Bêtas : Chapaf et Bruniblondi
Genre : slash M/M
Rating : M
Destinataire : Nanola.
Warning : Ah ben on va pas changer maintenant, hein, c'est toujours du BDSM
NDA : Plus que 5 chapitres avant la fin du contrat ! Euh, non, je voulais dire la fin de la fiction, pardon... quoique, ça revient au même, nan ? ^^" Allez, je vous laisse avec un gros baiser entre Severus et Harry, un Alex toujours aussi... Alex, et enfin, Ron et Hermione :)
Puppy
.
Partie 10
.
"Un baiser apaise la faim, la soif. On y dort. On y habite. On y oublie." - Jacques Audiberti
Harry rejoignit Severus dans le salon, confortablement installé sur son canapé et un magazine consacré aux potions dans les mains. Le jeune homme s'avança vers lui et s'assit à ses côtés, sans pour autant oser l'interrompre. Certes, ils n'étaient plus dans le cadre d'une scène, pour autant cela ne signifiait en rien qu'il ne fallait pas prendre quelques précautions avec lui. Surtout quand le mot ''potion'' était présent. Harry se consacra donc aux flammes qui dansaient dans l'âtre. Il finit par poser ses pieds nus sur le canapé et sa tête sur ses genoux surélevés, attendant patiemment que Severus termine sa lecture.
Ce dernier grommela et jeta son journal sur la table basse, avec cette fois un distinct « Bande de cornichons. »
« Quelque chose qui vous contrarie, Monsieur ? »
« Cet âne bâté de Patentus ! Je ne comprends pas qu'on continue encore à lui demander son avis sur l'utilisation de l'hellébore ! Cet imbécile n'en connaît pas la moitié des effets et n'en maîtrise pas le quart ! » fulmina Severus.
Il passa son bras autour des épaules de Harry et l'attira contre lui. Harry se laissa faire, trop heureux de l'attention. Severus commença à lui caresser les cheveux, tout en continuant de s'énerver contre les imbéciles heureux qui interviewaient des crétins, sans réaliser les conséquences désastreuses que cela pouvait avoir sur de jeunes incultes qui auraient l'idée idiote de croire ce torchon.
Au bout de longues minutes, et alors que le monologue de Severus partait dans des considérations potionnistiques, de recettes et d'ingrédients que Harry ne maîtrisait absolument pas, celui-ci se mit à pouffer.
« Et ça te fait rire ? » s'offusqua Severus. Il continua de papouiller les cheveux noirs en râlant. « À l'évidence, oui, ça le fait rire, l'effronté. »
« Pardon, Monsieur, mais oserais-je vous rappeler avec qui vous êtes en train de parler potion ? » se moqua Harry.
Severus poussa un soupir exagéré.
« Évidemment, il fallait que ce soit avec Potter junior, la catastrophe ambulante numéro deux. »
« Vous me vexez, » fit Harry, un sourire aux lèvres.
« Je vois ça. Et encore, je suis mauvaise langue, tu t'es nettement amélioré au fil des années. »
Severus continua ses caresses, tandis que Harry, insidieusement, se calait plus confortablement contre lui.
« D'ailleurs, Monsieur, pourquoi vous avez abandonné les cours ? C'est à cause de moi ? »
Severus déposa un baiser léger sur un épi ébène, surprenant Harry au passage.
« Je n'ai pas abandonné les cours, j'ai préféré prendre les élèves des BUSE et laisser ceux des ASPIC à Slughorn, nuance. Et ce n'est pas à cause de toi, mais en raison de notre relation. »
Harry leva les yeux vers l'homme.
« C'est pareil. »
« Non, jeune homme, c'est différent, » le sermonna gentiment Severus. « Quand tu dis que c'est à cause, tu induis une notion de faute et de culpabilité. Or, il n'y a pas de faute, et de ce fait, aucune culpabilité à avoir. Comprends-tu cette nuance importante, Puppy ? C'est quelque chose que tu dois comprendre, pour cet exemple précis et pour beaucoup d'autres choses qui concernent ta vie. »
Harry étudia le visage de Severus qui le surplombait. Il était doux, il n'y avait aucune trace de colère ou d'amertume sur ses traits. Un sentiment de bonheur et de fierté envahit le jeune homme. Peu de sorcier pouvait se vanter de voir Severus ainsi, et que ce dernier les regarde de cette façon. Harry en était heureux, et fier, c'était exact. Il avait aussi compris la leçon que venait de lui donner son Maître.
« Merci, Monsieur. Pourtant, je suis désolé de ne plus vous avoir comme professeur. »
« Ne te moque pas de moi, Pup. »
« Je ne me moque pas ! Je suis sincère. »
« Un élève qui me regrette, c'est une grande première, » marmonna Severus.
Il recala la tête de Harry contre son torse et reprit ses caresses.
« Ce n'est pas le professeur que tu regrettes, Harry, nous le savons tous les deux. C'est ton Dom, c'est l'homme qui te tient en ce moment dans ses bras. Ce n'est, là encore, pas la même chose. Et c'est la raison pour laquelle j'ai préféré arrêter de t'avoir dans ma classe. Il n'est pas bon de mélanger notre relation Dom-sub et celle de maître des potions-élève de potion. »
« Vous n'aviez pas arrêté, avant, » ronchonna Harry.
« Non, c'est exact, parce que nous en étions au début. Mais maintenant que tu es réellement mon sub, je préfère que nous gardions une certaine distance à Poudlard. »
« Mais je ne vous vois plus ! » chouina Harry.
« Le fait de me voir en cours n'a rien à voir avec ce que nous faisons ici. Et tu vois, ta réaction me confirme que j'ai pris la bonne décision. »
« Mais je vous vois plus quand même, » insista Harry.
« Si, tu me vois dans le cadre qui nous convient, à l'un comme à l'autre. »
« M'en fiche, » bougonna le plus jeune. « Vous me manquez et puis c'est tout. »
« J'en suis flatté, mais je ne changerai pas d'avis. Maintenant, arrête de faire l'enfant, s'il te plaît. Je te promets que nous nous verrons au moins une fois durant le week-end, d'accord ? Peut-être une fois de plus de temps en temps pendant la semaine. J'ai expliqué à Minerva que je continuerai à te voir régulièrement pour persévérer notre travail te concernant, alors ce ne sera pas mentir si nous venons ici et en profitons pour avoir une scène. À ce sujet, elle est ravie, ainsi que Filius et Pomona, de constater à quel point tu as changé de comportement et semble mieux aller, » Severus ricana avant de reprendre. « Tous sont surpris, évidemment. Ils n'auraient pas parié une Mornille sur le fait que je réussisse avec toi. Et ils se demandent quel est mon secret. Ils peuvent toujours courir pour le deviner ! Bref, je m'égare. Pour en revenir à notre sujet de départ, si quelque chose ne va réellement pas, tu peux aussi venir me voir à Poudlard, nous en discuterons. Pour autant, je t'assure que ne plus avoir la possibilité de confondre notre vie privée et professionnelle, dans notre cas, était une nécessité. »
Harry poussa un lourd soupir vaincu. Bon, il n'arriverait pas à faire changer d'avis Severus. Sans doute même que l'homme n'avait pas tort dans son raisonnement. Harry entoura la taille de Severus de son bras et s'allongea plus confortablement contre lui en posant sa tête sur ses cuisses. Il aimait que Severus le câline de cette façon et avait bien l'intention de prendre sa dose de caresses, grattouilles et autres cajoleries avant la fin du week-end.
« Monsieur ? »
« Oui ? »
« Vous aviez tort, vous savez, » murmura Harry.
« Cela m'étonnerait ! À quel sujet ? »
Harry sourit contre la cuisse de Severus qu'il embrassa.
« Vous n'êtes pas du tout une mauvaise langue... bien au contraire. »
Les mains dans ses cheveux le caressèrent davantage, partirent sur ses épaules et son dos.
« Vile petit flatteur, » gronda Severus.
Mais Harry ne cessa pas de sourire : la voix de Severus était tendre et, surtout, il avait noté le soupçon d'orgueil qui y perçait.
… … …
La vie de Harry s'écoula paisiblement durant les semaines suivantes. Severus tint sa promesse : ils se voyaient durant les week-ends, que Harry passait tous chez son Dom, mais également de temps en temps pendant la semaine. Harry en était enchanté, ces séances lui faisaient chaque fois le plus grand bien, le calmaient et lui permettaient de se recentrer le reste du temps sur ses études. Il était bien plus agréable avec ses camarades de classe, prenait les choses moins à cœur quand cela n'allait pas, bref, relativisait et pansait une à une chacune de ses plaies.
Il se félicita plus d'une fois d'avoir dormi la première nuit en pyjama, car régulièrement de jolies marques courraient sur son dos, ses fesses ou ses cuisses, et Ron n'avait plus jamais déserté leur dortoir. Il fallait dire que Ginny s'était remise avec Dean, ce qui expliquait aussi le désintérêt soudain du rouquin pour la chambre de ce dernier.
Harry était heureux de la présence de son ami, même si elle ne lui simplifiait pas toujours l'existence. Le week-end, il dormait chez Severus, cela n'avait donc que peu d'importance, mais en cas de scène durant la semaine, il devait réintégrer son dortoir et Ron ne comprenait pas pourquoi Harry rentrait si tard. Il avait aussi été très surpris par le téléphone portable du jeune sorcier. Celui-ci avait d'ailleurs dû plus d'une fois ruser afin de discuter avec ses amis Moldus sans éveiller les soupçons de Ron quant à la teneur de leur conversation.
Mais Ron avait été surprenant, de l'avis de Harry. Il avait parfaitement saisi que Harry avait noué des liens avec des Moldus durant les vacances, qu'il les voyait et partageait visiblement des choses qui lui échappaient. Il n'avait pas plus insisté quand Harry lui avait vaguement répondu, lorsqu'il était rentré à minuit passé un mardi soir après une scène. Le Survivant lui en était reconnaissant, bien qu'il s'interrogeait souvent sur la soudaine compréhension et le peu de curiosité de Ron.
Harry avait été aussi particulièrement prudent lors de ses moments de toilette. Lui qui, d'ordinaire, laissait la porte ouverte, la fermait désormais toujours à clef. Il en profitait pour admirer ses marques, pour faire courir ses doigts sur son corps en se souvenant de ce que Severus lui avait fait. Là encore, Ron s'étonna de cet excès de pruderie bien qu'il ne fasse pas plus de commentaire, ce qui convenait parfaitement à Harry.
La présence de son ami n'était pas gênante non plus en ce qui concernait sa libido puisque Severus lui avait interdit de jouir entre leurs séances. Harry s'en accommodait, ce d'autant plus facilement que son Dom lui faisait redécouvrir le septième ciel à chacune de leur scène. A priori, Severus était comme Lewis, il n'aimait pas particulièrement avoir un sub qui termine une scène frustré au possible. Enfin, ça, c'était le nouveau Severus, selon un Dorian pour le moins sarcastique. Harry n'écoutait cependant ce genre de commentaire que d'une oreille. Oui, Severus ne se comportait pas avec lui de la même façon que ce qu'il avait fait avec Dorian, mais en quoi cela était-il si surprenant ? Il n'était pas Dorian, voilà tout, et Severus s'adaptait à sa personnalité, à ses besoins, de la même façon que lui comblait visiblement ses attentes.
Le fait que Ron partage sa chambre avait également empêché Harry de s'entraîner autant qu'il l'aurait souhaité avec le godemiché. Enfin, dans un premier temps seulement, puisqu'il était rapidement apparu que Severus veillait personnellement à l'entraînement de son sub sur ce point. Lors de chaque séance, Harry se voyait contraint – bien que parfaitement consentant – de sucer son Dom à de nombreuses reprises. Ce dernier jouissait au moins une fois dans la bouche de son soumis, et parfois, il s'octroyait un second orgasme entre ses cuisses.
Harry s'était renseigné sur cette façon de faire. Il avait été surpris d'apprendre par Alex que cette pratique portait un nom, à savoir celui de coït inter-crural. Dorian, quant à lui, lui avait appris, sans surprise, que Severus était un adepte de cette pratique tant qu'il se refusait à sodomiser ses subs.
Harry avait longuement discuté avec ses amis Moldus sur cette abstinence forcée que s'imposait Severus. Il n'avait pas encore osé aborder le sujet avec l'homme lui-même. Personne ne savait pourquoi Severus attendait des mois avant de pénétrer sexuellement ses subs et personne ne le comprenait non plus. Dorian avait simplement conclu qu'il les faisait patienter le temps qui lui semblait nécessaire, qu'il faisait sans doute durer le plaisir de l'attente, pour lui comme pour son soumis.
« T'en fais pas, Harry, » avait-il déclaré, un jour où Harry et lui en discutaient au téléphone et alors que le jeune sorcier s'interrogeait sur son propre désir de tester l'expérience. « Tu finiras par le supplier à genoux de te baiser. Tu lui présenteras ton adorable petit derrière en pleurant pour qu'il t'encule. Et quand t'en pourras plus, il le fera. Mais ce jour-là, mon gars, prépare tes kleenex, parce que tu n'auras pas fini de pleurer. Moi, la première fois qu'on a franchi le pas, il m'a baisé pendant quatre heures. Quatre putain d'heures ! Ce mec est une machine. »
Cette déclaration n'avait pas exactement rassuré Harry.
« Alors, ce week-end tu es encore chez ton mec ? »
La question de Ron, alors qu'ils étaient en train de finir leur petit-déjeuner, sortit Harry de ses pensées. Il leva des yeux encore un peu ensommeillés vers son ami qui dévorait une montagne de saucisses accompagnées d'un océan de haricots à la sauce tomate.
« Ouais, je pars après les cours, comme d'hab, » répondit distraitement Harry. « Pourquoi ? Tu veux qu'on se fasse une sortie avec Hermione samedi soir ? »
Ron haussa une épaule.
« On se disait que ce serait sympa si tu nous présentais tes amis Moldus. Hermione voulait vous inviter à dîner. »
Pour le coup, Harry en fit tomber sa cuillère de porridge.
« Mais... euh... ce sont des Moldus, justement, » tenta d'éluder le garçon.
« Hermione et moi on a un appartement dans le Londres moldu, Harry. »
« Oui, mais... enfin... je sais pas si c'est possible... Ils ne connaissent rien de notre monde, je sais pas si ce serait vraiment prudent, en discutant on peut dire un truc, ou je sais pas, ils pourraient voir des photos ou... »
« Okay, okay, laisse tomber. On fera ça juste nous trois si tu as peur de je ne sais quoi. Pourtant, je suis pas aussi gaffeur que tu le penses, » fit Ron en replongeant dans sa nourriture.
Néanmoins, quelque chose dans sa voix fit naître un atroce sentiment de culpabilité chez Harry.
« Ron, écoute, c'est pas que je veux pas. »
« C'est pas grave, Harry, » soupira Ron, finissant de convaincre Harry qu'au contraire, cela l'était.
« Je t'assure, Ronnie, c'est juste... Écoute, je leur téléphone ce soir et je leur demande, d'accord ? »
Ron releva la tête et adressa un grand sourire à son ami.
« Ce serait vraiment génial. Hermione et moi, on aimerait faire leur connaissance. C'est normal, on est tous tes amis. »
Ron mâchonna son déjeuner avant de reprendre.
« Et tu pourrais aussi demander à ton copain, s'il veut venir. »
Harry fronça les sourcils.
« Quel copain ? »
« Eh bien, ton mec, là, celui chez qui tu vas. »
Harry réalisa subitement et avala de travers.
« Non ! Non, mais, c'est pas mon copain, enfin mon mec, c'est pas... Non, mais non ! Enfin, je dors chez lui, mais c'est tout ! »
« Okay, okay, relax, mec, » fit Ron en levant les mains. « Y'avait rien de sexuel ou quoi dans ce que je disais ! »
Harry sentit ses joues devenir brûlantes, il baissa les yeux et ébouriffa ses cheveux, cherchant à faire revenir le maximum de mèches noires sur son visage.
« Ah ? Euh... Oui, bien sûr... Non, mais c'est juste un homme qui m'aide, tu vois, et oui, je suis chez lui le week-end parce que ça me fait du bien... »
Il fit tourner ses bracelets autour de son poignet, nerveux.
« Harry, c'est cool, t'inquiète. Je te l'ai dis, si t'es pas prêt à nous parler de ça, ça nous va. »
Les deux jeunes hommes reprirent leur repas, en silence.
« Mais, bon, c'était juste pour que tu saches que si un jour tu veux nous présenter ton sauveur, ça nous ferait plaisir aussi. En plus, si on a bien compris ce que McGonagall avait dit à ma mère à Noël, c'est un sorcier, alors, pas de risque de gaffe avec lui, » fit de nouveau Ron en terminant sa dernière saucisse.
Harry n'osa pas redressa la tête. Il trifouilla de sa cuillère dans la bouillie blanchâtre, l'appétit coupé.
« C'est, hum, c'est un sorcier, oui... Attends, comment ça, ''ce que McGonagall avait dit à ta mère'' ? »
« Eh bien, après ton coup de cheminette, maman a pris rendez-vous avec McGo. Tu connais maman, pas facile de lui tenir tête, surtout quand il s'agit d'un de ses gosses ! » Ron eut un petit rire, tandis que Harry relevait enfin son visage, malgré tout ému par ce que venait de sous-entendre le rouquin. « Oh, rassure-toi, la vieille McGo n'est pas si facile que ça à impressionner, mais elle a quand même lâché à maman que tu étais bien chez un sorcier qui s'était proposé de t'aider. Un homme de grande confiance, d'après elle, chez qui tu étais bien et qui veillait sur toi. »
Ron joua un instant avec son verre de jus de citrouille.
« Il faut reconnaître qu'elle avait raison. Tu as beaucoup changé, tout le monde le constate. Tu vas mieux, et ça fait plaisir de te voir ainsi. »
« Merci, Ron, » murmura Harry.
La matinée qui suivit fut en demi-teinte pour le jeune sorcier brun. Il ne cessa de penser aux propos de Ron, au fait que lui et Hermione voulaient rencontrer ses amis subs. La crainte d'une gaffe était double pour Harry, et son stress grimpait en flèche quand il réfléchissait à tout ce qui pouvait arriver en mettant face à face Ron et Hermione, avec Dorian, Alex et surtout, Will. Do' et Alex étaient sans aucun doute capables de se retenir, mais Will ? Il n'arrivait pas à tenir une discussion plus d'un quart d'heure sans parler de sexe ! Rien que cela, c'était une angoisse pour Harry. Hermione et Ron étaient plutôt du genre prude. Du moins, quand ils étaient ensemble, ils ne parlaient pas de ces choses-là avec Harry. Comment réagiraient-ils en entendant Will et son langage plus que fleuri ?
Quant aux allusions de Ron sur son ''copain'' Harry n'arrivait pas à y repenser sans sentir son cœur s'emballer. Mais quel idiot ! Pourquoi avait-il cru que Ron en parlait en tant que ''petit-ami'' ? Il s'était ridiculisé. Pire, peut-être même avait-il jeté le doute dans l'esprit de son ami. Doute qui serait exacerbé quand il verrait Alex. Ce dernier avait raison, il ne pouvait pas cacher très longtemps qu'il était gay. Quant aux deux autres, s'ils parlaient de leur vie amoureuse - ou sexuelle dans le cas de Will, ce qui, fatalement arriverait à un moment ou à un autre – forcément, Ron et Hermione comprendraient qu'ils étaient gays, eux aussi. Il ne serait ensuite pas très difficile pour eux de supposer que Harry l'était également.
Malgré ses bonnes résolutions, les ongles de sa main gauche furent rongés en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Quand arriva son dernier cours du matin, à savoir celui, double, de défense contre les forces du mal, Harry comprit que cette journée n'était pas pour lui. Leur professeur décida en effet de les faire travailler sur l'une des espèces que Harry craignait le plus : les Détraqueurs.
Nul n'avait oublié ses mésaventures avec ces créatures des ténèbres, Harry le premier, lui qui en cauchemardait encore régulièrement. Les deux heures qui suivirent furent atroces pour Harry, obligé de se replonger dans des souvenirs qu'il haïssait. Pour ne rien arranger, il n'arriva pas à se concentrer pendant son cours de potions de l'après-midi. Sous le regard déconfit de Slughorn, il rata lamentablement sa potion d'hibernation.
Ce fut donc avec un réel soulagement qu'il quitta Poudlard pour la maison de Severus. Pourtant, alors qu'il se jetait en ronchonnant sur son lit, le garçon ne se sentait pas beaucoup plus serein. Entre les demandes, qu'il savait légitimes, de Ron et le cours de défense, il n'arrêtait pas de cogiter. Il s'obligea à respirer lentement, comme avant une scène, histoire de se calmer, puis passa les coups de fils promis. Harry s'en voulut d'être heureux de la réponse négative de Will et Dorian, tous les deux retenus au St Sébastian le samedi soir. Alex, lui, accepta l'invitation avec enthousiasme. Harry chargea ensuite Harmonie de la réponse pour Hermione, puis se traîna à la salle de bains. Severus lui avait laissé un parchemin et son collier à côté de la douche : ils auraient une séance le soir-même. Il le voulait parfaitement propre, nu, et avec sa cage de chasteté en cuir pour dix-neuf heures trente pétantes. Cela ne lui laissait que peu de temps pour se préparer.
… … …
Il était en retard. Ou plutôt, il prenait son temps. Harry l'attendait depuis plus d'une demi-heure, il le savait. Pour autant, Severus ne se pressa pas. Il voulait terminer de réfléchir sereinement à ce qu'il avait prévu de faire avec son soumis. C'était quelque chose qu'ils n'avaient encore jamais testé et Severus avait envie de voir ce que cela pourrait donner. Il entra donc finalement dans la pièce, avisa le garçon à genoux au sol, qui ne leva pas la tête vers lui comme cela convenait. Severus s'avança, le gratifia d'une légère caresse dans les cheveux puis s'en fut préparer son matériel, sans plus se soucier de lui : il avait déjà l'air d'être dans son sous-espace et respirait calmement.
Quand tout fut prêt, Severus se plaça devant son soumis et lui ouvrit la bouche, qu'il posséda sans plus de sommation. C'était bon, divin, de pouvoir ainsi faire aller et venir son sexe qui durcissait dans cette cavité humide et chaude. Harry était devenu très doué, docile et savait parfaitement répondre à ses envies. Severus n'avait plus besoin de parler pour se faire comprendre du jeune sorcier. Une simple caresse plus appuyée sur sa tête, un claquement de langue ou une pression sur ses cheveux et Harry savait s'il devait sucer, lécher ou simplement ouvrir largement sa bouche et se laisser pénétrer par la hampe de chair. Mais là encore, Severus avait envie de plus. Il ne voulait plus seulement baiser la bouche de son soumis, mais posséder profondément sa gorge. C'était ce qu'il avait bien l'intention de faire à la fin de leur séance. Pour le moment, il autorisa Harry à se servir de ses mains et à le sucer comme il l'entendait, jusqu'à ce qu'orgasme s'ensuive.
Une fois que Severus eut éjaculé dans la bouche accueillante et ce fut remis du plaisir qui en découla, il se recula et ordonna au garçon de se redresser.
« Sur le sling, Puppy. »
Harry écarquilla des yeux tandis que Severus s'avançait vers l'objet en question. Le jeune sorcier n'aimait pas le sling. Il ne l'avait jamais testé, d'accord, mais quelque chose en lui le faisait redouter cet enchevêtrement de liens et de morceaux de cuir retenus au plafond. Instinctivement, il cessa de marcher.
« Allez, viens par là, » lui ordonna Severus.
Harry reprit sa marche, incertain.
« Je sais que c'est la première fois qu'on l'utilise, mais rassure-toi, c'est très solide, tu ne risques rien. »
Harry toucha les liens, puis l'assise. Vu la forme de ce sling, il pouvait être soit assis, soit allongé. Ses bras pouvaient être attachés aux liens du haut, vers la tête, ses jambes à celles plus bas, selon le désir de son Dom. En fait, l'engin permettait de nombreuses postures, plus qu'il n'y paraissait au premier coup d'œil. De même pour sa tête. S'il était en position allongée, cette dernière pouvait soit être soutenue par un large bandeau de cuir, soit relâchée. Dans ce cas, elle pendrait en arrière. Une angoisse sourde envahit Harry. Non, ce truc-là ne lui plaisait pas plus que cela.
« James, Monsieur, » murmura-t-il.
Severus vint se placer devant lui et lui prit les mains qu'il caressa des siennes.
« Oui, Puppy ? Que se passe-t-il ? »
« Je n'aime pas trop le sling. »
« Je vois cela. Je m'en doutais vu ta réaction à chaque fois que l'on passait devant. Mais je pense qu'il est temps pour toi de dépasser cette appréhension. J'ai envie de te voir installé là. »
Harry fronça les sourcils tout en regardant l'objet incriminé.
« Vous me voulez comment, Monsieur ? »
« Eh bien, je veux que tu t'allonges. Je t'attacherai les bras, là, sur les montants vers ta tête, en l'air. Pareil pour les jambes avec les autres montants. Et ta tête reposera là, sur l'appui-tête prévu. »
Harry déglutit sans pouvoir s'empêcher de fixer le sling. Il serait donc dans une position d'écartèlement.
« Comment on grimpe dessus ? »
« Je vais t'expliquer et t'aider. C'est bon, Pup ? »
Harry se pinça l'intérieur des joues avec ses dents.
« Neige, Monsieur. »
Pourtant, il tremblait intérieurement, sans réellement comprendre pourquoi. Le garçon se laissa installer, se hissa sur l'assise et s'allongea. La peur lui noua le ventre, de façon irréfléchie alors que le sling tanguait. Il était ridicule, se fustigea-t-il intérieurement. Ce n'était rien, rien du tout ! Et puis, cela faisait plaisir à son maître.
Severus l'aida à se reculer, à s'allonger convenablement, puis lui lia tout d'abord les bras le long des retenues en cuir qui pendaient du plafond, avant de fixer ses poignets dans les larges menottes en cuir qui y étaient attachées.
« C'est correct ? Tu n'as pas mal ? »
« Non, Monsieur. »
« Bouge tes bras. »
Harry obéit mais ferma vite les yeux tout en se mordant les lèvres. Le fait de bouger ses bras faisait désagréablement balancer le sling, sans qu'il ne puisse rien contrôler.
« Tu es mal installé ? »
« Non, Monsieur. »
Severus lui prit alors une jambe, qu'il attacha solidement à son tour, menotta, puis l'autre. Harry sentait son cœur battre la chamade dans sa poitrine. Il pendait, les quatre membres en l'air. Il remua légèrement, faisant ondoyer le sling. Son cœur s'emballa un peu plus alors que la peur, une nouvelle fois, s'installait dans son ventre.
« Tu n'as pas mal, ce n'est pas inconfortable ? »
« Non, Monsieur. Mais je n'aime pas tellement ça. »
Severus lui caressa les cheveux, le torse, puis se recula.
« Ça, Pup, il va falloir que tu fasses avec. Tu es très beau ainsi, suspendu dans les airs et offert. »
Harry fixa le plafond, sans répondre. Beau, attirant, excitant, ça, il voulait bien le croire. Pour autant, il n'arrivait pas à chasser le sentiment de crainte qui l'étouffait. Il avait déjà été suspendu en l'air, de bien des façons différentes, mais jamais ainsi. La plupart du temps, il volait sur son balai. Il avait même testé le vol avec un Sombral, un Hippogriffe et un Dragon ! Toutes ces expériences lui semblaient d'un coup bien plus agréables que ce fichu sling, alors qu'il n'était même pas à un mètre trente du sol. Sauf que là, il ne contrôlait vraiment rien, rien du tout.
Le jeune sorcier tenta de calmer sa respiration, qu'il savait bien trop rapide, tandis que Severus le touchait. C'était la seule chose de positive : les mains de son Dom sur lui. Severus effleura son ventre, puis son sexe emprisonné. Il prit sa baguette et d'un geste, resserra la cage qui l'emprisonnait, faisant gémir Harry.
« Un peu de saine douleur devrait te permettre de te recentrer. Les sensations, Puppy. L'importance des sensations. Je veux que tu ne te concentres que sur cela, » murmura l'homme.
Il avança vers la tête de Harry et lui montra quelque chose qui manqua faire gémir le garçon.
« Tu vas porter ceci. Et tu ressentiras encore mieux. »
La respiration de Harry repartit dans les extrêmes pendant que Severus lui passait la cagoule de latex et de cuir qui lui prenait les yeux et le dessus de la tête. L'obscurité fut aussitôt totale pour le soumis. Tout comme le sling, il n'aima pas cette impression d'emprisonnement plutôt intense autour de sa tête, mais serra les dents.
« Tout va bien, Puppy ? »
La voix de Severus lui parvint légèrement étouffée en raison du masque qui lui prenait également les oreilles. Harry s'imposa de respirer de façon plus lente. Il ne voulait pas décevoir son maître, pas échouer dans cette nouvelle expérience. Il lui fallait se concentrer et ne pas se laisser submerger par de mauvais souvenirs ou sensations.
La main de Severus sur son torse le fit sursauter, tout en le soulageant.
« Puppy ? »
« Oui, Monsieur. Ça va. »
« Tu en es sûr ? Tu respires trop vite. »
Harry relâcha une lente expiration.
« C'est bon, Monsieur. Juste un peu de stress, ça va aller. »
Severus fronça les sourcils tout en continuant de caresser le torse et le ventre de Harry. Il attendit encore un peu, s'assurant que les battements de son cœur semblent se calmer. Harry ne réagissait pas de la façon qu'il attendait, il semblait inquiet et cela ne plaisait pas plus que cela à Severus. Au bout d'un moment, et comme le soumis ne disait plus rien, il se recula afin de venir vers la tête de Harry.
« Bien, Puppy. Je veux que tu te concentres sur ton corps, uniquement sur lui. Tu ne vois rien, bientôt, tu n'entendras plus rien non plus. La magie permet bien des choses, comme tu le sais, elle peut nous priver de tous nos sens : la vue, l'ouïe, l'odorat, le toucher, le goût. Elle peut aussi nous empêcher de bouger ou de parler. Je vais te jeter un sort qui te rendra sourd, puis je vais te toucher, Pup, et je veux que ce soit la seule chose que tu ressentes. »
Harry serra la mâchoire, le cœur de nouveau tambourinant furieusement sous ses côtes. Il ne dit rien, ne voulant en aucun cas que Severus sache la tempête qui faisait fureur dans sa tête et son ventre.
Il entendit un murmure, puis ce fut le silence absolu. Jamais son monde n'avait été aussi silencieux. Même le bruit de sa propre respiration lui était refusé. Harry déglutit, complètement perdu. Il bougea sa main, s'assurant qu'il le pouvait encore, puis sa cheville. Ces gestes, bien qu'infimes, firent une nouvelle fois légèrement balancer le sling. Loin de le rassurer, cela accentua sa peur. Il n'aimait pas ça ! Du tout ! Cette sensation désagréable de flotter qui n'avait rien à voir avec celle, adorée, quand il était perdu dans le plaisir, l'impression de ne plus être rattaché à rien. Et ce noir, ce silence, c'était oppressant. Harry sentit que la panique le gagnait, lentement mais sûrement.
Quelque chose le toucha, sur la cuisse, mais ce n'était pas la main de son Dom. C'était autre chose, de plus léger, de doux, comme une plume ou un tissu. Cette dernière idée s'inscrivit dans son crâne, de même que l'image d'un Détraqueur. Les dernières paroles de Severus se mélangèrent aux souvenirs de sa lutte contre ces créatures qu'il haïssait, quand Sirius et lui avaient été submergés par leur nombre.
Et si Severus l'avait laissé ? S'il lui avait aussi jeté un sort qui l'empêcherait de parler ? Comment ferait-il pour tout arrêter ? Pour l'alerter s'il y avait un problème ? Harry se mordit les lèvres. Il ne fallait pas qu'il cède à la panique, il était plus fort que ça, il était courageux, ce n'était rien, rien du tout, il était entre les mains de son Dom, il devait lui faire confiance, il devait éloigner toute sa peur, tous ses souvenirs atroces liés à ces créatures diaboliques et ce qu'elles signifiaient.
La chose sur sa cuisse remonta lentement, atteignit sa hanche. Quand elle arriva sur son ventre et que Harry sentit que le sling se mettait à tanguer un peu plus, il hurla, sans pourtant s'entendre.
« LILY ! NON ! LILY ! LILY ! »
Il n'avait pas fini le dernier mot que déjà, il entendait de nouveau, que son masque lui avait été retiré et que surtout, surtout, il était dans les bras de Severus qui le soutenait.
« Harry, calme-toi, ça va, tout va bien. Pup, arrête de te débattre, tu vas te faire mal, laisse-moi de détacher. »
« Aidez-moi, Monsieur ! Lâchez-moi, détachez-moi ! S'il vous plaît ! » haleta Harry, complètement paniqué.
« Oui, oui, je te détache, mais fais attention... Puppy ! » cria Severus alors que Harry se débattait encore. « Stop ! »
Harry arrêta ses gestes et écouta enfin, levant son visage vers l'homme qui le surplombait.
« Calme-toi, c'est bon, je suis en train de te détacher, c'est bon, » fit Severus d'une voix très douce tout en lui tenant le visage des deux mains. « Arrête de remuer, tu vas te faire mal, je te détache. »
Harry hocha lentement la tête et avala sa salive avec difficulté. Effectivement, Severus le détacha rapidement de sa prison flottante avant de le soulever pour le remettre sur ses pieds. Harry se cramponna aussitôt à lui.
« Tu trembles. Viens, Harry, viens. »
Severus l'entraîna sur le lit où ils s'assirent, côte à côte, Harry toujours accroché à lui.
« Je suis désolé, Monsieur. »
« Qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi cette crise d'angoisse ? »
« J'ai eu peur, c'était incontrôlable. Je pensais aux Détraqueurs, je savais plus si vous étiez là, et je me balançais, et putain, j'ai horreur de ce truc ! » fit Harry d'une voix chevrotante.
« Détraqueurs ? » s'interrogea Severus, surpris.
« Oui ! Je les déteste ! Je les déteste ! Comme ce truc, là ! Je le déteste aussi ! »
Severus passa ses bras autour du corps toujours tremblant et le berça doucement.
« D'accord, okay, tu vas te calmer et on va discuter de tout ça. »
« Je croyais que ça allait passer, mais c'est pas passé, ça a empiré, » gémit Harry.
Severus leva les yeux au ciel dans en maugréant intérieurement.
« Pourquoi ne m'as-tu pas dis que ça n'allait pas quand je t'ai posé la question ? »
« Parce que je voulais vaincre ma peur ! C'était ridicule, j'étais sûr que je pouvais y arriver ! »
Severus prit de nouveau le visage de Harry en coupe.
« Si tu avais peur, tu devais me le dire pour qu'on en discute avant que ça n'aille trop loin. »
« Mais je voulais y arriver, » protesta faiblement Harry, les yeux malheureux.
Severus plongea dans ces merveilleuses prunelles vertes, si belles, remplies d'émotions et de déception.
« On verra ça une prochaine fois, » murmura-t-il en caressant de son pouce la joue du plus jeune.
Sa main descendit dans le cou de Harry et commença à dégrafer le collier.
« Non ! Monsieur, s'il vous plaît, on va pas arrêter ? On a pas fini la séance ! »
« Si, Harry, on a terminé. »
« Mais non ! » protesta Harry.
Un atroce sentiment d'échec l'envahit, lui donnant un goût amer en bouche.
« S'il vous plaît, » gémit-il.
« Non, Harry, » persista Severus, fermement.
Il détacha le collier et le posa sur le lit. Harry ferma les yeux. Une énorme envie de pleurer l'étouffait. Il lutta contre ce sentiment qu'il jugeait indigne. Qu'il pleure lors d'une scène, passe encore. Durant ces moments-là il se permettait de se relâcher, mais ils n'étaient plus dans une scène, Severus l'avait définitivement arrêtée. Alors non, il ne se mettrait pas à pleurer comme un enfant capricieux. Il ne voulait pas décevoir encore plus Severus qui devait déjà le juger bien faible.
« Harry... »
Le jeune homme réalisa alors que le Dom l'appelait par son seul prénom depuis déjà plusieurs minutes. Cela renforça son impression de bêtise et d'incompétence.
« On a pas fait de scène, » murmura-t-il d'une voix ténue. « Et j'avais envie d'en faire une. J'en avais besoin. Et j'ai tout gâché. »
Severus le reprit contre lui, gentiment. Il lui frotta le dos, caressa ses épaules et ses cheveux.
« Arrête, tu te mets trop de pression, une nouvelle fois. »
Harry passa ses bras autour du cou de son Dom, luttant avec l'énergie du désespoir contre les larmes. Il se détestait, vraiment, il se détestait.
« J'en avais besoin. Monsieur, s'il vous plaît, j'en ai besoin. »
« Harry... »
Severus sentit le corps de Harry se crisper, ses poings se refermer sur ses omoplates.
« Allez... Tu as besoin de quoi, Puppy ? »
Comme il l'avait deviné, Harry se relâcha imperceptiblement à l'entente de son surnom.
« J'ai besoin de vous, Monsieur. »
« Pourquoi ? »
« Parce que je vous ai pas vu cette semaine. Presque pas. Et que la journée a été merdique, complètement merdique ! Et je voulais tellement qu'on ait une scène, tous les deux. Je voulais vous faire plaisir, et que vous preniez soin de moi. Et voilà, c'est foutu. »
Il y avait tellement de regrets dans la voix de Harry que cela en fut un véritable crève-cœur pour son Dom.
« Il n'y aura pas de scène ce soir, mais cela ne veut pas dire qu'on ne va pas passer du temps ensemble, ou que je ne vais pas m'occuper de toi, Pup. »
« S'il vous plaît, Monsieur, remettez-moi mon collier... »
« Non... Ça non. Mais on va rester ensemble. Allez, viens. »
Severus se redressa. D'un geste de baguette, il enleva la cage de chasteté à Harry qui vit cette dernière tomber au sol. Là encore, il lutta pour ne pas se jeter à genoux aux pieds de son Dom pour le supplier. Il savait que ça ne servirait à rien. Néanmoins, cette certitude n'arrangeait pas son mal-être.
« Viens, Harry, » répéta Severus en lui tendant la main.
Le jeune sorcier s'en saisit et se retrouva aussitôt debout, puis plaqué contre le torse de Severus. Instinctivement, ses bras retrouvèrent leur place autour du cou de l'homme.
« Je t'emmène, » chuchota Severus, ses lèvres effleurant l'oreille du garçon.
Cette simple phrase rasséréna le cœur endolori de Harry. Il ne dit rien, se laissa soulever tout en fermant les yeux. Severus avait dû s'aider d'un sort pour le porter, ce fut à peu près tout ce qu'il pensa alors que son Dom descendait les escaliers. Ils passèrent devant la chambre de Harry, qui se crispa légèrement, puis pénétrèrent dans celle de Severus. Celui-ci déposa sa charge sur son lit et le recouvrit des couvertures.
Harry ne parlait toujours pas, bien qu'il ait cette fois ouvert les yeux. Il regarda Severus qui se déshabillait, puis qui enfilait un pantalon de pyjama souple.
« Tu dors avec un caleçon et un t-shirt, c'est bien ça ? » lui demanda l'homme. Devant le hochement de tête affirmatif de Harry, il poursuivit. « C'est dans ton armoire ou sous ton oreiller ? »
« Oreiller, » murmura Harry, étrangement ému face à ces paroles pourtant simples et innocentes.
Severus lui caressa ses mèches rebelles sur le front et sortit de la pièce pour y revenir quelques secondes plus tard, les vêtements en main. Il aida Harry à se mettre en pyjama, comme si ce dernier ne pouvait le faire seul. Harry ne songea pas à protester. Déjà parce qu'il n'était pas sûr du tout qu'il se serait donné la peine d'enfiler ses vêtements sans l'aide de Severus, effectivement, et surtout parce que c'était agréable de sentir les mains de Severus sur lui, de le voir prendre soin de lui.
Ils s'allongèrent ensuite et, d'un même geste, se prirent dans les bras l'un de l'autre. Severus lui embrassa le front, gentiment.
« Ça va mieux ? »
« Beaucoup, » soupira Harry en calant son nez dans le creux du cou de Severus.
« Bien. Alors, c'est quoi cette histoire de Détraqueurs ? En quoi le sling a pu te déclencher cette crise, Puppy ? »
Harry passa sa langue sur ses lèvres avant de se lancer.
« Ils flottent... Ils flottent et on ne peut rien faire... »
Il déballa tout à Severus. Les sensations désagréables de balancement, de flottement physique, oui, qui venait faire écho à un sentiment plus intime d'incertitude, d'insécurité. Il reparla de Sirius, encore. Quand cesserait-il de parler de Sirius ? Sans doute jamais. Il enchaîna ensuite sur sa journée, ses cours, sa discussion avec Ron, puis revint sur la séance, avec cette fois l'impression de perte qu'avait entraîné le masque et sa surdité, ce qui avait fini de déclencher sa panique.
Tout le temps de son discours, parfois embrouillé, Severus ne cessa de lui caresser les cheveux et le dos par-dessus la protection de son t-shirt. À chaque fois que Harry et lui avaient parlé ainsi, c'était ce qu'il avait fait. Il se doutait que c'était réconfortant pour le garçon. Ces gestes, cette proximité, la chaleur de leurs corps sous les draps et la lumière tamisée, tout ceci créait un petit cocon de douceur et d'intimité propice à la confidence. Harry n'avait pas dû bénéficier très souvent de ce genre d'attention, de moment. Et pour être tout à fait honnête, Severus adorait cela également.
« Ce que je ne comprends pas, » finit-il par dire alors que Harry terminait une phrase. « C'est pourquoi cette surdité a été aussi difficile pour toi. »
« C'est un tout, avec le fait que je ne voyais rien. »
« Je t'ai déjà bandé les yeux plus d'une fois, pourtant. »
« Pas pareil. À cause du masque, déjà. Et puis... » Harry eut un petit frisson et se pelotonna un peu plus contre lui, comme toujours lorsqu'ils abordaient un point sensible. « Et puis, là, il y avait le sort. J'entendais vraiment, mais vraiment rien. Et vous aviez évoqué les autres sorts. Je me suis demandé comment je ferais si j'avais besoin de parler pour dire mes safe words. »
Severus le recula prudemment afin de le regarder dans les yeux.
« Pup, je n'ai jamais dit que j'allais te jeter d'autres sorts en plus de celui de la surdité. Jamais. Je ne t'aurais sûrement pas empêché de parler sans te donner l'opportunité d'utiliser tes safe words ou tout autre moyen de me faire savoir que tu voulais arrêter. C'est la base, Puppy. »
Harry baissa les yeux.
« J'ai cru... »
Il ne finit pas sa phrase alors que Severus soupirait.
« Une fois encore, tu as agi sans réfléchir. Ou plutôt, tu t'es emballé sur des suppositions, sans chercher à te souvenir de ce que je te disais, sans chercher à comprendre ou à simplement réfléchir. Et tu as foncé tête baissée dans ta peur. »
Harry prit les reproches en pleine figure, sachant que Severus avait raison.
« Pardon. »
Severus le reprit contre lui.
« Il faut vraiment que l'on travaille sur ce point. »
Harry hocha la tête en accord.
« Oui, parce que sinon, je recommencerai, et ça aura des conséquences désastreuses Sur nous, mais aussi dans ma vie professionnelle. Si je continue comme ça, je serai un épouvantable Auror. »
Severus se mit à ricaner doucement.
« Rien que cela ? Tu es encore dans l'exagération, Harry. Tu es jeune, ce n'est pas non plus illogique que tu t'emballes ainsi. Sans compter que tu es un Potter et un Gryffondor... Je n'arrive pas à déterminer ce qui est le pire, d'ailleurs, » finit Severus en marmonnant.
« Pourtant, c'est la vérité. Sirius est mort à cause de ça. J'ai pas le droit de recommencer. »
« Sirius n'est pas mort à cause de toi, Harry. Enlève-toi ça de la tête. »
Le garçon ne répondit rien alors que Severus reprenait ses caresses.
« Tu aurais dû me le dire plus tôt, Pup. Quand je t'ai demandé si ça allait. Tu aurais dû m'arrêter, pour qu'on discute. Et ainsi on aurait pu y aller plus doucement. »
« Je suis désolé, Monsieur, » répondit Harry rapidement.
Severus lui embrassa le dessus du crâne.
« Ce n'est aucunement un reproche. Juste une constatation. »
« Je voulais pas vous décevoir. Je voulais que vous soyez fier de moi. »
« Je suis déjà fier de toi. Et comme je te l'ai déjà dit : ce n'est pas parce que tu utilises tes safe words que je serai déçu. Cependant, Merlin m'est témoin que j'ai l'obscure impression de ne pas avoir fini de te répéter cette phrase. Encore. Et encore. Et encore. Et encore... Pire qu'un cours de potion. »
Harry pouffa contre lui, ce qui fit sourire l'homme.
« Le côté positif, c'est que nous avons découvert deux de tes limites. La perte des sens et la sensation du sling. On travaillera dessus durant les prochaines séances. »
« Ah... »
Le ton pour le moins dépité de la voix de Harry n'échappa pas à Severus.
« C'est aussi l'un des buts de nos scènes. Et puis... » Severus bascula légèrement sur Harry afin de le surplomber et le dévisager. « Tu n'as aucune idée d'à quel point tu étais excitant là-dessus. Je veux te faire découvrir tout le plaisir qu'on peut retirer du sling, Harry, au fait d'être porté ainsi, de... bouger... onduler... d'un lent va-et-vient. » Harry déglutit alors que les yeux noirs le dévoraient. « J'ai envie de te prendre sur ce sling, un jour. De te faire glisser sur mon sexe... »
Harry entrouvrit la bouche, la gorge soudainement sèche.
« Et si je n'y arrive pas ? » dit-il d'une toute petite voix.
Severus sourit.
« Tu y arriveras. »
« Mais si je n'y arrive vraiment pas ? »
Cette fois, Severus nota la pointe d'angoisse bien réelle, tant dans la voix que dans les yeux de Harry. Il passa sa main doucement sur ce visage qu'il trouvait fin, désormais, aux traits délicats bien que masculins. Il effleura de son doigt les sourcils noirs comme de l'encre, l'arête droite du nez, le contour de la bouche pleine.
« Alors si tu n'y arrives pas, ce ne sera pas grave, on fera autrement, » souffla-t-il.
Harry avala de nouveau péniblement sa salive.
« Je peux pas échouer. Je dois y arriver. »
« Harry... » soupira Severus.
« C'est vrai, Monsieur ! Je dois y arriver ! Si je n'arrive pas à surmonter ça, comment je ferai plus tard ? En tant qu'Auror ? J'aurai pas de safe words à ce moment-là ! Je dois y arriver ! » persista Harry.
« Harry, tu mélanges tout. Laisse ton futur métier là où il est, et notre vie privée là où elle doit être. Tu te mets vraiment trop de pression. Tu ne peux pas... » Severus relâcha un léger souffle tout en continuant de toucher affectueusement le visage soucieux du jeune homme. «Tu ne peux pas toujours tout réussir du premier coup, ou tout réussir tout court. C'est impossible. Souviens-toi ce que tu m'as dit au sujet de Remus et de ton apprentissage du patronus. C'est normal de faire des erreurs, de se tromper. D'échouer. »
« J'ai pas le droit. »
« Si. Si tu en as le droit. Comme n'importe quel être humain sur cette Terre. Et même si tu penses ne pas en avoir le droit, cela ne voudra pas dire que ça ne t'arrivera pas. Juste que tu en souffriras plus. Harry, ce n'est plus la guerre. Je sais qu'autrefois tu pensais ne pas avoir le droit d'échouer, parce que le monde sorcier comptait sur toi. Et le monde entier de ce fait. Mais c'est fini. Fini, tu comprends ? »
« Quand je serai Auror... »
« Quand tu seras Auror, tu auras une formation, tu ne seras pas seul, et quand tu te trouveras dans des situations difficiles et même si ta vie ou celle d'autres personnes est en jeu, alors tu feras de ton mieux. Ce sera tout ce qui compte. »
Harry le regardait avec une telle intensité. C'en était presque douloureux, pensa Severus.
« Je... J'ai peur de ne pas y arriver. De pas supporter si, par ma faute, d'autres personnes meurent. Remus m'avait dit que ma plus grande peur, c'était la peur elle-même. Il faut croire qu'il avait tort. »
« Non. Non, il avait raison, » le contra Severus. « Pourtant, tu vas devoir apprendre à accepter le fait de faire des erreurs, de vivre des échecs. Et à te pardonner le cas échéant. Si tu penses que c'est trop dur, peut-être que tu devrais réfléchir à un autre métier, » fit Severus, en attente d'une réaction qui ne tarda pas.
« Non ! Hors de question ! Je veux être Auror, j'ai ça dans le sang ! »
Severus eut un petit sourire narquois.
« Je le pense aussi. Tu vas encore apprendre. Grandir. Mûrir. Et je sais que tu seras un incroyable Auror. Courageux comme il se doit. Mais pour être aussi formidable que tu peux l'être, tu vas devoir aussi relâcher un peu de pression et cesser de toujours te mettre des limites insurmontables. Et c'est aussi pour cette raison, qu'ici, dans le cadre de notre relation, nous allons tenter de franchir les limites que nous venons de mettre à jour. »
« Et si je n'y arrive pas... »
Severus lui ferma la bouche d'un doigt posé sur ses lèvres.
« Alors cela n'aura pas d'incidence. Ni sur nous, ni sur ta vie professionnelle. Je pense qu'un succès t'aiderait, que ce soit ici ou ailleurs, parce qu'il te donnerait un peu plus confiance en toi. Néanmoins, un échec ne signifierait rien d'autre que tu n'aimes définitivement pas cela. Tu comprends ? »
Severus ne dit plus rien. Il se contenta d'admirer Harry, de caresser Harry. Merlin, il était...
« Tu es si fort, Harry. Tellement plus fort que tu ne l'imagines. Alors, ne pas réussir à faire quelque chose ne doit pas te faire douter de ta vaillance ou de toutes tes autres qualités. »
Oui, il était fort. Et en même temps, alors que ces prunelles vertes le regardaient comme ça, si avides de ses mots, de son soutient, il était si...
Fragile...
Severus chassa la voix d'Alan dans sa tête. Non, pas fragile. Vulnérable. Incertain. Parce qu'il avait été brisé tant de fois depuis la mort de ses parents.
Harry cligna des yeux, se colla un peu plus contre lui. Severus se rallongea, le prit dans ses bras.
« Monsieur, » murmura Harry. « J'ai besoin... »
« Besoin de quoi ? » demanda Severus sur le même ton.
« De vous, Monsieur. »
Harry leva le nez vers celui de Severus, plongea ses yeux dans les siens.
« Est-ce que je peux ? Est-ce que vous voulez bien ? Juste ça, pas plus... »
Il avança doucement sa tête, en attente d'un refus qui ne vint pas.
Leurs lèvres se touchèrent, se frôlèrent, avant de glisser avec plus de pression. Harry ouvrit sa bouche et Severus accepta l'invitation qui lui était donnée. Il pénétra l'antre chaud, humide et surtout diablement accueillant.
Les baisers étaient doux, tendres, tout comme les caresses de Severus sur le corps de Harry. Il avait passé ses mains sous le t-shirt, mais elles restaient sages. Ce n'était pas des baisers faits de passion ou de désir sexuel. Ce n'était pas des caresses faites pour exciter ou aguicher.
Non, tout n'était fait que pour l'apaisement, le réconfort, assouvir des désirs sages et paisibles. C'était pour Harry. Pour le bien-être de Harry. Même si Severus devait s'avouer que c'était plus que plaisant. Bien plus. Il aimait ce qu'il faisait au jeune brun, il adorait cela. Les baisers sur ces lèvres douces, leurs langues qui se mouvaient ensemble, la sensation de la peau chaude et veloutée sous ses paumes, l'odeur de Harry quand il lui embrassait le cou, les légères pulsations du pouls sur la gorge qu'il ressentait de ses lèvres, et les cheveux fous qui lui chatouillaient le nez quand il lui parcourait les tempes, les oreilles et le front.
L'instant de tendresse pure dura de longues minutes, jusqu'à ce que l'un comme l'autre en soient rassasiés. Puis Harry cala sa tête sur le creux de la clavicule de Severus, laissa ses doigts voyager sur le torse de l'homme, et s'endormit avec la sensation des baisers sur sa tête.
Severus trouva le sommeil bien après lui. Il réfléchit encore à tout ce qu'ils s'étaient dit, aux craintes de Harry et à la façon de les dépasser. Dans le noir désormais retrouvé de la chambre, il se demanda s'il devait avouer dès le lendemain au jeune sorcier qu'il avait vu Alan. Lui, et bien d'autres au club, étaient impatients de découvrir son nouveau sub. Alan et lui avaient décidé que la future démonstration de Shibari serait l'occasion rêvée de le faire. Harry était fabuleux dans ce rôle. Les photos, faites lors des différentes scènes entre eux, superbes. Alan allait, dans la semaine, les placer au St Sebastian. Nul doute qu'elles déchaîneraient les ardeurs.
Néanmoins, avant de faire son entrée par la grande porte aux côtés de son Dom, Harry était attendu à ceux d'Alan. En toute logique, le week-end suivant, son sub devrait passer quelques heures avec lui. Severus embrassa une nouvelle fois le front de l'endormi qui respirait calmement. Pour la première fois de sa vie, il n'aimait pas l'idée de laisser son sub entre les mains d'Alan. Ni de personne. Quant à ce futur métier d'Auror, il lui envoyait déjà des sueurs froides dans le dos. Harry était encore tellement buté, impulsif et imprudent. Il ne voulait pas qu'il lui arrive quelque chose de mal. Qu'il le perde.
… … …
« Je suis impatient de rencontrer tes amis. C'est vraiment sympa à eux de nous avoir invités. Tu penses que, comment elle s'appelle déjà ? Hermione ? Aimera les fleurs ? »
Harry jeta un regard distrait au bouquet que tenait Alex tout en se grignotant le peu d'ongle qui lui restait.
« Elle va adorer. Je pense pas que Ron lui en offre souvent. »
« C'est dommage. Des fleurs, ça fait toujours plaisir. Lewis m'en offre très souvent. Il sait que j'aime ça. À moins que ce soit parce qu'après, je le remercie au lit, » rigola Alex.
Harry fit la grimace. Poisse, si même Alex se mettait à raconter ce genre de truc, il était foutu. De toute façon, il était foutu. C'était tout bonnement impossible qu'Alex et Ron ne fassent pas une gaffe, chacun dans leur genre. Severus avait eu beau le sermonner qu'Alex était largement capable de tenir sa langue, Harry doutait. Certes, le jeune homme ne parlerait pas du côté BDSM, mais du fait d'être gay ? Autant demander à Voldemort de danser la polka avec Dumbledore.
Alors qu'il pensait sérieusement au fait de partir en courant aussi courageusement que cela était possible, la porte s'ouvrit, révélant Hermione, un grand sourire aux lèvres et, miracle, les cheveux à peu près convenables.
Les présentations furent faites, les fleurs déposées dans un vase et placées sur la table basse, autour de laquelle Ron, Hermione, Harry et Alex s'installèrent.
« Je suis un peu surpris, » déclara Ron tandis que Harry jetait des coups d'œil furtifs autour de lui, cherchant à découvrir si ses amis n'avaient pas oublié quelque chose de sorcier qui les trahirait.
La question du rouquin l'interrompit dans sa chasse oculaire, le faisant se retourner vers le sixième fils Weasley qui avalait d'innocentes cacahuètes.
« À quel sujet ? » lança-t-il abruptement.
« Ben, par rapport à toi, Alex, » fit Ron en s'adressant au jeune homme brun qui piochait pour sa part dans les mini-saucisses.
« Ah bon ? » dit Alex alors que Harry avait le sentiment de pâlir.
« Ouais, je savais pas que Harry avait des amis... ben... plus vieux que nous, sans vouloir te vexer. »
Harry poussa un léger soupir de soulagement alors qu'Alex se mettait à rire.
« Eh, je suis pas si vieux que ça ! Je vais avoir vingt-quatre ans. Will et Dorian vont sur leur vingt-cinq. Et maintenant on a notre petit dernier, hein bébé? » déclara Alex avec un grand sourire.
Il attrapa Harry par le cou et lui frotta les cheveux de sa main, faisant rire le plus jeune, bien que ce dernier soit encore clairement stressé. Ron et Hermione les regardèrent, dubitatifs.
« Euh... Bébé ? »
Harry se sentit cette fois rougir tandis que Ron le dévisageait.
« Oui, ça c'est notre ami Will qui lui a trouvé ce surnom. Ça lui va tellement bien, vous trouvez pas ? »
« Alex, arrête, » marmonna Harry, gêné.
« Oh, Harry, détends-toi un peu. C'est plutôt mignon, comme surnom, » fit cette fois Hermione en venant s'asseoir sur l'assise du canapé, à côté du jeune sorcier brun.
Elle lui prit la main et le regarda avec gentillesse.
« Détends-toi. Tout va bien se passer. Nous sommes tous tes amis, après tout. »
Harry hocha la tête, toujours inquiet malgré les belles paroles de la jeune fille.
« Et comment vous vous êtes rencontrés, du coup ? » demanda Ron à Alex tout en s'envoyant une nouvelle poignée de cacahuètes dans le gosier.
Harry jeta un regard suppliant à Alex. La question redoutée était arrivée. Ils en avaient discuté sur le chemin quand Harry était passé prendre son ami. Il ne voulait pas que Ron et Hermione apprennent pour son nouveau mode de vie, tout comme il ne voulait pas qu'ils sachent que c'était Severus qui l'aidait. Alex avait parfaitement compris et l'avait rassuré. Ni lui, ni les deux autres ne vendraient la mèche. Eux non plus ne clamaient pas sur tous les toits ce qu'ils faisaient dans l'intimité, ni leur penchant pour la soumission. Quant à Severus, étant donné qu'il était leur ancien professeur et qu'il exerçait encore dans l'établissement où étaient scolarisés Ron et Harry, Alex avait trouvé normal son souhait de discrétion. Trop heureux de cette entente entre eux, Harry n'avait pas osé aussi demander à Alex de taire ses préférences sexuelles. Cela lui avait semblé étrangement injuste envers son ami. Comme si ce qu'était Alex - et ce qu'il était sans doute, lui aussi - devenait honteux. Il ne voulait pas donner ce sentiment-là à Alex.
« Eh bien... Disons qu'on s'est rencontré grâce à Sebastian. »
« Sebastian ? » questionna Hermione.
« C'est... » Harry prit une courte inspiration tout en se tripotant le poignet et ses bracelets. « C'est le nom de celui qui m'aide, » lâcha-t-il enfin.
Un petit silence s'ensuivit, Ron et Hermione le dévisageant, cette fois clairement étonnés.
« Sebastian ? Je... c'est... enfin, je ne connais personne de ce prénom... » fit Hermione.
Harry comprit parfaitement ce que son amie sous-entendait, à savoir qu'elle ne connaissait aucun sorcier de ce prénom. D'ailleurs, elle jeta un regard profond à Alex, avant de revenir sur Harry.
« Mais... Enfin, oui, je suis surprise. J'avais crû comprendre que l'homme qui t'aide était une connaissance de la directrice. Alors... eh bien, comment il a pu te présenter à tes nouveaux amis ? »
Ce fut Alex qui regarda cette fois Harry avec surprise, tandis que le jeune sorcier sentait son cœur s'emballer.
« C'est... Oui, il connaît effectivement McGonagall, » Harry passa une main nerveuse dans ses cheveux et jeta un coup d'œil nerveux à chacune des trois personnes qui l'étudiaient. « Mais, hum... Disons qu'il s'occupe, avec d'autres personnes, d'un... euh... d'un groupe, à Londres. Des gens avec qui on partage... certaines choses... et... c'est comme ça que j'ai rencontré Will, Dorian et Alex. »
Harry se tordit les mains, qu'il découvrit moites.
« Écoutez, vous savez tous que j'ai pas vraiment envie de parler de ça, » tenta-t-il de se reprendre, avec plus de conviction dans la voix.
« Vous êtes une sorte de groupe, alors ? » le coupa Hermione en posant la question à Alex cette fois-ci. « Comme, je ne sais pas... la première chose qui me vient à l'esprit c'est les alcooliques anonymes. Tu vois ? Des gens qui ont des points communs, qui se rencontrent et discutent. Pour aller mieux. Comme... » elle tourna de nouveau son visage vers Harry. « Comme toi, Harry. Je veux dire, comme tu nous as dis que tu avais besoin de faire. Que cet homme t'aidait et que tu avais besoin de lui pour aller mieux. »
Harry soupira et se prit la tête dans les mains.
« Je... oui... on peut dire ça comme ça. On peut changer de sujet, maintenant ? »
Alex tapota l'épaule de Harry, en réconfort.
« Allez, bébé, on sait que c'est dur pour toi en ce moment et que tu stresses parce qu'on se rencontre pour la première fois. » Il sourit à Ron et Hermione. « Oui, pour faire simple, on s'est rencontré dans ce genre de groupe. Sebastian est un mec bien qui s'occupe d'autres personnes. Et là, il est avec Harry. Je le connais depuis quelques années, Will aussi. Dorian a été l'un de ses... protégés, autrefois. Mais sérieux, Harry, tu te mets vraiment trop de pression. Respire, on va parler d'autre chose, d'accord ? Et puis, c'est pas comme si on avait des choses atroces à se cacher ou si on avait tué quelqu'un, non ? » finit-il en riant.
Ron et Hermione eurent un rire crispé alors que Harry enfonçait un peu plus sa tête entre ses mains.
« Non, c'est certain, » fit pourtant Hermione avec aplomb.
« Et vous ? » demanda cette fois Alex. « Vous vous êtes connus au collège, c'est ça ? Et toi aussi tu as raté tes A-levels, Ron ? »
« Mes quoi ? » commença Ron avant de se rattraper alors que Hermione lui faisait les gros yeux. « Oh, oui, oui, c'est ça, mes Levels machin, ouais. C'est... ben l'année dernière a pas été une bonne année, pour 'Ry et moi. Et d'autres. J'ai été malade, mon frère est mort... enfin, ce genre de trucs, quoi, » fit Ron devant un Alex qui le regardait, bouche bée.
« Ah... Euh, ouais, effectivement, ce genre de trucs » répéta-t-il, éberlué. Il se tourna vers Harry qui s'était avachi sur le canapé, proche du désespoir. « C'est, euh... je savais pas tout ça. »
« Ah bon ? » s'étonna Hermione. « Je pensais que votre groupe était là pour ça, pour parler de ce genre de problème, justement. Comme a connu Harry. »
« Bon, et si on parlait réellement d'autre chose ? » s'énerva le garçon. « J'ai pas envie de parler de ce que je fais avec Sebastian, ni dans le groupe, ni de cette putain d'année d'étude à St Poudlard, okay ? »
« Et, hum, tu fais quoi, toi, Hermione ? » demanda Alex, espérant que Harry se détende avec cette question qu'il estimait sans risque. « Tu continues tes études ? »
« Non. Je travaille dans une administration qui s'occupe du droit des animaux. »
« Oh, c'est vrai ? C'est génial ! Elle s'appelle comment ? »
Le moment de flottement qui s'ensuivit aurait pu être drôle si Harry n'était pas aussi désespéré.
« C'est... un service de l'État. À Londres. Ministère, » fit Hermione en se levant. « Tu viens, Harry ? J'ai besoin d'aide en cuisine. Ron, installe donc Alex à table, s'il te plaît. »
Harry se leva précipitamment et se réfugia dans la cuisine en compagnie de son amie, tandis que Ron et Alex, aussi étonnés l'un que l'autre bien que pour des raisons différentes, se levaient également pour se mettre à table.
« Putain, c'est un désastre ! » gémit Harry avec une folle envie de se taper la tête contre le mur.
« Ne dis pas n'importe quoi, tout se passe très bien. Ton ami est très sympathique et il a raison : tu te mets trop de pression. On va tous finir par croire que tu veux nous cacher des choses graves en te comportant ainsi, » dit Hermione tout en collant un saladier dans les main du jeune homme. Elle lui sourit et, à la surprise de Harry, l'embrassa sur la joue. « Relaxe, Harry. On va simplement passer une bonne soirée entre amis. C'est tout. »
Harry dût convenir que Hermione avait raison. Le repas se passa bien, chacun se détendit. Les discussions reprirent, dans la bonne humeur. Harry ne pouvait qu'espérer qu'aucun de ses amis ne comprennent ce que les autres avaient à cacher, ce qui semblait être le cas. Il y avait bien parfois un regard étonné, des sourcils qui se fronçaient du côté des sorciers comme du Moldu, mais rien d'alarmant.
Pourtant, il aurait dû savoir que dans le monde merveilleux de Harry Potter, il y avait toujours une couille qui venait se glisser dans le potage. Là, en l'occurrence, ce fut plutôt une paire de couille alors que la glace que leur avait servie Hermione pour le dessert finissait d'être dévorée. Le téléphone d'Alex sonna, le jeune homme le prit, un peu contrarié, avant que son visage ne s'éclaire. Il s'excusa d'un geste de la main, se leva et décrocha.
« Salut chéri ! Ça va ? »
Harry, une fois de plus, se sentit pâlir tandis qu'Alex poursuivait sa conversation, sans se douter le moins du monde de l'état émotionnel de son ami.
« Oui, je suis avec Harry. Tu as eu mon message, alors, ou tu viens de rentrer à la maison ? Oui, c'est des amis à lui, de son école. Non, non, t'inquiète pas. Non, c'est bon, Harry me raccompagnera, te dérange pas. Tu vas te coucher ou tu m'attends ? Vrai ? Vraiment vrai ? » Alex eut un petit rire, que Harry aurait pu juger adorable dans un autre contexte, mais clairement, en cet instant, il le trouva plutôt suspicieux. « Arrête... Oui... Oui, moi aussi. Je te laisse, mon cœur, on avait pas fini de manger et c'est pas très poli... Oui...Oui, moi aussi. Bisous. J'taime, amour. »
Il raccrocha et revint à table avec un sourire d'excuse. Harry se sentit quant à lui revivre : rien dans ce qu'avait dit Alex ne pouvait laisser deviner que...
« Scusez-moi, c'était Lewis, mon chéri. Il est flic et là, il était parti pour trois jours en formation. Je lui avais laissé un message pour lui dire que je serai pas là, il s'inquiète facilement quand je suis pas à la maison quand il rentre. »
… au temps pour lui. Harry se retint de gémir alors que Ron regardait Alex avec des yeux ronds et la bouche ouverte. Hermione fut plus discrète, bien que son regard passât rapidement d'Alex à Harry. Le silence qui suivit ne dura pas longtemps, car, comme Harry le prédit en même temps, Ron décida de fermer et d'ouvrir de nouveau sa bouche, cette fois pour parler et mettre ses grands pieds dans le plat.
« Tu es homo ? » s'exclama-t-il.
Alex regarda les trois convives.
« Euh... Eh bien, oui... »
« Pourquoi tu l'as pas dit, Harry ? » fit Ron.
« Et pourquoi je te l'aurais dit ? » s'énerva derechef Harry. « En quoi ça te regarde ? Quand on te présente quelqu'un, c'est ce que tu as l'habitude qu'on te dise ? Oh, bonjour, je vous présente Bidule, il est hétéro, » se moqua le sorcier brun. « Non ? On te le fait pas ? Alors je vois pas pourquoi j'irai te raconter la sexualité d'Alex simplement parce qu'il est gay ! »
« Relax, mec, c'était pas méchant ce que je disais, » se défendit Ron. « J'tassure, Alex, c'était pas une critique. »
« Y'a pas de souci, » tempéra Alex. « En fait, je pensais moi aussi que vous étiez au courant. »
« Non, je leur avais pas dit, » rumina Harry.
« C'est pas grave, Harry, » répéta Alex.
Il se mit à rire gentiment tout en regardant Ron et Hermione.
« Et puis, ben comme ça, maintenant, vous savez. De toute manière, vous l'auriez vite compris si Will était venu ce soir ! Parce que lui, il peut pas tenir plus d'un quart d'heure sa langue sans déclamer haut et fort son amour pour la bite ! »
La tête de Harry s'écrasa lourdement sur la table alors que la fourchette de Ron chutait dans son assiette et que Hermione poussait un petit hoquet de surprise.
Alex comprit aussitôt sa bourde.
« Ah... euh... donc vous saviez pas non plus... »
« Non... non, ils savaient pas... » murmura Harry sans relever son visage.
« Eh bien, » se mit à rire Hermione.
Pour le coup, Harry daigna se redresser, surpris d'entendre la jeune fille partir dans un fou-rire. Elle s'esclaffa encore un moment, entraînant avec elle Alex.
« Je crois que votre ami Will a l'air... intéressant, » dit-elle en s'essuyant une larme.
« Oui, je te confirme, » dit Alex. « Il est atrocement grossier et c'est un vrai obsédé. Mais il est adorable et il est marrant. Enfin, si ça te choque pas d'entendre les mots bite, couille et de parler sexe toutes les dix minutes. »
« J'avoue que j'ai hâte de le rencontrer, on ne doit pas s'ennuyer avec lui. Et Dorian aussi est... » fit Hermione sans finir sa phrase.
« Oui, aussi, » dit Harry, toujours un peu tendu.
« Oh, Harry, décoince-toi ! Et toi aussi, Ron ! Ferme donc cette bouche ! Eh, les gars, on a dix-neuf ans ! Si on peut pas plaisanter de façon un peu olé-olé à nos âges, on va le faire quand ? » fit Hermione, tout sourire.
Pour le coup, ce fut Harry qui sentit sa bouche s'ouvrir stupidement.
… … ...
La soirée était finie. Comme promis, Harry mettait son manteau en même temps qu'Alex. Ce dernier avait hâte de retrouver Lewis et attendait déjà dans le couloir son ''chevalier servant'', comme il avait appelé Harry, pour le raccompagner chez lui.
« On a passé une très bonne soirée, » fit Hermione en prenant le sorcier contre elle. « J'espère qu'on aura l'occasion de se revoir avec tes amis Moldus. »
Harry sourit et serra à son tour la sorcière contre son cœur.
« Merci, Hermione. »
« Tu sais, Harry, on est tes amis. Peu importe... Peu importe ce dont tu as besoin et ce que tu fais dans le monde moldu. Tout ce qu'on souhaite, c'est que tu sois heureux, c'est tout, » dit Hermione, ses yeux bruns fixant les verts.
Harry hocha la tête, sans répondre. Enfin, sur un dernier au revoir, les deux invités partirent, laissant Hermione refermer la porte derrière eux. Elle se tourna vers Ron, qui se tenait à deux pas d'elle.
« Bon, eh bien tu avais raison, Ron. Il n'y a plus qu'à attendre la suite, » soupira-t-elle.
… … …
À suivre
… … …
