Chapitre 9
Aldéran attendit près d'une heure que le docteur Da Silva termine son entretien. Ce dernier le rejoignit dans la salle où il attendait.
‒ Bon alors, le bilan psychologique est plutôt optimiste, vu les circonstances, déclara le médecin. Elle est sous le choc mais comme le pire a été évité, elle devrait se remettre sans séquelles sur le long terme. Dites-moi, comment s'est-elle comportée avec vous juste après que vous ayez neutralisé son agresseur ?
‒Eh bien, elle s'est blottie dans mes bras pour pleurer et n'en a pas bougé jusqu'à l'arrivée de la police, raconta Aldéran. Elle a aussi refusé de rester seule avec l'inspecteur qui voulait l'interroger en privé, comme l'exige la procédure. Elle est restée dans mes bras tout au long de sa déposition.
‒ C'est ce que j'avais compris, confirma le médecin. Elle a d'ailleurs hâte que vous la rejoignez. Le fait qu'elle ait accepté de rester seule avec votre frère ainsi que son étreinte et qu'il l'embrasse sur la joue est également très prometteur. Visiblement, elle n'avait pas du tout peur de lui.
‒ Pourquoi aurait-elle peur de Sky ? s'exclama Aldie, choqué. Il ne lui ferait jamais le moindre mal, elle le sait très bien. Si c'était lui qui était venu la voir ce soir, il aurait défoncé la porte et rectifié le portrait de ce salopard aussi bien que moi, je peux vous le garantir.
‒ Je n'en doute pas une seconde, Mr Skendromme, assura Da Silva. J'ai bien vu qu'il était bouleversé et qu'il avait de l'affection pour votre compagne. Mais il arrive très fréquemment qu'une femme qui a subi un viol ait ensuite peur de tous les hommes sans distinction.
‒ Je comprends.
‒ Au fait, pourquoi l'a-t-il appelé « ma moitié » ?
Aldéran eut un petit rire embarrassé.
‒ Oh, ça… C'est suite à une taquinerie. La première fois que j'ai présenté Karine à ma famille, c'était au cours d'une soirée habillée. Elle portait une robe du soir dorée, j'avais un smoking bleu marine et Sky, un smoking anthracite avec une ceinture du même doré que la robe de Karine. Il a commencé à plaisanter en disant qu'elle avait choisi le mauvais Skendromme et qu'ils étaient parfaitement assortis tous les deux. Karine est entrée dans son jeu pour me taquiner et quand ma petite sœur nous a vus, elle en a rajouté une couche sans savoir qu'ils m'avaient déjà mis en boîte à ce sujet. Du coup, c'est devenu une plaisanterie récurrente.
‒ Je vois. Je dois maintenant aborder un sujet embarrassant.
‒ Si c'est au sujet des relations sexuelles, le docteur Beauval l'a déjà abordé et je l'ai rassuré, déclara Aldéran. Je comprends tout à fait que Karine puisse éprouver une certaine appréhension sur le sujet et je suis tout à fait disposé à attendre le temps nécessaire pour qu'elle aille mieux avant que nous en ayons à nouveau et ce, qu'il faille attendre une semaine, un mois ou plus.
‒ Eh bien dans ce cas, c'est parfait, Mr Skendromme, dit le psychiatre, favorablement étonné. Vu que c'est arrivé chez elle, elle ne peut pas y retourner dans l'immédiat.
‒ Je l'emmène dès sa sortie dans une demeure que possède ma famille à quelques kilomètres de Radcity. J'ai pris une semaine de congés pour pouvoir rester près d'elle. Ensuite, elle emménage chez moi.
‒ Parfait, vraiment parfait, répéta le psy qui n'en revenait pas. Dans ce cas, je vous laisse la rejoindre. Je pense qu'il serait toutefois judicieux qu'elle voit un de mes collègues spécialisé dans ce genre de cas, conseilla-t-il.
‒ Transmettez-moi ses coordonnés, docteur, je veillerais à ce qu'elle le consulte, promit Aldéran en se demandant déjà comment la convaincre.
Aldéran entra dans la chambre de Karine qui lui sourit en le voyant. Il alla s'asseoir sur le lit et lui prit la main
‒ Tu te sens un peu mieux, mon petit cœur ? demanda-t-il
‒ Oui, assura-t-elle.
Aldéran vit deux cachets posés sur la table de nuit.
‒ C'est quoi, ça ? s'enquit-il.
‒ Un calmant et un antidépresseur, répondit Karine.
‒ Tu dois les prendre quand ?
‒ Le calmant avant de dormir.
‒ Et l'autre, c'est pour tout de suite ?
‒ Oui, dit Karine du bout de lèvres.
‒ Mais tu ne veux pas le prendre ? devina Aldéran.
‒ Ce genre de truc, on s'habitue, ronchonna Karine. Je ne veux pas être droguée.
‒ Karine, ce n'est pas parce que tu vas en prendre une semaine ou deux que tu seras accroc, assura Aldéran. Tu viens d'être agressée, cela t'aidera à aller mieux.
‒ Je n'ai besoin que de toi, murmura-t-elle en se blottissant contre lui.
Aldéran soupira en la serrant contre lui. Que répondre à ça ?
‒ Alors comme ça, tu me vois comme un médicament, maintenant ? fit-il, taquin. Je ne sais pas trop comment je dois le prendre.
Karine eut un petit rire et ne dit rien, se contentant de resserrer son étreinte.
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Il resta avec elle toute la soirée. Il ne réussit pas à persuader Karine de prendre le calmant et elle finit par s'endormir en lui tenant la main. Installé dans un fauteuil, il chercha la position la plus confortable possible et somnola sans lâcher la main de Karine. Elle commença à s'agiter au bout de deux heures et se mit à gémir. Aussitôt réveillé, Aldéran s'assit sur le lit et la secoua doucement. Paniqué, elle ouvrit les yeux et se mit à se débattre en criant.
‒ Calme-toi, c'est moi, s'exclama Aldéran en l'empêchant de le frapper. Tu as fait un cauchemar.
Elle se calma brusquement, se mettant à sangloter. Il la serra contre lui pour la bercer comme un enfant.
‒ C'était un cauchemar, répéta-t-il, tu es en sécurité.
Une infirmière entra.
‒ J'ai entendu crier, fit-elle en regardant le couple enlacé.
‒ Elle a fait un cauchemar, la renseigna Aldéran.
‒ Pourtant le traitement devrait le lui éviter, s'étonna l'infirmière.
‒ Elle a refusé de le prendre.
L'infirmière vit alors les cachets sur la table de nuit, interloquée.
‒ Mais pourquoi ? Mlle Milgram, vous n'êtes pas raisonnable, reprocha-t-elle. Cela vous ferait du bien.
‒ Je n'aime pas ces trucs là, rétorqua Karine. On devient accroc.
‒ Pas sur une courte période, assura l'infirmière.
‒ J'ai déjà été accroc à ça ! s'écria Karine. Ça a été l'enfer pour m'en passer, je ne veux pas que ça recommence !
‒ Quand ça ? demanda Aldéran, surpris.
‒ Quand mes parents sont morts. J'ai été sous antidépresseurs et sous calmants pendant plusieurs mois. J'en suis devenu dépendante. Je me suis fait le serment de ne plus jamais y toucher !
‒ Mais mademoiselle…
‒ Non, je n'en prendrais pas ! tempêta Karine.
‒ Laissez tomber, dit Aldéran. Quand elle est butée comme ça, c'est inutile d'insister. Elle est très têtue.
‒ Bon, dans ce cas, je vous laisse, soupira l'infirmière.
Une fois l'infirmière sortie, Aldéran tenta quand même à nouveau de persuader Karine.
‒Elle a raison, tu sais, tu dormirais mieux.
‒ Je m'en fiche, cela finira par passer, se buta Karine.
‒Essaie de te rendormir, dit-il en la rallongeant, tu as besoin de repos.
‒Tu veux bien me prendre dans tes bras ?
Il sourit en s'allongeant près d'elle. L'infirmière les trouva ainsi, étroitement enlacés, le lendemain matin, un peu surprise. Ils venaient de finir le petit déjeuner et Karine faisait sa toilette quand Skyrone arriva.
‒ Comment va-t-elle ? demanda-t-il à Aldéran.
‒ Elle a fait des cauchemars et elle refuse de prendre son traitement, répliqua Aldéran. Tu es médecin, tu pourrais essayer de la persuader ?
‒ Je peux essayer, mais si tu n'as pas réussi, je doute d'y arriver.
‒ Il faudrait que je passe au duplex, tu peux rester combien de temps avec elle ?
‒ Autant qu'il sera nécessaire, ne t'inquiète pas.
Karine sortit de la salle de bains à ce moment-là. Sky et elle se saluèrent et il ne put s'empêcher d'examiner le large hématome qui ornait un côté de la mâchoire de Karine.
‒ Ils t'ont donné une pommade pour décongestionner ça ? demanda-t-il.
‒ Oui, et j'en ai mis, docteur.
‒ Karine, intervint Aldéran, je dois passer au duplex. J'ai besoin d'une douche et je dois prendre quelques affaires pour notre séjour à la Roseraie. Sky va rester avec toi en attendant, cela ira ?
‒ Oui, vas-y, dit-elle après une hésitation.
Aldéran la serra contre lui.
‒ Je me dépêche, mon petit cœur.
‒ Pas trop tout de même, ne vas pas avoir un accident, dit Karine.
‒ Promis, fit Aldéran en souriant.
Dès le départ de son frère, Skyrone entreprit de persuader Karine de prendre son traitement mais cette dernière commençant à se fâcher, il dû abandonner. Ils restèrent un moment sans rien dire, Karine affichait une expression résolument boudeuse quand le docteur Beauval entra. Sky les laissa pour que ce dernier puisse examiner Karine. Satisfait de son examen, le docteur Beauval signa le bon de sortie et une infirmière vint rendre à Karine ses affaires personnelles. Skyrone la regarda déballer et inventorier ce qu'on lui avait rendu. Elle pâlit.
‒ Qu'y a-t-il ? demanda-t-il.
‒ Je ne trouve pas le médaillon qu'Aldéran m'a offert, gémit-elle, les larmes aux yeux. Tu sais, celui en forme de cœur.
‒ Oui, je vois lequel c'est, tu le portes tout le temps.
‒ Où peut-il être ?
‒ Aldéran l'a peut-être récupéré hier. Attendons et on lui posera la question.
‒ D'accord.
Elle se mit à se ronger les ongles, visiblement très anxieuse. Ne sachant quoi dire pour la rassurer, Sky se contenta de lui prendre la main. Aldéran revint une demi-heure plus tard. Interrogé, il confirma qu'il n'avait pas le médaillon. Il réfléchit un instant.
‒ Je ne me souviens pas l'avoir vu autour de ton cou, hier soir, dit-il.
‒ Pourtant je l'avais, j'en suis sûre, protesta Karine.
‒ Exact, je t'ai vu le mettre, confirma Aldéran. La chaîne s'est peut-être cassée pendant que tu te débattais. Je vais appeler l'inspecteur Winston et lui demander s'ils l'ont trouvé.
Aldéran sortit de la chambre pour téléphoner. Il revint quelques minutes plus tard avec le sourire.
‒ Il a vérifié et le médaillon est bien sur la liste des indices inventoriés.
‒ Mais alors, je ne vais pas pouvoir le récupérer, se désola Karine.
‒ Si, vu qu'ils ont l'enregistrement complet de ton agression, il veut bien te le rendre. Sky, je lui ai demandé de te le confier, cela ne te dérange pas ? Il passera à l'heure du déjeuner pour te le donner.
‒ Bien sûr que non. Je vérifierais la chaîne et si elle est bien cassée, je le déposerais à la bijouterie avant d'aller chercher Eryna. Ça te va ? demanda-t-il à Karine.
‒ Oui, merci, Sky.
‒ Au fait, en parlant d'Eryna… commença Aldéran.
‒ Je lui ai dit que Karine avait fait une chute, comme convenu, le rassura Sky. On a préféré ne pas lui dire ce qui s'était vraiment passé, ajouta-t-il à l'intention de Karine.
‒ Vous avez bien fait, elle est trop jeune pour entendre parler de ce genre de choses, approuva Karine.
‒ Maintenant, tu vas t'habiller et je t'emmène à la Roseraie, décréta Aldéran.
‒ Et moi, il est temps que j'aille travailler, enchaina Skyrone. On se voit ce soir à la Roseraie.
Il embrassa Karine, salua son frère et les laissa seuls.
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Aldéran se réveilla au milieu de la nuit. Il se dégagea doucement des bras de Karine et alla dans la salle de bains pour satisfaire un besoin pressant. Quand il revint dans la chambre, il vit que Karine s'agitait et gémissait dans son sommeil. Encore un cauchemar sur son agression. Cela faisait quatre jours qu'elle avait été agressée et, comme elle refusait toujours de suivre un traitement quelconque, elle en faisait deux ou trois chaque nuit. C'était le premier de la nuit. Il s'assit sur le lit et allait la réveiller mais suspendit son geste. Elle venait de prononcer son nom. Intrigué, il fronça les sourcils et tenta de comprendre ce qu'elle disait.
‒ Aldie… Non… Ne fait pas ça… Je t'en prie… gémit-elle.
Il en resta interdit. Elle ne rêvait quand même pas que c'était lui qui l'agressait ? Des larmes commencèrent à couler sur le visage de Karine.
‒ Je t'en supplie… Ne me laisse pas… Aldie... sanglota-t-elle. Je t'aime… Ne m'abandonne pas, mon amour… J'ai besoin de toi… Aldie, ne me quitte pas…Reste…
Bouleversé, il la secoua doucement. Karine ouvrit les yeux, regarda autour d'elle, perdue, puis le vit.
‒ Aldie, tu es là ? dit-elle.
‒ Bien sûr, mon petit cœur, répondit Aldéran encore sous le coup de ce qu'il avait entendu.
Karine se redressa et se jeta dans ses bras. Elle le serra de toutes ses forces en pleurant violemment. Elle tremblait comme une feuille.
‒ Calme-toi, mon amour, murmura Aldéran en lui caressant les cheveux. Je suis là, je serais toujours près de toi.
Karine pleura encore de longues minutes avant que ses larmes ne se tarissent mais elle resta blottie contre Aldéran sans bouger.
‒ Karine, tu as rêvé que je te quittais, c'est ça ? finit par demander Aldéran.
Comme elle ne répondait pas, il la repoussa doucement.
‒ Regarde-moi, Karine, exigea-t-il.
Quand elle se décida à le faire, il fut de nouveau bouleversé par la tristesse et la crainte qu'il put lire dans ses yeux.
‒ Karine, tu n'as quand même pas réellement cru que je pourrais te quitter à cause de ce que ce salopard t'as fait, j'espère ? s'étonna-t-il.
Comme elle se contenta de détourner les yeux sans répondre, il en ressenti une cuisante blessure.
‒ Karine, comment as-tu pu penser une chose pareille ? protesta Aldéran. Jamais je ne te quitterais pour ça, voyons. Même si il était parvenu à ses fins, même si une vingtaine d'hommes t'avaient violée, je ne te quitterais pas pour autant. Je t'aime, Karine, ne doute jamais de ça.
Elle le regarda de nouveau et comprit qu'il avait été blessé.
‒ Pardonne-moi, mon amour, dit-elle. Mais… j'ai parfois encore l'impression que je vais me réveiller et me rendre compte que notre histoire est un rêve merveilleux et… Aldéran, tu as toujours montré tant de désir pour moi et depuis mon agression, tu ne m'as plus fait l'amour…
‒ Et c'est pour ça que tu doutes ? demanda Aldéran, incrédule.
Karine confirma en hochant la tête. Il soupira.
‒ Mais ce n'est pas du tout ce que tu crois, assura-t-il. Tu as failli être violée, c'est un traumatisme qui est difficile à surmonter. J'ai simplement pensé que tu risquais d'avoir des appréhensions à ce sujet et que tu avais besoin de temps pour te remettre du choc avant que nous fassions à nouveau l'amour. Les médecins qui t'ont vue à l'hôpital m'ont aussi conseillé d'attendre un peu avant d'avoir des rapports. Mon désir pour toi n'a pas changé, Karine.
‒ C'est pour ça ? s'étonna Karine. Tu attendais seulement que j'aille mieux ?
‒ Bien sûr.
‒ Aldie, pardon d'avoir douter, j'ai tellement honte. Tu as été compréhensif et patient et moi, je… Est-ce que tu peux me pardonner ? gémit-elle, en pleurant de nouveau.
‒ Evidemment que je te pardonne, murmura Aldie, en la regardant avec amour. Je suis en parti responsable, après tout. Je n'ai pas osé t'en parler, j'aurais dû. Je n'ai pas pensé que tu pourrais interpréter ma réserve de cette manière. Je t'aime, Karine.
Elle le regarda avant de l'embrasser sur les lèvres. Elle lui fit un baiser passionné et torride tout en s'allongeant doucement sur le lit, l'entraînant avec elle. Ils étaient si avides l'un de l'autre qu'ils s'unirent jusqu'aux premières lueurs de l'aube avant de s'endormir, épuisés.
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Ils dormirent très tard. Karine ouvrit les yeux et vit qu'Aldéran la regardait dormir avec un léger sourire aux lèvres. Encore embrumée par le sommeil, elle lui rendit son sourire.
‒ Bonjour, ma bête de sexe, murmura-t-il, d'un air taquin.
‒ Bonjour, ma bombe sexuelle, répliqua-t-elle sur le même ton.
‒ Zut, assez réveillée pour répliquer, rit doucement Aldéran, moi qui pensais pouvoir en profiter pour que tu ne réagisses pas.
‒ Désolée de te décevoir, répondit-elle en s'étirant. Quelle heure est-il ?
‒ Onze heures, on a juste le temps de prendre une douche avant de descendre déjeuner, je meurs de faim, fit-il en déposant un baiser sur son épaule.
Elle le regarda se lever sans bouger du lit, admirant le corps parfait de son amant.
‒ La douche, séparément ou ensemble ? demanda-t-elle avec un sourire malicieux.
‒ C'est comme tu veux, ma belle, dit-il en lui rendant son sourire.
Ce fut finalement une heure et demie plus tard qu'ils descendirent caler leurs estomacs affamés, étroitement enlacés.
‒ J'ai bien envie de profiter du beau temps pour piquer une tête, déclara Aldie à la fin du repas, cela te tente ?
‒ Piquer une tête, non, mais une séance de bronzage, pourquoi pas ? répondit Karine.
Ils montèrent dans leur chambre pour enfiler un maillot de bain. Aldéran en profitait pour dévorer des yeux les courbes de sa compagne qui se déshabillait quand il eut le regard attiré par le portable de Karine en posant sa montre à côté.
‒Tu as eu un appel pendant qu'on déjeunait, lui dit-il.
Encore nue, Karine vint voir qui l'avait appelée. Aldéran l'enlaça et posa ses lèvres sur l'épaule de la jeune femme pendant qu'elle consultait sa messagerie.
‒ C'est Alicia, dit-elle. Il vaut mieux que je la rappelle, sinon elle va s'imaginer le pire.
Aldéran la lâchât avec un soupir de regret.
‒ Je descends, tu me rejoindras à la piscine extérieure ?
‒ Bien sûr, mon amour, dit Karine en composant le numéro de son amie.
Il réussit à lui voler un baiser avant qu'Alicia ne décroche.
‒Bonjour, Alicia, dit Karine en faisant un petit signe de la main à Aldie, qui sortait de la chambre. Excuse-moi, Aldie et moi, on déjeunait et j'avais laissé mon portable dans la chambre.
‒ Pas de souci, comment vas-tu ?
‒ Très bien, tu peux dire à Mina et à la directrice que je reprendrais le travail mardi comme prévu.
‒ Si vite ? Tu es sûre ?
‒ Tout à fait. Je n'ai pas été vraiment blessée, je te le rappelle.
‒ Oui, mais … psychologiquement ?
‒ Ça va aussi beaucoup mieux. J'ai fait quelques cauchemars mais c'est tout. Aldie m'a beaucoup aidée, tu sais. Il a vraiment été formidable.
‒ Cela ne m'étonne pas de lui, il est vraiment aux petits soins avec toi. On voit qu'il est fou amoureux. Sinon, du côté,… tu sais… intime ?
‒ Côté sexe ?
‒ Oui, je suppose que tu as du mal ?
Karine ne répondit pas tout de suite. Elle se rapprocha de la fenêtre en entendant le bruit d'un plongeon et regarda Aldéran exécuter un crawl impeccable.
‒ De ce côté-là, tout va bien aussi, répondit-elle finalement.
‒ Ah bon ? Je pensais que suite à un viol, on avait une appréhension ?
‒ D'abord, il ne m'a pas violée, il a essayé, Aldéran est intervenu juste à temps. Ensuite... Eh bien si tu penses qu'Aldéran est fou amoureux, il se trouve que je suis aussi folle amoureuse de lui. On a beaucoup de désir l'un pour l'autre. Aldéran a pensé comme toi et c'est vrai que le jour même ou le lendemain, je n'aurais pas été capable de faire quoi que soit. Aldéran a été très compréhensif et il ne m'a rien demandé. Ceci dit, comme nous n'en avions pas parlé, je n'ai pas pu m'empêcher de me faire des idées.
‒ Que veux-tu dire ?
‒ J'ai honte de le dire, mais j'ai douté de lui. J'ai cru qu'il ne me demandait rien parce que… parce que je le dégoutais et qu'il ne restait près de moi que par obligation, attendant seulement que j'aille mieux pour me quitter.
‒ Karine, s'exclama son amie, tu as vraiment pensé ça ?
‒ Oui et il s'en est rendu compte à cause d'un cauchemar que j'ai fait, un cauchemar où il me quittait. Du coup, nous en avons discuté et il m'a prouvé par des actes que je me faisais des idées.
‒ J'en conclu que vous…
‒ Oui et cela a été torride, dit Karine sans pouvoir retenir un gloussement. Je l'aime tellement, Alicia, je suis frustrée de ne pouvoir trouver les mots pour faire comprendre à quel point je l'aime. Aldie est vraiment un homme fantastique.
‒ En tout cas, je suis rassurée et Mina aussi. Repose-toi bien jusqu'à mardi, ma chérie et reviens nous en pleine forme. Du moins, si ton cher et tendre te laisse suffisamment d'heures de sommeil après les batifolages, conclut-elle en riant.
Karine éclata de rire et salua son amie avant de raccrocher et de rejoindre Aldéran. Comme il nageait toujours, elle s'enduisit de crème solaire, s'installa confortablement sur une chaise longue, et ouvrit un livre.
Aldéran sorti de la piscine quelques minutes plus tard, se rinça sous la douche et rejoignit Karine en s'essuyant. Il s'assit sur la chaise à côté d'elle.
‒ Tu me passes le flacon de crème solaire, s'il te plait ? demanda-t-il.
Elle le saisit et l'ouvrit.
‒ Tourne-toi, dit-elle, je te fais le dos.
Il obéit en souriant. Elle lui demanda ensuite de s'allonger et s'amusa à lui dessiner deux yeux et un sourire avec la crème sur le torse ce qui fit rire Aldéran. Elle commença à étaler la crème sur sa poitrine et son ventre. Il ferma les yeux et se laissa faire, ravi. Comme elle prolongeait le massage, il rouvrit les yeux.
‒ C'est assez étalé, tu sais, murmura-t-il.
‒ Je sais, répondit-elle sur le même ton sans cesser de le masser.
Il posa une main sur sa cuisse. Elle leva les yeux sur lui et vit que ses prunelles bleu marine brillaient de désir.
‒ Si tu continue, je ne te garantis pas de rester sage, dit-il doucement.
Pour toute réponse, elle remonta ses mains sur ses épaules, se pencha et s'empara de ses lèvres pour un baiser langoureux. Il l'enlaça et prit le contrôle du baiser pour le faire devenir torride. Elle se redressa à contrecœur en entendant la porte du manoir claquer. Le majordome venait vers eux.
‒ Monsieur, dit-il en s'arrêtant près d'eux. Le docteur Silverberg vient d'arriver. Il dit avoir rendez-vous avec Monsieur.
‒ C'est vrai, je l'avais oublié, s'exclama Aldéran en se redressant vivement. En fait, il vient pour toi, mon cœur. C'est le psychologue que nous a conseillé le Dr Da Silva.
Karine se refrogna.
‒ Ne fais pas cette tête, mon petit cœur, lui dit Aldéran. Accepte de lui parler, cela ne t'engage à rien.
‒En fait, monsieur, intervint le majordome, le docteur Silverberg a indiqué souhaiter s'entretenir d'abord avec Monsieur. Il vous attend dans le petit salon.
‒ D'accord, merci, Angus.
Aldéran enfila un peignoir tandis que le majordome rentrait dans le manoir.
‒ Attend, dit Karine en se levant, une serviette à la main. Tes cheveux gouttent encore, tu vas mettre de l'eau partout.
Elle épongea avec douceur la crinière de feu de son amour avant de l'enlacer et de l'embrasser à nouveau. Il répondit volontiers à son baiser.
‒ Tu ne perds rien pour attendre, lui murmura-t-il. Je m'occupe de toi dès qu'il est parti.
‒ Je l'espère bien, répondit-elle sur le même ton.
Elle se réinstalla sur la chaise longue tandis qu'Aldéran gagnait l'intérieur du manoir.
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Pendant ce temps dans le petit salon, le médecin, qui avait regardé autour de lui avec curiosité, avait remarqué le couple au bord de la piscine. Distinguant l'hématome sur la mâchoire de la jeune femme, il devina qu'elle était sa future patiente. Il se permit donc de l'observer discrètement. Il la vit avec surprise caresser le torse de son compagnon et se pencher sur lui pour l'embrasser avant que ce dernier ne l'enlace à son tour. L'intensité du baiser auquel il assista et le naturel de la jeune femme l'étonna. Il ne s'attendait pas à ça. Il vit le majordome les rejoindre, échanger quelques mots avec eux avant de se retirer. L'homme se leva et enfila un peignoir mais la jeune femme le retint et lui essuya tendrement les cheveux avant de l'embrasser de nouveau. Quand l'homme se dirigea vers le manoir, le médecin s'éloigna de la fenêtre, perplexe.
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Aldéran entra dans le petit salon et vit un homme entre deux âges, l'air affable, se tourner vers lui.
‒ Bonjour, docteur, je suis Aldéran Skendromme, dit-il en lui tendant la main. Excusez ma tenue, j'avoue avoir oublié que vous veniez cet après-midi.
‒ Il n'y a pas de mal, répondit ce dernier en lui serrant la main. J'ai demandé à vous voir seul pour vous demander de me raconter l'agression de Mlle Milgram et comment vous jugiez personnellement son état, depuis. D'après le dossier que m'a remis le Dr Da Silva, c'est vous qui avez surpris l'agresseur et l'avez maitrisé ?
‒ En effet.
Aldéran lui raconta rapidement ce qui s'était passé. Le médecin observait attentivement Aldéran durant son récit.
‒ Toujours d'après le dossier, il semblerait que vous ayez pas mal abimé l'agresseur de votre compagne. Vous ne ressentez pas une gêne ou un remords de l'avoir frapper aussi violemment ?
Les yeux d'Aldéran étincelèrent.
‒ Du remords ? siffla-t-il. Vous êtes marié, docteur, vous portez une alliance. Comment auriez-vous réagi en trouvant un homme en train de violer votre épouse ? La seule chose que je regrette vraiment, c'est qu'il n'était pas armé. Cela m'aurait donné une excuse pour lui coller une balle dans la tête.
Il sourit férocement en voyant l'air choqué du médecin.
‒ Puisque nous sommes sous le couvert du secret médical, sachez que je suis agent du SIGIP. Durant notre formation, on nous apprend que tous les moyens sont bons pour réussir notre mission et à tirer pour tuer. Au cours de mes missions, j'ai déjà tué, docteur, mais cela aurait été la première fois que je l'aurais fait avec un certain plaisir.
‒Je vois. Avant de me spécialiser dans le traitement des victimes de viols, j'ai eu l'occasion de voir en consultation certains de vos collègues. Je comprends donc ce que vous voulez dire. Ceci dit, je suis surpris. D'après ce que j'ai compris, ce sont des officiers de police expérimentés qui sont sélectionnés pour le SIGIP et vous me semblez bien jeune, sans vouloir vous offenser, pour correspondre à cette description.
‒ J'ai fait pas mal de bêtises lors de mon adolescence. Un jour, cela a été trop loin. Le juge et mon père m'ont donné le choix entre l'Académie de Police et la prison. Vous connaissez mon choix.
Le médecin réfléchit quelques minutes, puis reprit la parole.
‒ Parlez-moi de votre compagne. Comment la trouvez-vous depuis son agression ?
‒ Au début, elle était assez perturbée. Elle ne cessait de chercher un contact physique avec moi.
‒ Un contact physique ? s'étonna le médecin. Vous pouvez préciser ?
‒ Elle ne me lâchait pas la main et si elle pouvait se blottir dans mes bras, elle le faisait. Cela semblait la rassurer. Dès que je m'éloignais un peu d'elle, elle ne me quittait pas des yeux.
‒ Et maintenant que quelques jours sont passés ?
‒ Tout est redevenu normal.
‒ J'avoue vous avoir observé pendant que le majordome allait vous chercher. Je l'ai vue vous embrasser. Cela m'a plutôt surpris, je m'attendais à ce qu'elle témoigne d'une certaine réserve. Au niveau des rapports sexuels, je sais que le docteur Da Silva vous a demandé d'être patient.
‒ Et il a dû vous dire que c'était de toute façon mon intention. Nous les avons repris cette nuit.
‒Déjà ? s'étonna le médecin.
‒ Ne me regardez pas comme ça, protesta Aldéran, je ne lui ai pas sauté dessus. C'est elle qui a été demandeuse.
‒ J'avoue que je suis surpris, cela ne fait que quatre jours qu'elle a été agressée, cela me parait rapide, avoua le médecin.
Aldéran soupira.
‒ Karine et moi, nous nous aimons profondément et nous avons une vie sexuelle très active.
Aldéran s'interrompit, hésitant à en dire plus.
‒ Active comment ? insista Silverberg.
‒ Nous faisons l'amour tous les jours, et... on remet le couvert assez fréquemment, avoua-t-il, un peu gêné quand même. Les premières nuits, elle faisait des cauchemars liés à son agression. Mais cette nuit, cela a changé. Dans son cauchemar, elle n'était pas agressée. Je la quittais à cause de son agression. Vu notre vie sexuelle intense, cela l'a inquiétée de voir que je gardais une distance et elle s'est mis dans la tête que c'était parce que je ne voulais plus d'elle. Comme si j'allais rompre à cause de ça, franchement. J'avoue que cela m'a blessé qu'elle puisse penser une chose pareille.
‒ Je n'en suis pas étonné, le contredit le médecin. Ses craintes sont même tout à fait justifiées.
‒ Que voulez-vous dire ?
‒ Monsieur Skendromme, j'ai malheureusement été trop souvent confronté à ce cas de figure, se désola Silverberg. Les conjoints des victimes n'acceptent pas toujours les conséquences de l'agression ou l'agression elle-même. Ce n'est heureusement pas la majorité des cas, mais j'ai trop souvent vu des conjoints repousser leurs compagnes après qu'elles aient été violées. Ils leur reprochaient d'avoir été seules à l'endroit où cela c'est produit, même si c'était un endroit qu'elles avaient fréquenté en toute sécurité pendant des années. J'en ai même vu qui accusaient leurs compagnes de l'avoir chercher en jouant les allumeuses alors que c'était complètement faux. Je vous laisse imaginer l'état d'esprit des malheureuses victimes après de telles accusations. Il est particulièrement difficile pour elles de se reconstruire après ça quand elles ne commettent pas l'irréparable.
Aldéran était atterré. Il poussa une exclamation dégoutée.
‒ Ces hommes-là sont écœurants ! s'exclama-t-il. Comment peuvent-ils être aussi cruels ? Ils devaient chercher une excuse pour quitter leurs conjointes, ce n'est pas possible autrement. Ces femmes sont mieux sans des pourritures pareilles dans leurs vies.
‒ J'avoue penser comme vous, même si les victimes ne s'en rendent généralement pas compte sur le moment. Mlle Milgram a beaucoup de chance de vous avoir près d'elle, Mr Skendromme. J'en conclu que la reprise des rapports s'est bien passée ?
Aldéran ne put retenir un petit rire.
‒ C'est le moins qu'on puisse dire, docteur, confirma-t-il. Nos rapports de cette nuit ont été particulièrement intenses. Et elle en redemandait autant que moi. D'ailleurs, lorsque vous l'avez vue m'embrasser sur la chaise longue, je vous dirais franchement qu'elle était en train de m'allumer. Si vous étiez arrivé un quart d'heure plus tard, c'est dans la chambre qu'Angus aurait dû venir me chercher.
‒ D'accord, je vous remercie de votre franchise, sourit le médecin. Je vais la voir maintenant, si vous le permettez. Et vu ce que vous venez de me dire, je crois que je n'aurais pas besoin de la revoir.
‒ Je vais la chercher, dit Aldéran en se levant.
oooooooooooooo
La jeune femme rejoignit le médecin quelques instants plus tard et ils se saluèrent.
‒ Mlle Milgram, j'aimerais que vous me racontiez les circonstances de votre agression.
‒ Est-ce vraiment nécessaire ? demanda Karine, nerveuse. Vous devez en avoir le récit dans votre dossier puisque je l'ai déjà raconté au docteur Da Silva.
‒ Oui, mais un écrit reste impersonnel et on est jamais à l'abri d'une réécriture ou d'une interprétation. C'est pourquoi j'aimerais l'entendre de votre bouche.
Karine soupira et obtempéra de mauvaise grâce. Tout comme il l'avait fait avec Aldéran, il l'observa attentivement durant son récit.
‒ Faites vous des cauchemars ?
‒ J'en ai fait, mais pas cette nuit.
‒ Pourquoi avoir refusé tout traitement ? Cela vous aurait évité d'en faire…
‒ Parce que j'ai déjà eu ce genre de traitement à onze ans, suite à la mort brutale de mes parents. Je suis devenu dépendante et je ne veux pas prendre de risque, rétorqua Karine.
‒ Je comprends. Je vous aie vue embrasser Mr Skendromme au bord de la piscine, j'ai été très surpris. D'habitude, les victimes sont craintives, même avec leur conjoint. Il faut un certain temps avant qu'elles ne puissent reprendre des relations normales et Mr Skendromme m'a dit que cela était déjà le cas.
‒ Eh bien, mon agresseur n'a pas pu aller au bout de l'acte et c'est Aldie qui l'en a empêché. J'ai toujours eu une totale confiance en lui, dès le premier jour. Après qu'il ait maitrisé mon agresseur, j'ai tout de suite ressenti le besoin d'être contre lui. Son contact me rassurait. Même à l'hôpital, je lui ai demandé de dormir avec moi.
‒ Vous l'aimez profondément.
‒ Oui, approuva Karine, les yeux brillants. Plus que je n'aurais jamais crue être capable d'aimer quelqu'un, un jour. J'ai très mal vécu la mort subite de mes parents. Même si j'offrais aux regards un visage serein et heureux, en réalité, je ne l'étais pas. J'ai toujours gardé ce manque, cette douleur en moi. C'est toujours là, mais l'amour qu'Aldéran m'offre sans réserve, ainsi que sa famille, m'a apporter un apaisement et aujourd'hui je peux dire que je suis heureuse sans mentir.
‒ Et je m'en réjouis, mademoiselle, dit le médecin, ému malgré lui. Comme je le supposais, je ne vois pas la nécessité de nous revoir à moins que vous n'en exprimiez le désir. C'est la thérapie la plus courte de ma carrière et j'avoue qu'il ne me déplairait pas que cela devienne une habitude.
Le médecin se leva et prit congé. Karine le raccompagna avant de se diriger vers la chambre où Aldéran l'attendait. Alors qu'elle arrivait en haut de l'escalier, elle vit Angus venir vers elle.
‒ Mademoiselle, puis-je me permettre quelques mots ? lui demanda-t-il respectueusement.
‒ Oui, bien sûr, dit Karine, surprise.
‒ Je voulais simplement vous dire de la part de tout le personnel que nous sommes heureux de voir que vous semblez aller mieux, aujourd'hui. Nous avions été choqués de la mésaventure qui vous est arrivé.
‒ Merci beaucoup, Angus, dit-elle en souriant. Remerciez-les tous de ma part, cela me touche beaucoup que vous vous soyez fait du souci pour moi et je suis désolée de vous avoir causé de l'inquiétude.
Angus s'inclina et continua son chemin. Karine rejoignit Aldéran qui entreprit aussitôt de tenir sa promesse.
oooooooooooooo
Le soir venu, Skyrone rentra avec Eryna. Cette dernière se rua dans les bras de Karine, exigeant qu'elle l'aide pour ses devoirs.
‒ D'accord, accepta Karine en riant, mais va d'abord prendre ton goûter.
‒ Ok, je me dépêche, cria l'enfant en courant vers la cuisine.
Skyrone embrassa Karine sur la joue et remarqua tout de suite le changement. Il ne dit rien, préférant tirer de sa poche un écrin avant de le lui tendre.
‒ La bijouterie m'a prévenu qu'ils avaient fini la réparation de la chaîne de ton médaillon, expliqua-t-il. Je suis passé le récupérer.
‒ Merci, Sky, c'est vraiment gentil, dit Karine en lui faisant un sourire radieux. Tu me le mets ? demanda-t-elle à Aldéran qui récupéra l'écrin.
Il attacha la chaîne tandis que Karine posait la main sur le médaillon en souriant toujours.
‒ Je suis tellement contente, je me sentais comme nue sans ce médaillon, dit-elle.
‒ Vraiment ? dit Aldéran en l'embrassant dans le cou. Intéressant.
‒ Tu devrais éviter de dire ce genre de choses devant Aldie, rigola Sky. Cela va lui donner des idées.
‒ Pas besoin de ça pour en avoir, répliqua Aldéran en faisant pivoter Karine avant de l'embrasser fougueusement.
‒ Encore en train de vous bizouiller, râla Eryna en déboulant en courant.
Elle attrapa la main de Karine et la tira vers elle.
‒ Karine est à moi le temps de mes devoirs, lança-t-elle à son frère. Tu devras attendre ton tour.
Karine éclata de rire et suivit docilement la petite fille. Les deux frères les suivirent des yeux en souriant.
‒ On dirait que Karine va beaucoup mieux, aujourd'hui, remarqua Skyrone.
‒ Oui, il y avait un petit malentendu qui a été dissipé, indiqua Aldéran.
‒ Que veux-tu dire ? lui demanda Sky, intrigué.
Aldéran lui expliqua rapidement que Karine avait craint qu'il ne la quitte.
‒ Et je suppose que tu t'es empressé de lui démontrer que ce n'était pas ton intention ? s'enquit Skyrone.
‒ Tu as deviné, confirma Aldéran, sans pouvoir retenir un sourire béat. En réalité, elle ne demandait que ça et cela a été torride.
Skyrone éclata de rire.
ooooooooooooo
Ce soir-là, Aldéran rentrait chez lui en sifflotant gaiement. Cela faisait une semaine qu'ils avaient regagné le duplex après leur séjour à la Roseraie et Karine n'avait apparemment gardé aucune séquelle de son agression. Il sourit à la jeune femme qui avait commencé à préparer le dîner.
‒ C'est pour toi, annonça Aldéran à Karine en lui lançant des clefs de voiture.
Surprise, elle les attrapa au vol et les fixa sans comprendre.
‒ Comment ça, pour moi ? s'étonna-t-elle.
‒ Je viens de recevoir ma nouvelle voiture, déclara Aldéran. Initialement, le concessionnaire devait reprendre l'ancienne mais tu ne peux plus aller au boulot à pied. Les transports en communs, c'est la plaie et comme je suis susceptible de m'absenter sans crier gare pour le boulot, autant que tu la récupère. Elle a un peu plus d'un an, seulement, tu fais une affaire, mon petit cœur.
‒ Mais je ne peux pas te la racheter, Aldie. Je n'en ai pas les moyens, protesta Karine.
‒ Qui a dit que je te la revendais ? s'offusqua Aldie. Elle est à toi, point.
‒ Je ne peux pas accepter, se buta Karine.
‒ Pourquoi pas ? Nous vivons ensemble pour de bon, non ? susurra Aldéran en la prenant dans ses bras.
‒ Oui, mais une voiture…
‒ Vois ça comme un cadeau d'anniversaire à l'avance, rétorqua Aldéran. Ecoute, je sais que la maison de retraite de ton grand-père est chère. Je me suis renseigné. Je ne connais pas le montant de sa pension et je ne veux pas le savoir, ça ne me regarde pas mais je suis sûr que ce n'est pas assez et que tu complètes, je me trompe ?
‒ Non, admit Karine du bout des lèvres.
‒ Ce que tu fais pour lui, je trouve ça génial, dit Aldéran. Rien ne t'y oblige. Il pourrait aller dans une maison plus modeste mais je te connais assez pour deviner que c'est toi qui as décidé de l'envoyer là-bas. Peut-être même qu'il ignore que tu finances en parti son séjour. Vois cette voiture comme une manière pour moi de t'aider. Cela t'évitera de dépenser inutilement de l'argent dans les transports en commun. Je garde l'assurance à ma charge et je voudrais aussi que tu utilises une de mes cartes de crédit pour payer l'essence et toutes les dépenses que tu feras pour nous deux, courses et autres. Tu veux bien ?
‒ Ca me gêne, Aldie, je ne me suis pas installée avec toi pour ça, protesta Karine.
‒ Je sais, assura Aldéran. C'est moi qui te le propose. Cela te permettra entre autres de pouvoir payer des séances de kiné supplémentaires pour ton grand-père. J'ai cru comprendre qu'il en avait besoin à cause de douleurs dans les épaules. Il ne peut plus se déplacer seul avec son fauteuil à cause de ça, n'est-ce pas ?
‒ C'est vrai mais…
Il l'interrompit d'un baiser.
‒ Accepte-le pour lui, murmura-t-il. C'est quelqu'un de bien et je l'aime beaucoup. J'aurais bien aimé que mon grand-père ressemble un peu plus au tien. Laisse-moi faire ça pour lui.
Karine soupira. Elle savait qu'Aldéran était têtu et qu'il était extrêmement difficile de le faire changer d'avis. Et son grand-père avait vraiment besoin de ces séances supplémentaires qu'elle ne pouvait financer dans l'état actuel des choses. Bien qu'il ne se plaigne pas, elle savait que Jo souffrait de cette perte d'autonomie supplémentaire.
‒ D'accord, céda-t-elle. J'accepte pour lui.
‒ Super, sourit Aldéran. Au fait, il devrait recevoir dans la semaine le fauteuil-roulant électrique que j'ai commandé pour lui. Cela lui permettra de pouvoir se déplacer seul sans attendre qu'une infirmière ou un aide-soignant soit disponible et sans avoir à forcer sur ses épaules.
‒ Un fauteuil électrique !? s'exclama Karine. Mais Aldie, tu…
Il étouffa ses protestations d'un baiser ravageur.
ooooooooooooo
Alicia et Mina débarquèrent dans le bureau de Karine.
− Dis donc, lança Alicia en posant une fesse sur le bureau, cela fait longtemps qu'on s'est pas fait une sortie entre filles, toutes les trois.
− Cela te dirait d'aller faire les boutiques avec nous en sortant du boulot ? renchérit Mina.
Karine les regarda à tour de rôle, un peu surprise par cette attaque en règle.
−Pourquoi pas ? fit-elle finalement. Il faut d'abord que je voie avec Aldie s'il n'a rien prévu.
−Oh, ton cher et tendre peut bien te laisser une soirée avec tes copines, non ? râla Alicia. Il t'a tout à lui tous les soirs.
−Je ne pense pas que cela l'embête mais je ne voudrais pas qu'il s'inquiète en ne me voyant pas rentrer, fit remarquer Karine en composant le numéro d'Aldie. Bonjour, mon chéri, c'est moi. Je ne t'ai pas réveillé en me levant ce matin ?... Ah tant mieux et tu t'es levé à quelle heure finalement ?… Comment ça, dix heures et demi ? Veinard, tu n'as pas honte de faire la grasse mat' alors que je bosse ?... Je plaisante, tu as bien raison. Dis-moi, Alicia et Mina me proposent d'aller faire les boutiques à trois en sortant du boulot, ce soir, cela ne t'ennuie pas si j'y vais, tu n'avais rien de prévu ?... D'accord, alors à ce soir, mon amour.
Elle raccrocha et sourit à ses amies.
− Ça marche pour ce soir et Aldie a dit qu'il s'occupait de nous préparer le dîner à la maison pour vingt heures, dit-elle avec un grand sourire.
−Chouette, on va se régaler, ton homme cuisine trop bien, se réjouit Mina. Mais avant, à nous les soldes !
Karine éclata de rire.
ooooooooooooo
Les trois amies quittèrent la bibliothèque à 17 heures tapantes. Karine étant un peu plus à l'aise depuis qu'elle avait rendu son appartement, elle se sentit d'humeur frivole, découvrant vraiment pour la première fois le plaisir de faire les boutiques avec des amies sans avoir à se préoccuper constamment du budget. Alicia et Mina prirent un malin plaisir à proposer à leur amie des tenues et des dessous plus affriolants les uns que les autres et elles piquèrent pas mal de fou-rires. Les taquineries de ses amies n'empêchèrent pas Karine de s'offrir de quoi affoler Aldéran.
Elles revinrent au duplex à vingt heures pile. Karine ouvrit la porte sur un appartement plongé dans la pénombre.
− Tiens, c'est bizarre, dit-elle.
Elle alluma la lumière et fit un bond quand plusieurs personnes s'exclamèrent simultanément.
− Surprise !
− Bon anniversaire, Karine, s'écria Eryna en se jetant dans ses bras.
− Quoi ? balbutia Karine, stupéfaite.
Elle parcourut l'assemblée du regard et vit que toute la famille d'Aldéran était là. Ce dernier s'avança et l'embrassa.
− Bon anniversaire, mon cœur, dit-il.
− Tu m'as organisé une fête surprise ?dit-elle.
− Oui, confirma Aldéran.
− Mais alors, dit-elle, en se tournant vers Alicia et Mina, hilares, vous étiez dans la confidence et faire les magasins n'était qu'une excuse ?
− Oui et non, on avait vraiment l'intention de le faire. On a juste choisi le jour qui arrangeait le mieux Aldéran, répondit Mina.
− Merci, mon amour, dit Karine, profondément émue, tu ne pouvais pas mieux choisir, c'est un merveilleux cadeau.
− Il y a une autre surprise, l'informa Aldéran.
Skyrone, Karémyne et Albator qui étaient restés groupés sans bouger, s'écartèrent alors en souriant, révélant celui qu'ils avaient dissimulé jusque là.
− Bon anniversaire, ma chérie, dit Jo.
− Grand-père, s'écria Karine en se jetant dans ses bras.
Elle était tellement heureuse de le voir qu'elle ne put s'empêcher de pleurer. Skyrone flanqua un coup de coude à son frère qui les avait rejoint suivi d'Alicia et Mina.
− Bravo, frérot, lui dit-il à mi-voix. En plein dans le mille.
Aldéran lui répondit d'un sourire rayonnant.
− Je suis tellement contente que tu sois là, toi aussi, s'exclama Karine. Mais depuis quand es-tu là ?
− Ce matin. Ton beau-frère est venu me chercher à la maison de retraite.
− Merci, Skyrone, c'est vraiment gentil de t'être déplacé exprès, dit-elle en le serrant dans ses bras.
Il lui rendit volontiers son étreinte.
− Mais je suis toujours prêt à faire plaisir à ma moitié, plaisanta-t-il.
Karine éclata de rire tandis qu'Aldéran soupirait en levant les yeux au ciel.
− J'aurais dû me douter que vous alliez bien vous entendre, tous les deux, se plaignit-il comiquement. Entre rats, c'était obligé.
− C'est moi que tu traites de rat ? s'offusqua Karine.
− Oui, répliqua Aldéran en souriant. Tu es mon rat de bibliothèque comme Sky est mon rat de laboratoire.
Ce fut au tour de Karine de soupirer en levant les yeux au ciel.
− Dans ce cas, toi, tu es mon petit poulet, monsieur le policier, lui lança-t-elle avant d'aller saluer le reste de la famille.
Aldéran resta un instant interloqué qu'elle lui ait donné le même sobriquet que Spoon puis il gloussa et attira la jeune femme contre lui.
− Mon vrai cadeau t'attend dans la chambre, mon petit cœur, dit-il. Tu veux bien aller le mettre pendant que je vous sers un verre à Alicia, Mina et toi ?
− D'accord, mais qu'est-ce c'est ? s'étonna Karine
Elle ne s'attenait pas à avoir un autre cadeau puisque la voiture qu'Aldéran lui avait laissé était censé être un cadeau en avance.
− Tu verras bien, petite curieuse, répliqua-t-il en lui faisant un bisou sur les lèvres. En attendant, je te prépare un Virgin Mojito, comme d'habitude ?
− Non, avec rhum, mais léger.
− Oh là, ça y est ? dit Skyrone en riant, La mauvaise influence de mon frère commence à faire effet sur toi ?
− Mais je n'ai pas de mauvaise influence ! protesta Aldéran. Je l'ai seulement dévergondée un peu. D'accord, je l'ai beaucoup dévergondée, ajouta-t-il, hilare en voyant le regard narquois de son frère.
− Eh ! Je suis encore là ! râla Karine, en lui donnant une tape sur le bras.
− Zut, j'avais pas vu, prétendit Aldie en riant de plus belle.
Karine se mit à rire et monta dans la chambre.
Elle trouva deux paquets sur le lit. Elle ouvrit le plus gros en premier et en sortit une robe. Elle vit tout de suite qu'elle était plutôt sexy. Elle la reposa et pouffa en voyant ce que contenait le deuxième paquet : une guêpière affriolante avec string et bas assortis.
− Aldie, murmura-t-elle, celui-là, il est plus pour toi que pour moi.
Elle prit une douche rapide, s'habilla et prit encore le temps de mettre une légère touche de maquillage avant de rejoindre les invités.
Lorsqu'elle descendit l'escalier, les conversations allaient bon train. Eryna fut la première à la voir.
− La voilà, déclara-t-elle.
Tous les regards convergèrent vers Karine qui rougit, embarrassée d'être ainsi le centre de l'attention.
− Eh bien, Aldie, tu as bien choisi la robe, apprécia Karémine. Karine est superbe.
Aldéran accueillit Karine en lui tendant son verre avant de glisser son bras autour de sa taille.
− Merci, mon amour, dit-elle. Ton cadeau me plait beaucoup.
− L'autre partie incluse ? s'enqui-t-il avec un sourire canaille, faisant rougir de nouveau Karine.
− Oui.
− Quelle autre partie ? demanda innocemment Eryna.
− Cela doit être une partie visible seulement par Aldéran, supposa Skyrone. Mais comme Karine est ma moitié, je pourrais peut-être avoir un droit de regard ? fit-il, taquin.
− Dans tes rêves, frérot, ce n'est que pour moi ! répliqua Aldéran en riant, sans s'offusquer de la plaisanterie tandis que Karine rougissait de plus belle.
Cela provoqua un éclat de rire général et la soirée se déroula dans une ambiance très joyeuse.
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Jo passa le reste du week-end au duplex, ce qui lui donna l'occasion de se payer la tête de Karine qui avait un peu trop bu pour son anniversaire et s'était réveillée avec une légère migraine. Cela ne l'empêcha pas d'accompagner Aldéran et Jo au cinéma en début d'après-midi puis dans une grande balade dans le parc qui fut conclut par un dîner au restaurant. La bonne humeur de Jo faisait plaisir à voir. Ce week-end le changeait agréablement de la maison de retraite. Cela faisait très longtemps qu'il n'était pas sorti ainsi. De son côté, Karine était tout aussi joyeuse et laissa volontiers son grand-père la taquiner. Elle fut à la fois étonnée et ravie de voir Aldéran l'aider spontanément à s'occuper de son grand-père qui ne pouvait se coucher seul.
Il était prévu que Karine raccompagne son grand-père à la maison de retraite le lundi après-midi. Ce matin-là, une fois Aldéran parti au travail, Jo et la jeune femme s'installèrent dans le salon pour attendre l'arrivée d'Albator qui avait profité de la soirée d'anniversaire pour prendre discrètement rendez-vous avec sa belle-fille.
Ponctuel, Albator arriva à l'heure dite. Quand Karine ouvrit, elle vit que ce dernier était venu accompagner de son oiseau, cette fois.
− Qu'est-ce que c'est que cette bestiole ? s'étonna Jo, qui le voyait pour la première fois.
− Ça, c'est Tori-san, un corback, le renseigna Albator. Je n'ai aucune idée de sa durée de vie mais elle est plutôt impressionnante pour un oiseau puisqu'il m'a choisi comme maître et ami depuis plus de trente ans et me suit fidèlement depuis.
− Donc, vous l'aviez déjà quand vous écumiez l'espace, remarqua Jo.
− Tout à fait, confirma Albator.
Les deux hommes se sourirent. Jo avait eu une certaine appréhension en rencontrant Albator. Il se souvenait clairement de l'unique fois où il l'avait vu plus de vingt ans auparavant alors qu'il était encore navigateur sur un cargo spatial. Albator était venu dans le saloon où Jo profitait d'une escale. Il en était reparti après avoir abattu en un éclair quatre chasseurs de prime qui avaient été alléchés par la prime posée sur sa tête. Et Jo n'avait pas non plus oublié la réputation terrifiante qui auréolait le capitaine pirate. Mais quand il l'avait rencontré, il avait été surpris de voir que cette aura avait fortement diminuée même si Albator restait impressionnant. Le découvrir au milieu de sa famille lui avait fait porter un autre œil sur le pirate et leur passé commun de marins de l'espace les avaient rapprochés. Les deux hommes avaient sympathisé et s'entendaient bien.
Albator s'installa sur le canapé face à Karine et attendit qu'elle lui ait servi un café avant d'attaquer le vif du sujet.
− Bien, dis-moi tout ce que tu sais sur mon passé, exigea-t-il.
− Je commence par quoi ? demanda Karine.
− Déjà, est-ce que tu parles de moi dans ta thèse ?
− Très peu, assura Karine. Je n'ai réussi à confirmer quasiment aucune information à ton sujet. Même pas ton état-civil. C'est comme si tu n'existais pas.
− Légalement, c'est le cas, confirma le pirate. J'ai été rayé de l'état-civil d'Heiligenstadt lorsque j'ai adopté le Jolly Roger comme pavillon.
− Cela explique tout, soupira Karine. Heiligenstadt, c'est où ?
− Sur Terre.
− Tu es né sur Terre ? s'étonna Karine.
− Oui, et on n'est pas là pour que je te donne des infos supplémentaires, rétorqua Albator. Qu'as-tu trouvé ?
− Eh bien, d'après ce j'ai su, commença Karine, tu aurais été à une époque le pirate le plus recherché de toute la galaxie. J'ai eu la confirmation que tu as bien été recherché et que la prime mise sur ta tête battait tous les records puisque j'ai déniché une vieille affiche de mise à prix à ton nom que j'ai récupéré. J'en ai d'ailleurs inclus le fac-similé dans ma thèse. Ensuite, selon les rumeurs, tu aurais combattu contre des envahisseurs à deux reprises. D'abord contre les Illumidas puis contre des femmes-plantes nommées Sylvidres. Mais personne n'a pu me confirmer qu'un tel peuple a existé et je n'ai trouvé que des allusions assez floues les concernant. Il a existé, ce peuple végétal ?
− As-tu trouvé autre chose ? demanda Albator, éludant la question.
Karine soupira avant de reprendre.
− Une histoire plutôt abracadabrante concernant une lutte contre des entités infernales qui voulaient ramener Satan parmi les hommes. Mais ça, je suppose que ce n'est qu'une légende spatiale, n'est-ce pas ? suggéra-t-elle.
Albator se contenta de sourire sans répondre ce qui agaça Karine. Elle avait l'impression de parler à un mur. Un mur qui se payait sa tête en prime. Elle décida de passer à l'offensive.
− On dit aussi que tu es un psychopathe n'éprouvant aucun remord, capable de tuer pour un regard de travers, un alcoolique invétéré, que tu n'as jamais été vaincu et que ton vaisseau serait le plus puissant de l'univers, énuméra-t-elle. Alors ? Quel est la part d'affabulations et de vérité dans tout ça ?
Jo, qui avait écouté sans dire un mot, fixa sa petite-fille avec des yeux ronds, stupéfait de la voir provoquer Albator de cette façon. Elle avait plongé son regard dans celui du pirate, le défiant ouvertement. Il regarda ensuite le capitaine, craignant la réaction de ce dernier. Karine semblait avoir oublié la dangerosité d'Albator mais Jo s'en rappelait très bien. Tout comme il se rappelait qu'Albator avait la réputation d'être plutôt susceptible et prompt à dégainer. Le silence s'appesantit entre la jeune femme et le pirate.
