Bonjour tout le monde et merci pour les messages. Un petit mot pour ce qui arrive à Sam : ça sert l'histoire, ne m'en voulez pas trop! :) DB

Chapitre 9

1. Varicelle : suite et fin 2. Dean pense à Bella 3. Les gènes de Sam -encore

Cape Elizabeth, 2 avril

Les boutons de Sumiko forment de petites vésicules : Dean la tartine de calamine et la force à porter des mitaines, lui donne de l'acétaminophène quand elle pleure et la laisse s'amuser longtemps dans des bains gris à l'avoine.

Deux jours après l'irruption, les boutons commencent à sécher, et Sue semble déterminée à dépenser l'énergie économisée pendant sa courte maladie.

L'état de Sam, lui, empire, et il est presque certain que la varicelle doit être une invention démoniaque destinée perfidement à pourrir la vie des humains.

La sienne, en tous les cas.

Ses boutons, trois fois plus nombreux que ceux de sa fille (c'est normal, explique Dean lorsque Sam s'en plaint, puisque visiblement, la maladie l'a fait rétrograder à cinq ans d'âge mental, plus on attrape la maladie tard, plus… La ferme, Dean, j'ai lus les mêmes infos que toi. Alors arrête de chialer comme un bébé. Ouais ben, j'aimerais t'y voir…J'ai accouché, Sam Winchester, tu veux qu'on compare?...); trois fois plus nombreux et trois fois plus gros : certaines ampoules éclatent, laissant couler un liquide séreux qui brûle. Si Sam a les jambes épargnées, il a des boutons pleins les oreilles, mais aussi à l'intérieur des yeux et des narines. Son cuir chevelu n'est plus qu'un amas de vésicules sensibles dans lesquelles les racines de ses mèches châtaines collent et s'agglutinent.

Et la démangeaison est infernale. Dean l'installe régulièrement sur le lit pour le couvrir de calamine. La première fois, en baissant ses sous-vêtements, il est devenu verdâtre.

-Merde! Sam! Tu en as même sur le-

-La ferme, Dean.

Le soulagement du liquide rose est de courte durée : le bénadryl fonctionne pendant un certain temps, mais la démangeaison revient toujours en force. Dean a forcé Sam à couper les ongles de ses doigts le plus court possible, pour éviter les séances de grattage nocturnes alors que Sam se débat entre les draps pour trouver un peu de soulagement, bercé par un sommeil trouble et agité.

La fièvre refuse de disparaître : la toux aussi, et la douleur que provoquent les boutons internes, situés sur toutes les muqueuses où ils ont pu bourgeonner, lui fait parfois monter les larmes aux yeux.

Le matin du deux avril, les vésicules commencent seulement à changer d'apparence, mais la douleur et le malaise général persistent. Dean a l'intention d'essayer de laver les cheveux de Sam dans la douche, mais la simple pression des doigts sur son crâne le fait gémir, et son frère abandonne.

Sam, la peau trop blanche autour des ampoules rouges, les yeux creusés et le corps barbouillé de calamine séché, fait peur à Sue qui presse ses mains sur ses yeux aussitôt qu'il s'approche. Il s'en désole à peine, coincé dans son cocon de douleur, et passe l'avant-midi comme tous les autres : pelotonné sur le divan devant Discovery Channel, oubliant presque aussitôt ce qu'il vient de regarder et somnolant de temps à autres. Il refuse de dîner malgré le ton étonnamment patient et doux de Dean, qui en a visiblement plein les bras, et se contente de boire de l'eau très froide : la seule chose qui semble efficace contre la brûlure et l'enflure de sa gorge.

Peu après treize heures, alors que Dean vient de mettre Sumiko au lit pour sa sieste, on cogne à la porte. Sam sursaute, tout concentré qu'il était à ignorer les picotements infernaux qui lui parcourent le corps, et voit Dean passer devant lui, comme surgit de nulle part.

-J'y vais.

Sam se redresse. Ils n'ont pas de visiteurs. Jamais. Sauf ce pauvre vendeur itinérant, une fois, qui a eu le malheur de tomber sur un Dean pompé aux hormones de grossesse qui venait de rendre son déjeuner trois fois plutôt qu'une. (Non mais vous pensez vraiment que j'ai du temps à perdre avec… Avec quoi? Non, je ne veux pas une démonstration. Je n'ai pas besoin d'un couteau spécial pour… hein? Peler un kiwi? Seigneur Dieu : quelqu'un a vraiment inventé ça?)

Des voix indistinctes lui parviennent du rez-de-chaussée, et Sam reconnaît celle modelée d'un léger accent de Rania.

Dean a appelé le médecin pour une visite à domicile. Pour lui. Sam sent une bouffée de chaleur lui monter au visage. Ils font finir par faire tourner cette pauvre femme en bourrique. Il y a des cliniques, à Cape Elizabeth, et il n'est pas exactement impotent.

Et ce n'est pas parce qu'il a dit à Dean le matin même, quand son frère a exprimé son inquiétude par rapport à son état, qu'il se sentait si moche qu'il préférait continuer à endurer la douleur que de sortir et…

-Bonjour, Sam, dit Rania sur ce ton compétent et concentré qu'elle utilise toujours lorsqu'elle fait face à un problème.

Dean suit derrière, les mains dans les poches, et ignore soigneusement le regard accusateur de Sam.

Dieu que ça fait mal de froncer les sourcils.

Le médecin l'observe un instant, l'air grave, et dépose sa valise en cuir sur la table à café.

-Tu n'as pas exagéré, Dean, dit-elle en s'asseyant près de Sam. C'est un cas assez sérieux.

-Je ne suis pas-

-Sammy.

-Merde, marmonne ce dernier en se laissant tomber sur le dossier du divan.

C'est toute l'énergie qu'il possédait pour protester.

-J'emmène quand même une bonne nouvelle, dit Rania en attrapant des gants dans sa valise. Dean, ton test d'immunité est positif.

-Je te l'avais dit.

-Et bien, regarde ton frère qui est un jeune homme en bonne santé et en excellente forme physique, et demande-toi ce que la varicelle peut faire à quelqu'un d'immunodéprimé comme toi, coupe Rania d'un ton sévère.

Vingt minutes plus tard, l'examen de Sam est terminé. Rania Suleiman a rempli trois feuilles de prescription : un antiviral, un antibiotique systémique et une pommade pour les endroits difficiles d'accès. Puis, elle fait une pause et observe le jeune chasseur dans les yeux.

-Deux semaines de repos. Je sais que tu as besoin de travailler, mais le virus est agressif chez les adultes et certaines lésions sont déjà infectées.

Sam calcule l'argent qu'ils ne peuvent pas se permettre de perdre et sent l'angoisse se diffuser dans son corps comme un liquide glacial.

-Et euh… les lésions dans ton cuir chevelu sont les pires… Sam, si tu veux qu'on puisse les traiter avec un onguent, il va falloir les couper.

Cette fois, c'est Dean qui réplique : «On est obligés?»

-Euh… oui. C'est un problème?

-Non, rétorque Sam. En fait, ça faisait un bout de temps que l'idée me trottait dans la tête.

Ensuite, Rania les quitte, Sam s'endort, et Dean appelle le livreur de la pharmacie.

)))(((

C'est étrange, songe Sam en s'installant sur une chaise dans la cuisine pendant que Dean entoure ses épaules d'une vieille serviette. Il ne se souvient pas avoir jamais eu les cheveux courts. Quand il était très jeune, la première fois que John l'a entraîné chez le barbier pour faire couper ses boucles blondes, le petit Sammy, terrorisé a hurlé sur le siège jusqu'à ce que Dean supplie John de ne pas l'y laisser.

Les années passant, ce sont son père et son frère qui lui ont coupé maladroitement les cheveux –Dean obtenant de meilleurs résultats. Sam n'a jamais voulu avoir la coupe militaire que son aîné arborait. Adolescent, il avait l'impression que ses cheveux, tombés devant ses yeux, le protégeaient, d'une certaine façon, et plus John lui disait que c'était ridicule, qu'un chasseur ne pouvait pas se permettre de compromettre ses chances de survie à cause d'une stupide coupe de cheveux, plus Sam tenait à les garder long.

Sumiko est debout dans son parc pliant près de la table. Assise au milieu de ses jouets, elle regarde avec fascination Dean brancher la petite tondeuse (arrivée avec la livraison de la pharmacie), huiler la lame et installer le bon embout après un moment de réflexion.

-Je… je vais te raser au numéro deux, je pense, ce qui te laissera un demi-centimètre de cheveux sur la tête. Si j'essaie de plus près je vais te faire mal, explique-t-il d'une voix incertaine.

-Okay.

-Mais avant…

Dean attrape la paire de ciseaux sur la table, rassemble les cheveux de Sam en une queue de cheval et prend une profonde inspiration avant de la couper. Un drôle de bruit résonne dans la tête de Sam. Dean garde le silence. Son frère se détourne et l'observe : Dean regarde l'épaisse masse de cheveux qu'il tient à la main, les yeux étrangement brillants.

-C'est…

-Allez, Dean, qu'on en finisse. Ça repousse, les cheveux.

-Okay. Okay, ouais. On y va.

Le léger vrombissement de la tondeuse fait sourire Sumiko. Sam l'observe et sourit aussi : les petits boutons séchés sur son nez et ses joues ont presque l'air de grosses taches de rousseur.

Puis, Dean se met à l'ouvrage et Sam serre les dents, sentant les croûtes et les vésicules accrocher dans les griffes de la tondeuse. Par deux fois, Dean s'arrête pour lui demander s'il va bien. Sam se contente de hocher la tête. Allez, pense-t-il, et chaque lésion sur sa tête est comme un feu qui s'allume et le consume.

Et soudainement c'est terminé. Sumiko s'est redressée dans son parc et pointe Sam du doigt en bafouillant une série de syllabes, les yeux remplis de larmes.

Dean éteint la tondeuse et passe tout doucement une main sur les cheveux drus et courts de Sam. Son frère l'entend déglutir difficilement et se tourne vers lui.

-C'est si horrible que ça?

-Non c'est…

Dean secoue la tête brusquement, mais ses yeux ont à nouveau cet aspect liquide.

-C'est… je suppose… Après toutes ces années… Bon. Maintenant, tu dois aller les laver et ensuite on… on va mettre la pommade.

-Je me sens tout nu, avoue Sam en touchant aux fins cheveux qui se dressent sur sa nuque. Et euh… comme si ma tête était devenue trop petite.

Il a un rire un peu gêné, soudainement très conscient de son corps et de son apparence. Il retire la serviette et va jusqu'à la salle de bains du rez-de-chaussée pour pouvoir s'observer dans le miroir.

Et c'est comme de regarder un étranger : un étranger au visage bouffi et aux joues creusées. Ses cheveux courts sont plus pâles : d'une teinte châtaine tirant sur le roux, et il voit les croûtes et les boutons qui recouvrent presque complètement son cuir chevelu.

C'est étrange de voir ses oreilles dégagées, d'observer la forme ronde de son crâne au front large. L'émotion le submerge sans avertissement et il a une longue inspiration étranglée qui serre sa poitrine. Des larmes coulent de ses yeux irrités. C'est douloureux.

Il n'a pas entendu Dean arriver et se glisser derrière lui. Son frère passe les bras autour de sa taille et presse son ventre contre lui. «Sammy… Allez, ce n'est pas si terrible. Il faut juste s'y habituer» dit-il d'une voix très douce.

-Je sais, répond Sam qui renifle furieusement et essuie ses joues.

-J'aime bien, même, ajoute Dean en l'observant à travers le miroir. Tu as l'air plus vieux, plus mature et moins euh…

-Ça va Dean.

Sam sourit malgré lui à travers ses larmes devant la tentative de réconfort maladroite de Dean.

-Je te jure, si tu n'avais pas tous ces boutons dégoutants qui te donnent l'air d'un zombie pas trop frais, je ne pourrais pas me retenir de te…

-La ferme! Réplique Sam en riant.

Dean a un sourire malicieux et enfouit son visage dans le cou de Sam. «Je t'aime» murmure-t-il.

Et c'est exactement ce que Sam a besoin d'entendre.

)))(((

9 avril

Malgré les conseils de Rania, Sam se prépare à retourner au travail. Dean a grondé et tempêté, mais Sam lui a tendu le relevé de leurs transactions bancaires et son frère s'est tut. Il s'est tu pour la journée, en fait, l'air orageux, les traits tirés, et Sam n'a pas eu assez d'énergie pour essayer de l'apaiser.

Pour dire la vérité, il est loin de se sentir complètement rétabli, mais les boutons sont secs, même ceux sur son cuir chevelu, la fièvre est tombée et sa toux a complètement disparu. La fatigue intense qu'il ressent mettra un certain temps avant de se dissiper, il en est conscient, mais il a également conscience de ce que les deux dernières semaines ont fait à Dean et désire donner un peu de repos à son frère. Au cours des trois derniers jours, alors que Sam allait assez bien pour s'occuper de lui-même, Dean a eu une baisse d'énergie considérable, comme si son corps se le permettait seulement parce qu'il le pouvait, parce que Sumiko était complètement rétablie et Sam en voie de l'être.

Sam l'a trouvé endormi sur le divan, assis bien droit, le menton sur la poitrine, cinq fois en trois jours. Ce serait drôle si les yeux de Dean n'étaient pas creusés, soulignés de cernes presque noirs.

Le 9 avril au matin, il se prépare à retourner à l'école et appelle la garderie pour les avertir que Sumiko y passera la journée. Dean, le visage encore froissé par le sommeil, proteste.

-On avait dit des demi-journées, Sam, indique-t-il en se frottant les yeux.

-Je sais. Ce seront des demi-journées, mais tu es fatigué et je veux que tu te reposes aujourd'hui : ça fait deux semaines que tu t'occupes de tout. Profite de l'occasion. Sue a besoin de sortir un peu.

À sa grande surprise, Dean se contente de hocher la tête et de marmonner «Autant aller me recoucher».

Il embrasse la tête de Sumiko qui fait un ravage dans ses céréales aux fruits et quitte la cuisine.

La journée est longue pour Sam. Sur l'heure du dîner, il s'endort derrière son bureau devant une salade de légumes à peine entamée. C'est la cloche qui l'éveille en sursaut. Entre les commentaires pleins de sympathie des autres enseignants (chacun possédant visiblement son histoire d'horreur toute personnelle sur la varicelle) et les regards incertains de ses élèves devant son étrange apparence, Sam n'a qu'une envie : rentrer à la maison et dormir pendant vingt-quatre heures. Même l'air excité de Sumiko et ses cris incessants lorsqu'il va la chercher à la garderie (on dirait qu'elle vous raconte sa journée, s'est exclamée Amy en souriant) ne réussissent pas à améliorer son humeur. Il vient juste d'apprendre qu'on a désigné un autre tuteur pour la jeune dyslexique et qu'il ne peut pas reprendre ce poste qui amenait quelques précieux dollars supplémentaires à la maison.

Bien. Excellent.

Dean les attend dans la cuisine : la maison est nettoyée, et quelque chose qui ressemble à du chili mijote sur la cuisinière. Devant l'air abattu de Sam, son aîné s'occupe de Sumiko et lui ordonne d'aller prendre une douche pendant qu'il termine de préparer le repas.

-Et avant que tu montes sur tes grands chevaux, Sam Winchester : oui, je me suis reposé. J'ai dormi jusqu'à onze heures. Ça te va?

Sam se contente de hausser les épaules. Plus tard, attablé devant son assiette, il n'arrive qu'à y promener sa fourchette, le cœur au bord des lèvres, même si le chili que prépare Dean est l'un de ses mets favoris. Quand Sue lance son gobelet par terre pour la troisième fois, il le remet brusquement sur la table.

-Sue! Ça suffit! Dit-il d'une voix forte et autoritaire.

Le visage de sa fille se froisse. Elle hoquète un «papapa» apeuré et se met à pleurer, pressant son front contre la tablette. Sam sent sa gorge se serrer.

-Oh. Excuse-moi, s'il-te-plaît, excuse-moi, ma puce, murmure-t-il en lui frottant le dos.

Dean a observé la scène en silence, assez compréhensif pour ne pas réprimer Sam, qui se sent suffisamment coupable et mesquin. Quand Sumiko est consolée, il se racle la gorge.

-Sammy.

-Quoi?

-J'ai eu du temps pour réfléchir, tu sais, pendant que tu bourgeonnais…

-Charmant. Et à quoi est-ce que tu réfléchissais? Tu ne t'es pas fait trop mal au moins?

-Ah. Ah. Hilarant. Imagine-toi, salope, que je pensais à Bella.

-Bella Talbot?

-Non, Bela Lugosi. Évidemment, Bella Talbot.

-Dean, je ne vois pas…

-On a des problèmes de fonds, et je sais que ça te pèse pas mal.

-Han-han…

-Si je te disais qu'on devrait recevoir dans les prochains jours un chèque de dix milles dollars?

-Dean?

Sam est irrité. Il essaie très fort de ne pas l'être, mais il est parfaitement conscient du ton de sa voix.

-Je me suis arrangé avec Bobby. Il a trouvé un acheteur : une espèce de collectionneur de trucs occultes très sérieux, et pas un psychopathe en puissance.

-Un acheteur pour quoi, Dean! S'exclame Sam en levant les bras.

-Quelques machins que nous avons… Des choses, pas vraiment essentielles. Par exemple, les épées d'Archange : on en a quatre, Sam, et jasais pas si t'as remarqué mais il n'y a plus un ange dans les parages. J'ai pensé qu'on pouvait se permettre d'en vendre deux…

-Et si on perd les deux autres?

-Sam! Nous ne sommes plus des chasseurs : nous ne le serons probablement plus jamais. On garde l'essentiel, évidemment, et on se débarrasse du reste.

-Je ne…

-Dix milles dollars, c'est ce que le gars a offert pour les deux épées.

Sam, stupéfait, ouvre la bouche bien grande.

-Juste pour les lames d'Archange?

-Euh… je peux peut-être me tromper, Sammy, mais il me semble que des armes surnaturelles coulées dans un alliage impossible à identifier selon les techniques humaines, ça vaut son pesant d'or pour un collectionneur.

-Merde.

Dean se détend lentement et sourit, très fier de lui.

-Il s'est dit très intéressé par tout ce qu'on pouvait lui proposer… Alors, je ne sais pas, réfléchis, et on s'arrête aux deux épées si tu préfères, mais…

-Pas question de vendre une chose qui pourrait être potentiellement dangereuse, comme l'un de mes livres de runes ou de magie et-

-Évidemment.

-Dix milles dollars, Dean.

-Je sais. Tu n'auras pas besoin de trouver un autre job cet été. Tu pourras rester ici et t'occuper de ton pauvre frère enceinte.

L'humeur de Sam s'améliore nettement après ça.

)))(((

15 avril

Faire l'épicerie demeure l'une des activités favorites de Dean, et maintenant qu'ils ont dix milles dollars mis de côté et qu'ils peuvent se permette de dépenser davantage sans tout calculer, leur petite excursion a des allures de fête. Ils sont pathétiques, mais Sam s'en fout. Il est plein d'énergie : les boutons sont réduits à de minuscules points brunâtres et le printemps bats son plein. Dean est magnifique avec son visage plus rond et son ventre ferme, d'une humeur égale, presque paisible. Il vient d'atteindre vingt semaines sans avoir éprouvé davantage de problèmes et commence à parler avec enthousiasme du nouveau bébé. Même si le malaise qu'il éprouvait face à son corps au cours de la première grossesse a réapparu, il est moins intense; Dean l'accepte et s'en ouvre plus facilement à Sam.

Sumiko a percé une quatrième dent sans que Dean et Sam ne s'en aperçoivent (ils ont fait une petite danse de la victoire en le découvrant) et a un sourire comique avec ses nouvelles palettes blanches à peines sorties. Elle passe trois avant-midi par semaine à la garderie, tel que convenu, et a étendu son vocabulaire de deux nouveaux mots : «dé!», une seule syllabe prononcée sur un ton toujours exclamatif, qui signifie «lait» et «mam-mam!» qui désigne la nourriture en général. La fille de Dean.

À l'épicerie, Dean remplit le panier avec enthousiasme alors que Sam le pousse en surveillant sa fille installée à l'avant. Sue pointe tout en baragouinant et s'empresse de faire des «bonjour» à tous les clients qui passent son chemin. Le nouveau geste qu'elle vient d'apprendre lui demande une certaine concentration : elle ouvre grand sa minuscule main, la referme, puis recommence. C'est le bonjour de Sue. Sam l'a inscrit dans son livre de bébé.

Dans le rayon des fruits et légumes, il prend des aliments, les lui montre et les nomme patiemment, répétant au moins trois fois.

-C'est un ananas, Sue. Un a-na-nas. Tu vois? L'ananas est un fruit.

Dean le contemple, pensif, un panier de framboise déjà sérieusement entamé à la main.

-Mais qu'est-ce que tu fais? Tu as l'air débile, là.

Sam lève les yeux au ciel.

-J'ai lu que c'était une bonne façon d'encourager le langage chez les enfants de son âge.

-O-kaayy… Et il faut que tu encourages ça en public?

-Tu sais, tu vas devoir payer pour ce carton de framboises, dit Sam pour détourner la conversation.

-Tu me prends pour qui? Demande Dean en désignant les fruits rouges à Sumiko : «Ce sont des framboises» ajoute-t-il d'une voix extrêmement lente avant de lancer un sourire moqueur à Sam.

-Mam-mam, répond Sumiko, plus concise.

Dean éclate de rire et dépose le carton au fond du panier. Il allait se retourner quand il s'immobilise soudainement et incline la tête sur le côté.

-Dean?

Les yeux fixes, Dean, qui porte habituellement une attention maniaque à ne pas dévoiler son état en public, Dean porte les mains à son ventre.

-Dean, qu'est-ce que-

À ce moment précis, Sue fond en sanglots, aussi brusquement que lorsqu'elle se fait mal. Sam se retourne. «Papapa» braille sa fille en lui tendant les bras.

-Sumi? Bébé?

Dean s'empare du panier et se met en mouvement. Sam, encore confus, suit son frère qui marche vite, les lèvres serrées, les yeux rêveurs. Il tourne dans l'allée des produits laitiers quand Sam lui attrape finalement le bras.

-Dean, ça suffit, qu'est-ce qui se passe?

Son frère résiste un instant, puis s'immobilise. Il cligne des yeux plusieurs fois, est secoué par un frisson, puis regarde Sue qui hoquète la fin de son chagrin.

-Hé, beauté, ça va, dit-il d'un ton apaisant en lui caressant la tête.

-Dean, répète Sam en lui serrant le bras plus fort.

-Quoi? Demande se frère en se libérant, agacé.

-Tu veux me dire…

-Je ne sais pas, articule Dean entre ses dents. Il a juste fallu… j'ai eu l'impression qu'il fallait qu'on bouge.

Dean oscille un instant sur ses jambes. Son visage pâlit.

-Je ne sais pas ce qui s'est passé, Sam, dit-il plus doucement en s'agrippant au panier.

-Hé, répond Sam sur le même ton en passant un bras autour de sa taille. On va… Tu veux rentrer?

Un bruit fort et soudain les fait sursauter tous les trois. Sumiko presse ses mains contre ses yeux et se remet à pleurer. Dean se fige et serre la poignée du panier plus fort.

Il y a quelques cris, des exclamations diverses qui proviennent du rayon précédent. Sam presse sa main dans le dos de Dean.

-Ne bouge pas d'ici.

Dans la grande allée des fruits et légumes, plusieurs clients observent l'endroit où Sam, Dean et Sumiko se tenaient moins de deux minutes auparavant, là où un panneau du plafond suspendu vient de s'effondrer. Les luminaires qui y étaient fixés gisent, brisés, à travers les fraises, les framboises et les mûres. Heureusement, personne ne paraît blessé.

Personne n'était sous ce panneau quand il s'est effondré. À ce moment précis.

)))(((

Quand Sam entre dans la chambre en séchant ses cheveux courts avec une serviette, Dean le prend par les épaules et le pousse sans ménagement contre le mur avant de presser ses lèvres durement contre les siennes.

Sam essaie de marmonner quelque chose à l'intérieur de la bouche de Dean, mais son frère presse un genou entre ses jambes et il ne peut que laisser échapper un hoquet étranglé alors que son pénis se gorge presque immédiatement de sang.

Dean pousse ses hanches contre les siennes et passe une main dans ses cheveux, tentant de s'y agripper et grognant de frustration.

Sam en profite pour lui prendre les épaules et l'éloigner un peu. Dean, les paupières lourdes, les lèvres humides et rouges, l'observe avec un tel désir que son frère peut presque le voir irradier de lui.

-Dean, il faut qu'on en parle.

-Après, grogne Dean en pressant sa main contre le boxeur de Sam

-Mais-

-Sam. Je te jure qu'après on pourra en discuter toute la fichue nuit si tu veux, mais j'en ai envie maintenant.

Dean se lève sur la pointe des pieds et suce doucement le lobe de l'oreille de Sam sans cesser de le caresser. «N'importe quoi, murmure-t-il, tout ce que tu veux, tu le dis et on le fait. Tu veux que je te prenne dans ma bouche? Ou qu'on se frotte l'un sur l'autre sans même enlever nos sous-vêtements comme cette fois dans les toilettes de la station-service de-mmph…

Allez résister à Dean quand il est dans cet état, pense Sam qui glisse sa langue dans la bouche de son frère, chaude et invitante. Le deuxième trimestre et les hormones frappent fort, et cette fois, Dean est plus à l'aise avec son corps. Il sait parfaitement ce que la modification de sa silhouette provoque chez Sam et, au lieu d'en être gêné et incrédule, apprend à s'en servir à son avantage.

Sam le traîne avec lui jusqu'au lit et s'étend le premier. Il enlève ses sous-vêtements et branle son sexe sans détourner les yeux de son frère, jusqu'à ce qu'il soit satisfait de l'ampleur et de la sensibilité de son érection. Dean a un sourire malicieux et baisse son pantalon de pyjama dont il se débarrasse d'un coup de pied. Son pénis est dressé devant lui, le gland déjà humide, et ses mamelons pointent. Son ventre est tendu et le creux de son nombril commence à s'aplanir. Une main joueuse va masser les testicules, l'autre monte lentement jusqu'à un mamelon et le pince sans ménagement.

-Sam…

-Continue, Dean, ordonne son frère en s'asseyant, le dos callé contre ses oreillers.

-Qu'est-ce que tu veux? Tu veux jouer au voyeur, Sam? Demande Dean en tournant son mamelon rouge entre ses doigts.

-Peut-être…

-Tu veux regarder… juste regarder?

-Tu as dit : tout ce que je voulais…

-Okay, répond Dean entre ses dents, mais tu me laisses le lit.

Sam est debout sans même y réfléchir. Il tire la chaise en osier de son coin près de la penderie et s'installe près du lit, les jambes bien écartées pour pouvoir manipuler son sexe sans entrave.

Dean est à genoux sur le lit. Il sourit à nouveau à Sam et lèche la paume de sa main avant de prendre son pénis fermement entre ses mains. Il se masturbe vite et fort, renverse la tête vers l'arrière et laisse s'échapper de sa bouche des gémissements et des grognements qui font tressaillir le sexe de Sam. Sa poitrine se soulève compulsivement, son visage et sa poitrine rougissent, un film de sueur commence à recouvrir son corps.

-Pas trop vite, dit Sam. Je ne veux pas que tu jouisses tout de suite…

Dean hoche la tête et ralentit le rythme, puis il serre son pénis à la base et gronde entre ses dents. Ses yeux paresseux et sombres se fixent dans ceux de Sam. Il se lèche les lèvres, parfaitement conscient de ce qu'il fait à son frère.

-Tu prends deux doigts et tu les suces, dit Sam d'une voix qu'il reconnaît à peine.

-Okay.

Dean obéit docilement. Sam ne sait pas au juste quand tout ça est devenu un jeu, mais l'idée de dominer son frère, même aussi subtilement, allume un feu délicieux dans son ventre. Il augmente la pression de sa main sur son pénis et commence à manipuler doucement ses testicules avec l'autre.

-Tourne-toi de côté, que je puisse te voir, dit-il ensuite, et pénètre-toi lentement.

-Seigneur, marmonne Dean en se déplaçant légèrement sur le lit.

Ses deux doigts disparaissent entre ses fesses fermes aux muscles tendus, et si Sam ne peut pas les voir entrer dans le muscle rose et serré de son anus, l'expression du visage de Dean compense largement : sa bouche s'entrouvre mollement, ses yeux se ferment, et un violent frisson le secoue tandis qu'une grosse goutte de liquide coule sur son gland pourpre.

-Vas-y, maintenant, comme tu veux, aussi vite et aussi fort que tu veux, dit Sam qui a un mouvement de hanches involontaire.

-Mmm, répond Dean qui s'empale doucement sur ses doigts.

Il écarte légèrement les genoux et utilise son bassin pour se pénétrer avec ses doigts –un va-et-vient régulier qui suit le rythme du mouvement de sa main sur son pénis. Ce ne sera plus très long, Sam peut le deviner à la façon dont son frère respire, à la modification de ses gémissements qui sont maintenant comme un grondement continu. Sam augmente la cadence et appuie fort sur le frein de son pénis à chaque fois qu'il remonte vers le haut. Les cuisses de Dean tremblent sous l'effort, son dos se cabre et il est magnifique, tellement désirable que si Sam n'était pas si près de son propre orgasme, il le renverserait sur le lit et le pénétrerait brutalement, sans finesse.

-Sa-am, gémit Dean, et la peau de son scrotum se plisse quand ses testicules remontent vers son sexe.

Ses mouvements sont de plus en plus erratiques. Le bruit de sa main sur la peau sensible de son pénis est obscène et érotique.

-Vas-y, lui permet Sam en haletant.

C'est visiblement tout ce dont Dean a besoin parce qu'il se branle une dernière fois avant de s'immobiliser soudainement, la gorge déchirée par un cri guttural, avant de perdre le contrôle de son corps qui tremble et se cambre, les muscles traversés de spasmes, et le sperme jaillit de son gland au rythme de ses mouvements, coulant sur sa main, ses doigts, et le drap juste sous lui.

-Sam, répète Dean sur un ton qui ressemble à un sanglot.

Sam entend vaguement son prénom à travers les premières étincelles qui s'allument dans son ventre et semblent exploser hors de lui. Il s'entend gémir alors qu'il continue de se masturber, pressant son gland fort entre ses doigts tandis que l'odeur de son sperme remplit ses narines. «Dean» marmonne-t-il à son tour.

-Mmm?

Son frère est effondré sur le côté, la tête sur l'oreiller, à la recherche de son souffle.

-C'était… commence Sam sans réussir à réfléchir à la suite.

-Espèce de pervers, répond Dean, mais à la façon dont il sourit paresseusement, c'est un compliment.

Dix minutes plus tard, ils sont nettoyés et pelotonnés sous les draps. Dean joue dans les cheveux courts de Sam, massant son cuir chevelu par la même occasion.

-Je pourrais m'habituer, tu sais, dit-il. Sauf pour le sexe : je n'ai rien à quoi m'accrocher.

-Bienvenue dans mon monde, commente Sam qui doit quasiment se retenir de ronronner tellement la sensation des doigts de son frère sur son crâne est apaisante.

-Bon. Allez.

Sam respire profondément par le nez. «Alors euh… c'était quoi ce truc à l'épicerie?»

Après l'incident et le choc initial, Dean a insisté pour terminer leurs courses : Sumiko a retrouvé son humeur habituelle et Sam s'est demandé s'il n'avait pas rêvé tout ça. Seul le manque d'enthousiasme soudain pour la nourriture de Dean témoignait de sa nervosité.

-Je ne sais pas.

-Tu as eu comme… une prémonition.

La main de Dean s'immobilise. «Ne dis pas des conneries pareilles.»

-Quoi? Tu nous as entraînés dans le rayon suivant deux minutes avant qu'une partie du plafond ne tombe sur nous!

-Une partie du plafond, c'est pas un peu exagéré? Et on n'en serait pas mort, soit dit-en passant.

-Non. Mais il y avait des éclats de verre partout. Et puis qu'est-ce que ça change, Dean? Tu as eu une espèce de transe et-

-Je ne me rappelle pas, répond son frère avec lassitude. J'ai mis les framboises dans le panier et ensuite… J'étais dans la rangée suivante et Sue pleurait.

-Ça vous est arrivé en même temps.

-Quoi?

-Sue s'est mise à pleurer au moment où tu as eu ton absence.

-Tu sais comment elle fait, des fois : il suffit que je change d'expression pour qu'elle réagisse.

-Peut-être, reconnaît Sam en se mordant les lèvres.

Il ne sait pas comment continuer. Dean attend, puis lève les bras au ciel et grogne.

-Dis-le et arrête de tourner autour du pot qu'on en finisse! Tu penses au sang de démon, c'est ça?

-Toi, tu y penses? Demande Sam presque timidement.

-Si je pense que Noix de Coco m'a envoyé ce… cet avertissement… ou Sumiko, peut-être, parce qu'elles auraient un pouvoir?

-À ce que je sache, Dean, je suis le seul survivant des enfants d'Azazel. Qui sait réellement ce que j'ai légué à nos filles à travers mes gênes.

-Tes fossettes, réplique Dean.

-Ce n'est pas drôle! Dean, tu… tu rêves à des choses bizarres et tu m'as dit que le bébé te parlait. Tu ne trouves pas…?

-Ce sont des rêves, Sam. Rien de plus. Où sont passées tes belles phrases toutes faites sur la différence entre chaque grossesse et l'influence des hormones et-

-Ce qui s'est passé aujourd'hui n'est pas dû aux hormones.

-Tu es sûr? Parce que côté normalité, je suis un fichu homme enceinte, Sam, à cause d'un sortilège fait de travers. On ne sait pas…

-Il ne s'est rien passé de semblable pendant que tu attendais Sue.

Dean soupire et se tourne sur le côté, s'éloignant de Sam du même coup. «Non. C'est vrai, mais à moins que tu aies un élément de comparaison, je refuse de me poser davantage de questions. C'était peut-être juste mon instinct, tu sais : peut-être que j'en entendu un bruit et qu'inconsciemment j'ai fait le lien et… Merde, qu'est-ce que tu veux que je te dise d'autre? Je me sens bien, Sam, vraiment bien, et je n'ai pas envie qu'on regarde ça sous le microscope.»

-Okay.

-Et avant que tu commences à te torturer, je suis persuadé que le sang de démon n'a rien à voir là-dedans. Et si Sue ou Noix de Coco en ont qui coulent dans leurs veines, on fera avec, c'est tout.

-Mmm.

-Bonne nuit, Sam.

-Bonne nuit.

Si Dean se met à ronfler moins de cinq minutes plus tard, Sam demeure éveiller de longues heures. Il ne veut pas regarder le phénomène sous le microscope. Il n'en a pas besoin : c'est gros comme une maison. Dean est en pleine négation.

Il pourrait peut-être parler à Bobby.

À SUIVRE…

P.S. Les cheveux de Sam, donc… Ça repousse… Pardonnez-moi.