Philippe sortit des quartiers de sa femme avec un sourire satisfait. Il avait beau avoir rempli plusieurs fois cette formalité, il préférait s'assurer que tout était bien acquis, compris. Et effectivement, c'était le cas. Alors il pouvait vaquer à ses occupations. Il y avait encore beaucoup à faire…

Olympias soupira en passant devant son miroir. Ses doigts fins et aimants passèrent dans les cheveux de son garçon. Il devait être le seul dans tous le palais à ne pas être transporté d'allégresse en ce jour. L'année s'était écoulée bien trop vite au goût d'Héphaïstion. Aux yeux d'Alexandre elle avait été bien trop longue…

_ Alexandre prendra soin de toi, promit la reine.

Par le miroir devant lequel elle l'avait installé, Héphaïstion lui adressa un regard terne, absolument pas convaincu. Ce n'était pas tellement qu'il n'avait pas confiance en lui… Non, il connaissait son sens du devoir… C'était ça qui lui faisait le plus peur. D'ailleurs Alexandre n'était pas le seul à avoir des devoirs, des obligations…

_ Tout se passera bien, assura la reine en empoignant un peigne.

La cérémonie aurait lieu dans une poignée d'heures, et elle avait tenu à être celle qui aiderait Héphaïstion à se préparer. Hors de question qu'elle laisse ce moment privilégié à l'armée de pages. Alexandre serait avec son père et les meilleures servantes. Le châtain était orphelin lui. Mais Olympias était là pour lui. Elle l'avait toujours été, qu'il en soit conscient ou non. Ça passait par de petites choses, de petites attentions qui faisaient sourire Héphaïstion quelques secondes. Un ouvrage qu'il recherchait, un met qu'il appréciait particulièrement…

Avec une douceur maternelle, la reine commença à démêler les cheveux d'Héphaïstion qui avaient depuis longtemps dépassé ses épaules graciles. Elle le trouvait magnifique, mais ce n'était pas vraiment une bénédiction pour lui. Il s'attirait les convoitises des autres, sans vraiment les rechercher…

_ Il y aura du vin en quantité, glissa Olympias.

Héphaïstion frissonna, devinant derrière cette déclaration comment la reine avait vécu l'évènement. Percevant sa tension, la mère d'Alexandre caressa tendrement la joue du châtain. Une fois les cheveux dépourvus de nœuds, Olympias se donna le temps de la réflexion pour savoir ce qu'elle en ferait. En attendant elle lui donna la tenue qu'elle avait cousue elle-même pour cette occasion spéciale. Il s'agissait d'une toge d'un blanc éclatant, bordée de motifs dans un fil d'un bleu profond. La tenue tranchait par sa blancheur avec sa peau délicatement hâlée, et rappelait par ses broderies les yeux du futur marié.

Olympias fut éblouie par l'allure de celui qui rentrerait rapidement dans la lignée royale. Elle ne pouvait pas attendre de voir la réaction de son cher Alexandre. Mais il y aurait aussi l'assemblée nombreuse d'hommes influents rassemblés pour l'occasion… La reine eut de la peine pour Héphaïstion. La journée allait être rude. Elle savait qu'il n'en profiterait pas. Il s'interdirait d'en profiter… Ce fut à ce moment que la reine décida de laisser ses cheveux lâches, ultime rempart contre les invités qui ne cesseraient l'épier sans l'ombre d'un doute… Il n'y avait aucune raison pour que le jeune homme soit rendu à ce point victime des rouages politiques engendrés par le roi.

Les heures s'écoulèrent bien trop vite alors qu'Olympias essayait de changer les idées d'Héphaïstion avant la cérémonie. Elle avait abandonné les mots au profit de caresses et de sourires maternels, appuyée par ses compagnons reptiles que le châtain avait redécouverts avec une fascination authentique.

La distraction de la reine et de son protégée fut telle qu'ils oublièrent l'heure, et les gardes vinrent les trouver dans les quartiers d'Olympias pour les informer de leur retard. Un poids s'abattit sur les épaules d'Héphaïstion à cette annonce. La panique grandit rapidement, et l'un des serpents de la reine resserra sa prise autour de lui à ce changement.

_ Héphaïstion…, murmura la reine en caressant ses cheveux. Ce n'est qu'un mauvais moment à passer, je te l'assure. Alexandre prendra soin de toi, mais en attendant il va falloir supporter les mondanités. Je sais que tu peux le faire…

Le châtain respira profondément, essayer de repousser l'angoisse grandissante qui l'oppressait. Mais les gardes, brusques et grossiers, ne lui laissèrent pas vraiment le temps de se reprendre. Philippe avait donné des ordres. Héphaïstion devait être à la cérémonie à l'heure, il n'y avait pas de fuite possible. Alors, malgré les cris indignés d'Olympias, il fut mené loin des quartiers royaux, tétanisé par la peur.

Les deux soldats ne relâchèrent leur prise douloureuse qu'une fois devant les portes menant à la grande salle de fête. Le châtain se sentait proche de défaillir, mais il tint bon. Il devait honorer la mémoire de son père, ce n'était pas le moment d'être lâche ou faible.

_ Ah enfin !grogna le roi borgne. Je vous avais bien dis que je vous voulais à l'heure ! Enfin, passons… La cérémonie commencera dès que je t'aurais amené à Alexandre, alors rappelle-toi bien ce que je t'ai dis et tâche d'avoir l'air heureux.

Héphaïstion hocha la tête nerveusement, sans rien comprendre aux mots prononcés. Tout ce qu'il savait c'était qu'il y avait une armée de spectateurs derrière ces portes, et que le prince l'attendait de pied ferme. Quoi qu'il fasse, il ne pouvait pas échapper à cette union…

_ Allez gamin, allons-y !décréta Philippe.

Les portes s'ouvrirent aussitôt. La foule se fendit pour laisser un large passage jusqu'à l'autel où patientait déjà Alexandre, qui exhala un soupir soulagé en apercevant son aimé. Le prince était lui aussi d'une grande beauté pour ce jour particulier dans son existence. Sa mère avait aussi prit soin de sa tenue en lui offrant une robe identique à celle de son compagnon, à la seule différence que les broderies étaient d'or. Pour le reste, c'était son sourire qui éclairait son visage à en faire pâlir Apollon en personne.

Philippe s'avança en conservant une main ferme sur l'épaule droite d'Héphaïstion. Une fois les deux partis de l'hymen face à face, le roi pris leurs mains pour les entremêler. S'enorgueillissant toujours du pacte qu'il avait extorqué des années plus tôt au général Amyntor, le roi borgne se mit face à la foule en tenant chaque garçon par l'épaule.

_ Aujourd'hui, moi Philippe, roi des Macédoniens et des Grecs, j'ai le plaisir d'offrir au peuple cette union, symbole de la grande unité de notre royaume et gage de paix ! Par cet hymen, je défie quiconque de dire du brillant peuple athénien qu'il est négligé par leur roi !

Des acclamations joyeuses fusèrent dans la salle. Philippe se recula pour laisser le prêtre d'Aphrodite officier. C'était Alexandre en personne qui avait choisi la divinité qui devait protéger l'union. Il lui offrait déjà beaucoup de sacrifices et espérait qu'elle saurait inspirer son tendre Héphaïstion en sa faveur.

Le disciple de la déesse de l'amour parla, longuement… Héphaïstion ne l'écoutait pas, pas plus qu'Alexandre. Le premier fixait le sol en remuant de sombres pensées, le second admirait son aimé dont la beauté était indiscutable. Les mains du fils d'Amyntor étaient moites, le prince ne pouvait pas l'ignorer. Il essayait de rassurer celui qui ne tarderait pas à devenir son époux, caressant avec tendresse sa main avec son pouce. Mais Héphaïstion était insensible à ce geste. Il ne sentait même pas son contact…

L'union fut enfin prononcée. Alexandre un sourire rayonnant aux lèvres, les yeux pétillant, se concentra sur son désormais mari pour l'embrasser. Héphaïstion ne fit rien pour lui faciliter la tâche, baissant même la tête. Le prince ne se laissa pas décourager, se penchant pour déposer avec douceur ses lèvres sur celles qui lui appartenaient. Ses mains se posèrent instinctivement sur les joues de son mari, cherchant à instaurer une certaine tendresse. Le châtain ne répondit pas. Il se contentait d'être là, priant pour que l'instant passe au plus vite.

Riant à gorge déployée, Philippe ouvrit les festivités. Le prince profita de l'agitation pour tenter un second baiser, pensant que le désintérêt de la foule pour ce qu'ils faisaient aiderait son aimé à se détendre, mais une nouvelle fois il n'obtint pas la moindre réaction. Il aurait très bien pu embrasser une statue… C'était bien loin de leur tout premier baiser, dans les bois. S'il était honnête, Alexandre pouvait même considérait que ce baiser dans cet arbre était le seul vrai qu'il avait partagé avec son aimé…

Héphaïstion ne savait pas par où fuir la situation. D'un côté il y avait Alexandre et ses baisers demandeurs, et de l'autre la salle grouillante d'hommes venus assister à son humiliation. Il n'avait aucune échappatoire et commençait à paniquer de nouveau. Ce fut le prince qui mit fin à la situation qui ne cessait de se dégrader, entrelaçant ses doigts à ceux de son compagnon par les lois de l'hymen pour aller braver la foule, recevant pour eux deux les félicitations hypocrites.

Feignant toujours l'allégresse, le fils de Philippe se fraya un chemin jusqu'à la banquette qui lui était réservée, attirant toujours Héphaïstion avec lui. Leurs amis ne tardèrent pas à les entourer. Les plaisanteries et commentèrent fusèrent, comme toujours dans leur petit groupe. Néarque fut le premier à évoquer la très prochaine impossibilité du futur roi à refuser de partager ses expériences de la chair avec eux, lors de cette coutume répugnante et indécente aux yeux du blond.

Cette conversation amena le prince à un élan de possessivité, entourant les hanches de son aimé de son bas gauche pour coller à lui. Maintenant il pouvait le revendiquer légitimement. Il était d'ailleurs certain que ça déplaisait à Cassandre. Qui n'aurait pas été jaloux devant son bonheur ? Mais Cassandre était incontestablement le pire de tous en matière de jalousie, particulièrement quand ça concernait Héphaïstion.

Héphaïstion ne participait pas à la conversation, mais cette fois il ne pouvait pas non plus se retirer. Il envisagea donc la possibilité de s'enivrer, comme lui avait suggéré Olympias. Ce n'était pas le vin qui manquait… Mais c'était lâche… S'il buvait il s'endormirait aussitôt. C'était malhonnête vis-à-vis d'Alexandre, et il n'avait pas le droit… Ce n'était pourtant pas l'envie qui lui manquait… Il voulait prier Chronos pour être au lendemain, l'épreuve déjà endurée… Mais la vie n'était pas aussi simple, et les dieux étaient bien loin de ses préoccupations de mortel.

Avec un peu de chance ce serait Alexandre qui boirait trop et s'endormirait… Mais ce ne serait que repousser l'échéance, et la coupe du prince restait désespérément pleine. Il n'y avait que les deux jeunes mariés qui ne goûtaient pas au vin…

Les heures s'écoulèrent longuement, motifs autant de soulagement que d'angoisse pour le châtain. Il redoutait l'instant où Alexandre exigerait de rejoindre la couche désormais conjugale, mais l'attente le tuait. Le prince attendait de son côté le signal de son époux, qui l'informerait que celui-ci voulait gagner leurs quartiers. Les deux garçons attendant un geste de l'autre, ils ne bougeaient pas, supportant les délires d'ivrognes de leurs compagnons.

Ce fut Philippe qui mit un terme à cette situation, alors que l'heure était déjà très avancée. Le roi borgne s'offusqua de voir le couple encore là. Il les chassa rudement, pour que son fils aille accomplir le devoir conjugal.

Héphaïstion avait envie de fuir à toutes jambes durant la lente traversée du palais. Il marchait à pas lents, ce que le prince attribua à la fatigue même s'il se doutait que ce n'était pas cela. A peine arrivés dans leurs quartiers, Alexandre plaqua son compagnon contre le mur, le faisant glapir. Comme s'il n'était pas déjà assez nerveux…

_ Pourquoi ne m'as-tu pas embrassé ?questionna le prince blessé.

Héphaïstion resta muet, peinant Alexandre. A vrai dire le châtain ne savait pas quoi lui répondre. Le prince pouvait-il vraiment comprendre qu'il s'était senti violé, objet des moqueries et des regards narquois ? Non… il en doutait…

Voulant obtenir réparation, le prince apposa ses lèvres sur celles qui leur étaient destinées. Le baiser était doux, mais ferme. Il exprimait le refus d'Alexandre d'être de nouveau repoussé. Le blond avait besoin de sentir que son amour trouvait un semblant d'écho, même très vague.

Heureusement son cœur fut épargné puisque son compagnon répondit allégrement à ses avances, passant ses bras autour de son cou alors que ses lèvres s'écartaient pour accueillir la langue du prince et jouer avec gourmandise avec elle. Le cœur d'Alexandre s'emballa violemment. Son aimé ne lui avait jamais donné l'occasion d'approfondir ses assauts à ce point et il se sentait déjà en devenir irrémédiablement dépendant. Seul le manque d'air le détermina à s'arracher à la bouche sucrée.

_ Héphaïstion… mon amour…, haleta Alexandre contre son oreille.

Le châtain frémit, autant de peur que de plaisir. La voix de son compagnon était chargée de désir, du désir pour lui. Mais il ne savait pas si cette donnée serait d'une grande aide dans ce qui suivrait, ou si au contraire elle ne ferait qu'aggraver les choses.

Sentant déjà un feu consumer son bassin, le prince attira son aimé jusqu'au lit et dégrafa sans violence la tenue dans laquelle ils s'étaient unis devant Aphrodite. Alexandre ne voulait pas la déchirer dans un malheureux empressement, parce qu'il voulait garder des souvenirs de ce jour mémorable. Héphaïstion se retrouva vite nu devant le regard gourmand de son compagnon. Il se sentit vulnérable au possible et voulut se cacher pudiquement. Alexandre lui déroba un baiser et ôta sa propre toge.

Il y eut une hésitation ensuite. Maladroit, Alexandre ne savait pas comment procéder. L'Athénien lui facilita la tâche en s'allongeant sur le dos. Le prince n'eut qu'à écarter légèrement ses jambes, ne rencontrant pas la moindre résistance, pour trouver une position confortable.

Fasciné par le corps souple et chaud qui lui appartenait, Alexandre voulut en apprendre toutes les courbes, et découvrir tous les secrets. Ses mains le palpèrent avec adoration, tendresse et dévotion. Héphaïstion ne bronchait pas, se laissant faire. A vrai dire, Héphaïstion ne réagissait pas. En revanche son corps réagissait pour lui. C'était tout ce qui empêchait le prince de s'inquiéter. Son bassin se faisait messager de son plaisir, rassurant le blond et lui insufflant quelque audace.

Le prince commença par entourer le sexe de son amant, appréciant la douceur de la peau et le frisson qu'il soutira à son aimé. Envouté, Alexandre se plia pour frotter la peau à la douceur de la soie avec ses lèvres.

_ Arrête ça. Entrons directement dans le vif du sujet pour en finir au plus vite…, soupira Héphaïstion.

Alexandre fronça les sourcils, se demandant si c'était là la manifestation de sa frustration, voire de son empressement. Bien étrange façon de revendiquer la douceur d'un amant… Le blond fut encore plus surpris lorsque son aimé se tortilla pour s'installer sur le ventre. Sa main glissa le long du dos de son compagnon. Ses lèvres suivirent le même trajet, mais ces contacts ne le satisfaisaient pas. Ce n'était pas ce qu'il voulait, et c'en était même assez loin.

_ Aussi alléchante que soit cette vision de ton corps nu et offert à mes soins…, murmura le prince.

Il laissa sa phrase en suspens le temps de l'attraper par les hanches pour le replacer sur le dos, se rallongeant sur le corps docile pour que le poids l'empêche de gigoter.

_ Moi je préfère voir tes yeux…, finit-il en caressant la joue de son jeune époux.

_ C'est assez humiliant comme ça, pas la peine d'en rajouter, le repoussa ce dernier.

La force que mit Héphaïstion à se dégager de son mari, combinée à l'absence de résistance du prince les fit rouler un peu plus loin sur le lit. Ils retrouvèrent cependant la même position. Le châtain aurait très facilement eu le dessus s'il l'avait vraiment cherché. Alexandre comme Héphaïstion le savaient parfaitement. Mais il savait aussi où était sa place, et le prince pensait voir en l'absence de lutte une forme d'autorisation, voir d'invitation, à aller plus loin.

Prenant conscience qu'Héphaïstion n'avait pas forcément les mêmes désirs, les mêmes attentes, que lui, Alexandre lui accorda sa requête silencieux. Ce n'était qu'une nuit après tout… Ils avaient toute la vie devant eux… Peut-être son compagnon se découvrait-il pudique en cette occasion si particulière… Même si le prince aurait préféré embrasser encore et encore son aimé, il était prêt à lui donner ça, parce qu'il ne voulait que son aimé éprouve la moindre gêne.

Le fils du roi reprit ses tendres caresses, tentant de s'approprier chaque parcelle de peau sur ce dos musclé qui avait contribué à tant de défaites à la lutte. Ses lèvres voulurent aussi goûter la douceur de ces instants, mais le châtain protesta à nouveau et Alexandre dut « entrer dans le vif du sujet », comme lui avait si bien dit Héphaïstion peu avant.

L'union de leurs corps fut instinctive pour Alexandre, bien plus douloureuse encore que la cérémonie aux yeux d'Héphaïstion. Sa respiration se coupa alors qu'il serrait les dents pour ne rien laisser paraître. Il ne pouvait pas prétendre être prit au dépourvu. Il avait été averti…

Le prince prenait plaisir à réclamer ce corps qui serait à jamais à lui. Il allait et venait en douceur pour profiter de chaque seconde avec son amant, satisfait de ses grognements étouffés. Il ignorait que le plaisir s'effaçait dangereusement vers la douleur la plupart du temps. Ce déséquilibre empêchait Héphaïstion d'accueillir véritablement l'instant. Il voulait juste que ça cesse, qu'Alexandre mette un terme à la torture.

Un élancement plus douloureux que les autres, découlant de la gaucherie du prince inexpérimenté, crispa le corps du châtain. La pression supplémentaire qu'elle imputa à Alexandre au lieu de leur communion poussa le blond aux confins de son plaisir, le laissant haletant et épuisé sur le dos de son amant soulagé que le calvaire ait prit fin.

Alexandre eut la délicatesse de se retirer du corps qui désormais répondait au sien. Il se décala dans la seconde qui suivit, laissant à son aimé la possibilité de respirer plus aisément. N'était que douceur et amour, il effleura son dos de ses doigts câlins, appréciant sa chaleur et sa douceur.

_ Pas ce soir Héphaïstion… pas ce soir, mais je te fais le serment que je m'offrirai aussi à toi.

Le prince se sentait d'humeur à lui promettre le monde, et toutes ses richesses, mais le châtain l'interrompit.

_ Cesse tes mensonges…

La froideur du châtain fut une véritable gifle pour Alexandre, qui l'envoya presque à terre tant elle fut violente. Evidemment Héphaïstion y était rigoureusement indifférent, s'écartant un peu de lui pou se remettre sur le dos et remontant les couvertures sur son corps malmené.

_ Je dis vrai !protesta Alexandre.

_ Pour quelle raison ferais-tu cela alors que rien ne t'y contraint ?ironisa Héphaïstion.

_ Parce que je t'aime, et aussi parce que je veux te prouver que je t'estime plus que quiconque. Tu es mon égal Héphaïstion, quoi que puissent en dire les contrats.

Le châtain se refusa à le croire, lui tournant le dos alors qu'il s'installait sur le flanc. Il estimait avoir assez enduré pour la journée et recherchait désormais un repos qui lui ferait tout oublier. Il réclamait quelques heures de répit.

Pourtant conscient de la rancune de son compagnon, Alexandre tenta une approche, venant se coller contre son dos tendu. Il voulait retrouver un peu d'innocence dans ses bras, à travers l'amitié qu'ils se portaient mutuellement. Le prince ne voulait pas que l'époux efface l'ami… Mais Héphaïstion le repoussa, insensible à son besoin de chaleur humaine. Lui ne voulait plus penser au blond jusqu'au lendemain, et il ne voulait surtout pas sentir sa peau contre la sienne. Il voulait être seul, ou du moins en avoir l'impression.

Alexandre, amer et blessé, offrit à son dos son époux, allant se poster à l'autre extrémité du lit. Il ne voulait pas qu'Héphaïstion voie ses larmes ou les devine. Cette journée était des plus décevantes… Lui qui espérait trouver là le moyen de conquérir quelques faveurs, il ne voyait que son aimé qui s'éloignait toujours plus…