Je tiens ici à remercier marine et Qalipso pour leurs gentils commentaires. J'espère aussi n'avoir oublié de répondre à personne en mp.
Je pensais arriver plus vite au colloque (je sais que vous êtes aussi impatients que moi :p). Mais j'ai tellement de choses à raconter que ça prend plus de temps que prévu. Mais c'est promis, le colloque débutera dans le prochaine chapitre ^^
Je dédie ce chapitre à Shae Vizla: les voilà enfin nos six toutous (l'explication de leurs noms viendra plus tard, si vous n'avez pas déjà deviné).
Chapitre 10: Apparences.
Aujourd'hui, Izumo s'ennuie. Et quand Izumo s'ennuie, il broie du noir. Il aime bien son stage en ophtalmologie. Le personnel du service est sympathique, la spécialité intéressante. Il a juste l'impression de jouer les figurants. Itachi Uchiwa, son chef de service, l'a pourtant prévenu dès son arrivée. Les internes de première année sont là pour observer. L'ophtalmologie est une discipline complexe et précise. Pas question de confier le moindre petit geste technique à un interne non formé. Mais pour être formé, encore faudrait il pouvoir passer de la théorie à la pratique!
Alors en attendant le chirurgien, Izumo rêvasse devant sa tasse de café. S'il ne s'agissait encore que de son stage, mais le jeune interne a aussi l'impression de passer à côté de son début d'internat. Il se sait de nature discrète. Mais là, il a presque le sentiment de faire partie du décor. La nouvelle version de la plante verte en somme. A l'internat, personne ou presque ne connaît son prénom. Dans son groupe d'amis, il est le seul à être encore anonyme. Shizune, comme à son habitude, s'est immédiatement fait plein d'amis. Genma, d'un naturel avenant, est rapidement devenu l'un des animateurs des soirées de l'internat. Sa liaison avec Tsunami, très populaire également, est un atout indéniable. Kotetsu se permet de tutoyer les chirurgiens les plus côtés de l'hôpital grâce à sa position de batteur dans le groupe de Sarutobi et d'Hatake. Excusez du peu! Et en plus, il file à présent le parfait amour avec Shizune. Quant à Iruka, chacun salue son talent et lui promet un brillant avenir en chirurgie cardio-thoracique. Grâce à son chef, qui semble s'être entiché de lui, il a pu participer à une intervention exceptionnelle et va bientôt partir à l'étranger pour un colloque international. Et lui, pauvre hère, reste là, à attendre que le temps passe. Non vraiment, le monde est injuste parfois.
Aujourd'hui, Itachi est de bonne humeur. il ne faut cependant pas espérer la moindre effusion de joie de sa part. C'est un Uchiha ne l'oublions pas. Mais en son fort intérieur, Itachi est content. Alors quand il passe devant la porte entr'ouverte du bureau des internes, et qu'il voit Izumo soupirer comme si tous les malheurs du monde venaient de lui tomber sur les épaules, le médecin se dit qu'il est peut être temps de lui donner sa chance. Après tout, le premier stage des internes se termine dans deux semaines. Et le jeune homme a fait tout le travail qu'on lui a confié sans rechigner. Il a bien droit à une petite récompense. Et à un petit test aussi.
Izumo sursaute quand son chef entre brusquement dans le bureau, manquant de renverser son café.
«Alors Izumo, comment se passe ton stage?» demande l'ophtalmologue sur un ton nonchalant.
«Très bien, Monsieur» marmonne l'interne.
Itachi esquisse un pseudo sourire. Izumo est le genre d'interne trop poli pour se plaindre ou émettre la moindre contrariété devant son chef. Malheureusement pour lui, Itachi sait que ce genre de caractère n'aide pas à se faire une place au soleil de l'hôpital. Posant un regard bienveillant sur son interne, le médecin reprend:
«Ecoute Izumo, je trouve que tu as très bien rempli toutes les tâches que nous t'avons confiées durant ses six mois. Tu as bien observé les différentes interventions, et je pense qu'il est temps que je récompense tes efforts.»
Izumo tente de masquer son étonnement, tout en pensant très fort «pas trop tôt!». Itachi lui fait signe de le suivre d'un geste de la main.
Les deux hommes prennent en silence la direction des ascenseurs. Itachi, d'un naturel peu bavard, aime ne pas être bombardé de questions. Et c'est en ce sens qu'il apprécie particulièrement Izumo.
Arrivés devant l'entrée du service de chirurgie maxillo-faciale, Itachi rompt enfin le silence.
«Bon, nous allons voir un patient de trente ans qui s'est fait mordre par un molosse. Ce n'est pas joli à voir je te préviens. Nous allons travailler conjointement avec la chirurgie maxillo-faciale et la chirurgie reconstructrice. L'intervention qui nous concerne est relativement simple: greffe de cornée et installation d'un implant intra-oculaire.»
Izumo hoche la tête, impatient. Ils arrivent à la salle de réunion et sont accueillis par le chef du service de chirurgie maxillo-faciale.
«Ah Itachi, te voilà!» lance Ibiki Morino. «Nous n'attendons plus que Monsieur le chirurgien esthétique daigne montrer sa petite gueule» conclut le chirurgien agacé.
«Tu sais comment est Deidara, il aime se faire désirer» répond l'ophtalmologue.
«Salut, salut!» lance une voix chantante en écho à Itachi. «Comment allez-vous chers collègues?» reprend Deidara en serrant chaleureusement la main de chaque personne présente dans la pièce, sous le regard exaspéré d'Ibiki. Loin de se laisser déstabiliser, le chirurgien esthétique reprend:
«Ah mon cher Ibiki, tu sais que je pourrais faire des merveilles sur toi. Je ne comprends pas pourquoi tu t'obstines à vouloir garder ces immondes cicatrices! Sous mes doigts agiles, tu retrouverais un minois digne d'un apollon!»
Ibiki n'a pas le temps de répondre, Deidara étant déjà passé derrière lui pour examiner les radios fixées au négatoscope.
«Oh mon dieu, quel chantier! Je suis curieux de voir ce patient en vrai. Un bulldozer lui est passé sur le visage, le pauvre chéri!»
Itachi amusé, et Ibiki agacé s'approchent derrière lui.
«M. Ohara s'est fait mordre par un chien. Il présente un gros délabrement facial en effet» répond d'une voix professionnelle le chirurgien maxillo-facial.
«Je suppose que tu vas intervenir en premier, Ibiki?» demande Itachi.
«Oui, je dois réparer la mâchoire et refaire le plancher de l'orbite avant que tu n'interviennes sur son œil. Ensuite Deidara pourra...»
Mais le chirurgien esthétique l'interrompt avant qu'il n'ait eu le temps de finir sa phrase:
«Je pourrai exercer mon art de manière à rendre cet homme regardable. Un jeu d'enfant pour moi bien sûr!»
Ibiki pousse un soupir mais préfère ne pas répondre. Que dire de toute façon? tout l'hôpital sait que Deidara est un peu particulier, pour ne pas dire complètement cinglé. Le mieux, c'est de le laisser partir dans ses délires. Le pire c'est qu'il n'a pas tort. Entre ses mains, de nombreux patients ont repris une apparence humaine malgré de gros délabrements qui auraient pu les laisser défigurés à vie.
Deidara se retourne brusquement avant d'ajouter:
«Bon, je vous laisse les amis! Je dois aller mettre en place de magnifiques prothèses mammaires à une jeune demoiselle afin de la rendre irrémédiablement divine!»
Izumo jette un regard incrédule au chirurgien. On se demanderait presque si Deidara n'est pas en permanence sous acide.
Alors que le chirurgien prend la direction de la porte, il s'arrête devant l'interne et le fixe pendant quelques secondes l'air pensif. Il finit par lui offrir un lumineux sourire avant de lui dire:
«Tu as un joli visage. C'est dommage que tes paupières soient tombantes. Tu devrais venir me voir, je pourrai arranger ça!»
Laissant Izumo perplexe, le chirurgien qui la pièce en lançant un chantant «à plus tard les amis!»
Itachi regarde son interne amusé, avant de lui lancer:
«Deidara est un peu spécial, mais c'est le meilleur dans son domaine.»
«Un peu spécial? Complètement taré tu veux dire» grommelle le chirurgien maxillo-facial en rangeant les radios du patient.
«Bon, je te bippe dès que j'ai fini la reconstruction faciale. On sera dans le bloc deux.»
«C'est compris. tu penses en avoir pour combien de temps?»
«A vue de nez, je dirais trois bonnes heures. Il faudra que tu fasses vite, parce que Deidara aura besoin de temps lui aussi.»
«Ce n'est pas un problème, la kératoplastie est un acte simple. D'ailleurs, c'est Izumo qui va la faire.»
L'interne se fige, pas certain d'avoir bien compris ce que vient de dire son chef. Devant son air hébété, Itachi reprend:
«Tu te sens capable de faire cette greffe Izumo? Tu m'as vu faire des centaines de fois déjà.»
Le jeune interne hoche timidement la tête. Il ne peut pas laisser passer cette chance, même s'il a une frousse inimaginable. Itachi, en chef bienveillant et concerné, reprend:
«Je serai là avec toi et je te guiderai d'accord? Il n'y a pas de raison que cela se passe mal.»
L'interne hoche la tête plus énergiquement cette fois. Il est enfin arrivé, ce moment où lui aussi va pouvoir briller.
...
Lunettes de précision fixées sur le nez, Izumo se penche sur le champ opératoire. Il est enfin à la place qu'il a toujours rêvé de tenir, mais ne peut empêcher sa main de trembler un peu. Itachi l'a remarqué aussi. D'une voix douce, le professeur dit:
«Izumo, respire et desserre la prise de ta main sur le laser. C'est tout à fait normal que tes doigts tremblent un peu. Dès que tu te sens prêt, tu y vas, ok?»
Le jeune interne hoche la tête, prend une grande inspiration et se concentre. D'un geste précis, il trace un cercle parfait sur la cornée du patient. Itachi hoche la tête, satisfait, avant de reprendre:
«Maintenant, place le greffon délicatement... Voilà comme ça... C'est parfait.»
Suivant les indications de son chef, Izumo place le greffon de manière impeccable, venant ainsi combler la cornée du patient. Itachi propose à son interne de réaliser les premiers points afin de bien fixer la cornée en place.
Izumo s'écarte pour laisser le chirurgien opérer, tout en ne perdant pas une miette des gestes précis d'Itachi. Celui-ci place quatre points, puis tend les instruments à son interne.
«A toi maintenant!»
Izumo semble avoir pris de l'assurance au fur et à mesure de l'intervention. Itachi sourit sous son masque, en voyant le jeune homme réaliser minutieusement sa suture. Izumo est un bon élément. Il a tout à fait le profil pour faire un très bon chirurgien oculaire.
A peine le dernier point posé qu'Izumo et Itachi perçoivent de grands éclats de rire dans le couloir.
«Je crois que Deidara est arrivé. On va pouvoir lui laisser la place. Tu as fait du bon travail Izumo» déclare Itachi en observant d'un air satisfait les sutures de son interne.
Le jeune homme sent une bouffée de fierté remonter dans son ventre. Les compliments du chef de l'ophtalmologie sont aussi précieux que rares. Et il a hâte de raconter ça à ses amis.
«Bonjour tout le monde!» lance Deidara en entrant joyeusement dans le bloc d'une démarche sautillante.
«Voyons voir...» reprend le chirurgien en s'approchant de la table d'opération. Il se met à grimacer alors que l'infirmière de bloc replace les champs stériles de manière à découvrir le visage du patient.
«Mon dieu qu'il est laid! Nous allons te rendre un visage digne de ce nom jeune homme!» déclare Deidara en s'adressant au patient endormi. Itachi et Izumo s'apprêtent à quitter le bloc. Deidara lance alors:
«Jeune interne aux paupières tombantes, ne veux-tu pas assister à une leçon d'art esthétique? Tu n'auras pas souvent l'occasion d'admirer un tel spectacle!»
Izumo lance un regard implorant à son chef, semblant signifier «aide moi!». Itachi sourit avant de répondre:
«Izumo a encore beaucoup de travail dans le service.»
Izumo pousse un soupir de soulagement, malgré la mine dépitée de Deidara. Mais Itachi reprend déjà, un petit sourire sadique sur les lèvres.
«Mais je suis sûr qu'il sera ravi de revenir une prochaine fois pour admirer ton excellence dans l'art de la chirurgie esthétique. Qui sait, il choisira peut être ton service pour le prochain stage?»
Et l'ophtalmologue tourne les talons pour quitter le bloc, non sans retenir un petit rire à la vue du visage d'Izumo, qui semble s'être figé dans le marbre.
«Oh mais ce serait formidable ça! J'ai hâte de te revoir, interne aux paupières tombantes. Je t'apprendrai à rendre les gens beaux! On va bien s'amuser!» répond Deidara, déjà affairé sur son patient.
Izumo lève les yeux au ciel. Pas question qu'il passe six mois en stage avec ce malade mental! Il se dépêche de quitter le bloc, comptant sur le caractère versatile de Deidara. Avec un peu de chance, il aura oublié jusqu'à son existence dans quelques heures.
Izumo rejoint Itachi juste avant que celui-ci ne monte dans l'ascenseur.
«Alors, tenté par un petit stage en chirurgie esthétique?» demande Itachi taquin.
«Hors de question!» lance vigoureusement Izumo. «Je ne survivrais pas à Deidara.»
Itachi se met à rire (ce qui est assez rare pour être noté). Décidément, il aime bien cet interne.
...
L'internat est en pleine effervescence. Six mois se sont déjà écoulés et le premier stage d'internat touche à sa fin. Une grande fête se prépare donc, la moindre occasion étant bonne pour organiser une fiesta. Iruka ne peut s'empêcher d'avoir un pincement au cœur en pensant qu'il va devoir quitter le service de chirurgie cardio-thoracique. S'il pouvait, il ferait bien tout son internat dans le même service. Après tout, il sait déjà qu'il veut devenir chirurgien cardio-thoracique. Il décide d'arrêter de penser à ça et se replonge dans sa présentation. Même si ce n'est qu'un entrainement, Iruka est stressé à l'idée d'aller présenter son travail à son chef de service. Alors qu'est ce ce que sera devant tout un parterre de grands pontes! Le jeune interne s'étire en soupirant. son travail est plus qu'acceptable, il le sait. Ce qui l'inquiète surtout, c'est de devoir parler en public. Il n'est pas timide mais quand même! Alors qu'il met un point final à sa présentation, Genma et Tsunami le rejoignent.
«Hé Iruka, tu viens avec nous à la piscine cet aprèm'?» demande l'interne d'orthopédie, tandis que la jeune femme accrochée à son bras s'amuse à lui déposer des bisous dans le cou. Iruka fronce les sourcils. Le bonheur plus qu'affiché de Genma et Tsunami est irritant parfois. Qu'ils soient ensemble, c'est bien. Qu'ils s'affichent ouvertement et sans pudeur, ça commencerait presque à le gonfler. C'est vrai quoi, pas besoin de se bécoter en permanence pour se prouver qu'on s'aime non? Mais l'interne est préoccupé par autre chose.
«Heu, non. Je dois faire une présentation aujourd'hui. Et justement je voulais emprunter ta voiture.»
«Ha? C'est des fous dans ton service, à te faire bosser un samedi quand même. Mais je comprends pas, ta présentation, tu ne la fais pas à l'hôpital?»
Iruka gratte la cicatrice qui barre son nez. Depuis la chanson dans le bar, ses amis prennent un malin plaisir à le taquiner au sujet de Kakashi. S'ils apprennent qu'il doit passer l'après-midi chez son chef, c'en est fini de lui. Trouver une excuse, vite! Iruka finit par baragouiner qu'il n'y a pas de salle disponible et qu'il a rendez-vous à la fac. Le mensonge semble prendre, Tsunami lui proposant d'emprunter sa propre voiture. Iruka la remercie chaudement avant de s'éclipser, laissant les deux amoureux se comporter comme des collégiens.
Après le déjeuner, un peu chaotique à cause des préparatifs de la soirée, Iruka tente de retrouver Tsunami. Il finit par l'apercevoir, en grande conversation avec Aoba. Iruka est soulagé de ne voir aucun de ses amis proches dans les parages, surtout Shizune. La jeune femme ayant un flair hors du commun pour sentir quand quelque chose de louche se trame, elle aurait immédiatement perçu qu'Iruka cache un truc.
L'interne se précipite donc vers Tsunami pour lui demander ses clés. L'interne de pneumologie lui tend le précieux sésame. Mais alors qu'Iruka saisit le trousseau, la jeune femme resserre la pression sur l'objet.
«Pas de bêtises Iruka, hein!» lance la jeune femme taquine.
Iruka lève un sourcil interrogateur avant de répondre:
«Ne t'inquiète pas, je suis toujours prudent en voiture.»
«Je crois qu'elle ne parlait pas de la voiture» rétorque Aoba dans un sourire narquois, aussitôt repris par Tsunami.
«Et tu diras bonjour à Kakashi de notre part!» conclut la jeune femme en riant.
Les épaules d'Iruka s'affaissent. Bien sûr qu'ils sont au courant! Kakashi a dû leur balancer l'info à la dernière répétition. Maudissant intérieurement son chef de service, Iruka tente de prendre un ton indifférent pour répondre:
«Je vais faire ma présentation à mon chef. En gros je vais travailler. TRA. VAIL. LER. Ca vous parle ce mot?»
Aoba et Tsunami sont maintenant franchement hilares.
«Mais oui, on ne doute pas de toi.»
«C'est plutôt de Kakashi dont on se méfie.»
«Enfin, travaille bien en tout cas. Et c'est promis, ta petite escapade restera entre nous trois!»
Iruka hausse les épaules. Pas la peine d'essayer d'argumenter de toute façon.
Après avoir enfin récupéré les clefs de la voiture, il prend la route pour rejoindre la maison de Kakashi.
A l'approche de la villa, il ressent une sorte de fébrilité, mélange de crainte et d'impatience. Ce n'est pas la première fois qu'il va se retrouver seul avec son chef. Mais ce lieu, l'espace de vie privée de Kakashi, change complètement la donne. Il s'arrête devant le grand portail et baisse sa vitre pour sonner à l'interphone. Quelques secondes s'écoulent avant qu'une voix bien connue ne lui réponde.
«Oui?»
«C'est moi!» répond Iruka.
A peine a-t-il prononcé ces mots qu'Iruka se met mentalement une claque. Comment veux-tu qu'il sache qui est là si tu ne donnes pas ton nom, idiot? Mais la voix répond:
«Ah Iruka, je t'ouvre! Fais attention aux chiens, ils sont dans le jardin.»
Iruka voit le portail s'ouvrir doucement. Il remonte prudemment l'allée, en surveillant le moindre "déboulage" de clébard devant ses roues. Il n'ose pas imaginer le drame s'il écrase un des cabots de Kakashi.
Devant la porte d'entrée, l'interne hésite. Pas de sonnette. Est-il sensé entrer comme ça? Il finit par frapper quelques coups à la porte, et entend une voix lui lancer:
«Entre Iruka, c'est ouvert!»
L'interne s'exécute et pénètre dans la maison. Rien n'a changé depuis la dernière et unique fois qu'il est venu. Iruka fait le pied de grue pendant quelques minutes, et finit par voir Kakashi arriver du couloir. Le chirurgien, torse nu, se frotte consciencieusement les cheveux avec une serviette.
«Salut Iruka, vas-y installe-toi. J'arrive!»
Iruka s'assoit dans l'un des canapés, tout en suivant son chef du regard. Il faut reconnaître qu'il est diablement sexy. Iruka se surprend à admirer les gracieuses proportions du chirurgien. Après avoir ramené une bouteille de soda et deux verres de la cuisine, Kakashi finit par s'affaler dans le canapé qui fait face à Iruka.
«Alors, tu es prêt?»
Iruka hoche la tête, mais préfère ne pas regarder Kakashi en face. Il n'est pas prude, a déjà vu Kakashi torse nu, mais pour le coup, aujourd'hui et ici, ça le gêne.
Le chirurgien se met à sourire devant l'embarras de son interne.
«Tu veux que je passes un chemise?» demande-t-il taquin.
Iruka réussit à contenir sa gêne et marmonne:
«Je préfèrerais oui.»
Kakashi file dans le couloir, tout en continuant à parler à son interne.
«Tu auras au maximum quinze minutes pour faire ta présentation. Il faut que ce soit clair et concis. Tu as fait un support en images?»
«Oui!» répond Iruka qui perçoit le bruit des cintres qui s'entrechoquent.
Kakashi finit par réapparaitre, une chemise blanche maintenant boutonnée au dessus de son jeans bleu foncé. Saisissant un pupitre de musique, il l'installe devant la télévision.
«Donne-moi ta clé usb, on va la brancher sur la télé. Tiens, c'est un pointeur. Si tu appuies là, ça fait défiler les images, et là ça te permet d'attirer l'attention des gens avec le laser.»
Iruka acquiesce et s'installe derrière le pupitre. Kakashi s'installe quant à lui dans le canapé et lance un sourire ravageur.
«Tu peux commencer!»
Iruka prend une grande inspiration, mais juste au moment où il s'apprête à prononcer son premier mot, Kakashi l'interrompt déjà.
«Attends! Ya un truc qui ne va pas.»
Iruka fronce les sourcils.
«Il faut que l'on te mette dans les conditions les plus proches du colloque.»
Iruka lui jette un regard interrogatif. Kakashi lui adresse un sourire taquin.
«Il te faut un public! Ne bouge pas, j'ai ce qu'il faut!» reprend Kakashi en se mettant à rire.
Le chirurgien serait-il un magicien, capable de faire apparaître une foule en claquant des doigts? Iruka se doute bien que son chef a encore une idée saugrenue, pour ne pas dire débile, derrière la tête. Il suit d'un air agacé le trajet de Kakashi jusqu'à la baie vitrée du salon. A ce rythme, ils vont mettre toute la journée à préparer cette présentation!
Dos à Iruka, Kakashi ouvre la porte-fenêtre en grand et émet un long sifflement, qui surprend le jeune interne.
Iruka entend alors une cavalcade, juste avant de voir débouler une meute de chiens! L'interne a un léger mouvement de recul, mais Kakashi lève la main et les chiens s'arrêtent net juste à l'entrée de la maison.
«On s'essuie les pattes» demande le maître. Aussitôt, les six chiens grattent plus qu'ils ne frottent le tapis placé à l'extérieur de la baie vitrée, sous l'œil halluciné d'Iruka, qui ne peut s'empêcher d'éclater de rire. Kakashi tourne un regard amusé vers l'interne avant de lancer:
«Ils sont bien élevés, hein!»
Le chirurgien fait entrer les chiens un par un, et leur ordonne de s'asseoir au centre de la pièce, face à Iruka. Jack esquisse un mouvement pour aller vers l'interne, mais Kakashi le rappelle immédiatement à l'ordre. Il se rassoit dans le canapé et désigne ses chiens en les nommant:
«Alors, tu connais déjà Jack et Tyler» dit-il en désignant le dalmatien et le berger belge, dont les queues frétillent à la mention de leur nom.
«Lui c'est...»
«Néo» répond Iruka en reconnaissant l'Akita Inu. Kakashi sourit et reprend:
«C'est ça. Et voici donc Wayne, Korben et la seule fille du groupe, Mia» reprend Kakashi en désignant successivement un énorme terre-neuve, un berger australien et un pinscher qui semble monté sur ressort.
«Et bien, quel public!» répond Iruka amusé.
«Allez les chiens, soyez sages, on écoute Iruka maintenant!»
L'interne, détendu par ce petit intermède animalier fort amusant, s'éclaircit la voix et commence sa présentation, sous l'oreille attentive de son chef, qui prend des notes. Au bout de cinq minutes, Korben émet un bâillement bruyant et se couche au sol, visiblement peu intéressé par l'exposé. Iruka regarde en direction de Kakashi, qui se fend d'un grand sourire et lui indique par un petit geste de la main de continuer.
A la fin de l'intervention d'Iruka, cinq des six chiens sont avachis par terre, tandis que Mia tente d'attraper sa propre queue en tournant sur elle-même. Iruka pose un regard désappointé sur les animaux, alors que Kakashi se met à rire doucement.
«Ne sois pas vexé Iruka. Tu auras une assistance plus concentrée au colloque c'est promis. Viens t'asseoir. Il y a quelques corrections à faire, mais dans l'ensemble c'est très bien.»
Alors que Kakashi remet les chiens dehors, Jack profite de l'occasion pour se faufiler et aller réclamer des caresses à Iruka.
«Décidément, ce chien t'adore. Il n'accorde pas aussi facilement sa confiance d'habitude.»
«Un peu comme son maître» lâche Iruka, avant de mettre une main sur sa bouche, signifiant que sa parole a dépassé sa pensée.
Kakashi émet un petit rire, dans lequel Iruka semble cependant percevoir un peu de gêne.
«Peut-être bien oui» répond finalement le chirurgien sur un ton mystérieux.
Les deux hommes se remettent au travail, dans la bonne humeur. Kakashi apporte quelques corrections au travail d'Iruka et lui donne aussi des conseils pour rendre sa présentation plus attrayante.
«Pour le fond, c'est excellent Iruka. Mais la forme est aussi très importante. Les premières minutes sont décisives pour capter l'attention de la salle. Il faut que tu imagines ta présentation comme un scénario de film. Tu places rapidement les personnages et l'intrigue, et tu apportes un peu de suspense. C'est à ce moment-là que tu peux balancer le résultat de l'étude.»
Iruka jette un regard en coin à son chef.
«Tu es sérieux là?»
«Bien sûr! Crois-moi, il m'est déjà arrivé de m'endormir à des présentations, tellement c'était ennuyeux. Le sujet a beau être passionnant, et les résultats de l'étude exceptionnels, si la présentation est purement scientifique et monocorde, on s'emmerde et on lâche le fil au bout de cinq minutes. Regarde Korben, il n'a pas tenu plus longtemps.»
«Korben est un chien» répond Iruka, vexé.
«Il a réagi au son de ta voix, c'est tout. Il faut que tu rendes ta présentation vivante!»
«Bon soit, je vais bosser là dessus.»
«Une dernière chose...Il faut que tu places une citation de film dans ta présentation.»
Gros blanc.
Là, il se fout de ma gueule.
Iruka fixe son chef d'un air désabusé.
«Une citation de film, c'est quoi ce délire encore?»
Kakashi, amusé par la réaction de son interne, lui offre un sourire enjôleur avant de reprendre, énigmatique:
«C'est ma marque de fabrique.»
«Ta marque de fabrique?»
«Oui! J'ai toujours réussi à placer une citation de film dans mes présentations. Une très bonne façon d'attirer l'attention du public! Et maintenant, à chaque fois que je présente, ou que je fais présenter une étude à l'un des internes, tout le monde attend la fameuse citation.»
Cette fois, Iruka ne peut réprimer un geste d'agacement. Passe encore qu'il doive monter sa présentation comme un scénario, mais il est hors de question qu'il se ridiculise en insérant une citation de film!
«Bonjour la crédibilité! Tu me vois sortir un truc du genre, «Luke, je suis ton père» en plein milieu de ma présentation?»
Kakashi se met à rire franchement.
«Mais c'est justement tout l'intérêt. Il faut que tu choisisses une phrase qui s'intègre dans ta présentation, qui passe presque inaperçue, tu comprends? Les gens doivent se dire «j'ai bien entendu ce qu'il a dit là?» juste avant de se re-concentrer sur ton propos.»
Iruka secoue la tête, sceptique.
«Franchement, ça me semble impossible...»
Il est interrompu par Kakashi, qui semble réciter:
«L'intervention dure en moyenne trois heures, dont une heure et demi en CEC. «Mais tout le monde sait que le temps est sans importance, seule la vie est importante» (1). Les quinze patients de l'étude ont d'ailleurs tous survécu à l'intervention, sans séquelle d'aucun ordre. et bla bla bla...»
Iruka reste interloqué.
«Tu as vraiment dit ça lors d'une présentation?»
«Ouep! J'ai eu un énorme succès d'ailleurs. Et de toute façon, je t'impose de le faire. Prends-le comme un défi supplémentaire.»
Iruka pousse un profond soupir. Qu'a-t-il fait pour mériter ça sérieusement?
«Bon, on quittera l'hôpital vendredi prochain à quatorze heures. On file à l'aéroport et on sera sur place le soir même. J'espère que tu as un costume décent à te mettre sur le dos.»
Les yeux d'Iruka s'agrandissent sour l'oeil amusé de Kakashi. Celui-ci secoue la tête d'un air faussement agacé.
«C'est un colloque international Iruka. Même si ce n'est pas l'envie qui m'en manque, on ne peut pas débarquer en jeans et en baskets. Bon allez, suis-moi» reprend le chirurgien en se dirigeant vers le couloir.
La première porte sur la droite s'ouvre sur un dressing faisant deux fois la taille de la chambre d'Iruka à l'internat.
L'interne observe le nombre impressionnant de vêtements et chaussures, soigneusement rangés dans la pièce. Kakashi farfouille quelques secondes et se retourne pour dévisager Iruka de la tête au pieds.
«Je pense que celui-là devrait t'aller, ou peut être celui-ci?» dit-il en fourrant les deux costumes sombres dans les bras de l'interne. «Tiens, ce sont les chaussures qui vont avec» poursuit-il en plaçant les deux paires au-dessus des vêtements. «Pour les chemises, allez soyons original, cette couleur ça te plait?» reprend le chirurgien en exhibant une belle chemise en coton bleu ciel.
Iruka hoche la tête. Honnêtement, peu lui importe la couleur de la chemise. Kakashi complète le chargement de ses bras de deux autres chemises, ainsi que des cravates qui vont avec.
«Allez zou, essaye-moi tout ça, je t'attends dans le salon!» déclare Kakashi en quittant le dressing.
Iruka hésite quelques secondes, puis se décide à essayer la première tenue. D'un pas mal assuré, il rejoint son chef dans le salon, après avoir enfilé le premier costume.
«Pas mal» déclare Kakashi en voyant arriver son interne, «mais la veste est un peu trop large pour toi. Je pense que le deuxième costume t'ira mieux. Par contre la chemise est top!» conclut-il en lui lançant un clin d'œil.
Après avoir essayé toutes les combinaisons possibles, Kakashi finit par décréter qu'Iruka mettra le costume noir à col mao, avec la chemise bleue ciel. Il tend alors la cravate assortie à son interne.
Un peu gêné, Iruka saisit le morceau de tissu et la passe autour de son cou. il tente maladroitement de faire le nœud, et finit par renoncer. Lançant un regard un peu honteux à son chef, il déclare d'une petite voix:
«Je... je n'ai jamais appris à faire les nœuds de cravate.»
Devant la tête dépitée d'Iruka, Kakashi lui offre un regard compréhensif et s'approche doucement du jeune homme. Il se place derrière lui, et Iruka peut sentir son torse musclé contre son dos. Il a du mal à réprimer un frisson. Kakashi fait pivoter Iruka face au grand miroir accroché au mur du salon. Le jeune homme sursaute en constatant leur proximité. Penché par dessus son épaule gauche, Kakashi passe ses bras autour du cou de l'interne et entreprend de lui faire son nœud. Iruka l'entend murmurer au fur et à mesure qu'il manipule le morceau de tissu, mais il est incapable de se concentrer sur les explications, se laissant bercer par la mélodieuse voix de Kakashi. Par son odeur sucrée aussi. Il ne peut réprimer un soupir de déception lorsque Kakashi s'éloigne de lui. Amusé, le chirurgien lui demande de se retourner et prend quelques secondes pour le contempler.
«Voilà, tu es parfait!»
Iruka se dandine dans ces vêtements qu'il n'a pas l'habitude de porter. Kakashi s'approche, et relève son menton avec son index.
«Tu es très beau» murmure le chirurgien d'une voix sensuelle. Iruka croise le regard sombre de son chef, et en perd sa respiration. Leurs bouches ne sont qu'à quelques centimètres l'une de l'autre. il peut sentir le souffle chaud de son aîné sur ses joues qui commencent à chauffer. Mais déjà Kakashi s'éloigne, rompant le contact à la fois visuel et charnel, et par la même cet instant intense en émotions. Iruka jurerait avoir lu du désir dans les yeux du chirurgien. Et le jeune homme sait que si Kakashi avait tenté quelque chose, il aurait été incapable d'y résister. Il comprend maintenant pourquoi tant de personnes acceptent des relations éphémères avec le chirurgien. Rien que pour une minute dans les bras de cet homme, on vendrait son âme au diable.
Alors que le chirurgien est déjà reparti dans la cuisine, à la recherche de quelque chose à grignoter, Iruka l'observe du coin de l'œil. Malgré son apparente décontraction, Kakashi semble avoir été perturbé lui aussi par cette proximité. Iruka secoue la tête pour tenter de se convaincre que ce n'est que le fruit de son imagination, et repart dans le dressing pour se changer.
Après avoir remballé ses affaires, il s'apprête à quitter la maison. Kakashi lui tend une petite valise à roulettes, contenant les fameux vêtements destinés au colloque.
«J'ai supposé que tu n'avais pas de valise non plus» lui dit-il en se fendant d'un sourire lumineux. Pas une once de taquinerie pour une fois, juste un sourire franc.
Iruka remercie son chef et quitte rapidement la maison.
A son arrivée à l'internat, la fête semble avoir déjà débuté. Il se rend compte qu'il est déjà vingt heures passées. Tandis qu'il traverse le hall d'entrée pour atteindre les escaliers, Shizune l'interpelle.
«Hé Iruka, où étais-tu passé? Tsunami et Aoba m'ont dit que tu travaillais aujourd'hui!»
Aussitôt le jeune homme se raidit.
«Je suis allé répéter ma présentation» répond-il laconiquement.
«Ah? Et ça c'est bien passé?» demande la jeune femme, qui semble impatiente de retourner faire la fête.
«Oui très bien.»
«C'est quoi cette valise?»
«C'est la valise que j'emmène avec moi au colloque. J'ai récupéré un costume aussi.»
«Super! tu as vraiment de la chance d'aller à Suna. Je suis trop contente pour toi!» reprend Shizune.
Mais avant qu'elle ne puisse poser plus de questions, Kotetsu apparaît dans l'encadrement de la porte.
«Shizune, tu viens? Ils passent la chanson que tu adores!»
Iruka pousse un soupir de soulagement lorsque son amie s'éloigne pour rejoindre la fête. Il monte les marches en quatrième vitesse et s'affale sur son lit, en repensant à son après-midi. Pas de doute possible, il sait qu'au moindre geste de sa part, Kakashi fondra sur lui comme un faucon sur sa proie. Mais a-t-il vraiment envie de cela? Iruka ferme les yeux et se laisse aller. Oui, il en a envie. Même si c'est sans lendemain, même si cela doit le faire souffrir. Il a envie que Kakashi pose encore sur lui ce regard plein de désir, il a envie de s'enivrer de son odeur, et de connaître enfin le goût de ses lèvres. Inconsciemment, Iruka porte une main vers son entrejambe. Il laisse son esprit dériver sur le fantasme qui le hante depuis son arrivée, et qui n'a fait qu'amplifier au cours des semaines. Il déboutonne son jeans et glisse une main moite dans son caleçon déjà tendu. Et dans l'intimité de sa petite chambre d'interne, Iruka se jure qu'il ne laissera plus passer sa chance.
...
(1) Le cinquième élément.
