Les trente marches descendantes, je les ai survolées, bien plus rapide que tous les autres en dépit de mon handicap. Dans ma tête, j'essayais de réunir les principes de bases du massage cardiaque et du bouche-à-bouche, que je n'avais pas pratiqué depuis des années. J'étais déchirée entre le refus catégorique de m'avouer vaincue, et la peur panique de me retrouver avec tous ces sentiments dont je ne pourrais rien faire de plus que tirer un deuil impossible, virtuel. Sans dire un mot, une petite voix dans ma tête priait pour qu'il revienne, pour que je trouve quelque chose, pour que ce ne soit pas terminé, pas comme ça, pas sans adieux, pas sans la possibilité d'un dernier échange. J'étais prête à échanger mon monde, ma vie, mes amis, mes parents, ma famille, Lana, tout le monde pour avoir une dernière chance pour lui dire comme je m'étais tabassée à lui. Comme je m'étais prise à ses repliques cinglantes, comme j'avais ri chaque fois qu'il était le plus volontaire de tous les dindons de toutes les farces. Comme j'avais été touchée de sa façon de prendre soin de moi alors que rien ne l'y obligeait. Comme m'avoir fait succomber si vite, alors que je suis la plus bornée des idiotes et que mon sens du grand amour est ridicule et stupide et biaisé par ce que j'avais pu vivre par le passé.

Je prenais en pleine gueule l'adage qui voulait qu'on ne réalisait la valeur des choses, des gens qui nous entouraient que lorsqu'on était sur le point de les perdre, et je m'en voulais, oh comme je m'en voulais de ne pas avoir tenté quelque chose de plus fou, de ne pas avoir su saisir ma chance alors qu'il avait posé toutes ses cartes à découvert sur la table de jeu, et que je savais qu'il ne précipiterait pas un coup de ma part, mais qu'il l'avait encouragé. Et tout ce que j'avais trouvé à faire, c'était de tourner autour du pot et de craindre d'engager des sentiments disproportionnés, comme si je pouvais établir une relation de qualité-prix basée sur l'intensité et le temps passé ensembles. A force de penser, j'avais fini par condamner au silence la partie de moi qui me rendait vivante. Je venais de perdre, probablement pour toujours, la possibilité d'échanger la passion contre la raison, et je me rendais compte, pendant ces trente marches moribondes, que je m'étais trahie moi-même. J'avais tiré un trait sur ce que Snow tentait tant bien que mal de m'apprendre il n'y avait pas vingt minutes. Que je n'étais pas éternelle non plus. Que tomber amoureuse était le plus grand des risques, mais aussi celui qui pouvait apporter le plus beau. Que l'intensité primait sur la longueur. Que chaque instant était précieux. Qu'elle avait compris le sens des choses. Qu'ils l'avaient tous compris.

Je me détestais, plus que je ne l'avais jamais fait.

Je serrais dans ma main, aussi fort que possible, mon téléphone porteur des pires nouvelles. Il allait falloir l'annoncer aux autres, le dire à Emma, continuer a rester à flot et à aider les autres en me sachant depossédée de quelque chose qui s'approchait de la magie.

Derrière moi, les autres avaient ralenti, me laissant entrer seule dans l'appartement glacé. Ou peut être que la trouille viscérale avait décuplé mes capacités à marcher, a courir quand le danger était présent.

Danger...C'était ce que mon esprit avait conditionné comme acceptation de la vérité. Comme si la vraie vérité, celle qui était froide, terminale et sans possibilité de survie, comme si les quatre lettres du pire de tous les mots avaient décidé de ne pas se joindre les unes aux autres, pour anesthésier la douleur qui était, là, encore une seconde ou deux, en suspend.

Comment faire le deuil de quelque chose d'avorté, qui n'a été vécu qu'a moitié ? Comment survivre à ce coup du sort bête et méchant. Si méchant. Et puisque mes sentiments et toutes mes émotions étaient au mois aussi abruties que moi, c'était comme si j'avais lâché toutes les vannes, celles que je persistais à retenir quand il était encore vivant.

Et c'était trop tard.

J'étais le plus gros gâchis d'amour de cette putain de planète.

Il y a des moments dans la vie qui sont décisifs. Des moments qui vous changent pour toujours. Des moments qui, a l'instant même où ils arrivent, souvent sans laisser de préavis, vous laissent avec la certitude que votre existence, telle que vous la connaissez, s'est achevée dans ce point fixe du temps, et que les morceaux de vous qui se sont éparpillés sur le sol sont votre nouveau point de départ. Ce qui reste de vous qui est vivant va devoir s'adapter à un boulversement absolu. Ce qui fait de nous ce que nous sommes, c'est notre capacité à reconstruire en permanence ce que la dernière comète a detruit, a refaire du solide avec de la poussière. Ceux qui relèvent la tête et refusent de se laisser couler sont ceux qui accueillent avec la même force et la même ferveur l'apocalypse et le paradis. Ceux qui embrassent les unions et les deuils avec la même vie, et ne laissent pas la vie continuer sans eux. Ceux qui voient arriver la tempête sans courir le plus vite possible dans la direction opposée, mais posent leurs racines dans le sol, aussi profondément que possible, et laissent l'orage couler sur eux en ayant la certitude que quelque chose va survivre. Ceux qui prennent à bras le corps tout ce qui les terrifie, et, faute de triompher dessus, trouvent une place où les faire exister ailleurs que sur leur chemin. Ceux qui acceptent, lorsqu'une chance se présente, de la saisir et de ne plus jamais la lâcher, et d'en payer le prix. D'en payer tous les prix. Il y a des moments, dans une vie, qui ne pourront jamais s'oublier. Les tragédies les plus obscures, les plus incompréhensibles, les plus injustes ne sont jamais que le bras armé de quelque chose qui doit continuer à vivre, a tout prix.

-You have to be fucking kidding me.

J'ai mis un moment avant de comprendre ce qui se passait dans ma chambre. Mais en lieu et place des larmes qui s'étaient préparées pendant trente marches à couler, mon sourire s'est dessiné d'une oreille à l'autre, tant et si bien que j'en avais des crampes.

A ma décharge, je n'avais pas vraiment eu la chance de le pratiquer ces dernières heures.

Si mon téléphone avait cessé de capter une activité cardiaque, c'était parce que cet abruti avait trouvé le moyen de se réveiller et avait probablement perdu le capteur en tentant de se lever. Et, réalisant probablement son état certain de faiblesse, il avait fini par se retourner et se couvrir d'un oreiller, virant au passage une quantité de glace proche de l'iceberg qui avait coulé le titanic, débranchant tout ce qui avait été branché, et je n'entendais qu'une supplication vague venant de dessous le coussin.

-This is the worst hangover I have ever...Ever had.

J'avais parcouru le dernier mètre qui me séparait du lit, les poings sur les hanches, au bord de la crise de fou rire la plus salvatrice de toute mon existence.

-Maybe, just maybe, because, you complete moron, it's not a damn hangover.

Je n'entendais qu'un vague grognement depuis mon oreiller, qu'il maintenait de sa main, et une phrase étouffée incompréhensible. J'ai tiré le coussin, mais il a renforcé sa prise dessus.

-Too much light. Gah, I must be dying. I'll never drink again.

Je décidais de le prendre au mot.

-Ever ?

-Nah, just today. Maybe.

J'avais trouvé une solution révolutionnaire pour guérir tous les ivrognes notoires de la planète : le traumatisme crânien avancé. Ou pas. J'ai profité de ce que qu'il perdait de poigne sur l'oreiller pour lui retirer, et envoyer balancer à l'autre bout de la pièce les deux autres qui étaient posés sur mon lit.

-It's not a hangover.

Il a ouvert rien qu'un oeil sur moi et avait récupéré son foutu sourire canaille.

-Trust me, love, it is.

-Trust me...Love, it's not.

-I've never been called "love" before.

A mon tour de sortir le sourire canaille.

-There's a first to everything, get used to it.

Je ne devais pas l'entraîner sur ce terrain-là, pour deux raisons. La première, c'était parce que je devais absolument m'assurer de l'absence de séquelles neurologiques-et vu le bordel qu'il avait foutu à lui seul en moins de deux minutes, il n'était probablement pas plus fou qu'hier soir. La deuxième, c'était parce que je savais que jouer à son jeu allait l'encourager à continuer.

Et ça n'a pas loupé. Il s'est, de la manière la plus pataude possible, retourné de façon à être couché sur le côté, et tapotait l'espace libre de lit entre lui et moi, avec l'expression de malice la plus irresistible dans les yeux.

-Then come in bed with me, love.

Derrière moi, ils étaient tous les cinq plus ou moins entassés dans l'encadrement de la porte, d'une façon qui tenait presque au cartoon. La tête de Lana était juste en dessous de celle de Graham, qui était à côté de celle de Ruby, et de celle de David, elle-même au dessus de Snow.

-Hello, losers !

David a gardé pour lui un rire-un rire partagé par tout le monde.

-So he's alive, then ?

-Yes he is.

Il s'est senti obligé d'appuyer mon propos en criant comme un dingue.

-Fine and dandy !

-No brain damages ?

Là, pour le coup, il s'était relevé, sans trop saisir le sens de la question de David, alors que je combattais moi-même le pire fou rire de mon existence.

-Aside from the fact he's just invited me to join him into bed, I don't think so.

-Hell yeah I did.

-He does not remember, does he ?

-Remember whaaaaaat ?

Je me suis retournée de trois quarts, de façon à garder David, Graham et les filles dans mon champ de vision, mais qu'il ne puisse pas attraper mon regard où j'allais craquer pour de bon.

-That you danced on Marco's coffee table.

Nouveau grognement pas impressionné. Je me suis retournée complètement, le sourire vicieux vissé aux lèvres.

-Then you started to get rid of your clothes.

Même réaction.

-Won't be the first time.

David et Graham ont eu une expression quasi dégoutée, alors que Snow tentait de se representer le spectacle, penchant la tête de côté, et que Lana et Belle pouffaient. David a baissé les yeux vers sa femme, qui n'étais même pas gênée.

-Snow !

Si quelqu'un ne le faisait pas taire de suite, ça allait finir en incident diplomatique-ou en tentative de meurtre. David a attiré tous les autres sur le palier, et je les suivais un instant.

-Okay. We're getting back on the rooftop, good luck with...That.

Et depuis l'autre côté du mur, le miraculé continuait ses insinuations douteuses.

-She won't need luck with me, mate !

C'était de pire en pire, et je n'en pouvais plus de me retenir de rire.

-You're a pig !

-Yeah, but a handsome one, love.

Les autres étaient déjà en train de remonter, et David me regardait avec une petite lueur dans les yeux. Celle de la victoire à laquelle personne ne croyait. Il a baissé le ton de sa voix, pour éviter que Fifty Shades Of Hook ne continue avec ses allusions de plus en plus douteuses.

-Are you okay ?

Je n'ai pas pu m'empêcher de laisser glisser une larme de soulagement, au travers de mon sourire le plus éclatant, le plus expressif, le plus généreux.

-I'm fine. I'm more than fine.

-You saved him.

-Yeah...Yeah, I did. Oh my god, I did.

Et histoire d'achever mon retour à la joie de vivre, ça a de nouveau braillé depuis la chambre.

-Don't make me drag you to the bed !

David et moi nous sommes regardés avec une expression à mi-chemin entre le choc et l'hilarité.

-Okay, I've changed my mind, get me a frying pan, I'm going to finish him off.

David a éclaté de rire, avant de me prendre par les épaules, cette attitude fabuleusement rassurante transpirait de lui.

-This is your chance.

-I won't miss it. I'm still going to knock him down but I won't miss it. Oh, and, David ?

Il avait monté les deux premières marches qui menaient au toit.

-Yeah ?

-Enjoy the sunrise for me. And please, call your daughter.

Je lui ai lancé mon téléphone. Maintenant, je n'en avais plus besoin. Plus pour ça, en tout cas.

J'ai quand même pris deux minutes, dans le couloir, pour reprendre mon souffle et poser mes émotions. Je n'en revenais tout simplement pas. C'était un miracle, au sens littéral du terme. Et pendant ces deux malheureuses minutes, il a fait au moins trois allusions graveleuses.

-I nearly liked you more when you were dying.

Je m'étais assise au bord du lit, poussant du pied la pile de sachets de glaçons qui étaient en train de fondre. Au moins, cette fois, mes dires l'avaient calmé.

-Sorry, love, but...What ?

-You're unbelievable, you know that ? You wake up surrounded with improvised medical stuff, with a twenty centimeters wound on your abdomen and a concussion on your head the size of Texas, and you don't ask yourself any question ?

-Well, now that you say it, it's...Weird.

Il a posé sa main sur le pansement, qui avait tenu le coup miraculeusement, et commençait à déchanter.

-Weird's not exactly the word, Killian.

J'avais perdu en amusement et gagné en gravité, au moins le temps qu'il ne se rende compte de ce qu'il avait frôlé de si près.

-What's the last thing you remember from yesterday's evening ?

L'effort lui coûtait visiblement, et il avait la main sur le front en signe évident de migraine importante.

-I don't know. I remember Marco's and the yellow thing he gave us, and I do remember kissing you...

Aha. Retour aux joues en feu. Et maintenant que j'avais baissé les armes, je savourais.

-And after that ?

-I don't know. Erin, I have no idea what happened between then and now.

-You got attacked, you donkey. We both got attacked.

Il avait complètement cessé de faire le pitre, et portait sur moi un regard chargé de gravité. Il a posé sa main sur mon genou, et j'ai enlacé mes doigts aux siens, incapable de comprendre comment en un instant, tout avait pu basculer du bon côté. Je ne parvenais pas à croire que c'était de mon seul fait. Quelque chose d'autre avait du aider, forcément, et à force de me rappeler ce qui s'était passé et comment cela s'était passé, les larmes me montaient de nouveau aux yeux-à croire que je m'abreuvais directement dans un océan, toute mon eau persistait à sortir de mon organisme sous forme de larmes.

-You took a damn hit to save me, and then the thing that is after us all pushed you down the floor. You got knocked down by a piece of concrete and you've been unconscious for five hours. We...I...

Je ne parvenais pas à continuer à parler encore. Ma gorge était serrée, et semblait se gonfler de chaque mot que je ne parvenais pas à prononcer. Pourtant, le pire était passé, mais il était passé de si près que d'avoir à le lui relater si tôt demandait à mes émotions-qui étaient en train de partir en feu d'artifice absolu-une energie et un détachement que ni elles ni moi n'avions pour le moment.

-The odds were all against you. You were...

J'ai désigné un espace quasi inexistant entre mon pouce et mon index.

-This close to die.

Et toute la peur, toute la tension, toute l'angoisse me sont tombées dessus d'un coup, et je venais seulement là, à ce moment-là, de réaliser ce qui venait de se passer, et ce à quoi il avait reussi à échapper. J'essayais de ne pas le regarder dans les yeux, parce que personne ne pouvait, à cet instant-là, garantir de ce que serait ma réaction si nous échangions un regard, mais je continuais de garder ma main serrée dans la sienne, avant de la relâcher et de me relever, me donner une contenance, ancrer mes pieds dans le sol pour parvenir à faire passer le flot continu d'emotions, avant de finir noyée, depassée, incapable de réfléchir un minimum.

Finalement, après un temps de reflexion certain, passé à réaliser l'ampleur réelle de ses blessures, il s'est levé lentement-ce qui confirmait que sa tête allait décidément bien mieux que je pouvais oser l'espérer-et, tenant doucement mon menton du bout de ses doigts, m'a forcée à le regarder, chose que je ne me sentais pas capable de faire encore, mais je n'ai pas vraiment eu le choix.

Salut, les papillons.

-Erin, I'm fine.

-But I...I...Thought I lost you.

Oh, ce soulagement. Celui d'avouer, même a demi-mots, même sans vraiment le dire, quelque chose qui avait galopé dans mon être toute la soirée, toute la nuit, alors même que je tentais de me battre pour deux, et pour lui sauver la vie. C'était sorti tout seul, sans intention de le dire, juste parce qu'il fallait le dire, et parce que ça me bouffait de l'intérieur.

-But you didn't.

-But I didn't.

Les mots semblaient avoir un poids plus conséquent en anglais, et avoir sur moi des pouvoirs magiques.

-You didn't. Beside a huge headache, I feel fine. And I'm a little dizzy.

-I might last a few days. Let me see your neck...

Il n'a pas posé de questions, et a baissé sa tête, prouvant qu'il n'avait pour ainsi dire plus aucun symptôme. J'ai posé mes doigts glacés sur l'arrière de son cou, appuyant sans trop de force sur les vertèbres.

-Does it hurt ?

-Not at all.

Sauf que, forcément, sa chemise n'était pas revenue comme par magie, et je me retrouvais serrée contre lui, son torse nu contre moi, et clairement, cela foutait un certain bordel dans la hierachie de mes papillons. Papillons qui ont pris le contrôle de mon corps alors que ma main indemne s'aventurait près de son coeur, qui n'avait maintenant besoin d'aucune forme de captation technologique pour prouver sa robustesse...Ou son activité. Le mien battait à tout rompre. Enfin, j'espérais qu'il n'allait pas tout rompre, parce que, franchement, mourir là, à cet instant donné, aurait été un sacré revers du destin.

-You have such pretty eyes, Erin.

Ca m'a fait sourire.

-This proves that you did hurt your head pretty badly.

-How so ?

Plus nous nous rapprochions, plus, proportionnellement, nos voix baissaient jusqu'à finir en chuchotements.

-You'd never have noticed my eyes before.

-I noticed them the second we met.

Si en plus il devenait romantique, je sentais bien que mes papillons n'allaient pas se calmer de sitôt.

-Please say something inappropriate or I'm going to start thinking you really damaged your brain.

-I'm not always inappropriate.

-Yes you are, you woke up inappropriately.

-I had an audience to entertain.

A vu de nez-le cas de le dire-il y avait entre nous moins de cinq centimètres. Selon les lois de la gravité, je présumais, chaque phrase nous avait engagé à nous rapprocher encore. J'en avais mal dans la poitrine tellement mon coeur battait fort, et mes papillons s'étaient transformés en tigres enragés, incapables de comprendre pourquoi personne n'osait briser notre rapprochement.

-Oh for fuck's sake I can't take it anymore.

Et, plus audacieuse que je ne l'avais jamais été, j'ai initié ce putain de baiser qui, s'il avait pris dix secondes de plus pour arriver, aurait fini par me tuer, moi, d'anticipation et de désir.

Et cette fois, c'était autrement moins retenu et moins chaste que les deux précédents. La faute aux papillons.

-Who's inappropriate now, eh ?

-I am inappropriate in a gentle, balanced, measured way.

Ca l'avait fait rire.

-The hell you are !

-I am. Now go back to bed, you need to rest, idiot.

-That's rude !

-Yes it is.

-I'm not tired.

-I don't care.

-I won't sleep.

-Yes you will.

-No I won't.

-Yes, you will.

-I won't stay in bed.

-I'll tie you up.

Le sourire canaille. Panique chez mes papillons.

-I'll let you.

-I'm technically your doctor, so you do as I say.

Regard surpris, questionnements, puis, d'un coup, il a compris. Et il m'a serré dans ses bras, avec autant de force que ses batteries salement déchargées le pouvaient, et seigneur, j'aurai bien passé ma vie entière comme ça.

-Please. I almost lost you once, I don't want to do it again.

Il m'a souri, du vrai sourire de Killian, et non pas de la grimace de charmeur de Hook. Et...Woa. Mes papillons étaient repartis de plus belle.

-Ok, Erin.

-Not calling me "love" anymore, hmm ?

-I only call "love" people I don't...

Oh, my. Please, say it. I am begging you to say it. I am begging you to feel it.

-Love.

En fait, David était bien allé chercher la poêle à frire, mais c'était moi qui venait d'en prendre un grand coup en pleine tête. A la Flynn. Mes papillons étaient tous tombés, foudroyés. Et parce que je n'avais rien à ajouter, parce que les mots ne voulaient pas sortir, parce que j'étais dans un état proche de l'Ohio, j'ai sorti de mon chapeau le coup du baiser-ruse ultime pour éviter d'en dire plus, et protéger ce moment que j'allais chérir pour le restant de ma vie, que cette histoire ne dure qu'un jour ou qu'elle vive une eternité.

-Come on. You need to rest.

Son équilibre n'était pas forcément convainquant, mais je gardais en mémoire qu'il avait eu une sacrée descente chez Marco, et je ne pouvais pas attribuer ses pas hésitants à sa blessure. De toutes façons, la base même de ce que j'avais besoin de savoir pour m'assurer que son état était bien meilleur était là : il parlait, ses souvenirs étaient organisés-l'oubli de son agression n'était pas tant physiologique que psychologique-sa personnalité n'était pas, mais alors pas du tout altérée, et j'étais presque certaine que sa soudaine douceur toute récente n'était que normale, cachée dérrière cette armure de comédie et de provocation qui n'était, finalement, qu'un méchanisme d'auto-défense bien huilé. Et cet imbécile avait beau faire le mâle, je savais qu'il était épuisé, et je savais qu'il allait s'endormir avant même d'avoir pu dire quoi que ce fut. Bingo. Moins d'une minute.

-C'était bien la peine de faire le coq, tiens...

J'ai éteint les lumières, fermé la fenêtre, ramassé les glaçons et déposé un baiser sur son front-parce que je pouvais le faire, ce qui était...Extraordinaire. Je suis allée déposer les sachets et les bacs à glace dans la cuisine, et Ruby s'est réveillée en sursaut.

-I'm sorry.

-That's okay, don't worry, I am too exhausted to stay awake but too worried to sleep.

Dans la salle, tous les autres dormaient toujours, dans un relatif silence.

-And Leroy's snoring.

Effectivement.

-How is...

-He woke up and so far, he's doing incredibly well.

D'un coup, les traits de Ruby se sont détendus, enfin, à ce que je pouvais en dire dans le noir.

-Oh my god, really ? He's going to be okay ?

-Well, if he's not bouncing off the walls for a few days, and he's going to need some rest, but he made it through. I still have no idea how, but he did.

Ca, c'était vrai. Sur un plan purement...Médical, c'était du 98% de chances de ne pas s'en sortir, ou alors, avec des dommages irreversibles. Cela ne pouvait pas avoir dépendu que de moi. C'était...Ca ne tenait pas la route, voilà tout. Pas du tout.

Ruby a eu un petit rire, qui a réveillé Granny, qui a réveillé Leroy, qui a réveillé tout le monde, et avant que je n'ai compris ce qui se passait, tout le monde s'est retrouvé sur le toit-sauf la belle au bois dormant, qui n'avait pas conscience une seule seconde qu'un étage au dessus, tout le monde célébrait plus ou moins sa survie. Je regrettais qu'il ne s'en soit pas rendu compte. Sous les piques et les regards de biais, sa place parmis eux n'était plus a prouver, et même Rumple était soulagé-et ça, c'était plutôt phénoménal. D'une manière presque gênante, ou au moins, tout à fait bizarre, j'étais moi aussi célébrée comme une sorte d'héroïne. Ce que je n'étais pas, je n'avais fait qu'appliquer un certain nombre d'apprentissages appliqués à une situation. Je n'avais pas l'impression de mériter ces embrassades et ces câlins et ces remarques joyeuses.

Derrière nous, la nuit s'est petit à petit peinte de nuages mordorés, orangés, rose et violet, et la beauté du spectacle à fait progressivement taire tout le monde. Personne n'avait jamais vu un lever de soleil aussi spectaculaire, et pendant quelques minutes, nous étions entourés de touches de toutes les couleurs, même vert alors que des nuances de bleu et des nuances de jaune se touchaient. Un vent léger soufflait, et les températures ne semblaient plus si basses. J'avais la sensation curieuse que j'étais en communion parfaite avec la nature, que rien ne pouvait me toucher, que quelchose de moi s'étalait sur ce ciel incroyable.

Pour la première fois depuis longtemps, je me suis sentie envahie, inondée d'une sensation de paix absolue. Mon esprit était calme, mon corps ne faisait plus si mal, et puis...Et puis j'avais cédé a quelque chose de plus fort que moi, mais sans abandonner. Je ne m'étais pas sacrifiée. Je m'étais rendue avec bonheur, prête a embrasser ce qui allait me tomber dessus, prête à profiter sans me rendre folle à force de prévisions, de plans sur la comète, de futurs avortés. J'avais embrassé l'adage du Carpe Diem. Et même si, au fond de moi, une petite voix hurlait que j'allais me brûler les ailes à force de tant vouloir voler, je la faisais taire. Je l'ignorais.

Assise, seule, à table, alors que les autres regardaient le ciel en petits groupes, quelqu'un a posé sa main sur mon épaule. David. Il s'est assis à côté de moi.

J'adorais cette relation que j'avais avec lui. Il incarnait tout ce que je n'étais pas, et son ton paternel sans être paternaliste me faisait un bien fou. Pourtant, notre différence d'age n'était que minimale, mais sa force tranquille me rappelait mon grand père, que j'avais perdu il y a quatre ans. Et au lieu d'être un rappel de ma perte et de mon deuil mal digéré, il avait plutôt un genre d'aura rassurante.

Si...Enfin, quand nous serions séparés par la force des choses, ce qui arriverait forcément, il me manquerait beaucoup. En fait, tous me manqueraient, pour quelque chose. Et je réalisais comme, en dépit du fait que nous n'étions ensemble que depuis à peine deux jours, la série m'avait conditionnée à une certaine amitié envers eux, d'une certaine façon qui était propre à chacun, et qu'au final, trois saisons et des poussières avait, curieusement, eu pratiquement le même effet que si je les avais cotoyés tous les jours, en ville, à la fac, chez le médecin, au cinéma. Notre spontanéité, à moi et Lana, avait réussi a simplifier grandement tout le côté bizarre des relations humaines de groupe à unité, ou d'unité à unité. On avait passé en acceleré les premières étapes d'une amitié normale avec tous, plus ou moins. Et même si je ne passais pas autant de temps que je le souhaitais avec tous, je les aimais en tant que groupe, je n'avais pas de préféré.

Bon, d'accord. Pas entièrement vrai.

Mais les avoir autour de moi me rendait étrangement joyeuse, et maintenant que les choses étaient revenues à la normale-pour au moins quelques heures-je parvenais à apprécier cela. David s'est enfoncé dans sa chaise, les bras croisés.

-Strange night, isn't it ?

Snow, Belle, Lana, Ruby et Graham étaient pris dans une discussion plutôt animée, ponctuée de grands rires, pas très loin de nous. Lana était en train de leur raconter une histoire dont j'ignorais tout, et les quatre autres étaient absolument hilares. Cela a fini par attirer Rumple, puis Granny, puis finalement tout le monde, et avant même qu'elle n'ai eu le temps de s'en rendre compte, elle tenait un véritable one-woman show, sur le toit de notre appartement, devant une audience captive et au bord du fou rire. David a couvé des yeux le groupe, avant de me regarder.

-I can barely process it yet. It's going to take me quite some time, actually. Usually, nights are made to sleep, here.

Nous avons échangé un rire, alors que le groupe entier venait d'éclater d'un rire sonore et coloré. Heureusement qu'il n'y avait personne-oui, à cette seule exception près, mais il devait dormir bien trop profondément pour se rendre compte qu'on faisait une garden party sur le toit-en dessous, et que la plupart des gens dans les immeubles d'en face dormaient encore. Après tout, nous n'étions que dimanche matin, et définitivement trop tôt pour justifier d'une fête.

-So...

-He's out of the woods.

Grimace de David.

-Strong choice of words !

-I know, right ?

Sourire partagé.

-Technically, he's a miracle. We need to make sure that he's not...You know, being himself for the next few days, since resting is a great part of the healing process, but his memories are fine, he talks...Like the damn pirate he is, and he did not lost any of his, erm, questionable manners.

-I don't think it's only a miracle...

J'ai soupiré.

-David, I...I did nothing spectacular.

-You saved one of us. And no matter what you think, we all owe it to you. And we're lucky to have found you and Lana.

-Did you call your daughter ?

-Yes we did. She told us to thank you. One more who seems to believe that you did save him. We're starting to be quite a lot, don't you think ?

-Listen, David, I won't change my career path. Tonight, the odds were in our favor, obviously, but what if i had failed ?

-See. If Hook had died, you would have believed that it was your responsability. But you don't want to accept that you are, actually, the one who saved him.

-Oh, my. You're right.

Et il avait carrément raison, et présenté comme ça, je réalisais comme il avait raison. C'était comme si il avait allumé la lumière dans un coin de ma tête qui était dans l'obscurité jusque là. David a continué d'argumenter, et plus il avançait dans sa logique, plus la lumière était forte, et plus je me rendais compte de l'immensité de la pièce.

-You have a special bond with him...And it took the best out of you to find a solution, even deprived from most of modern medical technologies. You decided that you would not let him go, and you did everything you could to reach that aim. You worked a miracle. It's your miracle. And I bet he does not know.

-He knows what needs to be known.

Je l'ai regardé, un peu penaude d'être si obtue, exactement comme je l'aurai fait auprès de mon grand père.

-You remind of someone, David.

J'avais attiré son attention, et il avait une expression drôle et mystérieuse sur le visage.

-My grand father. And please, don't take it the wrong away, you're far more handsome and young...But you have the same soul. There is an aura of calm and wisdom that surrounds you, and he was just the same.

J'ai vu dans ses yeux qu'il était touché.

-Whenever life was tough with me, he was the first person I needed to talk to. He would not give me the solutions to fix my problems, but he would empower me with his stories and his lessons about how to get the best out of everything. He was such a fantastic person.

-You miss him.

-I lost him a few years ago. He had a heart attack while walking his dog. As harsh as it can sounds, he was the most important person of my family, and losing him in such a sudden way was byond devastating. But there is something that is just like him in you, and...I don't know, I thought that it was just right to tell you that you remind me of someone who I consider was the most amazing person.

-And I'm glad you did. I really am, Erin.

Soudainement, une sorte d'indicible tristesse est venue m'enserrer la poitrine.

-I'm going to miss you all more than I care to admit once you'll be back to Storybrooke.

Il a posé sa main sur mon bras, touché par mon émotion soudaine. J'en avais les larmes aux yeux.

-It might take a while, and I don't see it happening anytime soon.

-You don't know about that. Once we find Regina, I believe that her magic combined to Rumple's one will probably change things a lot. It might be able to send you all home within a blink of an eye.

-You have faith in Regina. That's not something very common. Usually, people are afraid of her. But you seems to believe that she's innocent, and that she's pretty much...Our savior ?

-I do believe that she's going to be of great help, but I would not see her as a savior. There's one only, and nothing will ever change that, no matter how far she is.

-Where do you think Regina is, right now ?

-Safe and sound somewhere, I hope, because if the thing who nearly killed Killian finds her, things are going to get a whole lot more complicated. We need to resume our search as soon as possible, and not only for her, but for the others who are out there, somewhere, with little to none ideas of what happened to them.

D'un même mouvement, alors que Lana avait relâché son public et était assise sur un plaid, contre le bord du toit, avec Graham et semblait aux anges, David et moi avions regardé à l'horizon, la ville immense, et la forêt encore plus grande au loin.

-As much as I hate to say so, you need to go home as fast as possible.

-Why the rush ?

Mon téléphone était posé sur la table, et je l'ai attrappé, et en quelques secondes, j'ai montré à David un mail d'alerte google que j'avais reçu dans la nuit, et que j'avais à peine eu le temps de consulter alors que je m'esquintais à sauver Hook.

-The serie was supposed to resume next week for the new season. Since the show is quite a hit of ABC, they decided to try a new 30-episodes long format that would cover the summer, something they've never did before. So the premiere was scheduled for November, 6th. But it's postponed, and we have no reasons why. I believe that this curse is also affecting the life of the show. And it's dramatic.

Il était en train de lire l'alerte. Il n'y avait pas d'informations, pas de grèves des auteurs, juste un mot de la part de la production pour dire qu'ils avaient à repousser la diffusion du premier épisode de la nouvelle saison, et qu'ils ne savaient pas précisément quand ils pourraient le faire. Je n'étais pas allée sur les réseaux sociaux, mais je savais que toute la fanbase devait être dans une situation impossible.

-So...Does that means that what we're going at Storybrooke is directly affecting the show ?

-Yes. Somehow, your lives are being reflected on the show, and I don't think that the show can even exist without you all.

-And...Why is it dramatic ?

-Oh, David. If only you knew the number of fans you and your alter egos have...You would be overwhelmed for the rest of your life. There are hundred of thousands fans, everywhere, that are living for the next episode. Once a year, all of the actors are holding a panel at the Comic-con...

-Comic con ?

-Let's just say that it is a giant event where every fans from every shows go and get to ask the actors and the creators some questions and to meet them, and it's happening every year, and your panel is one that drives people crazy. Once Upon A Time has some of the best ratings of the channel, and everywhere, people worship this version of you.

-This is all so strange...To think that people are actually enjoying watching us. It's a little scary, too.

-And what is dramatic is how the current lack of show is going to affect most of them.

David a croisé ses bras.

-I don't get how it's going to be dramatic.

-Because people rely on you. They are escaping their own lives, and the tragedies paired with it, through yours, and they are in need of your happy endings to believe in theirs. Fanbases are often built from people who found something life-saving in other people or things, be it musicians, actors, movies, books, art, or TV shows. You give them an insight of how things can be if you believe in them, and you give them hope. I know you did for me. I was going through something ugly and tough, and you gave me something to just hold onto. When my world was being shaken and twisted upside down, I knew I could always run to my DVD boxsets and within a minute or two, I'd be back somewhere familiar, where, even when things are hideous, good things happens. And a couple of hours later, I was just feeling better. And that's something that I want, from the bottom of my heart, to give you all when you're going to live. The knowledge that, for a lot of us, it's what is keeping us one step away from going mad. It's what is keeping us afloat, and those 45 minutes per week are making us stronger enough to defy the world.

David était boulversé, et, alors que je ne m'en rendais pas compte, ils avaient finalement tous entendu ce que je venais de lui dire. Je ne me suis rendue compte des attitudes et des expressions profondément touchées qu'en relevant les yeux vers eux, et je cessais alors de m'adresser à David seulement. Lana m'avait rejoint, hochant la tête à ceux qui essayaient de comprendre.

-You have no idea how happy I am to have this insane, this crazy chance of being among you, but I'm thinking about all of the others who are, right now, begging for the situation to get back to normal, and to have their little piece of weekly heaven back in their lives. It would be the most selfish thing ever to try to keep you more with us, and less with them. Some people...A lot of people can not afford to lose you, because a piece of themselves might get lost too, and it might be the one piece that is keeping them alive.

J'ai eu besoin d'un instant pour reprendre ma respiration, et Lana a doucement pressé mon épaule.

-What Erin is trying to tell you is that...This world is far more cruel and tough than Storybrooke will ever be, because you have your happy endings, and they almost always happens. Something protects you, and maybe it's magic, maybe it's the unalienable faith that you are all going to get through anything that's thrown at you. Almost always. Over here, it's almost never. The fight is permanent, and you can lose everything faster than you will ever realise. We don't do happy endings. None of us do...Happy endings. We do okay. We survive. We get through losses and diseases and accidents and bullying and violence and hatred, on a daily basis. All of us. We walk among the tombs, and we are just looking for a relief. Any kind of relief.

J'ai laissé une larme couler le long de mes joues, alors que le ciel se couvrait déjà, estompant les dernières couleurs du lever de soleil.

-We need to get you home.

J'ai essayé de ne pas les regarder, tellement cela me coûtait de les imaginer repartir. Surtout un.

-We need to get all of you home. And, Graham, please, we're definetely going to try to shake things up to save you, but please, if we don't, if we can't, keep in mind that people really, really loved you.

Je ne voyais pas en quoi cela pouvait soulager le constat général de son retour au trépas, mais ça me semblait juste de l'en informer.

-Now please, all of you, let's get some sleep before we resume the research for your friends. The night was tough, and we all need some rest.

Ils n'ont pas protesté, et je laissais Lana organiser les choses et le dispatch des couvertures et des coussins, et décider avec qui elle allait partager son lit-même si j'avais une petite idée sur la question. J'étais un peu secouée, probablement par le mélange entre les émotions en montagne russes, l'aveu que nous venions de leur faire, et la perspective de devoir persister à me battre pour quelque chose qu'une grande partie de moi craignait et refusait. De tout leur dire, d'aller au bout de ce que la série était et de leur donner un miroir sur nos existences, avait peut être fait passer de moi un altruisme fou, mais la vérité, c'était que j'espérais bien les garder encore un peu pour moi. Oh, pas longtemps. Mais suffisament pour me construire des souvenirs qui me tiendraient chaud pour les jours d'hiver. Je tremblais, de fatigue, de froid, d'un trop plein de sentiments qui couraient dans toutes les directions dans ma tête, et refusaient de me laisser tranquille. En posant la main sur la poignée de ma porte, j'espérais peut être que tout cela allait se calmer.

Mais même dans l'obscurité du jour caché par les rideaux qui volaient devant la fenêtre ouverte, ce que j'avais sous les yeux ne pouvait pas justifier une seule seconde d'un drapeau blanc. Au contraire. Quelque chose enserrait mes entrailles, rendait mon oxygène épais et trouble, asséchait ma gorge et faisait pression sur mes cordes vocales, rendait mes mains moites, et me privait de mots, d'expressions pour qualifier ce qui m'arrivait. J'étais aussi désarmée que je pouvais l'être. Je ne parvenais plus à faire un pas, un seul, tellement le spectacle de son sommeil parfaitement apaisé me rendait...Différente. Comme si j'étais débordée de quelque chose qui n'allait plus pouvoir me laisser tranquille, que je vive un jour ou cent ans. Jamais plus je ne trouverai le sommeil sans penser à ce que je ressentais, là, tout de suite. Jamais plus je ne serai capable de réfléchir à l'amour sans ressortir comme une forcenée cette preuve ultime. Jamais je pourrais revivre normalement après cela.

J'ai jeté un oeil malgré moi à la décoration de mon mur, realisant soudainement-alors que j'avais passé des heures ici cette nuit-qu'il n'y avait aucune différence entre ce qui faisait le charmeur sur le poster, et ce qui était dans mon lit. La situation était surréaliste, presque autant que lorsque Graham était passé près du sien le soir où tout cela avait commencé. Dans mon for intérieur, je me jurais de retirer l'affiche dès que l'occasion se présenterait, sinon, dès qu'il en prendrait compte, il allait me rendre plus chèvre que d'habitude. Et ça n'allait pas être très compliqué.

-You are planning on staying there much longer ?

Whoa le bond dans ma poitrine. Et les frissons.

-Aren't you supposed to sleep ?

-Sure. No problem ! With the bloody noise your neighbours upstairs are making.

Je me suis mordue la lèvre, faute de rire.

-I have enthusiastics neighbours.

-Well, they can be thankful I did not had my hook...

Je pouffais, moqueuse. Je le voyais à peine dans la demi-obscurité, et cela m'allait pour lui tenir tête.

-You wouldn't have been able to walk two steps before falling down.

Ce que je n'avais pas dit là. Il a insisté pour me prouver que j'avais tort, et heureusement que je me suis précipitée sur lui où il serait tombé.

-You know what I meant ?

-That's one hell of a headache.

-Well, yeah. You know, when I tell you that you almost died, I'm not telling you lies. Pirate or not, you have quite a head trauma. We're lucky you did not have any major brain damage.

Pas de commentaire, mais une main baladeuse.

-I mean, no more than you already have.

-Oi, what does that means ?

Je prenais un plaisir infini à le pousser dans ses retranchements et à le provoquer gratuitement, même en sachant ce qui était arrivé.

-That means that you have one hell of a funny brain.

Ce foutu sourire.

-But you like it, aren't you ?

-What do you think ?

Une seconde de reflexion. Bordel, ce qu'il était irresistible.

-I think you love it.

-Yeah. Yes, I do. Happy ?

-Thrilled.

Et d'une main experte, il m'avait attirée contre lui.

-Absolutely thrilled. Now tell me something...

-Anything.

Littéralement. Non, vraiment, il pouvait tout me faire dire. Tout, absolument. Je ne pouvais pas, plus, lui résister, et il savait parfaitement en jouer pour appuyer pile là où cela faisait mal, jouant avec mon pauvre petit coeur de guimauve avec une facilité déconcertante.

-Why is there already a giant poster of myself on your wall ?

(to be continued)