Chap 10 : Mise au point.
« Shambhala. »
« C'est son nom ? » demanda Woolsey.
« Tout à fait. » répondit Daniel Jackson sur l'écran géant de la salle de débriefing. « En sanskrit, cela signifie « lieu du bonheur paisible », un endroit mythique dirigé par un roi nommé Suchandra. Selon la légende, c'est un royaume parfait, caché du regard des hommes au cœur de la chaine himalayenne. Seuls ceux qui ont acquis le « karma adequat » y ont accès. »
« C'est-à-dire ceux qui auraient le gène ATA ? » suggéra Wilson.
« C'est une possibilité » fit l'égyptologue. « Il est aussi décrit comme un lieu dépositaire de l'enseignement du kalachakra… ».
Larrin se pencha discrètement vers John.
« C'est qui lui ? » murmura-t-elle au militaire.
« C'est McKay version anthropologue… C'est pour ça qu'on comprend rien quand il tente d'expliquer des trucs…»
« Attendez, parlez pour vous ! »
« Donc vous voulez dire que vous savez ce que c'est le… sanskrit et son kalacha…machin ? »
« Ça non mais, la plupart du temps, quand McKay étale sa science, je suis loin d'être sur la touche ! »
« Ah ouais ? Même quand il a parlé d' « inflation cosmique » tout à l'heure ? Vous n'aviez pas l'air de maîtriser à fond le sujet à ce que j'ai pu voir… »
« Vous vous trompez… Cosmique…Je sais quand même ce que ça signifie… » répliqua Larrin en levant un peu la voix.
Finalement, comme il s'avéra que leur discrétion était loin d'être optimale, Woolsey leur décocha un regard noir tandis que les deux fauteurs de trouble pris en flagrant délit de « bavardage pendant le cours », s'enfonçaient dans leur siège, le visage contrit.
En attendant, Daniel poursuivait son laïus.
« Le kalachakra est un texte sacré faisant partie des nombreux tantras qui régissent le bouddhisme….Et je ne vous apprends rien si je vous dis qu'une des principales finalités de la philosophie bouddhiste est d'accéder à « l'éveil »… »
« C'est-à-dire réaliser l'Ascension. » compléta Woolsey.
« Atteindre le nirvana, l'illumination, on peut lui donner le nom qu'on veut… Bon, je passe les détails et j'en viens à ce qui nous intéresse. Depuis que nous nous sommes penchés sur la civilisation des Anciens, nous avons vu que beaucoup de leurs cités ou de lieux occupés par eux sur Terre sont devenus des endroits mythiques... » reprit Jackson.
« Comme Camelot… » crut bon d'ajouter Justin Wilson.
« Mais vous nous avez dit vous-même que vous n'avez jamais entendu parler des Dyloniens et pourtant vous avez été très proche d'Oma Dessala. » fit McKay.
« Effectivement mais vous savez aussi que je n'ai plus aucun souvenir de mon Ascension. Quoi qu'il en soit, si le royaume légendaire de Shambhala est un sanctuaire dylonien, nous en avons les coordonnées et ça correspond tout à fait à ce qu'on peut lire dans les textes sacrés. Un endroit quelque part l'Himalaya. »
« Très bien, alors si on doit aller voir là-bas, il vous faudra sûrement quelqu'un qui possède le gène des Anciens, peut-être même une clé comme celle que nous avons utilisé sur le Mont Black Tusk. » suggéra John.
« C'est une très forte probabilité » répondit Daniel. «Mr Woolsey, je propose que le colonel Sheppard nous rejoigne ici au SGC pour nous accompagner sur le site. Nous avons, au cas où, fait fabriquer une copie du médaillon qui vous a servi à ouvrir la grotte au Canada. On ne sait jamais, peut-être cet objet fait-il office de « clé » pour tous les sanctuaires… »
« Bonne idée » décréta le dirigeant d'Atlantis.
« Et moi ? » s'empressa de demander Rodney. « Je viens pas avec vous ? Vous aurez besoin de moi pour… »
« J'avais plutôt pensé au docteur Zelenka. » le coupa Daniel.
Le Tchèque s'amusait à faire tournoyer son stylo entre son pouce et son index. Quand il entendit prononcer son nom, son marqueur se transforma soudain en projectile qui faillit atterrir droit dans l'œil de Ronon.
« Désolé… » bafouilla Radek à l'attention du Satédien qui le dévisageait maintenant avec un regard assassin. « Euh… je… vous voulez que je fasse partie de la mission ? » demanda-t-il assez surpris par la nouvelle.
Le visage de Rodney se figea à son tour d'étonnement.
« Que…quoi ? Zelenka ? Mais… »
« C'est lui qui a trouvé les coordonnées n'est-ce pas ? » ajouta l'archéologue non sans une certaine satisfaction dans la voix.
Non pas qu'il n'apprécie pas Rodney McKay et son incommensurable intellect, mais lui clouer le bec avait quand même un petit côté jouissif.
« Alors Radek ? Vous êtes partant ? »
En temps normal, le Tchèque n'appréciait pas spécialement les missions sur le terrain. Il faut dire qu'il avait certains mauvais souvenirs de ses pérégrinations avec Sheppard et son équipe. Mais là, rien que pour l'infinie satisfaction de coiffer McKay au poteau, il révisa son jugement et accepta avec enthousiasme.
Larrin tourna la tête vers John Sheppard dont les lèvres s'étaient mises à bouger sans qu'aucun son ne sorte. Puis elle baissa les yeux vers les doigts du militaire.
« Qu'est-ce que vous faites ? » demanda-t-elle en chuchotant.
« Je compte. »
« Vous comptez quoi ? »
« Le temps que McKay va mettre pour s'insurger contre cette terrible injustice qui fait qu'il va rester ici alors que Radek vient avec nous…. »
« Vous plaisantez ? »
Rodney bouillonnait sur sa chaise.
« Excusez-moi ! » lança finalement le scientifique. « Mais je pense être beaucoup plus à même de mener à bien cette mission que Radek ici présent ! »
Larrin observa sous la table et jeta un regard épaté vers John. Dix secondes exactement. Quel talent ce Sheppard !
« Je vous rappelle que vous devez vous concentrer sur les données récupérées dans le laboratoire de Mickael, docteur McKay. » répliqua Wilson.
« Mais… »
« Fin de la discussion. » lança le membre du C.I.S.
Larrin posa sa main sur celle de McKay et lui jeta un regard de fausse compassion pour finir par tenter de retenir un gloussement moqueur. Rodney retira son bras avec énervement et afficha instantanément sa tête des mauvais jours.
« Bon. Le colonel Sheppard, Ronon et le docteur Zelenka rejoindront le SGC demain matin à la première heure. »
Le Tchèque lança un regard en biais vers l'ex-runner. Il allait éviter d'amener le moindre stylo avec lui pour cette mission… Son portable suffirait…
Teyla se dirigeait tranquillement vers le laboratoire de botanique. On lui avait dit qu'Amélia était en train de donner un coup de main à l'un des chercheurs qui avait planté son ordinateur. Elle arriva finalement dans le petit paradis vert qui servait de décor à l'équipe de Katie Brown et trouva en effet la technicienne occupée à tester plusieurs postes de travail.
« Bonjour Amy. »
« Oh ! Teyla ! Bonjour ! Vous venez vous ressourcer un peu au milieu de cette magnifique jungle tropicale ? »
L'Athosienne s'avança vers la jeune femme et caressa du bout des doigts la splendide et gigantesque fleur rouge posée sur le comptoir à côté d'elle.
« A vrai dire, c'est vous que je cherchais… »
« Un problème ? »
Teyla plongea son regard au plus profond de celui de la technicienne.
« Je voulais juste savoir si vous alliez bien. » dit-elle le plus posément du monde. Amy fut soudain touchée par la sollicitude de son amie. Elle avait appris à bien connaître Teyla depuis quelques mois. Elle savait à quel point l'Athosienne se préoccupait du bien-être des gens qu'elle appréciait et combien elle pouvait être perspicace.
« Ça va Teyla. Ne vous inquiétez pas. ».
« Ronon et vous, êtes confrontés à une situation difficile. Cela ne doit pas être évident. Pour aucun de vous. J'ai tenté d'en parler avec lui. Enfin, plutôt, j'ai tenté de le faire parler… Mais vous le connaissez… Il est fier. Il est certain de n'avoir besoin de personne. Pourtant, je le sens totalement désemparé et plus je vous regarde, plus je pense que vous l'êtes aussi. »
Amy soupira mais demeura silencieuse, les yeux baissés.
« Je dois partir pour la nouvelle Athos demain matin avec Torren. J'aurais vraiment souhaité rester en de telles circonstances mais… »
« Teyla ça ira… mais merci de vous inquiéter. »
L'Athosienne posa sa main sur le bras de la technicienne pour lui réitérer son soutien avant de se diriger vers la porte. Juste avant de franchir le seuil, elle se retourna vers Amy.
« Vous l'aimez vraiment ? » lança-t-elle de but en blanc.
La technicienne, qui s'était replongé dans ses réglages, la fixa quelques secondes sans rien dire.
« Oui. Je l'aime vraiment. » finit-elle par répondre.
Teyla lui sourit.
« Alors tout ira bien. » ajouta-t-elle avant de sortir.
Ils étaient tous réunis dans une petite pièce aménagée à la manière d'une salle de repos. Des divans étaient installés en forme de U et au centre, Richard Woolsey était assis dans un fauteuil noir avec à ses côtés, Justin Wilson.
Autour d'eux, sur ces mêmes divans, cinq visages effarés les observaient. Cela faisait à présent deux bonnes minutes que personnes n'avait ouvert la bouche. Le dirigeant d'Atlantis se tourna vers son acolyte pour y chercher un peu de soutien. Justin décida qu'il était temps de réagir.
« Bon, voilà…Je sais que ce que l'on vient de vous apprendre doit être un choc pour vous mais… »
« Vous voulez rire ! » s'écria soudain l'un des hommes face à eux. « Vous nous dites que nous sommes des clones ! »
Les quatre Satédiens ne savaient plus quelle attitude adopter. Perdus…était un mot encore trop faible. Deux d'entre eux étaient complètement abasourdis et on sentait bien que les deux autres rejetaient totalement cette idée farfelue. Seule Melena gardait un visage étrangement serein.
« Sommes-nous…normaux ? » finit-elle par demander d'une voix claire qui calma tout le monde.
« Euh…Oui, bien sûr… » répondit Woolsey. « Vous êtes en parfaite santé. Mais vous comprendrez que par mesure de sécurité, nous vous gardions encore quelques temps ici en…observation. Vous pourrez bien évidemment vous déplacer dans la cité mais uniquement dans certaines zones réservées et accompagnés dans un premier temps par un de nos soldats. »
« Nous sommes donc vos prisonniers. » lança l'homme qui avait prit la parole le premier.
« On ne sait pas encore ce que cet individu nommé Mickael a pu vous faire subir. Nous vous avons raconté dans quelles circonstances nous vous avons trouvé et ce qui est arrivé à ses précédents cobayes… »
« Wilson… » le coupa Richard Woolsey, visiblement mal à l'aise des termes si dépourvus de tact employés par le membre du C.I.S.
« Des cobayes…C'est vrai que nous sommes le fruit d'une expérience après tout… » murmura Melena plus pour elle-même.
« Nous devons prendre certaines précautions. » enchaîna le dirigeant d'Atlantis. « Mais pour l'instant, nous devons régler un petit problème vous concernant. Vous êtes des êtres humains avant tout et les êtres humains ont un nom. Mis à part vous, Melena, auriez-vous le moindre souvenir du vôtre ? » fit-il en s'adressant aux trois hommes.
Encore un peu sonnés, ils firent tous non de la tête.
« Bon, ce n'est pas grave. Je propose que vous vous choisissiez un prénom en attendant que votre mémoire revienne… »
« Et si on ne se rappelle pas ? » demanda l'un d'eux.
« Et bien au moins, on pourra dire que vous avez un prénom que vous aimez puisque c'est vous qui l'aurez choisi ! » lança Woolsey sur un ton qu'il voulait léger, afin de détendre un peu l'atmosphère.
« Mis à part ça, est-ce que vous vous souvenez de quoi que ce soit d'autre ? » questionna Wilson.
« Je travaillais au centre de commandement. Je devais gérer les flux énergétiques de nos boucliers de défense pendant l'attaque Wraith… Jusqu'à ce… ». L'homme s'arrêta, les yeux dans le vide. « Jusqu'à ce qu'ils lâchent… »
« Vous étiez donc plutôt un scientifique. » décréta Justin.
L'homme acquiesça. Il était recroquevillé sur lui-même, un peu chétif. Sa tignasse noire et bouclée lui retombait un peu sur les yeux. Il avait des yeux bleus très clairs dans lesquels on pouvait lire une terreur muette que l'on retrouvait d'ailleurs chez ses comparses.
Ces derniers, semblaient par contre, de constitution plus solide. Woolsey les interrogea à leur tour.
« Je suis dans l'armée satédienne. Troupes au sol. Protection du secteur sud de la capitale. » fit un grand blond aux cheveux mi-longs qui devait mesurer près d'un mètre quatre-vingt-dix.
Les deux autres étaient apparemment également militaires.
« Et vous… » fit Wilson en se tournant vers Melena. « Vous êtes donc l'épouse de Ronon. »
Woolsey se retourna brusquement vers Justin. La jeune femme leva vers eux des yeux ébahis.
« Je suis son… épouse ? » balbutia-t-elle
Le dirigeant d'Atlantis perdit son sang froid.
« Wilson ! Bon sang ! » s'écria-t-il.
« Elle aurait tôt ou tard appris la vérité, Woolsey. Autant l'en informer dès à présent. Cette information lui permettra peut-être de retrouver plus vite la mémoire ! »
Nullement désolé d'avoir révélé le pot-aux-roses, Wilson toisa le diplomate du regard. Les choses allaient devenir beaucoup plus intéressantes à présent.
