Chapitre 10
Jour 11
Pierre de Mondres leur avait vivement conseillé de prendre le tramway pour rejoindre le centre ville de Lille. Ils partirent du lieu du crime, qui se trouvait dans le quartier commercial de Roubaix. Sherlock regardait défiler le magnifique paysage urbain et ne regretta pas d'avoir écouté le jeune légiste. Loin de correspondre aux écrits sur les corons et les mines, le tramway traversait un quartier réputé bourgeois. Croix était une de ces villes les plus riches de France inconnues du commun des mortels, et elle abritait de nombreuses fortunes industrielles. Certaines maisons n'étaient pas sans rappeler les fameux châteaux construits par Louis II de Bavière. Villas ornées de mini-tourelles colorées, demeures à l'alsacienne outrageusement discrètes, jardins secrets enfuis derrière des mètres et des mètres de haies le grand boulevard qu'ils traversaient reliait Roubaix à la capitale du Nord : Lille.
Sherlock Holmes avait découvert la veille un second indice les menant aux Pays-Bas. Après la surprise du fromage hollandais, ils avaient trouvé non loin des corps le reçu d'une location de bicyclette d'Amsterdam. Dorénavant, deux preuves liaient les meurtres aux Pays-Bas, et plus précisément à sa capitale. La réputation sulfureuse de la ville ne faisait que renforcer les soupçons de l'A Alpha. Il leur fallait donc se rendre à Amsterdam.
Or, ce matin même, ils avaient reçu un appel de Donovan et du vrai Dimmock. Deux nouvelles victimes avaient été découvertes à Bruges, en Belgique. Même Mycroft Holmes sembla prendre goût à l'affaire, au grand désarroi de Sherlock, car il reçut également un court SMS leur demandant de se joindre à la police belge. Ce nouveau rebondissement leur fit reconsidérer l'itinéraire prévu et ils projetèrent donc de s'y rendre dans la journée. Changement de plan cependant car John avait jugé préférable de visiter Lille avant de partir. Ils s'étaient alors donnés quelques heures dans l'après-midi pour faire le tour des principaux monuments, avant de louer une voiture à destination de la ville flamande de Brugge. La Venise du Nord était réputée pour son architecture médiévale. Classée patrimoine mondial de l'Unesco, elle était également très fréquentée par les touristes. Ayant la particularité de ne se trouver qu'à une heure de Lille en voiture, nombre de touristes européens passaient par cette ville avant de rejoindre les Pays-Bas.
L'affaire prenait désormais un tournant européen. Le Royaume-Uni, la France et la Belgique étaient tous les trois au cœur de l'affaire de l'Eventreur. Les éventreurs, rectifia Sherlock. Ils avaient réussi tant bien que mal à enquêter sur les deux derniers corps. D'ailleurs, Sherlock était maintenant connu du service de police français comme étant un sergent aussi intelligent que violent : un véritable A Alpha en somme. John, cher John, avait acquis une réputation sulfureuse -pour son plus grand malheur- en raison de son odeur particulièrement alléchante dont il ne parvenait toujours pas à se défaire, malgré tous les gels douches et parfums achetés. Même Sherlock souffrait devant cet étalage d'hormones, et sa profonde affection -il se savait amoureux- n'arrangeait en rien la situation. Quant à Lestrade... l'inspecteur semblait avoir gagné la confiance de ses pairs français. Deubré le respectait et le reste de l'équipe osait à peine le côtoyer. Non pas par dépit, mais par crainte. Sherlock ne parvenait pas à trouver la raison exacte, mais il soupçonnait l'incroyable bleu sur la joue gauche du DI de ne pas y être étranger. Bref, ils avaient réussi à s'imposer face aux français et ceux-ci leur avaient promis une totale coopération dans le cas où ils trouveraient d'autres indices.
*xXx*
John descendit le premier du tramway, suivi de près par un Sherlock qui lui collait aux basques ces derniers jours et un Lestrade maussade traînant des pieds. Ce dernier était éreinté par les derniers évènements, et son divorce ne faisait que rajouter des problèmes. La veille au soir, John avait surpris Greg en pleine dispute avec sa future ex-femme, comme son ami aimait désormais l'appeler. Bien entendu, il était inquiet pour le DI, surtout que celui-ci n'avait pas pris de vacances depuis bien trop longtemps pour sa santé physique et morale. Et il dégageait une senteur très spéciale que le B Oméga n'arrivait pas à reconnaître. Bêta ou Alpha, Lestrade cachait certainement quelque chose. Restant fidèle à son tempérament discret, John décida de ne rien dévoiler à Sherlock. Il avait eu raison de mettre ses deux compagnons de voyage au repos cet après-midi !
Ils avaient décidé d'un commun accord de commencer par le Palais des Beaux-Arts. Ce dernier était réputé comme étant l'un des plus grands musées d'Europe et proposait d'innombrables œuvres d'arts. Situé à l'arrêt République Beaux-Arts en métro, le musée imposait par son architecture néo-classique empreinte de modernité via sa façade arrière recouverte de verre. En cette haute saison, ils furent surpris de voir la faible fréquentation des lieux. Le beau temps doit y être pour quelque chose. La grisaille est fameuse à Lille comme à Londres !
Les œuvres flamandes et hollandaises dominaient particulièrement la collection du musée, non pas par leur nombre -car le Palais regorgeait d'œuvres datant de l'Antiquité à la fin du XIXè siècle-, mais par leur imposante présence. John sentit toute l'importance de la culture flamande dans cette ville qui, malgré son appartenance à la France, reflétait la sourde fierté des gens du nord. Traversant les galeries aux murs en pierre blanche, ils atteignirent la collection de peintures paysagères flamandes. La lumière naturelle accentuait les contrastes des couleurs d'automnes. Paysages plats, représentations de la vie bourgeoise et humble des gens d'époques... Ils passèrent devant plusieurs tableaux de maîtres flamands inconnus du public lambda. Quelques rares visiteurs déambulaient entre les tableaux tandis que Sherlock virevoltait d'une nature morte au portrait sérieux d'un quelconque bourgeois. Si John ne le connaissait pas autant, il aurait juré que l'A Alpha cherchait une œuvre précise. Or, ce dernier devait sûrement laisser libre court à son esprit pétillant. Sherlock tournoya avec grâce vers un autre tableau.
Que m'arrive-t-il ?
Jusqu'alors il n'avait jamais réellement prêté attention à son colocataire. Mais il ne pouvait s'empêcher de remarquer les rayons disparates éclairant la peau déjà immaculée du détective. Vêtu d'une simple chemise noire, boucles au vent, ce dernier bougeait majestueusement entre les différents tableaux, tantôt s'exclamant de plaisir, tantôt impassible. Toute son aura d'A Alpha dégageait un arôme subtil qui repoussait aussi fortement qu'il attirait les visiteurs. Un A Alpha ne passait jamais inaperçu, mais la confiance triomphante du détective ne faisait qu'accentuer les réactions. Et John faisait parti des admirateurs.
Durant le restant de leur visite, il suivit inconsciemment son ami sans le quitter du regard, oubliant les sculptures, les illustrations, les tableaux et toutes les œuvres d'art au profit de la silhouette élancée et si gracieuse de Sherlock. Et jamais il ne remarqua le regard mélancolique de Lestrade sur lui.
Sherlock Holmes se sentait renaître dans cet environnement calme et ensoleillé. A la fois énergique et paisible, Lille offrait à la population locale la dose de champêtre manquante aux grandes métropoles. Il remercia intérieurement John de leur avoir offert cet après-midi. Même son palais cérébral avait besoin de repos, et la citadelle constituait un cadre idyllique.
Assis à ses côtés, John dégustait une glace achetée non loin de leur lieu de repos. Lestrade téléphonait à quelques mètres, encore occupé par sa future ex-femme qui désirait vendre coûte que coûte leur appartement. Comment une Bêta pouvait-elle avoir aussi mauvais caractère ? Il n'en avait aucune idée et s'estimait heureux de n'avoir jamais cédé à la pression familiale et avoir épousé un Oméga ou Bêta. Certes, il vivait avec John, mais ce dernier était d'une singularité toute particulière. Fiable, discret, brave et intelligent, l'ex militaire laissait rarement indifférents les Alphas croisant leur route. De plus, approchant dangereusement de sa période d'indisposition, il les attirait désormais comme des mouches... Il devrait faire plus attention s'il tient tant à sa virginité !
Il observa l'Oméga. Ce dernier était occupé à lécher avec délice sa glace, penché sur le côté, découvrant son cou bronzé au détective. Il émit innocemment un bruit de succion et gémit de plaisir. Sherlock agrippa un pan de son jean noir.
Une goutte de crème glacée s'échappa malencontreusement du cône. Faisant entrevoir un bout de langue rosie, John lécha le cône sur toute sa longueur et gémit de plus belle. Le soleil aidant, la glace fondait de plus en plus vite et les coups de langues de John s'accélèrent. Bon Dieu !
Une vague de chaleur se forma dans son bas-ventre. Une brise caressa les cheveux blonds du médecin... Chocolat-vanille et Oméga John envahirent les narines de Sherlock qui ne quitta plus le médecin des yeux. Bon sang, retiens-toi ! Le détective essaya de se concentrer sur autre chose, mais un autre gémissement s'échappa de son ami. Le fixant à nouveau, il croisa le regard de ce dernier.
Oh !
John examina son voisin, la glace oubliée. Ce dernier s'agrippait au tissu de son jean et semblait profondément agité. Pupilles dilatées, souffle saccadé, il fixait John d'un regard perçant et prédateur.
John se sentit rougir et se détourna rapidement de Sherlock.
Un Oméga bientôt en chaleur et un A Alpha à quelques centimètres quelle issue pouvaient-ils avoir ?
A deux heures d'Eurostar et une heure de décalage horaire, Londres s'agitait sous une pluie battante. Les citadins courraient en tous sens dans l'unique but d'éviter l'humidité. Si on filmait la ville d'en haut, on verrait sûrement une fourmilière grouillant et gigotant se précipitant vers les tanières. C'est fou comme les gens peuvent agir en brebis parfois !
Elle continua sa route d'un pas décidé, ignorant les regards indignés des londoniens. Qui pouvait se promener tranquillement sous une telle pluie ? Rien de spécial comparé à la mousson Amazonienne ou la fête de l'eau en Asie du Sud-Est, marmonna-t-elle. Elle mourrait de faim et était presque arrivée au domicile de son ami. Avec un peu de chance, ce dernier serait chez lui. Rares étaient les personnes qui travaillaient au-delà de vingt et une heures au bureau. Mais son ami était une exception.
Bon... Ben je remercie Roxanne33 pour sa phrase: "Tu t'en sors bien je trouve"... bref, ça veut dire tout et rien dire, mais on verra! Je tâte le terrain, car je prévois, comme toute bonne "ficteuse" d'Omégaverse de mettre du piment dans l'histoire. Vous m'en direz un peu plus! Si c'est court, et bien désolée! Je suis novice en la matière et après cinq lignes, j'étais déjà cramoisie. *^^*
Les chapitre 11 et 12 seront longs, ça devrait contrebalancer mon manque d'inspiration! Ils devraient suivre rapidement.
Bonne lecture et soyez patients (je vais m'entraîner à écrire d'autres scènes, promis!).
