Hey coucou !
Bon alors, je mets les choses au clair tout de suite, ce titre n'est pas Putaclic. :mg: C'est le premier refrain de Lost Stars, ce qui correspondra à chaque fois à un instant de rupture dans la vie de Rose et dans sa relation avec Drago. Voilà !
Je pense que je vous ai suffisamment fait attendre pour vous laisser lire tranquille ce chapitre... Haha ! On parle après :)
A bientôt !
Ps : vos reviews adorables, je les ai bien entendu toutes dévorées... Merciiiiiii !
Rose franchit l'arcade et se figea d'émoi.
Les façades de bois s'élevaient sur plusieurs mètres, gravées de scènes datant de la Renaissance, d'étagères débordantes, et le plafond… Elle crut ne plus pouvoir baisser le regard. La fresque était colorée, précise, riche.
« C'est si beau… »
Elle avança un peu à l'aveugle, détaillant un à un les détails de l'œuvre, s'émerveillant un peu plus à chaque seconde.
« Tu te rends compte que ce sont des moldus qui ont fait tout ça ? C'est tellement magique… C'est éto- Ha ! »
Elle avait loupé une marche, perdu l'équilibre.
Drago l'avait rattrapée.
Rose gloussa. Gloussa.
« Regarde un peu où tu marches, lui chuchota-t-il pour ne pas troubler la quiétude du lieu, passablement las.
- Mais c'est si beau…
- Tu l'as déjà dit, Rose.
- Tu ne trouves pas ? C'est extraordinaire !
- Un sorcier se trouve forcément derrière ces plans, bien que Prague en compte peu. Et dans ce cas, je trouve cette bibliothèque très banale à côté de Poudlard.
- Tu penses vraiment que les moldus n'ont pas pu faire ça seuls ?
- C'est évident. Comment veux-tu qu'ils aient pu construire quelque chose d'aussi haut ?
- Drago… »
Rose le fixa, un peu interdite, attendit qu'il rit… Il n'en fit rien. Il était sérieux. Et totalement blasé. Elle ne put retenir son rire.
« Drago, les moldus sont très évolués dans la construction d'édifices.
- Tu ne me feras pas croire qu'un sorcier ne se trouve pas derrière tout ça. Comment y parviennent-ils, hein ? Avec de grosses chaises ?
- Oui, c'est un peu ça… »
Il lui lança un regard sceptique et elle glissa sa main dans la sienne, se perdant dans un nouveau rire. Drago Malefoy était d'une réflexion rare et profonde, mais ses connaissances en termes de moldu ne remplissaient pas un nid de Botruc. S'il avait un jour rencontré les parents d'Hermione…
Rose resserra ses doigts entre les siens, continuant d'admirer les moulures d'or, les ondulations du bois. Se promener avec lui avait quelque chose de nouveau et d'enivrant. Ils ne pouvaient pas décemment le faire en Grande-Bretagne, leurs visages bien trop connu auraient attiré les ragots, mais lorsqu'elle avait pu bénéficier de quelques jours de repos suite à une victoire écrasante des Harpies, elle l'avait supplié de partir avec lui.
Ils avaient choisi Prague pour son désert sorcier.
Dans la capitale, ils ne risquaient presque rien, et se tenir pour la première fois par la main après plus de trois mois de relation, ça avait quelque chose d'étonnant.
Rose s'était surprise à adorer ça.
« Nous avons fait la Basilique Saint-George, la Cathédrale, le Monastère de Strahov… lista-t-elle en mettant enfin un pied dehors. Nous pourrions rejoindre le centre-ville. Il y en a pour trente minutes de marche.
- Pardon ?
- Quoi ?
- Trente minutes de marche.
- Ça te pose soucis ? Tu as peur de ne pas tenir la route, vieil homme ? »
Il la fusilla du regard en lui arrachant des mains le guide qu'elle avait acheté à la gare, se mettant immédiatement en marche. Il se vexait si facilement… Et ça l'amusait tant ! Ce qu'elle n'avait pas anticipé, c'était son sens de l'orientation médiocre, et ses spartiates qui n'étaient clairement pas faites pour des randonnées de ce genre. Une cloque s'était logée sous son gros orteil, et malgré les températures encore printanières, le soleil commençait à taper sur ses épaules.
Qu'importe, ce n'était pas elle qui se rendrait la première.
D'un air distrait, elle se serra contre lui, promenant le regard sur les vitrines, les bâtiments parfois sublimes, parfois d'un entretien laissant à désirer.
« A ton avis, ça se prononce comment, ça ? lui lança-t-elle en pointant une immense inscription sur la devanture de ce qui semblait être une boulangerie.
- Médovenik ?
- Meudofnik…
- Ils prononcent plutôt le v ''v''.
- Qu'est ce que c'est, à ton avis ? Un dessert ? Un gâteau ? On goute ?
- Rose… Il est 15h.
- Mais regarde, ils font également salon de thé ! Allez, je suis certaine que tu vas adorer. »
Elle déchanta rapidement en franchissant la porte. L'endroit sentait tellement le sucre et le miel que Drago en tira une grimace écœurée. Ce qui la fit rire.
De petites tables rondes en bois encombraient l'espace. La plupart étaient vides et une serveuse vêtue de noir slalomait tant bien que mal entre les chaises, un plateau au bout du bras. Une vitrine exposait les gâteau et Rose salivait en observant les pâtisseries. Depuis combien de temps ne s'était-elle pas laissée aller ?
« Je crois que je vais prendre… celui-là ! Qu'est-ce que c'est ?
- Je ne lis pas le tchèque, ma puce. »
Elle se redressa subitement, se cognant à son épaule. Son visage s'était refermé d'un seul coup et il avait cessé de la regarder.
« Ma puce ? »
Il ne réagit pas, faisant mine de trouver la carte intéressante, les sourcils froncés. Et son cœur à elle, il s'emballait. C'était extrêmement niais. Une fois, quelques années plus tôt, un homme rencontré la veille au soir l'avait appelé « mon cœur ». Il entrait dans sa salle de bain, et elle en avait profité pour s'enfuir de l'appartement.
Ce jour-là, Rose choisit de glisser sa main dans la sienne, sans rien dire. Et puis de partager avec lui juste un sourire.
Un serveur ne tardât pas à les conduire à une table à côté de la vitrine et baragouina quelques mots incompréhensibles qui la firent rire.
« Tu es certaine que tu veux gouter ces choses ?
- Pourquoi pas ?
- Il est quinze heures… Tu ne vas pas manger ce soir.
- J'ai vingt-six ans, Drago. Je suis tout à fait en âge de juger si je peux ou non manger une part d'une spécialité Tchèque. Et puis, cesse de te conduire comme mon père ou l'infirmière des Harpies. »
Habituellement, il se braquait et elle en riait, mais cette fois-ci Drago lui attrapa la main, au-dessus de la table.
« Comment s'est passé ton dernier match ?
- Très bien.
- Rose… »
Elle focalisa son attention sur lui, les sourcils froncés. Pourquoi insistait-il ainsi ?
« Je t'assure que tout s'est bien passé.
- Tu as… »
Il indiqua d'un geste de la main les côtes de Rose, juste en dessous de sa poitrine, et elle massa la zone avec un sourire. Le cognard ne l'avait pas loupé… Ses côtes avaient été réparées, mais l'ecchymose tardait encore à se résorber.
« Je suis batteuse, c'est normal de prendre des coups. Et encore, j'ai de la chance, mon visage est bien préservé contrairement à la face de rat de Dubois !
- Ne me prends pas pour un idiot, j'ai aussi joué au Quidditch.
- Je suis sûre que tu étais très bon Drago et je ne veux pas que tu te vexes mais… Les matchs de Poudlard n'ont rien à voir avec ceux des professionnels.
- En tout cas, je m'y connais suffisamment pour savoir que les côtes ne devraient pas être atteintes. »
Le serveur leur servit deux parts d'un gâteau à étage ainsi que des tasses de thé et Rose profita de la distraction pour éloigner le sujet, mais un Malefoy ne se laissait pas tromper aussi facilement.
« J'avais juste oublié la coque.
- Tu étais partie sur le terrain sans coque…
- J'étais fatiguée… On n'arrête pas avec la Coupe qui approche ! ça arrive…
- Non, ça ne devrait pas arriver ! Enfin, Rose… Ce coup-là, c'était les côtes, mais si tu avais pris un coup dans le dos…
- Je suis une professionnelle ! Aucun cognard ne m'atteindra dans le dos. La coque, ce n'est qu'une formalité. »
Il retira sa main, se tendant contre le dossier de la chaise avec un air distrait. Et ça, ça avait bien le don de l'agacer.
« Quoi ?
- Je te trouve très imprudente… J'ai presque l'impression que tu cherches la blessure.
- Je te l'ai dit, ce n'est qu'un…
- Tu oublies souvent, Rose.
- Nous sommes ensemble depuis trois mois, comment peux-tu parler ainsi ? Tu ne me connais pas ! »
Elle planta rageusement une cuillère dans son gâteau et le fourra dans sa gorge.
Pour tout recracher dans l'instant.
« Pouah ! C'est beaucoup trop sucré ! »
Drago n'avait pas bronché. Il l'observait toujours avec le même air sceptique, un sourcil consciencieusement arqué.
« Ecoute, je te promets de faire attention à l'avenir… »
Elle sourit pour le pousser à se détendre mais il semblait rester hermétique à sa tentative. Le regard terriblement sérieux, il s'excusa pour rejoindre les sanitaires et elle reporta son regard sur le défilé des passants et les pavés colorés qui s'illuminait au soleil. Elle porta à nouveau la main à ses côtes, grimaça en appuyant un peu trop fort. Hitchen était sortie de ses gonds à nouveau, elle l'avait même menacée de ne pas la laisser jouer au match du premier dimanche de juin.
Drago avait raison, ces situations devenaient récurrentes malgré ses efforts de concentration et les heures passées sur le terrain, bien après le départ de ses coéquipières, pour améliorer son jeu. Parfois, elle lâchait cinq ou six cognards pour travailler ses feintes et ses vrilles, mais son entraineur l'avait vu et les avait placés sous clefs.
Non, ce n'était ni son travail ou la qualité de son jeu qui pêchait c'était la gestion du club qui perdait en qualité. Et ça, ça la désolait…
« Rose Weasley ! »
Elle sursauta et parcourut du regard le salon de thé. La voix qui l'avait interpellée n'était pas celle de Drago mais…
Un homme d'une trentaine d'année venait d'entrer dans le restaurant et agitait la main dans sa direction. Elle sourit poliment en retour, retint un juron lorsqu'il s'élança vers elle.
« Tu es Rose Weasley ? La Harpie ?
- Oui, oui. C'est étonnant de croiser un… sorcier, murmura-t-elle, à Prague.
- On visite, avec des amis » Il indiqua du pouce quatre autres hommes attendant à côté de la vitrine. « Je suis Ben !
- Enchantée, hum… »
Rose s'humidifia les lèvres, sentant la panique la submerger. Elle n'était pas quelqu'un de timide – bien au contraire, mais Drago ne tarderait pas à revenir et s'il était reconnu lui aussi…
« Oh, excuse-moi, tu n'es pas seule… »
Ben indiqua du doigt les lunettes de son amant et son pull posé sur la chaise et Rose rebondit instinctivement.
« Non, non, ce devait être a un client qui a oublié ses affaires… Je visite Prague seule.
- Tu te joindrais à nous ?
- Je… »
Y avait-il d'autres solutions ?
« Oui ! Oui… Avec plaisir. »
o
Elle poussa la porte de la chambre d'hôtel épuisée. Il était plus de vingt heure et elle avait prétexter un portoloin tôt le lendemain matin pour pouvoir prendre congé du groupe. Ils l'avaient bousculée de questions, entrainée aux quatre coins de la capitale, et ses paupières étaient à présent si lourdes qu'elle luttait pour garder les yeux ouverts.
Drago était assis en tailleur sur le lit, toujours vêtu de ses vêtements moldus, et elle lui adressa un sourire réconfortant en s'écroulant à ses côtés.
« Je peux savoir où tu étais passée ? »
Elle se tourna sur le côté, déposant un baiser sur sa cuisse.
« Tu as bien vu ces gars… Ils m'ont reconnu, j'ai du détourner leur attention pour qu'ils ne nous voient pas ensemble, ils ne voulaient plus me lâcher… »
Drago s'arracha à son étreinte avec colère, se levant pour commencer à rassembler ses affaires. Rose se redressa sur les coudes en fronçant les sourcils.
« Que fais-tu ?
- C'était une erreur de venir ici, nous rentrons.
- Nous ne sommes arrivés que ce matin… Ce n'est pas parce que nous avons croisé cinq sorciers que… »
Il suspendit son geste pour lui lancer un regard sceptique en coin, puis reprit sa besogne.
« Drago, c'est bête… Restons encore demain !
- Tu peux rester, Rose. Reste et profite de ton séjour. Tu t'es fait des amis d'autant plus.
- Tu… Tu es jaloux…
- Je ne suis pas jaloux, explosa-t-il en se retournant, l'air furieux. Je… Je suis sorti des WC pour te retrouver entre cinq hommes, à rire aux éclats ! Je suis rentré à l'hôtel pour attendre que tu me rejoignes, et je t'ai attendu cinq heures, Rose ! Cinq heures !
- Je suis désolée, j'ai fait ça pour nous. »
Il soupira bruyamment, fermant les yeux comme pour reprendre le contrôle de lui-même.
« Bien sûr que non, tu as fait ça pour toi. Pardonne-moi, je ne devrais pas m'emporter, je comprends ton choix.
- Mon choix ? Mais quel choix ? »
Il l'ignora délibérément, refermant la fermeture de sa valise, alors elle se leva pour poser une main sur son bras et l'obliger à la regarder.
« Quel choix ?
- Le choix de la normalité. Ils étaient attirants, de ton âge…
- Je t'arrête tout de suite, tu-
- Tu as le droit de les choisir, Rose. Je comprends. Je n'ai pas le droit de te retenir.
- Mais je ne veux pas-
- On a dit qu'on essayait. On a essayé alors-
- Justement, Drago ! Ce n'est plus un essai depuis longtemps ! »
Elle avait crié, prise de panique à l'idée de le voir partir, et puis elle avait piqué un fard, prenant conscience de ce qu'elle venait de dire. Elle se mordit les lèvres pour se taire mais n'y parvint pas : les vannes étaient ouvertes.
« Je m'en fous de l'âge, je… Je suis bien avec toi. J'ai essayé de les quitter au plus tôt, je t'assure, mais… Ils t'auraient reconnu, et s'ils t'avaient reconnu... »
Il n'y aurait plus eu d'essai, de secret, de magie. S'ils avaient été découvert aujourd'hui, leur équilibre aurait volé en éclat. Le cœur battant, elle lui retira la valise des mains pour la poser sur le sol.
« Ne pars pas, s'il te plait…
- Est-ce que tu peux cesser ? Soit honnête envers toi-même, et envers moi !
- Je suis honnête ! Je veux que tu restes !
- Rose, je me sens… ridicule. Si tu souhaites partir, part ! Mais ne va pas te trimballer avec une bande de jeune de ton âge sous mon nez pour finalement tout nier !
- Tu es tellement… »
Elle se laissa retomber sur le lit, lasse. Comment cette journée avait-elle pu virer au massacre ?
« Tu pleures ?
- Non.
- Rose…
- Arrête de poser des questions stupides, veux-tu ! s'écria-t-elle en s'essuyant rageusement les joues. Vas-t-en si c'est ce que tu veux, je m'en fous. Si tu en as envie, si tu ne ressens pas ce que moi, je ressens, tu n'en vaut pas la peine. »
Il s'était tu. Elle ramena les genoux contre sa poitrine pour retrouver une consistance puis détourna la tête lorsqu'il s'agenouilla devant elle.
« Tu le penses, Rose ? Lorsque tu dis qu'on a dépassé le stade de l'essai.
- Tu crois que je serais encore là si tu étais un essai ?
- Tu es si… »
Il s'était tu à nouveau, et Rose refusait toujours de le regarder, essuyant compulsivement ses joues.
« Tu es si détachée… Parfois, j'ai du mal à…
- Détachée ? Qu'attends-tu au juste ? Que je t'offre des fleurs, que je te donnes des surnoms ridicules et que je cris sous les toits que tu es l'homme de ma vie ?
- Tu ne t'ouvres pas à moi. Je ne connais pratiquement rien de ton histoire alors que la mienne… Et tu te comporte comme si c'était normal que tu partes comme ça.
- Pas du tout ! Je voulais juste protéger notre secret !
- Notre secret ? Rose, je n'en ai rien à faire d'être reconnu dans la rue, surtout si c'est à tes côtés.
- Je sais mais… je pensais que tu ne voulais pas qu'on sache, pour nous.
- Avant, peut-être. Mais te voir partir une après midi entière avec eux… Rose, si tu souhaites qu'on reste ensemble, c'est ridicule, tout ça. »
Elle tourna le regard vers lui en se mordant les lèvres. Il avait posé les mains sur ses chevilles, le visage grave.
« Il va falloir qu'on le dise. A Scorpius. »
Drago hocha de la tête avec gravité en se glissant à ses côtés, sur le lit.
« C'est le bon moment, je pense. »
Elle ferma les yeux, tentant de refouler les angoisses qui l'assaillaient. Pendant trois mois, ils avaient évolués dans leur bulle, se retrouvant lorsqu'ils en avaient l'occasion ou l'envie. Ils avaient trouvé leur équilibre en pleine liberté, entre la carrière et les entrainements prenants de Rose et l'obligation de présence de Drago à Poudlard. Tout ça, ça allait exploser en mille morceaux et elle prit pour la première fois conscience de toute la place que Drago avait pris dans sa vie. Juste à l'instant où elle le perdait.
« Nous deux, souffla-t-elle d'une voix tremblante, ça ne pourra pas marcher.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
- Scorpius va pêter un câble ! et ma famille…
- Ta famille n'a pas besoin d'être au courant. Tu n'es pas obligée de leur dire… ça viendra avec le temps. Ça se fera naturellement.
- Je dois au moins en parler à Dominique. Et à Molly. Et Albus. Et Lily. Et…
- Par pitié… ne me cite pas tout le monde, je vais avoir une migraine.
- Mais…
- Tu leur diras progressivement, qu'importe. Ils ne s'opposeront pas.
- Je les connais ! Bien sûr que si, ils s'opposeront. Tu es un Malefoy… Tu es mon ancien professeur. Tu as 52 ans !
- Et vous n'êtes pas la génération de vos parents. Qu'importe, Rose. »
Elle fronça les sourcils. Peut-être avait-il raison, mais…
« Et lorsqu'ils demanderont comment ça a commencé, nous deux ?
- Tu leurs mentiras.
- Drago !
- Tu mentiras, Rose. Il est hors de question que toute la Grande-Bretagne apprenne comment nous nous sommes rencontrés.
- Je ne peux pas leur…
- Songe un peu à la situation dans laquelle tu me mettras… Songe à mon fils. Tu ne leurs diras rien.
- Drago…
- Promets le moi. »
Elle continua de fixer son regard si proche, son regard si dur…
Il allait s'écraser. Il n'avait rien fait de mal, outre une relation avec une élève, bien que majeure. Mais si Scorpius l'apprenait, si son histoire était affichée dans les journaux et sur toutes les lèvres, il allait s'écraser. Les efforts vieux de trente ans pour rétablir l'estime populaire seraient réduit à néant, et lui volerait en éclat.
Et plus la chute était longue, plus le choc destructeur. Elle en savait quelque chose.
« Je ne dirais rien à ma famille, mais tu le diras à Scorpius.
- Non.
- Il a le droit de savoir, c'est son frère.
- J'ai eu une relation avec une de ses camarades de classe, Rose.
- Elle était consentante. Et suffisamment mûre pour te cacher sa grossesse et l'existence de ton fils.
- J'avais 43 ans et elle…
- Elle était majeure. »
Le regard de Drago s'était perdu dans le vague, et puis un sourire pervers avait étiré ses lèvres. Rose lui avait écrasé un oreiller sur le visage une première fois, puis une deuxième fois pour étouffer son rire moqueur.
« Excuse-moi, se moqua-t-il en la renversant sur le lit, juste avant de retrouver son air grave. Tu as raison, Je le dirais à Scorpius. Mais seul. D'accord ? »
Il avait les yeux troubles, l'envie de fuir… Elle le savait parce qu'elle-même se sentait littéralement mourir… Mourir d'imaginer les rumeurs qui courraient sur eux, les regards emplis de jugements, les remarques. Mourir de ne pas se sentir prête à subir tout ça.
« Ce n'est plus un essai depuis longtemps. »
Elle l'avait dit dans un frisson, elle y songea dans un sourire. Pas besoin d'effusion, de déclaration enflammée… Elle en avait toujours été incapable. Et puis, ils étaient trop pudiques, trop indépendants, trop fébrile dans leur choix de se donner l'un à l'autre. Des attaches sentimentales, oui, mais inutile de les poser avec des mots.
Rose se pencha pour l'embrasser.
o
A force de se triturer les mains, elles étaient devenues rouge vif. Rose s'était tant penchée sur le menu du petit restaurant du Londres Sorcier que son nez en touchait presque le carton.
« Tu sais, ce n'est pas la carte qu'il faut manger. »
Elle le fusilla du regard et il se moqua ouvertement d'elle. Puis s'appuya sur les coudes pour se pencher vers elle.
« Pourquoi as-tu demandé une table à trois place, Rose ? »
Elle haussa des épaules avant de baisser à nouveau les yeux.
« C'est plutôt marrant. Lorsque j'ai reçu ton hibou, juste avant que Lucy ne parte en France, elle a paru très satisfaite. Elle m'a dit que j'allais être surpris.
- Elle doit fantasmer.
- Je me disais justement que ces derniers mois, on te voyait beaucoup moins.
- Tu sais bien qu'avec la reprise de la saison cet été, j'ai moins de temps libre.
- Je sais bien, et je t'ai parlé du procès qui approche pour mon client accroc à la poudre des fées. J'ai un rendez-vous avec lui à 14 heures, alors j'espère que ton amoureux secret ne va pas tarder… Que j'ai le temps de le cuisiner un peu. »
Rose se sentit rougir jusqu'à la racine des cheveux, ce qu'il sembla trouver très satisfaisant.
« Je le connais ? »
Devait-elle réellement répondre ? Une bouffée de rancune monta contre Drago. Il avait bien choisit son jour pour être en retard.
« Il est connu ? C'est un joueur de Quidditch ? »
Elle tenta de garder un visage neutre mais leva tout de même les yeux au ciel.
« Garrick Adams ?
- T'es sérieux ?!
- Avoue que tu l'aimais quand même pas mal, celui-là.
- C'est un pauvre gamin prétentieux !
- Gamin ? Hum… Plus vieux ? 35 ans ?
- Non.
- 40 ans ? »
Elle haussa un sourcil.
« 45 ans… Rose, tu te rends compte que tu es bien trop intelligente pour coucher avec un vieux pour son argent.
- J'aime l'argent.
- Tu le fais baisser dans mon estime avant même que je le rencontre. »
Il éclata de rire alors qu'un hibou franchissait la porte ouverte du petit restaurant, déposant un pli sur leur table. Le nom de Scorpius était inscrit dessus et Rose en reconnut immédiatement l'écriture en pate de mouche.
Molly…
Son ami continua de blaguer sur l'âge de son prétendu amoureux, et puis il s'était arrêté d'un seul coup. Rose en avait laissé tomber la carte du menu, un profond sentiment de panique s'insinuant en elle à mesure que son visage se fermait.
« Quoi ?
- Lucy… Elle est à l'hôpital.
- Pour l'accouchement ?
- Il y a eut un problème, Rose. Elle déteste cet hôpital.
- Sainte-Mangouste ? Je t'accompagne.
- Non, Sainte-Radegonde. Elle était en France pour quelques jours.
- Lève-toi. On va chopper un portoloin.
- Rose…
- Allez ! »
o
Dans la vie, il y a certaines choses qu'il est impossible d'anticiper. Tout simplement parce que c'est inexpliqué, terriblement injuste, et que l'homme est fait pour survivre.
Ce genre d'évènement allait contre la survie de l'homme. Comme lorsque Rose s'était immergée dans le lac.
Pour autant, elle ne se souvenait pas de s'être un jour sentie si vide.
Elle avait cessé d'écouter ce que disait le médicomage. Elle avait cessé de tapoter le dos de sa tante, arrivée un peu plus tôt dans la soirée. Bien trop tard… Plus rien n'importait. Ni les battements calmes et rassurants de son cœur, ni la boule qui grossissait dans sa gorge. Ni le mouvement des lèvres du professionnel, ni le froncement de sourcils et les tremblements de Scorpius.
Le monde basculait à nouveau, de la même manière qu'elle l'imaginait dans ses cauchemars, mais cette fois-ci, elle était spectatrice. Contrairement à l'ouragan qui avait soufflé en elle lorsqu'elle avait basculé vers les ténèbres, des années plus tôt, le calme et la normalité continuaient de construire son esprit. Il n'y avait ni cris, ni pleurs… Du moins, pas encore. C'était comme s'il était trop tôt pour encaisser. Comme si la conscience était incapable de se dire : « Et voilà, c'est fini. ».
Ça ne pouvait pas être aussi simple. Ça ne pouvait pas être aussi réel.
Scorpius croisa son regard et sans doute Rose brisa-t-elle quelque chose en lui, puisqu'il s'écroula sur elle d'un seul coup. Comme si, d'un vulgaire coup de ciseaux, elle avait coupé tous les fils qui le maintenait debout. Il fondit en larmes sur son épaule et elle s'accrocha à sa robe de toutes ses forces, rassemblant tout son courage pour rester droite et solide.
Ce n'était qu'une illusion bien sûr. Au fond d'elle, plus rien n'était droit ou solide.
« Je ne comprends pas. » souffla Scorpius à son oreille.
Que pouvait-elle lui répondre ? Elle se sentait imploser. C'était elle qui avait toujours eu besoin de lui, de Lucy, et alors que le drame frappait leurs vies, Rose se trouvait bien démunie.
« Tu devrais aller la voir. »
Elle imaginait sa cousine seule dans une chambre aseptisée. Elle l'imaginait en pleurs, déboussolée. Sa Lucy, si forte…
Rose avait pris Scorpius par la main pour le conduire à la chambre que leur avait indiqué le médicomage. Il avait le regard si vide qu'elle marchait devant lui pour ne pas avoir à le croiser. Et puis lorsqu'il posa finalement la main sur la poignée, il y eut un instant de flottement. Elle croisa ses prunelles vertes, si différentes de celles de son père, et y lut tout le désespoir, toute la soif de fuite… De l'autre côté se trouvait sa femme, la mère de sa fille… Ou pas. Scorpius et Lucy pourraient-ils se revendiquer parents sans un bébé né vivant ?
Cette pensée lui glaça le sang mais elle sourit tout de même. Un sourire d'encouragement. Du moins, c'est ce qu'elle essaya de transmettre. Malgré tout l'amour qu'elle leur portait, elle était en trop cette fois-ci. Ils avaient besoin d'un instant à deux…
Scorpius franchit le panneau de bois, et Rose tendit l'oreille malgré elle. Plantée ainsi, debout dans le couloir, elle observa les guérisseurs travailler auprès des patients, les familles rejoindre leur proche. Elle observa la mère de Lucy tenter de négocier, de nouveau, avec l'homme en robe blanche. La dernière fois qu'elle avait mis les pieds ici, c'était il y a six ans, et elle n'était pas en état de saisir ce qui se passait dans sa vie et dans son corps, à cette époque.
Lucy allait-elle devenir folle ? Elle s'était tant attachée à ce ventre, à ce qu'il représentait. Et Scorpius…
La porte se rouvrit et elle retrouva le regard de son ami, une fraction de secondes seulement. Il lui fourra dans les mains un paquet avant de refermer la porte, calme et ferme. Beaucoup trop calme et beaucoup trop ferme.
Elle baissa les yeux… se tendit. Dans un reflexe subtil, elle rattrapa de la paume de la main la petite tête flageolante, resta stupéfaite devant son poids plume et la pâleur de son teint. Un bébé paraissant presque endormi mais qui ne l'était plus… Qui ne l'avait jamais été. Maladroitement, elle rabattit les bords de la lange jusque pour cacher cette vision. Il n'en restait qu'une touffe de cheveux blonds. Les pleurs d'Audrey gagnèrent ses oreilles et ses mains se posèrent sur son épaule. Et puis le médicomage qui les avaient accompagnés lui retira le bébé des mains.
Le bébé, sa filleul.
Un profond électrochoc traversa son corps, si fort qu'elle en frissonna d'effroi. Si elle se sentait si mal alors ses amis…
So let's get drunk on our tears and
God, tell us the reason youth is wasted on the young
It's hunting season and the lambs are on the run
Searching for meaning
But are we all lost stars, trying to light up the dark?
Bon, bin, vu que c'est pas joyeux... Hésitez pas à allez lire Twenty years of Lucy dans la foulée ! Vous replacerez mieux le contexte!
Ce chapitre, je n'en suis pas vraiment satisfaite... Il était même globalement terminé depuis quelques jours, mais je n'arrivais pas à l'améliorer. Pour pleins de raisons, notamment que la fatigue et la baisse d'adrénaline par rapport à certaines choses arrivées cet été (oui, vous vous êtes peut être reposé de votre côté, mais ici je n'ai pas arrêté ! Haha !) m'ont un peu mise K.O.
Bref... Je vous oublie pas, je continue d'écrire à fond les ballons (enfin presque, parce que "à fond les ballons", ça veut rien dire !), mais j'essaye de vous offrir du contenu au plus vite :)
Et puis plein d'amour parce que voilà, je suis pas en reste de mon côté :mg:
A bientôt !
