Merci à Luna Lightwood, Syana Argentina, Naheiah, mimi70, Vyk, La plume d'Elena, BaeMinChan et Jean-Roger pour leur review
Réponse aux reviews de Vyk :
merci pour ta review, désolée de t'avoir tellement émue lors du dernier chapitre – je t'assure que c'était mon intention ;) – t'inquiète pas : Gandalf ne va pus trop tarder et toujours va s'arranger... j'espère ^^, en espérant que tu aimeras ce chapitre - skya.
Merci à Isre, BaeMinChan, Jean-Roger, Omb'r, kittycat9987 et CamilleR pour suivre ma fic et à Milady57, BaeMinChan (triplé !), Jean-Roger (triplé !) et kittycat9987 pour avoir ajouté Frána à leurs favoris
mes lecteurs anonymes et à ceux dont le français n'est pas la langue maternelle
Merci à ma bêta–éclair, YaNa31
La Cavalière du Sud
(LOTR)
IV.
Les quatre cavaliers
CHAPITRE UN
le Serpent de Méduseld
– Votre fils, mon seigneur, votre cher fils est mort.
Le Château d'Or était silencieux, calme, figé, mort. Le murmure d'Éowyn l'avait à peine perturbé. La jeune femme était penchée sur l'accoudoir du trône où reposait le bras de Théoden, soulevé parfois par un petit tremblement. Timidement comme si elle n'en avait pas le droit, la Rohir prit la main du vieil homme avec une telle douceur qu'on aurait dit qu'elle la caressait. Le roi ne réagit pas à son contact, mais on pouvait deviner que la chaleur de la paume de la dame du Rohan se répandait en lui, tant elle avait paru froide, comme une pierre recouverte de verglas, quand Éowyn l'avait serré.
– Mon seigneur, mon oncle, appela-t-elle d'une voix faible, craignant de tirer le roi du Rohan d'un quelconque sommeil, n'irez-vous pas auprès de lui ?
La nuit durant, Éowyn était restée prés de son cousin mourant. Elle s'était occupée de lui du mieux qu'elle le pouvait à travers ses larmes. Elle usa de toutes ses connaissances, tout son amour, toute sa tristesse et sa solitude dans l'espoir que Théodred finirait par ouvrir les yeux.
Toute la nuit, elle essuya le front de son cousin où la sueur n'avait plus la force de couler. Elle avait écouté les battements de son coeur cognant contre sa poitrine avec faiblesse. Le temps lui avait paru long, la nuit sans fin. Puis, à la première lumière du jour, Éowyn découvrit que ce cousin était mort.
Elle n'avait pleuré, il lui semblait que ses yeux étaient secs et gonflés à présent. Elle embrassa le front du défunt, y laissa brièvement une trace rose de chaleur, puis sortit. La tristesse s'abattit sur les visages des gardes à qui elle annonça le décès. Elle leur demanda d'aller porter la nouvelle à Edoras pour elle, mais de la laisser parler la première au roi. Une main sur ses joues avait effacé les marques de la dure et longue nuit et elle s'était retrouvée près du trône où son oncle était assis, aussi immobile qu'elle l'y avait laissé la veille.
– Mon oncle, reprit-elle car il ne disait rien, ne ferez-vous rien ?
Lentement, le vieux roi tourna son regard pâle, sans lueur, vers la jeune femme. Sa bouche s'entrouvrit alors et laissa s'échapper un long soupir parsemé de bruits sans sens et sans émotion. Éowyn fronça les sourcils de déception. Même maintenant, son oncle gardait le silence.
– M'entendez-vous seulement ? reprit-elle d'une voix différente que celle qu'elle avait prise quelques instants plus tôt. Me voyez-vous ?
Le Seigneur de la Marche tourna de nouveau la tête, détournant son regard d'Éowyn pour le porter devant lui, vers un horizon que personne ne pouvait voir.
– Ah, soupira la Rohir en baissant la tête, si vous pouviez encore me voir, quel visage verriez-vous. Voilà des années que votre mal mystérieux vous ronge. Tellement de temps que le souvenir d'enfance que j'ai de vous, du roi généreux, du guerrier courageux et de l'oncle sage, s'efface peu à peu. Mes jeunes années qu'a ternies la mort de ma mère, votre soeur, et qu'ont réchauffées votre amour et votre bonté, j'en perds à présent les couleurs. Combien je sais que ma figure pâle apitoie et fait peur. Qui voudrait d'un minois qui ne sait sourire. Et votre état, mon impuissance, la mort de votre fils, mon cousin, l'exil d'Éomer, mon frère, et l'arrestation de Frána, mon amie, attristent mes yeux qui trouvent par je ne sais quel malheur, encore la force de pleurer.
Elle sentit sa voix lui échapper, aussi s'arrêta-t-elle quelques instants. Théoden resta silencieux.
– Ah, mon oncle, si je ne puis vous aider, vous, aidez-moi ! Posez sur moi un des regards dont vous avez le secret, réchauffez-moi et je trouverai le courage de vous porter jusqu'au chevet de votre fils afin que nous puissions le pleurer ensemble. De grâce ! Un regard, mon cher oncle. Ne m'abandonnez pas, vous aussi. Ne me laissez pas.
– De telles paroles, ma dame, fendraient le coeur du plus rustre des hommes, surtout sortant d'une aussi belle bouche, lui répondit Grima en sortant d'un coin sombre près du trône.
Éowyn réprima le sursaut qui l'assaillit à l'apparition du conseiller, en se levant. Sa voix avait émis son sifflement habituel à ses oreilles, mais la jeune femme y avait décelé une compassion et une sincérité qu'elle méprisait. Savoir que Wormtongue utilisait ce ton avec elle et en même temps, prenait la liberté d'accuser Frána de trahison, la répugnait et attisait sa haine. Elle détestait l'affection que semblait lui témoigner le serpent et elle détestait le voir surgir de l'obscurité du château, sur ses pas.
– Sachez que j'ai appris la triste nouvelle que l'on murmure à présent dans tout Edoras, poursuivit Grima. Quelle tragédie pour le roi et le royaume de perdre son unique fils et héritier ! Je n'ignore pas le chagrin qui vous accable également, ma dame, et viens vous faire part de mes regrets en ces temps sombres, alors que vous avez déjà essuyé abandon et trahison.
Tout en parlant, il s'approcha du trône et tandis qu'il s'avançait, Éowyn reculait.
– Mais, ne craignez rien car je suis votre humble serviteur autant que je suis celui de votre oncle. Aussi mettrai-je tout en oeuvre pour vous apporter un peu de réconfort.
– Et permettez moi de vous demander comment comptez-vous vous y prendre, vous, qui êtes l'artisan de mon malheur ?
Le front de Wormtongue se plissa alors qu'il posait sa main sur l'accoudoir, là où était posée celle d'Éowyn quelques secondes plus tôt.
– Moi, ma dame ? Voilà des mots bien durs pour une si douce dame.
– Vous niez, dit Éowyn, un rire dans la voix pour se donner de la fermeté. Cela me confirme que votre cruauté n'a pas de fin.
Elle se tenait à présent au pied de l'estrade. Grima la surplombait, mais elle le toisait d'un regard où elle savait sa colère tournoyer, alimentée par sa tristesse et sa détresse. Lorsqu'elle parla, il lui semblait que ses mots allaient cogner contre les murs de Méduseld comme pour les faire tomber.
– D'abord, vous empêchez mon oncle de prendre soin de son peuple et vous lui agrippez le bras en vous asseyant près de lui, le forçant à demeurer immobile sur son trône. Puis, par vos actes et vos paroles que vous prétendez au service du Rohan, vous apportez la disgrâce au prince Théodred et au Maréchal Éomer. Enfin, vous déshonorez la générosité du roi et bafouez nos alliances en portant d'horribles accusations sur notre amie Anórienne qui n'a eu de cesse de nous apporter l'espoir que vous avez été incapable de nous donner. Et vous osez vous présenter devant moi et prétendre m'apporter du réconfort ! C'est à cause de vous si je suis aujourd'hui accablée par le chagrin, abandonnée, si Théodred, votre prince, est allongé dans son lit, les yeux clos. C'est à cause de vous si mon oncle est ainsi et c'est à cause de vous si le Rohan se meurt !
La surprise ne quitta pas le visage de Wormtongue. Plus elle le regardait, plus Éowyn le trouvait laid avec ses lèvres fines et blanches et ses yeux enfoncés sous l'arcade sourcilière nue de tout poil, donnant à ses orbites une teinte violacé accentuant son teint jaune.
– Vous me voyez bien attristé d'entendre de telles choses de ma dame, finit par dire Grima en s'asseyant près du trône. Mais je devine que la douleur de la perte de notre regretté prince falsifie votre discours et votre jugement. Aussi n'en serai-je pas plus offensé. J'entends votre chagrin et votre solitude. Je vois votre ombre errante sur les murs de ce château et je sais les longues nuits où vous demeurez enfermée dans votre chambre à étouffer vos sanglots et vos cris dans vos draps. Avec votre regard froid et votre air hautain, vous prétendez ne pas montrer vos faiblesses, mais je ne suis pas dupe. Je vous sais aussi frêle que belle, jeune fille, délicate fleur qui frissonne encore d'un hiver glacial.
Éowyn aurait voulu le faire taire, mais elle ne trouva pas les mots. Parce que fond d'elle, elle savait que ce que le conseiller disait était vrai. Ses paroles étaient justes et son jugement si clair qu'il en était inquiétant. Et la dame du Rohan fut terrifiée par de ces paroles qui la dépeignaient avec une telle justesse, car elle redoutait le jour où elle ne pourrait plus que se fier qu'à elles. Ce jour où la peur s'emparerait d'elle jusqu'à la paralyser. Éowyn ne serait alors que faire, comment agir. Elle les laisserait la guider, perdue comme elle serait, oubliant peu à peu qui elle était, une vaillante dame du Rohan. Éowyn craignait le jour où Wormtongue parviendrait à faire fléchir sa volonté et fléchir sa confiance, la faisant redevenir l'enfant pleurnicheuse qu'elle avait été autrefois.
Mais pas aujourd'hui, alors que le Rohan avait perdu son prince. Aujourd'hui, il lui fallait encore être la Dame Blanche du Rohan.
D'un battement de cil, Éowyn se refit froide et son visage reprit sa dureté.
– Vos paroles sont du poison, serpent, dit-elle avec un ton âpre.
Puis elle tourna le dos au conseiller et quitta le Hall d'Or. Grima la regarda partir. Il ne dit rien. Elle avait prononcé le mot, il ne pouvait rien répliquer. Sa mâchoire se serra et il ne put que fredonner ce que personne n'osait chanter en sa présence, mais dont il n'ignorait pas moi les paroles.
Dans le hall d'or, une ombre rampe,
Sa face le soleil fait pâlir.
Allons ! Paix ! Paix ! Tais-toi serpent !
Nous empêche pas de dormir.
Chanson de taverne, comptine pour enfant, et les Rohirrim espéraient l'atteindre avec. La moquerie était ridicule et pleine de bêtise. Voilà de quoi résonner à présent la cité des vaillants fils d'Eorl, preuve de la décadence de cette Maison autrefois glorieuse, tout comme ce vieillard cloué dans son trône. Les lèvres de Grima s'étirèrent dans un ricanement. Il lui sembla loin le temps où l'on ne daignait même pas le regarder, alors qu'il marchait dans Edoras, jeune homme venu du Folde. À présent, ils ne pouvait le voir sans murmurer dédaigneusement :
Allons ! Paix ! Paix ! Tais-toi serpent !
Peu à peu, le ricanement s'emballa et se transforma en rire. Que le conseiller trouvait drôle que la seule défense de ces dresseurs de chevaux contre lui, Wormtongue : une ritournelle à peine bonne à border un enfant. Éclair de leur peur, reflet de leur impuissance, ignoraient-ils à quel point Grima jubilait lorsqu'ils les entendait chantonner ainsi. Ainsi, ils avouaient leur défaite. Ils reconnaissaient la victoire du serpent de Méduseld et de son maître. C'est comme s'ils leur remettaient le Rohan de leurs propres mains. La tâche en était ridiculement facile.
– Les fous, les idiots, les ignorants, murmura le conseiller son rire prenant de l'ampleur. Mais c'est bientôt fini.
– Grima... Grima...
Wormtongue se tut et se tourna vers Théoden. Depuis quelque temps, le vieux roi n'était plus capable de prononcer autre chose que son nom – son vrai nom. Avait-il fini par comprendre ou bien était-il désespéré au point de ne plus se fier qu'à lui ? Mais c'était pour cela que le fils de Thengel l'avait choisi des années plus tôt, pour siéger près de lui, parce qu'il avait confiance en lui. Et longtemps, Grima avait chéri cette confiance comme le pendentif autour de son cou. Aujourd'hui, que valait-elle alors que le Seigneur de la Marche n'était même plus capable de pleurer son fils. Il n'y avait donc pas de regrets à avoir de le sacrifier ainsi.
La main du roi sur l'accoudoir se souleva faiblement pour se tendre vers Grima. Ce dernier était assez fasciné par la ténacité du monarque. Parfois, il ne bougeait pas pendant des jours et soudain, il semblait retrouver sa mobilité. Bref sursaut d'un vieux guerrier.
D'un air conciliant, Grima posa sa main sur celle de Théoden et la remit à sa place sur l'accoudoir.
– Oui, c'est bientôt fini, dit-il. Bientôt, vous comprendrez et vous verrez. Tout sera bientôt terminé et je ne serai pas plus longtemps appeler serpent ou Wormtongue. Pas même par vous, Éowyn.
– Mon roi, se fit entendre la voix de Háma dans le Hall d'Or, je viens vous entretenir d'une affaire important.
Grima se retint de renvoyer le huissier. Autrefois, ce dernier ne l'appréciait pas et le voir aujourd'hui s'agenouiller devant lui et obéir à ses ordres, le faisait jubiler et l'irriter. Le soldat qui ne laissait personne lui manquer de respect et allait jusqu'au bout de ses principes, avait vieilli jusqu'à s'étouffer lui-même. Mais maintenant, il venait demander audience et, parce qu'il devait être la voix du roi, Grima ne pouvait refuser.
– Le roi et son conseiller vous écoute, huissier Háma.
Le Rohir s'agenouilla en présentant la garde de son épée
– Ce matin, peu après l'annonce de la mort de votre fils, des cavaliers se sont présentés à votre porte. Ils sont quatre et disent venir des lointaines contrées du Nord ce que confirment leurs vêtements. Ces étrangers pourtant se sont présentés à nos portes sur des chevaux que nous avons reconnus comme étant les nôtres. Ils disent apporter aide et conseil au roi et demande audience.
– Assez huissier, le fit taire d'une voix calme mais ferme le conseiller. Un grand chagrin est sur notre roi qui ne désire certainement pas recevoir des étrangers venus des royaumes reculés du Nord.
Alors que Wormtongue parlait, Háma ne le regarda pas. Et lorsqu'il répondit, il ne fit rien entendre dans sa voix qui laisserait deviner qu'il s'adressait au conseiller. Ce dernier fit mine de ne rien avoir remarqué, mais il était amusé par la pitoyable tentative de l'huissier de remettre en question son autorité. En voilà un qui savait mieux manier son épée que sa langue.
– Mon roi, ils sont quatre. Un homme, un elfe, un nain et un magicien vêtu de gris qui monte, sans bride et sans selle, un cheval aussi blanc que la neige. Les gardes l'ont reconnu : c'est Gripoil. Le magicien a affirmé qu'il ne repartirait pas sans vous avoir vu.
Il y eut un temps de latence durant lequel Grima se souvint des paroles qu'on lui avait dites au sommet de la Tour de Fer. Elles lui parurent alors prophétiques.
– Ainsi, ce voleur de Gandalf vient rapporter l'objet de son larcin en nous ramenant Gripoil, seigneur parmi les chevaux, murmura-t-il pour ne pas que le Rohir l'entende, avant de reprendre plus haut : faites-les entrer, huissier Háma. Mais qu'ils ne pénètrent pas dans la demeure de notre roi armés. Prenez-leur leurs armes à la porte du château. Surtout le bâton du magicien ! Qu'il n'entre pas avec.
Et alors que Háma quittait Méduseld après s'être une dernière fois incliné devant son roi, Wormtongue siffla confiant :
– Tout sera bientôt fini.
•••
Il y avait 7 ans que Frána avait connu la mort, le jour où sa mère avait laissé refroidir sa douceur et sa beauté dans son lit. Il lui sembla ne pas avoir pleuré pour qui que ce soit depuis. À présent, ses larmes se ruaient sur ses joues, lourdes et brûlantes comme la lave.
L'Anórienne pleura Théodred comme elle avait pleuré sa mère, sept ans auparavant, mais en silence et immobile. Figée ainsi, la tristesse restait à l'intérieur d'elle et ne hurlait pas dans sa tête avec force et fureur, à un tel point que la cavalière finirait par se jeter sur la porte de sa chambre, tambourinant pour qu'on la laisse sortir.
L'Anórienne avait hurlé lorsqu'on lui avait annoncé que sa mère était morte. Ses cris avaient fait ployer ses fortes jambes de cavalière. Ses larmes jaillissaient de ses yeux et mouillaient le sol du château de Cair Andros, le bruit de leur chute y retentissant dans un écho funèbre. Avec les cris de douleur, l'écho était devenu une oraison déchirante. Mais, aussi forts et désespérés furent–ils, ses cris n'avaient point fait taire le long poignard qui s'enfonçait dans son coeur, tuant l'enfant qui y habitait encore.
L'on est enfant que lorsqu'on a encore des parents pour nous le rappeler. Frána avait enterré le seul qui ai jamais pris soin d'elle.
Un nouveau pleur lui étreignit la gorge et elle pensa à Théoden sur son trône, tandis que son fils reposait dans son lit. Elle se dit que ce genre de chose ne devrait pas exister. Que le deuil est une maladie qu'on réserve aux enfants. Elle se demanda si le vieux roi pleurait aussi l'héritier qu'il venait de perdre, qui était mort pour lui, parti sans que son père n'ait pu l'embrasser une dernière fois. Verra-t-il le corps ? Son esprit comprendrait-il jamais la tragédie qui venait de mettre fin à la lignée des descendants de Fréalaf ? Ou le monarque demeurait-il à jamais immobile dans son trône, attendant que son mal ait fini de le ronger, comme le vieil arbre qui se dresse fièrement en hiver, ignorant que ses feuilles sont tombées depuis longtemps ? Frána essaya d'imaginer les mots que susurrait Grima à son oreilles, ses doigts pressant la main abîmée du roi du Rohan pour lui interdire de trembler. Mais elle n'avait pas l'intelligence, ni la sagacité du conseiller et il lui semblait qu'aucune langue ne soit assez agile et fourchue pour oser parler dans cet instant où le monde s'écroule en restant debout. Que faut-il dire à un père qui vient de perdre son fils ?
Et que dirait Frána lorsqu'on viendra lui demander si elle s'était tenue près du roi à ce moment-là, comme Mithrandir le lui avait fait promettre. Théodred, prince du Rohan, était tombé, le royaume entier chancelait, et la conteuse d'histoire demeurait cachée entre les quatre murs de sa chambre. Son échec était cuisant parce qu'il était tragique
Soudain, la porte s'ouvrit. Et aussitôt, l'Anórienne se releva pour accueillir son visiteur.
Sans frapper, le soldat entra d'un pas pressé au son métallique si propre à son statut et à son accoutrement. Alors Frána reconnut Háma et le salua d'un signe de tête polie :
– Huissier Háma...
Presque aussitôt, comme entraîné par sa respiration qu'une marche précipitée avait mené jusqu'ici, le soldat lui rendit son salut et s'inclina :
– Frèond min/mon amie, il vous faut venir auprès du roi au plus vite. Il vous faut le voir de toute urgence.
Frána fut surprise par ses paroles qui venaient la trouver au fin fond de son emprisonnement. Mais elle ne s'en réjouit pas trop vite
– Que dis-tu là, Háma ? Es-ce le conseiller ? Ou bien prêtes-tu au roi des paroles qu'il n'aurait pas prononcé ?
– Grâce à Eorl, s'exclama le Rohir, vous vous tromper, frèond min ! Ce sont bien les paroles de Théoden que je vous transmets là. Ce matin, trois cavaliers et un vieillard en haillons se sont présentés à Méduseld. Le roi et son conseiller les accueillirent, mais ce dernier leur parla d'une façon fort peu courtoise. Le vieillard le fit alors taire d'un mouvement du bâton qui lui servait pour marcher et Wormtongue recula. Puis le vieillard fit tomber son manteau gris pour découvrir des habits d'un blanc si lumineux que toute la salle s'en retrouva illuminée. Il s'avança alors vers notre roi. De sa fourbe langue, Wormtongue cria qu'il ne fallait pas le laisser faire et quelques-uns de nos hommes se jetèrent, envoûtés par ses paroles, sur l'étranger. Mais les trois cavaliers qui accompagnaient le visiteur les repoussèrent avec force car l'un possédait la robustesse des Nains, l'autre l'agilité des Elfes et le dernier la hargne des Rôdeurs du Nord.
– Quel conte me racontez-vous là ! soupira Frána dont tout le corps était tendu par le récit de Háma.
– Ensuite, le vieillard en blanc parla à notre roi et lui dit ceci : « Et maintenant, Théoden, fils de Thengel, levez-vous. Tout n'est pas sombre. Prenez courage, Seigneur de la Marche. Trop longtemps êtes-vous resté et avez-vous ajouté foi à des contes pervertis et à des instigations tortueuses. » Il y eut alors un silence où rien ne bougea. L'étranger regardait notre seigneur qui le regardait en retour. Puis, soudain, celui-ci éclata d'un rire horrible, irréel, qui semblait sortir du plus sombre des endroits et répondit au vieillard : « Vos paroles sont inaudibles ici. Le Rohan est à moi et vous n'y avez aucun pouvoir. » Puis, le roi recommença à rire. Alors, l'étranger leva son bâton et cria : « Sortez Saroumane ! Je libère Théoden et le Rohan de votre maléfice ! Disparaissez ! » Et le rire se tut. Le roi poussa un long soupir et s'effondra dans son trône. Ici accourut Éowyn qui vint le soutenir pour ne pas qu'il tombe. Théoden leva alors son regard vers elle et l'on vit la vieillesse, la fatigue et la peine quitter son visage qui retrouva son éclat d'antan.
Ces mots furent suivis d'un bref silence, comme ce qu'on laisse durer à la fin des fables et des contes pour ne pas briser l'enchantement qu'ils faisaient naître. Frána sentit cet enchantement rentrer en elle et soulever tout son être. Il lui sembla que son coeur se gonflait dans sa poitrine, chassant toutes les craintes et les peurs qui l'étreignaient. Elle voulut sourire, mais n'osa jusqu'à ce que Háma ne reprenne :
– Théoden s'est réveillé, Frána. Gandalf, le Pèlerin gris, est venu sur le cheval, Gripoil, vêtu d'un habit de neige et l'a délivré de son mal. L'obscurité a quitté Méduseld. Le Rohan est sauvé et j'ai accouru pour vous l'annoncer.
– Il aurait fallu que vous commenciez par là, frèond min, finit par dire Frána. Quel soulagement pour le peuple du Rohan et pour moi.
Dans un transport de joie, elle alla pour étreindre le Rohir et demanda :
– Où est le roi à présent ?
– Après son réveil, il a aussitôt ordonné qu'on ouvre les portes pour laisser le vent entrer.
Il sembla effectivement à cet instant que l'air s'était remis à chanter dans les couloirs du château.
– Amenez-moi auprès de lui, Háma, mon ami. Que je puisse à mon tour contempler cette lueur d'espoir.
Ce fut en courant que l'Anórienne sortit de sa prison.
•••
Les portes de Méduseld s'ouvrirent et le vent entra dans le château en sifflant. Théoden reçut cette bouffée d'air et l'accueillit en lui avec un plaisir retrouvé. Alors, il lui sembla que sa force revenait. En ce moment qui accompagne le réveil, le roi du Rohan sentait qu'il était de nouveau capable de supporter la lourde charge qui était la sienne, d'accomplir le devoir que ces ancêtres lui avaient légué. Son regard balaya la salle agenouillée devant lui et s'arrêta sur chaque visage comme pour prendre le temps de reconnaître chacun d'entre eux.
Alors qu'il regardait ses hommes et sujets, le roi du Rohan finit par rencontrer les trois inconnus. Ils portaient des vêtements d'apparence gris, mais qui devaient être d'une autre couleur sous la couche de poussière et de terre. Puis, Théoden se tourna vers l'homme le plus proche du trône. En dépit de son manteau qui était devenu blanc, le Seigneur de la Marche le reconnut.
– Gandalf, dit-il à la fois pour le saluer et pour le remercier.
– Heureux de vous retrouver, Théoden, Maître des Chevaux, sourit le vieux magicien. Votre ancienne force vous est maintenant revenue et n'est plus endormie par la malfaisance de Saroumane. Avancez-vous à présent, Seigneur de la Marche, et que votre main soulève avec noblesse de votre sang votre épée si longtemps délaissée.
Le roi se fia à ces paroles et descendit de l'estrade, soutenu par Éowyn. Aussitôt, accourut Gameling qui, voyant son seigneur réveillé, était parti chercher sa lame afin de pouvoir la lui tendre lorsqu'il la réclamerait.
Théoden regarda son épée, Herugrim, comme si la voyait pour la première fois. Il approcha ses doigts et l'effleura. À ce moment, le pommeau où se croisaient deux têtes de chevaux élégamment forgés, étincela, reconnaissant le toucher de son propriétaire. Le fils d'Eorl le saisit alors dans sa main et le tira délicatement hors du fourreau. Lorsqu'elle fut complètement sortie, la lame lui sembla lourde et il crut qu'il allait la lâcher. Mais cette impression s'évanouit et le roi du Rohan leva devant lui l'acier qui l'avait accompagné à travers tant de bataille. Il y vit son reflet et fut à la fois terrifié et soulagé de voir que l'âge ne le marquait pas et ne l'affaiblissait pas autant qu'une voix le lui avait fait croire. Une voix chuchotante et sifflante.
Soudain, tout disparu pour Théoden. Le vent qui soufflait dans le Hall d'Or, la douceur de la main d'Éowyn, la présence de Gandalf prés de lui, la chaleur de son épée revenue dans sa main. Ne resta qu'un sentiment noir qui se mit à gronder doucement. Son visage se durcit et Théoden tourna son regard vers l'homme en qui il avait placé sa confiance. Son conseiller, l'instigateur de ses sombres pensées.
Grima s'était reculé dans un coin prés d'une colonne. Voyant les yeux de son seigneur briller d'une lueur pétrifiante, il s'immobilisa comme l'animal qui vient d'apercevoir l'ombre de son traqueur. Il resta ainsi quelques instants, figé, ne sachant que faire. Son front pâle luisait dans la lumière de Méduseld, ses lèvres soudain muettes tremblotaient et ses yeux frémissaient dans leurs orbites. En lui semblait se dérouler un affreux dilemme entre détaler au plus vite, espérant que personne n'aurait l'idée de le poursuivre, ou rester et faire face à son roi.
Le serpent en lui choisit de siffler une dernière fois.
– Cher seigneur, votre serviteur est bien heureux de vous voir vous lever et marcher de nouveau. Je craignais que...
– Faites silence maintenant, conseiller ! le fit taire Théoden d'un ton impérieux. Vos chuchoteries ont assez duré et il serait peut-être mieux pour vous que je ne les entende plus.
Une colère sourde grondait dans la voix du roi qui résonna dans le Château d'Or comme le tonnerre, faisant reculer Grima jusqu'à ce qu'il se retrouve bloqué par la colonne derrière lui. Ses pupilles étaient dilatées par la terreur. Néanmoins, il n'était pas résigné à se taire, car, beau parleur qu'il était, agiter sa langue lui paraissait la meilleure chose à faire.
– Hélas, seigneur ! C'est ce que je craignais : le sorcier vous a ensorcelé.
Gandalf dont le regard était aussi sévère que celui du roi, ne se laissa pas insulter ainsi par un domestique et répliqua d'une voix méprisante :
– Si ensorcellement il y a, maître Wormtongue, il n'est pas de moi. C'est vous-même qui l'avez introduit ici, dans cette maison que vous deviez servir, vil serpent.
– Vous mentez, siffla Grima qui avait frémi lorsque le magicien avait prononcé son surnom.
– Silence ! tonna Théoden.
Aussitôt, le conseiller revint sur le roi du Rohan. Le visage de ce dernier était dur et empreint d'une colère telle qu'elle le faisait paraître comme un loup juste avant qu'il n'attaque sa proie.
Malgré la peur qui lui étreignait la poitrine, Grima rouvrit la bouche pour parler, mais Théoden en avait assez entendu.
– Jetez-le dehors ! ordonna-t-il à Gamelin.
– Non ! supplia le conseiller alors que le Rohir et un autre soldat s'approchaient de lui.
– Dehors ! cria le roi pour ne pas l'entendre. Hors de ma demeure !
El alors que les deux Rohirrims tendaient leurs mains pour se saisir de lui, Grima bondit sur le côté pour s'enfuir. Gamelin ne se laissa pas berner et l'attrapant, il lui flanqua un coup de poing dans le ventre pour l'empêcher de se débattre. Le serpent cracha un gémissement pathétique, tandis que, sous le regard de Méduseld, les deux Eorlingas le traînèrent jusqu'à l'extérieur où ils le jetèrent, sans ménagement, dévaler les escaliers du Château d'Or. Le conseiller roula le long des premières marches avant de s'immobiliser non sans de nouveau gémir de douleur.
En bas, Edoras s'arrêta soudain en voyant la scène qui se déroulait à l'entrée du château. Suivi de sa cour, de Gandalf et des trois cavaliers, Théoden sortit de Méduseld, son épée toujours à la main, et descendit lentement les quelques marches qui le séparaient de celui qui l'avait trahi.
Le soleil du Rohan faisait transpirer et cligner des yeux Grima sans que ce dernier n'osât les détourner du roi.
– Miséricorde, seigneur ! implora-t-il tout en rampant sur les dernières marches des escaliers de pierres. Ayez pitié de quelqu'un qui s'est usé à votre service.
– Vous et votre science médicale m'auraient bientôt réduit à marcher à quatre pattes comme les bêtes, vociféra Théoden désormais sourd à tout, sauf à sa rage.
Maintenant, il était presque au-dessus de Wormtongue, tandis que autour d'eux, Edoras et Méduseld demeuraient immobiles, spectateurs impuissants du châtiment de leur roi.
Herugrim refléta un rayon du soleil qui vint aveugler Grima.
– Laissez-moi rester à vos côtés, supplia-t-il dans un dernier lâche espoir de traître.
Il y eut un temps où le roi du Rohan sembla hésiter. Puis, dans un éclat de fureur, il saisit son épée à deux main et la souleva pour la brandir au-dessus du serpent qui se recroquevilla de terreur pour attendre le aurait hurlé s'il en avait encore le courage :
– Nese hlæford min !/Non mon seigneur !
La voix qui s'éleva alors figea l'instant comme si elle eut été dotée d'un pouvoir particulier. L'épée du roi toujours brandie au-dessus de sa tête, resta immobile, le soleil miroitant sur sa lame et Théoden ne bougea plus. La voix qui avait parlé n'était pas celle de Grima, ou de Gandalf, ou d'Éowyn. Elle était pareille aux cris du vent des pics des Montages Blanches, forte et claire, et dissipa d'un souffle la colère imprégnant son bras pourfendeur au-dessus de son conseiller, le changeant un statut un court moment. Suffisamment court pour laisser le temps à sa propriétaire de descendre les dernières marches la séparant du Seigneur de la Marche, après qu'elle se soit précipitée du haut de l'escalier emportée par la conviction de son cri.
– Non, hleæford min, répéta Frána en passant près du vieux roi. Vous n'avez pas à faire ça.
Une lueur se ralluma dans les yeux de Théoden lorsqu'il vit l'Anórienne et cette dernière put y voir la silhouette d'un souvenir lointain et heureux. Elle sourit et continua d'une voix ferme, l'ombre de la pointe de Herugrim obscurcissant toujours la chevelure dorée du fils d'Eorl :
– Hlæford min, longtemps vous êtes resté endormi, rendu sourd par des paroles charmeuses. Longtemps, le Rohan a souffert de ces obscurs murmures et de votre silence. Beaucoup de choses ont été perdues, mais d'autres sont encore à affronter. J'ignore les mots que Grima vous a susurrés et le ton vicieux avec lequel il endormait votre esprit et votre hargne et ils ont infligé d'affreux maux à votre royaume.
Tout en parlant, Frána passa devant le roi du Rohan et se mit entre lui et son conseiller. Elle ignorait ce qu'elle faisait, mais savait ce qu'elle disait. Son regard ne se détourna pas de Théoden, rendant Edoras autour d'elle, flou, comme appartenant à un autre monde.
– Mais votre réveil est un soulagement. Il me redonne espoir, car j'ai crains pour vous et votre peuple. Je sais que votre sagesse saura guider le Rohan dans la nuit qui plane sur lui. Mais prenez garde à votre colère. Elle pourrait vous apporter malheurs et regrets. Aussi seigneur, vous supplierai-je de ne point tuer cet homme, tout traître et perfide fut-il avec vous et votre royaume, et de ne point le renvoyer à celui qui est maintenant votre ennemi.
L'Anórienne savait que le traitre en question, rampant dans son dos, n'ayant pas la sage d'écouter son plaidoyer, gardant espoir de pouvoir échapper au courroux du roi. Elle ne prit pas la peine de se retourner et continua :
– Oui, il est un traître et un rusé, mais c'est votre conseiller le plus proche. Songez que Saroumane saura user de lui contre vous une nouvelle fois et pensez ce que vos terres auraient alors à souffrir. Votre colère s'apaiserait peu à peu et votre sagesse reprendrait ses droits. Ne laissez pas à Isengard l'opportunité d'assouvir sa soif de ravage et de sang. Gardez ce traître auprès de vous, car c'est là qu'il vous sera le plus utile et le moins nuisible. Enfin, ne le frappez point de votre lame, ne le tuez point, hlæford min.
Peu à peu, l'épée s'abaissa hors de portée de Frána et de Wormtongue qui se redressait lentement, les yeux à présent écarquillés par autre chose que la peur. L'Anórienne sentit que ses mots résonnaient à présent clairement à l'oreille du roi, qu'il l'entendait et qu'il commençait à comprendre ce qu'elle voulait lui dire.
– Beaucoup de sang a été versé, vous pouvez mettre fin à cela. Certes en vous trahissant, cet homme a bafoué la confiance que vous avez mise en lui, mais cela ne le rend pas moins Homme : il est l'un des nôtre, de notre race.
La pointe de Herugrim toucha la pierre des marches aux derniers mots de Frána, sonnant le glas. Les secondes qui suivirent, l'Anórienne ne parla plus et regarda Théoden qui ne l'avait pas quittée.
Au début, elle avait craint qu'il ne la reconnaisse pas. Mais ces yeux s'étaient peu à peu remplis de bienveillance et de chaleur. La cavalière avait alors su que le roi du Rohan était de retour, enfin.
Le fils d'Eorl regarda longtemps encore l'Anórienne, ses paroles se répétant à l'infini dans ses oreilles. Puis il jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule pour voir Wormtongue qui commençait à s'agiter. Le traître se figea dés qu'il aperçut les yeux de son roi sur lui, craignant que le moindre geste ne rappelle l'épée au-dessus de sa tête. Son visage était étrangement tiré. Ses traits hésitaient entre la surprise, le soulagement, la méfiance ou la peur, lui conférant un masque bizarre, jauni par le soleil sur sa peau pâle, transpirant.
Puis le roi laissa son regard vagabonder autour de lui, à travers Edoras, la cité de ses ancêtres. Les visages étaient tournés vers lui, en attente, silencieux, respectant avec loyauté ce qu'il déciderait de faire. Son peuple était là, autour de lui, heureux d'avoir retrouvé son roi et prêt à le suivre dans ses choix. Théoden se souvint alors, à travers ses regards sur lui, celui qu'il avait été, celui dont le Rohan avait maintenant besoin, plus que tout.
Alors, il parla comme il avait parlé autrefois, il a bien longtemps, avant que les ténèbres ne s'emparent de lui :
– Je reconnais ta voix, Frána fram Sunlendig, et la sagesse de tes mots trouve le chemin de mon coeur comme autrefois. Tes paroles sont avisées et raisonnées, et ton geste est courageux et digne de respect, car tu te dresses devant un homme dont nul n'ignore les vices. Un homme qui a propagé le malheur autour de lui, un malheur qui t'as touchée toi aussi, amie du Rohan. Je pourrais craindre que tu te sois laissée emportée par la bêtise en protégeant ce traître de ma colère. Mais tu as parlé avec sens au sujet de Saroumane et de l'ombre planant sur mon royaume. Alors je me fierai à tes paroles et conseils, car tu as toujours été une amie fidèle.
Il leva alors son épée et de sa pointe toujours illuminée par le soleil, il désigna le conseiller toujours tapi derrière l'Anórienne. La peur s'empara alors du visage de ce dernier, tandis que Frána se tournait vers lui pour la première fois depuis qu'elle s'était dressée entre lui et le roi.
– Je ne frapperai pas ce traître et ne le renverrai pas, dit Théoden d'une voix où perla le mépris laissant deviner que cette décision n'était pas prise sans regret. Quant à sa mort, je ne peux que promettre qu'il ne la trouvera pas par ma lame.
Ici, il s'avança vers son conseiller, l'épée toujours en avant. Le soleil dans son acier se refléta un instant dans les yeux pâles de Wormtongue. Aussitôt, ce dernier se releva et bondit en arrière comme pour éviter une attaque. Alors que Frána fit un geste vers lui pour l'arrêter, il cracha en direction de sa main. Le vent emporta le postillon au loin, alors que Grima s'enfuyait dans les escaliers. En bas, les Rohirrims s'écartèrent pour le laisser passer, personne n'osant arrêter l'homme qui les avait pendant si longtemps terrorisé. Mais le roi avait pris sa décision.
Théoden se tourna alors vers son huissier resté sur la terrasse de Méduseld prés de Éowyn et ordonna :
– Háma, rattrapez mon conseiller. Empêchez-le de s'enfuir et assurez-vous qu'il ne fasse de mal à personne d'autre. Puis, amenez-le au château et enfermez-le aux cachots. Il y restera jusqu'à ce que j'en décide autrement ou que la mort ne vienne l'y chercher.
Lorsque le Rohir s'exécuta aussitôt, entraînant deux soldats avec lui à la poursuite de Wormtongue.
Lorsqu'ils eurent traversé la foule qui s'était rassemblée prés des escaliers du Château d'Or, une voix y monta et clama : « Théoden häl /Salut, roi Théoden ! » D'autres reprirent son cri, puis Edoras s'agenouilla face à son roi, saluant son retour. Théoden les observa un temps avant de se pencher vers Frána, qui les avait imités.
– Relevez-vous mon amie. Le temps de la crainte est passé.
L'Anórienne se leva et Théoden la prit aussitôt dans ses bras, la serrant contre lui.
– À présent que l'on me dise où est mon fils que je puisse l'embrasser, dit-il heureux à l'idée de revoir enfin son fils.
Mais il sentit le corps de Frána se raidir. Il vit son regard triste lorsqu'elle s'écarta pour laisser Éowyn qui avait descendu les marches, le prendre délicatement par les épaules pour le mener à l'intérieur. Il comprit alors. Il ne dit rien. Il ne pleura pas. Le soleil quitta son épée.
Alors que le roi du Château d'Or rentrait dans sa demeure, des cris parvinrent de l'écurie, assurant que Háma avait réussi à rattraper Grima à temps.
Ce fut long et dur – autant pour vous que pour moi ^^
Ça faisait très longtemps que je ne vous avais pas donné de nouvelle – croyez bien que j'en suis navrée et que vous m'avez bien manqué. Je croyais réussir à gérer mes études suffisament bien pour pouvoir écrire de façon assez régulière – pff ! naïve Terminale L !
J'ai donc bien râmer pour trouver le temps de rédiger ce chapitre, le fait que certaines scènes posaient quelques soucis n'a pas arrangé les choses. Parce qu'on rentre dans la trame originale de notre cher Tolkien et de son oeuvre.
Je ne doute pas que si vous êtes ici, c'est que vous avez déjà dû lire une ou deux (ou deux cents) fics reprenant la trilogie de LotR avec les scènes des films de P.J. Aussi je tenais à ne pas me contenter de copier bêtement son travail – d'autant que l'arrivée de Gandalf à Méduseld dans le roman mérite de retrouver ses lettres de noblesse. J'ai fait de mon mieux pour mélanger les deux, histoire qu'il y ait un semblant d'originalité ^^ À vous de juger :)
Je suis consciente que ce chapitre pose plusieurs questions – c'était le but ^^Néanmoins, je ne peux vous promettre que vous trouverez des réponses au plus vite : je peux tout au plus vous confier le maigre espoir que j'ai de pouvoir écrire pendant les vacances – enfin, on verra bien...
En attendant, courez voir 'The Hobbit 3' et pleurez un bon coup devant cette ultime perle que nous offre notre très grand P.J – on n'oubliera pas ce que t'as fait pour nous, Peter !
Ferthü mine frèondas häl !
skya.
