A/N : Merci pour les reviews qui font toujours très plaisir. Ce chapitre avait été difficile à écrire parce qu'il marque un avancement dans l'enquête. Pas toujours facile de faire en sorte que tout s'imbrique, sachant que la suite n'est pas finie d'écrire. Pour la fin, je me suis inspirée d'un épisode de The Inside (oui je sais j'adore (ais, snif) cette série), bien que j'ai changé beaucoup de choses pour que ça colle à Bones et à l'histoire.
Bonne lecture !
Chapitre 10 : La nuit porte conseil
Elle ne l'avait jamais vu comme ça. Jamais. Elle s'était bien conduite, pourtant. Elle avait été gentille. Elle avait fait de son mieux, elle avait fait ce qu'il attendait d'elle. Elle s'était lavée, habillée comme une grande fille. Elle avait fait la vaisselle, passé la serpillère. Le reste de la journée, elle était restée sage, recroquevillée dans le fauteuil, à rêver. Sage comme une image. Se pouvait-il qu'il sache de quoi elle avait rêvé ?
Non, bien sûr que non. Impossible.
« Descend ! Allez ! »
Elle obéit immédiatement, mais manifestement pas assez vite, car il empoigna fermement son bras et la traîna vers la porte de la cave.
« Et pas un bruit ! »
Elle dévala les escaliers aussi vite qu'elle put, se jeta sur son lit et fondit en larmes. Elle enfouit sa tête dans l'oreiller, essayant d'étouffer le bruit de ses sanglots. Ca n'était pas bon. Pas bon du tout. Jamais elle ne l'avait vu comme ça. Pas comme ça. Quelque chose s'était passé pendant la journée. Quelque chose de terrible. Quelque chose qu'elle ne pouvait pas améliorer en implorant son pardon ni en promettant de se conduire mieux à l'avenir. Elle ne savait pas quoi. Elle ne savait pas à quel point c'était mauvais. Ca devait vraiment être terrible.
Booth s'appuya contre l'un des bureaux et se frotta le front. Le brouhaha qui régnait dans la station de police commençait à lui donner sérieusement mal à la tête. Il sortit son téléphone de sa poche et vérifia s'il avait des nouveaux messages. Aucun message. Il l'aurait entendu vibrer, de toute façon. Et pourtant, il ne pouvait pas s'empêcher de vérifier.
D'habitude, elle appelait dès qu'elle avait du nouveau. Et d'habitude, elle n'était pas aussi longue. Il était presque vingt heures et son téléphone demeurait désespérément silencieux. Il y avait peu de chair sur les restes, ce qui, il le savait, permettait à Angela de travailler rapidement sur l'identification. Alors qu'est-ce que les binoclards étaient bien en train de fabriquer ?
« Agent Booth ? »
Il leva la tête et réalisa qu'il n'avait pas entendu le shérif s'approcher de lui. « Oui ? »
« On va tous se chercher un morceau, vous avez faim ? »
Booth prit le temps de réfléchir à comment répondre qu'il n'avait pas faim sans paraître impoli. Et il était sur le point de se résigner à accepter lorsque son téléphone portable, comme cédant à ses prières, se décida à sonner.
« C'est ma partenaire, elle a dû trouver quelque chose, » s'excusa-t-il. « Je n'ai pas très faim de toute façon. Mais merci d'avoir proposé. »
Il fit un sourire forcé avant de répondre au téléphone.
« Booth. »
Mince. Sa voix était-elle vraiment tremblante ?
« J'ai une identité pour les deux corps. Tu as un papier et un crayon ? »
Sacrée Bones. Toujours droit au but. Il réalisa qu'il s'était attendu à quelque chose d'autre. Un ton plus doux, une petite phrase gentille juste pour lui. Vraiment stupide.
« Booth ? »
« Euh… Ouais, attends une seconde. Stylo… Et papier… C'est bon, je t'écoute. »
« Le premier corps est celui de Faith Lambert, six ans au moment de sa disparition en Février 2003. Hodgins a estimé la mort à il y a environ deux ans. »
« Elle était d'où ? »
« Harrisonburg en Virginie. »
« Et elle a disparu où ? »
« Sa mère l'a conduite à son cours de dance un vendredi après-midi, et quand elle est revenue la chercher une heure plus tard, elle n'était plus là. Les témoins disent qu'elle est montée dans une voiture, un break de couleur sombre. Rien de bien précis. »
« D'accord. »
« Il y a autre chose. Tu te souviens de cette affaire l'an dernier, la petite de dix ans qui faisait des concours de beauté ? »
« Brianna Swanson ? »
« Oui. Tu te souviens combien il a été difficile de l'identifier à cause de ses cheveux teints ? C'est la même chose pour Faith Lambert. On a trouvé quelques cheveux sur son crâne, et on a supposé qu'elle était blonde. Mais comme le croquis d'Angela ne donnait rien sur la base de données des enfants disparus, Cam a étudié l'ADN des cheveux, et devines quoi ? Les racines confirment qu'elle était brune. »
« Donc… tu es en train de me dire que ses cheveux ont été teints après qu'elle se fasse enlever ? »
« C'est ce que je crois, oui. »
« Et le troisième corps ? »
« Rebecca Hansen. Pour elle, c'est différent. Elle a disparu en avril 1986, en Floride. Elle avait six ans. L'état de croissance de son squelette indique qu'elle avait entre huit et dix ans quand elle est morte. »
« Tu veux dire que ce corps est resté enterré pendant vingt ans ? »
« Oui. »
« Qu'est-ce que tu peux me dire d'autre qui pourrait relier ces trois corps, mis à part l'endroit où ils ont été retrouvés ? »
« Ben, c'est ça le truc. Jusqu'à maintenant, on n'a rien trouvé qui prouve que c'est e même tueur. Mais on n'a rien trouvé qui prouve le contraire non plus. Rebecca et Sarah étaient blondes. Les cheveux de Faith ont été teints. Toutes ont été abusées sexuellement. Sarah et Faith sont toutes deux mortes par suffocation. Il faut encore le confirmer pour Rebecca. Je travaille dessus. »
« Rentre chez toi Bones. C'est triste, mais cette petite fille ne sera pas plus morte demain. Comment va ton père ? »
« Il… Il va pas trop mal. Comment ça va de ton côté ? »
« Le Bureau a vérifié les pédophiles enregistrés dans la zone. Je vais mener quelques interrogatoires demain. »
« Combien ? »
« Six hommes. »
« Tu peux m'envoyer leurs dossiers ? J'aimerais bien y jeter un œil. »
« Bien sûr. »
Il la sentit hésiter à l'autre bout du fil.
« Je suis désolée que tu doives t'occuper de ça tout seul. »
Tout compte fait, il l'avait eu, sa phrase gentille rien que pour lui. « Merci, je… Ca va aller, Bones. »
Depuis quand ces silences au téléphone étaient-ils devenus une habitude?
« Booth… Selon les éléments que nous avons, je pense… Je pense qu'il y en a une autre. Une autre petite fille, je veux dire. Je vais faire travailler Angela dessus demain, et… »
« Bones. Rentre chez toi et dors. »
« Oui. A demain. »
« Bye. »
Bye. Ca n'était tellement pas ce qu'il voulait lui dire en réalité. Non. C'était très loin de ce qu'il avait voulu dire.
Chloé fit un bond lorsqu'elle entendit la porte s'ouvrir. Elle s'était à-moitié endormie. Elle s'inquiéta de ce que ces yeux étaient probablement gonflés. Elle ne s'était pas attendue à ce qu'il revienne. Elle s'était attendue à ce qu'il soit contrarié. Mais elle n'avait pas l'impression qu'il avait poussé la porte violemment. Et il n'avait pas couru dans les escaliers.
Elle se tourna sur le côté et le regarda. Il ne semblait plus en colère. Il portait un plateau avec son repas dessus. Elle n'avait même pas réalisé qu'elle n'avait pas dîné. Il posa le plateau sur la petite table près de son lit. Elle suivit ses gestes des yeux, étudia ses expressions. Non, il ne paraissait plus en colère.
Il s'assit sur le lit et lui glissa les doigts dans les cheveux. Il y avait quelque chose de différent en lui. Une sorte d'hésitation, de tristesse, qu'elle n'avait jamais eu l'occasion d'observer chez lui auparavant.
« A partir de maintenant, tu ne quittes pas cette pièce, tu as compris ? »
Elle avait eu raison. Sa voix n'était plus sèche. Elle était faible, remplie de peur. Ca lui faisait bizarre. Elle ne l'avait jamais entendu parler comme cela.
« Oui, Sam, » murmura-t-elle. C'était stupide, mais elle ressentit le besoin de le rassurer.
Elle l'entendit soupirer. Il ne soupirait jamais. Elle le regarda se lever. Elle le regarda dans les yeux lorsqu'il la fixa du regard.
« Bonne nuit ma puce. »
Elle pensa qu'il allait partir mais il ouvrit la bouche. Aucun mot ni son n'en sortit, toutefois. Il était sur le point de tourner les talons lorsqu'il finit par parler. Ca n'avait été qu'un murmure, elle ne pouvait donc être sûre de rien. Mais elle aurait juré qu'il avait ajouté, « Bonne nuit Chloé ». Et elle aurait juré que ça avait sonné comme un adieu.
Bien qu'il fût épuisé, Booth ne parvenait pas à trouver le sommeil. Il était surprenant de voir comment le corps et l'esprit pouvaient entrer en opposition parfois. Même si son corps demandait du repos, son esprit ne le lui accordait pas. Il se demanda si elle était rentrée chez elle. Il se demanda ce qu'elle faisait, si elle était en train de dormir. Il se doutait que non. Il l'imagina penchée sur la table d'examinations, étudiant un squelette avec précision. Il avait toujours aimé l'air de concentration affiché sur ses traits lorsqu'elle faisait cela. Parfois, lorsqu'elle relevait la tête et se rendait compte qu'il la regardait, elle lui souriait. Et ces sourires, en particulier, n'avaient pas de prix pour lui. Mais tant que son esprit était accaparé les os, rien ni personne d'autre n'existait dans la pièce. Et il connaissait très bien ce sentiment, puisque c'était la même chose lorsqu'elle était là.
Il devait bien y avoir quelque chose. Quelque chose qu'elle pouvait sentir, mais qu'elle ne pouvait pas encore comprendre. Dans son bureau sombre et silencieux, sa lampe de bureau comme seule source de lumière, elle avait passé les dernières heures à le chercher, restant déraisonnablement tard, essayant de faire ressortir quelque chose des éléments qui étaient en sa possession. Ses yeux étaient secs et piquaient, d'avoir trop longtemps fixé l'écran. Fixé les images, détaillé les os, disséqué les faits.
Elle savait que c'était le même tueur, et elle savait qu'il avait une autre petite fille. A présent il lui fallait le prouver. C'était nouveau pour elle. C'était comme si l'ordre des choses avaient été inversé. Croire, et ensuite prouver. Elle n'avait toutefois pas la sensation de tirer des conclusions hâtives. Ce devait être ce que Booth appelait « intuition ». Peut-être était-elle capable de ressentir ça, elle aussi. Ou peut-être se trompait-elle complètement et se dirigeait-elle dans la mauvaise direction. Mais puisque, étonnamment, rien ne la poussait à revenir en arrière, elle continua sur cette voie.
Lorsque l'écran se brouilla soudain, elle força ses yeux à ajuster leur vision. Il semblait que le sommeil essayait de prendre le dessus sur elle. Elle se frotta les yeux avant de regarder la pendule. Trois heures deux. S'était-elle assoupie un moment ? Elle n'avait pas beaucoup dormi ces derniers jours. Mais ça n'était pas le moment de quitter le labo. Pas encore.
Elle étouffa un cri lorsqu'un léger bruit la fit sursauter. « Il n'y a personne ici, andouille, » marmonna-t-elle pour elle-même. En dépit de cela, quelque chose la poussa à se lever et à sortir de son bureau, lentement. L'idée lui traversa l'esprit qu'elle n'avait pas de batte de baseball ici, et elle se traita aussitôt d'idiote. Cet endroit était une zone protégée gardée jour et nuit par des agents de sécurité.
Le labo silencieux n'était éclairé que par la lumière pâle et froide des écrans d'ordinateurs. Personne ne semblait travailler encore dans ce bâtiment, mise à part elle. Rien de surprenant, compte tenu de l'heure qu'il était. Elle soupira, agacée par sa propre stupidité, et décida qu'un peu d'eau fraîche sur la figure l'aiderait à rester éveillée, puisqu'elle ne se préparait pas à rentrer tout de suite.
Alors qu'elle traversait le labo, elle réalisa qu'elle avait inconsciemment adopté un pas silencieux. Elle se moqua d'elle-même. Il n'y avait personne d'autre ici, de toute façon. Qui se préoccuperait du bruit de ses talons? Lorsqu'elle atteignit les toilettes, elle hésita devant la porte, avec la sensation inexplicable que quelqu'un était à l'intérieur. Le manque de sommeil la transformait vraiment en poule mouillée. Elle poussa la porte, secouant légèrement la tête. Et elle se figea lorsqu'elle la vit. Elle lui tournait le dos mais son reflet dans le miroir la regardait.
« Maman… »
« Bonjour, ma chérie. »
« Qu… Qu'est-ce que tu fais là ? »
Elle savait que ça n'était qu'une hallucination, et pourtant il n'était pas vraiment étrange de lui parler.
« Qu'est-ce que toi tu fais ici ? »
« Je… Je travaille. »
« J'ai une réponse à t'apporter. »
« Concernant l'affaire ? »
Elle était consciente que ça n'était qu'un rêve, et pourtant elle continua à poser des questions.
« Oui. »
Brennan lâcha la porte, qui se referma bruyamment, et se rapprocha de sa mère. Elle ressentit le besoin de la toucher, de s'assurer qu'elle était réelle. Mais quelque chose la retint.
« Je t'écoute, Maman. »
Ruth Keenan sourit tendrement, de ce même sourire qui avait fait briller de larmes les yeux de Brennan lorsqu'elle avait regardé la vidéo.
« Six suspects ont déjà été appréhendés. Ils seront interrogés demain. Mais tu ne penses pas que le tueur soit parmi eux. »
« Je ne sais pas. Je ne suis pas profiler. C'est Booth qui sait lire dans les esprits, pas moi. »
« C'est pourtant la raison pour laquelle tu restes ici au lieu de t'accorder le repos dont tu as besoin. Allons, Tempie. Réfléchis. Dresse le tableau. Quel genre d'homme recherches-tu?"
« Il les aime blondes. »
« Quoi d'autre? »
« Maman, ces petites filles ont été abusées sexuellement pendant des mois, puis étouffées et enterrées dans une forêt. Quel genre d'homme penses-tu que nous recherchions ? »
« Dans quel cas une petite fille ouvrirait-elle à un étranger alors que ses parents le lui ont interdit ? »
« Eh bien… Si ça n'est pas un étranger. »
« C'est ça. »
« Tu es en train de me dire que ces petites filles connaissaient toutes cet homme ? »
« C'est une possibilité. »
« Désolée, je n'y crois pas. »
« Alors pour quelle autre raison Sarah aurait-elle ouvert à cet homme ? Pourquoi Faith est-elle montée dans sa voiture ? »
« Parce que… Parce qu'elles lui faisaient confiance. »
De nouveau, Ruth Keenan sourit pour marquer son approbation. « Je t'aime, Temperance. »
Brennan se réveilla en sursaut et se redressa, balayant la pièce du regard comme surprise de se trouver là. Elle savait qu'elle n'avait pas quitté son bureau, et pourtant le rêve laissait une sensation étrange en elle. Elle n'avait jamais cru aux prémonitions ni à la signification des rêves, mais elle était convaincue d'une chose : elle devait voir ces hommes pour en être certaine.
Tout d'abord, il pensa que ça arrivait dans son rêve. Un rêve vraiment agaçant. Mais après la troisième sonnerie, complètement réveillé, il dû se faire à l'idée que quelqu'un était effectivement en train de l'appeler à… quelle heure était-il, d'ailleurs ? C'est pas vrai, presque quatre heures du matin…
« Booth, » marmonna-t-il, réalisant qu'il n'avait pas prêté attention à l'appelant.
« Je te réveille ? »
Il ne put retenir un grognement d'agacement. « Merde, Bones, évidemment que tu me réveilles… Il est quatre heures du matin, qu… Attend, il s'est passé quelque chose ? »
« Tu veux parler de mon père ? »
« Par exemple. »
« Non. La dernière fois que je l'ai vu, il allait bien. »
Il ferma les yeux, rassuré. « Alors pourquoi tu m'appelles maintenant ? » se plaignit-il.
« Je crois que j'ai quelque chose. »
Fermer les yeux s'avéra une mauvaise idée, tout compte fait.
« Booth, tu es toujours là ? »
« Hmmm… Ouais, si on veut. »
« Quand est-ce que tu interroges les suspects? »
« Euh… Dans la matinée, pourquoi ? »
« Je serai là. Il faut que je sois là. »
« Quoi ? Mais, Bones, t… »
Il ne pouvait pas le croire. Elle lui avait raccroché au nez. Qu'est-ce qu… Oh, et puis il avait trop sommeil pour réfléchir ou s'énerver. Il laissa son bras retomber sur le matelas, sa main tenant toujours le téléphone, et il se rendormit presque immédiatement.
Demain est un autre jour.
A/N : Je vous souhaite à tous un joyeux Noël, au cas où je n'update pas de nouveau avant, ce qui est possible. Tout plein de bonnes choses à vous tous et à très vite !
