Nos Corps à la Dérive
Merci à tous mes follow/fav, ainsi qu'à Clothilde Dubosc, Charliee3216, MissDraymione, Swangranger, okami shiroi, DramioneLove, Rosarum, Fleur d'Ange, malfoyswand, Wizzette, Liag Kab, Mikasa, Cécile, PouleauPotter, Drasha, Naina24, Jeny, Brengre737, HPMagnus, PlumeDeSerpent, Audrey917000 pour leurs reviews.
RAR :
DramioneLove : boaaarf la philo c'est surfait, et puis ça ne sert à rien. Mais alors vraiment rien rien rien. Et pourtant j'en ai bouffé sept heures par semaine pendant toute ma terminale L. xD Ahah Sirius va chambouler la vie de [NO SPOILER] et aussi [NO SPOILER NON PLUS]. Mdr. Ça me fait plaisir que tu aimes Tonks, c'est la première fois que je lui donne un rôle aussi important dans une fiction et j'aime beaucoup ! Merci à toi et gros bisous !
Rosarum : Merci beaucoup, ta remarque m'a vraiment fait plaisir ! J'espère que la suite continuera de te plaire !
Mikasa : ahah Sirius, Sirius, Sirius… je lui réserve une petite place dans cette intrigue (enfin, petite, je m'entends). Merci pour ta review en tous cas, même si tu l'as postée il y a des lustres ! (J'ai honte de n'avoir rien publié depuis juin… Pardooooon !) J'espère que la suite te plaira ! bisous bisous
Cécile : Tu as trouvé le retour de Ginny mal vu par Hermione ? Attends de voir le retour d'Harry, mdrrr. Bonne lecture et merci pour ta review !
Drasha : Après le retour de Ginny, le retour d'Harry et crois-moi, il va y avoir des étincelles ahah. Merci pour ta review, j'espère que le grand retour de cette fiction te plaira ! Bisous.
Jeny : ahah contente que Draco t'ait fait marrer au début. J'espère que tu en as bien profité, parce que ça ne va pas durer XD Gros bisous et merci pour ton message !
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Petit résumé « parcequeçafaitlongtemps » : Fay Dunbar a été inculpée pour le meurtre de Ron et pour avoir maquillé la mort de Lavande en suicide. A Poudlard, Hermione tente petit à petit de renouer avec Ginny et Harry, avec qui elle n'avait pas échangé un mot depuis le drame. Mais Hermione n'oublie pas comment ils l'ont traitée et resserre un peu plus ses liens avec la bande des Serpentards. En particulier Malfoy…
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Chapitre 10 : Severus
Job prit la parole et dit :
« Je voudrais qu'on écrive ce que je vais dire, que mes paroles soient gravées sur le bronze
avec le ciseau de fer et le poinçon, qu'elles soient sculptées dans le roc pour toujours :
Je sais, moi, que mon libérateur est vivant, et qu'à la fin il se dressera sur la poussière des morts ;
avec mon corps, je me tiendrai debout, et de mes yeux de chair, je verrai Dieu.
Moi-même, je le verrai, et quand mes yeux le regarderont, il ne se détournera pas.
Livre de Job (19,1.23-27) – Oraison funèbre à la mémoire de Ronald Weasley.
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Remus leva le nez du petit visage endormi de Teddy en entendant le bruit caractéristique des clés de Nymphadora frapper le meuble de l'entrée. Avec des gestes délicats, il déposa l'enfant dans son petit lit à barreaux, recouvert d'une fine couverture et sortit de la chambre à pas de loup pour retrouver sa femme au rez-de-chaussée.
Contrairement à son habitude, celle-ci ne portait pas ses éternels jeans et son blouson de cuir, mais une robe noire et des talons ainsi qu'une veste en tissu synthétique de la même couleur. Avec un soupir las, Nymphadora quitta ses escarpins et les jeta dans un coin du hall d'entrée avant de se traîner jusqu'à son époux, qu'elle embrassa furtivement pour ensuite se lover contre lui.
« Alors, comment c'était ? », demanda-t-il à mi-voix, tandis que Dora s'écartait pour se diriger à pas pesants vers la cuisine.
« Comme un enterrement… Triste, déprimant, humide, avec beaucoup de gens qui pleurent. » Elle ouvrit la porte du frigo et en sortit une brique de lait écrémé, qu'elle porta directement à ses lèvres. Remus préféra ne faire aucune remarque : lorsque Nymphadora faisait fi des convenances au point de boire directement au goulot, c'est que quelque chose lui avait déplu.
« Tu as vu quelque chose d'intéressant ? »
Elle leva un doigt tout en continuant de boire goulûment, puis reboucha la brique de lait désormais vide et la jeta à la poubelle des déchets recyclables. Si Remus lui posait cette question, c'était parce qu'elle s'était rendue aux funérailles de Ronald Weasley dans l'espoir que quelqu'un qui n'était pas invité ou pas forcément attendu s'y pointe, la bouche en cœur. Elle savait par expérience que les meurtriers aimaient souvent assister aux obsèques de leurs victimes et elle avait observé chacune des personnes présentes avec attention dans l'espoir que celui-ci ne fasse pas exception à la règle.
« Je n'ai rien ressenti de particulier… Enfin… » Elle grimaça. « Il y avait ce type… Ce marginal qui vit dans la forêt. Sirius Black. Les collègues l'ont pris en grippe depuis des années et je ne voudrais pas le juger trop vite, mais… Il a quelque chose dans son regard. Un truc un peu fou, une lueur au fond de ses yeux noirs… Et je l'ai surpris en train de me fixer plusieurs fois. »
« Que faisait-il à l'enterrement d'un élève de Poudlard ? », s'enquit Remus en fronçant les sourcils.
« J'ai posé la question à la petite sœur de Weasley, Ginny. Elle m'a raconté que son frère, Potter et Miss Granger ont tous les trois été sauvés d'un chien enragé par cet homme, il y a quelques années. Ils sont devenus amis depuis. »
« Tu penses qu'il aurait pu… ? »
Mais Nymphadora ne laissa pas le temps à son époux de terminer sa question. « Je n'en sais rien. Je te l'ai dit, je suis peut-être influencée par tout ce que m'ont raconté les gars au commissariat. J'attends de me faire une opinion par moi-même. » Avec un frisson, elle repensa à sa première rencontre avec le SDF, lorsqu'il avait croisé son chemin à la sortie des Trois Balais. Ses prunelles noires l'avaient pétrifiée sur place. Mais elle ne devait pas se monter la tête avec des ragots de campagne. Les faits. Seuls comptaient les faits. Se débarrassant de sa veste noire sur le dossier d'une chaise, elle se dirigea vers le canapé dans le salon et s'y laissa tomber avec un soupir de lassitude, tout en appuyant sur le bouton de la télécommande. La chaîne d'informations en continu apparut à l'écran et c'est sans grande surprise qu'elle vit le nom de Fay Dunbar en grandes lettres blanches sur le bandeau inférieur. Un médaillon contenant une photo peu flatteuse de l'adolescente ornait le coin supérieur droit de l'image, tandis que Rita Skeeter délivrait son éternel rapport anxiogène devant les portes de l'hôpital psychiatrique où était internée la meurtrière présumée.
« Retournement de situation critique dans l'affaire Fay Dunbar. Alors que les services de police pensaient avoir affaire à une meurtrière de sang-froid, intelligente et manipulatrice, il semblerait au contraire que la folie soit à l'origine de ce déchaînement de violence à l'encontre de Ronald Weasley et de sa petite-amie Lavande Brown. En effet, après être passée aux aveux il y a quelques jours alors qu'elle se trouvait en proie à une véritable crise de violence, Fay Dunbar s'est aujourd'hui rétractée depuis sa cellule de l'unité psychiatrique de Sainte-Mangouste. D'après l'équipe qui l'a prise en charge, elle clamerait depuis ce matin que ce n'est pas elle qui a commis les meurtres, mais le Diable lui-même. »
La speakerine du journal télévisé réapparut à l'écran et échangea un regard grave avec son partenaire, avant de s'adresser à Rita. « Qu'en pense le corps médical ? Est-elle sincère, ou espère-t-elle seulement échapper à la prison en plaidant la folie ? »
« Le psychiatre ne se prononce pas encore. Selon ses dires, le comportement de la jeune femme a totalement changé entre le jour où elle a été internée à la suite de ses aveux, où elle apparaissait en pleine hystérie et formulant des phrases sans queue ni tête, et les jours suivants où elle a peu à peu repris le contrôle d'elle-même. Elle aurait aujourd'hui l'air d'une adolescente tout à fait normale si elle ne passait pas ses journées à accuser le Diable d'avoir assassiné Ronald Weasley et Lavande Brown. » Rita Skeeter pinça ses lèvres rouges sang d'un air entendu, comme si elle doutait de la véracité des propos de Fay et qu'elle dissuadait quiconque dans son auditoire de la contredire. Remus esquissa un sourire en entendant Nymphadora faire claquer sèchement sa langue contre son palais en signe de désapprobation. Son épouse avait toujours détesté les médias, et à fortiori celle qui représentait leur pire aspect : Skeeter.
« Merci, Rita, nous reviendrons régulièrement vers vous au cours des prochaines heures pour en savoir plus sur la suite des événements », reprit la speakerine, et le faciès de Rita disparut de l'écran, pour le plus grand bonheur de sa téléspectatrice. « Passons au deuxième titre de notre édition et je dois dire, Charlie, que ce soir c'est toute la sphère politique britannique qui se retrouve ébranlée par un nouveau scandale. » La présentatrice se tourna vers son coéquipier, le dénommé Charlie, qui hocha la tête gravement.
Le bandeau qui avait contenu le nom de Fay disparut au profit d'un autre nom que Nymphadora n'avait que trop bien appris à connaître au cours des dernières semaines. Celui de Malfoy. « LUCIUS MALFOY, BIENTÔT DIVORCÉ », lut-elle avec une pointe de surprise.
« C'est une nouvelle qui ravira beaucoup de femmes célibataires de ce pays et qui fera grogner plus d'un homme également… », commença le présentateur avec un sourire en coin, « mais il semblerait que notre adjoint au Ministre ait demandé le divorce de sa femme Narcissa, ce qui le ramènera sous peu au classement des meilleurs partis à prendre d'Angleterre. Comme l'a révélé le tabloïd The Sun dans son édition du jour, Narcissa Malfoy aurait eu une liaison avec un autre homme depuis plusieurs mois et comme vous le voyez sur cette photo prise à la dérobée au cours de l'été, cet homme ne serait autre que l'un des professeurs du propre fils de Lucius Malfoy à l'internat de Poudlard. »
Une photo floue et mal cadrée apparut à l'écran et Nymphadora plissa les paupières pour tenter d'apercevoir l'identité de l'homme qui descendait d'une voiture aux vitres teintées, tenant la main de Narcissa Malfoy et l'entraînant dans une villa sans prétention de la banlieue de Londres. « On dirait toi, non ? », plaisanta Nymphadora en jetant un coup d'œil en biais à son époux, mais celui-ci semblait plutôt subjugué par le petit écran.
« Mince alors, c'est Rogue ! », lâcha-t-il en pointant son index en direction de l'image. Comme si la chaîne d'info l'avait entendu, le nom de Lucius Malfoy fut aussitôt remplacé par celui de Severus Rogue. « L'enseignant de Physique-Chimie ! Je n'aurais jamais cru ça de lui… »
« Tu crois que Narcissa Malfoy aurait eu un faible pour son gros 'bec Bunsen' ? », s'esclaffa la policière en haussant les sourcils de manière suggestive. Remus rit à son tour avant de s'assombrir soudain, une expression concernée plissant son front légèrement dégarni. « Qu'est-ce qu'il y a ? »
Le professeur resta un instant silencieux et secoua la tête. « J'espère que le fils est déjà au courant. L'apprendre par les médias, ce serait la pire chose qui pourrait lui arriver. Surtout après tout ce que ce gosse a subi dernièrement… »
Nymphadora perdit aussitôt son sourire en prenant conscience de ce fait. Agacée par ces fichus journalistes, qui brisaient plus de vies en une heure qu'un bourreau ne décapitait de condamnés dans toute sa carrière, elle éteignit de nouveau la télévision et se mordit la lèvre inférieure. « Tu garderas un œil sur lui, n'est-ce pas ? A l'école. Il aura besoin du soutien de super profs comme toi. »
Mais Remus semblait perdu dans une profonde réflexion et mit une longue minute à réagir aux paroles de sa femme. « Oui. Oui, bien sûr, chérie… »
~o~
Assise à la table de Gryffondor, Hermione mordit nerveusement dans sa tartine beurrée, tandis que Ginny ne cessait de pousser des cris aigus en feuilletant le nouveau numéro du Sun, qui pour la deuxième fois en deux jours, faisait sa une sur le scandale Malfoy-Rogue. A chaque miaulement de son amie, Hermione lançait des coups d'œil gênés en direction de la table de Serpentard, priant pour ne pas y voir Draco. Ce matin-là, la nouvelle était dans toutes les bouches, éclipsant presque le sujet de prédilection des derniers jours, à savoir le meurtre de Ron et de Lavande. Elle ne savait pas exactement comment le blond réagirait, mais elle sentait déjà que ce serait violent. Très violent.
Malheureusement pour elle, elle avait d'autres chats à fouetter ce matin, ou en l'occurrence d'autres angoisses à gérer. Ginny et elle étaient censées attendre Harry à leur table, où ils devraient avoir leur première discussion depuis le soir où tout avait basculé. Même si Ginny parvenait à masquer son appréhension derrière les pages en papier glacé du Sun, Hermione savait qu'elle angoissait à peu près autant qu'elle. Le fait qu'elle ait supplié Hermione de ne pas aborder le sujet de Ron avant qu'ils ne soient tous les trois réunis en était un indice flagrant. Harry n'avait jamais été un adolescent stable et fiable, mais pour une raison totalement incompréhensible aux yeux d'Hermione, Ginny se reposait toujours sur lui dans les moments difficiles. Plus que sur n'importe qui d'autre.
Alors que ses yeux faisaient un énième aller-retour en direction de la table de la classe aisée, ils accrochèrent une masse de cheveux bruns ébouriffés et son cœur chavira. Harry approchait, de son éternelle démarche traînante et mal assurée, son pouce déjà rongé jusqu'au sang enfoncé entre ses lèvres. Une envie irrépressible de fondre dans ses bras et de pleurer toutes les larmes de son corps sur son épaule saisit Hermione, mais elle se força à ne pas bouger. Avant toute réconciliation, il leur fallait d'abord parler. S'expliquer. S'excuser également. Sans ça, plus rien ne serait possible.
C'est en sentant ses poumons la brûler atrocement qu'elle réalisa qu'elle avait retenu sa respiration pendant tout ce temps. En face d'elle, Ginny avait laissé tomber son exemplaire du tabloïd sur son assiette vide, une expression incertaine sur ses traits. Harry s'arrêta à un ou deux mètres d'Hermione, ses yeux verts analysant la frêle silhouette de son amie comme s'il la voyait pour la première fois. C'est peut-être le cas, pensa Hermione en sentant ses yeux la piquer. Je ne suis plus la même personne qu'avant. Plus maintenant.
Le temps sembla s'arrêter et pendant ce hiatus, ni elle ni Harry n'esquissèrent le moindre mouvement. Le jeune homme la regardait toujours avec ce mélange de peine et de colère, même si cette dernière était bien moins vive que lors de leur précédente rencontre, juste après le meurtre de leur meilleur ami. Puis quelque chose en lui sembla se briser et il pressa ses paumes sur ses yeux, le dos agité de soubresauts. « Je suis désolé... »
Sans réfléchir, Hermione quitta son siège et se précipita vers son ami pour le prendre dans ses bras. L'odeur caractéristique de Potter, un mélange de cannabis et de gel douche au bois de Santal, percuta les narines de la jeune femme comme un train lancé à pleine vitesse et elle réalisa alors combien elle lui avait manqué. Combien il lui avait manqué. Le sentiment devait être réciproque, car les bras d'Harry se glissèrent lentement autour de sa taille et ils furent bientôt deux à sangloter bêtement au milieu de la Grande Salle sous les regards apitoyés de leurs camarades de classe. Tout n'était pas pardonné, Hermione en était consciente, mais pour l'instant le plus important était de pouvoir enfin faire le deuil de leur ami ensemble, comme cela aurait dû se passer depuis le début. Relâcher la pression, souffrir, pleurer, hurler à deux. Elle s'écarta légèrement d'Harry qui plongea son regard humide dans le sien et plaqua ses mains sur ses joues pour en essuyer maladroitement les larmes. Peine perdue. Celles-ci semblaient décidées à couler sans discontinuer sur son visage rougeaud et Hermione préféra ne pas imaginer à quoi elle-même devait ressembler en ce moment précis. Car tout ceci n'avait aucune importance. Ils étaient réunis, le reste était secondaire.
Elle allait prendre la parole et inviter son ami à s'asseoir près d'elle lorsqu'un « oh-oh » qui n'augurait rien de bon s'éleva à la table de Serdaigle. Harry vit soudain tous les visages se diriger vers l'entrée de la Grande Salle et il se retourna à son tour, imité par Hermione. Draco Malfoy et Severus Rogue se faisaient face. De ce qu'elle voyait, Hermione devina que Rogue avait dû vouloir quitter la Grande Salle après le petit-déjeuner et avait croisé Malfoy entrant quant à lui pour le prendre. L'adolescent et le professeur s'étaient arrêtés l'un en face de l'autre, le visage du premier déformé par la haine tandis que celui du second faisait peine à voir. Un silence de mort était tombé dans le réfectoire et chacun attendait de voir comment l'un ou l'autre allait réagir. A côté de ça, le scoop des retrouvailles larmoyantes entre Harry et Hermione faisait franchement pâle figure.
Enfin, après ce qui parut durer une éternité, Draco recula d'un pas, comme s'il avait décidé de se passer aujourd'hui de petit-déjeuner, et se racla la gorge bruyamment. La seconde d'après, il en crachait le contenu au visage de son professeur, sous les exclamations étouffées de leur public, et détalait à toutes jambes dans les couloirs. Rogue resta un instant immobile, puis leva lentement une main pour essuyer la salive épaisse qui gouttait le long de son nez aquilin, avant de disparaître à son tour avec toute la dignité qu'il lui restait.
De nouveau, Hermione se sentit tiraillée entre son envie de courir après le Serpentard et celle de rester désespérément accrochée au cou d'Harry. Et pour la deuxième fois de la matinée, elle décida de privilégier son ami de longue date à celui qui ne l'était que depuis quelques jours. S'il l'était, d'ailleurs. Elle sursauta lorsque la voix rauque et humide d'Harry s'éleva contre son oreille.
« Est-ce qu'on peut… parler dehors ? Au calme… »
Hermione capta les regards angoissés que le jeune homme lançait tout autour de lui, ainsi que ceux plus curieux de leurs camarades qui s'étaient dirigés derechef dans leur direction après le départ de Rogue et Malfoy. Elle hocha la tête et Ginny se leva à son tour de table pour les suivre à l'extérieur. L'automne s'était définitivement installé sur l'Ecosse et une brise fraîche les enveloppa sitôt qu'ils eurent franchi les portes de l'internat. En silence, tous trois se dirigèrent vers un banc situé dans le parc et s'y assirent, attendant que l'un d'entre eux lance la discussion.
Comme à chaque fois qu'il était stressé, Harry sortit un paquet de tabac à rouler, des feuilles et un filtre, et se mit consciencieusement à rouler une cigarette entre ses doigts rongés. Ses mains mal assurées tremblaient et quelques miettes de tabac s'échappèrent de la feuille pour tomber doucement au sol, comme de petits flocons sombres.
« Est-ce que… »
Hermione se redressa en entendant la voix d'Harry, prête à écouter tout ce qu'il aurait à lui dire, dussent-ils y passer la nuit.
« Comment… Enfin… Tu t'en sors ? », acheva-t-il en feignant un intérêt colossal pour la confection de sa clope.
Hermione baissa le nez et se mit nerveusement à jouer avec l'un des bracelets en corde tressée qu'elle portait au poignet droit. C'était certainement la manière d'Harry de lui demander comment elle gérait la situation, le deuil, l'horreur, les remarques des autres élèves, Fay, Lavande… Ron…
« Je ne sais pas trop… », souffla-t-elle, avant d'entendre le bruit caractéristique du briquet qu'on allume. Un nuage blanc de fumée âpre empesa l'atmosphère et elle se souvint avec nostalgie de l'époque où elle aurait volontiers grogné et toussé en agitant la main pour chasser les particules en suspension dans son espace vital. Mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui était une journée trop importante. « Je suppose que ça pourrait être pire… » Sauf qu'elle ne voyait pas vraiment comment, mais elle se garda bien de le lui avouer. Elle ne savait pas encore que le pire était à venir.
« Nous sommes vraiment désolés, Hermione… », se lança Ginny en voyant qu'Harry ne trouvait pas encore les mots adéquats. « Nous n'aurions pas dû nous éloigner ainsi de toi. Je… je ne sais pas ce qui nous a pris. Tout est allé… tellement vite. Tellement de choses… se sont passées. »
« On sait que tu n'y es pour rien. » Harry semblait avoir enfin retrouvé l'usage de la parole, sûrement encouragé par le premier élan de sa petite amie. « C'est Fay… qui l'a tué. Lui et Lavande aussi. Mais avant ça, je n'ai pas compris… j'étais aveuglé par… » Il réprima un sanglot et tira sur sa cigarette avant d'en exhaler la fumée par le nez. « J'ai perdu un frère, Hermione. Une partie de moi. J'ai cru mourir ce jour-là. Mourir d'angoisse, de haine, de désespoir. J'aurais tout donné pour qu'il revienne… »
Hermione sentit le regard d'émeraude d'Harry se poser sur elle, désolé.
« …et à un moment j'aurais même voulu que tu sois morte à sa place. »
Aouch. Le cœur d'Hermione se serra douloureusement et elle préféra détourner les yeux en direction du lac, à quelques centaines de mètres de là, se concentrant sur sa noirceur, sa surface calme, à peine troublée par la risée.
« J'ai été con. Je me dégoûte d'avoir pensé ça, tu n'imagines même pas. Pourtant, c'était le cas et je voulais que tu le saches. Je comprendrais si tu ne veux plus être mon amie. Moi-même, je ne suis même pas sûr de pouvoir me regarder dans une glace. » Harry passa une main fébrile dans ses cheveux en bataille et Hermione pinça les lèvres. Elle aurait pu elle aussi se montrer blessante en lui rétorquant qu'une partie d'elle-même avait été ravie que Ron soit mort, qu'il paie pour son agression, pour sa stupidité. Mais elle se ravisa. Si elle avait été capable d'avouer ces horribles pensées devant Malfoy, pour une raison qu'elle ne s'expliquait d'ailleurs toujours pas, elle se refusait à faire subir cela à Harry. Même bancals, ses efforts pour s'exprimer partaient d'une bonne intention. Il faisait un pas vers elle, elle ne devait pas gâcher ça.
« Ce n'est rien… ce n'est pas grave, Harry… », marmonna-t-elle entre ses dents. Quoi ? Bien sûr que si, c'est grave, imbécile !, s'insurgea sa propre conscience dans un coin de son cerveau. Il prend le parti de son meilleur pote qui t'a fait du mal, au lieu de s'inquiéter pour toi !
« C'est juste… tu sais, ils ont dit tellement d'horreurs à maman et papa… », reprit Ginny, les larmes aux yeux.
Hermione fronça les sourcils, quelque peu perdue, et interrogea ses deux amis du regard.
« Ils ont dit… que Ron t'avait… violentée ? Mais c'est faux, ils ont dû mal comprendre… Tu étais sous le choc… », balbutia Harry en secouant la tête.
Pardon ?
« Ron pouvait être un sale con avec toi, parfois… mais il n'était pas quelqu'un de mauvais », renchérit Ginny en prenant la main de sa camarade. « On leur a dit qu'ils se trompaient, que ce n'était pas possible… mais ils n'ont rien voulu entendre, c'est vraiment absurde. Fay s'est attaquée à vous deux, Ron est une victime, au même titre que toi… et on aurait dit qu'ils voulaient le faire passer pour… un salaud. Ça a dévasté papa et maman. »
Hermione dégagea prestement sa main d'entre les doigts osseux et pâles de Ginny. « La police n'a rien inventé, Ron m'a bien agressée. »
Ginny ouvrit des yeux ronds, tandis qu'Harry s'étouffait avec sa bouffée et était pris d'une violente quinte de toux. « Hermione… enfin… tu as forcément mal vu. C'était Fay, qui… »
« Je n'ai pas vu Fay, ni qui que ce soit d'autre avant de perdre connaissance », déclara sèchement Hermione, que la conversation commençait à agacer prodigieusement. « En revanche, j'ai bien vu Ron bourré et défoncé tenter de me baiser parce qu'il s'était mis dans sa foutue tête que j'avais couché avec Malfoy ! » Le ton était graduellement monté au cours de sa phrase et elle s'aperçut à la soudaine douleur dans ses paumes qu'elle avait serré les poings jusqu'à enfoncer ses ongles dans la chair tendre.
Elle se retourna en direction d'Harry, haletante. Celui-ci la fixait avec une expression d'étonnement et de dégoût mélangés. La cigarette roulée s'éteignit entre ses doigts, inutilisée. « C'est toi qui as mis cette idée débile dans la tête des flics ? »
Seigneur, comment cette conversation a-t-elle pu si mal tourner en si peu de temps…
« Cette idée débile ? » Hermione s'était levée, sa voix atteignant maintenant des sommets, à tel point que quelques élèves qui se rendaient au gymnase un peu plus loin tournèrent la tête dans leur direction. « C'est quoi que tu trouves débile, au juste ? Que ton cher ami Ron soit capable d'un acte aussi horrible ? Ou que je ne fasse pas partie de ceux qui sont prêts à le défendre coûte que coûte ? »
Ce fut au tour d'Harry de se lever. Son teint avait pris une couleur violacée, ses veines gonflées à bloc en travers de ses tempes. Vu comme ça, il ressemblait étrangement à son oncle Vernon lorsque quelque chose de gravissime le contrariait, comme par exemple une voiture stationnée sur sa place de parking ou bien le jardinier qui n'avait pas correctement taillé sa haie de troènes. En d'autres circonstances, Hermione en aurait ri, mais elle était trop furieuse pour ça.
« Non mais tu t'entends, là ? T'es devenue folle ou quoi ? », se mit à hurler Harry en jetant sa cigarette à moitié fumée dans l'herbe. « Ron est mort ! Mort, Hermione ! Ok vous vous êtes disputés à cause de Lavande, ok c'est dégueulasse qu'il t'ait trompée et je comprends que tu veuilles te venger… mais tu penses un peu à ses parents ? A nous ? Tu imagines ce qu'on peut ressentir en t'entendant salir sa mémoire de cette façon ? »
Ginny tenta de s'interposer entre eux, mais Hermione la repoussa vivement d'un bras. « Salir sa mémoire ? Qu'aurait-il fallu que je fasse, Harry ? Les laisser enquêter sans leur dire la vérité ? Le fait qu'il soit mort n'efface pas les gestes et les mots qu'il a eus envers moi. D'accord, il n'était pas dans son état normal, n'empêche qu'il m'a tout de même blessée physiquement dans le but de coucher avec moi ! »
Elle n'en crut littéralement pas ses yeux lorsque les iris d'Harry roulèrent dans leurs orbites avec lassitude. « Pitié, Hermione, c'est pas le moment de faire ressortir ton féminisme à deux balles. Il a fait quoi, hein ? Il t'a serré un peu le poignet ? Il t'a plaquée contre un mur ? Y'a des centaines de filles qui adorent ce genre de trucs. Ça ne fait pas de Ron un violeur… » Hermione allait parler mais il ne lui en laissa pas le temps. « Et en plus, c'était ton petit-ami. Il n'aurait pas eu besoin d'aller baiser Lavande, si tu avais été à l'écoute de ses besoins plus tôt. »
La bouche d'Hermione s'ouvrit et se referma plusieurs fois. Ses yeux analysaient Harry des pieds à la tête et elle se rendit soudain compte qu'elle ne savait absolument plus qui était le jeune homme qui lui faisait face. Cet inconnu insensible, désinvolte, défenseur d'un agresseur, donneur de leçons… qui était-il et qu'avait-il fait d'Harry Potter ? Avait-il toujours été ainsi ou bien les circonstances avaient-elles éveillé une part sombre de sa personnalité ? Ou bien elle-même avait-elle toujours été aveugle et la violence de Ron lui avait-elle rendu la vue ? Tremblante de colère et d'incompréhension, elle fit un pas en arrière puis un autre. Sur ses traits, la tristesse avait laissé place au mépris.
« Tu avais raison tout à l'heure, Harry… », murmura-t-elle en s'efforçant de ne pas pleurer. « Je crois que la meilleure partie de toi est effectivement morte avec lui. »
Elle fit volte-face en direction du château et n'avait fait que quelques pas lorsqu'une plainte déchirante s'éleva dans la fraîcheur du matin. C'était Ginny, en larmes, qui l'appelait. Hermione la regarda par-dessus son épaule. « Tu viens ? », demanda-t-elle avec rudesse.
Ginny laissa échapper un sanglot bruyant, mais aucune parole intelligible. Elle fit simplement un geste de la main en direction d'Harry, fou de rage à côté d'elle.
« Alors quoi, tu es d'accord avec lui toi aussi ? », cracha Hermione en serrant les poings, réveillant la douleur dans ses paumes.
Ginny laissa échapper un hoquet pathétique. « Je… je ne sais pas… »
« 'Je ne sais pas' ne me suffit pas, désolée. » L'instant d'après, Hermione s'élançait vers l'internat, sa course rythmée par les pleurs et les cris de Ginny et Harry qui se disputaient dans le parc. Plus elle s'éloignait du lieu du drame, plus elle sentait les larmes affluer dans ses yeux. Elle n'avait aucune idée d'où elle allait, seulement qu'il fallait qu'elle mette un maximum de distance entre elle et ses deux anciens amis. Ils ne pouvaient décemment plus porter ce titre après tout ce qu'ils lui avaient jeté à la figure aujourd'hui. Alors qu'elle s'enfonçait dans les couloirs sombres encore inoccupés avant les cours, les paroles d'Harry semblaient se répéter en boucle dans son crâne. « J'aurais tout donné pour qu'il revienne et que tu sois morte à sa place… C'est toi qui as mis cette idée débile dans la tête des flics ?... Il n'aurait pas eu besoin d'aller baiser Lavande, si tu avais été à l'écoute de ses besoins plus tôt. »
Sans crier gare, les jambes d'Hermione cédèrent sous son poids et elle tomba à genoux sur le carrelage dur et froid du château. Un cri à peine humain fit irruption hors de sa poitrine, interminable, glaçant. Elle ne reconnut même pas sa propre voix mais elle n'en avait cure. Lorsque le hurlement se tarit de lui-même, Hermione se traîna jusqu'au mur le plus proche et se recroquevilla contre la tapisserie, posant son front brûlant sur les motifs vieillots. Ce n'est qu'après tout ça que vinrent les larmes. D'énormes gouttes d'eau salée qui dévalaient ses joues, mouillaient ses lèvres, se rejoignaient sur son menton, avant de finir leur course sur ses genoux repliés contre son torse. Qu'avait-elle imaginé en reprenant contact avec Harry ? Qu'ils pourraient passer leurs journées collés l'un à l'autre, comme deux loups blessés léchant mutuellement leurs plaies ? Que leur amitié ne pouvait que devenir plus forte après un tel drame ? Idiote… Harry t'a toujours préféré Ron. Tu n'étais qu'un satellite en orbite autour de leur planète. Une roue de secours. Ça n'a jamais été que Ron et Harry. Harry et Ron. Et optionnellement Hermione, quand ils avaient besoin d'un devoir à corriger ou d'un problème à résoudre.
Un gémissement s'échappa d'entre ses lèvres à cette pensée et elle enfouit sa tête entre ses bras. Toute à son malheur, elle n'entendit pas les pas approcher et ne se rendit compte de la présence d'un intrus que lorsqu'elle sentit une main chaude et réconfortante caresser ses cheveux. Hermione ne leva pas la tête, elle n'avait envie de voir personne, ni de parler ni que qui ce soit la voie dans cet état. Toutefois, la sensation de ces doigts doux glissant dans ses boucles brunes était un délice et elle décida de s'y abandonner totalement, comme lorsqu'elle faisait semblant de dormir et que sa mère venait lui caresser la joue en pleine nuit. Après plusieurs minutes, les caresses cessèrent et lorsqu'elle consentit enfin à lever le nez, apaisée, le couloir était vide. Fronçant les sourcils, elle passa une main sur son crâne, à l'endroit précis où l'inconnu(e) l'avait touchée, tout en essuyant ses larmes de l'autre. Qui était-ce ? Et où est-il passé ? Ou elle, d'ailleurs…
« Miss Granger ? Que faites-vous ici ? »
Hermione sursauta et tourna la tête dans l'autre direction. Le professeur Rogue venait de faire irruption dans le couloir et s'approchait d'elle, l'air inquiet. Elle lui jeta un regard hébété et il comprit à ses yeux rougis et à son nez enflé qu'elle n'était pas au meilleur de sa forme. Il se planta devant elle, la dominant de toute sa hauteur et Hermione se sentit soudain honteuse. De quoi, au juste ? Flagrant délit de faiblesse ? Mais Rogue n'était pas le genre de personne qui jugeait les autres. De plus, au vu du scandale qui pesait en ce moment sur ses épaules, cela aurait été mal venu de sa part.
« Je… tout va bien, professeur, j'ai eu… un petit moment de… »
Elle se tut, incapable de définir ce qu'il venait de se passer. Quand bien même elle l'aurait pu, elle n'allait pas faire perdre son temps à Rogue avec ses histoires. Elle délibérait toujours mentalement sur les explications à donner lorsque la main de Rogue tapota maladroitement le haut de son crâne. Rien à voir avec la mystérieuse caresse de tout à l'heure.
« Tout finira par rentrer dans l'ordre… », marmonna Rogue de sa voix rauque si caractéristique. « Vous avez l'impression de sombrer pour le moment, mais un jour ça ira mieux. » Il tapota encore un peu la tête de son élève d'un air pincé et Hermione se redressa sur les genoux, bien décidée à se lever et à briser cet instant inconfortable. Aucun d'eux n'entendit le léger clic électronique en provenance du coin du couloir. Ni les pas qui s'éloignaient précipitamment.
« Merci, Professeur », balbutia nerveusement Hermione avec un sourire triste. Rogue hocha sèchement la tête et après un dernier regard inquiet en direction de son élève, il battit en retraite en direction de son bureau.
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Le bruit caractéristique de sa mini-imprimante portative alerta Blaise alors qu'il se brossait les dents dans sa salle de bains. Une fois le processus d'hygiène terminé, le jeune homme passa la tête dans sa chambre et vit que Draco avait branché son smartphone à l'appareil et attendait avec impatience que le document imprimé ressorte dans le bac. « Impatience » était d'ailleurs un euphémisme. Les doigts du blond tapotaient frénétiquement le bureau de son meilleur ami, sa jambe droite s'agitait au rythme des mouvements de la cartouche d'encre et il secouait de temps à autre la tête comme un dément. Les yeux noirs de Blaise se posèrent alors sur ce qu'il comprit être la cause de cette agitation. Sur le sous-main du bureau, en petits rails bien nets, s'étalait un bon demi-gramme de cocaïne à côté d'une carte de fidélité Levi's tachée de poudre blanche. Au vu de la paille cassée abandonnée à côté et des spasmes qui parcouraient le jeune Malfoy devant son imprimante, Blaise en déduisit qu'au moins deux rails avaient déjà dû être consommés.
« Mec, il est huit heures du matin, c'est moche… Qu'est-ce que tu fous dans ma chambre, sur mon imprimante, à sniffer la coke que je me gardais pour Halloween, éventuellement ? Il y a un souci ? »
Draco tourna la tête et lui décocha un regard triomphant, sûrement accentué par la poudre qu'il venait d'inhaler. « Trop de pronoms possessifs dans ta phrase, mon cher Blaise. On est au vingt-et-unième siècle, l'ère du partage ! On n'est rien sans le partage. Rien ! »
« Hum… je te le rappellerai la prochaine fois que je voudrai taper dans ta réserve de shit… », railla l'Afro-britannique en jetant sa serviette de bain sur son lit. « Qu'est-ce que tu fais ? »
Un sourire cruel et sadique se dessina sur les lèvres de Malfoy et par expérience, Blaise sut qu'il n'augurait rien de bon. Mais avant que le blond n'ait pu répondre, l'imprimante vomit sa feuille de papier et Draco pivota précipitamment pour l'attraper et l'observer. De là où il se trouvait, Blaise pouvait déjà déterminer qu'il s'agissait d'une photo, plutôt sombre d'ailleurs, comme en témoignait l'indicateur de niveau d'encre noire qui avait cruellement baissé. Draco posa la feuille dans un coin du bureau sans cocaïne, saisit de ses doigts survoltés un marqueur noir dans le pot à crayons de Blaise et s'appliqua à écrire un message en grandes lettres capitales sous le cliché.
« Aujourd'hui, il faut tout partager. La moindre information, le moindre petit faux-pas. C'est ce que le public veut, pas vrai ? C'est ce qu'ils aiment tous ces cons, là-dehors. Je vais leur en donner, moi du scandale. Putain d'enfoirés de m- »
« Du coup, tu ne verras aucun inconvénient à partager le prix de feue cette cartouche d'encre ? »
« Aucun. » Nouveau sourire démesuré, tandis que le blond pliait son document en deux. « Mais d'abord, il faut que je fasse parvenir ceci. » Et avant même que Blaise ait pu ajouter quoi que ce soit, la tornade Malfoy s'était engouffrée par la porte de sortie et avait disparu dans le couloir, laissant derrière lui l'imprimante allumée, la coke étalée et le sous-main en vrac. L'Afro-américain poussa un long soupir las et comme pour compatir à son désarroi, le marqueur noir roula paresseusement à la surface du bureau et s'écrasa au sol.
~o~
Nymphadora bascula en arrière sur son fauteuil, jetant un regard fatigué vers l'écran de son ordinateur. Elle était encore jusqu'au cou dans la paperasse et les rapports à rédiger sur les meurtres supposément commis par Fay Dunbar. Difficile de conserver un regard neutre et objectif lorsqu'on était persuadé que quelque chose clochait. Mais comme le lui avait si bien fait comprendre Kingsley, elle devait s'en tenir aux faits pour le moment et rester discrète quant à la suite officieuse de son enquête. Ce qui équivalait en premier lieu à terminer tous les papelards habituels. Barbant…
Son ventre gargouilla bruyamment, lui rappelant qu'elle n'avait toujours pas pris sa pause-déjeuner ce midi. De la main gauche, elle appuya simultanément sur les touches CTRL et S de son clavier pour sauvegarder son travail, et s'étira comme un chat sur son siège. Lorsque deux coups brefs furent frappés à sa porte, elle se surprit à prier pour que ce soit l'un de ses collègues accompagné d'un bon fish and chips de chez Zonko, ce qui lui éviterait de devoir aller en chercher un elle-même. Malheureusement, il s'agissait bien d'un de ses collègues, mais en lieu et place du panier repas, il tenait une enveloppe à la main.
« Inspecteur Tonks, il faut que vous voyiez ça ! Quelqu'un l'a glissé dans la matinée avec la pile de courrier du jour », lança le jeune agent de police en entrant dans le bureau.
Adieu fish and chips, regretta intérieurement Tonks avant d'attraper l'enveloppe et d'en sortir une feuille de papier pliée en quatre. Ses sourcils se froncèrent aussitôt lorsqu'elle lut le message inscrit en grandes lettres noires. La feuille portait encore l'odeur âcre du marqueur. Celui qui avait envoyé ça, l'avait fait dans la matinée. Sans attendre une minute, elle sortit de son bureau pour faire irruption dans celui de Shacklebolt. Quelques minutes plus tard, ils partaient en direction de Poudlard.
C'est Dumbledore qui les accueillit dans le hall d'entrée, un sourire franc mais quelque peu inquiet plaqué sur ses lèvres, et Tonks se sentit désolée d'avoir encore à déranger et tracasser le vieil homme, son ancien Directeur d'école qu'elle appréciait tant. Quelques paroles échangées et une dizaine de regards pétris d'incompréhension plus tard, Dumbledore les mena en direction de la Grande Salle où déjeunaient la plupart des élèves.
« Puis-je aller le prévenir moi-même de votre arrivée ? J'aimerais éviter que les enfants le voient emmené par la police… », marmonna piteusement le Directeur dans sa barbe grise.
Tonks posa une main apaisante sur le bras maigre du vieil homme. « Nous ne l'arrêtons pas, Professeur. Nous allons seulement lui demander de nous accompagner au poste pour lui poser quelques questions. Et non, nous ne pouvons pas rester à distance au risque qu'il s'échappe. »
« Mais… Severus est innocent ! »
« S'il-vous-plaît, Albus… » Tonks pressa un peu plus les doigts autour de son bras, un petit sourire triste retroussant ses lèvres fines. Le Directeur finit par céder, avec un hochement de tête épuisé. Tonks se détacha de lui et accompagnée de Shacklebolt, ils se dirigèrent tous deux en direction de la Table des professeurs. Rogue y dégustait son poulet et ses haricots verts calmement, sans voir les deux policiers approcher de son fauteuil. Il ne leva les yeux que lorsque le ventre légèrement bedonnant de Kingsley barra son champ de vision.
« Severus Rogue ? », demanda poliment Tonks tandis que l'interpellé hochait la tête, interloqué. « Pourriez-vous nous suivre au commissariat de Pré-au-Lard, je vous prie ? Nous voudrions vous poser quelques questions. »
Le professeur de Physique-Chimie cligna des yeux plusieurs fois, dévisageant tour à tour Tonks et son supérieur sans comprendre. « C'est que… j'ai deux cours à donner cet après-midi… Et c'est à quel sujet, si je puis me permettre ? »
« Rien dont vous ne voudriez parler ici dans cette pièce, croyez-moi… », grommela Kingsley, les mains nonchalamment enfoncées dans ses poches.
« Excusez-moi, mais je ne peux pas quitter mon poste comme ça… Ne pourrais-je pas passer ce soir, après les cours ? » Tonks répondit par la négative à la question de l'enseignant.
« Professeur Rogue, dans votre intérêt et le nôtre, je vous conseille vivement de nous accompagner sans discuter pour tirer une certaine histoire au clair. Vous ne voudriez vraiment pas faire un scandale devant vos élèves. Surtout en ce moment… » L'inspectrice adressa un regard entendu à son interlocuteur, mais celui-ci ne semblait pas vouloir lâcher l'affaire aussi facilement.
« C'est insensé, j'exige au moins de savoir ce qu'il se passe et pourquoi vous désirez m'interroger ! », s'exclama-t-il en se levant brusquement de sa chaise. A côté de Tonks, Shacklebolt eut un mouvement de recul et porta sa main sur la crosse de son tazer réglementaire. Sa collègue soupira et sortit la feuille de papier qu'on lui avait transmise un peu plus tôt au commissariat. Elle la déplia sagement et la brandit sous le nez de Rogue, dont le visage déjà blême prit une pâleur littéralement cadavérique.
Il se reconnut debout sur l'image, de profil, tendant une main en direction de la tête bouclée d'une élève. Son sourire qu'il avait voulu réconfortant en réalité, prenait une dimension bien plus obscène au vu de l'angle avec lequel la photographie avait été prise et de la hauteur à laquelle la tête de Miss Granger se trouvait par rapport à celle de sa propre ceinture. Dans cette position, n'importe quel esprit mal placé pouvait s'imaginer que la jeune adolescente s'apprêtait ou venait de lui faire une gâterie. Et pour ceux qui ne l'auraient pas compris, l'expéditeur avait pris soin d'ajouter une légende au marqueur noir :
UN DANGEREUX PÉDOPHILE SÉVIT DANS NOTRE ÉCOLE. LES ABUS DOIVENT CESSER. AIDEZ-NOUS !
Le monde semblait s'être arrêté de tourner pour Severus Rogue. Plus rien n'existait, ni les flics tendus comme des arcs devant lui, ni la foule des élèves curieux massés derrière eux, ni l'expression peinée de Dumbledore à l'autre bout de la salle. Seule cette photographie mal cadrée et immonde avait désormais une quelconque importance. En une minute, elle avait Sali son rapport aux élèves, sa confiance, son amour du métier d'enseignant, peut-être même sa carrière si cela venait à se savoir. Il était innocent, bien entendu, mais ce genre de casserole vous collait à la peau toute votre vie. Qui avait bien pu faire une chose pareille ? Ce fut le petit cri horrifié de Minerva à sa droite qui ramena Severus à la réalité. Raide comme la justice et tachant de dissimuler le tremblement violent de ses mains, il regarda Tonks replier la feuille de papier et hocha sèchement la tête.
« Je vous suis. »
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Pauvre, pauvre Sévychou ahah. Il aurait mieux fait de rester couché ce matin !
Qu'avez-vous pensé de la dispute entre Harry et Hermione ? Partagez-vous l'avis de l'un ou de l'autre ? Pensez-vous que cela va enterrer définitivement leur amitié ?
Le sujet est sensible, surtout en ces temps où les femmes osent de plus en plus dénoncer les abus dont elles sont victimes, un mouvement que je soutiens tout particulièrement. Parler, dénoncer, utiliser des mots crus, choquer, ce sont les meilleures armes pour leur faire prendre conscience que tout cela va trop loin.
J'espère que ce nouveau chapitre vous aura plu et que vous n'avez pas été trop déçus après tout ce temps ! Le plan du prochain est déjà prêt, il ne me reste plus qu'à l'écrire et j'espère ne pas tarder autant que pour celui-ci. Normalement, ça ne devrait pas arriver.
Merci à tous pour votre patience et à bientôt !
Xérès
