Pdv Rune

Je regarda une énième fois mon portable, éclairant encore mon visage tordu par une expression d'angoisse. Il était 1h34. Je le savais. Ça faisait la quatorzième fois que je l'allumais pour regarder l'heure, croyant que le temps allait remonter comme par magie. Mais non. Il affichait toujours 1h34. Rien n'avait changé.
Je m'assis dans mon lit, appuyant mon dos trempé à cause de la chaleur qui régnait dans ma chambre. Je stressais tellement que je transpirais comme jamais. J'essayais les gouttes qui perlaient sur mon front ainsi que les larmes qui coulaient fortement sur mes joues. Je serra le draps de mon lit entre mes doigts à m'en fait exploser les veines des mains.

-Je ne suis vraiment bonne qu'à ça... Je veux protéger les gens que j'aime et tout ce que je sais faire c'est pleurer sur mon sort au lieu de chercher des solutions...

Des solutions... Toujours des solutions à trouver. Je me mis en boule, toujours assise, et médita longuement sur la question. Je devais trouver des méthodes pour tout arranger mais à la place, je m'engouffrais dans le puits infini des problèmes. Je n'avais rien pu faire pour la mort de mes parents... Mais si j'étais restée avec eux ca se serait passé différemment. Donc je n'aurais pas laissé Alessa seule, donc il ne lui serait probablement rien arrivé et je n'aurais jamais été obligée de m'associer avec Vincent. J'attrapa mon oreiller et hurla de toutes mes forces dedans, espérant que l'excès de rage qui se stockait en moi puisse sortir un grand coup. À bout de souffle, je reposa le polochon et décida plutôt d'aller marcher quelque part. Je m'étais endormie habillée et n'avais même pas prit la peine de prendre une douche hier soir. Soupirant, je prit ma veste noire et l'enfila, ainsi que mes baskets de ville. Je marcha le plus doucement possible dans ma chambre et parcouru le salon sur la pointe des pieds. Sur le canapé, Vincent ronflait bruyamment, complètement débraillé, mon ordinateur posé sur le ventre. Il avait insisté pendant plus d'une heure pour pouvoir fouiller dedans disant que "c'était important pour multiples raisons". À bout d'arguments, j'avais accepté. Déjà Des jours qu'il était ici et qu'il cherchait des méthodes pour retrouver Alessa... Je le regardais dormir pendant dix minutes au moins, ressentant l'envie de soit le virer, soit l'étouffer avec le coussin. Secouant la tête pour effacer mes idées morbides, je sorti discrètement de mon appartement et me faufila dans la petite ruelle. Je déboucha dans la rue principale où malgré l'heure tardive, plutôt tôt d'ailleurs, des petits groupes de personnes, sûrement sortant de boîtes ou des restaurants, déambulaient joyeusement. Je marchais la tête baissée, les mains enfoncées dans les poches de ma veste.

Tout était encore si embrouillé dans ma tête. Ça grésillait comme une vieille télé cassée, ou comme si un nuage d'abeille volaient bruyamment entre mes deux oreilles. C'était insupportable et j'avais envie de m'arracher la tête pour laisser sortir ces pensées qui me broyaient le cerveau douloureusement.

J'entendais les gens rirent à côté de moi, profitant de la joie qui les guidaient. J'avais envie de leur hurler d'arrêter.

Arrêtez.
Arrêtez de rire quand je suis là. Moi je n'ai pas envie. Vous croyez que vous êtes seuls au monde ou quoi?

J'accélérais le pas, essayant de trouver un endroit plus calme pour... méditer en quelque sorte. Je ne me sentais pas bien et avais La tête qui tournait. Mon stress, l'odeur de l'alcool que dégageaient ces gens, celle de la cigarette, mon manque de sommeil. Tout ça mélanger me donnait une affreuse envie de vomir mon repas d'hier; qui était seulement composé d'un croissant et d'une bouteille d'eau; en plein milieu de la rue. Ce besoin me montait rapidement dans la gorge et me brûlait l'intérieur de l'estomac. Tremblante, Je slalomais entre les gens et me réfugia dans une ruelle non loin de mon appartement, n'ayant pas avancé beaucoup. Je me plaça tout au fond et appuya le coude sur le mur. Me prenant le ventre, je vomis le contenu de mon estomac par terre, avec un bruit et une odeur nauséabondes. Ca me faisait horriblement mal à la gorge et je commençais à pleurer. Je n'arrivais pas à m'arrêter, même si je sentais que j'avais le ventre vide depuis un bout de temps. M'accroupissant par terre, je pris ma tête dans ma main.

-Aidez moi... N'importe qui... Me plaignais-je.

J'entendis un long soupir derrière moi et quelqu'un vint me frotter vigoureusement le dos. Me retournant doucement, la vision brouillée par les larmes, je reconnus plutôt facilement Vincent, qui me regardait avec son regard plein de pitié et d'inquiétude.

-C'est bon? T'as fini? Me demanda-t-il en sortant une bouteille d'eau et me la tendant.

Je pris la bouteille qui me semblait bien lourde à cause de mes bras tremblants. J'en bu une gorgée et calma ma respiration doucement.

-Pourquoi tu es là? Comment tu savais où j'étais? Le questionnais-je, encore et toujours.

Il sembla amusé par ma question, qui n'avait pourtant aucune connotation comique.

-Et bien... Ta discrétion n'est pas ta plus grande qualité, surtout quand tu sors à cette heure de la nuit... Se moquait-il de moi.

Je n'avais même pas la force ni l'envie de répliquer à ces moqueries enfantines, que je me sentis tomber en avant. Il me rattrapa habilement et me souleva délicatement. Je me contentait de le regarder faire sans même essayer de le repousser. Pourquoi lui aussi est toujours aussi heureux dans la vie...? Ils le font exprès pour que je souffre...?

Quelle égocentrisme de ta pars... C'est pitoyable.

Cette voix raisonna dans ma tête sans que je comprenne à qui elle appartenait. Je savais qu'elle ne venait pas de l'extérieur mais de l'intérieur, dans mes pensées.

Q... Qui est là?
Enfin... Tu ne reconnais pas ta propre voix? Tu es vraiment à plaindre. Idiote et égocentrique.
Tais-toi! Je ne vois pas en quoi je suis égocentrique!
Tu te moques du monde? Tu refuses que les autres soient heureux juste parce que toi tu souffres. Tu te crois le nombril du monde et tu aimerais que tout le monde souffre plus que toi pour que tu aies la conscience tranquille.
C'est faux! Je ne... Je ne veux pas ça...
Idiote.
Stop.
Idiote.
Arrêtes ça!
TU N'ES QU'UNE IDIOTE!

-Mais arrêtes ça bon sang! Criais-je en me redressant d'un coup.

Mon cœur battait à toute vitesse et mon front était à nouveau couvert de sueur. Je regarda rapidement autour de moi et vis que je n'étais plus dans les bras de Vincent mais sur mon canapé, une couverture rose enroulée autour de mon corps, presque découvert. J'étais seulement vêtue de mes sous-vêtements et failli me frapper la tête contre la table, sachant que c'était lui qui m'avait déshabillée. D'ailleurs en parlant de lui...

-Déjà réveillée? Tu devrais te rallonger un peu tu sais.

Il vint s'appuyer contre le canapé. Il me disait de me reposer alors que lui montrait de larges cernes sois chaque œil. Sans lui parler, je détourna le regard, énervée qu'il m'ait suivi hier soir. Il ria et fit le tour du canapé, s'asseyant devant moi.

-Tu parlais seule dans ton sommeil... Tu te parles à toi même tu dois dormir. Dit-il inquiet, tu ne devrais pa-

-Arrêtes de t'inquiéter pour moi. Le coupais-Je sèchement.

Il soupira et s'approcha de moi. Plantant son regard dans le mien, il me fixa d'un air grave. L'atmosphère de la pièce devint lourde et oppressante.

-Donne une raison pour laquelle tu me repousses. Je t'écoutes?

-Pourquoi? Fis-je semblant de réfléchir, ah oui! "Tu as failli me violer", ca te suffis?

-Je me suis excusé...

Votant que ça ne suffisait pas, il me prit la main et me La serra dans les siennes en signe d'excuse.

-Je m'excuse mais n'oublie pas... Il s'approcha de mon oreille et me glissa d'un air pervers, tu as promis~

Je le poussa en arrière mais il attrapa mon bras et retourna la situation. Assise sur le canapé, lui accroupi au dessus de moi, il me regardait, les yeux vides d'expression.

-Tu me rends pas la tâche facile... Si t'arrêtais de te défendre tout le temps je serai plus gentil. Fit-il en prenant un air d'enfant malheureux.

Je soupira et dû me contraindre à faire ce qu'il voulait. Je me redressa un peu et fit une petite pression au bord de ses lèvres avec les miennes. Choqué par ce que je venais de faire, il bascula en arrière en se frottant la bouche. Moi, dégoûtée, je me contenta de me lever pour aller me préparer un café.

S'il faut tout que je lui cède pour qu'on avance, cette histoire n'est pas prête de se terminer...

Pdv Hoodie

Je frappa encore une fois dans ce fichu sac, manquant à nouveau de me briser le poignet. J'avais les membres qui tremblaient et la tête en vrac, et le seul moyen que j'avais trouver pour me calmer c'était de frapper quelque chose jusqu'à tomber de fatigue. J'en ai assez de cette situation de faible. J'en ai assez qu'elle soit en vie. Je n'aime pas du tout la tournure que prennent les choses.

Dans la cave, on entendait juste les bruits de mes coups et de ma respiration étouffée par l'effort. Celui des escaliers fut alors facile à entendre. Je m'arrêta d'un coup, prenant appuie contre le mur, transpirant, à bout de souffle et de nerfs. Je leva les yeux vers celui qui venait d'entrer dans le sous sol et vit Masky, ayant ôté son masque, me regarder avec inquiétude et lassitude.

-Encore énervé? Souffla-t-il

-Je vois pas de quoi tu parles... Répondis-je difficilement, tentant de reprendre mon souffle, j'ai l'air d'être énervé? Qu'est ce que te faire dire ça?

-Et bien... Peut-être parce que tu es le mec qui se bat le moins au monde et que tu es en train de démonter un sac d'entraînement comme si ta vie en dépendais? Ironisait-il.

Je soufflais et détournant le regard de mon coéquipier qui me lança une serviette sur la tête. Je m'assis par terre et m'essuyant et il vint se placer à côté de moi. On était plutôt silencieux et l'ambiance était pesante. Lui cacher la survie de Rune n'est peut-être pas une si bonne idée que ça... Ca faisait une bonne dizaine de jours que je faisais l'acteur devant lui, lui mentant sur toute la ligne. S'il savait maintenant il me détesterait...

-Au fait... J'ai remarqué quelque chose...

Je me tourna vers lui, intrigué par ce qu'il disait.

-Slender m'a rendu mon ordinateur et quelque chose est bizarre dessus.

-De quoi?

-Tu te souviens du logiciel de traçage? Il fonctionne comment.

Je haussa un sourcil et me frotta les yeux pour réfléchir.

-Il s'allume quand l'ordinateur de la personne tracée est allumé et utilisé... Mais pourq-

-Il est encore ne marche. Le logiciel marche.

J'ouvris grand les yeux et mon cœur fit un énorme bond dans ma poitrine, comme si j'allais faire une crise cardiaque. Le logiciel marche... Elle utilise l'ordinateur? C'est pas bon du tout ça...

-Ça me paraissait bizarre, sûrement un bug, il haussa des épaules en se levant. Maintenant vient, SlenderMan nous demande tous les trois dans le bureau.

Je ne chercha pas à comprendre pourquoi que je me leva, remit mon sweat que j'avais enlevé pour m'entraîner et me dirigea dans le bureau ou Toby était déjà présent.
On s'assit sur les chaises présentes, et attendit sagement.

-Bien, maintenant que vous êtes là, commença notre maître avec son habituelle voix grave, vous allez pouvoir choisir ce qu'il advient de la jeune fille que vous avez ramené.

On hocha la tête calmement. Cette fille n'a aucune importance pour nous et la garder serait une perte d'énergie. Mais elle représente également un appât pour Rune... Quoi que, rien que le fait qu'elle la croit en vie est suffisant. On discuta pendant une dizaine de minutes avant de décider enfin de son sort. On le dit tous les trois en même temps, le plus sérieusement du monde, comme si c'était une décision banale:

-La mort.