Chapitre 10 – Le plan

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Lorne, Ronon et Stackhouse neutralisent les gardes postés à l'entrée de l'armurerie. Ils y pénètrent rapidement, suivi de leurs compagnons. Ils s'équipent. Une fois prêts, ils se séparent pour mettre le plan d'Alem à exécution.

Sheppard, Jameson, Ronon et Stackhouse se dirigent vers l'infirmerie. Un œil extérieur verrait deux hommes d'El en train d'escorter deux prisonniers. Pourtant ce n'est pas le cas. Le satedan porte le colonel sur ses épaules. Derrière lui, le major porte les affaires d'un des gardes. Il tient en joue Jameson, qui ouvre la marche.

Les autres se dispersent dans les couloirs. Lorne et McKay prennent la direction de la salle du fauteuil. Quant à Teyla et Markham, ils se dirigent vers les quartiers le la cité.


Le général est auprès de son ancien second.

« Elle est au plus mal, dit-il.

- Je pense savoir comment la sauver, murmure Alem.

- Je t'écoute. »

L'enfant sort l'appareil ancien de son sac.

« Ça fonctionne un peu comme les bracelets goa'uld qu'utilisait Chronos, les korm'ak, il permet de lier deux êtres.

- Les quoi ?

- Les korm'ak. C'est ce que Vala a utilisé sur Daniel et elle.

- Le machin qui vous tue quand vous vous éloignez trop ?

- C'est ça.

- C'est censé me rassurez ? Tu ne comptes pas utiliser ces trucs, j'espère !

- Bien sûr que non ! De toute façon, ça n'aurait aucun effet. Mais je veux vous faire comprendre que le principe est le même, il permet de lier deux personnes. Seulement là, c'est à un niveau différent. L'éloignement n'a pas d'importance. Je suis pas expert mais, en gros, ça va permettre d'équilibrer vos forces. Vous vous sentirez blessé, comme elle, mais vos forces lui permettront d'aller mieux et de vivre.

- D'accord. On y va ?

- Avant, il faut que vous compreniez une chose, il n'y a pas de retour en arrière possible. Le lien est pour la vie. C'est un aller simple. »

O'Neill contemple un instant la jeune femme. Il n'a pas besoin de réfléchir. Son choix est fait depuis longtemps, très longtemps en réalité.

« Que dois-je faire ? »


Teyla et Markham avancent tranquillement dans les couloirs. Ils n'ont rencontré personne sur le chemin menant aux quartiers.

Les lieux sont gardés par peu d'hommes, six au total. Deux sont immobiles, les autres font des rondes.

D'un signe Teyla fait signe au militaire de la suivre. Rapidement, ils neutralisent les deux patrouilles. Ils les attachent avant de s'occuper des derniers hommes.

Pas une parole n'a été échangée. Tout s'est fait sans le moindre bruit.

La zone est sous contrôle en quelques minutes. À présent, ils doivent la garder jusqu'à la prochaine étape du plan.


Lorne et McKay ont gardé l'unique détecteur. Le major a dû menacer l'astrophysicien avec un citron pour qu'il se taise. Et c'est dans un silence tout relatif que progressent les deux hommes vers la salle du fauteuil.

Ils prennent les téléporteurs sans être inquiétés.

Aux abords de leur objectif une des radios grésille. C'est celle branchée sur le canal de leurs assaillants. Ils ont été repérés, ils n'ont pas beaucoup de temps.


Alem pose l'appareil devant lui. Il pose sa main dessus et ferme les yeux. Au bout de quelques secondes, l'engin s'éclaire. Deux de ses côtés s'allongent, formant des demi-sphères. L'enfant retire sa main, le dessus de l'appareil se modifie à son tour. Deux anneaux apparaissent. Ils sont d'une couleur étrange oscillant entre le gris et le bleu clair. Chacun d'eux est formé de deux lignes entrelacées.

Alem s'en empare. Il en passe un à l'annulaire gauche du colonel et tend l'autre au général. Celui-ci le passe au même doigt sans réfléchir, comme si c'était naturel, que ça devait être ainsi, que ça l'avait toujours été.


À l'approche de l'infirmerie, le groupe est intercepté. Jameson, contraint de coopérer, s'adresse à ses « collègues ».

« On en a capturé deux. L'un d'eux est blessé, il a besoin de soins.

- Leurs noms ?

- Le blessé c'est Sheppard, l'autre j'en sais rien. Il est pas très causant.

- Sheppard ! C'est un de ceux que veut le patron !

- Ouais, je sais. Et il le veut vivant, alors si on pouvait passer...

- C'est bon, vous pouvez y aller. Hamilton et Enders vont vous escorter jusqu'à l'infirmerie. »

Jameson acquiesce. Le groupe se laisse guider par les deux autres. Sheppard, les yeux fermés, retient un sourire, tout est trop facile.


Lorne et McKay s'active aux alentours de la salle. Ils ont le temps d'en faire le tour et d'accomplir leur mission avant d'être capturés.


Jameson et les autres entrent sous bonne escorte à l'infirmerie.

« Hé ! appelle Enders. Il faut un docteur ici ! »

C'est Jennifer Keller qui répond à l'appel.

« Quel est le problème ? »

À peine a-t-elle posé sa question qu'elle aperçoit John sur les épaules de Ronon. Elle se précipite vers eux.

« Que s'est-il passé ?

- Il s'est fait tirer dessus, ça paraît évident !

- Je ne suis pas stupide, je voulais dire comment ?

- Bataille rangée entre nous et eux. » explique Stackhouse.

Il la regarde droit dans les yeux en disant ces mots. Elle le fixe surprise. Elle est auprès de Sheppard, cachant son visage aux autres. Il lui sourit, paupières mi-closes.

« Alors, doc, on vous manquait ? »


Alem pose la main de Sam sur une des parties arrondies, il invite Jack à en faire de même. Il applique ensuite la sienne à l'endroit où sont apparus les anneaux.

Il ferme les yeux et se concentre. Bientôt l'engin s'illumine d'une lumière similaire à celle que produisent tous les appareils des Anciens. Puis tout s'éteint et l'enfant retire sa main. Les deux militaires sont inconscients.

« Alem ? s'inquiète Caldwell.

- Rassurez-vous, ils vont bien. C'est le contrecoup de l'alliance entre eux. Ils se réveilleront dans quelques minutes.

- L'alliance ?

- Oui. Vous vous souvenez quand j'ai dit que j'aurais besoin de votre aide et de celle de Sheppard ?

- Oui.

- Eh bien, c'est le cas. Tout ce qui vient de se passer et se passera encore dans cette pièce ne doit pas en sortir. Il faut que vous gardiez tout ça pour vous.

- Ils verront bien les bagues !

- Oui, mais ça n'a pas d'importance. Pour ça il suffira de dire la vérité, en omettant bien sûr de dire que les effets sont permanents. Pour le reste il faudra que vous trouviez quelque chose qui sonne vrai.

- Le reste ?

- On n'y est pas encore. »


Sheppard est allongé sur un des lits, Jennifer et des infirmiers s'affairent autour de lui. Les autres sont trop près pour qu'ils puissent parler librement, tout passe par le regard.

Par les regards et par les gestes. Discrètement John lui fait passer une feuille et des flacons. Elle les glisse dans sa poche, avant de déclarer devoir aller chercher un produit dans la pièce adjacente, loin des regards indiscrets.

En lisant les instructions, elle sourit. Les autres ne vont plus être ici très longtemps. Et plus en très bonne forme !


Jack et Sam se réveillent. À peine ont-ils repris leurs esprits que le général s'inquiète de l'état de la jeune femme.

« Elle va bien, le rassure Alem, grâce à vous. Vous allez vous sentir mal tant qu'elle ne sera pas guérie mais, si tout se passe bien, ça ne prendra pas beaucoup de temps.

- Merci. »

Le garçon sourit et se relève.

« À nous maintenant. »

Il se dirige vers Wells.

« Je crois qu'on a des choses à se dire, commence le docteur.

- Je crois aussi.

- Alors arrête de prétendre être la personne que je vois, on ira plus vite.

- Que...

- Je sais.

- De quoi parles-tu ? »

Il ne répond pas et continue.

« Tu aurais pu éviter ça.

- Tout comme toi, rétorque Wells.

- C'est faux et tu le sais. Ça n'a plus d'importance de toute façon, tu ne vivras plus longtemps.

- Que veux-tu ?

- Et toi, que veux-tu ? »

Ils se toisent, sans que les autres comprennent ce qu'il se passe.

« Je veux réparer mes erreurs, avoue le scientifique.

- J'ai un moyen pour ça. »

Il jette un regard vers Sam plein de sous-entendu. Wells fait de même, puis tous deux se concertent.

« Tu es sûr ? demande l'adulte.

- C'est comme ça que ça doit se passer.

- Bien. »

Alem se tourne vers Caldwell.

« Vous devez rester là. Avec le général, on va s'occuper de notre partie du plan.

- Qu'est-ce-que je dois faire ?

- Veillez sur eux.

- C'est tout ?

- Ce n'est pas rien. Venez général, ça va être à nous d'entrer en action. »

Le militaire se redresse tant bien que mal, encore sonné par ce qui vient de se passer. Le garçon l'entraîne vers la sortie.


McKay et Lorne sont emmenés vers la cafétéria. Ils sont encadrés par quatre soldats armés jusqu'aux dents.


Adams sent que quelque chose se prépare. Il y a beaucoup d'agitation. Les autres ont l'air nerveux, contrariés, même. Il s'en ouvre à Woolsey. Ça ne le fait pas réagir. L'homme à l'air perdu. Le capitaine soupire. Sa belle assurance du début a totalement disparu.

Il inspire un bon coup. C'est à lui de prendre les choses en main. Il fait passer un message : « tenez-vous prêts, c'est pour bientôt. »


Jennifer suit les instructions qu'elle a reçues. Elle fait passer le mot aux autres médecins. Ils viennent de retirer les balles du corps de Sheppard.

Bientôt tout est en place. Elle le fait savoir à ses camarades. Il ne reste plus qu'à attendre le signal.


Teyla et Markham campent sur leur position, dans le plus grand silence. L'attente commence à être longue. Ils ont tous deux de l'appréhension pour la suite des évènements. Ils le savent, ils n'auront droit qu'à un essai.


Avant de passer la porte, Alem jette un œil à Sam. L'échange est fugace, mais plus que suffisant pour se comprendre. Le garçon hoche la tête et la jeune femme acquiesce à son tour. Elle sait à présent, même si elle ne saisit pas tout.

Il passe la porte, le général sur ses talons. Ils n'ont pas de temps à perdre. C'est à eux de coordonner l'attaque dès qu'elle sera déclenchée. Tous doivent donc être parfaitement synchronisés. S'ils échouent... mais ils n'ont pas le droit d'échouer !

À l'heure qu'il est, tout est en place. Bientôt tout va se jouer et, cette fois, ce sera quitte ou double, pas de deuxième chance possible, ni aucun retour en arrière.

Ils parcourent les couloirs à vive allure. Ils doivent être en position le moment venu.


Lorne, McKay et leurs gardes approchent du mess. Ce sont ceux qu'ils avaient ligoté un peu plus tôt. Ils les avaient divisé en deux groupes de trois et mis dans des endroits différents, mais l'un d'eux a tout de même été découvert et libéré. Par chance, ils n'ont pas reconnu leurs prisonniers.

C'est à eux qu'il revient de déclencher l'attaque ou, plus exactement, à ceux qui jouent les méchants de l'histoire de le faire.

Sur les six soldats qui gardent le mess, deux sont postés près de la porte à l'intérieur, deux à l'extérieur et les derniers patrouillent. Il s'agit là d'un effectif plus que réduit au vu du nombre de prisonniers enfermés dans la salle.

Les deux hommes sont sur le qui-vive, le scientifique a toujours le détecteur sur lui. Dans quelques secondes, ça va commencer.


Seuls deux hommes surveillent les prisonniers de ce coté-ci du mur. Ils campent devant la porte, empêchant toute personne de s'approcher. Ils peuvent être facilement maîtrisés, mais le risque des balles perdues est trop grand pour qu'ils agissent sans une bonne raison. Et justement, cette raison, ils vont bientôt l'avoir.

À la radio, ils ont pu entendre que beaucoup des autres se sont fait capturer ou tuer par les leurs. On vient les chercher. Ils doivent se tenir prêts pour saisir l'opportunité qui ne va pas manquer de se présenter.


Sheppard est allongé sur un des lits, un masque à oxygène sur le visage. À ses côtés, se trouvent ses compagnons. Autour, il n'y a pas moins de huit soldats, sans cesse en mouvement et effectuant des rotations avec ceux de salle d'embarquement, dont ils doivent se débarrasser.

Stackhouse ne quitte pas des yeux Jameson, ce dernier a finalement renoncé à les dénoncer. Pourtant les deux militaires ne sont pas tranquilles. Ils ignorent si ce retournement est définitif ou, au contraire, provisoire. Dans ce cas, la « petite frappe » qu'il est, comme le désigne Alem, ne fera pas long feu dans ce monde.

D'un coup d'œil, John englobe ce qui l'entoure. Les médecins attendent le signal pour agir, comme eux. Les femmes ont modifié leur tenue vestimentaire. Tout se jouera en très peu de temps, il va leur falloir agir vite, mais les docteurs ne sont pas des soldats et John a quelques appréhensions pour ce qui va suivre. Ils ont fait vœu de soigner, pas de blesser ou tuer. Et ceux qu'ils doivent faire... Eh bien, ce n'est pas lui qui aurait accepté !

Puis il voit leurs visages déterminés. Il s'arrête un instant sur celui de Jennifer. Il esquisse un sourire, rasséréné. Ils s'en sortiront très bien, aucun doute là dessus, maintenant. Parce que pour pouvoir soigner quelqu'un, il faut qu'il y ait eu blessure et il sait à présent qu'ils seront parfaitement capables de se créer de nouveaux patients.


Teyla et le lieutenant Markham patientent toujours. Apparemment les hommes qui devaient surveiller cette zone ont été oubliés, car personne n'a tenté de les contacter. Chose dont ils ne vont pas se plaindre !

Ils doivent attendre que tout commence avant de pouvoir quitter leur position. Leur rôle : mettre tous les civils, c'est à dire ceux qui seront libérés du mess, à l'abri dans les quartiers et sous protection, avant de rejoindre leurs camarades pour l'objectif final, la salle d'embarquement. Car tel est le plan d'Alem, reprendre les points stratégiques de la cité en même temps et terminé par le plus difficile avec toutes les personnes disponibles. En même temps, oui, mais pas de la même façon. D'ailleurs, chacun se demande encore comment le garçon a pu trouver des idées pareilles, géniales certes, mais... inattendues.


Alem et le général approchent de leur objectif. Leur radio est branchée sur le canal de leurs assaillants. Ils se dissimulent dans un coin aux abords de la salle du fauteuil afin d'entendre le signal.

Le garçon sort un détonateur de sa poche et l'enclenche. Ils sont trop loin pour entendre les faibles détonations qui résonnent autour de la salle du fauteuil, ainsi que le léger sifflement qui s'en suit. O'Neill interroge Alem, sceptique.

« Ça va faire exploser quoi exactement ?

- Quoi ?

- Devine !

- Oh, ça ! Rien de bien important. Juste ce que Lorne et McKay ont placé.

- Je réitère ma question, ça va faire exploser quoi exactement ? Parce que tu ne l'as pas précisé tout à l'heure.

- Je suis sûr que si.

- Tu leur as dit de placer des flacons et du C4 à divers endroits autour de la pièce. Mais tu n'as pas précisé ce qu'ils contenaient quand tu les leur as remis.

- Ah ! Oui.

- « Ah ! Oui. » C'est tout ?

- Je ne suis pas sûr que vous allez apprécier la réponse.

- Essaye quand même.

- Ça ne va tuer personne si c'est ce que vous penser. Les méchants seront toujours vivants, il ne nous restera plus qu'à les cueillir.

- Et ?

- Disons simplement que ça va les détendre.

- Jusqu'à quel point ?

- Vous avez fait Woodstock ? »