Le sauvetage d'une lionne
Le lundi matin suivant, Draughar avait retrouvé la pleine possession de ses moyens. En s'habillant, il réfléchissait en essayant d'être le plus honnête avec lui-même. Seule une vision claire de la réalité lui permettrait de plier les événements à sa volonté. Se mentir à soi-même, c'est construire sa vie sur des bases qui s'effondreraient tôt ou tard. Se mentir c'était pour les lâches, les loosers. Dans moins d'une heure, il allait se retrouver à ses côtés pour le cours de potion. Même s'il se promettait d'être de marbre, il savait pertinemment que la moindre de ses paroles pouvait lui faire abandonner en un quart de secondes sa résolution. L'ignorer était le seul moyen efficace d'arrêter de jouer au con mais avec ce qu'ils avaient prévu de faire pendant les vacances de Noël, voire au Néant, c'était foutu. Peut-être que la seule solution réside dans l'acception pure et simple de cette attirance. Peut être qu'en montrant son attirance pour elle, il arrivera à se contenir davantage quant à ce qu'il peut raconter. Alors, résolu, il prit le chemin du cours des potions d'un pas certain.
Keller ne lui adressa aucun regard lors du cours de potion, la colère se lisant sur ses traits. Pendant qu'elle était concentrée à mettre en poussière des feuilles, Draughar l'observait discrètement. Les traits fins, des lèvres charnues, un joli petit nez et un joli petit menton, des yeux de folies, un corps mince et svelte. Oui, cette fille était implacablement belle. Il l'avait toujours trouvé belle d'ailleurs, dès qu'il l'avait vu à ses 11 ans, lors de leur tout premier jour à Poudlard, mais il n'avait jamais ressenti d'attirance. Ni pour aucune fille de son âge. Il ne comprenait pas pourquoi cette attirance subite. Mais cela expliquait pourquoi elle le mettait hors de lui depuis le début de l'année. Tout n'était qu'une simple question d'hormones, il trouva cela pitoyable.
- Putain Malefoy ! Pourquoi tu me regardes comme ça ? L'alpagua-t-elle furieuse.
En plus, elle avait un sacré sens de l'observation et il adorait ça chez elle.
- Comme tu le dis, je te mate c'est tout. Je me disais que tu étais une belle fille.
- Mais tu te fous de ma gueule ou quoi ? C'est quoi ton problème ? Je vais commencer à croire que tu me dragues.
- C'est peut-être le cas oui.
Étant fidèle à la résolution qu'il avait prise une heure auparavant, il avait préféré dire la vérité, dans l'espoir que cela le soulagerait et l'aiderait à reprendre ses moyens. Elle s'arrêta de triturer les feuilles sèches et planta ses yeux courroucés dans les siens.
- Alors un coup tu veux me tuer, et un autre coup tu veux me draguer ? Les psychanalystes ça existe mec !
- L'attirance n'a rien à voir avec le fait que je te trouve supportable ou pas, lui dit-il avec un petit sourire, amusé de la faire sortir de ses gonds.
Il ne surprit pas à être amusé par ce genre de détail, il n'était plus à ça près.
- Un petit peu si, insista-t-elle.
- La pure attirance physique non.
Elle posa avec fracas l'écrase-poussière sur la table en bois.
- Alors écoute bien ! Ce jour là ne risque pas, même un tout petit peu d'arriver. Je te déteste dans ton ensemble. Tu es un être infâme, vil, mesquin et c'est tout sauf attirant. J'arrive même pas à imaginer te toucher sans que ça me donne la gerbe.
Il leva les mains en l'air feintant l'innocence.
- Ok, ok, pardon d'avoir choqué la pudeur de mademoiselle.
Il reprit la suite de la recette de la potion. En vrai, il était complètement perdu sur ce coup-là. Une chose était néanmoins sûr : à accepter ce qui est, la maîtrise de soi est dix fois plus simple à acquérir. Il lui adressa à nouveau la parole qu'à la fin du cours, tandis qu'elle rangeait ses affaires dans son sac.
- Ah oui ! Une dernière chose néanmoins, je ne peux pas t'encadrer moi non plus. Tu es sanguine, caractérielle, froide, tout ce que je déteste.
Et sans ajouter un mot de plus, il la laissa perdue entre ce qui pouvait sembler un comportement contradictoire. Mais lui n'avait fait que dire la vérité.
Les semaines s'écoulèrent sans qu'aucun incident ne fut à déplorer entre les deux élèves. Lui avoir dit ce qu'il pensait réellement d'elle avait soulagé Draughar et avait eu pour conséquence de murer Keller dans son silence. Les samedis de punition ne se révélaient être que d'un ennui profond. Elle l'ignorait superbement et lui n'avait juste rien à dire. Il avait beau accepter son attirance pour elle, cet état de fait ne l'arrangeait pas et l'embêtait au plus haut point. Il ne pouvait pas se permettre de s'enticher de quelqu'un, encore moins de son probable binôme pour le Néant. Il n'avait jamais vraiment eu de relation amoureuse mais il ne fallait pas être Einstein pour savoir que ce n'était pas sa bite qui allait le mener à la réalisation de ses desseins. Donc, en somme , le silence entre eux deux l'arrangeait tout comme l'agaçait. La premier samedi de punition où elle l'ignora, il fut surpris de constater comme leurs joutes verbales lui manquaient et à quel point il attendait ça. Mais il s'était dit que peut-être le silence entre eux deux allait calmer ses ardeurs à son égard, il n'avait donc pas chercher à le briser. Il profitait des soirées de punitions pour mettre les bouchées doubles sur ses devoirs. Il avait une Granger à mettre à la deuxième place des meilleurs élèves. Décidément ces lionnes lui donnaient du fil à retordre dans tous les domaines ! De plus, il ne se passait jamais rien, ils n'avaient eu à déplorer aucun incident étrange.
Draughar avait augmenté petit à petit ses doses, il recommençait à faire d'étranges rêves qui ne présageaient rien de bon. Une sortie à Pré-au-Lard avait été prévu avant les vacances de Noël. Le blond décida d'y aller. Avec l'augmentation des doses, ses douleurs physiques s'accroissaient également et il avait besoin de perfectionner son antidote. Il avait travaillé toute une après-midi à une nouvelle formule et il espérait en escompter un meilleur résultat. Mais pour cela, il avait besoin de certaines plantes qu'on ne trouvait pas à Poudlard ou qui requéraient de procéder à un vol et il ne pouvait pas se permettre de se faire remarquer depuis son combat avec Keller. Il était impatient que les vacances arrivent , il commençait à manquer d'ingrédients pour sa concoction de drogues : seuls ses dealers pouvaient fournir certains de ces ingrédients.
Tous les élèves étaient excités comme des puces à l'idée de faire leurs emplettes de Noël et de revoir leur famille. Il constata que Drago ne faisait pas parti de la sortie. Il commençait à se demander ce qu'il fabriquait et pourquoi il se décomposait peu à peu. L'instinct fraternel n'est pas facile à effacer, surtout dans les cas de gémellité. Il vit qu'Azèle et Potter bande étaient de la partie. Ils se balançaient des boules de neige comme des gamins stupides. Il devrait plutôt se concentrer sur comment vaincre Voldemort au lieu de jouer à l'adolescent attardé. Il ne peut s'empêcher de se sentir irrité lorsqu'il le vit partir bras dessus bras dessous avec sa gryffondor.
- L'adolescent attardé c'est toi, se dit-il à lui-même.
Une fois à Pré-au-Lard, il rentra dans un bar qui ne payait pas de mine de l'extérieur. Et pour cause, c'était un endroit malfamé. Une fois à l'intérieur, il se dirigea droit vers le barman.
- J'ai besoin de plantes.
Le barman qui, essuyait d'un air blasé le comptoir avec un vieux torchon tâché, jaugea le jeune blond.
- Tiens Malefoy ! maugréa-t-il à travers ses dents jaunes. Triste affaire pour ton paternel.
Il se pencha sur Draughar et chuchota :
- Mais ça ne va pas durer longtemps. Tu-sais-qui est sur le coup. Tu vas voir, ça va péter. Mais c'est pas à un Malefoy que je vais apprendre les plans du maître des ténèbres.
Sur cette phrase, il se mit à rire grassement ? «Bah si, justement du con !» pensa le jeune homme.
- En effet, alors cesse de jacasser et sers-moi plutôt ce dont j'ai besoin.
- Tu as de quoi payer ?
- Tu m'as pris pour un Weasley ou quoi ? tempêta-t-il.
Le barman se mit à rire de ses belles dents jaunes et l'invita à le suivre dans la remise.
Quelques minutes plus tard, il décida de marcher vers la cabane hurlante loin des festivités et de l'excitation ambiante qui rendait les gens dingues à l'approche des fêtes de fin d'année. Mais également car depuis la ville il était suivi. Il s'exaspéra, il n'y avait aucun moyen pour lui sortir sans être traqué comme du gibier. Il entraînait donc son ennemi loin de tout pour lui régler son compte en toute intimité. Il s'enfonçait à présent dans le bois attenant à la maison hurlante. Subitement, il se retourna et cria «Expelliarmus». Il entendit le bruit d'un morceau de bois tomber mais ne vit rien. Le type devait être trop loin de lui ou trop bien caché. Il revint, prudent, sur ses pas afin de débusquer l'ennemi, l'oreille aux aguets. Avec chance, peut-être que le type avait transplané. Faut dire qu'il n'était pas habitué à des modèles de bravoure jusqu'à maintenant. Quand il sentit une sensation étrange sous son pied, suivi d'un bruit sortant de l'ordinaire. Mais il était déjà trop tard, il avait marché sur le piège qui se referma instantanément sur lui. Il fut aussitôt emprisonné dans un filet magique. Trois hommes apparurent de derrière les arbres. Ils portaient des capes de sorciers de couleurs différentes. Un gars à la cape pourpre lui parla.
- Aller ! Tu viens avec nous mon gars !
- Je crois pas n...
- Endoloris !
Celle-là non plus il ne l'avait pas vu venir. Il se plia en deux, hurlant de douleurs.
La douleur du serpent, le feu de l'Enfer dans les entrailles
Il crut que ses boyaux prenaient littéralement feu. Quand tout d'un coup le sort de torture cessa. Les trois hommes s'étaient retournés, visiblement à la recherche de quelque chose. Draughar ne chercha pas à comprendre et commanda à sa baguette tombée de sa poche de se loger dans sa main. Alors il mit feu à son piège. Son bourreau le remarqua que son gibier se faisait la malle.
- Les gars, il se barre... commença-t-il à hurler.
Mais Draughar, implacable, avançait vers lui. Il n'allait pas laisser cet affront impuni. Il vit l'un des hommes faire un vol plané de plusieurs mètres au-dessus du sol.
- Endoloris cul terreux !
L'enfoiré tomba au sol en hurlant comme une fillette. Draughar en profita pour voir ce qu'était ce raffut plus loin. Il vit alors Keller se battre contre les deux autres. « Tiens, en voilà une surprise » pensa-t-il.
- Qu'est-ce que tu fous là Keller ? cria-t-il, sa baguette toujours dirigé sur l'autre connard qui gueulait.
Cette dernière se baissa pour ne pas se prendre un sort impardonnable en pleine face.
- Je viens te sauver de ta merde, cria-t-elle à son tour.
- Sympa, merci, cria-t-il à son tour comme s'il parlait de la pluie et du beau temps.
Il se retourna vers son agresseur qui gémissait encore et leva le sort.
- Pitié, pitié ! Hurla-t-il désespéré, sachant visiblement à qui il avait à faire.
- Désolé, je ne connais pas ce mot. Endoloris. Endoloris Amplificatum !
Le cri de l'homme déchira la forêt de part en part. Quand subitement, il cessa de crier. Mort.
Il regarda alors où en était Keller. Elle réexpulsa l'un des gars plusieurs mètres plus loin. Quand l'autre en profita pour la stupéfixier. Le sort la frappa en pleine poitrine.
- Mais qu'est-ce qu'elle glande merde ? tempêta Draughar dans son coin.
Il courut vers elle afin de lui prêter main forte. Mais le sort ne l'assomma pas. Elle tomba seulement à terre. Elle se releva aussitôt par la magie, ses pieds ne touchant plus le sol et ses cheveux volant autour d'elle. De sa main libre, elle emprisonna l'homme qu'elle venait d'expulser quelques secondes plus tôt, avec l'aide des ronces qui prenaient vie sous son sort et l'étouffaient presque. Quant à l'autre, d'un coup de baguette, elle l'envoya valser contre le tronc le plus proche. Il tomba au sol, inconscient.
- Il était pas trop tôt pour que tu réagisses, dit-il en passant devant elle.
Il se dirigea vers le prisonnier. Ce dernier essayait de gigoter mais les ronces l'encerclaient avec force. Il leva sa baguette prêt à lancer le sort de mort mais il se retint. Il ne pouvait pas sciemment tuer quelqu'un devant elle.
- Non ! Il ne respire plus ! l'entendit-elle crier plus loin.
Cette phrase changea sa décision, si elle avait tué quelqu'un, il pouvait bien en faire de même de sang froid. Elle ne pourrait rien lui reprocher puisqu'elle avait fait plus ou moins pareil.
- Avada Kedavra.
Le sort éblouit alors ses yeux pendant un millième de seconde. L'homme, à ses pieds, ne gigotaient plus, la bouche entrouverte, les yeux grands ouverts. Draughar se retourna et vit Azèle agenouillée auprès de l'homme d'un bon 90 kilos qu'elle venait de cogner contre un tronc telle une vulgaire marionnette. Il s'approcha et enfonça ses doigts dans le cou du type. En effet, il était bel et bien mort. Elle le regarda de son regard intense. Étrangement, il n'y voyait aucune panique, mais une certaine défiance à son égard.
- Je ne voulais pas, dit-elle simplement.
- T'inquiète, moi non plus, je ne voulais pas tuer les deux autres zozos.
Elle le regarda, sourcils froncés, la vérité de ce qu'il venait de dire s'insinuait en elle doucement. Elle regarda au loin, l'homme dans les ronces et comprit qu'il l'avait tué. Elle ouvrit la bouche pour parler mais aucun son ne sortait, visiblement choquée.
- On a tué des gens, arriva-t-elle à dire dans un murmure.
- Ca arrive aux meilleurs.
Elle le regarda la mine ahurie, comme s'il lui avait appris que les éléphants roses existaient bel et bien.
- Quoi ? Mais dans quel monde tu vis putain ? Non ça n'arrive pas à tout le monde ! S'énerva-t-elle alors, reprenant consistance.
Elle se leva et courra vers le prisonnier. Elle se stoppa nette lorsqu'elle le vit, les yeux grands ouverts, contemplant le vide.
Draughar lui hurla au loin :
- J'ai pas dit que ça arrivait à tout le monde mais aux meilleurs.
Elle s'avança vers Draughar menaçante et une fois à sa hauteur le poussa violemment.
- Pourquoi tu as fait ça ?
- Légitime défense.
- Mais il était prisonnier des ronces ! hurla-t-elle.
- Je n'avais pas le choix, il en va de ma survie.
Elle le regarda interdite.
- J'attends que tu développes abruti !
Draughar face à l'insulte perdit patience et la saisit violemment par les épaules et la secoua comme un prunier.
- Non mais tu sais qui sont ces mecs ? Tu sais ce qu'ils feraient si on les laissait en vie ? Aller voir Voldemort et dire tout ce qu'il vient de se passer. Qu'en plus la meuf d'Harry Potter était de la partie. Tu commences à piger un peu là ?
- Voldemort ? cria-t-elle surprise, comme si la pilule était trop grosse à avaler.
- Oui voilà, cria-t-il à son tour. Lui-même. Voici des mangemorts. Les mangemorts, Azèle Keller, dit-il en les présentait respectivement chacun leur tour. Bon maintenant aide-moi à réfléchir à ce qu'on fait des corps.
- Mais putain quelle merde ! On est dans la merde... chuchota-t-elle en pleine réflexion intense, se mordant la lèvre inférieure violemment.
Elle sortit son petit bout de gomme rouge de sa poche qu'elle se mit à retourner entre ses doigts nerveusement. Quand Draughar sentit la panique l'assaillir, il prit à nouveau la jeune femme par les épaules et la secoua :
- Ils sont où la Potter clique ?
- Pas là. Je suis seule. Mais qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ? On a la trace bordel ! s'énerva-t-elle contre lui en le repoussant à nouveau brutalement. On va savoir ce qu'on a fait !
- Petite rectification, s'exclama Draughar qui avait recouvrer tout son calme dès qu'il avait appris que Potter bande n'était pas dans les parages. Tu as toujours la trace, moi j'ai levé la mienne il y a longtemps. Mais je peux t'aider si tu m'aides...
- A couvrir tes meurtres un peu gratuits ? Je te signale que moi c'est un accident sur une légitime défense. Alors que toi au lieu de les maîtriser tu les as simplement buté.
- Tu as vraiment eu la sensation là que j'étais un tueur à gage ? ironisa-t-il au bord des nerfs. Que j'ai cherché ces types moi-même pour le plaisir de tuer ? Azèle je te promets je n'avais pas le choix.
Elle commença à faire les cents pas, tout en remuant sa maudite gomme à la con !
- J'ai une idée. Je te couvre, je dis que c'était de la légitime défense, que tu n'as pas eu le choix tout comme moi.
- Non ! trancha-t-il agité. Je peux juste pas faire comme ça moi. Je suis pas comme toi, je suis pas du côté Potter. Je suis un foutu Malefoy et crois-moi Voldemort ne veut pas me retrouver pour faire une partie d'échec en toute amitié. Tu connais le mort désertion ? Bah lui il connaît et il déteste tu vois. Puis réveille-toi merde, tu crois quoi que le ministère n'est pas déjà corrompu jusqu'à la moelle par ses sbires ? Je te rappelle qui tu es ? L'un des quatre ennemis principaux de ce connard à tête de mort !
- Alors c'est quoi ton plan alors ? Demanda-t-elle excédée.
- Je lève ta foutue trace et je modifie les dernières informations la concernant. On cache les corps dans un autre pays, à nous deux on peut transplaner très loin et le tour est joué.
Elle stoppa ses cents pas et le regarda de biais.
- Comment savoir que tu ne mens pas ?
Il ouvrit les bras en signe d'impuissance.
- Je ne sais pas. Là c'est que de la confiance. Mais Azèle tu es dans la merde, il faut vite lever ta trace avant que le ministère te retrouve, car c'est pas des gentils bureaucrates qui vont te choper, tu peux me croire.
Elle se dirigea vers les corps et remonta par magie leurs manches et vit que pour chacun la marque des ténèbres était apposée sur leur avant-bras. Elle s'avança vers lui, le visage en proie aux doutes.
- Je te promets Azèle que ce n'est pas un piège. Tu n'as plus le temps là. Décide-toi maintenant, si tu refuses je m'enfuis, je ne pourrais rester au château et adieu nos projets.
- Tu pourrais me tuer.
- Je n'en ai aucune envie, dit-il sincèrement. Quel intérêt aurais-je à te tuer alors que j'ai besoin de toi plus que jamais pour aller au Néant ?
Elle s'approcha de lui et subitement posa sa main sur son front. Tout se brouilla, elle fouillait dans son esprit sans ménagement. La légilimancie qu'elle pratiquait sur lui était forte, violente, implacable. Elle l'avait pénétré trop rapidement, paralysé par sa force, il ne pouvait plus fermer la porte. C'était un fil de métal chauffé à blanc qui parcourait tous ses neurones. Les derniers souvenirs, le piège, la cabane hurlante. Quand elle retira sa main, Malefoy grimaçait, l'œil mauvais.
- Retire ma fichue trace, lui ordonna-t-elle.
Il lui prit violemment le bras et par sa magie remonta ses manches pour dévoiler son fin poignet.
- Ca va faire mal !
Ce n'était pas un avertissement mais une vengeance. Qu'elle souffre, personne ne l'avait jamais violé comme elle avait fait. Personne n'avait jamais pénétré son esprit. Jamais ! Elle le défia du regard. Il posa alors sa baguette sur les veines de son poignet et prononça dans un chuchotis inaudible un long sortilège. Un fil doré s'insinua dans les veines d'Azèle et remonta dans tout son bras jusqu'à envahir tout son corps, chaque parcelle de veine libre, tous ces globules. Elle gémit de douleur et ferma les yeux pour mieux supporter la souffrance, mais cette dernière était trop vive, trop présente. Elle tomba à genoux. Draughar dut s'agenouiller en face d'elle pour continuer la levée de la trace. Il tenait son poignet fermement et continuait à prononcer nombre de formules incompréhensibles. Quand le processus fut terminé, Azèle tomba en avant. Il la rattrapa dégoûté, il n'avait qu'une envie : la lâcher et qu'elle tombe comme une merde au sol, si possible en se cognant la tête. Pleine de sueur malgré la moitié de son corps enseveli dans la neige, la jeune femme était à bout de force.
- Bon, vue que tu n'es plus qu'une loque, je vais utiliser ta magie pour transplaner tous ces cons.
D'un coup de baguette, il ramena les trois corps autour d'eux. Il tenait toujours Azèle par le poignet et de son autre main il tenait l'un des cadavres, qui tenait lui-même un autre cadavre et ainsi de suite. Alors il transplana.
Lorsqu'il réapparut, Azèle se cramponnait à lui pour ne pas tomber, incapable de marcher seule. Il la tenait par la taille et malgré la colère qu'il ressentait envers elle, il ne put s'empêcher de penser comme ce contact était agréable. Il l'emmena sans mots dire jusqu'au château. Capuches rabattus, ils ne voulaient pas montrer leur identité aux élèves curieux. De loin, ils ressemblaient à un couple d'amoureux. Ils déambulèrent dans les couleurs vides. Azèle le questionna :
- Tu m'emmènes où comme ça ? Ma salle commune ce n'est pas par là...
Il la regarda en biais, sourcil levé.
- Quel drôle d'idée. Je t'emmène à la salle de bain désertée. Tu as besoin d'un remontant et j'ai exactement ce qu'il te faut.
Elle ne répondit rien, trop exténuée pour prononcer à nouveau des mots. Puis qui ne dit mots, consent n'est-ce pas ? Une fois dans les lieux, il l'assit contre un mur carrelé. Elle ferma les yeux et commença aussitôt à s'endormir. Draughar récita une formule à voix basse et sa petite mallette de potion apparut. Il jeta un coup d'œil à la lionne endormie, prêtant attention à ses cheveux sur son visage. Toujours aussi jolie malgré tout. Que ça l'agaçait ! Qu'est ce qu'elle l'agaçait ! Il fouilla dans sa mallette et en sortit une petite fiole au liquide orange. Il l'ouvrit et se pencha sur Keller, il prit son menton entre ses doigts et pencha lentement sa tête.
- Keller, réveille-toi, ordonna-t-il doucement.
Aucune réaction. Il lui caressa alors le visage puis tapota légèrement sa joue.
- Hey ! Keller ! Oui c'est moi. C'est ça, ouvre les yeux. Bois-ça, ça va te remettre d'aplomb.
Elle le regarda confuse, puis observa le flacon, les yeux mi-clos.
- Tu veux me faire tout oublier, ou pire.
Il leva les yeux au Ciel, agacée de sa méfiance à son égard.
- Bon, puisque tu le prends comme ça !
Il porta la fiole à ses lèvres et avala un peu de tonique.
- Tu vois ? Il ne m'arrive rien à part que je vais pas dormir ce soir. Ouvre la bouche.
Elle lui obéit. Il lui pencha à nouveau légèrement la tête en arrière et fut couler du mieux qu'il put le liquide dans sa bouche. Il vit le liquide orange couler insidieusement sur sa langue. Merde. Il contracta la mâchoire en ressentant un début d'érection. Ce n'était vraiment pas le moment pour ces conneries ! Par chance, elle déglutit et ferma la bouche. Il la regarda empli de haine. « Tu fais chier Keller, tu me fous dans la merde ! »pensa Draughar irrité par tous les événements de l'après-midi. Elle ouvrit tout d'un coup les yeux. Il ne manquait plus que ça , ses deux billes émeraudes le dévisageant. Il avait toujours sa main posée sur sa nuque et était penché sur elle. Elle le regardait perplexe.
- Merci Malefoy. Mais s'il m'arrive quelque chose avec ta potion, tu ne t'en sortiras pas indemne.
- Ouais c'est ça, j'ai peur, répondit-il acerbe. J'ai saisi le concept entre nous, je te fais mal, tu me fais mal.
- C'était quoi ? Le questionna-t-elle.
- Un tonique de mon jus. Et toi qu'est-ce que tu faisais là à jouer les héroïnes bien que ce soit inscrit dans la longue lignée des gryffondors, je me pose la question ?
- Je t'ai vu en ville dans ce fabuleux bar. Je ne sais pas pourquoi mais ça ne m'a pas étonnée. Tu avais sûrement des potes à voir, ironisa-t-elle. Puis j'ai vu un mec te suivre, il avait fait signe à quelque quelqu'un. Je ne les sentais pas alors je les ai suivi à mon tour, à longue distance pour ne pas me faire repérer. La discrétion est l'un de mes forts.
- Comme ton sens de l'observation. Tu n'étais pas avec Potter et cie ?
- Non.
- Tu me suivais ?
- Peut-être.
Il ne put s'empêcher de sourire à cette nouvelle, de colère et de joie. Elle ne lui faisait pas confiance mais elle lui portait tout de même un intérêt certain. Elle l'avait beau l'ignorer, elle le suivait en douce. Et oui, il n'avait rien vu. Ce doit être la personne la plus discrète qu'il ait rencontré.
- Pourquoi tu souris ? lui demanda-t-elle l'œil mauvais.
- Pour rien. Merci.
Cela le défrisait de l'admettre mais il n'avait vraiment pas fait attention. Il ne s'était pas imaginé une seule seconde qu'on puisse le pourchasser à Pré-au-Lard. Et torturé comme il était, il aurait bien pu être embarqué. Il ne préféra pas deviner ce qu'il serait advenu de lui auquel cas.
- Ce serait con qu'il t'arrive un truc avant qu'on fasse notre petite aventure dans le Néant quand même, dit-elle avec un petit sourire.
- Et ça t'arrive souvent de dégommer des mecs alors que tu n'es même pas sûre que mes intentions sont louables ? Après tout, ils auraient très bien pu être des gens biens ?
- L'intuition, Malefoy, l'intuition.
Ô Douce Ethérée Azèle
Elle essaya de se relever mais elle se cogna au corps musclé de Draughar qui n'avait pas esquissé le moindre mouvement pour la laisser passer. Elle retomba lourdement sur ses fesses. Le contact n'eut lieu qu'une seconde mais suffisamment pour qu'il sente l'odeur de sa peau, comme le soir où il avait enfoui son visage dans le creux de son gracile cou. Il perdit le contrôle quelques instants, lui prit violemment le poignet qu'il plaqua contre le carrelage et se pencha un peu plus sur elle. Il la regarda intensément, en proie à un violent combat intérieur. Qu'il avait envie de toucher sa peau, toute sa peau, le moindre centimètre carré, le faire sien, s'en rassasier bestialement ! Elle, se contentait de la regarder, sourcils froncés.
- La prochaine fois que tu rentres dans ma tête comme ça, je te bute, tu entends ? Murmura-t- il dangereux. Et pas d'une mort douce, avant je te ferai mal, très mal.
Il se releva tout d'un coup, rangea ses affaires et la laissa en plan dans la salle de bain.
Azèle n'était pas très sûre de comprendre le comportement de Draughar Malefoy à son égard ou refusait de la comprendre. Ses gestes, ses touchés tantôt tendres, tantôt violents, sa mauvaise humeur... Lorsqu'elle s'était réveillée, il était penché sur elle, sa main soutenant sa nuque. Et il était resté ainsi. Longtemps. Beaucoup trop longtemps. Elle n'avait pas eu l'idée de se libérer de ce rapprochement, se sentant anormalement bien après les déboires de l'après-midi dans la forêt.
Elle repensait à tout ce qu'il se permettait avec elle, ses paroles maudites, ses menaces de mort, de torture, le fait qu'il la touche. Elle devait y mettre un terme, c'était inacceptable. Mais pour l'heure elle avait d'autres inquiétudes que le comportement du serpentard. Elle avait eu peur de sortir de la salle de bain déserte, s'attendant à tout moment que des types du ministère viennent l'arrêter. Toute la soirée, elle avait regardé par dessus son épaule, s'attendant au pire. Et si la trace n'avait pas été levé ? Si le sort n'avait pas fonctionné ?
- Tu étais où Azèle ? la questionna Hermione.
Harry la regardait intensément, cette information l'intéressait au plus haut point.
- J'en avais marre, je suis rentrée. Vous savez bien que les fêtes de Noël ce n'est pas ma tasse de thé.
Hermione lui tapota le dos de sa main en signe de compréhension. Mais Harry continuait de la regarder farouchement, comme s'il savait qu'elle mentait. Elle commença à se dire qu'il l'avait vu au bras de Malefoy rentrer au château. Après tout, c'était possible. Dans l'état qu'elle était, ils n'avaient pas pu faire plus preuve de discrétion que de rabattre leurs capuches sur leurs têtes.
- Et pourquoi tu as l'air si inquiète ? Lui demanda-t-il de son regard imperturbable.
- Parce que c'est comme ça, Harry, s'emporta-t-elle, lassée de son étroite surveillance à son égard depuis la fête chez Slughorn. En effet, depuis ce jour-là, il semblait regarder le moindre de ses faits et gestes, comme si à chaque fois qu'elle se levait pour aller aux toilettes c'était pour retrouver quelqu'un en cachette. Elle comprenait sa méfiance, admirait même qu'il comprenne si facilement les choses mais ne pouvait s'empêcher de se sentir irrité par ce manque global de confiance. Même si elle ne disait pas tout, rien ne justifiait cela. Ron s'arrêta de manger, voyant l'incident diplomatique arriver à grand pas.
- Au fait, Azèle, l'apostropha-t-il pour changer de sujets. Tu viens alors chez moi à Noël, ma mère attend toujours ta réponse.
Harry et Azèle continuait de se jauger du regard, quand elle consentit à regarder Ron.
- Non, Ron, je suis désolée, pas cette fois-ci. Je vais aller en France.
- Tiens donc ! Ironisa sèchement Harry. Comme c'est bizarre ça. La France a bon dos.
Le visage d'Azèle se ferma subitement et elle lança un regard haineux à Harry.
- De quoi m'accuses-tu vraiment Harry ?
- De pactiser avec l'ennemi.
Un sabre froid coula doucement dans le dos d'Azèle. Comment pouvait-il, ne serait-ce seulement se rendre compte du rapprochement qui s'était opéré entre elle et Draughar ? Ils passaient des semaines sans se parler, sans se regarder.
- Ha oui ? Qu'est ce qui te fait dire ça Harry ? Ta paranoïa habituelle ?
- C'est vrai, Harry, pourquoi tu dis ça ? Tu as avalé un pétard-à-scroutt de travers ou quoi ? s'étonna Ron.
Hermione regardait Harry avec des yeux ronds.
- Peut-être parce qu'Azèle devient un peu trop proche de Draughar Malefoy ?
- Hein ? s'étrangla Hermione en avalant de travers sa salive.
- Mais enfin Hermione, tu étais présente ce soir-là, chez Slughorn. Tu les as vu au dîner, s'échanger des mots doux dans l'oreille de l'un et de l'autre, et puis je vous ai vu sortir de derrière d'un rideau, chacun votre tour.
- Moi je les vois surtout se lancer des regards haineux, s'ignorer dès qu'ils le peuvent. Puis peut-être que la mission qu'ils doivent accomplir lors de leur punition requiert que parfois ils se parlent en personne civilisée, essaya d'expliquer Hermione de son pragmatisme naturel.
- Oui, n'est-ce pas Azèle ? demanda Ron en se pencha vers la jeune femme. C'est votre mission qui fait ça ?
Azèle ne lâchait pas Harry du regard, se retenant de le gifler.
- Oui, Ron, c'est exactement ça, dit-elle en détachant chaque syllabe, au bord de l'explosion.
Harry s'enfonça dans son siège avec violence, croisant les bras, défiant Azèle du regard.
Les lions s'emballent, les lions se mangent
- Je n'ai plus faim, décréta-t-elle.
Elle se leva et se pencha vers Harry.
- Je me souviendrais de ce manque de confiance envers moi. Pour qui me prends-tu ?
Elle lui lança le pain posé sur la table à la figure et s'en alla, sa robe de sorcière ondulant autour d'elle.
Harry se pinça la lèvre. Avait-il fait une erreur ? Il regarda Draughar Malefoy, qui le regardait avec un petit sourire en coin.
- Harry, reprit Hermione qui s'était retourné vers Draughar également. Tu les connais... Il n'est pas improbable qu'il cherche simplement à te faire sortir de tes gonds.
- Pourquoi maintenant Hermione ? s'énerva Harry. Ce mec en six ans ne m'a jamais adressé la parole et tout d'un coup il voudrait juste m'emmerder pour le plaisir ? Ce n'est pas logique.
- On parle des Malefoy quand même, soupira Ron. Ce sont juste de sombres connards qui n'en ont rien à foutre de faire mal aux gens et toi tu es Potter. Peut-être a-t-il mission de te déstabiliser ?
- Oui, c'est possible, confirma sérieusement Hermione.
- Dans ce cas, Azèle n'est pas en sécurité.
- Mais elle peut largement se défendre en cas de problèmes, tu le sais bien Harry. Sa puissance n'est plus à démontrer. Alors calme-toi car c'est exactement ce qu'il veut, que tu craques, ajouta la jeune femme.
- Alors, on la laisse se démerder de ce fou ?
- Non, on la surveille. Mais tu ne peux pas l'attaquer comme ça juste par jalousie ! s'exclama Hermione.
Harry regarda son assiette, l'appétit n'était plus.
- J'irai m'excuser demain.
Ron lui fit une tape dans le dos.
Azèle arrivait à sa salle commune quand un mur de feu prit forme en face d'elle. Elle se retourna pour voir l'auteur de ce sort. C'était Draughar. Les flammes disparurent aussitôt.
- Alors, ça chauffe avec Potter ? Lui demanda-t-il de son ton implacable.
- Qu'est-ce que peut te foutre ?
- Rien, je trouve ça amusant. Ils étaient en pleine conversation les trois quand je suis venu te rejoindre.
- Et tu ne peux pas juste m'appeler « Hey Keller» au lieu de créer des murs de flammes en face de moi ? Tu es taré ou quoi ? S'étrangla-t-elle d'exaspération.
La dispute avec Harry l'avait mise à bout et elle se demanda si sa main qui l'a démangeait n'allait pas se défouler sur la joue du blond.
- Non, c'est une question de style.
- Bon, je me casse, j'ai vraiment autre chose à faire que d'écouter tes conneries ce soir.
Elle tournait déjà les talons.
- Voyage léger samedi, lui dit-elle.
Elle s'arrêta et le regarda.
- On va faire un gros trajet toi et moi. Mais je ne tiens pas à ce que tout le monde nous voit partir ensemble de la gare. Rejoins-moi, capuche rabattue, au parking des taxis. On va en prendre un.
- Où va-t-on ?
- Un peu partout tu vas voir.
- Je veux savoir, ou je ne vais nulle part, le menaça-t-elle. Tes mystères commencent à me gonfler.
- Si je fais des mystères ce n'est pas pour te draguer Azèle et passer pour le beau ténébreux. Tu as bien vu dans la forêt que je risque ma peau dès que je sors dehors.
- Pourquoi putain ? Pourquoi tu as déserté ?
- Ça te regarde pas ce que j'ai fait et pourquoi.
- Abruti, cracha-t-elle.
Il grimaça énervé. Il ne supportait sa façon de lui parler.
- Tu me manques un peu trop de respect à mon goût, Keller, dit-il mollement, comme s'il n'avait pas réussi à la menacer correctement.
Le regard émeraude se fit cependant assassin.
- Où va-t-on ?
- Fais moi confiance, je n'ai aucune raison de te vouloir du mal. J'ai trop besoin de toi pour tu-sais-quoi.
