Chapitre 10
« C'est étonnant ! Vous avez les mêmes yeux » remarqua Éric en s'adressant à lui et à sa cavalière.
Une étrange impression de déjà-vu s'empara de l'homonculus, ce qui le mit dans un état de léthargie profonde. Edward s'en était aperçu et allait réagir mais la cavalière d'Éric fut plus prompte que lui. Elle s'approcha vivement d'Enna. Son visage était à deux centimètres de celui du péché de l'envie et elle fit un petit sourire rassurant que seul Envy put voir. Envy bloqua sa respiration, il comprit que l'être devant lui n'était pas humain, mais ce n'était pas un homonculus pour autant. C'était différent. Les événements qui suivirent furent rapides : la jeune fille renversa le contenu de son verre, involontairement, sur Envy qui ne réagit même pas en sentant le liquide alcoolisé couler sur sa peau et imprégner sa robe.
« Ha lala ! Comme je suis maladroites'écria la cavalière d'Éric, qui paraissait complètement affolée de son geste. Il faut vite aller nettoyer tout ça »conclut-elle.
Elle saisit le poignet d' Enna qui la suivit docilement là où l'entraînait l'autre jeune fille. Edward aurait voulu suivre les deux jeunes filles, ou plutôt une jeune fille innocente et un homonculus vieux de plus de quatre cent ans, roi du meurtre et du viol et accessoirement ambassadeur suprême de la torture. Il ne s'en faisait pas pour Envy, mais bien pour l'autre. Alors qu'il allait se lancer à leur poursuite, une main retint son bras, freinant ainsi son élan. Il se retourna pour voir Éric abhorrant un sourire.
« Ne t'en fais Edward, elle est spécialiste pour ce qui est de retirer une tâche indélébile sur un vêtement »décrit l'apprenti médecin avec fierté .
Edward voulu paraître détendu alors qu'il ne l'était pas. Il se dégagea de l'emprise de l'étudiant et lui rendit son sourire.
« J'allais juste rechercher un verre à un autre bar, il n'y a pas la boisson que je veux à celui-ci dit-il en montrant le bar où ils étaient installés.
- Oh pardon,… je ne savais pass'excusa Éric, le rouge commençait à lui monter aux joues.
- Ce n'est rien »finit-il par dire en partant tranquillement vers sa prochaine destination.
Alphonse de son côté cherchait partout Winry : mais où avait-elle bien pu disparaître ? Il avait quitté le quatuor peu de temps avant et il n'avait pas du tout remarqué l'étrange comportement de la cavalière de son frère. Il revint près d'Éric bredouille. Dire qu'elle était si contente d'aller à ce bal avec lui.
Pendant qu'il commandait, Edward fut rejoint par un autre alchimiste d'État.
« Colonel ! Quel déplaisirgrimaça le blond.
- Edward sourit le colonel. Je suis venu reconnaître ma défaiteinforma le plus âgé.
- Pardon ?demanda Ed en fronçant les sourcils.
- Pour le pari ! précisa l'homme aux cheveux de jais, un peu amusé de voir le plus jeune désorienté.
Edward était tellement inquiet pour la jeune fille, et Envy, mais ça il ne l'avouerait jamais, qu'il en avait totalement oublié le pari fait avec son supérieur quelques jours plus tôt. Avant qu'il ne puisse répondre quoi que ce soit, le colonel était reparti par là où il était venu. Edward n'aurait pas à s'occuper de l'immense pile de dossiers en retard. Mais pour l'instant, c'était le cadet de ses soucis. Il prit sa décision et se retourna avec son nouveau verre pour se diriger vers l'endroit où les deux filles avaient disparu. Mais il s'arrêta à mi chemin voyant Enna et l'autre fille se tenir le bras et rire ensemble comme si elles avaient été les deux meilleur amies du monde. Un peu plus loin derrière, il aperçu Winry qui avait un drôle de regard. Ils se réunirent à l'endroit où ils s'étaient séparés quelques minutes plus tôt. Al était vraiment content de voir Winry. Mais celle-ci ne semblait pas du tout partager son sentiment. En arrivant, elle pointa son doigt vers Enna.
« Homonculus »fit-elle d'un ton assez fort.
Edward se crispa et bloqua sa respiration.
Deux jour avant le bal, Dante appela Pride au manoir. Quand il arriva, il trouva une mère hystérique.
« Que puis-je faire pour vous, Mère ? demanda humblement l'homonculus en faisant une petite révérence devant sa créatrice.
- Envy me cache des informations importantes, j'en suis sûre! affirma la jeune femme tout en crispant le visage de Lyra pour former une horrible grimace.
- Je vais tout de suite le retrouver et vous le rapporter assura le généralissime.
- Non, j'ai déjà envoyé Lust, le problème c'est que je l'ai envoyée seule » informa Dante.
L'homonculus devant elle ne comprit pas tout à fait où sa mère voulait en venir. L'alchimiste voyant l'incompréhension sur le visage, pourtant fermé, de Pride continua.
« Gluttony s'est échappé. Je l'avais enfermé, Lust aurait été beaucoup plus repérable si Gluttony l'avait accompagnéeprécisa la jeune femme. Retrouve-le et ramène-le ici avant qu'il ne fasse tout rater ordonna-t-elle.
- Très bien je le ramènerai » dit-il sur un ton ferme.
Envy se laissa traîner jusqu'à un endroit qui ressemblait à des toilettes, mais en bien plus luxueux. Des souvenirs de sa petite enfance refaisaient surface de temps à autres, mais la plupart du temps, il se sentait comme une marionnette désarticulée. Et c'était très désagréable car il avait toujours l'habitude de tout contrôler. La jeune fille se positionna devant lui avec un grand sourire.
« Hé bien, quelle surprise ! Je ne m'attendais pas du tout à te voir ici commença-t-elle.
- C'est pour un parimurmura Envy si faiblement que son interlocutrice n'aurait rien compris, si elle avait été humaine.
- Un pari avec Edward ? demanda-t-elle en plissant les yeux.
- Non » grogna l'homonculus qui avait relevé la tête, comme si le nom d'Edward l'avait réveillé.
Sans prévenir, la couturière d'Edward s'avança et enlaça Envy en une douce étreinte. Envy prit une grande inspiration, emplissant son nez de cette odeur qu'il avait oubliée. Un seul mot vint à son esprit, un mot qui semblait jusqu'alors interdit : Mélanie.
« C'est toi, c'est bien toi ?interrogea l'envie incarnée d'une voix qu'il essayait au mieux de contrôler.
- Oui c'est bien moi, je suis là mais pas pour très longtemps, car le temps qui passe est mon pire ennemi conclut-elle en se retirant des bras d' Envy.
- Comment ça ?reprit l'homonculus en fronçant les sourcils, surpris par cette réponse.
- Je m'efface, je ne vis que grâce à un petit bout de ta pierre philosophale que j'avais avaléinforma-t-elle.
- C'était toi sur l'autel, c'était ton cadavremarmonna Envy, qui se souvenait d'un de ses rêves. Si ce que j'ai fait il y a quatre cents ans était vraiment une pierre philosophale, pourquoi es - tu morte, tu aurais dû survivre, ou mourir définitivement, mais certainement pas rester dans cet « état » déclara l'incarnation de l'envie qui réfléchissait à toute allure.
- Un jour, pendant que je faisais le ménage dans ta chambre, j'ai trouvé le cadeau que tu allais m'offrir pour mon anniversaire. La curiosité est décidément un bien mauvais défaut. En la défaisant de son emballage, la pierre est tombée et un éclat s'est détaché. La gouvernante avait entendu quelque chose et s'était empressée de venir voir. Si on cassait un objet, c'était retenu sur notre salaire. Alors, j'ai vite remballé cette magnifique pierre bleue et l'ai remise à sa place. Il me restait l'éclat en main, je ne sais pas pourquoi, peut-être sous le coup de la panique, je l'ai mis en bouche. Quand la gouvernante eut fini son tour d'inspection, je constatai avec horreur que l'éclat avait fondu et que j'avais avalé le tout. Le soir même, tu m'offris ce cadeau, qui visiblement était mangeable. Puis trois jours plus tard, je me retrouvai sur cet ancien autel de sacrifice qu'il y avait dans les catacombes du château, ta mère m'avait tuée. Je ne sais pas comment elle a su que tu avais réalisé une pierre philosophale et encore moins que tu me l'avais offerte, peut - être la gouvernante,… raconta le spectre sur un ton détaché.
- C'est là que je suis arrivé, je voulais que tu vives pour toujours et je t'avais condamnée à mort. Je me suis suicidé juste après continua l'homonculus comme si cette scène c'était passée juste devant lui. Mais dans ce cas, pourquoi Dante doit absolument changer de corps si elle détient la vraie pierre philosophalequestionna Envy.
- C'est la manière de l'obtenir qui fait que la pierre est bleue ou rouge. Dante a obtenu ta pierre en me tuant, de bleue elle est donc passée à rougeinforma Mélanie.
- Donc si on tue une personne pour obtenir la pierre philosophale, elle sera toujours rouge ?demanda Envy comme une confirmation, histoire de voir s'il avait bien tout suivi.
- Exacte dit son interlocutrice en hochant la tête. Je peux voir ton Ouroboros? » fit-elle en penchant la tête sur le côté, à la manière d'un enfant.
Envy se retourna et ferma la porte des toilettes à clé pour être sûr de n'être dérangé par personne. Si quelqu'un voyait un homonculus à cette soirée, cela provoquerait une belle pagaille. Une fois la clé tournée dans la serrure, l'homonculus reprit sa forme d'androgyne. Il eut son second choc de la journée, son tatouage avait changé de couleur. Le rouge commençait à s'effacer pour laisser place au bleu.
« Comment est-ce que, … ? murmura Envy en fixant sa cuisse.
- Il est temps, Envy, que tu fabriques une autre pierre philosophale, mais cette fois-ci, tu ne seras pas seul, tu devras emmener Edward avec toidéclara la jeune fille en tendant une main rassurante vers Envy.
- Il ne bougera pas, pas tant que son frère est dans cet état, il est rongé par la culpabilité. C'est grâce à ça d'ailleurs que j'ai réussi à passer ce marché avec lui répliqua l'androgyne sans honte aucune.
- Exploiter les faiblesses des autres, … ça te ressemble bien sourit la jeune fille. Je suis mourante Envy, je m'efface, le petit éclat que j'ai en moi ne va bientôt plus suffire, je vais mourir reprit- elle sur un ton sérieux.
- Je n'ai qu'à te donner une de mes pierres rouges dit Envy sur un ton plus enthousiaste qu'il ne l'aurait voulu.
- Non, l'immortalité doit se vivre à deux et non seule, comme je le suis. J'ai construit cette bibliothèque au sous-sol pour toi en entrant dans plusieurs corps au fil des siècles. Je me disais, un jour, il trouvera quelqu'un. Et ce jour est arrivé il y a quelques années, quand Dante t'a demandé de surveiller la famille Élric. Edward. Alors j' ai guidé tes pas vers cette bibliothèque, je savais que tu la cacherais à Dante. Mais je n'arrivais toujours pas à entrer en contact avec toi, et ce n'est pas faute d'avoir essayé, crois-moi ! expliqua-t-elle en souriant. Je suis sûr qu' Edward et toi allez faire des miracles continua-t-elle. Bon, il faut retourner à la salle de bal, sinon nos cavaliers vont trouver le temps long, mais avant il faut remettre cette robe en étatpoursuivit la jeune fille. Envy reprit la forme d'Enna avec un flash blanc aveuglant.
- Je suis prête finit-elle par dire après avoir vérifier sa tenue, la tâche avait naturellement disparue avec le flash.
- Allons-y alors »conclut Mélanie en prenant le bras d'Enna.
Si Envy avait été dans son état normal, et non bouleversé comme il était, il aurait tout de suite senti que quelque chose n'allait pas. Lorsqu'Enna et Mélanie sortirent des toilettes, l'une des portes des cabines s'ouvrit avec fracas. Repérer un humain était tellement facile pour l'homonculus, il en avait traqué un si grand nombre. Leur respiration et leurs battements de cœur affolés les trahissaient toujours. Mais là, c'était différent, il avait deux chocs émotionnels en une soirée, ce qui est beaucoup pour quelqu'un qui n'est censé ne plus rien ressentir comme émotion. Winry sortit de la cabine qu'elle avait choisie pour pleurer seule. Elle n'avait retenu que deux choses de ce qu'elle avait entendu ; Enna était Envy, un homonculus et il menaçait d'enlever Edward, son premier amour. C'est pour ça qu' Edward ne l'avait même pas remarquée ce soir. Ce monstre l'avait envoûté. Homonculus ou pas, elle allait se battre pour Edward, elle avait d'ailleurs entendu qu'il maintenait l'alchimiste sous sa coupe avec un marché, qu'il avait utilisé la culpabilité qu'il ressentait face à l'état de son petit frère pour l'avoir. Elle ne lui pardonnerait jamais. Elle passa un peu d'eau sur ses joues inondées de larmes séchées par la colère sourde qui grondait en elle. Elle sécha ensuite son visage avec l'essuie main et se tourna vers la porte. Elle partit rejoindre les autres, Enna et la cavalière d'Éric se trouvaient juste devant. Elle n'avait qu'un seul mot à l'esprit : vengeance. Voir le soulagement sur le visage d'Edward lorsqu'il vit qu'Enna allait bien la rendit malade. Alphonse l'accueillit à bras ouverts mais elle passa devant lui sans même l' apercevoir. Elle se plaça devant Enna et la pointa du doigt. La musique venait juste de s'arrêter, probablement les musiciens avaient besoin d'une pause, tout comme les danseurs.
« Homonculus » annonça-t-elle d'une voix claire et forte en même temps.
Plusieurs visages se retournèrent vers elle, surpris. Envy se figea une seconde, mais retourna bien vite dans le rôle de la jeune fille frêle et fragile. Il se construit une expression étonnée. Pour Edward s'était plutôt la panique totale, mais il ne réagit pas assez vite. Le colonel arriva près de leur petit groupe et alors qu'il s'apprêtait à demander des explications à Winry, une explosion retentit au fond de la salle.
Fin ( suite au prochain chapitre )
