Hi there. Nous approchons de la fin de l'histoire... Que va-t-il se passer? A vous de jugez.
ATTENTION: Le "passé" de Nyo dans ce chapitre est FICTIF. Il a été monté de toutes pièces pour le besoin de l'histoire.
Le Geek était par terre, en tailleur, la tête enfouie dans ses jambes.
Il faisait nuit noire. Seule la lampe au-dessus de la porte d'entrée du toit et la lune illuminaient les ténèbres. Les rayons lunaires éclairèrent l'adolescent, transformant le lieu en scène de théâtre et le jeune garçon en acteur. Acteur d'une tragédie.
Il s'était giflé lui-même. Très fort. Ses joues étaient rouges et brûlantes. Elles lui faisaient mal, mais il le supportait. Il ne méritait que ça.
« … Uh… Uuh… »
Le Geek gémissait en silence. Il se sentait seul. Terriblement seul. Et tout ça par sa faute.
« … Je ne suis qu'un idiot… Un idiot qui ne sait pas dire ce qu'il ressent vraiment. » Pensa-t-il.
Il repensait aux paroles qu'il avait crachées contre Mathieu… Elles résonnaient en écho dans sa tête. Cette tirade de désespoir, d'une colère refoulée pendant trop longtemps. Oui, ses mots étaient emplis de rage et de lamentations… Mais pas de l'émotion qui dominait son cœur : la tristesse. Ce sentiment de peine et de vide qui ne le quittait pas et qui, malgré tous ses efforts, ne voulait pas s'en aller.
Le Geek n'avait jamais l'impression d'être entendu ou même d'exister au sein de sa famille. Peu importe le nombre de fois où il avait pleuré, peu importe le nombre de fois où il avait crié à en perdre la voix, ses appels à l'aide restaient toujours sans réponses. Son envie d'avoir un simple geste d'affection de la part de ses collègues était à chaque fois piétinée et rejetée. Sa seule solution pour échapper à la tristesse ne serait-ce que pour un court instant a été de se réfugier dans les jeux-vidéos. Seulement, même avec une compagnie virtuelle, le vide dans son cœur n'était jamais rempli. Pendant un moment, il avait tenté d'avoir un peu d'attention de la part de ses comparses, mais rien n'y avait fait. Ils restaient passifs avec lui. Voyant que ses paroles ne les atteignaient pas, il resta donc silencieux, gardant ce lourd poids pour lui. Longtemps, très longtemps… Pourquoi ? Par peur et par fierté. Un garçon n'est pas censé faire part de ses états d'âmes et être triste… Ou en tout cas, c'est ce que ses collègues semblait lui faire comprendre.
Est-ce que son discours était le fond de sa pensée ? Est-ce que sa colère était réelle ? … Non. Ces mots qu'il avait prononcés étaient faux. Le ton qu'il avait pris était faux. Il ne pensait pas un traitre mot de ce qu'il a dit. Enfin… Certes, il n'aimait pas ses collègues pour ces raisons-là, mais pas au point de les haïr et de les maudire. Ce n'était pas de la colère qu'il voulait transmettre… Non, ce n'était pas ça.
Le Geek frissonnait de froid. Le vent était très frais à cette heure tardive, et il n'avait pas de veste. Il ne bougeait pas. Quand soudain, la porte s'ouvrit. L'adolescent leva légèrement la tête et aperçut une forme humaine.
« … T'es là. S'exclama une voix qui lui était familière.
- … Nyo… ? »
En effet, le dessinateur se tenait en face de lui. Le plus grand s'avança vers lui, et se mit à genou. Le Geek le regarda, sans dire un mot mais frissonnant toujours.
« T'as froid ? » Remarqua Nyo.
Le gamer hocha la tête. Le vidéaste enleva son sweat gris et le mit sur les frêles épaules de l'adolescent. Il lui sourit tendrement, tandis que le plus jeune enfila les manches.
« Ça va mieux ?
- … Oui, merci. Mais et toi ?
- T'inquiètes pas, je tiens bien au froid. »
Silence. Le Geek n'osait pas regarder Nyo. Il se sentait coupable et horrible pour ce qu'il avait fait à Mathieu.
« … Pourquoi tu es venu ? Finit par demander le gamer après un moment de flottement.
- … »
Nyo remit ses cheveux en place.
« Je suis venu te parler. »
Le Geek écarquilla les yeux, et regarda le dessinateur un court instant avant de baisser la tête.
« … Tu m'as entendu, c'est ça ?
- Uniquement à partir du 'je te hais, Mathieu Sommet'. »
L'adolescent se replia sur lui-même et ferma les yeux, voulant être six pieds sous terre. Il aurait aimé qu'Antoine et Nyo n'aient jamais écouté ce qu'il a dit… A coup sûr, le dessinateur allait l'engueuler comme jamais et lui donner une correction. Mais il le méritait… Il acceptait ça sans se plaindre. Mais étrangement, Nyo n'avait pas l'air énervé. Au contraire, il était plutôt calme et réfléchi. Il laissa s'écouler quelques minutes de silence…
« Tu sais… Je comprends ton comportement. »
Le Geek ouvrit les yeux timidement et regarda Nyo. Le gamer resta silencieux. Le regard du dessinateur devient soudainement nostalgique, comme perdu dans ses pensées.
« Je n'ai pas eu une adolescence facile. Expliqua Nyo. Mes années à l'école étaient assez dures : je n'avais pas d'amis, et mes parents étaient assez sévères avec moi et mes études. Mes relations avec eux étaient de toute façon assez compliquées… Ils se disputaient souvent entre eux, et semblaient n'être jamais satisfait de moi. Autant te dire que j'étais un grand solitaire à cette époque… »
Le Geek écoutait attentivement Nyo. Ce dernier avait les yeux dans le vague… Ce temps lui parait si loin maintenant, et pourtant il s'en souvient comme si c'était hier.
« Mais en entrant en seconde, tout a changé. Ma passion, c'était le dessin. J'adore dessiner depuis que je suis petit, cela me permettait d'échapper à mon quotidien gris. Un jour, j'ai montré un dessin à mon professeur d'art plastique, et il m'a félicité en disant que j'avais du talent. Depuis, je savais ce que je voulais faire : dessinateur. J'ai bossé d'arrache-pied pour pouvoir réaliser mon rêve, au grand désespoir de mes parents. Ils détestaient mon amour pour le dessin et voulaient que je fasse quelque chose de meilleur que « de dessiner des gribouillis » mais rien à faire, je ne changeais pas d'avis. Pendant longtemps, je me suis disputé avec eux à cause de ma passion et de mon rêve. Cela nous a éloigné et j'ai commencé à ne plus leur adresser la parole, m'enfermant complètement dans mon monde. Au fond de moi, je les haïssais pour ne pas m'encourager et avoir daigné montrer un semblant d'affection pour moi. Et je n'étais pas aidé par mon caractère assez « solo » de l'époque, ce qui fait que je ne pouvais pas parler de mes problèmes à quelqu'un… Un jour, mon père m'a annoncé qu'il allait m'inscrire à une école de science après mon bac, alors que j'étais nul dans ce domaine. J'ai pété les plombs et je leur aie gueulé dessus comme jamais. Je me suis ensuite réfugié chez mon oncle, et j'ai passé la nuit chez lui. Le lendemain, mes parents sont revenus me chercher… Et ils se sont excusés. Ils ont regardés plus posément mes dessins que j'avais laissé sur mon bureau, et ils 'ne les ont pas trouvés si moche que ça'. Depuis, ils m'ont laissés tranquille et m'ont permis de continuer ce que je voulais faire. »
Le Geek était subjugué par le récit de Nyo… Qui aurait cru qu'il avait affronté toutes ces épreuves pour être devenu ce qu'il est aujourd'hui ? Le dessinateur posa sa main droite sur la tête du gamer et le frotta doucement.
« Je sais ce que c'est, de se sentir seul et de ne pas être entendu. J'ai longtemps essayé de discuter calmement avec eux de ma passion pour le dessin et de l'accepter, mais j'avais l'impression de parler à des sourds… Quand on voit que toutes nos tentatives 'calmes' pour dire ce qui nous pèse au cœur ne marchent pas, forcément on finit par craquer et à se comporter de manière irrespectueuse. Tous les adolescents passent par cette phase-là, c'est inévitable.
- … Nyo…
- Je ne dis pas que ce que tu as fait est bien. Mais je ne peux pas t'en vouloir. J'ai vécu une expérience similaire où il fallait que j'évacue ce trop-plein de rage et de tristesse par n'importe quel moyen… C'est pareil pour toi. Tu avais l'impression que personne ne tenait à toi et tu as tout gardé au fond de toi car tu ne pouvais te confier à personne. »
Dans le mille… Le Geek regarda Nyo dans les yeux. Ce dernier avait un air sérieux.
« Ce que tu as dit à Mathieu n'était pas vrai, hein ? »
L'adolescent fit non de la tête.
« Ce n'était qu'un camouflage de ce que tu ressens vraiment.
- … Hein ?
- Tu as montré de la colère et de la haine. Mais ce n'était pas tes vrais sentiments… J'ai bon ?
- … Oui.
- Qu'est-ce que tu voulais transmettre comme émotion ? »
Le ton de Nyo était calme. Il attendait patiemment la réponse du Geek. Le gamer baissa les yeux, cherchant ses mots…
« … Ma tristesse. Je n'étais pas en colère ni haineux. J'étais juste triste… Depuis tout ce temps. Mais j'avais beau pleurer et appeler à l'aide, personne ne m'entendait. La colère a été la seule solution pour avouer mon mal-être. »
Il sentait les larmes lui monter aux yeux, mais elles ne voulaient toujours pas couler. Cependant, son visage trahissait des regrets sincères.
« Dit-moi si ce que tu as dit est vrai. » Demanda Nyo.
La réponse du Geek ne se fit pas prier.
« Je ne pensais pas un mot de ce que j'ai dit.
- Est-ce que tu détestes Mathieu ?
- Non.
- Que sont tes collègues pour toi ?
- Une famille.
- Qu'est Mathieu pour toi ? »
L'adolescent resta silencieux quelques minutes… S'il devait le définir en peu de mots, ce serait…
« Un père et un grand frère. »
Le ton qu'il avait pris pour prononcer ces mots était doux et attendrissant. Nyo sourit doucement.
« C'est mignon, comme tu l'as dit. »
Gêné, le Geek préférait se taire. Nyo mit ses mains sur les épaules du gamer et le regarda droit dans les yeux.
« Tu as tout dit ? »
Le gamer fut quelque peu surpris par la question et le geste du dessinateur. Cependant, il comprenait ce qu'il voulait dire : « est-ce que tu es allé au bout de ta pensée ? ». Il avait effectivement quelque chose qu'il gardait pour lui… Une pensée dure à avouer mais qui lui tenait beaucoup à cœur. En réalité, Nyo avait tout de suite deviné de quoi il s'agissait mais il voulait que ce soit le Geek qui le dise lui-même. Finalement, après quelques secondes de silence, les larmes finirent par tomber des yeux de l'adolescent.
« Je l'aime ! Je les aime tous ! » Voilà ce que hurlait le cœur du Geek.
Nyo prit le jeune garçon en pleurs dans ses bras, mettant sa main gauche derrière son dos et frottant sa tête avec celle de droite. Voilà ce que ressentait vraiment le gamer : un amour innocent et sincère pour sa famille. Tout le monde était important pour lui, bien que cela soit très modéré pour le Patron. Le Geek serrait la chemise de Nyo, évacuant enfin toute cette peine qui le rongeait de l'intérieur. Il reprit doucement son souffle.
« Ne me laisse pas seul. Ne m'abandonne pas. Je veux de l'affection. Fait-moi un câlin… Voilà ce que je voulais vraiment dire.
- Je vois.
- … J'ai tout gâché… Je suis horrible… Je ne suis qu'une ordure…
- Mais non.
- J'ai rejeté Mathieu… Alors que je ne le voulais pas… Je me suis comporté comme un connard… Juste parce que je n'étais pas honnête… Je suis impardonnable…
- Je te pardonne. »
Surpris, le gamer regarda Nyo. Puis il baissa de nouveau les yeux.
« … Mais pas Mathieu… Il ne me pardonnera jamais…
- Il n'est jamais trop tard pour s'excuser, Geek. Si tu lui montres que tu es sincèrement désolé pour ce que tu lui as fait, je suis sûr qu'il te pardonnera. Aussi…
- Hum ?
- … S'il ne t'aimait pas, il n'aurait pas risqué sa vie à affronter des criminels pour venir te sauver. Pas vrai ? »
C'est vrai. Si Mathieu se fichait réellement du Geek, il ne serait même pas venu le sauver de leurs griffes. Cela montrait bien à quel point le gamer comptait pour lui. Nyo se releva et tendit sa main vers son camarade en souriant.
« Allez viens. Mathieu t'attend. »
Le Geek sourit timidement, essuya les quelques larmes qui restaient sur ses joues et attrapa la main du dessinateur. Ce dernier l'aida à se relever et, ensemble, ils quittèrent le vieux bâtiment.
