-« Je ne partirais pas sans toi »

Marine su que son cœur lui appartenait. L'armure d'or était revenue, comme pour sceller le destin de tous les protagonistes et elle se demanda s'ils auraient un jour l'occasion de partager ces sentiments. Shaïna avait prit l'attaque des trois chevaliers d'argent à la solde du Pope de plein fouet et gisait à présent inanimée, aux pieds de Seiya qui tentait en vain de comprendre comment ils avaient pu en arriver là. Elle avait cherché à dire quelque chose mais n'avait pas pu achever sa phrase. Il sentait confusément au fond de lui-même, que cette chose qu'elle ne lui avait pas dite était d'une importance cruciale…

Dans le même temps, Saori arrivait sur les lieux. Lorsqu'elle aperçut l'armure se poser entre Seiya et un ennemi inconnu, sa flèche d'or dirigée droit en direction du sud, elle eut un pincement au cœur.

-« Tu es enfin revenu ! Après toutes ces années. Enfin te voilà chevalier !»

Marine et Aiolia s'avancèrent. Instinctivement, la femme chevalier alla vérifier l'état de sa compagne d'arme. Visiblement Shaïna avait essuyé un coup très violent, mais ses jours n'étaient pas en danger. Aiolia avança en direction de l'armure. Seiya écarquilla les yeux.

-« Toi ? Mais que fais-tu ici ? Et …Marine ! Dit moi que je rêve ! Tu es vivante ! »

Elle se tourna vers lui.

-« Il aurait peut être mieux valut que tu ne me vois pas. J'imagine que tu vas me questionner sur les raisons de ma venue ici et de l'intervention de ces chevaliers… »

Ce n'était pas une question, et Marine avait ponctué sa phrase en désignant d'un geste de la tête les trois corps étendus sans vie tout près d'eux, ainsi que l'armure, toujours immobile mais nimbée d'un intense halo lumineux. Le souffle provoqué par son arrivée avait littéralement laminé les sbires du Pope. Seiya s'interrogea en effet sur les étranges évènements de la soirée.

-« Après le combat sur la plage, je t'ai cru morte. Pourquoi ne pas être restée pour attendre que je me réveille et me donner des explications ? Pourquoi avoir prit tant de risques en venant ici ? Et pour finir, qu'est-ce que Shaïna a contre moi ? On croirait qu'elle m'aime et me hait tout à la fois, ça n'a pas de sens ! Ce n'est pas la défaite de Cassios la vraie raison ! Et maintenant voilà que l'armure que nous croyions tous disparue réapparaît comme par magie, me sauvant par la même occasion de ces mercenaires ! Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer à la fin ?»

Marine lança un regard en direction d'Aiolia. Elle lui ouvrit ses pensées.

-« Je dois lui dire ? »

-« De toute façon, maintenant il est trop tard… plus question de se cacher pour nous »

-« Il y a certaines choses que tu ignores Seiya, des choses que nous aurions préféré te cacher. Depuis ton départ rien n'est comme avant. Le domaine sacré est la proie de complots en tout genre et le Pope fait régner la terreur. Des hommes meurent à son service au cours de missions dont même les chevaliers les plus émérites ignorent l'objectif. Mais il est clair qu'il en a un. Et nous avons toutes les raisons de croire qu'il cherche a… »

-« A s'emparer du pouvoir du Sagittaire ? »

-« Pas seulement! »

La voix d'Aiolia avait raisonné dans la nuit, impérieuse et grave. Pégase se tourna vers lui. Marine préféra le laisser poursuivre, trop affectée par les derniers évènements. Elle hésitait et ne voulait pas impliquer Seiya. Elle voulait le préserver, mais comme le disait Aiolia, c'était trop tard.

-« Aiolia ! Qu'est-ce que tu fais ici ? Explique moi ce que cherche le Pope ? »

-« L'armure de mon frère n'est pas unique. Regarde moi bien… celle que je porte… c'est la première fois que tu me vois avec n'est-ce pas ? Tu gardes le souvenir unique d'Aiolia l'ami, le grand frère, l'homme qui venait t'aider aux entraînements et parler avec ton maître. Tu portais sur moi le regard d'un enfant, avide de conquêtes et emplit d'idéaux propres à ton âge. Tu voulais ressembler au glorieux Aiolia. Mais en vérité je porte l'armure zodiacale du Lion, la cinquième armure d'or! »

-« Tu veux dire que les armures sont au nombre de douze ? Comme les signes du Zodiaque ? »

-« C'est exact ! En principe nous ne sommes pas censés sortir de l'enceinte du Sanctuaire. Si je suis ici c'est parce que le Pope m'a envoyé pour te tuer »

-« Quoi ?... Mais… mais c'est insensé, pourquoi ferais-tu une chose pareille ? »

-« Seiya! Ce n'est pas ce que tu crois ! Aiolia ne te tueras pas, il veut voir de ses propres yeux la princesse Saori »

-« Que lui voulez-vous ? »

-« Je veux m'assurer qu'elle est bien la réincarnation de la déesse Athéna. Marine m'assure que c'est le cas mais j'ai connu dans ma vie trop de trahisons et de coups bas pour croire en une frêle jeune femme. Et les enjeux sont bien trop grands… Ca ne remet pas seulement en cause un contexte mais également plusieurs vies ! Plusieurs destins… dont celui de mon frère… Ayoros !»

-« Ayoros était ton frère ? Le chevalier à qui nous devons tous la survie d'Athéna ? »

-« C'est ce point que je cherche à éclaircir, justement... Contrairement à toi je n'ai aucune certitude à ce sujet !»

-« Ignores-tu que cet homme fut un héro ? Je t'en prie Aiolia, tu dois me croire !... Moi-même, à mon retour au Japon après ces cinq années d'entraînement intensif en Grèce, je refusais d'y croire, je refusais d'accepter son autorité. Mais nous l'avons vu, nous l'avons constaté de nos propres yeux ! Saori est l'enfant que ton frère a sauvée il y a treize ans, Saori et Athéna ne sont qu'une seule et même personne ! »

-« Comment te croire… »

-« Aiolia ! »

-« Marine… Ne t'en mêle pas ! Pas maintenant… Je dois savoir si mon frère est effectivement un traître ou non ! »

La jeune femme su qu'il était inutile de le raisonner. Sur ce terrain là, elle ne possédait aucune influence. Elle n'avait qu'un vague souvenir d'Ayoros. Lorsqu'Aiolia lui avait sauvé la vie et ramené au Sanctuaire, elle avait logé chez eux quelques temps mais son frère aîné était souvent absent. Il parlait sans arrêt de lui. Leur complicité était un modèle de fraternité à part entière. Ils se ressemblaient en beauté et en puissance, les deux plus puissants… Ayoros était déjà un chevalier d'or alors que son jeune frère n'était qu'aspirant au titre. Elle se rappela les étincelles provoquées par le ricochement des rayons solaires sur l'or incandescent de l'armure. Elle se rappelait d'une personne grande et rayonnante… un ange destiné à se sacrifier. Un soir, Marine avait attendu Aiolia pendant des heures avant de comprendre qu'il valait mieux rentrer. Quand elle l'avait croisé quelques jours après, il l'avait fixé d'un regard inerte, vide… Elle s'était avancée vers lui et l'avait bercé longtemps… Aiolia avait pleuré… aucune parole n'avait été échangée… seulement le silence. Ayoros était mort… Ayoros le traître. Et la rumeur s'était répandue, emportant avec elle l'innocence, les jours heureux… Elle reprit ses esprits.

-« Pardonne moi Seiya… mais je ne peux que comprendre les sentiments d'Aiolia à l'égard de son frère… seul celui qui a enduré les mêmes tourments peu comprendre…»

Seiya était dépité, Marine ne ferait rien pour raisonner Aiolia. Lui qui pensait que ce chevalier était le plus fidèle d'entre tous… il comprenait à quel point le passé avait pesé sur sa vie. Sa puissance devait être aussi intense que les émotions qui l'avaient jalonnées. Passionnées, emportées, violentes, incalculables. Le chevalier d'or restait pensif, une main posée sur l'armure de son frère. Il cherchait une connexion, le lien perdu…

-« J'ai du mal à admettre qu'elle soit venue pour te protéger Seiya. Si Ayoros n'avait pas été mon frère, j'aurais presque été jaloux »

-« Jaloux ?... »

-« Par delà la mort, mon frère te reconnaît comme protecteur attitré de celle que tu nommes Athéna… Ce qui veut dire… qu'il désapprouve mon jugement… N'est-ce pas mon frère ? »

L'armure se mit à émettre un son ressemblant à celui d'une clochette. Le grec recula. Il sentit une présence, douce et rassurante. Ils la sentirent tous d'ailleurs. Marine reconnu l'étrange sensation… Elle se leva et rejoignit le chevalier du Lion. Il la fixa, incrédule avant de comprendre.

-« Accepte de l'écouter je t'en prie… Écoute comme j'ai écouté et tu sauras où se trouve la vérité. Il n'y aura plus de doute dans ton cœur. Plus de haine. Aiolia… »

-« C'est la princesse ? Pourquoi accepterais-je ? »

-« Regarde moi… Aiolia… »

Elle saisi son menton et tourna son visage dans sa direction. Il la fixa d'un air presque suppliant. Il aurait voulut être ailleurs, ne plus supporter les tourments du passé, ne plus se poser de questions. Ne plus entendre parler d'Ayoros. Pourtant, la silhouette gracile qui se dessina devant lui après qu'il se soit résigné acheva de le décontenancer. Il trembla comme si son corps était devenu trop lourd pour lui. Face au regard mauve de Saori, le fier guerrier sentit ses jambes se transformer en coton. Tout était duveteux, apaisant et profondément intense. La lumière dégagée par l'armure du Sagittaire s'en alla retrouver celle dégagée par la jeune femme. Sans chercher à comprendre, il s'agenouilla. Marine souriait… Seiya s'approcha, soulagé lui aussi. Saori s'approcha et s'agenouilla à son tour, posant ses mains sur les épaules du chevalier d'or qui refusait de la regarder.

-« Cher chevalier du Lion… Soit la bienvenue. Je suis Saori Kido mais avant toute chose, je suis la réincarnation d'Athéna ».

-« … »

-« Je sens le doute dans ton cœur… mais tu dois croire en ce que je vais te dire. Laisse moi te conter l'histoire de ton frère… qui t'a volontairement préservé en te laissant dans l'ignorance des évènements tragiques qui se sont déroulés cette nuit là… il y a treize ans… »

A l'évocation de ce fameux jour, il vacilla. Ce qu'il vit dans son regard mit fin à ses doutes les plus profonds. Oui… il sut à cet instant précis qu'Ayoros avait effectivement sacrifié sa vie pour la sauver elle. Mais pourquoi lui ? Pourquoi? Qu'avait-elle de plus pour passer avant lui ?... »

-« Pardonne moi Aiolia »

La voix d'Athéna avait raisonné dans la nuit. Stupéfait, Seiya ne comprit pas pourquoi elle s'excusait.

-« Pardonne moi de t'avoir enlevé ton frère… Si j'avais eu la force de le préserver ce jour là je l'aurai fait..."

Aiolia sentit des larmes s'écouler sur ses joues. Il fixa l'armure… Quelque chose apparut. La silhouette du frère tant aimé se dessina dans la nuit… Saori se releva et se dirigea vers lui.

-« Tu as décidé de veiller à nouveau… Ton âme vit à travers l'armure Ayoros. Tu m'as sauvé la vie et ton sacrifice n'aura pas été vain. Je te jure par mon sceptre, d'assumer désormais pleinement ma charge. Moi, Athéna, je vais me rendre au Sanctuaire et faire justice. Je te le promets ! »

L'apparition sourit tendrement mais elle fut la seule à entendre la suite… Seiya lui ressemblait, il vivait aussi un peu à travers lui.

-« S'il fallait recommencer je le ferai fait. Ma fidélité vous est acquise à jamais… Athéna… »

-« Si je pouvais te retenir… Si je pouvais te ramener à la vie…»

-« Veille sur mon frère. Il est bon et puissant… il sera le meilleur de tes chevaliers. Promets moi… »

-« Ayoros… Ayoros ne part pas !»

Mais l'apparition disparue, laissant derrière elle un arrière goût de nostalgie. Saori versa une larme alors qu'Aiolia se retenait pour ne pas craquer.

-« Mon frère pardonne moi d'avoir douté… Aujourd'hui je comprends enfin que tu n'étais pas un traître. Tu fus et tu resteras un grand chevalier, le meilleur d'entre tous ! ».

Il se releva et fixa la jeune femme aux cheveux mauve qui fixait le sol avec gravité. Ayoros lui avait laissé son frère et plus que tout… elle avait Seiya. Celui-ci tenait Shaïna contre lui, secondé par Marine qui appréhendait l'échange entre le grec et la princesse. Les deux se fixaient avec inquiétude mais la tension retomba rapidement lorsqu' Aiolia reçut sur lui la cosmo énergie d'Athéna. Elle émana du corps de Saori tel un voile, pénétrant dans son âme et s'y installant, mêlant les souvenirs retrouvés du frère perdu à ses propres émotions à elle. Il fut touché en plein cœur et lui jura fidélité. L'armure d'or, toujours postée à leur côté, se remit à vibrer et à émettre un cosmos doré.

-« Que se passe t-il ? Regardez ! »

-« Par tous les saints, mais qu'est-ce qu'elle fait ? »

-« La flèche ! Princesse, regardez la flèche ! »

-« Elle émet un rayon d'énergie qui file tout droit en direction du Sanctuaire ! »

Une ligne précise fendit le ciel étoilé, dégageant un souffle rapide qui fit s'envoler les feuilles alentours. La flèche resta ainsi pointée pendant un bon moment, avant de s'éteindre et de demeurer inerte. Une étoile se mit à briller dans le ciel, tel un point de repère. Saori s'avança.

-« Cette fois ma décision est prise. Dans une semaine nous partons pour le Sanctuaire ! »

Palais du Pope, Sanctuaire

-« Alors… toujours rien ? Aucune nouvelle ? »

-« Non Monseigneur… je pense que le chevalier du Lion n'a pas dû exécuter les ordres… c'est la seule explication possible, sinon pourquoi mettrait-il autant de temps pour revenir ? »

-« Tais toi canaille ! Et Shaïna ? Par les dieux infernaux, ne peut-on compter sur personne ici ? »

-« Mais… mais vous savez bien Grand Pope que nous … »

-« Ça suffit ! Hors de ma vue, chien ! Qu'on m'appelle Milo ! »

-« Oui, tout de suite ! »

Après avoir piqué une colère noire, le Pope se retira dans ses appartements. De rage, il s'en prit à tout ce qui se trouvait autour de lui. Les meubles valsèrent dans les coins, un bruit sourd s'échappa lorsqu'il brisa la porcelaine posée sur la table basse, renversant le vin, les fruits, les ouvrages étalés. Un hurlement de rage clôtura sa crise, comme les portes de sa maison. Il fixa les urnes d'or…

-« Maudit sois-tu Ayoros ! Tu es revenu pour rien ! Cette fille ne se dressera jamais contre moi tu entends ? Jamaiiiiis ! »

Un éclair zébra le ciel ce qui le fit sursauter. Le tonnerre fit trembler le marbre du temple. Il se releva et pesta contre la tempête qui s'annonçait.

-« Va au diable !... »

o)) Maison du Scorpion ((o

-« Chevalier du Scorpion ! »

L'homme qui s'avançait imprudemment dans le temple était essoufflé. Les battements de son cœur traduisaient une terreur profonde mais il insista.

-« Chevalier Milo du Scorpion, le Pope demande à vous voir »

Une voix résonna en écho depuis le centre de la bâtisse.

-« Approche !... »

-« Me voici… »

Lorsque Kryssos entra dans la chambre, il trouva son hôte en charmante compagnie… Visiblement, les mœurs de Milo ne connaissaient pas de limites. Quatre femmes portant le bracelet de servilité, remit dès leur plus jeune âge aux servantes du Domaine , étaient assises autour de lui. La première lui massant les épaules, la seconde servant du vin, la troisième jouant de la harpe et la quatrième sur ses genoux. Un toussotement le tira de sa contemplation. Milo n'était pas d'excellente humeur.

-« Le Pope exige de me voir dis-tu ? »

-« Oui… il semble qu'au Japon les choses ne se passent pas tout à fait comme prévu »

-« Il « semble » ?... Ah AH AH ! Laisse moi rire Kryssos ! Le Pope aurait dû se méfier, je le lui avais dit ! Et qu'attend t-il de moi maintenant ? MMh ? Que j'aille ramasser les pots cassés? Que je transforme son échec en victoire ? Que je fasse la sale besogne à sa place ? »

-« Je… Vous devriez vous rendre au Palais »

-« Idiot ! Hors de ma vue, tout de suite ! »

-« … »

L'homme s'éclipsa, trop heureux de s'en sortir vivant. Milo se leva à contrecœur, non sans avoir embrassé à pleine bouche la servante assise sur ses genoux, puis alla revêtir son armure. C'est avec appréhension qu'il grimpa les marches menant au palais, l'une après l'autre.

Manoir de la famille Kido, Japon

-« Qu'allons nous devenir maintenant ? »

Dans la chambre que Saori lui avait prêté pour la nuit, Marine s'inquiétait. Aiolia s'était vu attribuer une chambre lui aussi mais l'avait rejointe pour discuter des évènements à venir. Elle s'était approché et avait poser sa question avec anxiété. A cause de ce qui s'était passé devant l'hôpital, ils étaient devenus des renégats. Le chevalier du Lion tentait de calmer ses émotions, fixant quelque chose par delà l'horizon, posté devant l'une des fenêtres de la pièce. Il prit tout à coup conscience de la chaleur dégagée par la jeune femme, nichée contre son dos. Hésitant, il se laissa aller quand même et prit ses mains dans les siennes.

-« Nous allons rentrer. Nous partirons à l'aube »

-« Es-tu certain que ce soit le bon choix ?»

-« Il faut prendre le risque. Nous ne pouvons pas demeurer ici sagement à attendre que tout s'écroule! Le premier qui tente de poser la main sur toi le regretteras »

-« Tu serais prêt à risquer ton honneur pour me préserver ? »

-« Tu as ôté ton masque… c'est à moi de veiller sur toi maintenant »

-« Tu veilles depuis longtemps… »

Il serra ses mains un peu plus fort. Ils étaient tous les deux gênés mais elle se sentait bien. Tellement bien qu'une brûlure suspecte lui incendia les reins. Que lui arrivait-t-il ? C'est la première fois de sa vie qu'elle se sentait aussi bizarre. Aiolia ne disait rien. Il semblait en pleine réflexion, mais sa chaleur et l'odeur de sa peau lui tournait la tête. Un parfum de soleil, un léger goût salé, le bois, l'odeur de la sève. Elle commença a avoir chaud et s'écarta.

-« Excuse moi… »

-"Non, c'est moi... Où en étions-nous?"

Elle alla s'asseoir sur le rebord de la fenêtre, se débarrassant de son masque par la même occasion.

-« Promet moi de me laisser si jamais le Pope intervient. Ta vie est trop précieuse. Athéna compte sur toi… Tu dois convaincre tes camarades du bien fondé de sa mission. S'ils refusent de te croire ils deviendront des ennemis… Combien seront de notre côté ?... »

Il s'approcha d'elle et s'assit à son tour.

-« Milo refusera de me suivre. Il est persuadé que la déesse réside au domaine sacré. J'ai eu beau lui expliquer… il a une confiance aveugle en la personne du Pope. Mü et Dokhô sont sages mais j'ignore s'ils participeront à la bataille. Mais ils seront fidèles à la justice, nous pouvons donc considérer qu'ils seront de notre côté. Shura, Angelo et Aphrodite seront avec le Pope… Aldébaran est du genre indépendant. J'ignore de quel côté il se rangera, mais il est juste lui aussi. Il saura distinguer la vérité du mensonge »

Elle le fixa, peu convaincue du succès de leur entreprise.

-« Ne te fait pas de soucis pour ton disciple. Seiya ne viendra pas tout de suite. J'ai convaincu Saori de préparer d'avantage leur voyage. Nous ne pourrons assurer leur protection lorsqu'ils iront au Sanctuaire et il va falloir préparer le terrain. Nous allons jouer la comédie »

-« Mais que diras-tu au Pope ? Il va te convoquer et voir que tu as mentis ! »

-« Je peux toujours lui faire croire que tu es morte »

-« Il lit dans les pensées! »

-« Et moi je peux les lui cacher. Je ne le laisserais pas faire ! »

Elle se leva d'un bond pour lui faire face, soudain très en colère.

-« Écoute je ne suis pas sotte ! Je sais parfaitement ce que tu as l'intention de faire Aiolia ! Tu vas te rendre là bas et lui poser un ultimatum. Bien entendu il refusera… mais s'il fait venir les autres pour provoquer un combat, seul tu ne seras pas de taille ! C'est de la folie pure !»

-« Le Pope connaît les règles de la chevalerie et s'il faut me battre je me battrait équitablement. Je n'ai pas peur de l'affronter ! »

-« Un combat de cent jours, à épuiser vos cosmo énergies pour vous éliminer entre chevaliers d'or ? On n'a jamais vu ça auparavant, ce serait bafouer votre honneur, bafouer la fraternité qui régnait entre vous et… Et moi je ne pourrais rien faire ! Rien du tout ! »

Elle avait crié sans s'en rendre compte. Un sanglot lui échappa, qu'elle regretta immédiatement. Aiolia se leva et, sourcils froncés, la saisit par la taille avec urgence, la faisant taire la à l'aide d'un baiser vertigineux. La jeune femme faillit tomber à la renverse, tant l'étreinte l'avait prise de court. Elle ouvrit grand les yeux et tenta de se dégager.

-« A… Aiolia ! »

Il ne répondit pas. Un millier de frissons prirent d'assaut sa colonne vertébrale, diffusant d'agréables picotements au creux de ses reins. Sans qu'elle puisse rien faire, son cosmos s'intensifia, se mêlant à celui du chevalier, lancé à la conquête de sa chair comme si une rage violente s'était emparée de lui. Elle voulait lui dire d'être raisonnable, de cesser ses caresses, mais toute volonté l'avait quitté. Un soupir lui échappa lorsqu'elle sentit un léger mordillement sur le lobe de son oreille. Elle s'accrocha à lui, sentant les mains de l'homme suivre la cambrure de ses reins. Il la regarda, les yeux embués d'or. Il lui sembla que ce fut la première fois qu'elle le voyait vraiment.

-« Qu'est-ce qui te prend ? »

-« Jamais je ne les laisserai nous séparer tu entends! Jamais … »

Les battements de leurs cœurs se firent plus prononcés. Les joues de la jeune femme se teintèrent d'un magnifique rouge incarnat. Elle tremblait. Impossible de lui cacher ce qu'elle voulait au plus profond. Elle ferma les yeux et se laissa aller.

-"Je..."

Leurs bouches se retrouvèrent avec un plaisir non dissimulé. Ils ôtèrent leur vêtement avec une douceur infinie, tinté par endroit d'élans de rage pure. Il caressa sa peau comme s'il était perdu dans un moment d'intense dévotion, ses mains glissant sur la poitrine douce, le ventre musclé, les jambes fines. Trop longtemps ils avaient tût leur amour, trop longtemps il avait eu envie de goûter à ce corps magnifique. Combien de fois l'avait-il regardé combattre, combien de fois avait-il rêvé d'elle en secret ? Combien de fois avait-il renoncé à lui dire ? Et enfin, en cet instant, elle était sienne.

Lorsqu'ils se furent mutuellement dénudés, elle l'attira à elle. Aiolia l'emprisonna dans l'étau chaleureux de ses bras plongeant avec bonheur au creux de son cou. Les baisers brûlants s'égrenèrent comme autant de feux ardents. Ses mains d'homme, grandes et chaudes, se firent caressantes. Il suivit la courbe de ses reins, goûtant au passage la rondeur d'un sein, revenant régulièrement cueillir les lèvres de l'aimée. Marine lâcha un profond soupir. Elle passa ses mains dans les boucles blondes, embrassa la nuque, puissante et ferme, dessina un à un chaque muscle de ce corps de dieu grec avant d'être soulevée par deux bras puissants. Il la conduisit jusqu'au lit qu'on et l'y déposa doucement. Sans attendre, Marine l'attira contre elle. Il hésita un instant, avant de céder sous le poids du désir. Écartant les cuisses de son amante, il glissa sur elle tel un félin agile et embrassa sans réfléchir chaque parcelle de peau qu'il pouvait atteindre. Ses mains se joignirent à la danse, flattant des terres inconnues à mesure que le désir grandissait.

Une sensation inouïe s'empara d'elle. Les baisers qu'il lui offrait lui étaient totalement inconnus. Son corps s'arqua sans crier gare, en réaction à l'exquise torture qu'il lui faisait subir. Leurs peaux se touchèrent, impatientes, jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus supporter de se frôler sans gémir de frustration. C'est alors qu'il prit les rennes et se plaça de manière à ne faire plus qu'un avec elle. Lorsqu'il s'imposa, Marine rendit les armes dans un soupir de satisfaction. Pour la première fois de sa vie elle se sentait vivante, pas esclave de son masque, ni des règles imposées par la grande prêtresse. Elle se laissa guider.

Aiolia était d'une extrême douceur, à la fois fougueux et passionné. La sensation d'être sur un nuage. Elle se surprit elle-même, s'entendant gémir plaintivement, écoutant le son rauque de la respiration de l'homme contre son cou. Elle s'accrocha plus fort, baignant dans cet abîme de plaisir et de douceur, griffant sans s'en rendre compte le dos arqué du chevalier, tant il la comblait de bonheur. Il s'empara de sa taille et elle se retrouva à califourchon sur lui, son bassin ondoyant inconsciemment d'avant en arrière tandis qu'elle gardait les yeux plongés dans les siens. Ils ne se lâchèrent pas une seule fois du regard.

Le jeune homme caressa aux creux de ses paumes la poitrine offerte, savourant des vagues de plaisir partagées. Il mordit ses lèvres, arrivant au bout de ses limites. La brûlure devînt plus vive, plus intense, la chaleur augmenta. Marine se cambra, féline, sa timidité balayée par la déferlante qui s'empara de leurs corps. Elle saisit ses mains pour s'accrocher à lui, sa respiration s'accéléra. Leurs cosmos explosèrent alors dans une étincelle, les unissant de la plus douce des façons. Jamais encore ils n'avaient ressenti ça. Satisfaits mais fourbus, ils tentèrent de reprendre leurs esprits sans cesser leurs caresses. Aiolia était fasciné. Il la contempla dans toute la splendeur de sa féminité, avant de se relever et de l'attirer contre lui. La couvrant de baiser, il saisit ses lèvres pour la énième fois avec une tendresse infinie, une intensité à couper le souffle. Marine lui offrit un sourire gêné avant de se cacher au creux des draps et de s'endormir contre lui. Lorsqu'il fut certain qu'elle dormait, le Lion sombra à son tour dans les bras de Morphée. Demain serait une longue journée…