Chapitre 9: Dangereusement vôtre
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Alors pour résumer: ça fait un an - ah non plus d'un an - que j'ai rien posté. DÉSOLÉÉÉÉ... Je crois que ça a dépassé toutes mes prédictions, je me demande vraiment ce qui s'est passé.
Le truc c'est que ce que je vous poste ici n'est même pas la version totale de tout ce que je voulais faire dans ce chapitre, qui en soit n'est pas très long (proportionnellement au temps d'attente il est minuscule). Mais bon là je l'ai relu et je me suis dit MAIS POURQUOI NE PAS LE POSTER ? En soi si j'avais choisi de raccourcir mes chapitres vous auriez attendu trois fois moins longtemps. J'aurai pu poster presque tout des mois plus tôt... mais à chaque fois je me disais que ça ne suffisait pas et qu'il restait des trucs à caler et au final ça a dérapé...
Le principal c'est que je continue j'ai envie de dire, mais c'est vrai qu'un tel temps d'attente est vraiment non envisageable. Poster un chapitre par an n'est pas mon projet pour l'avenir mais jusque là mes délais s'allongent de plus en plus. Alors je ne promet rien mais je pense sincèrement poster plus vite parce que je vais essayer d'écrire des chapitres plus courts mais plus régulièrement: ça va équilibrer. Ça vous va ?
Du coup y'a une troisième partie à ce chapitre que j'espère poster plus vite (tout est relatif), quand j'aurai le temps. En cas de bloquage j'essaierai quand même de partager mon écrit si le contenu est suffisamment pertinent, même si il ne fait pas 20 pages. Comme ça je ne m'enliserai pas dans un cercle vicieux d'écriture comme ce que j'ai fait cette année. Toutefois, c'est une réalité: j'ai moins de temps à consacrer à ce récit et bien moins d'inspiration.
J'en profite pour remercier tous ceux qui ont continué à m'encourager et à me suivre durant cette période d'hibernation. MERCI ! Vous faîtes tous vivre cette histoire et c'est un plaisir de pouvoir assouvir vos appétits de fans et de lecteurs (même si je vous affame régulièrement). Vous êtes d'un grand soutient. Dédicace à Saki et son enthousiasme débordant pour cette fic (elle est capable d'utiliser plus de majuscules que moi).
So, Un GRAND merci, et c'est avec plaisir, soulagement, et gratitude que je vous souhaite une très agréable lecture !
PS: Ouais j'ai changé le titre de la fic, et en plus j'ai donné le même au chapitre, c'est un peu le bordel je vous l'accorde.
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La capitale est méconnaissable. Les bâtiments haussmanniens semblent s'effacer autour d'eux, ne laissant place qu'à une brume indéchiffrable. Il fait froid, ce n'est pas silencieux mais Marinette entend pourtant distinctement les battements effrénés de son coeur, s'engouffrant dans sa cage thoracique et brisant sa respiration.
La ville des lumières semble bien sombre cette nuit.
Seul rappel d'une réalité quelconque: la présence d'un corps à ses côtés.
Une chaleur typiquement humaine s'en dégage, apaisante et concrète, une accroche solide dans le brouillard qui couvre son esprit. Il ne faut pas qu'il la lâche, elle n'y arrivera pas autrement.
Elle ne peut plus réfléchir correctement, juste sentir. Le froid, la pluie sur ses épaules, son coeur assourdissant, une main dans la sienne, une présence, du sang encore tiède sur son visage, la peur; l'horreur.
Ses doigts resserrent leur prise sur ceux du jeune homme, si fort qu'elle a certainement dû lui faire mal. Il ne bronche pas, toutefois.
Elle est déboussolée, sans repères, elle ne sait pas où il les emmène, elle marche, elle a confiance, elle se laisse guider. Pourtant il a l'air aussi terrifié qu'elle... Mais elle a le sentiment qu'il sait ce qu'il fait, qu'il a pris les rennes de la mission et qu'il va les sortir de là. Elle le sait.
Sa confiance en lui est entière.
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Il lui faut une vingtaine de minutes pour réaliser qu'il est en train de les conduire chez elle. Chat noir n'est jamais entré "chez elle"; pourtant c'est seulement un petit appartement loué pour le mois, rien de bien risqué. Il sait où il se situe depuis qu'il l'a raccompagnée après leur ballade dans Paris la veille. Oui, un instant de faiblesse. Il n'a pas insisté pour entrer toutefois, aucun prétextes, pas même les classiques: "pour un dernier verre", "pour visiter" ou pour "m'offrir un café". Elle le nierait jusque dans sa tombe mais elle avait éprouvé une certaine déception. Tout petite. Bien sûr.
Et maintenant elle était de nouveau clairement en position de faiblesse, et il la raccompagnait, encore. Sauf que ça lui était égal désormais.
Ça ne la gênait plus que Chat noir la voit faible. Lui seul aurait ce privilège, elle savait qu'elle n'avait rien à craindre, qu'elle avait trouvé un ami auprès de lui. Un allié.
Et là tout de suite, elle se sentait nettement mieux à ses côtés, il était même absolument indispensable.
La jeune femme se rapprocha instinctivement de l'espion, qui l'encourageait doucement à avancer par une main logée au creux de son dos. Pression chaude et rassurante. Le doux martèlement de l'eau contre elle et sous ses pieds dénudés berçait leur marche, elle ferma les yeux, et se laissa emporter par ce sentiment d'isolation, et de réconfort, car Chat noir la tenait. Il la tient toujours.
L'instant ne dure pas, elle ouvre les yeux, sa tête est baissée alors elle a le sol, leurs pieds, et surtout la main droite du jeune homme dans son champ de vision. La main est encore crispée comme pour tenir la crosse d'une arme, les doigts tremblent, et il y a du sang. La pluie ne l'a pas encore entièrement lavé. Alors elle n'y peut rien, elle sent des vagues de panique affluer de nouveau dans son propre sang.
L'angoisse, le choc, et surtout la culpabilité bloquent de nouveau sa respiration. Les larmes brouillent encore son visage, et des sanglots étouffés franchissent la barrière de ses lèvres. Elle ne veut pas pleurer, elle doit rester forte, pourquoi est-elle la seule à perdre le contrôle ?! Tout est de sa faute et c'est lui qui en assume les conséquences, pourquoi ne la laisse t-il pas ? C'est sa faute.
Nous sommes une équipe ma lady.
Ah oui. Sa foutu loyauté, bien sûr.
Chat noir a remarqué les sanglots. Il s'arrête, il la regarde et elle refuse de lever la tête pour voir la colère ou la pitié se répandre sur ses traits. Mais il la serre dans ses bras, fort.
- Tout va bien se passer. S'il-te-plaît je te promets que tout va bien se passer. Mais pour ça aussi j'ai besoin de toi, d'accord ? Nous deux, ma lady, encore un effort.
Il desserre son emprise et elle ne veut pas le laisser partir, elle ne veut pas. Mais elle l'écoute. Elle va l'aider, et arrêter d'agir égoïstement, alors elle le suit, elle marche, vite, s'efforçant de calmer sa respiration.
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Ils entrent dans sa chambre, Chat noir le premier. Il s'arrête un instant et regarde autour de lui. Marinette ne voit pas son expression, juste son dos. Elle se demande un instant ce qu'il doit penser.
Et puis soudain ça la frappe, à quel point sa chambre est impersonnelle. Elle ne sait pas pourquoi elle était effrayée avant, parce qu'il n'y a rien qui reflète réellement sa personnalité dans les éléments disséminés qui composent le lieu. Ce n'est pas comme sa chambre d'ado; c'est un peu bordélique certes, mais pas aussi coloré et rempli, rempli de dessins, de photos, de tissus... Ce n'est pas Marinette, ce n'est pas vivant, c'est juste... Professionnel. C'est frappant à quel point ce n'est pas elle.
Chat noir se tourne, ils n'ont pas allumé les lumières, il fait sombre et sa silhouette se détache dans le halo lunaire. Il sourit, elle le voit.
Et ça la brise.
Parce que ce n'est pas le sourire de Chat noir.
C'est quelque chose d'autre.
Quelque chose de forcé, de sombre, de triste: plus rien d'insolent ni de sincère. Il n'y a aucune joie dans ce sourire. Et ça la brise.
C'est ta faute, murmure une voix dans sa tête.
Mon dieu.
Marinette s'effondre sur le sol, ses jambes ne la soutiennent plus, comme un rappel de leur faiblesse, tout lâche. Et soudainement elle est à terre et elle pleure. Elle ne respire plus.
Elle fait une crise d'angoisse.
Aussitôt Chat noir est contre elle, il passe des mains frénétiques sur son visage, et ses bras. Il tremble, il essaye de croiser son regard fixe et désemparé. Il n'y arrive pas.
- Viens avec moi, implore t-il faiblement.
Elle sent des bras la soulever, elle se laisse à nouveau guider, sans chercher à comprendre ou à protester, elle n'entend rien et ne voit rien autour d'elle. Chat noir la porte jusqu'à la salle de bain. Là, il allume la lumière, c'est aveuglant, et il se dirige jusqu'à la baignoire. Marinette perçoit l'eau qui commence à jaillir.
Quelques instants s'écoulent tandis qu'elle essaye de chasser les larmes qui brouillent sa vue. Puis soudain, son visage est innondé, les larmes ne s'arrêtent plus. Des larmes chaudes. Elle est dans la baignoire, elle réalise. Chat noir est devant elle, le visage aspergé d'eau aussi, de l'eau qui se teinte de rouge au contact de sa peau. Il est tout habillé, comme elle, et il la regarde, plongé lui aussi dans la contemplation du sang qui dégouline de leurs vêtements et de leurs corps.
Puis, il prend un gant sur le rebord, et commence à frotter. Sa peau à elle.
Ses mouvements sont caressants et appliqués, il passe le gant sur sa joue, son front, son cou, ses épaules... Son maquillage sophistiqué de la soirée doit couler aussi mais elle s'en fiche. Elle ne quitte pas le jeune homme des yeux un seul instant.
Elle ne sait pas combien de temps ils sont restés dans cette baignoire.
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- Tiens, enfiles ça.
Il lui tend une robe de chambre, la sienne, la robe japonaise rouge avec des fleurs de cerisier et des point noirs cousus un peu partout. En soie, un cadeau de Tikki.
Marinette est toujours dans la baignoire, trempée jusqu'aux os, sa robe lui colle à la peau, il n'y a plus de sang sur elle, mais sa robe en a la couleur, et le vêtement que lui tend Chat noir aussi.
Respire.
Il lui fait un petit sourire mais son regard est triste, il s'inquiète pour elle certainement. Alors Marinette lui rend faiblement son sourire avant de saisir le drapé. Elle se sent nauséeuse, elle veut qu'il parte, mais si il part elle a peur de céder encore à la panique.
- Je te laisse. Le temps que tu te... Tu sais... T'habiller.
Le ton embarrassé de son acolyte l'aurait certainement fait rire dans d'autres circonstances, elle essaye un autre sourire pour le remercier mais sent juste qu'elle pourrait pleurer, alors elle acquiesce. Et il sort.
Reste.
Elle demeure silencieuse toutefois. Avec la sensation entêtante d'un poids lui entravant la gorge. Une main enserrant son cou et l'empêchant de parler, de respirer, de hurler et d'appeler Chat noir. La jeune femme frôle distraitement sa blessure, et réalise que Chat noir a bandé son cou où son agresseur a commencé à l'entailler. Ce n'est pas profond mais elle ressent quelque chose de béant en elle, grandir et l'engloutir.
Bordel Marinette, ressaisis toi.
Ça ne sert à rien, son cerveau est têtu. Mais elle est forte non ? Chat Noir le lui a dit une fois. Elle s'est toujours débrouillée seule. Quand elle devait cacher ses hématomes au lycée après des entraînement, elle était seule. Lorsqu'après sa première mission elle était restée enfermée trois jours dans une cave sordide et qu'elle s'était échappée, elle était toujours seule. Toutes les fois où on l'a touchée, frappée, poursuivie... Seule. Et maintenant elle est en vie, et quelqu'un veille sur elle.
Tu n'es plus seule.
Les joies de la vie en équipe, hein ? Ensemble jusqu'au bout.
Chat Noir. Adrien. Est derrière cette porte, et il est absolument hors de question qu'il s'en aille. Marinette ne le laissera plus partir.
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Adrien laisse son masque se décomposer à l'instant où la porte claque derrière lui.
Il laisse échapper une longue expiration tremblante et reste immobile, probablement une bonne minute.
Bordel de *****
Il essaye de contrôler sa respiration, les spasmes qui parcourent ses mains, la crispation de ses membres. Il se concentre sur le froissement du tissu derrière la porte, sur les sirènes d'ambulance au loin, sur le rythme instable de son coeur. Ses doigts viennent enserrer la chemise inconnue qu'il a enfilé; il y avait des vêtements d'hommes dans une penderie, il essaye de ne pas se demander à qui ils peuvent appartenir et remercie juste le ciel de lui avoir donné quelque chose de décent pour s'habiller.
Adrien souffle encore une fois entre ses dents, et calme le frisson qui traverse ses membres au souvenir de ce qu'il a fait. Il perçoit un reflet de son visage dans la vitre et essaye de ne pas trop se détester pour l'instant, de ne pas voir le tueur qu'il est devenu imprégner ses traits.
Merde.
Chat noir n'a jamais tué. Jamais.
Battu très agressivement peut-être.
Il a déjà usé des armes blanches, il a déjà tiré, frappé, étouffé, planté.
Mais non, il n'a pas tué.
Et c'est peut-être stupide de s'en soucier maintenant, mais c'est plus fort que lui, il y a une différence et il la sent.
Parce que tuer un homme, le tuer quand on peut l'éviter, quand on a le choix, quand on a le pouvoir de ne pas user de celui qui retire la vie, c'est différent. Ça n'est pas lui.
Avoir du sang sur ses mains qui provient du meurtre que l'on a commis. Il y a un poids significatif qui presse sur votre conscience. N'est-ce pas ?
Mais ce n'est certainement pas le pire.
Parce qu'il y a quelque chose de plus difficile à admettre que la vérité de ce geste, que l'acte d'assassiner dans toute son horreur et sa nouveauté. Le pire, c'est de savoir qu'il pourrait recommencer.
Il n'est même pas sûr d'hésiter.
Il recommencera. C'est certain.
Parce que du plus profond de son être, il a la conviction que ne pas sauver Ladybug, est un crime bien plus grand que celui qu'il vient d'accomplir.
Il ne peut pas rationaliser cette idée, mais c'est la seule qui compte et qui emplit son esprit, il-ne-peut-pas-l'abandonner. Il doit, il veut, il la sauvera.
Imaginer la lame qui caressait sa gorge achever son sanglant dessein est une réalité bien plus insupportable que celle dans laquelle il vit actuellement.
Adrien retient un cri de frustration, enfonçant son poing dans le mur, étouffant suffisamment le bruit dans l'étoffe épaisse du rideau.
Sa vision se floute lorsqu'il imagine, ou ne serait-ce que considère, la vision de son corps gisant sur le sol, sans vie. Son souffle se perd. Il ne peut pas, non, non, il ne peut définitivement pas.
Cet homme devait payer, il devait. Il ne méritait pas de vivre après avoir tenter de... de...
Stop Adrien, bon sang arrête.
Il pourrait tuer pour elle, littéralement.
Il doit laisser ces questions pour plus tard, il n'a pas le temps de paniquer, il doit l'aider, elle, l'empêcher de succomber au poids de ces mêmes questionnements. Il est le coupable, pas Ladybug. Il l'a fait, il le referait, il le sait et il en assume la responsabilité.
Cela dépend de sa lady en un sens, ce bouillonnement dans ses veines, cette rage, cette volonté effrénée et absolue de venger, de la protéger, à tout prix. Mais ce n'est pas sa faute, ce n'est que lui, dans toute sa faiblesse, qui ne peut s'empêcher d'accélérer son rythme cardiaque à son approche, de cesser de réfléchir convenablement, de ne souhaiter que le monde le plus sûr pour celle qui ne vit que dans le danger et qui met son coeur à prix. Elle risque la vie de Chat noir, elle n'en sait rien, il est condamné.
Dangereusement, il lui appartient.
Il y a un deuxième acte qu'Adrien regrette dans cette soirée. Mais peut-on encore une fois réellement parler de regrets ? Il le refera, c'est certain... Avec un peu de chance. Les conditions sont à regretter toutefois.
Bordel, il a vraiment agi comme un imbécile. Le terme est faible. Très.
Ce n'est pas le premier baiser qu'il aurait voulu lui donner, ça ne s'en approche en rien. Parce qu'il n'y avait précisément rien de tendre, de magique, de diligent ou de parfait comme on se l'imagine souvent. Il n'y avait pas de regards radieux qui s'illuminent d'un commun accord, ni la joie et la timide pression des lèvres avant l'appui expérimental, ni la passion contrôlée du premier essai.
Il essaye de se dire qu'il y avait au moins la surprise, l'ivresse, et le mélange explosif de sensations et de sentiments; cette confrontation de peur et d'amour qui submerge et paralyse un peu. Mais malheureusement ça n'était pas un baiser dont la nature s'imposerait comme une évidence: il ne pouvait pas être sûr que Ladybug avait répondu en toutes connaissances de causes, exprimant ses sentiments sans suivre uniquement l'impulsion de l'adrénaline et du soulagement. Réciproquement, elle ne pouvait pas non plus être certaine de ce qui l'avait motivé lui.
Ce baiser ne semble pas avoir de conséquences, pourtant Adrien ressent encore avec une vive acuité la chaude pression des lèvres de la jeune femme contre les siennes. Ce geste refuse de quitter entièrement ses pensées, revenant inlassablement hanter son esprit. Il peine à réaliser que c'est arrivé, cet instant hors du temps, mêlé de désir et de promesses muettes, aussi éphémère et marquant qu'une blessure infligée. Il veut recommencer, et bien cette fois. Il lui avouer ce qu'elle représente pour lui, lire une quelconque lueur réciproque dans son regard, et l'embrasser. Il ne veut pas d'un instant volé, il veut tout, tout et toutes les conséquences.
Et si il venait de tout gâcher ?
Peut-être lui en veut-elle ? Peut-être a t-elle peur de lui ? Elle doit regretter c'est certain.
Bon sang il devrait certainement partir. Là. Maintenant. Qu'est-ce qu'il attend ? Il faut qu'il la laisse en paix, se reposer, reprendre ses esprits. Sa présence ne va faire que l'angoisser davantage, avec toutes les questions en suspend entre eux... Oui il devrait définitivement s'en aller, là, comme un voleur, tandis qu'elle s'habille.
Adrien bouge, il prend son arme, un manteau, et se dirige vers la porte. Il lui vient un instant à l'esprit que ce qu'il fait est un peu lâche - même carrément - et que peut-être il n'a pas envie d'affronter toutes ces questions maintenant, principalement par peur d'entendre Ladybug le rejeter. Adrien soupire, hésitant un instant sur le seuil.
-... Qu'est-ce que tu fais ?
Merde. Grillé.
Le jeune homme se fige, pivotant lentement, dans l'espoir de gagner un peu de temps (espoir relativement faible).
- Tu t'en vas ?
La ton de la voix le pousse de nouveau à s'arrêter. Il croise avec incertitude les yeux bleus de la jeune femme. Elle semble... Désemparée. L'angoisse est latente sur son visage, mais semble contenue.
- Je- Oui - enfin non, peut-être ? Je- Je pensais que tu avais besoin de...
- Solitude ? De réfléchir ?
- ... Oui.
Ladybug ne réfute pas, elle se contente de détourner le regard et fixe le rideau rouge. Quelques secondes s'étirent dans un silence pesant. Adrien est de nouveau incertain, doutant qu'elle aie envie de le voir.
- Bon, je vais y aller alors...
- Non !
Elle se tourne subitement vers lui, paniquée.
- ... Sauf si tu as besoin de mon aide auquel cas...
- Je- non. Mais... Mais reste Adrien, s'il-te-plaît.
Adrien ne lui fera pas remarquer qu'elle est un peu contradictoire parce qu'elle est confuse, et que lui aussi, et que rien de tout cela ne serait pertinent maintenant. Elle a besoin de lui, et c'est tout ce qui lui suffit pour se décider.
Il s'écarte de la porte, avance vers elle, retire son manteau, et... prend sa main.
Le contact est un peu froid, elle tressaille mais elle ne s'éloigne pas. Il la sent cesser de respirer quelques secondes, et cette fois il n'est pas alarmé, car il est en train de faire la même chose. Il se concentre sur la sensation de leurs doigts qui se touchent sans serrer, comme une caresse dans laquelle leurs phalanges ne font que se frôler. Pourtant Adrien sent des picotements parcourir sa peau à chaque points de proximité. Il ressent l'envie de continuer de frôler cette peau du bout de l'index, remonter jusqu'au poignet, puis le long de l'avant-bras, visible sous la manche de soie. Cela semble un geste trop intime pour le moment alors il se contente de la légère union de leurs mains.
Ladybug, d'autre part, ne se limite pas à ce rapprochement puisqu'elle fait glisser sa paume jusqu'à son poignet et entrelace leurs doigts. Elle fixe leurs mains timidement tandis qu'Adrien ne peut résister à la tentation de croiser son regard et d'étudier son expression. Elle a pleuré et ça se voit, et cette beauté à un goût amer, car Adrien ne peut s'empêcher d'être fasciné par cette image, et d'en ressentir en même temps une profonde colère au souvenir de l'incident qui a causé ces larmes.
- Ladybug...
Il ne sait pas pourquoi il a parlé, parce qu'il n'a aucune idée de ce qu'il va dire ensuite. Le nom lui a échappé dans un souffle.
Elle le regarde alors, un peu figée, détaillant à son tour son visage, et Adrien tente désespérément de remettre son cerveau en route pour ne pas passer pour un idiot.
- "Tu...", il se racle la gorge, "... tu veux en parler ?"
Oh bordel.
La jeune femme a toujours des yeux ronds et incertains. Elle lui semble presque effrayée alors il s'empresse d'ajouter:
- On est pas obligé d'en parler, si tu ne veux pas. On peut attendre. Attendre c'est bien aussi. Rien ne presse.
Bon... Maintenant il passe potentiellement pour celui qui veut éviter la conversation. Excellent Adrien.
Ladybug esquisse un sourire, qui n'atteint pas ses yeux, qui se veut rassurant mais qui n'a toujours rien à voir avec une expression authentique.
- Heu oui, c'est gentil de proposer... Je- je suis juste un peu fatiguée là, je crois que je vais dormir, dit-elle d'une petite voix.
Adrien acquiesce aussitôt, ressentant à ces mots le poids de son propre épuisement. C'est déjà un miracle qu'ils tiennent tout les deux encore debout.
- Bien, oui bien sûr. Évidemment. Je comprend. Il faut que tu te reposes maintenant.
Elle sourit faiblement en guise de réponse mais ne lâche pas sa main. Alors ils restent là au milieu de la chambre, et Adrien ne sait pas ce qu'il est censé faire ensuite.
Prend-la dans tes bras, lui murmure une petite voix entêtante.
En temps normal Adrien rejète assez vite ce genre de propositions de son esprit, mais il prend cette fois-ci le temps de la considérer. L'idée est très tentante il faut dire. Un peu de chaleur humaine, un réconfort mutuel... Non, il risque de se laisser submerger.
Cependant, il n'a une nouvelle fois pas besoin de prendre une décision difficile puisque la jeune femme agît pour lui; les actes sont plus éloquents que les paroles, bien sûr.
Ladybug s'agrippe à lui, ses mains s'enfonçant dans les plis de sa chemises (enfin celle d'un autre) et son visage est pressé contre sa poitrine. C'est désespéré et adorable, et si triste en même temps qu'Adrien est effectivement submergé, inlassablement, par un flot d'émotions contradictoires.
Il la serre en retour, l'attire plus près contre lui et laisse sa main courir doucement le long de son dos en un geste apaisant, il lui murmure des mots silencieux qui ne franchissent pas la barrière de ses lèvres. Il y a tellement de choses à dire mais ils ont décidé de ne pas parler et il se trouve que ça lui convient très bien.
Il profite alors de leur proximité pour conduire tranquillement Ladybug vers son lit, elle doit se reposer, c'est la seule solution en pareilles circonstances, rien de bon n'arrive si tard dans la nuit, où tous les chats sont gris. Elle se laisse faire, mais se fige tout de même lorsque ses jambes heurtent le lit. Adrien défait l'étreinte et il la sent tressaillir, mais elle s'allonge docilement sur le matelas, les yeux toujours rivés sur lui avec cette lueur désemparée.
"Tu dois te reposer", lui intime t-il doucement.
Et il soulève la couverture pour la recouvrir. Le geste est un peu infantilisant, et il a brièvement peur qu'elle le rejette, mais encore une fois aucune protestation n'ait émise. Ce stade d'apathie est un peu effrayant, il choisit de mettre ça sur le compte du choc bien qu'il semble alors que ce ne soit pas tout à fait ça: Ladybug est en train de prendre une décision.
Adrien s'éloigne du lit, et il se demande pour la énième fois si maintenant n'est pas le moment de s'éclipser. Sa lady lit dans ses pensées:
- "Reste", ordonne t-elle.
- "... Tu es sûre ?"
- "Oui, reste cette nuit."
Son cerveau et sa décision bifurquent vers une pente plus périlleuse.
- "Sur le canapé ?" clarifit-il.
Elle le regarde comme si il était vraiment devenu stupide. Mais la rougeur qui gagne ses joues la trahit.
- "Hum non", murmure t-elle timidement. "Je pensais plutôt au lit. Je ne veux pas être... seule. Éloignée."
Il se fige, et son regard vacille entre le matelas et les yeux azurs qui le harponnent en place. Rester Gentleman, toujours gentleman.
-"Heu je ne pense pas que ce soit une bonne idée..."
Aparamment le fait qu'il soit idiot ne lui déplait pas puisque son regard semble crier je ne te demande pas de penser mais d'agir !.
- "S'il-te-plaît", dit-elle.
Il ne lui en faut pas beaucoup plus. Adrien soupire légèrement et se dirige vers le lit.
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Ils sont côte à côte depuis à peine trois minutes, et Adrien arrive alors à la conclusion qu'il n'y a srictement aucune chances pour qu'il parvienne à dormir ici.
Ladybug est à côté de lui. Dans un lit. À côté. De lui.
Il attend qu'elle s'endorme pour être plus serein, il veut veiller à ce qu'elle se sente en sécurité jusqu'au dernier moment, avant que le sommeil ne la rattrape. Il faut qu'elle comprenne qu'Adrien sera toujours là pour la protéger.
Ladybug remue près de lui, elle ne dort pas, c'est certain. Elle est tendue (comme lui). Ils semblent maintenus éveillés dans un état de fébrilité et d'appréhension. Adrien peut entendre sa respiration calme mais lourde, il se demande si il n'est pas juste en train d'imaginer tout ça.
Cette idée le détend un peu, peut-être est-ce juste son esprit tourmenté après tout. Ladybug, elle, va réussir à dormir malgré leur foutu proximité. Sans se poser de questions inlassablement.
Il arriva à s'en persuader environ trente-sept secondes.
- "Adrien ?"
L'intéressé n'était pas habitué à entendre son prénom, il aimait bien quand Ladybug le disait pourtant. Ça sonnait familier, intime même. Non pas intime. Ne penser à aucune sorte de proximité.
- "Hmm ?"
- "Tu dors ?"
Adrien hésite un instant à rester silencieux, bien qu'il soit déjà plus ou moins grillé, mais Marinette se retourne vers lui, et son visage est en face du sien, de grands yeux clairs le dévisageant dans l'obscurité.
- "Ça me semble compromis si tu continues de parler", se contente t-il de maugréer. Ladybug a le culot de lever les yeux aux ciel.
-"Je serais déjà endormie depuis longtemps si tu ne faisais pas tes griffes sur mon matelas."
Le jeune homme veut s'injurier mais prend alors conscience que sa main est en train de gratter nerveusement les draps. Ladybug rit légèrement, presque silencieusement, et Adrien a soudain envie d'enfouir son visage dans son cou.
- "Rassure moi", continue la brunette. "Tu ne vas pas t'étaler sur l'intégralité du lit comme un chat ?"
Elle est amusée et si Adrien n'était pas aussi nerveux il rierait certainement avec elle. Là, il a surtout peur de sortir un son qui ressemblerait à un grincement de porte hachuré. Il regarde le cou de Ladybug, et il a envie de le goûter. Avec ses dents et ses lèvres. Oh les lèvres de Ladybug, ses lèvres parfaites... Merde comment son cerveau a t-il pu prendre cette direction si vite ? Mais la proximité, la chaleur du lit, l'impression d'intimité, le rire délicieux et un peu crispé de Ladybug, son genou qui frôle le sien et son souffle perceptible...
- "Chat ?" murmure t-elle. "Tu es bien sûr que tes habitudes félines ne vont pas troubler mon sommeil ?"
Elle s'est encore rapprochée. Adrien se force à réagir pour sortir de sa transe - absolument pas appropriée - et ne pas donner l'impression d'être réellement un animal dénué de langage. Pourtant il peut toujours sentir l'odeur du savon et le parfum léger de la jeune femme sur sa peau, il veut la toucher, s'en imprégner.
- "Et encore ne te plains pas", parvient-il à rétorquer avec une assurance acceptable. "Tu ne m'a pas encore entendu ronronner."
La brunette sourit angéliquement: "Quoi, il faudrait que je te caresse pour ça ?"
Adrien est presque certain que la remarque n'avait rien de suggestif dans la tête de Ladybug au moment où elle l'a dîte. Pourtant maintenant il sent la chaleur envahir ses joues et peut même deviner une rougeur semblable sur celles de sa coéquipière.
Il se racle la gorge. Le genou qui frôlait le sien le touche indubitablement désormais. Soudain, un rire nerveux le secoue et il entend Ladybug le suivre. Il rient alors, dos désormais à plat contre le matelas, regardant le plafond, et Adrien essaie de penser à tout sauf à l'envie subite de faire taire le son qu'émet la brunette par un baiser passionné digne d'un mauvais James Bond. Puis subitement, sans qu'il ne sache comment, ils ont tous les deux cessés de rire et les bras de la jeune femme le cramponnent, son genou glissé entre les siens, ses doigts serrent ses épaules, et sa bouche est contre la sienne.
Ils laissent tous les deux échapper un gémissement qui aurait pu être gênant si ils avaient eu un peu de recul. Adrien réagit étonamment vite. Ses mains viennent parcourir les mèches brunes et la taille fine de Ladybug. Il inspire contre sa peau brûlante, et frémit vivement lorsque des doigts experts se glissent sous son t-shirt et caressent la peau nue de son abdomen. La jeune femme a le contrôle du baiser. Pour l'instant du moins. La bouche est chaude, délicate, et avide, et ne fait rien pour apaiser le feu brûlant - longtemps frustré - qui consume Adrien. Il réprime un grognement quand Ladybug entrouvre la bouche et que sa langue vient caresser la sienne. Alors, il tente de l'attirer plus près encore, leurs jambes s'entremêlent et ils respirent fort, l'odeur de leur peau est entêtante et le froissement des draps exacerbant. Bon sang.
Adrien renonce à tout self-contrôle lorsqu'il inverse leur position, pris d'une vive impulsion. Ladybug est désormais sous lui, et si elle émet un gémissement, il n'a rien de plaintif. Adrien profite alors de l'effet de surprise pour descendre sa bouche dans le cou de la jeune femme, goûtant enfin la peau douce et brûlante, ennivré par l'envie de laisser une trace visible à cet endroit. Son entreprise semble être vivement encouragée par sa lady, dont les soupirs ne font qu'aggraver son manque de retient. Enfin, il la sent contre lui, c'est rassurant, il en a besoin, ils en ont besoin, il ne s'est jamais senti aussi bien... Bordel, il ne sait pas si c'est réellement une bonne idée, mais là tout de suite elle lui paraît géniale.
Adrien est un homme instinctif, même si cela lui demande parfois de dépasser des limites établies. D'où son manque de professionalisme. Et là tout de suite son instinct (animal) lui dit de continuer à marquer le cou de Ladybug et à la tenir le plus près possible de lui. Elle frissonne et ses doigts prolongent leur trajectoire sur son dos et son torse. Ses jambes s'enroulent autour de la taille du jeune homme tandis que ses hanches effectuent un mouvement bien trop grisant contre lui.
Et le problème c'est qu'Adrien a promis qu'il ne perdrait pas le contrôle.
Merde. Le parfum de sa coéquipière l'empêche de réfléchir. Il marque une pause. Il s'écarte. Il ne peut pas faire ça, il ne peut pas abuser de la vulnérabilité de Ladybug, de sa confiance, de cette situation qui l'oblige à partager son lit... Bon sang quel connard il fait. Ils ne sont pas dans leur état normal, ils ont bu (surtout lui), ils sortent tout juste d'un épisode traumatisant, ils sont frustrés, angoissés... Ladybug n'est pas elle-même, et elle aurait sûrement honte ou peur d'agir ainsi en temps normal. Le désespoir fait faire des choses stupides. C'est lui qui a commencé, en l'embrassant brutalement après avoir assassiné un homme. Bordel, elle était déjà suffisamment submergée comme ça. Adrien ne veut pas qu'elle se réveille le lendemain avec une erreur de plus sur la conscience. Elle serait sûrement dégoûtée d'avoir cédé à la panique, et de s'être offerte à lui, un tueur impulsif, dans un moment de faiblesse. Ladybug déteste être faible. Et là il en profite.
Adrien se dégage subitement de l'étreinte.
"Ce n'est pas une bonne idée" souffle t-il en guise d'excuse avant de sortir du lit de manière plutôt maladroite et assez désordonnée. Ils ont tout deux le souffle court et le visage coloré par l'excitation. Non- il ne doit plus penser à elle comme ça. Mais Marinette semble abasourdie, elle ne comprend pas. Adrien a envie de se détourner. Ne la blesse pas, se sermonne t-il.
Il déglutit et ajoute: "Je vais veiller depuis le canapé..."
Et il quitte la pièce d'un pas rapide et chancelant, pour éviter à tout prix d'affronter le regard déchiré de Ladybug.
o
ooOoo
o
C'est le froid qui la réveille.
Elle soupire contre l'oreiller, se recroquevillant contre le matelas et resserrant sa mince couverture autour d'elle. Elle remue, tentant de gagner un peu de chaleur dans le creux du lit, mais rien à faire, elle frémit encore.
Marinette cligne des yeux, essayant de s'acclimater à la lumière matinale qui filtre - de manière étonnamment violente- à travers ses rideaux. Elle grogne, se demande vaguement quelle heure il est, mais est trop engourdie par le sommeil pour daigner vérifier. Elle a beau avoir des réflexes au réveil, elle a le sentiment que bouger maintenant ne servira à rien.
Quelques secondes s'étirent encore avant qu'elle ne se crispe légèrement, faisant une nouvelle tentative pour ouvrir les yeux.
Non. Elle a certainement des rendez-vous. Quelle heure est-il ? Comment a t-elle regagnée son lit ? Et comment s'est passé la dernière opération-
Merde. Il y avait Chat noir non ? Et oh. Oh. OH.
Merde.
Elle se souvient, à peu près. Petit à petit.
Le gala, la danse, le sourire enivrant de Chat noir, l'alcool, l'akuma, la poursuite, la lame, le choc... le sang, le coup de feu, Chat noir, et le cadavre, et la pluie - Chat noir - le baiser, la panique, les pleurs, la nuit - Chat noir - la douche, la peur, sa stupidité, sa foutue incompétence- et Chat noir, encore, le lit, l'autre baiser, la fuite, parti, et elle stupide, et elle inutile, et elle dégoûtée - et l'épuisement...
Si elle était un robot elle aurait depuis longtemps court-circuité.
Marinette tente de calmer la vague de panique soudaine et violente qui menace de la noyer. Elle ne va pas recommencer. Elle n'a pas besoin de ça maintenant, pas besoin de fournir une autre preuve de son incompétence. Elle prend une grande inspiration, essuie ses yeux humides, et parcourt la pièce du regard.
Où est Chat noir ?
Il était là, il lui a dit qu'il ne partait pas. Il restait pour- pour quoi déjà ? Veiller sur elle ? Après tout ce qu'elle avait fait ? Oui. Oui, il l'avait laissé seule et désemparée. Elle avait tout le loisir de s'apitoyer sur elle-même et se reprocher encore son idiotie. Bordel, elle avait vraiment merdé. Il fallait qu'elle se contrôle. Elle devait réparer ses erreurs, tout était de sa faute. Leur situation, l'incident et-et le reste. Elle devait s'excuser auprès de Chat noir.
Mais. Il l'avait embrassé en premier non ?
Nope. Ce n'est pas un raisonnement sain. Ils étaient tous les deux en état de choc, Chat noir avait bu toute la soirée, ils ne pouvait pas avoir pensé aux répercussions. Elle non plus n'y avait pas pensé, elle avait juste voulu des bras rassurants l'enveloppant, ok ses bras. Aussi sa présence, sa bouche- Tout cela était très mauvais. Et puis Chat noir avait été plus lucide après, et il l'avait rejetée, préférant s'exiler sur le canapé plutôt que de lui accorder le réconfort qu'elle avait égoïstement exigé. Il avait eu raison non ?
Mais... Mais pourquoi n'en avait-il pas profité ? Ils en avaient tous les deux eu envie après tout ? Pourquoi est-ce qu'il n'avait pas voulu d'elle ? Elle aurait été prête à se donner entièrement à lui, mais il avait préféré refuser et les laisser seuls et glacés chacun de leurs côtés... Depuis quand était-il le plus professionnel des deux ? Le "devoir avant tout" c'est ça ? Lui qui ne perdait jamais une occasion de faire des allusions ou de la draguer ? Non c'était un jeu, un amusement, une...
Rhaaa, pourquoi pensait-elle ainsi ? Adrien avait parfaitement agi, c'était juste elle qui faisait n'importe quoi ! Pourquoi ne pouvait-elle pas laisser son amour propre de côté une minute ! Ce n'était pas grave si Chat noir avait refusé ses avances, si il était parti d'un coup, sans un regard en arrière alors qu'elle engageait entre eux les prémices d'un rapport plutôt intime. Il ne lui avait pas semblé si dur de résister et de partir- il n'était pas attiré par elle ou quoi ?!
STOP.
Le problème n'était pas là. Elle devait arranger les choses. Contacter Damoclès, contacter Tikki, et contacter Chat noir... Qu'allait-elle leur dire ?
Une chose à la fois. Marinette se redressa, et attrapa son téléphone.
: À (stupide chat)
Chat, où es-tu ?
Elle hésita un instant avant d'appuyer sur la touche "envoyer", mais s'éxécuta. Elle entendit aussitôt un téléphone vibrer vers le canapé.
Merde Chat noir avait oublié son téléphone ?... Où était-il encore ici-
Elle n'eut pas le temps de terminer sa réflexion q'un coup retentit soudain contre la porte. Deux coups. Trois à vrai dire. Quatre.
Bordel, qui était-ce ? Chat noir ?
Marinette se leva d'un coup, réajustant sa robe de chambre et ses cheveux en désordre, joignant la porte en quelques enjambées. Son enthousiasme fut vite freiné par la vue d'un visage familier, d'une tignasse brune roussie, et d'un regard scrutateur.
-"... Alya ?! Qu'est-ce que-"
- "TOI !"
La jeune femme s'avança, et s'engouffra sans ménagement dans l'appartement, écartant Marinette pour se positionner face à elle.
- "Il faut qu'on parle !"
- "... Maintenant ?" s'affola Marinette.
Alya n'écoutait pas ses plaintes désespérées. Elle jeta un rapide coup d'oeil sur la chambre en désordre et continua:
- "Tu n'as pas QUELQUE CHOSE À ME DIRE ?"
-"Hum... et bien."
La brunette tenta de remettre son cerveau en marche, qu'est-ce que voulait savoir Alya ? À quoi faisait-elle référence ? Et où diable était donc Chat noir ?
- "Je... Quoi ?"
- "Hé Mari, sérieusement, est-ce que tu te rend compte que tu n'as pas donné signe de vie depuis des jours ?"
Ah, oui, ça.
- "Tu ne répondais plus à mes messages, j'ai commencé à m'inquiéter ! Je suis passé à ton agence pour te voir mais personne n'a rien voulu me dire, et une dame ne te connaissait même pas ! L'autre jour tu m'as dit que tu devais bosser sur ta collection et aller à un gala et j'ai lu ce matin qu'il y avait eu un genre d'attentat dans une cérémonie de la fashion week hier soir ! Tu me dis rien, t'arrête pas d'annuler nos rendez-vous et t'es jamais à ton travail ! Qu'est-ce que tu fous bon sang ! On devait se voir depuis des jours, alors ce matin je me suis dit que j'allai vérifier si tout allait bien. Alors: TU VAS BIEN ?"
Marinette s'en voulait, Alya paraissait réellement inquiète et elle avait en effet fait preuve de négligence à son égard, trop concentrée sur l'enquête et ses tumultueuses aventures avec Chat noir pour sauver Paris. Avoir une double vie n'était pas simple tous les jours.
- "Écoute Alya", commença t-elle avec douceur. "Je sais que j'ai merdé, et des fois ce serait tellement plus simple si je pouvait tout te dire- non, je veux dire je ne te cache rien, rien de très important, mais j'ai été très occupé ces derniers temps..."
Alya paraissait vaciller entre colère et lassitude, elle observait Marinette d'un oeil scrutateur, attendant l'explication qui tardait à venir. L'agent secrète prit une profonde inspiration et reprit d'un ton plus ferme.
-"Il faut que je te dise quelque chose mais pas maintenant, j'ai-"
Soudain une porte s'ouvrit. La coupant net dans son élan.
Qu'est-ce que-
Tout se passa beaucoup trop vite pour elle.
Marinette vit tout d'abord le visage d'Alya, changer radicalement d'expression, sa bouche s'ouvrant grand en signe de choc. Elle put même percevoir une étincelle de compréhension s'allumer dans son regard.
- "Oh petite cachottière..."
Hein ? Quoi ?... Oh.
Oh non.
Elle n'eut même pas besoin de se retourner pour savoir qui venait probablement de sortir de la salle de bain.
-"Oh je suis désolé", s'excusa une voix affable derrière elle. "Je ne savais pas que tu avais une invitée darling."
Marinette ne bougea pas.
Adrien, vêtu seulement d'un pantalon et d'une serviette lâchement posée sur ses épaules (à quoi lui servait-elle ?), s'avança vers Alya et tendit la main.
- "Enchanté", sourit-il avec un petit rire gêné. "Je m'appelle Adrien, cette charmante jeune femme a dû vous parler de moi".
Alya jubilait. Ça se voyait. Elle lançait des regards amusés (et suggestifs) à Marinette, toute trace de colère envolée.
- "Hum, oui. Certainement. Dis donc 'charmante jeune femme', tu ne m'avais pas précisé que c'était l'un de tes mannequins..."
-" Je... Hein ?"
Adrien entonna un petit rire flatté. Elle allait le tuer.
- "Ah il ne vaut mieux pas que ça s'ébruite trop en même temps. Ne soyez pas vexée si elle ne vous a pas donné trop de détails. Vous devez bien la connaître c'est une femme pleine de surprise..."
Pendant qu'il parlait, il appuya ses propos en passant un bras autour de sa taille, l'attirant près de lui. Marinette se figea intégralement. Il continua comme si de rien n'était, d'un ton mi-taquin, mi-affectueux:
-"Elle est un peu tête en l'air parfois mais cela ne porte pas préjudice à ses trèès nombreuses autres qualit-"
Marinette crut bon d'interrompre ce carnage maintenant. Et d'enfoncer son talon dans le pied de Chat noir.
- "Ha on doit bientôt retourner à l'agence chéri ! Va enfiler un t-shirt, je dois parler avec Alya !"
Adrien joua l'affront mais Marinette ne manqua pas le sourire qui prit place sur son visage enjôleur.
- "Il est pas obligé de se rhabiller parce que je suis là", pouffa Alya.
À ce stade, la brunette était plus rouge qu'un pivoine.
"De-hors", articula t-elle en entraînant son coéquipier vers la pièce adjacente dont elle referma aussitôt la porte. "Ce fut un plaisir de faire votre connaissance Alya !" lança le blond avant de disparaître, souriant toujours diaboliquement.
Un silence eut le temps de s'affaisser lourdement entre elles alors que Marinette se rapprochait de nouveau d'Alya, cherchant ses mots.
-"Hum..."
-"TOUT EST PARDONNÉ !"
-"Quoi...?"
-"YAAAAAS JE LE SAVAIS !"
- "Mais enfin de quoi-"
- "TU AS MON ENTIÈRE BÉNÉDICTION MON ENFANT !"
- "Alya..."
- "IL EST CANOOON BIEN JOUÉ !"
- "..."
- "CECI EXPLIQUE TOUS CES JOURS DE SILENCE RADIO"
-"Comment-"
- "IL A DU TROUVER UN MOYEN DE TE DISTRAIRE DIS DONC, trois jours my god !"
-"Mais arrête il va t'entendre !"
- "Je comprend pourquoi tu étais siiii occupée. Le beau blond avant tout, je valide parfaitement cet état d'esprit, moi qui craignait pour ta libido me voilà sauvééééée !"
-"Alya si tu fais encore ne serait-ce qu'une allusion..."
La rouquine sembla sortir de son hystérie, elle sourit et prit Marinette dans ses bras avec un peu trop de vigueur.
-"C'est bon, c'est bon. Je te promet de contenir mon enthousiasme. Je suis juste trooop heureuse pour toi ! C'est une honte de t'obstiner dans le célibat quand tu côtois des beautés pareilles... Attends c'est du sérieux ou c'est juste un plan c-"
-"STOP ! Non c'est pas... Je veux dire non, heu je sais pas. Juste arrête par pitié."
Le peu de clémence qu'Alya possédait suffit tout de même à calmer sa furie interrogative. Marinette voulait réellement trucider Chat noir. Il avait tellement compliqué les choses !
-"Hum d'accooord. Tu me donneras tous les détails une prochaine fois alors. Je crois que monsieur beau-gosse-de-magazine t'attend et que vous devez aller "travailler" ensemble, donc je vais vous laisser..."
Marinette était tellement gênée qu'elle ne prit même pas la peine de contredire son amie. Elle se contenta de grimacer un sourire et raccompagna Alya jusqu'à la porte avec un air penaud.
- "À plus tard ma tombeuse !" minauda Alya avant de s'effacer à son tour derrière la porte.
Marinette, encore sous le coup de son énième choc en moins de 24h , resta en place, la main sur la poignet, espérant très fort disparaître sous terre. Non, avant il fallait obtenir des explications de la part de Chat noir. Et s'excuser accessoirement.
Elle prit une grande inspiration, le silence se faisait désormais assourdissant à son oreille. Elle n'eut pas à attendre bien longtemps avant que des pas hésitantes ne se fassent entendre.
- "Hum-"
-"Chut."
-"Je voulais juste-"
-"Par pitié Chat noir, n'en dis pas plus... Il faut qu'on parle mais laisse moi commencer."
Il se tut. S'arrêtant net aussitôt, attendant que la brunette daigne se tourner pour le regarder dans les yeux.
- "Juste..." , Marinette soupira. Ça allait être difficile.
Elle pivota pour lui faire face. Ça ne l'aidait pas davantage à se concentrer. Mais dieu merci il était entièrement habillé. Elle se racla la gorge.
- "Merci pour hier. Désolé pour après. Qu'est-ce-qui-t'ai-passé-par-la-tête pour maintenant." déblatéra t-elle d'une traite.
- "Hein ?"
Elle se sentait tellement frustrée, elle ne savait plus à quoi s'en tenir. Garder la tête claire devenait de plus en plus compromis.
- "Adrien", hésita t-elle. "Tout ce que je veux dire c'est que je te suis entièrement redevable pour ton comportement d'hier soir; tu m'as sauvé alors que moi - eh bien - j'ai cru que je pourrais gérer ça toute seule et je... Et je t'ai-"
- "Ladybug stop ce n'était pas ta f-"
-"Laisse moi finir !"
Elle dégagea la main hésitante que Chat noir venait de poser sur son épaule. Il s'écarta immédiatement, un peu décontenancé.
-"Écoute, j'essaye de te remercier, parce que, parce que ce que tu as fait c'était pas juste courageux, bien, ou conforme à ton devoir ou je ne sais quoi... C'était plus que ça, c'était... dévoué: la plus belle marque de confiance que tu aurais pu me donner - Non ne m'interrompt pas. Et même après tu m'as raccompagné, tu m'as réconforté et moi- moi j'ai juste été stupide du début à la fin, j'ai agi égoïstement ! Alors que tu as tout fait pour me protéger-"
"Ma Lady je t'en pris, j'ai aussi fait maintes erreurs et-" intervint le blond avec ardeur. Marinette ne pouvait pas le laisser s'excuser, elle s'écria:
-" Arrête Chat noir ! Tout ce que tu as fais c'était la bonne conduite. Tu as agi pour mon bien et pour le bien de l'équipe. Même après... lorsque tu es parti de- du lit..."
Il y eu un court moment de silence qu'aucun d'eux ne trouva le courage de combler. Il fallait qu'elle achève cette conversation et vite. Elle n'était pas prête à entendre la vérité maintenant.
-"Ok on a tous les deux fait des erreurs cette soirée-là... Tu n'as pas été toujours très professionnel mais je ne peux certainement pas dire que j'ai été irréprochable non plus. Et je suis juste tellement confuse actuellement que... Pourquoi tu as dis ça à Alya ?! C'était stupide- bon sang ce que tu m'énerves ! Pourquoi as-tu encore compliqué les choses ?!"
Ses nerfs étaient sur le point de lâcher à nouveau. Elle avait été au bord des larmes et désormais une vague de colère la prenait.
-"Arrête ça !" s'emporta aussi Chat noir.
Cette fois-ci Marinette se calma.
-"J'ai fait ce qui semblait le plus sensé sur le moment", commença t-il non sans noter que la brunette tiquait au mot 'sensé'. "Tu étais en mauvaise posture, tu aurais pu tout lui dire ! Tu ne vois pas que tu es bouleversée ! Alors quand j'ai entendu ça je suis sorti et il fallait justifier ma présence ici et créer une diversion et une excuse pour ton amie. C'est simple ma couverture c'est de travailler avec toi. Désormais ses soupçons sont étouffés ainsi que ses multiples questions sur ta vie sentimentale. Si elle me revoit avec toi notre excuse sera déjà toute trouvée ! Si tu n'es pas disponible c'est aussi excusé. Je suis ton alibi en travail et en amour et tu n'auras plus jamais besoin de te justifier !"
Marinette fronça les sourcils. Il avait raison: Alya cesserait de s'inquiéter et cela expliquerait la présence d'Adrien autour d'elle à l'avenir. De plus, son amie mettrait fin au harcèlement quotidien sur sa prétendue vie amoureuse. Avait-il vraiment pensé à tout ça ?
- "C'est tout de même une énorme intrusion dans ma vie personnelle !" se sentit-elle obligée de s'offusquer. "Et si... Et si je sors avec quelqu'un d'autre, ou qu'elle se documente sur toi et qu'elle te cherche à l'agence de mannequin ? C'est une journaliste très curieuse tu sais ! Elle est la spécialiste des investigations, surtout d'identités !"
- "Tu as bien rencontré mon amie Chloé !" répliqua Chat noir, subitement énervé. "Et comme nous sommes partenaires, désormais ta vie privée est aussi ma préoccupation !"
-"Pardon ?"
- "... Tu dois me faire confiance et je croyais que c'était le cas, tu l'as dit toi-même ! Et pour ce qui est du penchant farfouilleur de ton amie, crois moi elle ne remontera pas aussi loin."
Marinette devait reconnaître qu'il avait pensé à tout... Presque tout.
- "Et pourquoi tu lui as donné ton vrai nom ? Adrien ? Tu viens de te compromettre ! Tu avais déjà une identité de mannequin toute faîte, pour les autres tu es Arthur Gauthier ! Qu'est-ce qui t'as pris ?"
Adrien la regarda avec de grands yeux. Il sembla prêt à répondre mais s'abstint. Un nouveau silence encombrant suivit. Marinette expira, inspira, et tendit la main.
- "Qu'est-ce que tu fais ?" s'enquit Chat noir, toujours un peu embarassé.
- "Check."
- "Hein ?"
- "J'ai dit: check ça."
Il la fixa avec un sourcil dubitatif, mais un air joueur commençait à se dessiner légèrement sur son visage. Il tendit à son tour le poing et le frappa doucement contre celui de Marinette.
- "Ensemble", murmura la brunette.
- "Ouaip", sourit presque Chat noir.
Il y eu un autre moment de flottement, cette fois-ci exempt de toute gêne. Marinette sourit à son tour. Elle avait le sentiment certain d'avoir une confiance absolue en lui. Elle savait qu'elle pouvait confier sa vie à cet homme. Sans hésitations.
-"Ma Lady", déclara Adrien d'une voix solennelle, "Je suis dangereusement vôtre".
L'intonation avait commencé dans un registre trop sérieux, presque humoristique, mais se termina avec l'accent de la dévotion, que l'espièglerie de son expression essayait tant bien que mal de dissimuler. Marinette resta encore muette, consciente de la valeur de cette promesse et de son implication. Elle devait embrasser Chat noir. Maintenant. N'importe quoi pour répondre. Elle attrapa son poignet.
Bzzz bzzz bzzz
Putain de téléphone.
Marinette se précipita vers son portable, et constata sans surprise que Damoclès l'appelait. Merde. Et elle avait plusieurs appels ratés de Tikki, et même un de Plagg. Elle mima un geste d'excuse à son acolyte, qui ne se formalisa pas de cet interruption. Il la fixait tout de même avec un air un peu inquiet. Avait-il remarqué ce qu'elle allait faire ? Non, de toute façon il ne voulait pas, ça avait été clair la veille... BREF.
Elle décrocha: "Allô ?"
Une voix grave et profonde se fit entendre: "Rapport dans mon bureau. Maintenant. Tous les deux. Venez séparément."
La ligne coupa aussitôt.
Bon sang,
ils étaient dans la merde.
o
o
o
C'est sur cette réplique poétique que se clôture ce chapitre.
Wow c'est riche en émotions, il constitue un mélange corsé de dépression post-traumatique, d'humour, de romance et de réflexions existentielles xD
Ce chapitre a connu diverses versions, ça me stressait un peu de l'écrire je crois. Normalement il devait aussi compter le rendez-vous avec Damoclès et une autre discussion importante. Mais je pense que vous avez suffisamment attendu et qu'il est assez complet pour être posté.
J'en suis plutôt contente à vrai dire, il fonctionne bien, entre sérieux et humour, et surtout pas mal d'introspections intéressantes.
Ah ça fait plaisir de retrouver ces deux idiots. J'ESPÈRE QUE ÇA VOUS A PLU.
*penaude*... et encore désolé hein.
Bon, comme toujours c'est avec plaisir que j'attend vos retours, qui sont les éternels moteurs de cette histoire.
MERCI À TOUS (lecteurs et relecteurs xD)
