Ok, donc après les événements du chapitre 9, j'ai beaucoup écrit donc je double la taille pour le chapitre 10 qui ne contient en fait que deux scènes mais chacune assez longue ; je me sentais pas de les séparer, du coup, voilà.

Comme toujours, pour ceux qui craignent, ne lisez pas. Et pour les autres, n'hésitez pas à donner vos avis !


Hiccup se réveilla ; la première chose à laquelle il pensa fut qu'il avait mal. Partout. Il était dans son lit et portait le peignoir blanc de Jack. Il avala difficilement sa salive sans bouger – parce-que vraiment, bouger était une torture. Penser était une torture. Tout était une torture. Tout. Le garçon se retint de fermer les yeux pour se rendormir ; ça n'allait pas l'aider. Il se fit violence pour se redresser en position assise. Ce qui était une mauvaise idée, au vu de la vague de douleur qui le submergea. Il retint un gémissement en essayant de lever ses bras ; ils étaient si engourdis qu'Hiccup avait l'impression que tous ses muscles étaient atrophiés. Outre les douloureuses courbatures, ses poignets lui renvoyaient des sensations de brûlures intenses et le démangeaient. Quand il y vit les bandes, il se retint de les enlever pour voir à quoi ça ressemblait. Pour le moment.

Très lentement, il se leva, s'appuyant difficilement sur son unique pied. Ses abdominaux et ses lombaires avaient l'air de ne pas vouloir se détendre à force de s'être trop contracté. Tout son corps était comme fatigué, usé. Il se dirigea doucement vers le miroir en pied installé dans un coin de sa chambre ; chaque effort était une torture.

Et il enleva le peignoir pour s'examiner.

Hiccup retint un hoquet. Il était couvert d'ecchymoses ; les plus importants s'étendaient sur ses cuisses, à l'extérieur comme à l'intérieur, ses hanches et sur ses épaules. Se tournant un peu, le garçon remarqua, de sa nuque à ses omoplates, des traces de dents. Des morsures, certaines plutôt profondes. Sa lèvre était fendue et sa mâchoire encore toute engourdie, autant à cause du bâillon qu'au fait que le jeune homme avait serré les dents trop fort et trop longtemps.

Les yeux d'Hiccup s'emplirent de larmes alors que son inspection faisait remonter les souvenirs. Pendant quelques secondes, il envisagea de retourner dans son lit et d'y rester pour toujours. Son cœur tambourinait dans sa poitrine et il poussa un soupir plein de sanglots, fermant les yeux. Quand il les rouvrit, il tremblait. Le garçon déglutit et remit le peignoir de Jack, le serrant contre lui. Il se déplaça lentement jusqu'à son armoire pour prendre des vêtements propres et s'empara d'une de ses veilles béquilles, n'ayant pas du tout envie d'enfiler sa prothèse. Il se sentait si vulnérable à ce moment que devoir affronté la vue de son moignon n'aurait fait qu'empirer cette sensation.

Prudemment, il clopina vers le salon. Il y trouva Jack, endormi dans le canapé, serrant dans ses bras la peluche de dragon. Hiccup aurait voulu sourire mais il n'y arriva pas. Tout comme il n'arriva pas à regarder Jack plus de quelques secondes. Il se dirigea jusqu'à la salle de bain, se concentrant sur sa respiration pour ne pas penser à la douleur qui lui vrillait la tête. Le brun se déshabilla pour prendre une douche. Il y resta longtemps ; il se rendait compte qu'il voulait effacer tout ce qu'Ivan avait laissé et que c'était ridiculement vain. Mais il fallait qu'il le fasse, même si ça impliquait qu'il se frotte la peau jusqu'à en avoir mal.

Hiccup avait laissé ses bandes aux poignets pour ne pas que l'eau entre en contact avec les plaies mais ça aussi, c'était un raté. Ça le brulaient, bien que le garçon essaya de l'ignorer. Il ne savait pas depuis combien de temps il était sous la douche rien ne partait. Rien n'allait mieux. Rien. Rien.

- Hic ?

Le brun tourna la tête vers la porte de la salle de bain pour y aviser Jack, qui le regardait, un air inquiet sur le visage, la main droite posée sur la poignée de porte. Hiccup l'ignora, ne voulant affronter ni son regard ni son inquiétude, continuant à se savonner. Il entendit Jack soupirer, embêté.

- Hic, je… je me suis réveillé il y a une heure et tu étais déjà sous la douche.

Comme l'autre faisait toujours semblant de ne pas l'entendre, l'albinos insista sur le même ton :

- Il faut que tu sortes, maintenant.

Hiccup soupira à son tour et appuya son front contre le carrelage qui entourait la douche, ses yeux fermés. Il ne voulait pas voir, pas entendre. Il aurait voulu que le temps s'arrête pour le laisser respirer, s'il pouvait y arriver. Au bout de quelques secondes, il frissonna et recommença à se frotter nerveusement, comme s'il ne pouvait pas s'en empêcher. Cette fois-ci, Jack entra dans la pièce et dit fermement :

- Hiccup, ça suffit.

Le brun ne le regardait toujours pas, ne changeait rien à son attitude. A cause de la buée sur la vitre, Jack ne le distinguait pas clairement, mais il voyait bien la peau de son ami était rouge et irritée, là où il n'y avait pas d'ecchymoses.

- Tu te fais mal, arrête.

Jack se mordit la lèvre pour ne pas crier quant au manque de réactions de son meilleur ami. Il sortit de la salle de bain pour se rendre au salon, une idée germant dans son esprit. Il coupa l'arrivée d'eau. Quelques minutes plus tard, il entendit Hiccup pousser un cri où se mêlait la rage et le désespoir, qui fit se tordre l'estomac de Jack. Le garçon ne savait pas comment réagir, pas comment aider, mais il savait qu'Hiccup ne devait pas se refermer sur lui-même. Et encore moins s'arracher ou se brûler la peau. Hiccup cria encore quelques fois, hurlant son nom, autant énervé que dévasté, sachant très bien que c'était Jack le responsable de la soudaine coupure de l'eau.

Jack, encore une fois, ne put empêcher une vague de culpabilité de lui noircir l'esprit.

Il décida de laisser du temps au brun pour sortir, s'asseyant dans le canapé, Toothless, la peluche d'Hiccup, contre lui. Il attendit longtemps. Vraiment longtemps. Il grattait nerveusement les oreilles noires du doudou quand Hiccup sortit de la salle, habillé, s'aidant d'une béquille. Jack ne dit rien quand l'autre leva la tête et que son regard tomba sur la porte de la chambre. Hiccup déglutit, frissonna. Il se mordit la lèvre inférieure.

Son bras libre se leva faiblement et il poussa la porte pour voir l'intérieur de la pièce.

Sa main, ses blessures à l'air libre, resta dans les airs un moment avant de retomber mollement le long de son corps. Le jeune homme n'entra pas, regardant juste, ne décelant plus aucune trace de ce qui avait eu lieu ici le matin même. Il n'était pas difficile de dire que Jack avait passé du temps à nettoyer et ranger, et qu'il avait surement fait ça pour lui-même n'ait pas à le subir. Hiccup baissa la tête, ses yeux verts plongés dans la contemplation de son poignet gauche qu'il leva un peu et fit tourner devant lui. Il releva à nouveau le regard ; on ne pouvait pas deviner ce qu'il avait subi si on voyait la pièce. Comme si, en effaçant les traces, on effaçait tout.

Est-ce c'était ce que Jack avait essayé de faire ? Le réconforter, faire comme si rien n'était arrivé ? Lui, il avait essayé, sous la douche. Ça n'avait pas marché. Il s'était juste fait encore plus mal. Pourtant, la vision de la chambre toute propre et rangée était presque rassurante. Autant qu'elle était dérangeante, quand les souvenirs flashaient dans sa mémoire.

C'était étrange, parce qu'il avait là un point de vue qu'il n'avait pas eu le matin. Seulement, il se voyait, attaché à la tête de lit, les yeux bandés et bâillonné comme s'il avait assisté à la scène en tant que témoin, et pas en tant que victime. Il revoyait Ivan venir sur le lit, s'allonger sur lui, poser ses mains sur son corps. Il le revoyait lui faire du mal. Il s'entendait essayer en vain d'hurler. De peur, de douleur, d'épuisement. Il se revoyait pleurer, faible et assujetti. Abusé en tout point. Il entendait Ivan pousser des soufflements rauques, et ce son le fit verser une larme alors que son cœur s'écroulait dans sa poitrine.

Hiccup leva à nouveau sa main gauche et l'amena à sa joue humide dont il enleva distraitement la goutte salée avant d'arrêter son index tremblant devant son visage. Il pencha la tête de manière lupine en faisant rouler la larme autour de son doigt. Il sembla hypnotisé pendant presque une minute avant de lancer sa main d'un geste sec sur la poignée de la porte pour la fermer.

Il se détourna ensuite, s'appuyant sur sa béquille. Puis ses yeux rencontrèrent ceux de Jack. Il se tenait debout, à un peu plus d'un mètre de lui, sans rien dire. Hiccup ne l'avait pas entendu arrivé, même s'il se doutait qu'il l'avait vu sortir de la salle de bain. Il fixa pendant un moment les orbites bleus noyées d'inquiétude. La sollicitude qu'il y lut fit finalement réagir le garçon. Il savait que le plus vieux se sentait plus que coupable. Qu'il voulait juste aider. Qu'il était là pour lui, même si Hiccup ne voulait qu'être seul pour l'instant et attendre de mourir de douleur, de détresse.

En réponse aux légers froncements de sourcils de Jack, Hiccup regarda son poignet gauche et le tendit à son ami. Le garçon mit un moment à réagir ; il hocha finalement la tête. La voix de Jack sonna rauque et épuisé, un peu à l'image de la sienne.

- Va dans le canapé, je reviens.

Jack ne laissa pas le temps à l'autre de répondre pour aller dans la salle de bain. Il savait de toute façon qu'Hiccup n'allait pas lui parler tout de suite. Il le connaissait et c'était évident qu'il allait s'enfermer dans un mutisme dont il serait difficile de sortir. Il avait parlé, ce midi, quand Jack l'avait trouvé, mais maintenant, il ne dirait plus rien. Et ça le rendait malade de penser qu'il ne pourrait rien faire pour l'aider. Au moins, il pouvait prendre soin de ses blessures physiques.

L'albinos revint vers son meilleur ami, recroquevillé dans le canapé, dos à la baie vitrée, serrant Toothless contre son cœur, les yeux ouverts.

- Hic, l'appela-t-il doucement, tendant la main prudemment, comme pour ne pas l'effrayer.

Sans bouger, le regard toujours perdu, le brun tendit son bras droit, toujours tremblant, jusqu'à ce que ses doigts touchent ceux de Jack. Il souffla doucement puis cligna des yeux en grimaçant quand son ainé attrapa sa main pour l'approcher de lui, assis sur la table basse. Jack étala la pommade fraiche sur la peau brulante de son ami qui mordit à nouveau sa lèvre.

- Tu rouvres ta coupure, Hiccup, l'informa d'une voix faible mais ferme l'albinos.

Les dents du brun relâchèrent très lentement leur emprise et sa langue passa plusieurs fois sur sa plaie pour en enlever le sang. Jack banda le poignet puis laissa Hiccup le ramener promptement contre sa poitrine. Comme il ne bougea pas après, Jack souffla, essayant vraiment d'être fort pour eux deux :

- L'autre.

Sans croiser son regard, Hiccup se mit dans l'exact même position, cette fois-ci face à la baie vitrée. Cette fois-ci, Jack dû aller lui-même chercher la main du garçon, qui la tenait serrée contre lui. Il soupira, s'affairant, puis murmura :

- L'inspecteur North a appelé.

Il ne s'attendait pas un dialogue, mais il fallait qu'Hiccup soit au courant de ce qui allait se passer.

- Sarah a porté plainte et elle nous a impliqué. L'inspecteur veut nous poser des questions. J'ai dit qu'on viendrait demain. Il y a surement une voiture de flics devant l'immeuble, qui sont là pour nous surveiller. Il… il ne m'a rien dit d'autre, donc je ne sais pas si Sarah a, oui ou non, fait écouté ce qu'elle a entendu – si tant est qu'elle a enregistré.

Il passa délicatement une bande autour du poignet du garçon.

- Il faut que… enfin on a la nuit pour se décider.

Comme Hiccup détourna la tête pour la caler entre son genou et le canapé, Jack soupira encore une fois :

- C'est… je suis désolé, Hiccup. J'aurais voulu que tu ais plus de temps. On en a pas. Je ne vais pas décider pour toi. Je serai là quoi que tu choisisses mais c'est pas à moi de prendre la décision.

- Pourquoi pas ?

Le brun avait tellement marmonné ces mots d'une voix sourde que Jack comprit à peine. Il baissa la tête, vraiment surpris qu'il prenne la parole.

- Je ne veux pas prendre le risque… pas après ce matin. Si tu veux parler, on parle. Si tu veux mentir, on ment. Si tu veux quitter la ville, le pays ou même le continent, on s'en ira. Si tu veux partir tout seul, je te laisserais.

Hiccup eut un rire triste qui parut complétement inapproprié à Jack. Le brun déglutit avant d'articuler difficilement en souriant tristement :

- Tu ne veux juste pas te sentir coupable si… si on parle et qu'Ivan nous retrouve.

C'était injuste. Injuste mais un peu vrai, peut-être. Hiccup était tellement abattu qu'il ne regretta pas ses paroles. Jusqu'à ce qu'il tourne la tête et que ses yeux rencontrent ceux de Jack. Il ferma les yeux et secoua la tête, se rendant compte de l'impact de ses paroles sur son meilleur ami.

- C'est pas… c'est pas ce que je voulais dire.

- Si. Si, c'est ce que tu voulais dire.

Jack était mortifié et des larmes résonnaient dans sa voix. Plus que jamais, il souhaitait ne jamais avoir demandé de l'aide à Hiccup ce jour-là. Ne jamais l'avoir connu pour ne pas qu'il ait à endurer ce qu'il endurait actuellement. Il rêvait de remonter le temps et d'avoir le courage de juste mourir avant d'impliquer son ami. Ça n'était pas que ses parents qui gâchaient la vie d'Hiccup, c'était lui. C'était complétement lui. Hiccup reprit en voyant les orbes bleus briller, sa voixx déjà un peu plus assurée maintenant :

- C'est juste que… si on parle et que ça marche, qu'Ivan ne nous retrouve pas et qu'il finisse en prison, je… on aurait pu éviter tout ce qui est arrivé depuis décembre. On aurait pu éviter que tu te fasses tirer dessus, et on aurait pu éviter… ce matin.

- Je…

Jack n'arriva pas à parler mais réussit à regarder Hiccup dans les yeux. Celui-ci continua :

- Si on parle et que ça marche, on aura enduré ça pour rien, parce qu'on aurait pu porter plainte il y a plus de quatre ans. Si on parle et que ça ne marche pas, non seulement on va se faire torturer et tuer, mais en plus, tout le monde sera au courant, parce que l'anonymat n'est jamais respecté. Si on ne parle pas, rien ne promet qu'Ivan ne va pas revenir. Si on quitte la ville, le pays ou le continent, il nous retrouvera s'il en a envie. Si je pars seul, je me suiciderai parce que tu ne seras pas là pour m'en empêcher ou pour le savoir, donc ça ne te fera pas souffrir. Il n'y a qu'une de ses solutions qui m'est envisageable pour le moment et je peux affirmer que tu ne valideras pas celle-là.

Non. Évidement que non, il ne la validait pas. Mais Jack ne le dit pas à voix haute. Il n'avait pas besoin, Hiccup le savait bien ; il le lisait dans son regard. Ils étaient tous les deux tellement… cassés. Lui l'était depuis longtemps mais il avait toujours eu l'espoir qu'Hiccup se répare avec le temps. Après ce qui était arrivé ce matin, il savait que le brun était encore plus brisé que lui, maintenant. Et ça le rongeait de l'intérieur.

- Tu te souviens du jour où tu me l'as offerte ?

Jack revint à la réalité : Hiccup regardait la peluche en souriant tristement, son nez contre le museau du dragon.

- Je t'avais sauvé la vie quatre mois plus tôt. La première fois d'une trop longue liste. On était meilleurs amis, et je crois que j'étais amoureux de toi. Tu ne m'avais jamais rien offert, et tu savais que j'étais fan des vikings et des dragons. Tu te moquais gentiment de moi à cause de ça. Alors tu m'as donné la peluche pour mon anniversaire. Tu disais qu'elle me réconforterait quand je serais triste à cause de mes parents, ou quand je m'inquiéterais pour toi. Ça marchait. Ça marchait vraiment.

Encore une fois, il eut un rire triste. Il pleurait presque quand il dit d'un ton misérable :

- Regarde nous aujourd'hui. Comment on est sensé y arriver, Jack ? Je ne veux plus essayer… Je suis fatigué d'aller mieux sans jamais aller bien. Je ne veux pas vivre comme ça, avec cette nausée qui partira jamais, cette peur qui me tord les tripes, cette paranoïa qui me vrille déjà la tête. Je ne peux pas. Ton père, Jack… si ton père ne meurt pas bientôt, ça sera moi. Je ne vois pas comment je pourrais faire autrement. J'ai réfléchis à ce que Zel nous a dit. Elle a raison. Je veux qu'il meurt. Non, j'ai besoin qu'il meurt. C'est le seul moyen. On aurait dû le tuer il y a tellement longtemps déjà… Je ne sais pas s'il te reste une once d'espoir, d'attachement ou même d'amour pour lui, mais si tu tiens à moi, si tu tiens à toi, on va tout faire qu'il finisse sa misérable vie en prison, qu'il y crève comme un chien.

Jack n'avait jamais entendu Hiccup parlait de cette façon. Ça ne lui ressemblait pas, le brun était la personne la moins belliqueuse au monde et le voilà qui souhaitait la mort de quelqu'un. Il avait vraiment envie qu'Ivan meurt. Que son père meurt. Le garçon avait voulu le tuer des centaines de fois. Il n'avait rien envie de lui céder, pas même ça. Mais…

Hiccup l'interrompit dans ses pensées en posant une main incertaine sur sa joue.

- Jack, j'aime personne plus que toi dans ce monde. Si je devais choisir entre toi et le reste du monde, ça serait toi. Ça sera toujours toi. Je ne te demande pas de toi, faire un choix, mais le mien est fait. Que tu sois avec moi ou contre moi, je veux qu'Ivan paye. Je ne sais pas encore comment je peux faire pour que ça arrive, mais j'ai besoin de le savoir reconnu coupable. Il a fait de ta vie un enfer, Jack. Je ne sais pas combien de fois je t'ai retrouvé à moitié mort, à peine capable de m'envoyer un message pour demander de l'aide, combien de fois je me suis réveillé en pleine nuit en pensant que je ne te verrai peut-être pas le lendemain, et le jour d'après parce que ton père t'aurait battu à mort. T'as pas idée du nombre de fois où j'ai failli demander de l'aide à mon oncle, où j'ai failli appeler les flics, où j'ai pensé trouver n'importe quel type capable de tuer ton père contre n'importe quel paiement. Je voulais te sauver ; ce qui est arrivé… si tu ne m'avais pas demandé de l'aide, Jack, j'aurais fini par le savoir. J'aurais fini par le deviner parce que je voyais qu'il y avait quelque chose qui clochait chez toi et je voulais t'aider plus que tout. Je l'aurais découvert. Je serais venu te soigner contre ton gré s'il avait fallu. Je me serais battu pour toi, que tu me l'ais demandé ou pas. Ça n'a jamais été ta faute ; j'aurais été impliqué dans tous les cas. Si je ne voulais pas prendre de coup perdu, il aurait fallu que je reste en dehors du combat mais ça m'était impossible de te voir mourir à petit feu sans rien faire. Je me suis noyé en essayant de te sortir de l'eau. Maintenant c'est trop tard pour sauver qui que soit. Ce qui nous est arrivé, ça n'a jamais été de notre faute : c'est Ivan qui est la source de notre malheur. Depuis toujours. C'est pas toi qui a demandé à être un enfant battu, pas toi qui a mérité des parents comme les tiens et certainement pas toi qui m'a violé et qui m'a volé la moitié de ma jambe. Rien de tout ça n'a jamais été de notre faute. On a rien pu faire contre ça. Par contre, aujourd'hui, on peut se lever. On peut décider de changer les choses et de se battre pour reprendre le contrôle de nos vies. Tu l'as dit toi-même, on mérite d'être heureux. Je ne sais pas si on pourra l'être, mais je suis certain que cela tient à l'emprisonnement d'Ivan.

Les deux garçons versaient quelques larmes sans même s'en apercevoir. Jack n'arrivait toujours pas à prononcer un mot. Il avait besoin d'Hiccup. Ça faisait des années qu'il avait besoin de lui pour vivre. Mais là, il avait besoin de le sentir près de lui. Il baissa la tête et s'avança doucement, fermant ses yeux, tremblant. Puis s'arrêtant à quelques centimètres du visage de son ami. Le brun ne bougeait pas, sa main toujours sur la joue de l'autre ; finalement, ce fut lui qui fit le premier pas au bout de quelques secondes et qui vint poser son front sur celui de Jack, qui laissa échapper un grognement de soulagement qui cacha péniblement un sanglot.

Hiccup ferma les yeux à son tour quand l'albinos frotta doucement son nez contre le sien dans un geste familier qui les rassura tous les deux.

- Ça sera toujours toi, Hiccup, finit par murmurer d'une voix malheureuse Jack.

Le plus jeune caressa doucement la joue humide de l'autre. Celui-ci se recula à peine et planta son regard dans celui de son homologue, l'imitant en essuyant les larmes sur sa joue tachetée de tâches de rousseur.

- On va le dénoncer aux flics. On va tout leur dire.

Hiccup poussa un soupir de soulagement puis ferma les yeux, se laissant glisser en avant pour que sa tête repose tout contre la peau pâle du cou de Jack, sa main descendue sur sa nuque. Il pleura doucement, respirant de manière saccadée, s'accrochant au garçon en restant un peu à distance. L'albinos appuya sa tête contre celle du brun, cajolant ses cheveux de sa main gauche, ses yeux désormais secs. Leur décision était prise et ils ne reviendraient pas en arrière. Jack ferait tout pour dénoncer et ruiner la vie de son père.

Soudain, il entendit Hiccup dire dans un souffle :

- Jack ?

Avant que le garçon ne puisse répondre, ils entendirent des bruits de cliquetis venant de la porte. Ils se séparèrent, relevant tous les deux la tête et Hiccup sentit son cœur arrêter de battre. Non. Tout mais pas lui. Alors que Jack attrapa de quoi se défendre – ce qui se résuma au tuteur en fer de leur grand ficus –, la porte s'ouvrit sur Rapunzel, accroupie, une barrette dans une main et un taser dans l'autre.

- Zel ? Articula Hiccup – qui s'était un peu redressé dans le canapé– d'une voix étouffée par l'angoisse et la surprise.

- Oh mon dieu, Hic !

La blonde se releva précipitamment et courut pour se jeter dans les bras du brun. Jack, ayant lâché son arme de fortune, la retint d'un bras puissant et ferme avant qu'elle n'écrase l'autre garçon.

- Eh ! S'offusqua-t-elle en lui jetant un regard meurtrier quand elle le heurta de plein fouet.

Jack la regardait d'un air sévère, ses sourcils froncés, comme s'il n'était pas certain qu'il puisse encore la lâcher. Il n'était pas de taille face au géant qu'était son père mais il savait se battre et ça n'était une petite créature comme elle qui allait blesser Hiccup sous sa garde. Rapunzel fit la moue puis regarda Hiccup, en contrebas. Son ami n'avait visiblement pas sa prothèse, ses poignets était blessés et la jeune femme pouvait voir des marques étranges au niveau de son cou, là où son T-shirt ne couvrait pas la peau. Elle souffla d'un ton piteux en changeant du tout au tout d'expression :

- Oh non…

Hiccup n'arrivait pas à parler ou bouger. Rapunzel s'expliqua :

- Je… je suis allé à la librairie et tu n'y étais pas. Je me suis inquiété parce que tu ne répondais pas au téléphone. Alors j'ai demandé à tes collègues qui m'ont dit que tu étais malade. Sauf qu'hier tu allais bien, donc j'ai pris peur. Quand je suis arrivé ici, la porte était verrouillée. J'ai pas voulu frapper parce que je me suis dit que s'il se passait quelque chose, il fallait que je puisse aider. Je… c'est pour ça que j'ai forcé l'ouverture. Je pensais… je savais qu'il se passait quelque chose de pas normal.

Elle avait parlé à tout allure. Il se passa un temps avant que Jack ne la relâche finalement en disant d'un ton rauque, lui faisant tourner la tête pour qu'elle le regarde :

- Ne lui saute pas dessus, ok ?

La blonde hocha la tête doucement puis, posant son taser sur la table, elle s'assit en face d'Hiccup, qui se recula un peu, laissant ses yeux verts fixés ceux, plus clairs, de son amie.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Est-ce que…

Quand elle vit les larmes qui s'étaient taries sur les joue d'Hiccup, elle releva la tête :

- Jackson… ton père est revenu ? Il vous a fait du mal ? Il a… ?

Jack jeta une œillade à Hiccup qui le regardait lui aussi. Il saisit le hochement de tête presque imperceptible qu'il lui envoya et, à son tour, il fit un signe à Rapunzel pour lui répondre. La jeune femme secoua la tête en prenant un air désolé.

- Je m'en doutais en fait… J'ai eu un drôle de sentiment ce matin. Peut-être que… si j'étais venu plus tôt, j'aurais p…

- Ne t'embarque pas là-dedans, la coupa Jack en s'asseyant sur la table basse. Je suis arrivé trop tard moi aussi.

- Qu'est-ce que… enfin pourquoi ? Demanda, grimaçante, Rapunzel alors qu'Hiccup baissait la tête.

- Hic ?

Le brun renifla et, à nouveau, regarda Jack pour lui signifier que ça allait, il pouvait le lui dire. Elle savait déjà presque tout de toute façon. Alors Jack raconta à Rapunzel les évènements récents. En fait, il lui raconta tout. Il reprit tout depuis le début. C'était la première fois qu'il en parlait. Ça le soulageait autant que ça le dérangeait. C'était extrêmement intime comme sujet. Il ne s'appesantit pas sur les détails, ne donnant que le plus important.

- Ivan est venu ce matin pour donner un… un avertissement. Il m'a fait une sorte de chantage : si on ment aux flics, il nous laissera tranquille. Sinon… sinon ça sera pire.

Rapunzel se donna quelques instant pour tout digérer. Finalement, avec cet esprit acéré qu'Hiccup adorait, elle devina :

- Vous allez parler, hein ? Ça peut vraiment marcher. Même si ta mère est une folle égocentrique vénale, ça peut marcher. Ton père sera surveillé, normalement, donc il ne pourra pas vous atteindre.

Jack hocha la tête :

- On va parler, oui. Et demander une protection en conséquence.

La blonde haussa les épaules, tentant au mieux de ne pas se concentrer sur Hiccup qui ne faisait que les regarder sans parler.

- Venez chez moi, proposa-t-elle d'un ton léger. Ivan ne me connait pas, il ne viendra pas vous chercher là.

- En fait…, commença Jack. J'aimerais... enfin je peux te poser une question très personnelle ?

Comme Rapunzel hochait la tête, l'albinos se lança :

- Comment… comment tu as tué la femme qui t'a retenue prisonnière toute ton enfance ?

Visiblement, la jeune femme ne s'attendait pas à la question. Elle souffla :

- Je l'ai frappé avec la seule arme à ma disposition : une poêle. Sauf que j'ai tapé si fort, si rapidement, qu'elle est tombée en arrière. Elle s'est ouvert le crâne et je l'ai regardé se vider de son sang sans pouvoir réagir. C'était… je l'aimais quand même, même si j'avais conscience d'être son otage. Je la considérais comme ma mère, après tout. Et pourtant, alors que j'aurais pu lui sauver la vie, je l'ai regardé mourir. Je ne ressentais pas de joie particulière ou de tristesse. Juste… c'était un accident. Mais si ça arrivait, c'est que ça devait arriver. J'ai laissé faire, parce qu'au fond de moi, je savais que c'était la seule façon de me libérer de son emprise.

Jack offrit à l'amie d'Hiccup un sourire gêné ; il comprenait. Il comprenait parfaitement.

- Vous voulez faire en sorte qu'il meurt ? Le tuer ?

Les regards des garçons se rencontrèrent à nouveau et, cette-fois, les rôles furent inversés ; ce fut Hiccup qui hocha la tête en regardant Rapunzel.

- Comment ?

- Aucune idée, soupira Jack. Le problème, c'est que si la plainte est réellement portée et qu'on témoigne, Ivan va avoir une horde d'avocats derrière lui. Il est riche, célèbre, et s'il doit dépenser jusqu'à son dernier centime pour protéger son image, pour ne pas perdre ses entreprises, il le fera. Sauf qu'il préféra surement nous faire taire, Hiccup et moi. On reviendrait sur notre témoignage et il serait innocenté. Je pense que… tu l'as deviné mais il serait prêt à tout pour se protéger. Le pire dans tout ça, c'est qu'il le fait aussi, et surtout, par plaisir. Il se sent puissant et il adore ça. Je suis presque sûr qu'une part de lui souhaite qu'on coopère avec ma mère pour qu'il puisse se venger sur nous.

- Jackson Frost, ta famille est vraiment beaucoup trop tordue, intervint Rapunzel. Et je t'en veux un peu d'avoir impliqué Hiccup.

Avant que Jack ne puisse se défendre, Hiccup fit claquer sèchement sa langue contre son palais en un signe de contrariété, s'attirant l'attention des deux autres, jetant un regard noir à son amie :

- Je me suis impliqué tout seul, Zel. Ne lui met pas ça sur le dos, laisse-le tranquille.

Rapunzel sourit malicieusement, malgré la voix cassée de son ami :

- J'ai cru que tu avais perdu ta langue, Haddock.

Le brun soupira :

- Tu vas nous aider, oui ou non, Corona ?

- La police est compétente : si vous parlez, ils vous protégeront, ils ne prennent pas ce genre de plaintes à la légère. Jouer les appâts pour tuer votre tortionnaire est une idée affreuse ; vous ne réussirez qu'à vous faire tuer, ou pire, foutre en l'air votre seule chance de le mettre en prison.

- Au point où on en est, Zel, qu'est-ce qu'on peut faire d'autre, franchement ?

- On a déjà eu cette discussion, ajouta Jack. Si Ivan ne finit pas sa vie en prison, alors on prendra les mesures nécessaires pour se défendre.

- Je serais là pour vous aider, les garçons. Mais vous ne tenterez pas de tuer Ivan. Vous laisserez les gens compétents faire leur travail pour vous protéger et faire payer ses actes à ton père. Je ne vous laisserai pas risquer inutilement vos vies ; je vous hébergerai si vous avez besoin d'un lieu où rester en attendant. Mais c'est un procès que vous pouvez gagner, croyez-moi.

Rapunzel apparut à Jack comme ce genre de personne à qui on peut tout confier, qui ne nous laisse jamais tomber. Il était content qu'Hiccup l'ait trouvée en début d'année. Avoir quelqu'un d'autre que lui à ses côtés ne pouvait être que bénéfique pour le brun. Elle avait raison ; elle leur donnait un point de vue extérieur d'une logique implacable.

- Je suis content que tu sois là, Rapunzel, dit sincèrement Jack.

Il se reçut un sourire chaud de la blonde.

- Je suis toujours là pour mes amis… quand j'en ai. Je ne vous laisserai pas tomber.

Hiccup ne dit rien mais il sourit à la jeune femme, puis son regard se tourna vers Jack. Ils se fixèrent un moment avant qu'Hiccup ne dise doucement en baissant les yeux :

- Je veux y aller maintenant.

- Tu es sûr ? Demanda Jack d'un ton inquiet.

- Je… j'ai pas envie de rester là, Jack.

C'était compréhensible qu'Hiccup ne se sente plus en sécurité ici. Et que, maintenant qu'ils en avaient discuté, il veuille parler à la police le plus vite possible. Jack ne réfléchit que quelques secondes avant d'abdiquer.

- Va t'habiller et fais-toi une valise. Enfin, si ça ne te dérange pas qu'on dorme chez toi ce soir, Rapunzel ?

- Je ne vous l'aurais pas proposé sinon, Jack.

L'albinos hocha la tête et regarda à nouveau son ami.

- Donc va enfiler un truc plus chaud, prends le nécessaire dans un sac. On mangera quelque chose avant de partir, il te faut des forces. Ça te va ?

Hiccup sourit devant la prévenance de son colocataire. Il se leva en grimaçant. Il avait vraiment mal partout. A peine eut-il senti un vertige lui faire tourner la tête que Jack le retenait déjà, debout à ses côtés, pas trop proche, mais assez pour qu'il puisse s'appuyer contre lui si besoin. Le plus jeune leva la tête, le remerciant d'un regard en attrapant sa béquille pour aller dans sa chambre. Jack le regarda avec une moue soucieuse jusqu'à ce qu'il disparaisse dans la pièce en fermant la porte derrière lui. Il entendit Raiponce se lever et poser une main sur son épaule.

- Désolée pour tout à l'heure ; j'ai dit ça pour faire réagir Hiccup. Je ne le pensais pas.

Jack se contenta de tourner la tête, sans bouger, pour regarder la petite blonde par-dessus son épaule. Finalement, son regard se perdit dans le vide quand il répondit :

- C'est pas pour moi que tu devrais t'inquiéter.

Il remarqua la grimace que fit Rapunzel en entendant son ton.

- Tu es précieux pour Hiccup et je tiens à lui, ce qui veut dire que tu gagnes une place gratuite dans mon cœur, Jackson Frost. Je m'inquiète aussi pour toi.

- Il mérite tellement mieux, soupira l'albinos en secouant la tête.

- C'est aussi le cas pour toi. Un jour, j'espère que vous l'obtiendrez.

Jack se retourna enfin pour gratifier Rapunzel d'un sourire contrit.

- Je te suis vraiment reconnaissant de ce que tu fais pour lui, pour nous.

- J'aurais aimé que quelqu'un fasse pareil pour moi, lui répondit-elle sincèrement.

- Tu sais, si tu as besoin de quoi que ce soit, Hiccup et moi, on sera là pour toi.

Rapunzel se contenta d'hocher la tête en continuant de sourire. Une telle force émanait de ce petit bout de femme… Jack l'admirait beaucoup.

- Je vais faire mon sac.

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Hiccup tenait la main de Jack quand ils arrivèrent au commissariat. Il n'était jamais entré dans un tel bâtiment et, au vu de la situation, ça l'effrayait. Ils avaient marché lentement, à son rythme, si bien que la nuit tombait déjà doucement. Le brun avait failli renoncer, dire qu'il reviendrait le lendemain, mais avait glissé sa main dans celle de Jack et celui-ci lui avait souri. Alors le courage lui était revenu. Ils avaient pris une décision et ils allaient s'y tenir. Jack serait là pour lui, tout comme Rapunzel. Il était vraiment soulagé que la blonde soit si compréhensive et aidante. Elle était un vrai don du ciel.

- Hic ?

L'interpellé tourna son regard dans celui de son ami. Ils portaient tous les deux des écharpes, l'une bleue et l'autre verte, pour cacher leurs marques respectives.

- Ça va aller ?

Hiccup remonta maladroitement ses lunettes qu'ils avaient mises pour l'occasion, aussi pour ne pas avoir encore plus mal à la tête.

- Je… oui. Oui.

Jack lui sourit puis, réajustant son gros sac à dos, il entra, entrainant Hiccup à sa suite, Rapunzel les suivant sans rien dire. Le plus vieux, tenant toujours la main de l'autre, s'avança vers l'accueil.

- Bonjour, dit-il d'une voix claire à l'homme assis derrière le comptoir, nous aimerions parler à l'inspecteur North s'il-vous-plait.

Avant que l'agent n'ait pu lui répondre quoi que ce soit, une voix surprise résonna à côté d'eux :

- Monsieur Frost. Et monsieur Haddock. Tout va bien ?

L'inspecteur North s'avança vers eux d'un pas décidé et planta son regard perçant dans ceux de l'albinos. Il continua :

- Mes deux collègues m'ont prévenu que vous aviez quitté votre appartement. J'avais cru être clair sur le fait que vous courriez potentiellement un danger, n'est-ce pas ?

- Oui, en effet, acquiesça Jack en sentant Hiccup se tendre. Pourrions-nous discuter à ce propos dans un endroit plus calme ?

Il ne savait pas comment ça marchait. Il n'avait jamais porté plainte ou été impliqué dans une quelconque affaire – se faire tirer dessus en pleine rue ne demandait pas de se rendre au commissariat – et il ne connaissait pas le fonctionnement. Il y allait à l'instinct, espérant que l'homme comprendrait qu'ils avaient besoin d'intimité.

Les yeux de l'agent naviguèrent entre les deux garçons un long moment.

- Suivez-moi.

Jack se retourna vers Rapunzel ; celle-ci s'était déjà éloignée en faisant un petit signe, s'asseyant dans une salle probablement prévue pour attendre. Le jeune homme se fit la réflexion qu'elle était incroyable avant de serrer la main d'Hiccup pour l'inciter à avancer. Clairement, le plus jeune n'était pas à l'aise du tout. Il répondit à peine à la pression que Jack effectua sur sa main en se rapprochant de lui, évitant les contacts avec… tout, en fait : les murs, les personnes qu'ils croisaient, le mobilier. C'était un endroit étranger et même si Jack voyait qu'il faisait des efforts, il savait qu'Hiccup ne sentait pas du tout en sécurité ici.

- Tu es sûr que ça va aller ? Demanda une nouvelle fois l'albinos en tournant la tête vers Hiccup, caressant le dos de sa main avec son pouce.

Celui-ci lui répondit par un grondement, sans le regarder, et Jack comprit qu'il avait besoin de réfléchir sans être dérangé. Il soupira. L'inspecteur North entra dans une pièce ça n'était pas vraiment ce qui ressemblait à une pièce d'interrogatoire. Au contraire de ce qu'avait imaginé Jack, c'était plutôt bien éclairée, presque cosy. Il n'y avait pas de miroir sans teint comme dans les séries américaines, pas de table et chaises en fer qui grincent. Cela ressemblait plutôt à une salle de repos. C'en était peut-être une.

- Asseyez-vous, je vous prie.

Comme les garçons obéirent, Hiccup lâcha enfin la main de Jack. Le géant les imita et parla doucement, avec une expression très différente de celle dont se souvenait Hiccup :

- Bien. Je vais vous exposer au mieux les faits. Sachez que tout ce qui est dit dans cette salle est enregistré et pourra être utilisé avec votre accord. Sarah Overland-Frost, votre mère monsieur Frost, est venu hier porter une plainte à l'encontre de votre père, Ivan Frost.

Il sembla attendre un moment, observant la réaction des jeunes puis reprit :

- Savez-vous de quoi elle l'accuse ?

Hiccup baissa aussitôt la tête, jouant nerveusement avec ses mains. Jack grimaça et dit prudemment :

- En fait, ma mère est venu me trouver hier matin pour m'informer de son attention. Elle m'en a donc expliqué les raisons.

- Monsieur Haddock, étiez-vous vous aussi mis au courant ?

Pris à parti, le brun releva la tête, regardant tour à tour l'inspecteur puis Jack. Il déglutit puis hocha la tête, tremblant.

- Monsieur Frost, pourquoi votre mère a souhaité vous mêler à cela ?

Jack avait la gorge sèche. Il ne savait pas ce que sa mère avait dit exactement mais il était sûr qu'elle avait menti sur certains points. S'il dévoilait quoi que ce soit qui allait à l'encontre de ce que Sarah avait dit, on ne les prendrait pas au sérieux. Il ne fallait pas que cela arrive. Il ne voulait pas risquer de passer pour un menteur alors que le seul problème, c'était que sa tarée de mère voulait en faire beaucoup trop pour être sûr de rafler le plus d'argent possible.

- Écoutez, inspecteur, je ne veux pas être… enfin, nous sommes là pour coopérer et vous aider à faire votre travail, mais j'aurais besoin de savoir plus précisément ce que Sarah a dit qui en ce qui nous concerne.

- Cela changerait les informations que vous avez à me donner ?

- Pardon ?

L'inspecteur perdit pendant quelques secondes son masque d'impassibilité.

- Messieurs, soyons honnêtes. Avant même que madame Overland ne vienne faire sa déposition, je suspectais Ivan Frost d'être impliqué dans l'affaire de votre agresseur.

Comme les deux garçons se regardèrent en fronçant les sourcils, l'homme s'expliqua :

- Plusieurs de vos réactions à l'hôpital m'ont mis la puce à l'oreille. Je suis inspecteur : remarquer ce genre de détails, c'est mon métier. Je ne suis pas stupide. J'ai eu accès à votre dossier médical, monsieur Frost et j'avoue que j'ai eu du mal à croire ce que j'y ai lu. Se scarifier de la sorte relève de comportements psychotiques très graves, pas de simples problèmes d'adolescent mal dans sa peau.

Cette fois-ci, ce fut Jack qui baissa la tête. L'inspecteur soupira, puis se leva pour aller chercher deux bouteilles d'eau qu'il donna à chacun d'entre eux.

- Bon. Je vais aller droit au but, bien que je sois sûr de déjà connaitre la réponse. Votre père vous battait-il, monsieur Frost ?

Jack ne bougea pas. Après sa réponse, il n'y aurait plus de retour en arrière possible. Il tourna la tête pour rencontrer les yeux d'Hiccup qui avait l'air complétement perdu.

-Jackson, intervint à nouveau le géant, utilisant le prénom du garçon pour le mettre à l'aise. Je ne suis ici que pour vous aider. Mais j'ai besoin que vous m'expliquiez plus que clairement contre quoi vous vous battez. Est-ce que vous comprenez ce que je dis ? Si votre père vous a manipulé d'une quelconque façon pour vous faire mentir au corps médical, s'il vous a fait suivre des traitements qui n'étaient pas nécessaires, s'il a, d'une façon ou d'une autre, fait en sorte que des professionnelles de la santé mentent sur votre état physique et mental, c'est extrêmement grave et cela pourrait mener à de lourdes condamnations par la justice.

L'albinos se composa un visage dénué d'émotion quand il releva la tête. Il voulait parler mais sa gorge était trop serrée. Il avait rêvé tant de fois qu'on lui dise des mots pareils. Qu'on ne le remette pas en cause, lui, mais qu'on se questionne sur son père. Qu'on ne le prenne pas pour un fou suicidaire et dérangé. Qu'on s'inquiète ; qu'un adulte s'inquiète réellement pour lui.

- Je veux vous aider mais j'ai besoin de tout savoir. De manière très officielle, vous avez besoin de porter plainte si vous voulez vous faire entendre une bonne fois pour toute. Si votre père vous a en effet maltraité par le passé, il est plus que temps qu'il en affronte les conséquences.

Les yeux de Jack s'humidifièrent ; il ne savait pas quoi faire. Et si on ne le croyait pas ? Si, finalement, ils n'obtenaient aucune protection adéquate ? Ils ne pouvaient pas faire emprisonner Ivan… à quoi ils avaient pensé ? C'était infaisable, ils co…

- Ivan a commencé à battre Jack quand il avait 9 ans, quand sa mère est partie.

Jack tourna brusquement la tête vers Hiccup qui avait annoncé ses mots calmement d'une voix déterminée. Le brun ignora son ami.

- Ça a duré des années et Jack n'a jamais osé rien dire. Sauf un jour où il a failli mourir ; c'est moi qui l'ai emmené jusqu'à l'hôpital, quand on avait 13 ans. C'est là que son père a raconté qu'il avait tenté de se suicider et que ça n'était pas la première fois, pour expliquer les cicatrices plus vieilles. Plus je le soignais, plus Ivan le blessait. Plus il essayait de se défendre, plus les blessures étaient graves. Je l'ai aidé comme ça pendant encore longtemps, jusqu'à ce qu'on ait tous les deux 17 ans.

L'inspecteur regardait Hiccup de ce regard dont il avait le secret, qui semblait pouvoir passer à travers lui et lire dans ses pensées.

- Vous confirmer, monsieur Frost ?

Retour au nom de famille. Jack arrêta enfin de fixer bêtement Hiccup et hocha la tête.

- J'ai besoin de vous l'entendre dire.

- Je… oui. Tout ce que viens de dire Hiccup est vrai.

- Continuez, s'il-vous-plait, réclama l'inspecteur en regardant Hiccup, mais ce fut Jack qui répondit :

- Je suis parti de chez moi, pour aller chez Hiccup pendant une année. Mon père n'a pas cherché à me retrouver. Jusqu'à récemment.

- Quand est-il revenu exactement ?

Jack réfléchit un moment mais encore une fois, Hiccup le devança :

- Le 21 décembre.

Le garçon fut ahuri que son ami se souvienne de la date exacte.

- Il est venu à notre appartement, sans rien dire. Probablement juste pour nous faire comprendre qu'il savait où nous trouver.

- Vous l'avez revu après ça ?

- Plusieurs fois, intervint Jack, mais il voulait juste me montrer qu'il ne comptait pas partir. Puis il est venu à l'hôpital comme vous le savez et…

L'inspecteur fronça les sourcils. Jack déglutit avant de réussir à articuler :

- Il est entré par effraction chez nous dans la nuit de vendredi à samedi. Il a… enfin on a une dispute et on a échangé des coups.

- Vous en avez gardé des marques ? Demanda curieusement l'agent.

Jack hocha la tête et, en voyant le regard de l'homme, il comprit qu'il voulait les voir maintenant. L'albinos enleva doucement son écharpe pour montrer les traces dans son cou qui s'était déjà un peu atténuées, puis remonta sa manche droite pour exposer sa profonde coupure sur laquelle il n'avait pas remis de bandages.

- Pourrais-je les prendre en photo plus tard ?

- Bien… bien sûr, oui, acquiesça Jack en les recourant.

- Pourquoi est-il venu chez vous ? Vous en a-t-il donné la raison ?

Jack hésita à nouveau mais déclara finalement :

- Il voulait s'assurer que je n'avais pas de preuves ou que je ne comptais pas porter plainte. Je n'ai pas compris tout de suite pourquoi il venait me dire ça après plus de quatre ans de silence radio, mais quand j'ai vu ma mère le jour d'après, j'ai fait le rapprochement. Je… on pense qu'il est revenu à cause d'elle, parce qu'il avait peur qu'on porte plainte si Sarah nous intimait de le faire.

L'inspecteur hocha longtemps la tête ; il semblait réfléchir à toute allure.

- Puis-je vous poser une question monsieur Haddock ?

Hiccup, une nouvelle fois, parut inconfortable à l'idée d'être interpellé. Il lâcha un petit « oui ».

- Est-ce qu'Ivan Frost a levé la main sur vous aussi ?

Hiccup regarda Jack en sentant sa détermination fondre comme neige au soleil. Il ne voulait pas parler de ça. Pas avec un inconnu ; il ne voulait pas qu'il le regarde avec pitié ou dégout. Il voulait s'en aller. Jack vit sa détresse et tendit sa main pour qu'il la prenne il savait que ça le rassurerait. Le brun s'en saisit brusquement et rapprocha sa chaise de la sienne, indifférent au fait que l'inspecteur n'en ratait pas une miette.

- J'ai remarqué, lors de l'hospitalisation de votre compagnon, de l'hostilité entre vous et Ivan Frost, reprit le géant. Mais j'ai compris qu'il y avait réellement quelque chose de louche quand j'interrogeais monsieur Frost et que celui-ci a volontairement attiré l'attention sur vous et son père. Je n'ai pas aimé ce que j'ai vu, monsieur Haddock ; vous aviez l'air terrorisé et cela n'avait rien à voir avec l'état de votre ami, mais tout avec son père. Je vous pose donc légitimement la question : est-ce qu'Ivan Frost a déjà levé la main sur vous ?

- Je… commença Hiccup, serrant fort la main de Jack.

Il n'y arriverait pas. Ses yeux se remplirent de larmes et sa gorge le brulait. Dans les yeux de l'inspecteur brilla pendant quelques secondes une lueur de compassion avant qu'il ne reprenne plus doucement en lui ouvrant sa bouteille d'eau :

- Buvez, mon garçon, vous vous sentirez mieux. Je comprends que ça n'est pas facile de parler, mais tout ira mieux une fois que nous serons au courant.

Hiccup, tremblant, s'empara de la bouteille pour la porter à ses lèvres, ignorant les larmes qui menaçaient de déborder de ses yeux.

- J'ai demandé à avoir accès à votre dossier médical, monsieur Haddock. Au vu des informations que monsieur Frost vient de me fournir, je me rappelle avoir lu que vous avez été sévèrement agressé dans la rue et que cela vous a couté une partie de votre jambe gauche. C'est Jackson qui vous a porté jusqu'à un hôpital et il était lui aussi dans un très mauvais état. Vous aviez 17 ans, l'âge auquel vous avez fui de la maison de votre père, monsieur Frost. J'aimerais être sûr que mes conclusions ne sont ni hâtives ni incorrectes.

Jack, voyant son ami se mettre à se mordre la lèvre, complétement dépassé, se tourna vers l'inspecteur :

- Hiccup était venu m'aider à m'occuper de mes blessures après… une mauvaise journée. Mon père nous a surpris. Il était hors de lui. Je ne l'avais jamais vu si en colère. Il m'a frappé, encore et encore, jusqu'à ce que je ne puisse pas me relever. Je me suis évanouis. Et… il a… il s'est acharné sur Hiccup. Jusqu'à ce que… enfin quand je me suis réveillé, il… il était…

Hiccup fit saigner sa coupure tant il mordait fort pour retenir ses larmes. Jack pressa fort sa main et l'appela doucement :

- Hic ?

Il ne sentait pas que c'était à lui de parler de ça. Pas à lui de l'exposer de la sorte. Il ne savait même pas s'il aurait le courage de prononcer ces mots-là. L'inspecteur, en face d'eux, faisait la moue, ses épaules affaissées ; il savait déjà, puisque Sarah en avait parlé dans sa déposition. Il avait juste espéré que ça soit faux. Le pire, c'était que les garçons avait besoin de le dire. Il ne les pressa pas, attendant simplement que l'un d'eux ne reprenne courageusement la parole.

Hiccup inspira un grand coup, se calmant doucement, toujours désespérément accroché à la main de Jack. Il but à nouveau puis commença à parler lentement, le regard perdu dans la contemplation de l'eau :

- Je ne sentais plus aucune partie de mon corps. J'avais tellement mal à la jambe que je ne pouvais même plus le supplier d'arrêter de me frapper. Je… j'arrêtais pas de penser que ça faisait cinq ans que j'étais au courant qu'il battait Jack, je voyais bien les dégâts qu'il faisait, mais jamais je n'aurais imaginé que ça puisse faire aussi peur et aussi mal. Il a arrêté quand la batte s'est cassée. Ma jambe était complétement en morceau.

Les yeux d'Hiccup se remirent à briller.

- Je sais pas pourquoi il a fait ce qu'il a fait. J'ai pas compris sur le moment. Je me laissais sombrer dans l'inconscience, tellement content qu'il s'arrête enfin, quand j'ai réalisé qu'il allait… qu'il était... en train de me v-violer. Je ne m'inquiétais plus pour ma jambe ; je ne ressentais que des vagues de douleur insupportables. Je pouvais même pas me défendre, j'avais l'impression que tous mes os étaient brisés. Je pouvais même pas le repousser. Jack est intervenu. Je me suis réveillé à l'hôpital.

Alors que l'inspecteur allait intervenir, levant doucement une main, Hiccup continua en grimaçant, laissant des larmes couler mais ne cédant ni à la panique, la honte ou le désespoir :

- Il est revenu ce matin. Il est revenu parce que Sarah Overland lui a dit qu'elle allait porter plainte ; il a pensé qu'on lui avait donné des preuves, des témoignages. On avait rien dit ; elle avait placé un micro dans la veste de Jack et elle a entendu une conversation privée. Sauf qu'Ivan a cru qu'on avait parlé et il avait été clair sur le fait qu'il fallait qu'on se taise. Il a... Il a recommencé. Plus d'une fois. Et Jack n'était pas là pour l'arrêter.

Hiccup lâcha la main de l'albinos pour enlever à son tour son écharpe, puis sa veste. Il laissa l'inspecteur voir ses bandes et tira sur le col de son large pull pour exposer les bleus et les traces de morsures.

- J'en ai d'autres. Si ça peut permettre de faire enfermer Ivan Frost, vous pouvez me photographier autant que vous voulez.

L'inspecteur soupira et leur fit la moue. Il se laissa un moment pour assimiler toutes les informations.

- Pourquoi n'êtes-vous pas venu plus tôt ?

- On avait peur, dit Jack comme si c'était évident. Vous devez comprendre pourquoi : mon père est tellement influent, nos paroles n'auraient pas pesé grand-chose sans preuves concrètes. Ivan aurait joué sur le fait qu'on m'ait diagnostiqué dépressif et suicidaire.

Le géant soupira à nouveau.

- Il y a encore beaucoup de choses que j'aimerais éclairer avec vous mais avant cela, monsieur Haddock, vous allez vous faire examiner à l'hôpital. Le rapport d'un médecin concernant des agressions sexuelles et des violences est une preuve très importante dans une affaire comme celle-ci. Je vais vous faire escorter par deux agents vous passerez la nuit là-bas, ils veilleront sur vous. Quant à vous monsieur Frost, v…

- Je reste avec Hiccup, la coupa Jack d'un ton décidé. C'est non négociable.

Il se sentit obliger d'ajouter « désolé » à l'attention de l'adulte.

- Je m'en doutais. Puis-je me permettre de demander si votre amie à l'accueil est impliquée elle aussi ?

- Non, intervint Hiccup d'une petite voix. Elle est au courant de tout mais n'est pas… enfin Ivan ne lui a rien fait. Elle proposait de nous héberger on ne veut pas rester dans notre appartement.

L'inspecteur secoua la tête.

- Nous vous donnerons un logement adapté.

- Pendant toute la durée du procès ? Demanda Jack, et il ajouta aussitôt : enfin, il y aura un procès si on porte plainte, et il risque d'être long, non ? Je connais mon père, il se défendra par tous les moyens. Peu importe ce qu'il lui en coute, il s…

- Monsieur Frost, l'interrompit-il. Nous verrons demain pour les formalités ; je prendrais votre déposition écrite dans la journée. Tâcher juste de ne pas ébruiter l'affaire. Un procès contre un homme de l'envergure de votre père va faire jazzer les journaux les médias seront bien assez tôt au courant.

- Mais Ivan sait déjà qu'une plainte est portée contre lui, Sarah le lui a dit, déclara doucement Hiccup. Il… il me l'a dit ce matin. Alors il sera prêt quand vous l'appellerez.

Alors que l'homme allait parler, Jack regarda Hiccup :

- Hiccup, je pense… je suis presque certain qu'après ce qui s'est passé ce matin, ce qu'il t'a dit, Ivan est sûr qu'on ne va pas coopérer avec la police.

- C'est mon avis également, bien que je ne connaisse pas encore tous les détails, acquiesça l'inspecteur. Il a conscience du pouvoir qu'il exerce sur vous deux. Il s'attend à gagner un combat facile mais nous allons apporter des preuves solides.

Il se leva, Jack et Hiccup l'imitant. Il allait ouvrir la porte mais se retourna en les regardant pour la première fois avec un regard réellement chaleureux. Hiccup se fit la réflexion qu'il devait être père ; c'était stupide de se dire ça mais il se souvenait que son père avait un regard comme celui-ci quand il voulait le protéger.

- Les garçons, Ivan Frost affrontera la justice pour ce qu'il vous a fait subir. Croyez-moi, je ne le laisserais pas s'en tirer comme ça.

Les cœurs des amis se réchauffèrent un peu : on les croyait. Un inspecteur les croyait et voulait les aider, même si ça impliquait de s'attaquer à quelqu'un comme Ivan Frost. Hiccup sourit à Jack – qui se sentit bien – en lui prenant la main. Ils sortirent de la pièce, marchant lentement pour ménager le brun. A l'accueil, le géant alla parler avec un de ses collègues, lui expliquant visiblement la situation. Quand Rapunzel les vit, elle se dirigea vers eux. Elle allait parler mais l'inspecteur North se retournait déjà vers eux :

- Avez-vous déjà un avocat ou faudra-t-il vous en assigner un ?

Les deux garçons eurent à peine le temps de se regarder en grimaçant, prêts à avouer qu'il n'avait pas pensé à ça et qu'ils n'avaient pas d'argent pour se payer un avocat quand Rapunzel s'avança en tendant la main à l'homme qui faisait littéralement le double de sa taille.

- Bonjour inspecteur, Rapunzel Corona. Mon père représentera Jackson Frost et Hiccup Haddock lors du procès.

- Vous êtes la fille adoptive de Charles Corona, dit vite l'inspecteur en répondant à sa poignée de main. Je m'en suis douté quand je vous ai vu de loin. Ravi de vous rencontrer, mademoiselle, votre père m'a souvent parlé de vous.

Jack et Hiccup suivaient l'échange, les yeux écarquillés. Que se passait-il ? Le policier se tourna vers eux :

- Eh bien messieurs, vous pouvez vous estimez chanceux de compter mademoiselle Corona parmi vos amis. Son père est un des plus grands avocats du pays.

- V… vraiment ? Demanda Hiccup en regardant Rapunzel avec une mine troublée alors que l'inspecteur passa derrière le comptoir pour se rapprocher de son collègue et discuter avec lui.

- Pourquoi tu ne nous l'as pas dit plus tôt ? S'étonna gentiment Jack.

- Je voulais régler les détails avec lui, je n'étais pas sûre qu'il accepterait. Je l'ai appelé, lui ai exposé le cas. Finalement, et comme je m'y attendait à vrai dire, il accepte de vous défendre. C'est un ami de l'inspecteur North et il a confiance en lui, c'est pour ça qu'il n'est pas venu tout de suite ; il a hâte de vous rencontrer.

Jack sentit qu'Hiccup avait envie de prendre Rapunzel dans ses bras pour la remercier, mais qu'il ne se sentait pas prêt pour le contact. Alors ce fut l'albinos qui s'avança et qui enlacer la petite blonde, gardant une des mains d'Hiccup dans la sienne.

- Merci Rapunzel, il murmura, sentant la jeune femme sourire contre son torse.

Elle le repoussa un peu pour pouvoir les regarder tous les deux et déclara joyeusement :

- J'avais dit que je vous aiderais je n'ai qu'une parole.

- Tu es vraiment la meilleure, Zel, répondit Hiccup.

- Bon, intervint à nouveau l'inspecteur North alors que deux hommes venaient les rejoindre. Messieurs, les agents Gray et Jil vont vous emmener à l'hôpital. Ils resteront à vos côtés aussi longtemps que monsieur Hiccup aura besoin de soin. Le corps médical sera prévenu de ne pas laisser Ivan Frost entrer en contact avec l'un de vous. Essayer de ne pas vous séparer ; votre protection n'en sera que plus facile.

Il leur tendit la main.

- Je vous revois demain. Mademoiselle Corona.

Et il s'en fut, emportant avec lui un dossier qu'avait sorti son collègue de l'accueil. Rapunzel, qui avait compris les mots de l'inspecteur, déclara calmement :

- Je vais appeler mon père pour qu'il vienne me chercher. Appelez-moi demain aussitôt que vous quittez l'hôpital, il vous rejoindra ici. Faites attention à vous.

Elle leur fit un petit signe de la main et les deux agents intimèrent aux garçons d'avancer.