18. L'odeur des hôpitaux en hiver

22 décembre.

C'est étrange comme tu paraît minuscule, enfantin dans ce lit tout blanc. La seule couleur dans cette chambre c'est le chatain clair de tes cheveux. J'ai fais quelques omae o korosu aux infirmières, comme ça elles ne te tripotent pas. Il faut avouer que tu es très beau dans ton sommeil. Mais tu l'es bien plus réveillé tu sais ? Tu ressemble à la vie dans ce qu'elle a de plus beau.

Je viens te voir tous les jours depuis un mois, et toujours rien. Je sais que tu aimes te faire attendre, mais là, ça dure depuis un peu longtemps tu sais... Je m'ennuie de toi. Et il y a une odeur biarre dans ce bâtiment, une odeur que j'ai du mal à identifier. Tout en est imprégné, c'est assez beurk, d'ailleurs.

Je vais y aller, c'est mon tour de cuisiner, mais ça se finit presque toujours en pizza. A demain.

23 décembre.

Il pleut. Il pleut depuis presque un mois tu sais. On dirait que le ciel te pleure. Peut-être que le soleil s'est endormi en même temps que toi. Il y a de plus en plus d'inondations, tu devrais te réveiller. Et parce qu'il pleut, on ne peut pas ouvrir les fenêtres, et ça sent le renfermé en plus de l'odeur déjà pas top de d'habitude.

J'ai vu le docteur aujourd'hui. Il n'avait pas l'air en forme, tu sais. Mais vu la saison, ils ont des épidémies de grippes et de rhumes, et des mères s'affolent au moindre éternuement. J'aime bien quand tu éternues. Tu plisses les yeux comme quand tu ries, et c'est si rapide qu'on a du mal à fixer ton expression. Mais tu as l'air surpris et heureux quand tu éternues, comme si tu lâchais enfin ton masque l'espace d'une micro-seconde.

Toi, je sais que tu aimes quand j'ai le hoquet. Je me sens tellement ridicule à faire des hic qui ressemblent à des couinements de souris. Mais toi tu ris, tu souris vraiment. Alors de temps en temps, quand je vois que toi tu ne vas pas bien, je lâche quelques hic et tu souris à nouveau. Tu te souviens ? J'ai hocqueté pendant une nuit entière en faisant semblant de dormir rien que pour te donner un fou rire. Le lendemain, tu m'as serré dans tes bras en me remerciant, mais j'ai fait celui qui ne comprenait pas pourquoi, ça t'aurais gêné, je crois.

Il faut que j'y aille, on a un ordre de mission pour ce soir. A demain.

24 décembre.

Tout s'est bien passé, même si tu nous as manqué. Bah, tu vas vite revenir, je le sais. Aujourd'hui il a neigé. Mais de la neige qui ne tient pas, presque de la pluis en fait. Je suis trempé, et une des infirmières m'a grogné dessus. Soi-disant je sentais le chien mouillé. Elle n'a sans doute pas réalisé combien l'immeuble, elle et son uniforme puent. Mais je n'ai rien dit. Je n'ai pas envie de me voir interdire l'entrée à ta chambre.

Il a des guirlandes au-dessus de ton lit. Elles sont sympas tu sais. Vert vif. Avec des boules rouges accrochées dessus. On dirait des minuscules miroirs réfléchissants, tu devrais ouvrir les yeux et regarder dedans. Je suis sûr que tu rirais d'y voir mon reflet déformé. On s'embrasse au-dessous d'une guirlande ou d'une branche ? Je ne sais plus. Bah, peu importe pour toi, tu m'embrasseras quand même. Et si tu ne le fais pas, moi je le ferais. C'est promis.

C'est Quatre qui fait les repas en ce moment. Il y a beaucoup de plats arabes, et il a proposé un voyage culinaire. Hier c'était couscous. Ce soir j'ai deviné, l'odeur était sympa. Tu aimerais je pense. Quatre en refera dès ton réveil. Moi je doute de pouvoir à nouveau essayer de cuisiner un jour. Après mon passage aux fourneaux je crois que je suis entré dans la cuisine pour la dernière fois. Vu que toi aussi, on pourra être tranquilles dans le salon pendant que les autres travailleront. Je laisserais mon laptop, ne t'inquiète pas. Mais seulement si tu laisses un peu ta console. Ou que je joue avec toi. On verra. Et puis ce soir c'est le réveillon de Noël. On le fera en retard puisqu'on t'attend.

Le docteur est venu te voir aujourd'hui aussi. Il a renversé son eau de cologne ce matin, alors il a parfumé ta chambre quelques minutes. Même si c'était un peu écoeurant, c'était toujours mieux que l'odeur de d'habitude. Ca finit par donner mal au coeur au bout d'un certain temps... et d'un temps certain. Je résiste 1h et 17 minutes avant d'avoir la nausée. Je ne sais vraiment pas pourquoi.

D'ailleurs le temps est écoulé. Beuh... A demain.

25 décembre.

C'est Noël. Mais tu le sais, n'est-ce pas ? Tu n''as pas cessé d'en parler avant que tu ne te retrouves ici. Tu disais que tu avais les idées pour tous les cadeaux que tu voulais faire. Pour les autres, je n'avais même pas cherché, mais pour toi j'avais l'idée depuis longtemps. Je ne te le dirais pas, peut-être que la curiosité te fera ouvrir les yeux... et froncer le nez. Mais c'est quoi cette odeur ? Tu saurais d'où vient cette puanteur toi, je le sais. J'attends ton réveil pour avoir la réponse. Allez Duo, c'est l'heure de se lever, les cadeaux sont là, le Père Noël est passé...

- Heero ?

- Bonjour Duo.

- Hello... C'est quoi cette odeur d'antisceptique ?