin! Tu as du cran, toi.

- À chacun son utilité, j'ai répondu, un peu moqueur. Toi, tu fais de ton mieux pour me convaincre d'être soumis et obéissant ; moi, je te remets les choses en face, soit le fait que ton autorité n'est aucunement crédible et je me fais ainsi le plus grand des plaisirs à te contrarier et te faire du tort. Qu'est-ce que tu en dis, mon vieux?"

Son impassibilité s'est vite transformée en impatience.

"Arrête un peu avec tes belles paroles, tu veux? Et puis, mets-toi bien une chose dans la tête, mon bonhomme : je suis responsable de toi alors il est pas question que tu me causes du trouble, entendu? C'est donnant-donnant : le respect, ça se mérite.

- Prouve-moi que tu mérites mon respect, dans ce cas.

- Numéro huit, tiens-toi tranquille, c'est clair?" s'est-il emporté.

Je m'apprêtais à lui lancer une autre raillerie jusqu'à ce que surgisse de l'ouverture derrière Xigbar le tout-puissant maître de la maison. J'ai soudainement perdu de mon sang-froid à la vue de Xemnas - et je me suis alors juré de ne plus me prendre la tête comme je venais de le faire. La preuve qu'on est soi-même indigne de sa propre confiance. J'avoue m'être étonné de l'enthousiasme dont m'a ensuite témoigné Xemnas, en particulier parce qu'il a pris mon parti plutôt que celui de ce vieux clown.

"Allons, Xigbar, a-t-il calmement commencé, s'avançant à notre rencontre. Il nous faut témoigner d'indulgence envers nos nouveaux arrivants, n'est-ce pas, très cher?

- Encore heureux qu'il ne soit pas allé plus loin! a protesté Xigbar, grincheux.

- Il serait irraisonnable de notre part d'espérer leur coopération alors qu'ils se trouvent tous les deux dans un état plutôt instable, vous ne croyez pas?"

Tandis que Xemnas avait momentanément porté son attention sur Xigbar, j'en ai profité pour adresser à ce dernier qui, lui, m'observait, un sourire témoignant d'une grande satisfaction, et ce tout en m'efforçant d'être le plus provocateur possible. Il s'est contenté de grogner, et Xemnas s'est retourné vers moi à nouveau.

Ce qu'il venait tout juste de dire n'était pas tout à fait erroné, bien qu'il s'agissait une fois de plus de ces grandes paroles inspirant une fausse confiance ; j'étais effectivement dans un état d'instabilité indéniable, notamment du fait que je me trouvais dans l'impossibilité de trouver un prétexte rationnel à ma fuite mais aussi parce que j'éprouvais une très grande frustration face à un tel échec. Outre cela, il était presque réconfortant de savoir que je ne serais pas sévèrement puni pour mon geste imprudent.

Tout cela m'a alors fait songé à Demyx qui se morfondait probablement encore dans la salle de toilette où il était enfermé en compagnie du plus charmant individu qui soit - si, du moins, personne ne les avait trouvés... ce qui, à bien y penser, était peu probable. Je n'ai pas osé demander ni à un, ni à l'autre, ce qu'il était advenu de ces deux-là, mais je ne peux vous cacher que j'avais drôlement hâte de connaître quelle tournure avaient pris les événements. Quoiqu'il en soit, je restais fier d'avoir usé d'une telle ruse et je devinais qu'on ne mettrait plus à l'épreuve mon savoir-faire.

Après un court instant de silence, la voix de Xemnas, toujours aussi emplie d'une telle quiétude, m'a tiré de mes profondes réflexions.

"Et si Axel se joignait à nous pour le dîner? a-t-il suggéré, poursuivant sur son ton d'un calme impressionnant. Nous nous apprêtions justement à passer à table."

Oh, chouette. Un souper en compagnie de l'Ordre. Visiblement, j'étais plus que choyé... C'est d'ailleurs dans ces moments-là qu'on songe au fait qu'une toute petite négligence, aussi banale puisse-t-elle être, aurait évidemment pu être évitée et alors, on s'en mord les doigts.

Ainsi, l'exception confirme la règle : l'erreur est humaine, et malgré cela, je réalisais que je n'en étais pas pour autant à l'abri.