Hello! Pour commencer, je suis désolée pour le délai non respecté, mais comme je vous l'ai dit, je n'allais pas bien la semaine dernière, le mal s'est prolongé plus longtemps hélas. Voici enfin le chapitre attendu! Veuillez encore m'excuser du contretemps :(
Merci à vos commentaires, j'ai tout particulièrement aimé vos théories! Nous verrons si elles s'avèrent être vraies! Vous avez en tout cas de l'imagination :p
Bonne lecture!
Sa superbe femme avait l'air soucieuse et pensive, songea le roi d'Asgard alors qu'il l'admirait depuis quelques minutes, adossé contre la porte d'or ouverte. Il ne signala pas sa présence, se contentant d'observer ce beau tableau. Son épouse regardait par la grande fenêtre, tout en baissant parfois le visage vers ce qui semblait être un dossier. Il n'ignorait bien sûr pas que sa douce moitié détestait les dossiers, et se sentit obligé de la sortir de sa torture quotidienne. Frigga était plus faite pour la bataille ou pour l'aventure que pour des dossiers.
Alors que la magicienne pensive contemplait l'extérieur du palais, la magnifique cité d'Or, elle sentit de douces mains se poser sur ses épaules. Un léger sursaut la prit, puis le parfum de l'inconnu la rassura, c'était son aimé qui venait lui rendre visite. Elle se construisit rapidement un masque de tranquillité, bien qu'au fond d'elle, c'était autre chose qu'elle arborait. Une peur incontrôlable, et une culpabilité de plus en plus puissante, qui la dévorait lentement et dont elle croyait déjà connaitre l'issue.
Lorsqu'Odin déposa un doux baiser sur sa nuque offerte, un autre frisson ne put lui échapper. Son amour, si pur, pourquoi la touchait-il quand elle était si impure ? La question revint dans son esprit, la taraudant, l'empêchant de penser à des choses plus plaisantes. En vérité, son esprit se bloquait sur une seule pensée. Odin crut sentir une certaine agitation chez elle, et la rappela doucement à l'ordre.
-Ma reine, qu'avez-vous donc ? interrogea-t-il avec curiosité, ne laissant pas paraitre son inquiétude pour ne pas déranger la créature angélique qu'il tint bientôt dans ses bras forts.
-Je me lasse de ce dossier, fit-elle mine de plaisanter, tendant l'abominable dossier à son époux dans l'espoir qu'il s'occupe d'autre chose qu'elle.
La tactique fonctionna à peine, car dès que le roi eut la maudite composition de papiers en main, cette dernière se retrouva jetée sur un divan d'or recouvert d'épais coussins moelleux.
-Je vais vous faire une confidence, mon amour. Je déteste les dossiers autant que vous les détestez, murmura-t-il doucement, attirant l'attention de sa bien-aimée, laquelle tourna la tête vers lui.
Elle n'eut pas le temps de trouver une réponse adéquate que déjà une bouche se posait sur la sienne. Les lèvres du monarque quémandaient avec ardeur un baiser que ne put lui refuser la femme. Elle-même finit par se convaincre qu'Odin et ses baisers la sortiraient rapidement de ses démons actuels. Son époux la tourna gentiment vers lui, pour qu'enfin ils soient collés l'un à l'autre, torse sans armure contre poitrine.
-J'aurais dû venir bien plus tôt, souffla Odin avant de reprendre les douces lèvres de la reine entre les siennes, ne laissant aucun temps de réponse.
-Vous étiez occupé ! réussit pourtant à articuler cette dernière après avoir rompu ce nouveau baiser.
-Mais je n'aime pas rester loin de vous, Frigga. Surtout pas maintenant, avoua son mari.
-Pourquoi pas ? Vous êtes le roi, vous avez des devoirs, souffla-t-elle.
-Et vous êtes ma reine, vous êtes donc ma priorité ! protesta Odin, ses mains s'égarant de plus en plus entre les beaux cheveux et le dos tendu de son épouse.
Celle-ci lui paraissait de plus en plus mal à l'aise, et il se prit à hésiter. Devait-il continuer ses massages, ou les stopper ? Attendre que sa femme lui dise non ? Ou continuer de lui-même ? Finalement, ses mains restèrent sur ce corps parfait.
-Peut-être que je ne mérite plus ce grand titre, mon roi..., articula Frigga d'une voix peu assurée.
-Je n'aime pas lorsque vous dîtes cela. Ne vous sous-estimez pas, Frigga. De toutes les femmes qui peuplent nos royaumes, il n'y a que vous qui soyez autant digne d'être ma reine. Et celle des Neufs Mondes ! la défendit son époux.
-Oui, jusqu'à présent..., souffla-t-elle, avant de se dérober avec douceur des bras et des lèvres baladeurs du souverain.
Pourtant, il voulait encore la toucher. Toucher sa peau si fatiguée de la vie. Sa peau si sale, si impure. Quelle torture. Et Frigga n'avait aucune idée de comment faire passer son message à son amant. Pourquoi s'obstinait-il à la regarder comme un joyau, comme un trésor, alors qu'elle n'était rien ? Qu'elle n'était plus rien ?
-Changeons donc de sujet, voulez-vous ? finit-elle par demander, attrapant à nouveau cette torture de dossier qui lui donnait quelques envies de meurtre.
-Vous allez donc encore vous torturer l'esprit avec ces choses ?
-C'est toujours mieux de faire mes devoirs tout de suite, protesta Frigga, boudant ce qu'elle tenait en main.
Odin vint à nouveau à la rencontre de son corps, posant ses mains contre sa taille et lui dérobant un nouveau petit baiser.
-J'en conclus que ce dossier sera fini avant ce soir pour que vous ne vous retrouviez pas avec ça comme livre de chevet ! comprit-il, amusé par la grimace de son amour.
-Osez mettre ça sur ma table de chevet et je vous promets de reprendre du service en tant que guerrière ! ne put-elle s'empêcher de menacer, tentant de plaisanter pour oublier ces mains si...douces, délicates, avides sur elle.
-Ne me l'aviez-vous pas déjà promis lorsque vous étiez enceinte ? se souvint son époux, ses mains ne cessant leur exploration.
Frigga se crispa quand elle se retrouva encerclée par les bras de son amant, les mains de ce dernier sur son ventre, et ses lèvres jouant avec elle. Comment osait-elle le laisser la toucher ainsi ? Comment ? Comment...
-Je n'étais pas dans mon état normal lorsque j'attendais Thor, Odin ! rappela-t-elle du mieux qu'elle put, se contenant difficilement.
-J'avoue avoir eu du mal à reconnaitre la femme qui a menacé de m'accrocher les bourses à un cheval si je ne lui laissais pas la place pour s'étaler sur notre lit...ou la furie qui a tenté de m'assassiner avec l'un des vases de ma propre mère à cause de ses hormones...
-Ne vous moquez pas, mon amour. Vous devriez retourner à vos entretiens, ils sont bien plus intéressants que moi, essaya-t-elle de le convaincre, de plus en plus mal à l'aise.
-Je vous l'ai dit, je ne vous quitte pas ! Qu'avez-vous donc ? s'inquiéta à nouveau Odin.
Voyant qu'aucune réponse ne venait, le roi prit les choses en main. Il attendrait que Frigga lui avoue ce qui n'allait pas, mais en attendant les confessions, il tenta de la rassurer par de doux baisers. Des baisers qui dépassèrent rapidement les limites de la chasteté.
-Odin..., murmura Frigga, ne pouvant se dérober à lui.
En effet, les lèvres sauvages et aimantes à la fois l'en empêchèrent, la couvrant de baisers. De plus en plus tentée de s'abandonner à cette folie amoureuse, la reine guerrière se laissa faire, acceptant chaque baiser en espérant secrètement que toutes ses mauvaises pensées disparaitraient loin d'elle.
Hélas, plus les contacts s'approfondissaient, plus cette sensation d'être impure et indigne de son mari l'emportait, détruisant la passion qui la prenait à chaque caresse. Lorsqu'elle atterrit avec douceur sur le divan, ses cheveux s'éparpillant sur les coussins, son esprit sembla à nouveau se révolter. Il ne pouvait pas la toucher. Il ne devait pas la toucher ! Stop. Plus de baisers aussi doux. Elle ne méritait pas autant d'attentions. Et ces paroles d'amour, que disait-il ?! Il lui avouait mille fois son amour, elle lui manquait tant...non, il ne devait pas ! Ces lèvres glissant de ses lèvres jusqu'à son cou pour l'en couvrir, ces frissons agréables qui la prenaient...cette main sur sa nuque, et l'autre sur son ventre. Stop ! Ses propres lèvres s'écrasèrent sur celles de son époux pour oublier toutes les pensées confuses qui anéantissaient son désir, car c'était bien du désir qui la ravageait sous mille feux brûlants.
-Il ne faut pas continuer, tenta-t-elle à nouveau, alors que son corps n'était pas d'accord avec ses pensées.
Il lui sembla même qu'Odin se colla à elle, que ses jambes entourèrent les hanches du roi, que ses mains se glissaient dans ses cheveux blancs. Une main glissa jusqu'aux cuisses de la reine, l'autre resta sur son ventre. Arrêter. Son amant devait s'arrêter, vite ! Il ne méritait pas une femme aussi indigne et horrible ! Au prix d'un immense effort de concentration, Frigga réussit enfin à se défaire des lèvres de son bien-aimé, s'attirant un léger grognement de protestation. Ce n'était pas de la peur qui la prenait, c'était...de la détresse ? Surtout lorsque les mains se firent plus insistantes. Odin ne méritait pas une femme aussi impure qu'elle, non !
-Arrêtez ! ordonna-t-elle, se défaisant des bras pourtant si aimants du Père de Toute Chose.
Celui-ci ne sut comment il se retrouva seul sur le divan, avec une horrible impression d'être bien trop à l'étroit dans ses bas. Il se maudit d'être aussi réceptif au corps de son amour si désirable, et vint vite en quête de réponses.
-Ais-je trop pressé les choses ? s'inquiéta-t-il, se relevant et faisant de son mieux pour stopper ce désir qui en venait à empoisonner son esprit.
Ne pas plaquer Frigga contre lui et capturer ses lèvres dans un baiser des plus langoureux. Ne pas la brusquer et l'allonger sur ce divan, ou pire, sur son bureau.
Ne pas la faire sienne, surtout ne rien faire de mal.
Quelle horrible sensation que celle d'être trop excité, souffla son esprit ! Fort heureusement pour lui, le roi d'Asgard reprit ses esprits. Il ne devait certainement pas se laisser aller à un débat intérieur avec la voix de la luxure. Frigga en priorité, son problème de plus en plus voyant passerait après.
Ce fut lorsqu'il vit les larmes de sa femme qu'Odin comprit que la situation était urgente, et qu'elle ne méritait aucune plaisanterie. Ses pas le guidèrent vers la femme qui partageait sa vie, et ses bras se tendirent vers elle pour espérer la consoler. Frigga le repoussa sans attendre, se sentant responsable. Coupable. Coupable.
-Je n'aurais pas dû me montrer aussi insistant, pardonnez-moi, souffla alors son époux, réussissant à attraper une main qui tremblait.
-Vous ne pouvez, ne devez, pas me toucher, Odin...pourquoi me faîtes-vous ça ?! N'ais-je pas assez souffert ? lui murmura-t-elle, acceptant de lui montrer son désespoir.
Le roi ne put comprendre ce qu'elle disait. Il avait besoin de plus de détails pour savoir ce qu'il avait fait de mal. Et son cœur ne désirait qu'une chose : aider et réconforter sa femme, si seulement celle-ci le laissait faire. Mais elle n'avait pas l'air de le vouloir, se détournant pour aller s'asseoir ailleurs, d'autres larmes coulant de ses yeux. Elle en vint à se haïr davantage. Oser montrer ses larmes à un homme tel que le Père de Toute Chose, quelle chose fragile elle était, lui susurra cette petite voix qui la terrifiait.
-Dîtes-moi ce qui vous met dans un pareil état, Frigga, et je pourrais vous aider ! Dîtes-moi tout, en vint à supplier Odin, se mettant à sa hauteur.
Il se trouva un instant ridicule, à s'agenouiller pour parler à sa femme. Les séances avec le Conseil étaient une partie de plaisir à côté de ses entrevues avec la reine. Il se sentait si...mal à l'aise dans le rôle de mari. Il échouait même à obtenir ses confidences !
A bout d'être aussi fragile, sans pourtant pouvoir dire à son amour ce qui la tourmentait le plus, Frigga se révéla. Elle ne pouvait pleurer éternellement.
-J'ai peur de vous perdre, Odin ! J'ai peur de vous voir me tourner le dos...ce n'est pas ma faute, pourtant ! Jamais je n'ai osé imaginé une telle chose...je vous le jure, je veux vraiment le combattre, mais je n'y arrive pas ! Ne m'abandonnez pas, restez avec moi...je suis égoïste, je sais, mais je vous en supplie..., murmura-t-elle, des sanglots restant bloqués dans sa gorge.
Odin se sentit si mal de la voir souffrir ainsi. Il ne saisissait pas la réelle raison de sa peur, mais la prit toutefois dans ses bras, ne sachant quoi faire d'autre. Les relations sentimentales le bloquaient tant. Ses mains se mirent en quête de caresser et détendre le dos de sa Lumière, mais aucun son ne sortit de sa bouche, inquiétant davantage Frigga. Elle le supplia pendant plusieurs minutes de ne jamais la quitter, mais il n'y avait toujours aucune réponse.
-Mon amour..., appela-t-elle, désespérée.
-Qu'est-ce que ce monstre a fait de vous ? souffla-t-il, avant de reprendre plus haut pour la réconforter. Soyez assurée que je resterais toujours à vos côtés, ma reine. Mon unique amour. Vous savez que je ne vous quitterais jamais.
-Vous dîtes ça, et après...après, vous allez partir. M'abandonner, comme Thor, comme...comme...
-Ne dîtes pas son nom, mon aimée ! l'enjoignit Odin, voyant déjà une crise venir si le nom maudit venait à sortir.
-Mais si je ne le dis pas, il m'aura ! Il faut que je le dise...il faut que je me batte, mais je ne peux pas vaincre...je vais perdre, n'est-ce pas ? Je vais vous perdre, je vous perds déjà..., continua-t-elle ses confidences, tremblant dans les bras peu à l'aise du souverain en peine.
Pourquoi s'obstinait-elle à croire qu'il allait s'en aller loin d'elle ?! Odin ne put que tenter de la reprendre dans ses bras malgré le fait qu'elle essayait de s'en échapper à chaque tentative. Lorsqu'enfin il la sentit arrêter de se débattre, il put chercher quelque chose qui pourrait aider sa femme.
-Frigga, je reste vôtre quoi qu'il nous arrive. Laissez-moi vous aider, ensemble nous pourrons retrouver ce que nous avons perdu. Et ce qui a disparu peut être retrouvé, alors laissez-moi vous guider. Ayez confiance, je vous en prie, ne put-il que demander.
Frigga, qui refusait jusqu'ici de le regarder dans les yeux, se contentant juste d'arrêter de gigoter dans ses bras, finit par tourner son regard vers celui de son mari. Oh, ce qu'elle l'aimait. Elle l'aimait au-delà de tout. Sans doute ne le savait-il pas. Un roi devait se concentrer sur d'autres choses que sur l'amour. Surtout ce roi-là, si occupé. Si...juste avec elle, alors qu'elle ne le méritait pas. Cet homme qui la tenait dans ses bras, elle ne le méritait pas. Plus.
-Je...je vous fais confiance, mon amour. Je vous fais confiance, articula-t-elle après avoir laissé le silence planer.
Et Odin eut un sourire. Frigga le suivit dans un léger sourire. Pas une seule fois en cinq mois elle n'avait accordé sa confiance à une seule personne, car celle à qui elle avait avoué pouvoir confier sa vie l'avait ensuite brisé, autant physiquement qu'émotionnellement. Et même pire. Odin se surprit alors à espérer un retour pour sa femme, même si elle avait un comportement étrange pendant cette entrevue. Mais, au moins, elle accordait à nouveau sa confiance si convoitée à une nouvelle personne.
-Je vous promets de vous protéger, et d'être digne de votre confiance, ma reine, murmura-t-il alors, convaincu.
Frigga se contenta d'hocher la tête, mais elle ne put venir embrasser son époux. C'était elle qui se trouvait indigne de lui et de sa confiance. Et elle voulait qu'il se trouve une femme qui pourrait l'aider, l'aimer, et le satisfaire. Mais son cœur se refusait à l'éventualité qu'Odin lui soit infidèle. Entre le cœur et la raison, entre l'amour et le besoin de servir son roi, il lui était bien dur de choisir. Son cœur se trompait si souvent dans ses déductions. Dans ses décisions, aussi.
-Frigga, il faut que vous sachiez. Je vous aime, entendit-elle le Père de Tout murmurer contre elle, alors que ses mains s'enroulaient autour de ses fines hanches.
-Mais votre amour me brûle...il me consume..., soupira-t-elle, le serrant contre elle.
-Pourquoi dire cela ? Ne voulez-vous pas mon amour ? s'inquiéta-t-il.
-Je ne sais pas, je ne sais plus. Peut-être est-ce alors mon amour pour vous qui va me tuer ? Ou ce que j'ai en moi...
-L'amour ne vous tuera pas. Et rien ne nous séparera, soyez en assurée, ma reine. Donnez-moi un sourire, par pitié. Je veux vous voir sourire, vous voir heureuse ! quémanda bêtement le monarque.
La femme aux cheveux d'or se résigna à lui donner ce qu'il voulait : un petit sourire qu'elle espérait le convaincre de sa joie, mais au fond d'elle, elle savait que son mari voyait à travers son jeu : il n'y avait aucune joie. Juste de la peur, de la détresse. Elle était désespérée par ce qui lui arrivait, et pour cela, il y avait peu d'issues. La seule qu'elle pouvait envisager était la plus horrible, et pleine de déshonneur si elle se décidait à l'emprunter. Mais c'était une issue, tout de même. Une issue fatale, hélas.
Ses pensées s'évaporèrent quand une main se remit à glisser tendrement sur son ventre plat. Une légère peur la prit quand cette peau si pure vint sur elle. Elle enleva vite la main, et la plaça ailleurs. Odin s'inquiéta de cette réaction.
-Vous ais-je fait mal ?! s'enquit-il.
-Non, mon amour. Non...c'est juste...c'est sensible, ça ne fait qu'un peu mal, toussota la magicienne.
-Oh. J'espère que ce mal disparaitra, dans ce cas.
-Je l'espère aussi, Odin. Si vous saviez à quel point..., murmura Frigga, serrant discrètement les poings.
Mais ça ne serait pas elle qui le ferait disparaitre, ce mal là.
Jamais.
Que la mort l'emporte.
000
Ce fut durant la soirée que Eir reçut une visite inattendue. Alors qu'il lisait un ouvrage fort intéressant sur certaines plantes venues des terres de Midgard, un frappement à sa porte vint interrompre ses interrogations sur les poisons terriens. Le guérisseur se fit un devoir de se recoiffer avant d'ouvrir, sachant que peu de personnes n'osaient venir dans sa tanière. C'était sans doute un membre de la famille royale, ou un de leurs amis. Tant que ce n'était pas les guerriers et leurs mains indélicates, songea l'homme, jetant un coup d'œil rapide à ses cheveux bruns et légèrement coiffés, ainsi qu'à sa tenue bleue, la tenue des guérisseurs. Tout était en ordre. Parfait.
Lorsqu'il reçut son visiteur, la surprise se lut immédiatement dans son visage et dans ses yeux aussi bleus que les hostas, fleurs bleues venues de Midgard. Le roi en personne lui faisait l'honneur de venir visiter sa maison ! Il s'inclina, se demandant intérieurement ce qui pouvait pousser Odin à venir aussi tard.
-Inutile de vous incliner, Eir, déclara Odin.
-Et bien, tous s'inclinent devant le roi, majesté. Voulez-vous entrer ?
Lorsque les deux hommes se furent retirés dans les appartements du guérisseur, Odin put enfin contempler la demeure qu'aimait son ami. Il parvenait presque à comprendre pourquoi Frigga venait souvent ici lorsqu'elle avait du temps libre qu'elle ne passait pas avec sa famille. Les appartements étaient toujours baignés dans une profonde lumière agréable, chaque petit coin des pièces étant rempli de fleurs, de plantes, de parfums délicats. Chaque plante était parfaitement entretenue. Les couleurs n'hésitaient même pas à se mélanger. De ce lieu se dégageait une atmosphère sereine et douce.
-Je ne vous imaginais pas aussi amoureux de la Nature, Eir, confia Odin en essayant de prendre le ton de la conversation, fait extrêmement rare chez lui.
Le guérisseur ne manqua pas de le remarquer. Alors qu'il prenait place auprès de son souverain, sur un doux canapé bien douillet, il tenta de trouver les bons mots.
-En effet, votre majesté. La Nature est pour moi ce qu'il y a de plus beau, et j'aime l'harmonie qui s'en dégage. Cela m'empêche de sombrer dans la dure réalité que je vois tous les jours. C'est mon sanctuaire. Voilà pourquoi aucun guerrier ne pénètre ici ! sourit-il, se prenant de tendresse en regardant son lieu de sérénité favori.
-Je ne m'y connais pas en plantes, même si Frigga a bien essayé de me convertir en jardinier...
-Vous, jardinier ?! Votre reine est donc pleine de ressources ! Mais, si je peux me permettre, mon roi, que me vaut l'honneur d'une telle visite, surtout à une heure aussi tardive ? Il me semblait que vous aviez encore des rencontres avec des ambassadeurs ?
-J'ai pu me libérer, mes ministres prennent le relais ! Ce qui m'amène ici, Eir, c'est...délicat à l'avouer, je dois bien le dire. C'est compliqué..., admit le Père de Tout, ne se sentant vraiment pas à l'aise.
Il fut presque heureux de constater qu'il n'était pas le seul à se sentir mal à l'aise : Eir triturait ses doigts, signe de nervosité chez le guérisseur royal.
-Majesté, vous croyez que le mot 'compliqué' est un souci pour nous ? Vous et moi y sommes habitués ! Parlez en paix. Avez-vous besoin d'une potion ? D'un poison ?
-Une potion contre le désir, cela existe-t-il ? soupira le souverain, se laissant aller à la confidence.
Un sourcil arqué lui répondit. Potion contre le désir ? Eir comprit que la discussion ne serait pas des plus joyeuses à aborder. Il se sentit obligé de demander d'autres détails.
-De quel désir parlez-vous, mon roi ?
-Dois-je vous faire un dessin, mon ami ?! Un désir s...se...vous comprenez, voyons !
-J'en ai bien peur, majesté. Un désir sexuel ? préféra tout de même s'enquérir un guérisseur qui s'efforçait de ne pas se laisser aller à la rougeur.
Odin tiqua au mot, ce qui confirma les craintes de son confident temporaire.
-Pourquoi voudriez-vous une telle potion, qui n'existe pas vraiment d'après ce que je sais ?
-Vous connaissez sans doute déjà la réponse...
-Je vous assure bien que non, mon roi. Je vous épargnerais autant de questions, si je savais tout. Avec tout mon respect, inclina la tête le guérisseur.
-Vous savez bien qu'un homme et une femme peuvent se désirer, tenta d'amorcer Odin, commençant à regretter cette visite nocturne.
-Par Yggdrasil, racontez-moi tout et n'ayez pas peur d'être direct, mon roi !
-Très bien ! Je...désire violemment ma femme...il faut bien que je l'avoue. Chaque jour et chaque nuit, je pense à elle.
-Normal, souffla Eir, s'empêchant vivement de piquer un fard.
-Normal de penser à sa femme, oui, mais de la désirer avec autant d'ardeur...comprenez-vous, Eir ? Je désire Frigga avec une telle ardeur que j'en viens à avoir un mal fou à me retenir !
-Je commence à voir, oui...mais c'est bien normal de la désirer, elle est...votre femme. C'est en revanche le fait de la désirer aussi fortement qui est moins bien, songea le guérisseur à haute voix, craignant la suite de la conversation.
-Je suis privé d'elle depuis si longtemps. A chaque fois que nous nous touchons, elle essaye de me convaincre qu'elle est prête, et je sais parfaitement qu'elle ne l'est pas. Mais, malgré tout l'amour que je peux porter à ma reine, c'est ma virilité qui m'emporte presque toujours ! Je suis si tenté de faire ce qu'elle me demande de faire...elle me dit être prête, et une part de moi arrive à la croire alors que je sais pertinemment qu'elle ment, souffla Odin, décidant de se confier.
Quitte à parler de tout avec celui qui partageait le secret de la douleur de Frigga, autant lui avouer absolument tout à propos de lui. Il redoutait de faire la pire des choses s'il venait à ne plus se contrôler.
-Mon roi, j'ignore ce que je peux faire pour vous. Vous devez attendre que la reine soit réellement prête.
-Je le sais, merci bien ! Mais je l'aime, et je la désire aussi. Elle s'offre à moi, me soutient qu'elle me veut...et me repousse souvent avant que nous ne puissions faire quelque chose. Ce dilemme en elle m'atteint aussi. Eir, comment arrêter de la vouloir tout le temps ?
-C'est à moi que vous demandez cela, mon roi ? sourcilla encore le pauvre homme.
-Je n'ignore pas que vous portez à ma femme un intérêt qui n'est pas si différent du mien...
-Vous vous trompez, mon roi, permettez-moi de vous le dire. Il n'y a qu'un désir intellectuel entre votre femme et moi. Nous aimons partager nos connaissances.
-Elle ne vous attire pas plus que ça ? se surprit à demander le Père de Tout.
-Devons-nous vraiment avoir cette conversation, mon roi ?! Je comprends le désir que vous ressentez pour la reine, mais vous ne devez en aucun cas y céder. Vous risqueriez d'être brutal avec elle, et de la blesser. Elle aura beau vous supplier de faire tout ce que vous voudrez sur elle, vous ne devez pas céder. Mais vous le savez, c'est pour cela que vous venez me voir.
-Oui, soupira Odin.
Et dans son désir profond envers sa femme, il en venait à avoir des fantasmes sur elle. Jusqu'à accepter de la voir se débattre contre lui alors qu'il prendrait du plaisir. Et la pensée de la forcer suffisait à lui faire du mal. Mais son désir était si fort, il le consumait dès que Frigga était dans son champ de vision. Sa reine était si belle et séduisante, si désirable et délicate. Ses caresses et ses baisers lui manquaient. La chaleur de ses bras tout comme la chaleur de sa féminité lui manquait. Ses mots d'amour tant ses menaces lui manquaient aussi !
-Je n'ai aucun remède contre votre désir, hélas. Le seul que je connaisse, vous le connaissez aussi, et nous savons que vous ne l'emprunterez pas. Trahir la reine pour vos besoins virils ne fait pas partie de vos plans, n'est-ce pas ? s'enquit Eir après avoir hésité à parler de cette phase là.
-Je m'en sentirais incapable, en effet. Frigga m'a proposé de faire cela, pourtant. Au tout début. Mais la tromper n'arrangerait pas les choses. Eir, dites-moi comment résister à cette envie. Je crains de lui faire du mal, de...de la v...
-Je comprends, mon roi. Vous n'avez pas besoin de dire ce mot. Je ne peux que vous encourager à garder vos désirs pour vous jusqu'à ce qu'elle soit prête. Et de la laisser vous guider quand vous la sentirez accessible. Contrôlez vous du mieux que vous pouvez. Vous la tueriez sûrement en la forçant. Elle ne serait sans doute pas assez forte après cela. Majesté, gardez ça en mémoire : vous êtes le dernier rempart qui empêche la reine de tomber. Peu importe ce qu'elle vous dira, ce que vous penserez. Vous êtes la seule lumière qu'elle peut encore voir. Si cette lumière venait à disparaitre, je crains bien que reine guerrière ou pas, ça ne soit sa fin, alors par pitié, ne commettez aucune erreur. C'est vital pour elle.
-Je sais, Eir. Je sais tout cela. Loki l'a-t-il vraiment détruite à ce point là ?! Et moi qui croyais naïvement qu'elle se remettrait..., se lamenta Odin.
Et il désespérait de croire en Frigga, mais cet espoir finissait toujours par disparaitre. Par n'importe quel moyen, Loki revenait dans les pensées de sa bien-aimée pour la tourmenter. Il doutait de pouvoir tenir encore longtemps. Le futur lui parut soudain plus compliqué et moins sûr. Il savait qu'un jour, son désir serait plus fort que son cœur. Et cet amour qu'il portait à Frigga ne la protégerait pas toujours de ce désir violent.
Intérieurement, Eir pensa la même chose que son souverain.
Qu'Odin commette la moindre erreur lui ferait perdre Frigga à jamais.
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Du loin de sa cachette, Loki observait le déroulement des événements avec joie, et rage. Rage, car plus personne ne semblait se souvenir qu'il était en fuite. C'était comme s'il était devenu invisible au regard des autres. Il espéra que personne ne l'avait oublié. Joie, car justement, au fond, cet oubli de sa personne dangereuse lui servirait. Les gardes ne se méfieraient pas de lui. Odin et Thor ne comprendraient que trop tard. Et Frigga ne saurait la vérité que lorsqu'elle ferait face à son destin.
Alors que des larmes coulaient sans raison des yeux rendus rouges par la haine du prince déchu, ce dernier décida qu'il était temps. Enfin, son plan pouvait être mis à exécution. Enfin, il aurait le début de sa vengeance. Et tout Asgard tomberait ensuite.
Il jeta un dernier regard sur le palais avant d'aller se préparer à sa bataille. Des diversions, et une indication pour que tous sachent qu'il était revenu. Sauf que lorsqu'ils comprendraient son but, il serait trop tard.
La Lumière d'Asgard serait éteinte définitivement, et il pourrait accomplir sa vengeance tant attendue avant de s'éteindre, lui aussi. Mais une ombre pouvait-elle s'éteindre ? La démence pouvait-elle disparaitre ?
Loki essuya ses larmes alors qu'un sourire des plus terrifiants apparut sur son visage humidifié par ses pleurs. Oh, oui, il allait tout détruire.
Et les Ombres tomberaient sur Asgard...
Brrr, cette dernière phrase fait peur, ou pas? Alors, allons-y pour les théories et pour les avis :p
J'essayerais de poster le nouveau chapitre mercredi après-midi, en essayant d'être à l'heure cette fois!
Merci de m'avoir lu!
