Lundi :
Le lendemain matin, Harry se leva à nouveau dans le lit de Séverus. Il se promit que c'était la dernière fois : certes il était confortable, spacieux mais il était tellement grand qu'il n'arrivait pas à le réchauffer, il n'y était pas à sa place.
Il se leva et vit que le vampire n'était pas dans la salle, mais le tableau était ouvert. Il trouva Séverus à son bureau, massacrant des copies à coup d'encre rouge. Généralement, c'est ce que subissait la sienne : il recevait son parchemin barré un trait diagonal avec, dans la marge une bulle carmin. Secrètement, il avait toujours admiré le talent de son professeur pour tracer des lignes parfaitement droites. L'habitude certainement.
- Pauvres copies. Qu'ont-elles fait pour que vous les martyrisiez ainsi ?
- Nous sommes lundi.
Lundi. Il n'avait pas réalisé. C'était la reprise des cours. C'était subir le regard des autres. C'était s'éloigner du vampire.
Cette dernière constatation était la pire.
- Combien de temps peut tenir un calice loin du vampire ?
- Cela dépend de lui.
« Alors pas longtemps. Combien de temps ai-je tenu hier ? Une heure ? Peut-être une et demi ?…
Et ce matin, combien ai-je d'heure de cours aujourd'hui ?
Trois. »
- Cela ira ?
« Il faudra bien… » soupira intérieurement le jeune homme.
- Pourrais-je venir vous voir à midi ?
- Bien sur.
- Alors oui, je tiendrai le coup, assura-t-il d'une voix qu'il espérait convaincante.
Mais le vampire sentait son inquiétude.
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Quand il entra dans la Grande Salle aucun regard ne se tourna vers lui. « Peut-être ont-ils enfin compris ?… » Il auraient presque été heureux si seulement les élèves ne lui avaient pas jeté des coups d'œil à la dérobé alors qu'il traversait la salle.
« De mieux en mieux : maintenant ils se cachent… S'ils se croient discret, ils se trompent lourdement… Mais enfin ils ne peuvent pas se retenir !? Non. C'est donc maladif chez eux. »
Il s'installa à côté de ses amis et Ron lui demanda :
- Alors, tu as survécu à tes deux parrains ?
- Oui après explications houleuses, colère et excuses, ils ont fini par accepter.
Le rouquin se tourna vers Neuville et lui déclara joyeusement :
- Cela fera dix mornilles.
- Mais tu avais dit contre un chien et un loup-garou enragés… objecta ce dernier.
- Oui, mais je n'avais pas préciser que c'était ses deux parrains…
Harry le regarda, surpris et amusé puis il fit, faussement dramatique :
- Cela fait des paris malhonnêtes dans mon dos et cela se dit être mon meilleurs ami ?…
- Comprends moi, Harry : panne sèche de Chocogrenouille. J'étais desepéré…
- Ron et les Chocogrenouilles, une grande histoire d'Amour… sourit ce dernier.
- …Et je m'amuse comme je peux quand mon meilleur ami n'est pas là.
Cette fois, la voix était teintée de reproches.
« Ron va mal prendre le fait que je quitte le dortoir. Surtout que je serais dans les appartements de Séverus. Peut-être pourrais-je leur montrer le lieu ? Non, ils ne comprendraient pas pourquoi je suis attaché à cette tour en ruine. Devrais-je leur expliquer que je n'ai jamais eut de coin à moi ? Non, cela nécessiterai que je leur éclaircisse mes onze première année de ma vie et cela je ne veux pas. Ces souvenirs là sont bien mieux tapit dans le fond de mon esprit, jamais remués, jamais touchés.
Même s'ils viennent te visiter, la nuit ?
Oui, même s'ils me hantent… »
Harry préféra changer de sujet :
- Hermione, je voulais te demander, de quelle couleur est l'absinthe ?
- Verte, bien sur.
- Encore cette couleur, murmura Harry, entre ses dents.
- Tu ne l'aimes pas ? l'interrogea son amie.
- Trop Serpentard, se contenta-t-il de répondre.
- Pourtant, c'est la couleur de tes yeux, remarqua la jeune fille en le fixant.
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La première heure de cours fut supportable. Avec ses amis, il redécouvrit ses petits problèmes à deux sous, il redécouvrit qu'il avait droit d'être un insouciant jeune homme de dix-sept ans. Chose qu'il oubliait souvent ces derniers temps.
A la deuxième heure, cela se corsa, l'angoisse monta en flèche en lui. Ron se pencha même vers lui et lui murmura :
- Harry, arrêtes avec tes mains.
Il posa un regard surpris sur son meilleur ami :
- Depuis tout à l'heure tu les tords tellement que cela me fait mal.
Il les observa et vit ses jointures blanchies, sa peau couverte de traces d'ongles.
La troisième heure fut un supplice. Il était incapable de se concentrer, ses yeux déviant inexorablement vers la fenêtre que les nuages traversaient lentement, vitesse escargot.
La sonnerie retentit comme une délivrance. Il sauta sur ses pieds et s'apprêta à quitter la pièce mais une main couverte de tâches de rousseur le retint :
- Tu vas le retrouver, n'est-ce pas ?
Le jeune homme hocha simplement de la tête.
- Harry, on ne te voit plus. Ce matin, au petit déjeuner, tu apparais, maintenant tu disparais à nouveau… Et même quand tu es là, tu es absent. Qu'est devenu mon meilleur ami ?
- Je suis devenu calice, voilà ce qui m'est arrivé, Ron ! Regardes mes mains : elles tremblent… Expliques-moi pourquoi ?!… Non, tu ne le peux pas parce que tu ne l'a jamais ressentit, ce sentiment qui me dévore : l'angoisse… Crois-tu que c'est agréable pour moi ?! Je suis adicte comme un camé qui cherche drogue ! J'ai besoin de lui à en avoir mal ! Alors, avant de critiquer, vien dans ma tête ! Trouve un remède !
Harry se tut, reprenant son souffle, puis il murmura :
- Moi, je n'en ai qu'un.
Et il partit. Il ne vit pas qu'une ombre le suivait, quand il fut dans un couloir désert, il s'effondra contre le mur : « Qu'ai-je encore fait ?
"J'ai hurlé sur mon meilleur ami. J'ai ai hurlé sur Ron alors qu'il m'exprimait simplement son inquiétude. Il a raison : je ne suis plus moi-même. »
Il entendit quelqu'un applaudir derrière lui :
- Alors là, Potter, bravo. Jeter la Belette comme tu l'as fait était grandiose. Dommage que tu ne sois pas resté pour voir la douleur se peindre sur son visage. Je te respecte presque pour ce moment délectable.
Soudain Malefoy fut devant lui :
- J'ai bien dit « presque ».
Harry l'ignora : parler ne serait qu'attiser sa haine. Il chercha sa magie en lui, mais ne la trouva pas.
- Tu restes silencieux et tu dois sûrement te mordre les lèvres de cette manière si sensuelle que tu as de le faire. Dis-moi, tu as perdu ta langue ou tu as retenu ma leçon d'hier ?…
- …
- Hum… J'aime te voir m'obéir. J'aime te faire taire, car tu t'es tut, n'est ce pas ? Tu ne lui a rien dit… Non, tu es trop fier. Et tu as honte, honte de ne pas m'avoir repousser, honte de t'être laissé toucher par un autre.
« Oui, j'ai honte. Oui, je m'en veux. Et contre cela, ma magie ne peut rien faire. »
- Depuis hier, tu m'as manqué. C'est incroyable comme je tiens à toi. A ton corps. A ton sang. Il a une odeur particulière, le sais-tu ? Douce, pure et chaude. Oui, il y a de la chaleur en toi, plus qu'en les autres. C'est peut-être pour cela que tu m'attires comme un papillon.
Il se tut quelques instant puis il leva sa main blanche pour caresser la joue de Harry :
- Ne me touche pas.
Il reçut un coup de poing dans le ventre et sentit un de ses os craquer. Face à la douleur, il ne put retenir un gémissement étouffer par une main sur sa bouche.
- Chuuut. Tu ne voudrais pas qu'on t'entende, n'est-ce pas ?
Les doigts de Malefoy sur ses lèvres le brûlaient plus qu'un crucio.
- Ton sang s'affole. M'excite. Il a toujours eut cet effet sur moi. Et toi, tu ne trouvait rien de mieux que d'en perdre un peu plus à chaque match, pour me provoquer.
Un autre coup s'abattit, il sentit immédiatement le sang lui venir à la bouche et il se mit à tousser de manière incontrôlable. Malefoy avait arrêté de le regarder, il fixait sa main qui était quelque instants plus tôt sur la bouche d'Harry : rouge. Le jeune homme brun glissa le long du mur, secoué par une violente quinte de toux.
- Intéressant…
Des lèvres bleues se posèrent sur les siennes, carmins, et une langue vint essuyer ce liquide qui l'écœurait. Maintenant il avait l'impression de comprimer un brasier dans sa poitrine, mais le brasier serait étouffé car il ne pouvait respirer.
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Toute la mâtinée, le vampire avait sentit un vide se creuser en lui et il avait aussi sentit l'angoisse de son calice monter. Il avait résisté pour deux, maintenant, il lui fallait sa drogue !
D'où venait cette brusque colère ?
« Harry, calmes-toi et viens… »
Mais de longues minutes plus tard, il n'était toujours pas là. Ses émotions se transformèrent, devinrent plus profondes, comme déjà ancrées en lui, plus douloureuses aussi. Beaucoup plus douloureuses. Ce n'était pas de la douleur, c'était de la souffrance, quelqu'un le blessait. Il se jeta hors de son bureau, essayant de se remémorer le dernier cours d'Harry. Finalement, il arriva devant la salle d'histoire de la magie où il y avait Weasley, Granger… Mais pas son calice.
- OÙ EST-IL ?
- Il est partit…
Il ne l'écoutait plus : un délicieuse odeur de sang lui parvenait. L'odeur d'Harry. Il laissa ses pas, martelant le sol, être guidé par elle et il trouva Malefoy embrassant son calice. Du sang coulait entre eux.
A cette vue, il perdit contrôle, son instinct prit le dessus. Il avait touché son calice. Il avait fait du mal à son calice. Il allait le tuer. Il se jeta sur le jeune vampire et les coups pleuvaient sur lui, mais il ne se défendait pas : obsédé par le sang d'Harry, il ne s'était jamais nourrit correctement et, bien qu'il vint d'en boire, il restait faible.
«Vas-y, frappes. Avec un peu de chance, je ne me réveillerais jamais, demeurant éternellement entre la vie et la mort. Quelle douce perspective n'est-ce pas ?
Si je ne peux pas l'avoir, je veux quitter ce monde qui m'est un enfer. »
Sa colère noire fut percée d'un timide murmure :
- …Séverus… Non…
Le vampire suspendit son poing et Harry ferma les yeux : il avait retenu le vampire, peut-être avait-il sauver Malefoy, mais surtout, il avait sauver Séverus. Maintenant, il avait fait son boulot, il pouvait s'endormir.
