Le reste de la journée se passa tranquillement. Le commissaire était venu s'excuser auprès de Lilly, il lui avait dit qu'il trouvait injuste que ce genre de chose arrive à une si jeune enfant. Hélas, il en voyait de pire encore. Lilly accepta ses excuses sous l'œil plus qu'interrogatif de Scotty. Elle l'ignora, ce qui l'enragea encore plus. Il essaya donc de se renseigner auprès d'Ingrid, qui lui dit qu'il n'y avait rien eu de grave. Lilly regardait la scène avec un œil amusé, il n'avait jamais aimé ne pas être au courant de certaines choses. Ingrid s'approcha d'elle et lui demanda s'il était toujours aussi curieux ? La réponse la fit sourire. Elle avait réussi à cerner le caractère des deux inspecteurs. Elle avait remarqué aussi le lien qui les unissait. Ils étaient proches, et cela se ressentait dans leur façon de travailler.

Voulant encore s'excuser, le commissaire invita tout le monde dans un bar. Il voulait prouver à Scotty que ce que les Américains appelaient « soccer », n'était pas un sport de femmelettes. C'était soirée de championnat, et Lilly et Scotty durent se rendrent à l'évidence, que c'était la même chose niveau ambiance. Il y avait peut-être un peu plus de filles qu'aux états unis. Ingrid s'amusa donc à traduire les règles du jeu, et s'embrouilla les pinceaux au moment d'expliquer ce qu'était un hors jeu. Chartier s'énerva et lui dit que comme toutes les filles, il fallait lui expliquer maintes et maintes fois ce que c'était, mais dans la seconde qui suivait elle avait oublié. Il décida donc de montrer avec tout ce qu'il trouvait sous sa main. Ingrid traduisait juste. Lilly se mit à rire, elle n'avait rien comprit. Ingrid la suivit en lui disant qu'il ne fallait pas s'inquiéter car elle non plus ! Elle s'isolèrent donc du groupe et se retrouvèrent avec d'autres filles ayant eu la même idée.

- Je crois qu'on sera un peu plus tranquilles, fit Ingrid. De toute façon, je ne pense pas qu'on leur manque beaucoup.

- Ca va être dur de parler. Remarqua Lilly en souriant.

- Je crois plutôt que ça va aller. Si votre collègue se prend au jeu, entre supporters il n'y a pas de barrières ! Signala une collègue d'Ingrid.

Et comme de fait, Scotty ne semblait pas gêner par l'absence d'Ingrid. Il ne se souciait même plus de la fatigue. Il comprit l'engouement du reste de l'équipe pour ce sport. Un homme lui dit que même certaines filles s'y étaient mises depuis qu'ils avaient gagné la coupe du monde. Mais cela restait une minorité, et il y avait une recrudescences de cette ferveur lors des compétitions de l'équipe de France. La soirée s'acheva. Chartier était content son équipe avait bien joué. Lilly et Scotty rentrèrent à l'hôtel. La journée du lendemain allait être dure pour Millie. C'est aussi pour cette raison que Scotty avait accepté avec empressement l'invitation du commissaire. Il savait que la soirée changerait les idées de sa collègue.

- Tu crois que ça va aller pour demain ? Demanda t'elle inquiète.

- Il le faut de toute façon. Et Millie le sait. Ne t'en fais pas, elle n'est pas toute seule.

- J'aimerais vraiment que ces types soient là où est leur place.

- Ils le seront ! Je ne me fais pas de soucis. Je te signale que nous avons laissé les autres s'en occuper à notre place.

- Justement, j'ai eu un message de Kat, il faut que je la rappelle.

Elle composa le numéro de sa collègue et après quelques sonneries, elle lui demanda ce qu'il y avait.

- Arkison a avoué. Fit celle-ci. On attend juste qu'il nous dise où est son complice.

- C'est vrai ? Aussi facilement ?

- Il a dit qu'ils avaient un peu trop bu, et qu'il n'avait jamais voulu la tuer !

- C'est ce qu'ils disent tous !

- Pas là, Lil. Je crois vraiment que c'est un pauvre type. Il...

- Ne le défends pas ! S'il te plaît. Il a tué quelqu'un. Ce n'est pas parce qu'on a trop bu qu'il faille tuer des gens.

- Lilly, excuses-moi, mais je crois que tu n'es pas objective là tout de suite !

- C'est vrai... Fit la jeune femme avec hésitation. Je...

- Ce n'est pas la peine ! On attend de voir si Arkison, saura où se trouve son complice demain ! Alors, comment ça se passe sinon ?

- Bien, mais je ne peux pas...

- Il doit être tard ? Non ?

- Environ 2h du matin ! Pourquoi ?

- Comme ça... Lindsay te dit bonjour. Elle me demande si ça se passe bien avec Millie ?

- Avec elle, bien... Mais... L'enterrement est demain, et je ne sais pas comment elle va réagir.

- Et toi ?

- Ca va ! Mais tu devrais voir Scotty, il ne tient plus debout. Il a vraiment du mal à s'habituer au décalage, poursuivit Lilly avec un sourire en repensant à la tête matinale de son collègue.

- Oui, mais ce n'est pas en vous couchant à des 2-3h du matin que ça va s'arranger, répliqua Kat avec malice. Je vois qu'on en profite !

- Seulement ce soir, et... Et je ne te dois aucun compte, fit-elle faussement outrée.

- Vous faites ce que vous voulez, c'est votre vie, et un peu comme des vacances !

- Kat, ce n'est pas drôle !

Elles raccrochèrent après encore quelques plaisanteries de la part de Kat et de Nick qu'elle entendait au loin. Lilly sentit qu'elle serait obligée de recadrer certaines choses à leur retour. Elle se dirigea vers Scotty et lui fit un résumé de leur conversation en oubliant volontairement les dernières minutes. Il n'avait pas à savoir qu'il y avait des commérages. Et c'est à ce moment qu'elle se rendit compte qu'aux yeux des autres, leur complicité pouvait facilement passer pour autre chose. Elle sourit, ça l'amusait dans un sens, mais de l'autre côté elle était embêtée.

- Qu'est-ce qui te fais rire ? Demanda Scotty.

- Rien, des bêtises !

- Et je peux en profiter ? Si c'est la dernière de Vera je crois que ça vaut le coup !

- Tu le connais ! Il pense que...

- Qu'on se tourne les pouces car on est en vacances et qu'on se couche à des heures pas possibles !

- Pourquoi tu me poses la question, si tu le sais déjà ?

- Car je commence à le connaître ce cher Vera ! Répondit-il en riant. Il n'en rate pas une.

- Justement...

- Et, mais on pourrait s'en amuser... Fit-il avec un air malicieux.

- Où tu veux en venir ?

- On les prend à leur propre piège ! On verra bien qui...

- Es-tu vraiment sûr de vouloir...

- Je te l'ai dit, je le connais, et je me doute déjà de ce qu'il pense.

- Et ça ne t'embête pas ?

- Au contraire ! Il aurait pu choisir de me caser avec une fille beaucoup moins...que toi... Enfin...

- Tu t'enfonces Scotty ! Fit Lilly plus embarrassée qu'amusée, mais flattée quand même. Un compliment était toujours bon à prendre. Et je dois avouer que t'es pas mal non plus... Mais...

- Et voilà ! Un mais ! Fit Scotty en riant. J'entends déjà la déception de Vera s'il était là !

- Je crois qu'on ferait mieux d'aller dormir, avant de sortir de grosses bêtises. C'est la fatigue qui nous fait parler là !

Ils se séparèrent donc. Scotty regarda sa montre. 3h. Il était grand temps de dormir, surtout que la journée qui les attendait serait éprouvante.


Ils furent surprit de voir que Millie tenait le coup. Elle se tenait aux côtés de son grand-père et tenait la main de sa grand-mère qui était assise en chaise roulante. Elle avait l'air grave et regardait le cercueil. De temps à autres Lilly voyait un sourire éclairer le visage de la fillette. Elle devait se souvenir de pleins de choses. Et d'ailleurs, c'était ce qu'elle lui avait dit. Il ne fallait surtout pas se rappeler les mauvais souvenirs et encore moins les derniers moments, mais plutôt tous les autres. Ces sourires s'effaçaient bien vite pour laisser place à un visage triste. Et généralement elle essuyait discrètement une larme qui perlait au coin de ses yeux. Scotty surveillait plus sa collègue que Millie. Elle évitait de le regarder et essayait de se cacher. Il la vit plusieurs fois essuyer ses yeux, mais ne lui demanda pas si ça allait. Il savait très bien quelle aurait été sa réponse. Et ce n'était ni le lieu, ni le moment pour une chamaillerie de leur part. A la sortie de l'église, Millie vint chercher Lilly et lui prit la main qu'elle serra dans la sienne. Elle l'entraîna avec elle. Lilly résista.

- Millie, écoute... Tu dois rester avec tes grands-parents. Je n'ai pas...

- Je veux que tu sois là. Fit la petite fille avec un œil suppliant.

- Ok. Ne t'inquiètes pas ! Je suis là.

Lilly accompagna donc Millie aux côtés de Michel et Catherine David, laissant Scotty un peu plus loin avec Ingrid. Lilly sentait les doigts de Millie se resserrer encore plus autour de sa main. Et lorsque le cercueil disparut dans le trou, elle dû la retenir. La fillette se précipita en pleurs dans les bras de la jeune femme. C'était fini. Elle ne la reverrait plus jamais. Elle en était sûre maintenant. Lilly dû puiser dans toute sa réserve pour ne pas craquer. Elle le devait, pour Millie, pour Nicole, et pour elle. Michel, devinant que la force de la jeune femme commençait à l'abandonner, prit Millie par le bras et l'attira contre lui.

- Pleure, ma chérie. Vas-y. Je suis là. Je ne te laisserai pas, je te le promets.

- C'est fini, papi, fit la fillette entre 2 sanglots. Je n'arrive pas à croire que je ne reverrai plus maman.

- Oui, c'est fini, Millie, répondit Lilly. Mais elle est là, dans ton cœur, fit-elle en plaçant sa main sur le torse de la petite fille. Tu verras, tu y penseras à tous les moments importants de ta vie. Tes études, ton mariage, tes enfants... Elle sera là.