Enfin j'en vois la fin! Record battu du OS le plus long à accoucher! C'est l'hibernation qui me gagne, je ne suis plus aussi réactive qu'avant...!
Un petit merci bref mais sincère à mes lecteurs habituels et aux 'guest' qui ont rejoint la liste de ceux qui prennent quelques minutes / secondes de leur précieux temps pour laisser un petit commentaire.
NdA : je rappelle que RHD siginifie dans la bouche de Castle 'Ruggedly Handsome Dad', soit 'Papa Beau Gosse' :)
Bonne lecture!
Raisons et chamailleries
Un parfum inhabituel avait envahi l'appartement alors même que la porte d'entrée s'était ouverte. C'était une odeur douceâtre, au corps rond, charnu, agrémenté de notes plus aigres. Selon la force du courant d'air qui charriait ces étranges effluves, on pouvait distinguer des pointes de fruits trop mûrs, voire blets, ou un afflux indistinct de crustacés oubliés au fond d'un sac plastique en plein soleil.
Bien que les nausées des premiers mois aient depuis longtemps disparu, Jenny ne put réprimer un haut-le-cœur à ce menu peu appétissant.
« Hé, qu'est-ce que c'est que cette odeur infâme, Kev' ? l'interrogea-t-elle, irascible, sans même le saluer, la voix étouffée par le pan du châle qu'elle avait précipitamment placé devant son nez.
– Hey... Salut mon cœur... Ecoute, je crois que je vais tout de suite aller prendre une douche... On discutera après, ok ? »
Il était entré le premier, suivi de son partenaire et de Lanie. Tandis qu'il s'éclipsait, gêné, sans même avoir approché sa femme, la légiste se dirigea bras ouverts vers la future mère.
« Hey ! Comment vas-tu, ma belle ? s'exclama-t-elle en s'asseyant à ses côtés après l'avoir embrassée.
– Fatiguée et hâte que ça se termine, mais ça va... Quelqu'un peut m'expliquer ce qui se passe et pourquoi je sens cette odeur depuis que Kevin est rentré ? Il y a eu une enquête dans les égouts ?
– Presque, répondit l'hispanique, visiblement amusé de la situation. Il a été forcé de faire quelques recherches prolongées dans un container de poubelles... ! »
Il s'assit dans le fauteuil en face des deux jeunes femmes, satisfait de piquer la curiosité de Madame Ryan qui le dévisageait, incrédule.
« Tu savais qu'il avait acheté cinquante billets pour la super loterie ?
– Quoi ?!
– Javi' ! le sermonna discrètement Lanie, en lui lançant un regard furibond.
– C'est vrai, quoi ! Mais bon, passons. Il m'a assuré vouloir augmenter ses chances de gagner le pactole en investissant sur l'avenir. Et éventuellement te faire une surprise s'il gagnait ! Bref. La loterie a été truquée et annulée.
– Quoi ?! répéta Jenny, de plus en plus interloquée.
– T'inquiète pas, un nouveau tirage aura lieu ce soir ! Le problème, c'est qu'il devait récupérer ses cinquante billets, qu'il avait déchirés en deux sous le coup de la colère... Cent petits bouts de papier à chercher dans les ordures... ça laisse une empreinte ! ironisa-t-il.
– Ce que Javier ne dit pas, c'est que les bouts de papier en question n'étaient pas dans la benne, mais bien dans sa poche... »
Deuxième regard furibond pour appuyer ces paroles. Regard derrière lequel le latino crut malgré tout percevoir une étincelle de complicité. Et le sourire du traître s'élargit encore lorsqu'il poursuivit son récit.
« Sérieusement, Jenny, tu aurais vu sa tête quand je lui ai annoncé que les poubelles avaient déjà été ramassées... Il était décomposé ! Je n'ai même pas eu le temps de lui dire que c'était une blague, il était déjà parti comme une fusée en direction de la ruelle. Une vraie tornade ! »
Lanie avait pris les mains de son amie dans les siennes, incertaine quant à la réaction de celle-ci devant l'histoire d'Esposito. Jenny avait toujours jugé puéril le comportement des deux garçons, et l'anecdote du jour le confirmait encore. Et par ce geste amical, elle voulait désamorcer l'éventuelle exaspération qui menaçait de la submerger.
« Rassure-toi, avança-t-elle, prudente, Kevin s'est vengé par la suite en laissant Javi chercher désespérément ses clés de voiture pendant une demi-heure... ! »
La nouvelle fut reçue par un éclat de rire franc et lumineux. Décidément, les hormones avaient le pouvoir de changer radicalement l'attitude d'une femme enceinte...
« Ecoute, Javier, ça lui apprendra à vouloir dilapider la fortune familiale ! lança-t-elle avec ironie. Il aurait dû me le dire, je les lui aurai gardés précieusement, ses tickets !
– Oh non ! se plaignit Ryan en faisant irruption dans le salon et en se frictionnant les cheveux avec une serviette. Tu ne lui as quand même pas raconté ta mauvaise blague du jour, bro ?
– Oh que si ! » répondit Jenny, le regard à la fois plein d'amour et de reproche.
Il s'approcha, déposa un baiser doux sur les lèvres de sa femme, et caressa son ventre rebondi.
« Comment va-t-il aujourd'hui ?
– Sportif, et il ne m'écoute pas beaucoup, comme d'habitude !
– Ça ne peut pas être pire que Cosmo ! clama Ryan en se dirigeant vers la cuisine.
– Il n'aurait pas la 'fibre paternelle' de Castle, semble-t-il... ! railla son partenaire.
– Oh, ne dis pas ça, c'était trop mignon ! le coupa Lanie. Kevin a essayé plusieurs fois de prendre Benny – en fait, c'est Benny – dans ses bras, et le bébé se mettait instantanément à pleurer... Ton homme s'appliquait tellement, pourtant ! rajouta-t-elle à l'attention de Jenny.
– Je veux bien le croire ! C'est lui le plus assidu et le mieux documenté de nous deux ! Il serait capable de vous faire un cours sur le sommeil du bébé, ses habitudes alimentaires, ses phases de développement et la manière de doser l'autorité parentale...
– Je serai curieux de savoir combien de bouquins tu as achetés, bro !
– C'est ça, moquez-vous ! répliqua Ryan en tendant une bière à son collègue et un verre de jus de fruits à ces dames. Ce n'est pas si simple d'élever un enfant !
– Laisse parler ton cœur et ton intuition, Kev. Pas besoin d'avoir ton diplôme de RHD pour être un bon père... !
– J'aurai bien aimé voir ce pauvre petit Cosmo – ou Benny, c'est ça ? Il avait l'air si adorable d'après ce que me racontait Kev... reprit Jenny.
– Je confirme ! coupa Lanie. De grands yeux curieux, un sourire désarmant, il commençait même à gazouiller !
– J'ai surtout constaté que tu n'étais plus toi-même en présence de ce bébé... souligna l'hispanique avec malice.
– Comment peux-tu rester aussi insensible devant la merveille d'un petit être qui découvre le monde ? lui reprocha son amie.
– Je ne suis pas insensible... ! C'est juste que c'est un bébé... Aux fonctionnalités limitées... Il faut le nourrir, changer sa couche, le faire dormir... Il n'y a rien de merveilleux là-dedans ! Et je ne vois pas pourquoi il faudrait lui parler de manière aussi infantile...
– T.B. Brazelton l'affirme effectivement dans son dernier bouquin. La communication avec un bébé doit être simplifiée, mais pas bêtifiée, » rajouta l'érudit en puériculture.
La réconciliation parut définitive entre les deux hommes, qui se picorèrent mutuellement les doigts dans un hommage inconscient à leur partenaire écrivain.
« D'une manière générale, les hommes n'ont jamais exprimé un grand intérêt affectif pour les nourrissons, n'est-ce pas, Lanie ?
– Si on élargit la catégorie à une certaine Kate Beckett, je suis d'accord ! »
Un éclat de rire général teinta la pièce de bonne humeur et mit fin aux dissensions.
« En parlant de Beckett... Je me demande bien comment se déroule son bizutage chez les Castle... » s'interrogea Esposito en saisissant son téléphone.
Il sélectionna le numéro de son partenaire et mit le haut-parleur. Alors qu'il avait posé son portable sur la table basse pour que tout le monde profite de la conversation, il attendit que son interlocuteur décroche, un sourire moqueur sur les lèvres.
« Castle ! Répondit la voix à l'autre bout.
– Yo Castle ! Alors, comment se passe votre soirée de Thanksgiving ?
– La magie de l'histoire qui se répète, mon ami ! les deux peuples s'entendent à merveille, Pocahontas s'est bien intégrée, elle m'a même prêté son poignard pour que je puisse désosser la dinde ! »
Ils perçurent un bruit confus de voix à l'arrière-plan, et sentirent Castle légèrement essoufflé. Kate devait encore lui courir après pour lui arracher son portable et rétablir la vérité.
« La sqwaw a encore quelques réactions farouches, mais dans l'ensemble, le banquet se présente bien !
– Tu as intérêt à leur décrire ton costume ! clama au loin la voix cynique de ladite Pocahontas.
– Un costume ? s'empressa de questionner Javier. Je croyais que c'était juste un coup monté pour Beckett...
– A vrai dire... Elle a menacé de me scalper si je n'enfilais pas un costume moi aussi.
– Un costume de quoi ? » renchérit Lanie, déjà hilare.
Un marmonnement indistinct se fit entendre, et il fallut lui demander de répéter plus fort.
« Un costume de pèlerin.
– Non, sérieux ? Le vieux truc noir et blanc, bien coincé ? Il faut qu'on voit ça !
– Je vous interdis de le répéter ! menaça l'écrivain d'une voix sourde.
– Ne vous en faites pas, les gars, la photo est déjà dans la boîte ! » lança joyeusement Beckett qui devait garder une oreille sur la conversation.
Une sonnerie retentit en sourdine dans le combiné.
« Tiens, ce doit être Jim... Deux secondes, je vais ouvrir... Bonjour Ji... Heu... Deuxième scoop de la soirée : Pocahontas est en fait la fille cachée du capitaine du Mayflower. Mon Capitaine, si vous voulez bien vous donner la peine d'entrer... »
Dans un fou rire généralisé, le quattuor finit par regretter de n'avoir pas accepté l'invitation de Castle. Ce n'était apparemment pas la quantité de nourriture qui aurait posé problème, à ce qu'avait dit Beckett. Et la soirée promettait d'être riche en surprises !
