Confessions of a Sin

Chapitre 8

Il n'est pas dit que je n'irai pas au bout de cette histoire ! Allez, au boulot ma petite Zoubi, tu as bien au moins un lecteur qui t'attend ! La forme du récit va changer, je vais privilégier des scènes ponctuelles et éloignées les unes des autres, un peu comme des photos dans un album.


Muets, les trois hommes contemplaient les deux femmes dont l'une étreignait l'autre. Puis Elda se dégagea doucement des bras chaleureux de Teyla, la remerciant d'un regard . A son tour, l'Athosienne sentit une étrange faiblesse saisir ses membres, qui se dissipa lorsque la femme se détourna. Elle prit alors la parole.

Je pense que nous devrions la ramener avec nous. Elle pourrait nous en apprendre beaucoup sur les Anciens.

Débat s'ensuivit, puis tous se rangèrent à l'avis de Teyla, si convaincante.

Plusieurs semaines plus tard.

Le jour se levait dans la Cité des Anciens. Un rayon de soleil plus hardi que ses frères se glissa par une vitre entrouverte, s'en allant caresser le bras de l'homme qui dormait là, ainsi que l'épaule féminine sur laquelle le bras reposait, et les cheveux blonds qui cascadaient autour. L'homme sentit la chaleur de l'astre qui prenait la route des cieux comme chaque jour et en déduit qu'il était temps, pour lui aussi, de commencer la journée. Il se leva délicatement pour ne pas réveiller sa compagne, puis quitta la pièce quelques minutes plus tard dans le plus grand silence.

Elda ouvrit alors les yeux. Elle était réveillée depuis un certain temps déjà, mais c'était comme ça à chaque fois que John partait en mission sans elle : il s'empressait de fuir tant qu'elle restait endormie ou feignait de l'être, pour mieux lui cacher sa tristesse de devoir la laisser.

Depuis qu'elle avait mis les pieds sur Atlantis, huit longs mois auparavant, beaucoup de choses avaient changé. Les deux premiers, elle les avait passés en détention dans une cellule, les quinze premiers jours, puis dans des quartiers privés, gardée par deux soldats, de jour comme de nuit. Puis elle avait pu les aider au cours d'une énième crise contre les Wraiths. La garde avait été allégée, puis supprimée. Personne sur la Cité n'aurait pu expliquer comment la jeune femme avait gagné la confiance des dirigeants, mais c'était évident : Elizabeth avait admis qu'elle était sincère et utile. Caldwell avait beaucoup tempêté, puis lorsqu'il avait rencontré Elda, il avait succombé à son charme au premier regard. Il avait même suggéré qu'elle parte en mission avec plusieurs équipes, à tour de rôle.

Quant à John, hé bien, John… A la première mission un peu délicate à laquelle elle avait participé avec l'équipe principale, ils s'étaient tous les deux retrouvés ensemble, dans un lieu clos, coupés du reste de l'équipe pendant cinq longs, très longs jours. Le premier jour, il avait réussi à garder ses distances, arguant du fait qu'elle n'était qu'un programme habilement conçu. Le deuxième jour, il s'était maîtrisé en se martelant sans cesse qu'il avait en face de lui un simple robot, rien de plus qu'une poupée gonflable améliorée. Le troisième jour, il avait décidé qu'il s'en fichait. Le quatrième jour, il avait dû admettre qu'il était tombé définitivement et irrévocablement amoureux d'une chose créée artificiellement en laboratoire. Le cinquième jour, le reste de l'équipe les avait retrouvés, empêchant juste à temps l'homme de déclarer sa flamme et de pécher irrémédiablement, pauvre victime de ses sens.

Le lendemain de ce jour, ils étaient revenus sur Atlantis pour trouver visages fermés et mines suspicieuses. Les techniciens de la base de données avaient trouvé trace d'Elda dans les archives. Et là, tous avaient été choqués, sauf John, qui en avait éprouvé un soulagement étrangement coupable.

Elda avait bien été conçue en laboratoire, mais seulement son corps. Son esprit, son âme, avaient été prélevés sur la femme de chair et de sang qu'elle était alors, et injectés dans cette carcasse artificielle. Des longues, très longues discussions avaient suivi. Elda était restée enfermée avec Elizabeth dans le bureau de celle-ci, expliquant les raisons qui l'avaient poussée à ne rien en dire, à ne pas leur accorder cette confiance.

Elle n'en était sortie que pour se faire enlever par John, qui l'avait poussée dans ses propres quartiers avant de s'y enfermer avec elle, mine sombre. Certes, grand était son soulagement de ne pas avoir succombé à une machine, mais la blessure de son orgueil était d'autant plus profonde. Pourquoi ne lui avait-elle rien dit ?

- Je pensais avoir prouvé que je ne te jugeais pas.

- Il n'est pas question de ça. J'apprécie ton soutien, tu es un ami très précieux, mais cette période de ma vie est tellement loin… John, peux-tu imaginer combien de temps j'ai été seule, dérivant dans le vide, sans personne à qui parler, à qui me confier… J'ai traversé des choses horribles et je préfère ne pas m'y appesantir.

- Cela m'aiderait pourtant à comprendre ton attitude et à la pardonner.

- … « Pardonner » ?! Tu penses donc que je suis coupable envers toi ? Mais de quoi donc ?

- De m'avoir menti, d'abord ! Tu n'as pas de… programme… qui te pousse à agir comme tu le fais.

- Je ne l'ai jamais prétendu. Tu t'es menti tout seul.

- Tu aurais pu m'expliquer, j'aurais compris !

- Mais enfin, c'est quoi, le problème ? Toi non plus, tu ne me dis pas tout ! En fait j'en sais plus sur Ronon que sur toi ! C'est avec lui que je devrais être en train de parler de ma vie, lui, au moins, n'aurait pas la cruauté de me reprocher ce que j'ai fait pour me protéger !

Incroyable. Ils avaient même poussé le vice jusqu'à rendre le robot capable de pleurer. Les larmes en effet perlaient au coin des paupières d'Elda, blessée par les reproches de John qu'elle percevait injustes et dirigés contre autre chose qu'elle-même. Seulement, il n'osait pas avouer ce qui n'allait pas, alors, forcément, c'était tellement plus facile de lui en vouloir, à elle… L'homme paniqua en voyant sa réaction. Il ne voulait pas la blesser, pas du tout, ce qu'il voulait, en fait, c'était…

- Pour te protéger ? De moi ?

Il avait eu en disant ces mots un petit rire grinçant très désagréable.

- Non, pas de toi, enfin, pas directement.

- Là, je comprends encore moins.

- Tu veux savoir pourquoi je ne t'ai rien dit ? Parce que personne ne l'aurait cru. Tout le monde aurait pensé que c'était mon programme qui me poussait à dire ça. Pourquoi je n'ai pas osé te l'avouer ? Parce que je refusais de me rapprocher de toi pour être ensuite brisée. J'ai une âme. Je peux ressentir les choses, éprouver des sentiments. Je peux avoir mal, pleurer et souffrir. Je cherche à l'éviter. Me rapprocher de toi, c'était souffrir, tôt ou tard.

- Pourquoi ?

C'était à son tour d'être perdu, blessé par les paroles d'Elda qui pourtant ne cherchaient qu'à expliquer.

- Je… j'apprécie ta compagnie. Je la recherche. J'aimerais que… qu'il puisse y avoir plus. Pouvoir partager autre chose avec toi. Mais ce n'est pas possible… Tu m'aurais rejetée, tu aurais réalisé ce que tu faisais, tu serais revenu à la raison à un moment ou à un autre, et plus j'aurais été proche de toi, plus j'en aurais souffert. Même si mon âme est celle d'une femme… Je reste une chose. Un mensonge vivant.

Sa voix s'était brisée sur les derniers mots. Elle s'était détournée et avait atteint la porte lorsque John, atterré, comprit qu'elle allait quitter la pièce, et le quitter, lui. En une fraction de seconde, il comprit qu'elle avait dit vrai. Que cette différence, que SA différence, était bien trop importante pour qu'il l'accepte. Que les hommes et les robots, même anatomiquement parfaitement ressemblants à des hommes, même avec une âme, ne seraient jamais faits pour être ensemble. Ni pour entretenir des relations amoureuses, encore moins charnelles. Que le monde entier ne comprendrait pas, jugerait leur relation, que ses amis se détourneraient de lui. Qu'Elda allait souffrir mille morts pour avoir osé lui avouer tout cela, contrainte et forcée par ses reproches, et pour se voir rejetée par lui.

Et il décida que ce dernier fait lui importait plus que tous les autres. Cela, et aussi la certitude absolue qu'il ne trouverait jamais nulle part ailleurs une autre femme autant faite pour lui que celle qui s'apprêtait à quitter ses quartiers. Il la rattrapa alors qu'elle allait actionner l'ouverture de la porte. Lui saisit le bras.

Prière chuchotée, la voix trop serrée pour passer.

- Pardonne-moi. Reste. S'il te plaît…

Cette nuit-là n'avait été que la première de beaucoup d'autres.

A suivre…


Allez les gens ! Dites-moi que vous êtes toujours là !