J'ai fait à contre cœur une pause dans cette histoire, mon planning personnel s'étant énormément chargé durant l'autonome, je retrouve à présent plus de temps libre et je poursuis avec plaisir cette fic. Je remercie ceux qui m'ont envoyé des messages d'encouragement pour continuer cette histoire.

Je vais profiter des vacances pour lire de nouvelles fics sur cette série qui me donneront peut-être des idées pour la suite, j'ai pour l'instant 6 chapitres en tête (dont 3 rédigés et en relecture) pour continuer les péripéties de l'équipe Shoot, je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'année.


Chapitre 10 : Réveil brutal

Lorsque Root se réveilla plusieurs heures plus tard, il lui fallut quelques minutes pour se remémorer les événements de la nuit. La douleur lancinante de son épaule lui permit de vite retrouver la mémoire. Toutefois l'interface l'oublia rapidement en constatant le petit corps (mais ô combien envoûtant) enlacé contre elle. Sameen n'avait pas desserré son étreinte, bien au contraire. L'interface pouvait sentir l'un des bras de sa partenaire préférée passer sous son dos juste contre sa peau, alors que la seconde main de Sameen agrippait fermement son pull prés de son omoplate valide. A cette vue, Root ne put s'empêcher de sourire et en repensant aux instants qui avaient précédé l'étreinte de Sameen, elle rougit légèrement. La soirée n'avait au final pas été si mauvaise. Sam jouait littéralement avec ses nerfs, mais ce n'était pas pour lui déplaire. L'ancienne espionne pouvait bien prétendre ce qu'elle voulait, Root savait sans l'ombre d'un doute qu'elle n'était pas la seule à prendre du plaisir à leur drôle de jeu.

C'était la première fois que Shaw se comportait ainsi. Si elle ne pouvait pas voir son visage, elle savait pertinemment que l'ancienne espionne dormait paisiblement. La tête de Sam s'était blottie à la base de son cou. Ses épaules étaient détendues et sa respiration apaisée la faisait même frissonner par intermittence. Root n'osa plus bouger de peur de la réveiller, de toute manière l'étreinte de Shaw ne lui laissait pas une grande marge de manœuvre. Root se releva légèrement pour saisir la couverture qui menaçait de tomber du lit improvisé et la déposa délicatement sur son invitée. Elle remarqua alors que le chien était venu s'allonger au pied de leur lit et l'observait avec attention.

«- Reste sage Balou, tu sais comment Sameen peut être grognon au réveil.»

En guise de réponse, Balou inclina légèrement la gueule à la mention de son nom puis le berger reposa la tête sur ses pattes et s'assoupit. Root reporta son attention sur la jeune femme endormie. L'ex-tueuse à gages passa sa main dans la chevelure de la petite brune, et apparemment cette dernière semblait apprécier ses caresses. Elle s'autorisa même de déposer un baiser sur le front de la belle endormie. De temps en temps Sameen remuait légèrement ce qui la faisait systématiquement frémir.

Root avait perdu la notion du temps lors que Finch et Reese arrivèrent à la base avec une petite montagne de viennoiseries et des grands gobelets de café fumants. Sameen toujours profondément endormie ne se réveilla pas malgré le bruit de la porte. A la vue de Root ou plutôt de Sameen toujours assoupie, les deux hommes s'arrêtèrent immédiatement. Root les accueillit alors avec un sourire dont elle avait le secret. D'une voix étrangement guillerette pour une femme qui venait faire une chute de plusieurs étages, elle les invitait à entrer:

« Voyons les garçons, ne soyez pas si timides, je ne vais pas vous manger surtout quand vous me ramener un chausson aux pommes.

- Peut-être pas toi Root, mais j'ai des doutes en ce qui concerne Shaw … rétorqua Reese

- Ne me dis pas qu'un grand gorille comme toi craint les colères d'une jeune femme qui fait la moitié de sa taille!

- Tu as de la chance qu'elle ne t'entende pas en ce moment, sinon je ne donnerai pas cher de ta peau.

- Je n'en suis pas si sûre, Il m'a fallu du temps mais j'ai le droit à un traitement spécial

Root fit une pause, déposa un baiser sur le front de Sam pour illustrer son propos puis ajouta:

«- Ne sois pas jaloux, tu lui as pris 2 maxi pains au chocolat?

- Évidemment!

- Dans ce cas tu devrais t'en sortir sans trop de blessures à son réveil.

- Certains ont un travail et une couverture à maintenir, et puis je ne compte pas être présent à son réveil. Je n'ai pas envie de perdre l'usage d'un bras.»

Root lui sourit en continuant de caresser doucement la chevelure de Sameen. Finch déposa le sachet de viennoiseries et de boissons sur le bureau, puis saisit une grande coupe de thé fumante et se dirigea vers Root. Immédiatement Balou se leva et alla s'asseoir près du bureau juste à côté de Reese et surtout des pâtisseries. Root se releva, pivota et s'appuya sur le dossier sans réveiller Sameen. Elle eut juste le droit à un grognement de désapprobation de cette dernière avant que machinalement celle-ci remua légèrement pour trouver une position plus satisfaisante. Root la maintenait contre elle d'un bras, alors que Shaw glissait contre son buste. La petite brune s'orienta naturellement contre le cœur de la hackeuse. Root pensa alors que c'était un charmant reliquat de son ancienne profession.

«- Merci Harry pour cette aimable attention. Je ne reconnais pas l'odeur, de quelle sorte de thé s'agit-il?

- Il s'agit d'une infusion à base de plantes médicinales avec une touche de miel à vrai dire Miss Groove, pour que vous repreniez vite des forces.

- Vous me droguez Harold? Vous inversez les rôles?»

Finch eut un léger sourire et lui répondit:

«- Dans l'unique but de vous soigner Miss Groove et avec votre consentement qui plus est.

- Moi aussi je vous ai drogué dans l'unique but de vous aider mais je l'avoue j'ai un faible pour les aiguilles, c'est l'occasion de jouer au docteur.»

Reese ne semblait pas convaincu mais Finch ne s'offensa pas et se contenta de lui demander comment elle se sentait. Root lui répondit qu'elle avait été une patiente exemplaire, et que grâce aux bons soins de Sameen, elle serait bientôt pleinement opérationnelle. De toute manière, ni Samaritain ni les numéros n'atteindraient patiemment qu'elle se rétablisse pour se manifester.

Root savoura ensuite son infusion pendant que Reese buvait ce qui devait être son troisième ou quatrième café de la journée. Ils discutèrent pendant quelques minutes puis John les quitta. Il était appelé sur la scène d'un crime par le lieutenant Fusco. Comme à chaque fois où il arrivait trop tard, on pouvait lire sur son visage, toujours bien trop sérieux à son goût, toute la culpabilité de son impuissance. Harold avait adopté un gorille qui se prenait littéralement pour un super héros, qui avait à cœur la vie et le bien-être de tous les anonymes de New York. Au fil des mois Root s'était faite à la vision boyscout de Reese. Finch prit place devant la console et pianota en silence sous le regard scrutateur de la hackeuse. Ce n'était qu'une demi-heure plus tard que Shaw commença à se réveiller.


Sameen s'éveilla doucement et sentit une douce chaleur l'envelopper. Elle n'avait pas besoin d'ouvrir les yeux pour en reconnaître la source: Root. L'interface avait une fois de plus envahi son espace personnel. Sameen décida d'en profiter encore quelques minutes avant de lui passer un savon. Apparemment Root était éveillée et jouait avec ses cheveux. Ce fut l'odeur des pâtisseries qui décida finalement la jeune femme à se lever. Elle ouvrit doucement les yeux, s'écarta légèrement et balaya la pièce du regard alors que Root continuait à la câliner. Cette dernière ne savait réellement pas quand s'arrêter, ce qui avait la nette tendance à exaspérer l'ancienne doctoresse. Sam n'était pas dans son appartement. Elle en oublia les viennoiseries et se redressa brusquement.

Il lui fallut moins d'une minute pour se rappeler la soirée, Root, l'explosion, sa chute, sa disparition, ses blessures, son foutu sourire et … ses baisers. Cela faisait beaucoup pour nuit et qui plus est, Root radieuse l'observait avec un sourire carnassier. Finch était là lui aussi. Depuis quand était-il rentré au juste? Quelle heure était-il? Heureusement que pour le moment il lui tournait le dos. Sameen était confuse et affamée, deux états qui ne faisaient pas bon ménage. Elle n'était donc pas en capacité de gérer les grands yeux étincelants de la folle dingue qui s'était enfermée dans un frigo quelques heures plus tôt. Sam la fusilla du regard (en vain évidemment!).

Une seule réaction était légitime : la colère. Pourquoi diable Root ne l'avait pas réveillée avant l'arrivée de Finch? Pourquoi continuait-elle à la caresser ainsi malgré leur échange de regard éloquent? Sameen se dégagea rapidement et sans difficulté. Root ne fit aucune tentative pour la retenir.

«- Bien dormie mon cœur? provoqua la blessée.

Finch se retourna et sourit à Sameen. Le chien se précipita vers elle. L'ancienne espionne le caressa et répliqua d'un ton qui se voulait plus impassible possible:

«- Il est difficile de connaître moins confortable que cette nuit.

Le sourire de Root s'élargit. La hackeuse jubilait.

«-Tu ne semblais pas aussi mal installée que tu ne le suggères.

- Je ne suggère rien, j'affirme.

- Tu n'es pas très convaincante, ma belle.»

Sameen leva les yeux au ciel pour la plus grande satisfaction de la hackeuse puis se dirigea vers les pâtisseries sous le regard de Finch toujours silencieux. Root s'assit dans le lit alors que Balou faisait les yeux doux à Sameen qui tenait le paquet de biscuits.

La hackeuse l'observait avec minutie. Pour la séduire Root avait toujours pensé qu'elle devait la faire rire et sourire. Elle était d'ailleurs très forte à ce jeu. Ce quel n'avait pas prévu c'était qu'à chaque fois que Sameen souriait, riait ou même levait les yeux au ciel, c'était elle qui tombait toujours un peu plus amoureuse.

Sam ouvrit le paquet et découvrit des croissants puis des grands pains au chocolat encore tièdes. Harold ne fit aucune remarque, lorsqu'il observa l'enthousiasme de Sam et du chien pour ces malheureuses viennoiseries.

«-Je croyais que tu voulais des pancakes, mon cœur?

- Je ne vois pas de quoi tu parles, ignora Sameen en goûtant le premier petit pain sous le regard envieux de Balou.»

Root se leva pour répliquer, mais s'arrêta au bout de quelques pas, son équilibre était toujours précaire. Harold se précipita et aida la jeune femme à s'asseoir. Il alla lui chercher une couverture et la recouvrit. Sameen laissa la pâtisserie sur la table et alla examiner son amie. Son épaule était bleue, elle avait encore de la fièvre. Elle alla dans une armoire au fond de la pièce lui chercher des médicaments et un tube de crème analgésique. Root se montra docile et avala sans rechigner les pilules que Sam lui tendait. Elle laissa même examiner son épaule et appliquer la crème sans faire le moindre commentaire. Elle savait reconnaître des combats inutiles à mener. Finch joua les infirmiers alors que Balou semblait toujours préférer le sachet de gâteaux.

Une fois les soins finis, Sam termina son pain au chocolat et en donna un partie non négligeable à Balou malgré le regard désapprobateur de Finch. L'informaticien était véritablement rigide sur l'alimentation de son chien.

Sameen plaida en la faveur de Balou.

«Il le mérite bien après ce qu'il a fait hier.»

Root approuva, laissant à Finch le rôle du rabat-joie et l'ancienne espionne ajouta:

«-Si quelqu'un ne doit pas avoir de gâteau: c'est Root!

- Et en quel honneur? Hier j'ai récupéré des fichiers de données importants, et mis un gang hors état de nuire.

- C'est une interprétation assez particulière.

- Cela mérite bien une récompense, un chausson aux pommes? Non insuffisant, tu me feras un dîner Sameen!

- Tu rêves!

- Dans mes rêves tu fais autre chose mon cœur, mais un dîner préparé par tes soins me conviendrait.

- Tu as plus de fièvre que je l'imaginais.

- Je savais que Mr Reese n'aurait pas dû amener ces pâtisseries, se plaignit Harold.»

John était donc venu ce matin en conclut naturellement Sameen, ce qui ne l'aida pas à se calmer. Personne n'avait eu l'idée de la réveiller ? Elle réglerait le compte de Reese plus tard. Ils restèrent un moment silencieux, seule Root entamait des discussions. La hackeuse avait mis Finch au travail pour qu'il analyse les données qu'elle avait récoltées. L'ingénieur s'exécuta sans faillir. Pendant ce temps Sam s'était éloignée. Elle rangea la salle de bain et en profita pour faire le point.

Elle avait fait un écart cette nuit. Root était purement électrisante. A sa décharge la situation était particulière. L'interface lui avait fait une belle frayeur. Ce n'était que quelques baisers! Root embrassait bien mieux qu'elle ne l'imaginait ou l'espérait, pas de quoi en faire une histoire! Si elle lui avait fait tant d'effet, c'était sans doute parce que cela faisait longtemps que Shaw n'avait cédé pas à ses pulsions. Sam essayait réellement de s'en convaincre et de chasser de son esprit l'image de Root en train de se pencher sur elle, son parfum frais et fruité, la texture de ses lèvres et le grain de sa peau. Il fallait tout cloisonner pour garder le contrôle. Bon Dieu, elle n'arrivait pas à oublier son sourire, cette foutue manie de se mordiller la lèvre. Si la personne qui vous énervait le plus était celle dont vous ne pouviez pas vous passer, que feriez-vous? Il lui fallut bien entendu plus de temps que prévu pour ranger la pièce.

Une fois terminée, elle n'eut aucune envie de rejoindre les deux geeks près du bureau. Elle sortit son téléphone et remarqua une série de nouveaux messages. Apparemment la Machine s'était fait passée pour Shaw pour demander à un collègue d'échanger le jour de travail. Sameen devait à présent travailler dimanche et devait un café à l'homme en question. Elle ne savait pas si elle devait remercier l'IA ou lui passer un savon. D'accord, sa fabuleuse couverture était préservée mais à quel prix! Il avait fallu que la Machine choisît cet employé en particulier. Celui qui ne cessait jamais de la draguer lourdement, et qu'elle avait à plusieurs reprises sérieusement envisagé de liquider pour faciliter sa vie. Qu'on lui dise après qu'elle ne faisait pas d'effort pour maintenir sa couverture!


Étant donné qu'elle souhaitait garder un œil sur l'interface, Shaw passa la journée dans leur QG en compagnie des deux informaticiens. Elle avait vérifié la moitié de leur stock d'armes, et surveillait régulièrement la température de Root lorsque le téléphone sonna.

La Machine leur donna un numéro, celui d'une femme divorcée, mère célibataire d'une quarantaine d'années travaillant à la banque. Sameen se chargea de ce cas non sans faire promettre à Finch d'empêcher Root de sortir tant qu'elle ne serait pas rentrée.

Bien que Finch accepta, Shaw ne se faisait pas de grandes illusions, si Root voulait partir en mission pour la Machine, ce n'était pas lui qui l'arrêterait. Une fois seule dans le couloir, elle s'adressa à la Machine (seule entité à laquelle Root consentait à obéir), elle se sentait toujours idiote lorsqu'elle faisait ce genre de chose.

«- Et toi, tu laisses Root tranquille aujourd'hui, elle a besoin de repos. Ordre du médecin, je ne plaisante pas!»

Pas de réponse, comme prévu mais le message était transmis. Ce n'était pas une si mauvaise chose de s'occuper d'une nouvelle affaire. Si d'ordinaire Finch se chargeait de la fastidieuse partie historique de leur client, cette fois-ci elle eut le droit à un autre interlocuteur qui lui fit prendre conscience de toute l'efficacité et la discrétion d'Harold.

Root lui fit ce qu'elle appelait un bref résumé de la vie de cette femme, parsemé par une multitude de digressions et d'allusions inutiles. En un mot, Root lui cassait littéralement les oreilles. Même si cela l'énervait, elle devait reconnaître que ses commentaires et sa tendance quasi pathologique au badinage dans les moments les plus inappropriés pimentaient sa surveillance et lui avaient décroché quelques sourires.

Shaw avait piraté le téléphone de sa cible sans aucune difficulté, mais n'avait repéré jusqu'à présent aucune menace crédible. Quelques clients s'étaient certes montrés impolis et s'étaient un peu énervés lorsque la banquière leur avait refusé leurs prêts, mais aucun n'avait fait preuve de violence. Shaw patientait dans l'immense salle d'accueil avec un journal en guise de couverture et un colt à sa ceinture. Dans son for intérieur, elle espérait sincèrement que cette affaire allait finir en braquage opéré par une équipe de professionnels et non en crise de folie d'un client mécontent.

Root mit fin à son rêve en lui révélant que la banquière avait découvert quelques irrégularités et les avait signalé à son supérieur. De nouvelles possibilités de crimes lui venaient immédiatement à l'esprit. Au revoir beaux braqueurs, bonjour petit collègue véreux ! Root continua son enquête non sans arrêter de la distraire. Shaw aurait sérieusement dû penser à la droguer ou l'assommer (voir les deux) avant de quitter le repère.

Durant toute la fin de matinée, il n'eut rien de suspect à la banque. Shaw suivit son numéro leur de la pause déjeuner et en profita pour commander et manger deux tacos. Alors que Sameen souhaitait savourer au calme son repas, Root la taquina sur le dîner qu'elle espérait que Sam lui préparerait. L'interface avait déjà prévu chaque plat, et la boisson correspondante. Shaw n'avait aucune envie de faire la cuisine dans ces circonstances et lui répondit que si elle voulait tant manger un poisson préparé pendant des heures, elle n'avait cas le cuisiner elle-même. Évidemment Root interpréta cette réponse à sa sauce, pour elle Shaw venait d'accepter un dîner romantique en sa compagnie.

Heureusement pour Sameen, sa banquière sembla soudainement en mauvaise posture. Deux hommes la suivaient sans que celle-ci ne le remarqua. Ah! Les civils, on dirait qu'ils vivent chez les bisounours! Shaw prit en chasse les deux hommes en question. Ils se séparèrent l'un monta dans une voiture qu'il démarra, et le second poursuivit sa filature. Alors que la femme s'engouffrait dans une bouche de métro, l'homme l'approcha. Il n'eut cependant pas le temps d'agir.

Shaw lui pointa le canon de son arme sur le dos, le fouilla s'accapara son couteau et son arme à feu (un vieux modèle mal entretenu qui semblait avoir trop servi) et le força à la suivre. Le malfrat descendit dans l'estime de l'ancienne espionne, elle ne supportait pas les hommes qui ne prenaient pas soin de leurs armes, c'était une injure à sa profession, cependant sa victime était silencieuse ce que Shaw apprécia. Le trajet prit plusieurs minutes. Une fois dans une ruelle dégagée de la foule et des caméras, le malfrat se retourna pour essayer de lui prendre son arme.

Shaw avait espéré qu'il tente une chose de ce genre. Sans difficulté elle esquiva son coup, visa son genoux, et tira. Reese serait jaloux, elle avait parfaitement atteint le cœur de la rotule. Shaw le tenait toujours en joue et lui faisait signe de sa main libre de rester silencieux. L'homme perdit tout son courage et obtempéra. Shaw était déçue, elle qui voulait assister à un braquage en bonne et due forme, elle devait se contenter d'un tueur de seconde main.

Root qui avait entendu le coup de feu alla aux nouvelles, bien qu'elle n'était pas réellement inquiète pour Shaw. Sam lui résuma rapidement la situation et examina le portefeuille de l'homme, transmit le nom et le numéro de sécurité social qui y figuraient. Root l'a mise au défi de trouver avant elle le commanditaire de l'assassin. L'interface savait toujours comment rendre ce genre de mission plus distrayante. Sameen plaisanta même en disant que c'était petit de jouer aux dépens de l'un des anciens confrères de Root. Cette dernière prit un air offusqué, en disant que cet homme et elle, n'avaient rien en commun, qu'ils ne jouaient pas dans la même catégorie.

Shaw le savait pertinemment, mais fit mine de ne pas en être convaincue, il était si rare de pouvoir provoquer aussi facilement la hackeuse.

«-Tu ne m'aurais jamais attrapé comme ce novice.

- Vraiment aux dernières nouvelles, je t'ai retrouvée, et ton épaule s'en souvient certainement.

-Primo je t'ai laissé me retrouver mon cœur!

-Si tu le dis.

-Le contexte était différent. Tu ne m'aurais jamais attrapée et abattue dans une ruelle.

- Eh! Il est toujours vivant!

- J'espère sinon Harold sera déçu.

-Ce n'est pas l'envie qui manque tu sais…

-De me coincer dans une ruelle? Cela manque de classe ma belle, mais je prends ton désir en considération.

- De te descendre, Root, de te descendre!

- Notre homme a un casier, c'est un vilain garçon, il a tout pour te plaire, vols à mains armés, prison, soupçonné de plusieurs meurtres mais aucune condamnation… apparemment les témoins ont tendance à se rétracter ou disparaître, c'est un vrai petit magicien.»

- Et en ce qui concerne notre banquière du jour?

- J'y travaille mon cœur, d'après le GPS de son portable elle est bientôt de retour à son bureau.»

Sameen rangea son arme sous son manteau et sortit le couteau qu'elle lui avait confisqué :

«- Maintenant Enzo on va avoir une petite discussion.

- Shaw, dois-je te rappeler les directives d'Harold?

- Quelles directives au juste?

- Celles sur l'extorsion d'informations.

- Celles-là je ne les ai jamais aimées.

- Qui plus est, il est démontré que la torture ne donne pas de résultat fiable.

- Là je te contredis Root, cela dépend de qui tient le couteau!

- Ou le fer à repasser, mon cœur?

- Tu essaies de gagner du temps pour fouiller dans la vie de notre invité.

- Peut-être, ou tout simplement j'aime bien écouter le son de ta jolie voix. Je te laisse choisir l'explication que tu préfères.»

L'homme semblait terrifié et s'était recroquevillé contre le mur.

« - Je ne sais rien Madame!

- Mais si tu sais, sinon tu n'as aucune valeur.

- Madame, non!

- Faisons cela dans les règles, tu es droitier je vais donc commencer par la main gauche. Qui a besoin d'un auriculaire?

- Ça peut toujours être utile.

- Il a le sens de l'humour.

- Je veux des noms.

- Je n'en ai pas!

- Qui était le camarade qui t'accompagnait ?

- Quel camarade?

- Sur ce point, je peux te répondre, il s'agit de son cousin Gustave, lui aussi a un casier.

- Je ne t'ai rien demandé Root?

- Oups, mauvaise joueuse.

- La ferme je suis occupée.

- Ne sois pas si grognon, je te rappelle quand j'ai un nom.»

Shaw fit une profonde entaille à l'auriculaire gauche de sa victime.

«-La prochaine fois je tranche, je prendrais tout mon temps tissu par tissu. Tu découvriras ton anatomie, peau, graisses, muscles, vaisseaux, veines, cartilages, os, puis encore du cartilage, des veines et de petits vaisseaux, du muscle… tu suis?

-Inutile d'aller si loin. Je n'ai pas de nom juste un numéro.

-Très bien je prends.

- Il est dans mon portable. Il se termine par 56.»

Shaw examina son portable et découvrit le numéro.

«-Root j'ai un numéro.

- Un numéro ne compte pas, il faut un nom.

-Très bien.»

Shaw changea de canal à s'adressa à l'ingénieur.

«- Finch j'ai un numéro pour vous.

- Je vous écoute Miss Shaw, mais vous ne travaillez pas avec Miss Groove sur ce cas ?

- Elle est au repos, sous votre garde Finch, au cas où vous l'auriez oublié.

- En effet, pour s'occuper Miss Groove se renseigne sur cette affaire. Je la garde ainsi à l'œil et en sécurité.

- Pour le numéro vous allez faire quelque chose où vous comptez encore déléguer !

- Je vous écoute Miss Shaw.»

Sam énonça le numéro de téléphone, et laissa quelques minutes à Finch pour faire des recherches. Bien entendu, il s'agissait d'un téléphone prépayé, mais l'ingénieur localisa la position GPS de l'endroit où il avait émis. Ce n'était pas très précis, mais après regroupement seul quatre personnes qui travaillaient dans cette banque vivaient à proximité. Il examina les comptes en banques des dites personnes. Un homme se distingua, il vivait dans un appartement qu'il ne semblait pas en mesure de payer, un certain William Rebart.

«- J'ai un client Root, William Rebart.

- Tu peux dire merci à Harold, il est sur ma liste. Je crois qu'il ne travaille pas seul, le responsable des crédits Gary Tompain semble aussi être dans le coup. On est à 50 / 50 chérie?

- Dans tes rêves! Tu veux que je passe leur faire une visite amicale ou je m'occupe du cousin.

- Le cousin est à toi, je te transmets les coordonnées, et j'envoie une patrouille chercher ton client.

- Et pour les commanditaires?

- Je m'en occupe.

- Non, tu dois te reposer.

- Je peux le faire d'ici, je prépare un dossier pour la section des cols blancs.

- Je ne pense pas qu'ils passeront l'acte, les deux hommes ont justement pris des vacances au soleil pour se forger un alibi. Ils ne vont pas être déçus à leur retour.

- Ok, j'entends les sirènes, je pars pour attraper le cousin.

- Sameen…

- Oui?

- J'aime quand tu te fais du souci pour moi.

-T'es dingue.

-Cela ne m'empêche pas d'aimer ça.»

Shaw leva les yeux au ciel et s'éloigna sans se retourner. Sam n'eut aucune difficulté à retrouver le fameux cousin. Elle le suivit puis une fois isolé, elle l'assomma facilement et l'attacha à un poteau de signalisation. Il était presque 15 h lorsqu'elle appela anonymement la police pour qu'elle aille récupérer le paquet.


Elle retourna ensuite au repère et força Root à se coucher. Hors de question de se faire avoir comme la veille, Shaw resta à bonne distance de la hackeuse. Finch lui demanda des précisions sur son état, elle le rassura: Root allait encore leur casser les pieds pendant un bon moment. Finch leur laissa la base, et partit avec Balou.

La Machine respecta les instructions de Shaw et ne donna aucune mission à son interface pendant 4 jours. Root s'ennuyait profondément, elle passait ses journées dans leur base ou à promener Balou et ses nuits bien entendu chez Sam. Shaw avait remis des barrières, ou plutôt des murailles entre elle.

Root était déçue, elle avait d'abord essayé des sous-entendus subtils puis moins recherchés, elle lui prépara même des pancakes ! Devant l'absence de résultats, elle utilisa des techniques bien plus pragmatiques pour aborder le sujet. Un soir, la hackeuse prit son audace à deux mains et essaya d'embrasser son médecin préféré, mais elle eut le droit à un tragique et catégorique refus. Cette nuit-là Sameen ne l'avait même pas rejoint dans le lit, préférant son stupide canapé.

Shaw surveillait toujours sa santé, et avait repris son fabuleux travail au rayon cosmétique. Elle accepta la proposition d'aller boire un café de son collègue à contre cœur. Celui-ci sans sorti sans la moindre blessure, mais Shaw fut de mauvaise humeur toute la soirée au grand détriment d'une Root qui essayait toujours de s'immiscer dans l'espace (et le cœur) de Sameen.

Pas une seule fois Shaw ne lui fit allusion à ce qui s'était passé le soir de l'accident. A vrai dire, la sociopathe essayait de ne pas y penser, et surtout de ne pas donner de faux espoirs à l'interface. Elle ne lassait plus Root l'approcher, y compris et surtout dans son lit. Si elle la laissait dormir à côté d'elle, un mur transparent de presque 20 centimètres les séparait. elle lui avait concédé une moitié de lit simplement pour s'assurer de son sommeil, ainsi si la hackeuse se levait pour partir en mission, il y avait de grande chance qu'elle réveilla la locataire de l'appartement. Root ne s'en formalisa pas et grappillait chaque nuit quelques centimètres.

Au quatrième jour de la guerre froide de Shaw, l'interface eut la surprise de se réveiller dans les bras de sa petite brune. Attention! Ce n'était pas la hackeuse qui avait franchi le mur, mais bel et bien Sameen qui l'enlaçait et agrippait fermement son haut de pyjama. Root fit mine de dormir à son réveil et remarqua que Shaw était restée plusieurs minutes à l'observer. Son médecin souleva légèrement son haut pour examiner son épaule, et posa une main sur son front puis sur sa joue. Enfin elle replaça une mèche de cheveux. Comme toujours avec l'ancienne espionne, ses gestes en disaient toujours plus long que ses mots. Sam quitta ensuite le lit et se prépara à sa journée de travail comme si de rien.