Bêta/Lectrice : Manelor Merci pour tes conseils précieux et ton don pour traquer les fautes d'orthographes et surtout ta bonne humeur. Une fille super, qui traduit de super fictions au passage. Jetez un coup d'œil à Mortal elf.
La Terre du milieu ne m'appartient pas, elle est la propriété de la TOLKIEN estate entreprise. Seule Éden et mes précieux OC sont à moi. Ouinnn Thranduil n'est pas à moi. Too bad...
Merci à tous pour vos gentilles Reviews
Bonne lecture. Un conseil ce chapitre est long, comme un gros gâteau au chocolat je vous conseille de le manger en plusieurs fois.
Chapitre 8
Ir cenin eilph reviol
a lassath dhannol nu 'elaidh
aníron Ethuil cheriol.
'Quand je vois des cygnes voler
et des feuilles tomber sous les arbres
je veux que le Printemps commence soudainement...'
Firith Étiolement
Hithui 28 Novembre
Nouvelle Lune
Orithil Mercredi « A la lune »
L'an 1 du Tiers âge du Soleil.
Bord de l'Anduin, Premier navire de la flotte de Cirdàn.
Thranduil P.O.V
Thranduil tourna la poignée de la porte de sa cabine. Avec nonchalance, il dégrafa la broche dorée de sa cape puis la posa sur un siège de velours pourpre. Cirdàn n'avait pas fait les choses à moitié. Ses appartements étaient somptueux. Les meubles avaient été fabriqués par les meilleurs ébénistes. Le bois était décoré d'arabesques, de paysages forestiers. Les cerfs couraient sur le plancher. Ils semblaient vivants et plus libres que Thranduil ne le serait jamais.
Lui, il ne l'était pas. Jamais il ne s'était sentit plus troublé que lors de cette journée où elle avait disparu. Une journée n'était rien dans la vie éternelle d'un elfe mais celle-ci avait été l'une des plus longues qu'il n'avait jamais vécues. Le lit à baldaquin avait l'air d'être des plus confortables. Une bougie éclairait les lieux d'une lumière discrète. Les rideaux de soie blanche dansaient dans la faible brise du soir. Il alla vers le hublot et l'ouvrit en grand. Malgré le confort de la pièce, l'air était étouffant.
Le prince avait été toujours été d'un calme presque flegmatique. Seulement, en ce moment, il était troublé, énervé et impatient comme pouvait l'être un elfing. Il se sentait comme lors de ses chasses à Doriath. Il courait derrière une biche, il la voyait comme un point blanc derrière les feuilles mais dès qu'il s'approchait, elle disparaissait.
Éden était insaisissable comme la biche qu'il avait manqué de sa flèche une fois dans son enfance à Doriath. Peut-être valait-t-il mieux que le capitaine Andî ne la ramène pas. Fou qu'il était.
« Que tu es fou Thranduil... »
Il s'assit sur le matelas de plume. Il allait devenir roi de Vert bois-le-grand. Une elleth d'une beauté étincelante l'attendait en son royaume, elle prendrait place à ses côtés sur le trône. Il serra les poings qu'il ramena près de ses tempes.
Sa fiancée Vana, Damoiselle de la Maison de la Verte Feuille. Il y a longtemps qu'il n'avait songé à elle ...
L'avenir était tout tracé pour eux deux depuis des centaines d'années. Par ailleurs, il n'y avait rien de pire dans la vie d'un elfe que d'être dans la tourmente. Il se comportait comme un être humain. Avec ses sentiments dégoûtants, qui lui remuaient les entrailles.
Pourtant, il le savait, il ne ressentait que de la curiosité pour elle. Ses questionnements fourmillaient dans son esprit. Comment une humaine pouvait accéder à l'immortalité des premiers nés ? Ce n'était pas possible. Il avait vu dans ses yeux qu'elle ne mentait pas. Depuis toujours, il aimait posséder les raretés. Si Éden était ce qu'elle prétendait, cela la rendait encore plus particulière qu'elle ne l'était déjà.
Thranduil tira les rideaux d'un coup sec et s'allongea sur sa couche. Il voulait se persuader que ce n'était que de la curiosité qu'il ressentait pour elle. Peut-être qu'il voulait la protéger aussi elle était rafraîchissante d'une certaine manière. Elle avait fui alors qu'il lui avait promis de prendre soin d'elle. Vivre seule dans les Terres sauvages, était-ce mieux que vivre auprès de lui en sécurité ? Il se passa la main sur le visage en soupirant ...
Il grogna et souffla sur la bougie. La fumée blanche s'éleva dans la pièce. L'odeur de la cire brûlée lui souleva le cœur.
Son sourire éblouissant lui revînt en mémoire, sa voix énergique tintait encore dans ses oreilles comme des clochettes.
Ernil-nîn Thranduil ... Parlez-moi encore de votre royaume ? Thranduil, Thranduil ...
« Par les Valars, elle est assurément attachante... »
Les yeux grands ouverts, totalement éveillé, Thranduil fixait les dorures du plafond de son lit à baldaquin. Il n'arrivait pas à trouver le sommeil. Était-elle sur ce bateau ? Il enfouit son visage dans l'oreiller plus doux qu'un nuage. Cela faisait presque dix ans qu'il n'avait pas dormi dans un vrai lit. Quel cauchemar ! Il voulait la paix, un sommeil de mort. Thranduil préférait revivre ses souvenirs les plus terribles qu'attendre dans cette chambre princière. Il trépignait d'impatience. Thranduil Oropherion bouillonnait intérieurement. Il ne pouvait pas rester allonger plus longtemps.
Il attrapa un parchemin posé sur la table de chevet. Ses yeux parcouraient la même ligne, inlassablement ...
Aniron Ethuil cheriol ...
« Je voudrais tant que le printemps débute... Je serai couronné et si les Valars le désire je serai enfin en paix »
Un bruissement soudain le tira de ses pensées. La porte s'ouvrait ! Un pas tout sauf léger se faisait entendre. Son ouïe elfique ne pouvait le tromper, c'était elle. Doucement, il se redressa. Il se revit dans les fourrés, à guetter cette biche, l'arc à la main. Ses sens étaient aiguisés à l'extrême. Il n'avait aucun mal à se mouvoir de la manière la plus silencieuse qu'il soit, tel un félin prêt à bondir sur sa proie. Il ne voulait pas lui faire peur, qu'elle s'enfuit une nouvelle fois. Un sourire léger étira ses lèvres. Il était si heureux il allait enfin la revoir.
Des vêtements caressaient le sol, en un léger bruissement. Il pouvait entendre le bruit sourd du tissu au contact du plancher.
Il chassa cette joie de son esprit. Comment osait-t-il penser cela ? Plus cela allait, plus il perdait l'esprit. Où était passé son calme légendaire ? Il aurait dû éprouver de la colère. Il fallait qu'il éprouve de la colère. Il était Thranduil, fils d'Oropher, il se devait d'inspirer le respect. Cette elleth ne lui avait pas témoigné la reconnaissance qu'elle lui devait.
Elle marchait vers lui, vers le lit à baldaquin. Maintenant, elle se croyait sans limite, allant jusqu'à faire irruption dans ses appartements privés.
Grâce à sa vue perçante, il la voyait. Une silhouette fine se dessina derrière les rideaux. A chaque pas qu'elle faisait, une sourde tempête reprenait ses droits dans son âme. Il pouvait sentir son parfum si unique. Seuls ces morceaux de tissus les séparaient.
Ce parfum balaya sa raison.
Il oublia son rang et le sien. Thranduil voulait briser cette barrière. Lorsqu'un courant d'air souleva un pan du rideau, Thranduil ne put se contenir. Son visage semblait si apaisé alors qu'elle regardait par le hublot. Elle souriait, elle était heureuse et semblait si libre. Cela n'était pas acceptable. Il voulait que cette paix raisonne en lui. Qu'elle lui appartienne !
Il prit sa main et la poussa sur le matelas. Les rideaux se refermèrent sur elle. Il observa son visage. Ses traits transpiraient le charme. Ses yeux bruns s'écarquillèrent alors. Elle avait enfin compris. Décidément, elle était lente d'esprit. La joie qu'il voulait ignorer parcourut tous ses membres. Il voulait profiter de l'intensité de ce moment. Pour une fois, il faisait fît de sa raison. Elle avait été soufflée en même temps que la bougie présente sur sa table de chevet. Il entendit sa voix, elle lui parut presque irréelle.
- Thra ...Thran … duil.
Ernil-nîn Thranduil... Parlez-moi encore de votre royaume ? Thranduil, Thranduil...
Il approcha ses lèvres de son cou. Ses mains caressèrent ses cheveux. Il était ivre d'elle. Thranduil pressa ses lèvres dans la douceur de sa nuque. Il voulait s'oublier dans les mèches de sa chevelure. Aspirer à la même paix qu'elle ressentait. Cela était-il trop demandé ? Il l'embrassa comme il n'avait jamais embrassé. Sa langue caressa la sienne. Il voulait juste goûter avant de revenir dans cette vie où il était enchaîné à cette couronne. Il aimait la couronne de son père, cependant en cet instant, il voulait être enchaîné à elle. Les graines pourries plantées dans son cœur par le Mordor ne germaient plus en lui. L'acidité et la sécheresse disparaissaient lorsqu'elle était à ses côtés.
- Te voilà rentrée, Pinig, J'ai bien réfléchis à la correction que j'allais te donner. Murmura-t-il.
Bien sûr, ce n'était que des menaces vaines. Il voulait juste qu'elle comprenne que ...
Une violente douleur enflamma sa masculinité. Il se plia en deux ! Bien entendu, elle en avait profité pour partir. La raison revînt en lui, il serra les dents.
« Thranduil... ta folie n'a-t-elle donc pas de limite ? »
Qu'avait-il fait ? Il était furieux contre lui-même. Une fois il avait manqué de la tuer, maintenant il l'avait effrayé.
« Stupide ... Stupide ... Stupide ... »
Il s'élança à sa poursuite.
- Je me suis trompée de bateau. Je ... ne suis pas dans le bon. Souffla-t-elle. C'est ... c'est possible de faire demi-tour ?
Alors voilà où Éden Dilaurentis se retrouvait après avoir goûté un tout petit peu à la liberté. Sur le pont d'un énorme navire sur un fleuve inconnu, avec Thranduil et sa clique aux oreilles pointues. Sérieusement, les elfes étaient tous des vicieux ou des menteurs. Andî ne lui avait pas désigné le bon bateau ... Il s'était trompé ou l'avait trahis, au choix.
Elle fixa Thranduil. Il avait l'air en colère, certes, mais troublé en même temps. Ses yeux océaniques et ses mèches argent se mariaient divinement bien avec l'environnement aquatique du lieu. Habillé de ces vêtements immaculés, il avait encore plus l'air d'un ange.
L'ange de la plaine.
L'homme qu'elle avait rencontré quelques mois auparavant était semblable à l'image qui était restée présente dans son esprit durant toute la journée. Un mec d'une beauté inhumaine, incompréhensible. Une fois, il la menaçait et une autre fois, il l'embrassait. Elle recula, le sol était glissant. Elle ne sentait plus ses membres tant elle avait froid.
- Revenez, mon enfant, vous risquez de vous faire mal. Lui conseilla avec douceur l'elfe barbu, d'un ton teinté d'inquiétude.
A travers la pluie diluvienne, elle apercevait le visage du prince des elfes. Il fronçait les sourcils, elle pouvait lire dans ses yeux écarquillés la même peur que dans ceux de l'elfe barbus.
« Qu'ils me foutent la paix ! Ils sont insupportables. Si seulement une soucoupe volante, le traineau du père Noël débarquait ... N'importe quoi ! Mais, que quelque chose vienne pour que je puisse rentrer chez moi. »
Elle s'accouda à la rambarde du navire.
Thranduil marcha vers elle. Sa voix était couverte par l'orage. Que voulait-t-il dire ? Il courait vers elle maintenant.
- Éden, reviens, cette rambarde n'est pas stable ! Hurla-t-il en langue commune. Cette elleth risquait à chaque pas la mort. Il devait la ramener au chaud dans les cabines. Ainsi, il pourrait lui expliquer, la rassurer.
Il la rendait dingue. Alors il voulait quoi ? Faire « zizi panpan » avec elle dans sa cabine ? Il n'y avait pas marqué pute de luxe sur son front.
- Dégage, Thranduil ! Laisses-moi tranquille ! Vociféra la jeune femme. Les elfes étaient les pires pots de colle de la terre du milieu. Elle aurait tant voulu tomber sur des hobbits, des mignons petits nains. Pas des elfes foutus comme des spartiates de 300 et gouverné par un Léonidas peroxydé qui la rendait complétement folle.
Éden sursauta. La planche de la rambarde tangua et elle se sentit tomber en arrière. Elle tombait.
Allait-elle mourir d'une manière aussi stupide, loin de chez elle ?
Sa gorge émit un faible son. Sa tête percuta la coque du bateau. La dernière chose qu'elle sentit fût une main ferme lui attrapant le bras. On la remontait déjà vers le pont quand elle tomba dans l'inconscience.
Il la tenait dans ses bras. Son regard croisa celui des trois seigneurs elfes lui faisant face.
- Qui est cette elleth, mellon-nîn ? S'enquit Elrond avec force.
Près de lui, le tueur de Balrogs était profondément choqué par la scène. Cette elleth ressemblait trait pour trait à Laegolas, l'éclaireur d'Eryn Galen. Les mêmes cheveux ondulés, d'un bond sombre. Ce même visage en forme de cœur, ce nez légèrement retroussé. Glorfindel grimaça. Dès que les elfes du royaume d'Oropher étaient dans les parages, il y avait des catastrophes. A croire que les elfes sylvains appréciaient les problèmes. Dire qu'il épouserait une damoiselle d'Eryn Galen. Heureusement, Damoiselle Isil était le calme et la mesure personnifiée.
- Cela ne vous regarde en rien. Je vous en avais parlé dans une missive, vous n'avez pas jugé bon de me répondre. S'énerva Thranduil en serrant le corps inerte de la jeune elleth contre lui.
Son interlocuteur marqua une pause. Il rétorqua sur le même ton.
- Je n'ai jamais eu connaissance d'une telle missive, Cund Thranduil, Prince Thranduil.
De quoi parlait Thranduil ? Il n'avait jamais reçu de lettre parlant d'une elleth. Surtout pas de lettre ayant le cachet du Prince de Vert bois-le-grand. Il arqua un sourcil.
Le Seigneur Elrond se moquait-il de lui ? A moins qu'il n'eût jamais reçu une telle lettre ...
- Boe dhen eithad? Avez-vous besoin d'aide ? Demanda Cirdàn en un Sindarin de Doriath parfait. Il savait qu'entendre parler la langue de ses ancêtres calmerait Thranduil. Le jeune Thranduil avait l'air moins impassible qu'à l'ordinaire. Elrond et Thranduil étaient décidément les mêmes elfes que dans leur jeunesse. C'était sans importance. Cirdàn le Charpentier n'avait cure des querelles de ces enfants.
Il soupira et marcha vers Thranduil. Avec la guerre, cela faisait un certain temps que le vieil Elfe n'avait pas vu d'elleth. Dans un geste emplit d'une douceur en somme toute paternelle, il posa sa main sur le front de la blessée. Il psalmodia dans des prières que seuls les premiers elfes nés près du lac de Cuivénien connaissaient. Éden gémit, entrouvrit légèrement les yeux puis s'endormit.
- Ni 'lassui. Merci de tout cœur, mon Seigneur. Remercia Thranduil avec inclinant légèrement la tête. Cirdàn était l'un des meilleurs ellon qu'il connaissait. Le plus vieil Elfe que la terre du Milieu abritait. Le respect que ressentait Thranduil à son égard équivalait celui qu'il témoignait jadis à son propre père, Oropher.
Il serra Éden un peu plus fort contre lui.
- Elle dormira un peu, puis elle se réveillera en parfaite santé. Rassura le Seigneur à la longue barbe argenté.
- Je vous remercie encore. Je vous laisse, il nous faut rentrer au chaud. Avança-t-il. Il se tourna vers Elrond et Glorfindel. Nous parlerons. Termina-t-il avec gravité.
Tout n'était que douceur. Cela faisait si longtemps qu'elle ne s'était pas sentit aussi bien. C'était si confortable. Était-elle rentrée à la maison ? Doucement, elle ouvrit les yeux. Sa vision lui laissait apercevoir une table basse, impeccablement cirée. Un grand mur était visible droit devant elle, fait de ce même bois clair. La jeune femme, s'assit et se frotta les yeux. Toujours pas rentrée ... C'était trop beau pour être vrai. La cabine était plus petite que celle de l'autre malade de Thranduil.
- Je suis heureux que tu te portes mieux. Raisonna une voix qu'elle ne connaissait que trop bien.
Il était là, assis sur un siège, avec cette même grâce et force qu'elle lui connaissait. Il avait quitté sa tunique blanche pour revêtir un vêtement plus riche. Une chemise d'un vert émeraude au col incrusté d'une broche d'or de la forme d'une feuille de Frêne, symbole de la Maison du roi. Il portait un pantalon d'un brun sombre, des bottes de cuirs incrustées de vrilles de vigne argentés.
Les vêtements d'un prince d'Eryn Galen dans le Monde. Ses bras virils, d'une musculature sèche, étaient croisés sur son torse. Son visage n'avait plus aucune trace de colère ni d'autres sentiments égales à celui-ci. Il était d'un calme parfait. Ses yeux bleus étaient aussi tranquilles qu'un lac au printemps où le ciel bleu se reflétait. Il était si beau qu'elle avait envie de le claquer.
- Vous avez tant envie de me troncher ... Vous auriez dû me laisser tomber dans le fleuve. Peut-être que je serai rentrez chez moi. Je suis bien arrivée ici en tombant dans un marais. Alors, qui sait ? S'écria-t-elle.
Il s'en voulait terriblement. A cause de ses stupides agissements, elle n'avait plus aucune confiance en lui. Cela n'était pas bon pour ses projets.
- Cela ne fait pas partie de mes désirs. Enchaîna Thranduil d'une voix claire. Écoutes-moi bien. Ce n'est pas le futur roi de Vert bois-le-grand qui te parle. Ce n'est que Thranduil, fils d'Oropher. Je dois te demander pardon pour mes agissements dépourvus d'honneur. Cela ne se reproduira plus. Tu as ma parole. S'excusa-t-il en baissant la tête.
Éden n'en croyait pas ses oreilles. Thranduil, l'arrogant prince des elfes, lui demandait pardon, à elle ! Il s'inclinait même devant elle. Sous la stupéfaction, sa bouche s'entrouvrit légèrement. C'était trop facile de demander pardon ...
Cependant, après ces quelques mois passés en sa présence, elle commençait à le connaître. Jamais elle n'aurait pensé qu'il puisse s'excuser, surtout auprès d'elle. Comme il l'appelait aussi souvent ... Le pinig la toute petite. Cela lui faisait plaisir de voir sa gueule de beau gosse. Il lui avait quand même manqué. Même si ce n'était qu'un sale pervers, tyrannique.
« Rah ... Je ne supporte plus de vivre dans cette foutue Terre du Milieu. »
Lui ne demandait qu'une réponse. Il fixa ses pupilles marron, essaya d'y déceler quelque chose. Elle devait rester auprès de lui. Le mystère planant au-dessus de cette elleth était trop grand pour qu'il la laisse à quelqu'un d'autre.
Il fit un petit sourire en coin. Voilà ce qu'il désirait, qu'elle soit étonnée de sa réaction. S'excuser était la seule chose à faire et la plus intelligente. Les jeunes elleth étaient sentimentales, celle-ci ne ferait pas exception. Au fond de lui, il désirait ardemment qu'ils retrouvent tous les deux la même relation qu'ils avaient avant que de stupides querelles ne les séparent. Il aimait l'avoir à ses côtés, il ne pouvait le nier.
- Vous saviez ? Vous aviez promis de me protéger des dangers de ces terres et tout le toin toin mais pouvez-vous me protéger de vous-même ? S'enquit-elle avec un sérieux qu'il ne lui connaissait pas. Une fois, vous essayez de me tuer, une autre fois, vous me sautez dessus dans votre cabine. Je comprends que je sois irrésistible. Avec mon sublime 36 et mon 90 B ... Mais faut pas abuser non plus. Vous êtes un roi, trouvez-vous une courtisane, une maîtresse, une pute, l'un de vos ellyn, au pire, si vous voulez tâter de la rondelle. Mais pas moi ! S'offusqua-t-elle.
Le prince éclata de rire, d'un rire haut et clair. Il ouvrit une bouteille de vin et se servit un verre.
- Je n'ai rien compris à tes dires, Pinig. Lui avoua-t-il avec douceur.
C'était si rare de l'entendre rire. Elle aurait juré qu'il allait s'énerver. Il prenait vraiment sur lui ... Elle fronça les sourcils. Il fallait qu'elle reste prudente, afin de tirer le meilleur de la situation. Ce n'était pas si mal d'avoir un prince dans sa poche. Néanmoins, elle ne savait jamais à quoi s'attendre avec lui.
- Ça vous fait rire ? S'enquit-t-elle, blasée par sa situation critique. Un jour vous me sauvez ... Puis, vous manquez de me couper la tête en prétextant que vous rêviez ... Ensuite, vous m'embrassez comme si de rien n'était ... Un autre jour, vous me menacez ... Et enfin, rebelote ! Vous me sautez dessus, tel un pervers en manque. Enfin, à la fin de ce feuilleton où vous tenez le rôle principal, vous me sauvez in extremis de la noyade. J'en ai assez de votre caractère lunatique. Allez voir un psychologue, merde ! Je veux rentrer chez moi ! Hurla-t-elle en tapant du poing sur le matelas. Quelques larmes perlaient à ses yeux, essoufflée qu'elle était par sa colère.
C'était la deuxième fois qu'il la sauvait. Elle était heureuse d'être en vie, mais en même temps ça l'énervait. N'être qu'une damoiselle en détresse, qui se prenait des coques de bateau dans la gueule, c'était pas son délire.
- Ne me pousse pas à bout, Éden. Je ne vois nul mal à te sauver la vie. C'est une surprise que tu ne sois pas morte en trébuchant sur une feuille morte un peu trop humide. Tu attires le danger comme les Orques sont attirés par la pourriture. S'énerva Thranduil. Je peux te dire aussi que tu n'es pas aussi innocente que tu sembles le penser au regard du désaccord qui nous concerne.
Elle ne voyait pas ses torts. Certes, il ne s'était pas comporté avec elle comme son père l'aurait fait, avec la majesté d'un roi.
« Je ne suis pas encore un roi, et je ne suis pas mon père ».
Il pouvait demander pardon pour ses erreurs et laisser sa fierté de côté. Cependant, elle devait en faire de même.
Éden baissa les yeux, en se rappelant ce qu'elle avait dit sur son père, mort quelques mois plus tôt. Elle détestait s'excuser, mais il fallait reconnaître qu'elle s'était comportée comme une belle connasse. Étant donné que le royal Thranduil s'était excusé, elle pouvait faire de même.
- Díheno nin, excusez-moi pour votre père. Marmonna Eden en elfique la main sur sa poitrine, respectant la politesse elfique.
- Si j'accepte tes excuses Éden, acceptes les miennes. Saches que je te pardonne pour ta malheureuse insulte à l'encontre de mon père.
Le ton de Thranduil n'était que sincérité. Éden pouvait l'entendre. Elle ne voulait pas rester fâcher avec lui plus longtemps, mais sa fierté l'empêchait de lui sauter dans les bras, lui dire qu'elle le pardonnait, qu'il lui avait manqué. Thranduil était ... un ami. Un ami un peu timbré, mais qu'elle aimait malgré tout. Éden avait d'ailleurs aimé que cet ami l'embrasse.
Elle leva les yeux au ciel, stupéfaite par sa propre faiblesse. Elle ne pouvait pas lui pardonner aussi facilement. De toute manière, c'était certain, elle n'avait pas confiance en lui. Thranduil n'était pas fiable.
- Je vous pardonne pour votre attitude tout sauf royale, Ernil-nîn. Débita la jeune femme en elfique, d'une voix empreint d'un ton faussement sérieux.
Leurs yeux se rencontrèrent. Ils souriaient tous les deux. Le poids de la mésentente s'était envolé.
- Bien. Nous sommes quittes, désormais. Veux-tu un verre de vin ? Il n'est pas fort. Continua le prince dans un timbre de velours.
Il but une gorgée de vin. Ce vin était son préféré et ce moment était parfait pour le déguster. A Dorwinion, la terre des vignobles, les hommes l'appelaient « Le vin de la réconciliation ». Tous ceux qu'ils le buvaient, disaient que cela apaisait leur cœur.
- Vous inquiétez pas. Je tiens pas mal l'alcool. Merci cela me fera le plus grand bien. Accepta la jeune femme. Elle réussirait à se sortir de ce merdier. Qu'elle soit seule ou aidée d'elfes, ce n'était pas grave. Tous les chemins menaient à Rome. Tous les moyens étaient donc bons pour qu'elle puisse rentrer chez elle.
Le prince lui tendit une coupe à moitié pleine, remplie d'un vin d'un bordeaux sombre. Elle l'approcha de sa bouche. D'abord, elle trempa juste ses lèvres dedans. Elle en lécha doucement les quelques gouttes. C'était divin ! Différent du vin qui était produit en France. C'était épicé et parfumé.
Le vin lui réchauffait le cœur. Elle but une gorgée, puis son regard croisa celui de Thranduil. De ce fait, elle ressentit comme une décharge.
« Quand je suis avec lui, j'ai l'impression que je retombe en adolescence. J'en connais un rayon sur les mecs pourtant ... »
N'empêche, elle devait se l'avouer, il lui avait manqué durant cette journée ...
Un doux silence plana un instant. Il porta le vin à ses lèvres. Tous ses gestes étaient empreints d'une grande sensualité. Sa main caressa la coupe puis il posa le verre sur la table de chevet, proche du petit lit.
- Voyez, nous parlons la langue commune. Remarqua Thranduil en brisant le silence.
Éden serra les dents. Il fallait qu'elle le persuade qu'elle n'avait rien à faire sur ce bateau. Ils s'étaient réconciliés maintenant alors peut-être qu'il accepterait de la laisser partir.
- J'ai remarqué ... Je me dis que ça n'a pas la moindre importance, en fait. Vous savez, vous devriez me laisser partir. Je ne suis pas des vôtres. Je n'ai aucune famille ici, je sais pratiquement rien d'Arda. En plus je vous mets toujours dans l'embarras. Vous allez crever de honte à cause de moi, un jour ! Je vous le dit ! Vous allez être roi, je veux pas être un boulet pour vous. Essaya de le manipuler Éden.
Le sourire de Thranduil s'effaça. Il se leva brusquement et se dirigea vers une pochette, déposée sur un petit bureau. C'est avec vivacité qu'il défie la ficelle. Il en sortit un parchemin et une plume d'oie. Elle ne pourrait refuser son offre. S'il y avait une chose qu'il avait appris, c'est qu'elle aimait son indépendance. Il fallait qu'il lui donne ce qu'elle voulait.
Plus précisément, il fallait qu'il lui fasse croire qu'il lui accordait une fausse liberté. A l'exemple de cela, il pensa à ce fonctionnement politique qu'elle nommait démocratie. C'était une façon pour les puissants de donner au peuple une illusion de liberté. Une notion vaine que certains désiraient. Simplement, quand ils disposaient d'une infime partie de ce pouvoir, ils s'égaraient.
La jeune femme l'observa, étonnée. Qu'est-ce qu'il préparait ? Elle le suivit du regard avec suspicion.
- Tu as tort de te voir comme une étrangère. Je ne te vois pas ainsi. Tu fais partie du peuple des premiers nés d'Illuvàtar, Éden. Peut-être n'en as-tu pas conscience mais tu n'es pas sans attache. Je te propose un marché. Expliqua-t-il. Tu ne peux lire encore l'elfique. Je peux t'en faire la lecture.
- Ok pour le deal, Thrandeal. Allez-y ... Souffla Éden en buvant une nouvelle gorgée de vin.
Il déplia le parchemin.
- Cesse de plaisanter. C'est très simple. Tu ne seras plus une servante. N'ayant aucune famille, et au regard de ton âge, tu seras sous la protection de la couronne. Tu auras un logis, une éducation. Quand tu auras toute la connaissance nécessaire de cette terre, tu pourras quitter Vert bois-le-grand. Je le jure sur les cendres de mon père. Je t'aiderais à rentrer chez toi. Je te crois, Éden ... Tu n'es pas née ici. Seulement, adopte les coutumes de mon royaume, cela t'aidera plus que tu ne le crois. Ce papier signé, tu seras sujet d'Eryn Galen et pupille de la couronne. Certifia Thranduil en levant les yeux du parchemin.
- Pupille ? C'est quoi ça encore ? Votre pupille ? Interrogea Éden en renversant un peu de vin sur les draps blanc du lit.
Thranduil rit de nouveau. Cela faisait deux fois qu'elle l'entendait rire. C'était Noël aujourd'hui ?
- Tu n'es pas noble, Pinig ... Seule une elleth de sang noble pourrait devenir ma pupille. Te crois-tu dans un conte pour elfing ? Il plaça une mèche platine derrière une oreille. Puis continua. Cependant, les orphelins d'Eryn Galen sont tous sous ma protection. Tu seras adoptée par une famille de Vert bois. Tu auras une vraie place dans ce monde. Je te laisse même parler ta langue. En échange d'une instruction jugée convenable, tu rendras des services pour la Maison du roi. Quand tu seras instruite, tu pourras faire ce que bon te semble. Les lèvres du souverain se soulevèrent en un sourire mystérieux. Alors ?
« Alors... Alors... »
Ce prince la rendrait barge. Sa proposition était à réfléchir. Il fallait qu'elle possède toutes les cordes à ce fichu arc pour décider. En plus, ne plus être une servante serait un grand soulagement pour elle.
- Si j'accepte, vous allez vraiment m'aider à quitter ce monde ? S'enquit-t-elle. C'était trop beau pour être vrai. Depuis qu'elle savait qu'Andî l'avait fait monter dans le mauvais bateau, elle se méfiait d'autant plus des elfes. Ils n'étaient pas des anges. Ces êtres manipulaient et conspiraient autant que les hommes le pouvaient. Ce n'était pas parce que l'emballage était joli que les chocolats à l'intérieur étaient bons. Les elfes étaient comme des chocolats à la liqueur. Ils avaient l'air bon, mais quand on croquait dedans, on était irrémédiablement déçu.
Thranduil faisait tourner le vin dans son verre. C'était parfait. Éden allait accepter, il en était sûr. Il avait appris à connaître ce regard vague. Elle doutait et c'était agréable à voir.
- Je dois y réfléchir. Trancha Éden en posant la coupe sur la table de chevet.
Thranduil grimaça. Il ne s'attendait pas à cela. Il se leva avec majesté et rejeta sa chevelure magnifique en arrière. Il revînt à la langue chantante des elfes.
- Bien, Pinig, je te laisse le parchemin. On t'en amènera une copie en langue commune. Si tu es d'accord, signes-le. Suggéra le fils d'Oropher.
Il espérait au plus profond de lui qu'elle accepte. Il doutait lui aussi et ne supportait pas ce sentiment. Cela lui arrivait rarement. Son cœur se serrait à l'idée qu'elle s'éloigne. Il aimait sa présence. Comme à chaque fois il balaya cette idée. Par les Valars, penser une telle chose était une hérésie à son rang. Même ses maîtresses étaient d'un rang plus élevés que celui de cette elleth.
- Et que se passera-t-il si je refuse ? S'intéressa la française. Elle n'était pas une gamine naïve. S'il l'ignorait, il le saurait bien assez tôt.
- Si tu refuses, alors tu pourras partir, tu seras libre mais tu ne posséderas rien. Tu n'auras aucune aide, aucun secours. Jeune elleth inexpérimentée dans un monde dont tu ignores tout, tu finiras capturée par des tenanciers de bordels, ou tu mourras de faim dans les rues. Chez les hommes, il n'y a pas l'entraide qu'il y a chez les elfes, saches-le. Sans famille, ni honneur. Tu ne rentreras jamais chez toi.
C'est avec douceur qu'il raconta cet horrible tableau. Ses pupilles brillaient intensément. Thranduil était un elfe d'une grande sagacité. De plus, il était doué dans l'art de la persuasion.
Le prince sortit dans un claquement de tissu de sa cape couleur sapin. Ainsi, il laissa Éden à son dilemme. Elle fixait le papier sans le comprendre. Quant au prince, il espérait que sa petite explication la convaincrait.
C'était la plus grande salle du navire. Une table en acajou trônait en son centre où tous les puissants des peuples elfiques se rencontraient. Une seule délégation était humaine et c'était celle envoyée par Isildur, menée par son troisième fils, Ciryon. La réunion s'était mal déroulée. Le prince d'Arnor avait les mêmes idées arrêtées que son père sur le sujet. Il sortit de la pièce, tremblant de colère. C'était exactement ce que les ellyn Noldor et Teleri redoutaient.
- Il est plus têtu qu'un dragon protégeant son trésor, Cund vell. Fît remarquer avec inquiétude Rauros, l'écuyer du prince.
- Dire qu'il est le descendant de mon frère Elros et de ce fait, mon parent. J'espère qu'à l'avenir, il fera honneur au premier roi de Númenor. La race des Homme a failli. Gronda Elrond avec gravité.
Thranduil était lui-aussi profondément énervé par l'attitude des Hommes d'Arnor et du Gondor, mais comme le Seigneur Elrond, il n'en montra rien. Comme à son habitude, un masque de calme feint voilait son noble visage. La réaction des cadets d'Illuvàtar ne l'avait pas étonné le moins du monde. En revanche, il ne ressentait pas le sentiment de déception d'Elrond. C'était compréhensible, Isildur était de sa parenté. Thranduil connaissait la faiblesse des hommes. Il n'était déçu en rien.
Trois heures étaient passées, et il se demanda si Éden avait accepté sa requête. Le conseil était terminé. Ràvion fût le premier à sortir en vociférant en Quenya contre les Hommes, Ellon de feu qu'il était. Ràvion ne cachait jamais ses émotions, aussi violentes fussent-t-elles.
- Sevin ú-estel, Je n'ai aucun espoir. Parlementer avec ces mortels ne sert à rien. S'époumona le prince Noldor d'un timbre grave.
Puis Thranduil n'entendit plus que des jurons. Ràvion fils de Gil-Galad. Leur confrontation à l'arrivée au Port éphémère avait été orageuse. Glaciale de son côté, alors que son homologue Noldo semblait satisfait de leurs différends. Le fils de Gil-Galad voulait toujours avoir le dessus sur lui. Depuis des centaines d'années, cela n'avait jamais cessé. Leur rivalité était toujours aussi vivace.
Sans surprise, Elrond était l'un des derniers à partir. Il prenait son temps. D'une force tranquille, il était paisible. D'un port altier et plein de noblesse, il savourait avec délectation un lembas au miel. Sans grande surprise, Thranduil vit Vilya, l'anneau de Gil-Galad, au doigt du Seigneur Noldo. Jamais Gil-Galad n'aurait légué son anneau de pouvoir à son fils Ràvion. Il savait son fils avide de puissance, alors qu'Elrond était un elfe sage.
« Les anneaux de pouvoir. Une immondice créée par des Noldor » Pensa Thranduil en fronçant ses sourcils sombres.
- Peredhil... Vous m'avez dit, il y a peu, que vous n'aviez eu aucune connaissance de ma missive ... Glissa le Prince d'Eryn Galen en faisait signe à son échanson de lui remplir sa coupe de vin.
L'elfe à la chevelure noir acquiesça. Il proposa une pâtisserie à Thranduil que le prince accepta avec joie. Elrond rit intérieurement. Le prince d'Eryn Galen faisait son elfe inflexible, mais il ne pouvait cacher sa gourmandise.
- C'est la vérité. Que disait cette lettre ? S'enquit le Seigneur Elrond, ses yeux gris brûlant d'interrogation.
- Si vous ne l'avez point reçu, il n'est pas nécessaire que je vous en parle, Peredhil. Lâcha avec amertume le prince en buvant son verre.
Elrond plongea ses yeux gris dans les pupilles ciel de Thranduil.
- Que fais une elleth sur ce navire, Prince Thranduil ? Insista le hérault de Gil-Galad avec force. Thranduil devait répondre à sa question. Cela n'avait aucun sens. De plus, elle ressemblait énormément à l'elfe Laegolas qu'il avait déjà rencontré.
- Elle est à mon service, tout simplement. Coupa sèchement le prince d'Eryn Galen. Sur ce, je vous prie de m'excuser, Seigneur Elrond.
Il ne pouvait en dire plus aux Noldor. Ràvion désirait toujours ce qu'il possédait. Hors de question de leur en parler. Il ouvrit la porte de la cabine de réunion, suivit de ses conseillers. Moins les Noldor en connaîtraient au sujet d'Éden, mieux ce serait. Si Elrond n'avait pas eu la missive, cela n'avait que peu d'importance. Il fallait juste qu'il questionne Andî à ce propos. Il y songerait. Il salua Elrond de la tête, une main posé sur son cœur en signe de respect et quitta la pièce.
Elrond se massa les tempes. Les relations entre Teleri et Noldor seraient-t-elles toujours vouées à la discorde ? La guerre avait été remportée, mais la douleur qui en avait résulté était vivace et le serait pour des milliers d'années. Il soupira ... Tant d'amitié perdue et brûlée avec les corps des elfes tombés au combat. Voilà pourquoi les premiers nés d'Eru ne fêtaient jamais leurs victoires de façon expansive. Les Hommes fêtaient leur victoire depuis des mois alors que l'Unique pendait au cou de leur roi. La pire des ignominies n'avait pas été détruite. La faute à la faiblesse des Hommes.
« O Elbereth, la guerre est-elle bien finie ? Ou serais-je encore témoin des destructions causées par le Malin ? Morgoth et Sauron ont tués tant des miens. Que le mal ne renaisse jamais des cendres du Mordor. » Implora-t-il en son âme.
Non loin du quartier des capitaines de la noblesse, des éclats de voix tonnaient derrière les murs. Wilwarin était rentré dans la cabine du capitaine Andî, fou de rage.
En revanche, malgré la colère qu'il éprouvait à son égard, il ne put masquer son inquiétude. Isil avait l'air encore plus souffrante que la veille. Ils se connaissaient depuis l'enfance. Ils avaient joués ensemble, Isil venait manger chez sa mère dans le village. Wilwarin venait dans les cuisines de la Demeure du Seigneur Seregon manger des beignets à la cerise. La jeune elfing avait même convaincu son père de lui laisser l'accès à sa bibliothèque privé. Ainsi, Seregon s'était aperçu de l'intelligence de l'elfing sylvain et l'avait pris sous son aile. Isil avait été si heureuse pour lui, car elle pensait que cela les auraient rapprochés. Lorsqu'elle était partie en Lindorinand chez Damoiselle Nimrodel il y a cent ans, il en avait été très affecté... Isil était l'une de ses rares amies ou plutôt sa seule amie.
Il souffrait de la faire chanter de la sorte, mais leur relation n'était plus la même désormais. Elle était fiancée au Seigneur Glorfindel... Après la guerre, cet ignoble Noldo l'amènerait au Lindon. Il ne la reverrait plus. Comment avait-t-elle pu accepter cela ? Elle était son amie. Wilwarin ne voulait pas la partager. Il ne voulait pas être seul. Lorsqu'il avait fait le voyage au royaume d'Amroth, elle l'avait rejeté comme un moins que rien.
Tous les deux, ils n'étaient pas du même monde. Isil lui avait été utile un moment, mais ce n'était plus le cas. Il n'était plus l'elfe timide et brimé qu'il était auparavant. Désormais, il était Wilwarin, scribe du Seigneur Seregon, membre de la Maison du Chêne. Il était un ellon fort, il avait le contrôle.
- Ne joues pas avec moi, Isil. Cracha Wilwarin. Tu l'as cherché ! Je dirai tout à ton père, à ton cher fiancé. Et tu perdras tout.
A son plus grand étonnement, la sœur d'Andî éclata de rire. D'un rire frais qu'il connaissait bien. Un rire qu'il entendait quand elle gagnait aux échecs alors qu'ils étaient enfant. Le rire du vainqueur.
- Je ne serai pas aussi sûr de moi si j'étais toi, Mellon-nîn. Ironisa-t-elle en croisant les jambes.
Que voulait-t-elle dire ? Il ne supportait pas d'être celui dont on se jouait. Jamais, il n'aurait pensé qu'Isil puisse ramener Éden à Thranduil. Sa blessure lui faisait perdre la tête, il n'y avait pas d'autres explications.
- Parle ! Que veux-tu dire ? Interrogea Wilwarin, les yeux révulsés par la colère. Il bouillait de savoir ce que cette chienne d'Isil préparait.
- C'est d'une simplicité folle, vois-tu ... Tu sais que mon frère fait partie des forces secrètes de la couronne. Par ma présence, je le remplace, en ces lieux. Lorsque le roi écrit une missive, il utilise deux parchemins. L'original est envoyé, la copie est confiée à un membre des services secret. Dans le cas présent, c'est moi, mon frère étant par son rang, l'un des plus hauts gradés. Ce procédé est inconnu de tous, à part des principaux intéressés. Le roi et les sedryn, personne fidèles. Explique-t-elle. Tu as détruit l'original et imité l'écriture de Thranduil Ernil. Si je montre ce double, il verra qu'il est différent et je dirai que c'est toi. Il sera facile à mon père de reconnaître ta plume. Ainsi, tu auras beau révéler que je suis une elleth, tu tomberas avec moi. Révéla Isil dans une quinte de toux.
Ses poings étaient si serrés que ses ongles lui égratignaient les paumes. Alors c'était cela... Isil pensait vraiment qu'elle allait s'en tirer en le menaçant. Elle avait oublié à qui elle avait à faire. Il respira profondément et afficha à sourire de façade.
- Que veux-tu, Damoiselle Isil ? Demanda Wilwarin d'une voix suave.
- Tu me laisseras en paix, tu ne diras rien à personne. Tu laisseras Éden tranquille, aussi. Ce n'est pas compliqué à comprendre. Un faux pas de ta part et tu es « mort ». Je te préviens car tu étais autrefois un ami cher à mon cœur. Je te donne une chance Wilwarin... Prend-la.
« Isil Seregoniel, je te laisse cette impression de satisfaction un court moment. C'est une petite consolation pour une ancienne amie chère à mon cœur ». Songea-t-il en ricanant intérieurement.
- I naw nîn ben naw dhîn , Je suis d'accord. Tu as gagné Titalle « petite en Quenya », je m'incline...
L'elleth n'en croyait pas ses oreilles. Il s'inclinait... Wilwarinl'elfe, l'élève le plus brillant de son père, acceptait aussi facilement de se soumettre.
Wilwarin prit avec nonchalance sa cape sur le canapé et en accrocha la feuille de chêne d'argent au col. Cela rendait Isil verte de rage qu'il porte le blason de sa famille. La Maison du Chêne, Bar-en- Doron était la plus respectée de Vert bois. Si son pauvre père savait ...
- Je suis heureuse de voir que tu as retrouvé la raison Wilwarin. Maintenant, laisses-moi, Boe i loston. Je dois me reposer. Murmura-t-elle en un souffle on s'allongeant sur son lit.
Le Sylvain sortit avec grâce de la cabine. Elle pensait pouvoir se jouer de lui, la pauvre avait tort. Ses lèvres tremblèrent. Il caressa la broche en forme de feuille de chêne de sa cape. La pauvre Isil... Il ne pouvait pas la laisser ainsi, blessée et souffrante. La culpabilité lui rongeait le cœur. Il aurait dû la dénoncer depuis le début. S'il l'avait fait, elle aurait été à l'abri.
Éden sortit de son lit. Depuis trois heures, elle lisait et relisait la liasse de parchemin, essayant de peser le pour et le contre. Et maintenant, elle en était rendue au même point. Rester avec une génération de mannequins made in Terre du milieu était la solution la plus logique. Thranduil avait promis de l'aider. S'il tenait sa promesse, elle pourrait sans doute rentrer à la maison.
Par la présente, Thranduil Prince d'Eryn Galen, fait d'Éden une des Pupilles du Royaume des forêts du Nord.
Celle-ci, en tant que Pupille, devra demeurer au sein du Royaume jusqu'à ce que son adoption dans l'une des familles d'Eryn Galen soit prononcée. Elle y recevra une éducation complète et jugée acceptable :
. Apprentissage des langues, à l'écrit et à l'oral : Sindarin, Sindarin de Doriath, Nanien commun et Quenya.
. Découverte de l'Histoire et de la Littérature du peuple elfique.
. Art de la guérison.
. Archerie et combat rapproché.
La pupille, en échange de cette éducation, devra rendre service à la communauté. De plus, celle-ci devra …
Et blablabla… Le document continuait sur des pages et des pages. Thranduil ne lui avait pourtant marqué que l'essentiel. Ce qui la gênait, c'est qu'elle ne pouvait pas faire ce que bon lui semblait et quitter le royaume quand elle le voulait. Aussi, si elle signait, elle allait devenir un sujet de Thranduil. Pas une citoyenne libre, mais un sujet ...
Le discours de Thranduil l'avait quand même remuée. Dans la mesure où elle ne quitterait peut-être jamais la terre du Milieu, il ne serait pas trop mal d'avoir un endroit où vivre. Devenir une clocharde immortelle ou une esclave à la solde de Mafia moyenâgeuses, non merci.
Pour la première fois, elle s'avoua qu'elle avait eu de la chance de tomber sur des elfes. Le petit moment de solitude où elle avait quitté le camp de Thranduil n'avait pas été une ballade de santé. Ce monde n'était pas aussi sûr que le sien. A chaque moment, on pouvait se faire embrocher par une flèche. Seule en ces lieux, elle ne donnait pas chère de sa peau. Alors que si Thranduil lui octroyait un lieu où vivre, elle pourrait apprendre pourquoi elle était arrivée en Arda.
Son regard balaya la pièce.
La cabine était charmante, elle devait se l'avouer. Minuscule, mais confortable. Son lit était moelleux. Taillé dans un gros tronc d'arbre. Le mobilier comportait aussi un petit bureau, une commode rustique où des oiseaux semblaient en plein vol.
Un cri de joie s'échappa de sa bouche quand elle vit tous les vêtements qu'elle contenait. Seulement, ils auraient été plutôt au goût de fille geek adepte de jeu de rôles ou bien d'une de ses ancêtre en remontant bien une dizaine de génération. Sur la droite, une porte menait à une salle de bain très joliment décorée.
« Si on peut appeler cela une salle de bain... C'est plutôt une pièce microscopique avec une bassine. »
Qu'importe ! Éden était tout de même heureuse. Les elfes ne pouvaient se douter à quel point le confort pouvait manquer à une fille du 21ème siècle. Flottant sur un nuage de bien être, elle se comparait aux participants de Koh Lanta lors de leur victoire de confort. Toutes ces nuits à dormir sur le sol, à se faire bouffer par les moustiques ! Toutes ces journées où elle ne pouvait pas se laver, à puer le phoque ! Envolé !
Une récompense existait pour les filles malchanceuses. Et puis merde ! Elle prendrait toutes les opportunités se présentant à elle.
Après s'être lavée, la jeune femme ouvrit une petite commode et en sortit une cape en laine crème, une robe et du linge de corps.
Elle enfila rapidement une robe très simple, couleur lilas. Les manches étaient larges, le col remontait jusqu'au cou. La jeune citadine n'aimait pas les robes trop longues. Cela lui serra le cœur de penser à son dressing. Plus jamais elle ne mettrait sa jupe taille haute corail ...
« J'aurais été si canon avec cette jupe, des talons noirs... Un chemisier blanc légèrement décolleté ». Dépitée, elle caressa le volant de la jupe. « Bienvenue aux pays des bonne sœur... ».
Tout venant de son monde lui manquait... Son appartement, chacune de ses affaires, le voisin casse burnes et la circulation... Surtout ses proches, rien de penser à l'idée de ne plus jamais les revoir, c'était insupportable.
« Allez Poulette, garde le moral. Tu les reverras tous et il y aura bien un chirurgien esthétique pour te raccourcir ces oreilles de chauve-souris. ».
Curieuse, elle continua de fouiller dans les tiroirs. Cela lui occupait l'esprit, lui évitait de penser. La jeune femme crut s'étouffer de rire en revoyant les sous-vêtements.
« Ils feraient des économies de tissu si ils faisaient des strings à la place »
La chose qu'elle tenait entre les mains ressemblait plus à un short trop large. Toujours en riant, elle enroula une culotte bouffante autour de sa tête. Puis elle mit sa cape et plaça une autre culotte sous le tissu de sorte de se faire une bosse. Puis, en pleurant de rire, elle chanta en se trainant comme Quasimodo :
- Belle
C'est un mot qu'on dirait inventé pour elle
Quand elle danse et qu'elle met son corps à jour, tel
Un oiseau qui étend ses ailes pour s'envoler
Alors je sens l'enfer s'ouvrir sous mes pieds
J'ai posé mes yeux sous sa robe de gitane
A quoi me sert encore de prier Notre-DAAAAME
- Que fais-tu ? S'enquit une voix profonde.
Parée de son déguisement de fortune, Éden se retourna. Devant elle se tenait un Thranduil stupéfait, qui la regardait de la tête aux pieds. Apparemment le prince s'inquiétait de sa santé mentale. Gênée d'avoir été découverte dans une situation aussi ridicule, Éden enleva rapidement son curieux chapeau et défit sa cape avec un léger sourire gêné.
Tiens, Thranduil. Je faisais une petite séance d'essayage. Se justifia-t-elle avec un sourire gêné.
Thranduil ne savait jamais ce que cette elleth allait faire comme bêtise. Elle n'arrêtait jamais, à croire qu'on ne pouvait jamais la laisser seule plus de trois heures, c'était épuisant. Après cette gênante surprise, il accompagna Éden sur le pont.
Manifestement, elle avait ri si fort que ses yeux en avaient pleurés. Il soupira en pensant à l'image d'Éden portant un linge de corps sur sa tête. Durant le début de leur promenade, il lui posa de nombreuses questions sur les us et coutumes de son Monde. Puis, il lui demanda si elle avait bu la bouteille de vin de la réconciliation qu'il avait laissé sur la table de chevet. La réponse fût négative. Il en vînt à la conclusion que le petit spectacle d'Éden n'était pas une tradition de son monde, mais bien une autre de ses folies.
- Je ne pense pas que tu avais si tort que cela quand tu m'avais dit que je mourrai un jour de honte à cause de toi. Imagines, Pinig, le Seigneur Cirdàn a failli m'accompagner dans ta cabine. Il s'inquiétait pour toi. Réprimanda Thranduil, le sourire aux lèvres.
- Je fais des choses étranges quand je m'ennuie. N'y prenez pas garde, Cund vell. Pouffa Éden en se tenant à la rambarde du navire.
Ils étaient tous les deux sur le pont inférieur, la brise du soir leur caressant le visage. Le navire brillait dans les ténèbres de la nuit sans étoiles. Thranduil observa la jeune femme. Elle était charmante dans cette robe, emmitouflée dans cette cape blanc cassé. Elle avait coiffé ses cheveux de manière étrange. Un gros chignon relevé au-dessus de sa tête qui laissait s'échapper quelques mèches folles. Les cheveux s'enroulaient sur eux-mêmes comme des spirales d'or. Sans réfléchir, Thranduil caressa l'une de ces ondulations près de sa nuque. A cet instant, Éden éternua.
- Vas-tu bien, Éden ? Demanda Thranduil, un soupçon d'inquiétude dans la voix. En tant qu'elfe, il était étranger à toutes sortes de maladies. Les très jeunes elfes tombaient malades, cependant. Avait-t-elle pris froid sur le pont ?
- J'ai dû attraper un sale virus quand j'ai couru en chemise sous la pluie. On est bientôt en hiver, faites attention, vous risquez de l'attraper, vous aussi... L'informa l'elleth en se massant la gorge.Ah c'est vrai vous êtes des sortes de mutant... Chuchota-t-elle en se rappelant de leur invulnérabilité aux maladies.
A chacune de ses phrases, de la buée sortait de sa bouche. Elle était morte de froid. Le prince retira sa cape et la posa sur ses épaules tremblantes.
- As-tu réfléchis à ma proposition ? L'interrogea Thranduil brûlant de connaître la réponse.
- Laissez-moi un peu de temps pour réfléchir... Quand arriverons-nous en Lindorinand ? S'enquit-t-elle à son tour.
Alors, elle ne savait toujours pas. Comment pouvait-elle encore hésiter après avoir lu les parchemins ? Avoir une situation fiable ne l'intéressait pas ?
C'était relativement normal, elle n'avait plus confiance en lui. Tout cela à cause de ses stupides agissements durant la soirée. Thranduil était patient, il prendrait le temps qu'il faut pour qu'elle se sente bien auprès des siens. Elle ne savait même pas tenir une épée correctement.
Durant leur leçon d'escrime, il s'était rendu compte qu'elle était de loin la plus médiocre des combattantes qu'il avait eu comme élève. D'ailleurs, il se souvînt que leurs entraînements étaient l'attraction favorite des soldats. Une fois, elle avait couru vers lui, l'épée à la main, d'une étrange façon, en hurlant que la Force était avec elle. Si elle manquait de s'évanouir devant une minuscule araignée, que ferait-elle face à un rôdeur sans maître ou un orc ?
- Nous arriverons dans une lune au Royaume d'Amroth. Cela te laisse deux semaines pour te décider. Lui apprit l'héritier du trône. Il ne voulait pas la brusquer. Éden était capable de se braquer et de partir, comme la dernière fois. Aussi têtue que le fils d'Isildur. Éden disait souvent qu'elle n'était pas une elleth, mais une humaine. Il devait reconnaître qu'Éden avait les mêmes émotions exacerbées que les êtres humains.
- Marché conclu ! Lança-t-elle.
Thranduil sourit et lui fit un léger baisemain qui ne déplut pas à la jeune femme.
« Qu'il arrête de faire sa chaudasse... »
Elle retira sa main, légèrement mal à l'aise. Ces frissons lui parcouraient l'échine à chaque fois qu'il la touchait.
- Je vais te raccompagner à ta cabine, Pinig. Viens avec moi. Intima-t-il. Décidément, cette elleth l'amusait trop pour qu'il s'en sépare.
Une silhouette massive les observait su pont supérieur. Les cheveux noirs de l'elfe volaient dans la nuit et épousaient les ténèbres avec perfection. Il se caressa le menton en observant Thranduil et l'elleth partir.
Ainsi on disait vrai, Thranduil avait bien amené une elleth avec lui à la guerre. Sinon, d'où venait-t-elle ? Le plus surprenant, c'est qu'il avait reconnu sans peine Laegolas, l'éclaireur d'Eryn Galen. Il était stupéfait de l'intérêt du prince de Vert bois-le-grand pour cette beauté quelconque.
Ràvion connaissait les goûts de Thranduil pour les femmes car ils étaient très similaires aux siens. Cela était souvent un sujet de plaisanterie lorsqu'ils étaient proches amis au Lindon, au début du deuxième âge. Ràvion eu un sourire nostalgique. A cette période, Thranduil n'était pas un prince, juste le fils d'un Seigneur de Doriath.
§ § §
Une semaine se déroula avec une lenteur épouvantable. Éden avait attrapé une mauvaise grippe et avait été clouée au lit. Quelques elfes comme Arphen ou Amàndil lui rendaient visite la journée. Comme à son habitude, Amàndil faisait le clown et elle riait tellement que ce n'était plus possible de l'arrêter.
Le soir, après ses réunions, Thranduil venait la voir. Il lui avait offert un très bel ouvrage aux bordures dorées rempli d'histoires et de poèmes. Prétextant de ne pas comprendre certaines légendes, elle le suppliait de rester. A sa plus grande surprise, il cédait.
Il lui conseillait de s'entraîner à l'écriture, ce qu'elle faisait avec le plus grand mal. L'écriture elfique était belle à voir, mais affreusement difficile à écrire. Décidément, les elfes aimaient la difficulté ! Toute la journée, elle attendait qu'il vienne lui raconter l'histoire de Beren et Luthien, la création d'Arda et d'autres histoires à dormir debout. La jeune femme n'en cru d'ailleurs pas un mot lorsqu'il lui dit que cela s'était réellement produit. Naturellement, il en vînt des disputes sur des sujets scientifiques ou métaphysiques. A croire que les elfes ne savaient pas ce que le mot science signifiait.
Pourtant, elle avait essayé de lui expliquer que le Soleil ne pouvait pas être issu du dernier fruit de l'arbre d'or « Laurelin ». Qu'elle appelait cela dans son jargon « des grosses conneries. »
Thranduil était d'une grande patience. Il prenait le temps de lui expliquer chaque détail avec minutie. Elle était persuadée que le Soleil était une étoile de plus de cinq milliard d'années. La jeune femme lui avait même répété que toutes les étoiles du ciel étaient des soleils.
Quand il lui avait raconté la naissance des elfes durant l'âge des arbres, elle avait éclaté de rire en disant que cela n'avait aucun sens. Enfin, elle s'était décidée à ne plus le contredire. Ces croyances étaient chères à Thranduil alors elle devait les respecter, et cela même si elle n'y croyait pas.
Malgré leurs querelles d'opinions, ils s'entendaient à merveille. Thranduil appréciait ces moments passés avec elle. Le lendemain de son arrivée sur le bateau, il était tombé sur un livre parmi ses effets, « La légende des âges » en Sindarin et en langue commune. Avec une expression détachée, il lui avait offert celui-ci en disant que cela l'occuperait. Mais, elle avait tellement insisté pour qu'il lui lise, qu'il était resté.
« La pauvre elleth est si inculte, il n'y a aucun mal à rester pour lui expliquer quelques éléments ». Pensa-t-il en se confortant qu'il n'y avait rien d'ambiguë à cela.
Ainsi, chaque soir, il lui rendait visite une heure ou deux après son repas. Il ne se lassait de lui poser des questions sur son monde. Durant leur voyage vers le Port, elle lui en avait raconté une grande partie. Pourtant, il restait tant à comprendre.
Le prince cru entendre une fable quand elle lui affirma que chez elle, un homme avait marché sur la lune. Les récits de l'elleth étaient remplis de prouesses technologiques, à n'en plus finir. Les armes que son peuple possédait, étaient si puissantes qu'elles auraient terrassées l'armée de Sauron en une seule journée. Nulles épées ne tailladaient la chair de leur ennemi, nulles flèches ne fendaient l'air. Contrairement à cette barbarie, ils avaient le pouvoir de voler dans le ciel, d'illuminer leur logis sans feu. Sur la Terre, on ne marchait plus, on prenait « la voiture ».
En revanche, contrairement à toute cette magie, la nature mourrait. Il comprit alors pourquoi Éden ne ressentait pas cet amour pour les créatures et végétaux que les elfes ressentaient d'ordinaire. Les siens s'étaient isolés de leur terre. Ils ne vivaient pas en communion avec elle, mais puisaient sans remord dans ses ressources comme des parasites.
« Éden sera mieux à Eryn Galen que dans son monde ». Se disait-t-il profondément choqué par cette folie. Là-bas, il pourrait la guérir de sa peur pour tout ce qui ne marchait pas sur deux jambes.
Éden Andreaiel « Fille d'Andréa ».
Thranduil la trouvait affreuse avec son nez rouge, ses immenses cernes et son teint blafard. Une fois, elle fut si fiévreuse qu'elle faillit se moucher dans sa cape. Il était parti, fou de rage, mais était vite revenu la voir. Sainte Elbereth, malgré ses frasques, il ne s'ennuyait jamais avec elle.
Après ses réunions catastrophiques avec les Noldor et les Humains, la voir lui faisait le plus grand bien. Ciryon était d'une fidélité sans faille à son père Isildur et croyait comme lui que l'anneau était la juste récompense de son père, pour avoir tranché le doigt de Sauron. D'après sa logique, son père avait pris l'anneau à Sauron, il pouvait donc le garder. L'atmosphère était incroyablement pensante dans la salle de réunion. Ainsi, lorsqu'il passait la porte, Thranduil n'avait qu'une seule envie, retrouver son elleth et entendre son rire.
Firith Étiolement
Girithron 5 Décembre
Premier croissant de Lune
Orgaladhad Jeudi « aux Deux Arbres ».
L'an 1 du Tiers âge du Soleil
Une semaine riche en découverte venait de se terminer. Même si elle avait été malade comme un chien, elle ne s'était pas ennuyée un seul instant. Mieux encore, la journée promettait d'être la plus agréable de toutes. La grippe étant guérie, elle sortit prendre l'air.
En cette fin d'après-midi glaciale, Éden traversait le pont de long en large avec Amàndil. L'elfe Sylvain était heureux de passer l'après-midi en compagnie de son amie. Cependant, il n'avait pas compris quand elle lui expliqua qu'elle voulait faire sa Rose de Titanic. L'elfe sylvain était passionné par la navigation, il expliqua à Éden la manière dont avançait le navire et comment celui-ci avait été construit. Son plus grand rêve était de partir pour les Havres Gris pour devenir marin. De suite, la jeune femme l'encouragea à partir mais le lieutenant lui répondit juste en lui souriant tristement. Ils furent alors interrompus par un bruit assourdissant.
Sur le pont, des elfes s'affairaient à sortir les tonneaux de vin des cales du navire. L'un des deux ellyns qui portait la marchandise sur le pont supérieur devait avoir déjà bu une partie du contenu. Il trébucha et tomba sur les fesses. Le tonneau roula et finit sa course dans le fleuve sous les éclats de rire d'Éden et Amàndil.
Le cinq décembre marquait une fête pour les futurs couronnements des trois princes. Tous désiraient que les honneurs rendus à leur souverain soient plus grands que ceux des deux autres. Les elfes ne manquaient jamais une occasion de se saouler. Les ellyns sylvains de Vert bois-le-grand étaient les champions sur la question, toute catégorie confondue. Anniversaire, victoire aux cartes, baptême d'une nouvelle épée ou arc. La moindre chose était un prétexte à la beuverie. Elle songea à Thranduil. Il n'avait pas l'air très enclin à fêter son futur couronnement. La veille, les yeux voilés par une brume de tristesse, il lui avait même proposé de voir les feux d'artifices en sa présence, plus tard dans la soirée.
- Charmante Éden, je suis ravie de te raccompagner à ta cabine. Lança cérémonieusement Amàndil.
- La joie était partagée, cher ami. Répondit Éden sur un ton égal en prenant la poignée de sa cabine. Na van gwêg ? Où vas-tu ?
Amàndil se frotta la tête, souriant à pleine dents et s'approcha d'elle à petit pas. L'elfe sylvain lui révéla avec discrétion :
- Vois-tu, je suis de ceux qui pensent que les nobles ne savent pas s'amuser. Les princes et leurs hommes de confiance vont boire du grand cru et se féliciter toute la soirée, avec de sales sourires hypocrites. Plus grave, le premier conseiller du Seigneur Elrond, Erestor Erchamion, est l'organisateur de la fête. Alors, nous, personnes du commun, allons organiser notre propre fête.
- Erestor le manchot ! S'exclama-t-elle morte de rire. C'est son véritable patronyme ?
- Non, c'est une épithète de mon invention pour désigner l'elfe le plus mal baisé de tout Arda. Excusez-moi du terme, gente dame. Il fit une petite courbette en accompagnant son excuse. Le connais-tu ? Interrogea le malicieux Amàndil.
- Je l'ai croisé il y a une semaine. Un elfe chiant comme la pluie. Lui apprit l'elleth en se souvenant de son court voyage au côté des Noldor. « Peut-être Manchot, mais foutu comme un dieu ». Pensa-t-elle. La jeune femme rit de plus belle en pensant qu'elle avait vu dans le plus simple appareil cet elfe amoureux du protocole.
- I naw nîn ben naw gîn mellon-nîn, Je suis d'accord avec toi mon amie. Déplora-t-il. Il fit semblant de pleurer ce qui fit encore plus rien la jeune femme. Pire encore, Maître Lindir s'occupe de la musique ... Continua-t-il sur un ton déchirant. Déjà que je te disais que les nobles ne savaient pas s'amuser … A part les nobles d'Eryn Galen, bien entendu. Sa majesté Oropher était un grand buveur de vin et un amateur de chants et de danse. Mais les Noldor sont les elfes les plus ennuyeux de toute la création d'Illuvàtar ! En bref, je vous fais une petite équation, douce Éden. Une fête à laquelle on additionne des nobles, un organisateur Noldo, un chef d'orchestre Noldo. Cela est égal à... ?
L'elleth fit semblant de réfléchir puis lança :
- Une torture mondaine !
Amàndil acquiesça gravement, se prenant la tête dans ses mains.
- Mais pourquoi aucun elfe de Vert bois-le-grand ne s'occupe de la fête ? S'enquit Éden en dégrafant la broche de sa cape.
- Je soupçonne Thranduil Ernil de ne pas vouloir s'amuser. Le prince aurait sans doute préféré que le Roi Oropher survive avec lui. La couronne peut échoir à un héritier de deux façons. La première, c'est que le Roi, las de ses obligations, offre le pouvoir à son fils de son vivant. La deuxième, est le départ du souverain pour les cavernes de Mandos. Lui apprit le frère aîné de Wilwarin avec gravité.
Alors c'était cela ? Thranduil pensait à son père. Plus ils se rapprochaient d'Eryn Galen, plus son visage s'assombrissait. Les elfes aimaient leur routine, ainsi le père de Thranduil devait être un repère pour lui. La voix de séducteur de son ami l'a sorti de ses pensées.
- Que fais-tu ce soir, jolie Éden ?
- Rien de bien spécial... Thranduil sera dans la salle à manger pour la fête. « Le seigneur Cirdàn aurait fait fortune dans les paquebots de luxe dans mon monde ». Pensa-t-elle Et ... Il ne veut pas que je sois présente avant les feux d'artifices. Alors ... je vais rester dans ma cabine. Raconta l'elleth avec déception. Pour... La jeune femme fit une pause et attrapa l'une de ses mèches de cheveux fourchue en grimaçant. Pour me couper les cheveux, Tiens. Youhouhou. Lança-t-elle avec plus d'entrain.
Amàndil mis sur son épaule avec un grand sourire dévoilant ses charmantes fossettes.
- Passe la soirée avec moi ! Je vais dans la salle à manger des officiers pour une fête plus explosive. Il n'y aura que la crème des elfes les plus amusants d'Eryn Galen. Viens... Ensuite, tu pourras rejoindre cund Thranduil pour les feux d'artifice. Proposa l'ellon.
- Mmmhh... Hésita-t-elle. Ok, je viens ! Gloussa Éden en langue commune.
Le cinquième... le cinquième verre qu'il buvait et le chant de Maître Lindir n'était toujours point terminé. Non qu'il chantât faut, mais le Quenya l'excédait. Il tapotait l'accoudoir de ses doigts parés de fines bagues de mythril. Par les Valars, il semblait voué à l'ennui le plus total. La pièce était remplie de personnes parmi les plus illustres d'Arda, mais pas une seule ne titillait son intérêt. Pire, son propre écuyer l'avait couvert de honte en hurlant la chanson la plus vulgaire de Vert bois-le-grand aux oreilles de Lindir et des musiciens. Cuthalion l'avait accompagné sur le pont pour qu'il se calme.
Si cela ne tenait qu'à lui, Thranduil serait déjà couché. Cependant, il avait proposé à sa Pinig « Toute petite » de voir les feux d'artifices. Plus important, cette fête était en l'honneur de son futur couronnement, alors partir n'était pas convenable. « Que faisait-t-elle en ce moment ? »
- Thranduil Ernil, apprécies-tu cette soirée ?
Le prince serra les dents. Il ne manquait plus que Ràvion pour que son humeur soit pleinement exécrable.
- Elle est comparable à celles que les ellyn de ton père organisaient au Lindon. Lâcha Thranduil en lui adressant un sourire ironique.
Ràvion rit à gorge déployée.
- Cela faisait longtemps que je ne t'avais pas vu plaisanter. Nota-t-il. Au plus grand désespoir de Thranduil, le haut prince des Noldor s'assit à ses côté, puis fit signe à son échanson de lui remplir un verre. L'on m'a dit que tu avais une rose, mais que tu la gardais pour toi seul, est-ce vrai, mellon ? Ràvion insista sur le mot ami d'une façon qu'il lui donna envie de lui briser la bouteille de vin sur le crâne.
- Je n'ai que faire des babillages de couloir, mellon-nîn. Tu devrais en faire autant. Répondit le Prince d'Eryn Galen avec un sourire glacial.
Une voix féminine éclata au-dessus de la harpe de Lindir.
En claquant la porte de sa cabine, Éden fît tomber la petite carte du bateau. Le navire n'était pas non plus un paquebot, mais il était quand même grand pour une construction moyenâgeuse. « Oh non… ». Elle retourna la carte, avec un regard perplexe. « Dans quel sens je dois regarder ce truc. Merde, Amàndil dessine comme un enfant de quatre ans ». Successivement, elle inversa le sens de la carte. « Je trouverai, il faudrait juste demander mon chemin ».
Son ami lui avait rappelé que les elfes offraient des présents à leurs princes pour les féliciter. Elle ne possédait rien du tout, alors elle était allée dans les cuisine préparer un cupcake à la framboise. Thranduil avait beau faire son elfe mûr de plusieurs milliers d'années, il aimait les sucreries. Heureusement que le cuisinier avait été présent, elle avait tant galéré à allumer le feu dans le four en terre cuite.
Sortit du couloir, elle essaya de voir où elle devait allée sur la carte. Perdue, elle regarda autour d'elle quand elle vit Rauros descendre les escaliers en titubant légèrement.
Le prince l'avait intimé de sortir lorsqu'il avait commencé à chanter une chanson paillarde au Maître Lindir. C'était point sa faute, on s'ennuyait trop à cette fête, il fallait bien qu'il mette un peu d'ambiance. Il eut un hoquet. C'était sans importance, il allait juste rejoindre son détesté Amàndil dans la salle à manger des officiers au-dessous, au moins là-bas on savait s'amuser.
- Rauros, peux-tu me dire où est la salle à manger ? Je tourne en rond depuis quinze minutes, et tout le monde est trop saoul pour me répondre. S'enquit-t-elle avec une moue paniquée. Toi aussi, t'as pas l'air net ...
- Lé salle à manger... J'adore manger. Moh t'es bizar..re avec ces cheveux comme ça... Il en pouffa t. Salle à mangé est là-haut, petite Éden... Maais ! Je te préviens. L'écuyer leva un doigt tremblant en guise d'avertissement. Je te préviens. On s'ennuie... un peu... Alors je descends chez mes amis, à une vraie fête. Rauros lui fit un signe de main et s'en alla.
Éden regarda Rauros et le vit trébucher. « Oulalala, ça a l'air d'être une bonne soirée là-haut. Tellement de temps que je ne me suis pas amusée comme il se doit ! ». L'elleth trépignait d'impatience.
Quelques minutes plus tard, elle arriva devant une porte massive. De la musique se faisait entendre ainsi que des chants d'une grande beauté. Les vers flottaient dans l'air comme des nuages. Ils s'élevaient dans la nuit avec une telle force qu'Éden se sentit voyager avec eux. « C'est un peu doux comme musique, mais l'important c'est les personnes d'une soirée. Là, je pourrais même m'éclater avec les 'One direction' en fond sonore, tant j'ai envie de m'amuser. Amàndil doit être survolté à cette heure-ci. Je suis si heureuse qu'il m'ait invité. » Pensa-t-elle en poussant la porte.
Comme une tornade, elle surgit dans la pièce, dans le tourbillon de sa robe rose pâle.
- Yeah, les gars, servez moi un verre d'alcool ! J'ai soi...
Le spectacle qu'elle vît lui coupa toute envie de rire. Au centre de la pièce, un elfe aux longs cheveux de jais avait les doigts posés sur une harpe. Autour de lui, des convives vêtus de la manière la plus riche étaient assis à une table en demi-cercle.
Parmi eux, Éden remarqua Thranduil. Il était vêtu d'une tunique d'un bleu aussi clair que ses yeux de glace. Sur ses épaules viriles reposaient une cape de laine blanche fermée par une broche en or de la forme de la feuille de frêne. Le front de l'héritier était paré d'une tiare d'argent où ses mèches de cheveux s'entrelaçaient. Son visage d'éphèbe était pétrifié par la colère.
Cela contrastait avec l'amusement du Prince Ràvion. Encore, ce n'était pas la seule chose dénotant avec le Prince d'Eryn Galen. Les vêtements du Noldo étaient d'un pourpre chaud. Ses cheveux étaient tressés de chaque côté de ses tempes et coulaient le long de sa nuque comme de l'encre. Sa cape d'un noir corbeau contribuait à renforcer son aura particulière.
Derrière ces deux puissances de la nature, se tenait Arphen. Il articula quelques mots suivit de gestes d'épileptique.
- Ce n'est pas la salle à manger des officiers ? Demanda-t-elle prudemment.
Éden était là, devant lui. Ses cheveux avaient été raccourcis jusqu'à ses frêles épaules d'une manière beaucoup trop courte voire choquante pour une elleth. A son plus grand désespoir, sa tenue la mettait en valeur. Elle portait une robe en satin d'un rose printanier, longue, fluide et près du corps. Le haut se terminait avec une encolure plongeante, dévoilant une mince poitrine. Autour de sa taille fine, une ceinture de soie blanche soulignait ses hanches délicieusement arrondies. Son nez était encore rouge. Elle était toujours malade.
Ràvion afficha un grand sourire et s'exclama :
- Eh bien, Mellon-nîn, tu aurais dû me dire qu'il y avait une invitée. Veux-tu boire un verre de vin, ma douce. S'enquit-t-il.Par Yavanna ! C'est tout ce qu'il manquait à cette célébration pour qu'elle soit parfaite. Je t'en prie, assieds-toi.
Éden déglutit. Ràvion le Haut-prince des Noldor. Elle tombait encore sur cet elfe déstabilisant. Son visage était si beau que s'en était douloureux à contempler. Une mâchoire carrée et de belles lèvres. Un nez droit surplombé par deux grand yeux bleus. Des sourcils assez bas et arqués lui donnant un regard envoutant, un sourire au coin. « Voir des personnes moches, ça me reposerait les yeux. » Déplora-t-elle. Il ressemblait énormément à cet acteur pour pré-adolescentes en chaleur, Ian Somerhalder. « Il était mieux à poil ». Conclut-t-elle.
S'assoir ici, avec eux ? Deux jours auparavant, il avait prévenu Éden qu'il valait mieux qu'elle se fasse discrète. A priori, il était impossible de demander une telle chose à cette elleth. Mais, cela n'avait plus d'importance, maintenant qu'elle était rentrée dans ce cercle fermé. Il devait la présenter à tous. Éden semblait hésiter, ses yeux brillaient d'une étrange manière, comme si elle avait déjà vue Ràvion auparavant.
- Viens te joindre à nous, Éden, ton prince te le demande. Appuya Thranduil en désignant un siège vide à ses côtés.
- Ok... Je veux dire, à vos ordres, votre grâce. Elle eût un petit rire gêné puis alla s'assoir, prenant une démarche plus crispée qu'à l'ordinaire.
L'elleth ne correspondant en rien aux critères de beauté elfique. La grande taille était prisée, ainsi que des hanches généreuses et une taille fine, signe d'une bonne fécondité. Les chevelures longues étaient un atout de charme incontournable. La couleur allait du jais poli pour l'elleth noldor à l'or filé pour les Sindars et sylvaines. Certaines possédaient même des cheveux d'argent, comme la fille du seigneur Celeborn. Une elleth de bonne famille avait les cheveux jusqu'à la taille, certaines dames avaient aussi la chance d'avoir la soie de leurs cheveux jusqu'au sol, formant une traîne de lumière. Les cheveux courts étaient réservés aux traitres.
L'elfing qu'ils avaient devant eux était bien trop petite, aussi menue qu'une humaine. En plus, son visage n'avait pas l'air d'être frais et rosée comme une fleur. Son nez était légèrement rougi, le grain de peau n'était pas parfait. C'était dommage car ses yeux frangés de longs cils étaient beau. D'une couleur brune automnale. Ràvion ne pouvait croire que le prince d'Eryn Galen, habitué à coucher avec des beautés sculpturales, s'attache à une petite souris. La fiancé de Thranduil était, en disait-t-on, d'une beauté rare, et son rival favorisait un pissenlit alors qu'il possédait le plus splendide des Lys.
Le charme qu'elle possédait était indéniable, mais aucun ellyn ne se battrait pour une fille pareille. Dans sa robe rose, il crut voir un petit bourgeon. Ràvion se caressa la lèvre inférieure. Ses seins n'étaient pas si mal.
- Vous appréciez la vue ? Demanda brusquement Éden en le regardant dans les yeux.
En entendant cela, le prince Ràvion faillit recracher son verre. Thranduil se tourna vers elle, les yeux écarquillés.
- Bah quoi, je lui demandais juste s'il appréciait la vue. Il n'arrête pas de me reluquer la poitrine depuis toute à l'heure. Expliqua la jeune femme en haussant les épaules. « Tous des pervers, ces elfes... ».
S'il y avait une chose pour laquelle Thranduil appréciait Éden, c'était pour son franc parlé. Dans un milieu où tout n'était hypocrisie, elle faisait preuve d'une spontanéité peu commune. Cependant, il fallait qu'il corrige son impertinence.
- Excuse-la, Mellon nîn. Cette jeune elleth fait parfois preuve d'une maladresse peu commune. Lâcha Thranduil avec nonchalance avec un léger sourire.
- Les jeunes elleth sont si naïves, c'est touchant. Répondit Ràvion, avec le même sourire. Elle n'était pas merveilleusement belle, ni soumise comme une damoiselle devait l'être. Nous sommes-nous déjà vus ? Iston i nîf gîn, je connais ton visage.
Le diner s'annonçait amusant. Le seigneur Elrond avait fini sa conversation avec Cirdàn depuis qu'elle était arrivée. Lui aussi désirait en savoir plus.
- J'ai cette même impression. Insinua-t-il en plongeant son regard dans celui de la jeune femme. Gênée, elle tenta de se cacher derrière une carafe de vin.
Thranduil plissa les yeux. Que voulaient-dire Elrond et Ràvion ? Le capitaine Andî n'était pas encore venu au rapport. Était-ce possible qu'elle les connaisse. Aucun sens... Demain, il convoquerait le capitaine. Quelque chose clochait... Il le sentait.
Soudain, Gildor, elfe à la solde du Seigneur Glorfindel, rentra dans la salle à manger.
- Que tout le monde vienne ! Nous lançons les feux d'artifice !
Elle avait été sauvée par le gong. Faut dire qu'elle se voyait pas de dire à tous ces elfes qu'elle les avaient vu tous à poils. Avoir l'air d'une perverse devant toute une assemblée de seigneurs elfes n'était pas son objectif premier.
Tout naturellement, elle pensa à Andî. Elle ne l'avait pas vu de la semaine. Faut dire qu'elle n'était pas beaucoup sortie de sa cabine à cause de la grippe. Mais demain elle le retrouverait ! Il lui devait bien des explications. La confiance était pour elle une valeur importante qu'un ami ne devait pas briser. Ce traître lui avait bien dit de se méfier de tout le monde. A l'avenir, elle écouterait ce conseil à la lettre.
Des explosions de couleur illuminaient le ciel. Tous les elfes de la flotte de Cirdàn le charpentier, sortait sur les ponts des navires pour voir le spectacle. Depuis une heure, les lumières de la fête embrasaient le ciel. Un ciel où un croissant de lune pâlissait à la vue de l'arc en ciel de lumière.
Baigné par la lumière artificielle des feux, Thranduil recevait avec une froide politesse tous les présents de ses vassaux et amis. Chacun lui souhaitait un long règne. Ils attendaient avec hâte son couronnement. Le 21 mars, de l'année du Tiers âge, il serait couronné roi de Vert bois-le-grand. Avec ferveur, il priait pour qu'il fût un aussi grand roi que son père. Que ses agissements marquent autant l'histoire que les siens. En rien n'était son intention, de le décevoir.
L'horizon lui rappela douloureusement que son père ne la fixerait plus à ses côtés. Il aurait tant voulu que son père soit encore en vie, ne serait-ce que quelques instants de plus. Qu'il bénisse son règne, comme tout roi faisait avec son fils. Quand fût finie ces interminables félicitations, il soupira de soulagement puis traversa la foule.
Il avait été pris à partie par la populace et la noblesse. Ainsi, il n'avait pas observé les feux d'artifices avec Éden comme il le lui avait promis. Se pupilles océaniques balayèrent les silhouette des elfes qui se prosternaient devait lui. Sans doute, était-elle rentrée en sa cabine ? Las de cette journée, il prit aussi le chemin de la sienne. Thranduil Oropherion détestait lorsque les choses ne se déroulaient selon son bon vouloir. Il ne voulait pas que Éden rencontre les Noldor car il savait que sous cette apparence commune se cachait un lourd secret.
Une humaine devenue elfe.
Le vent devait souffler plus fort sur les voiles du navire. Éden devait-elle s'entretenir au plus vite avec Galadriel ? Il s'arrêta de marcher et serra les poings. A chaque fois qu'il était question de cette elleth, il devenait impatient. « Que tu es fou, Thranduil... » pensa-t-il.
Une main douce lui prit le poignet.
- Qui ose ? Gronda-t-il, les yeux brillant de colère.
« Éden ? ». Ses boucles blondes, cuivrées par la lumière rougeâtre des feux d'artifices, s'agitaient doucement dans le vent. Son sourire éblouissant lui incendia l'esprit. Dans sa seconde main, il remarqua le panier qu'elle avait posé sur la table dans la salle à manger.
- Tranquille, Thranduil ce n'est que moi. J'ai quelque chose pour vous ! Murmura-t-elle
- Quoi donc, Pinig ? Cette journée ne serait pas totalement insupportable tout compte fait.
- C'est pour vous. Je savais que vous n'étiez pas heureux à cause de votre père... Je me sentais coupable pour ce que j'avais dit... Elle s'arrêta un instant de parler, chercher ses mots. Puis balança en langue commune en lui tendant le panier. Et puis merde. Tenez.
- Surveille ton langage en ma présence. Ordonna-t-il avec autorité. Il sentit ses traits se radoucir. Ses lèvres se muèrent toutes seule en un sourire lorsqu'il vit le contenu du panier. C'était un cadeau décoré avec minutie. À côté de la friandise, une liasse de parchemin s'enroulait.
- Tadaaaam ! Après mûres réflexions, j'accepte de devenir un sujet de Vert bois-le-grand. Tant que je reste libre, tout me va. Vous m'apprenez à être une elleth et en échange je travaille. C'est raisonnable. J'ai surtout aimé le passage stipulant que je pouvais travailler et gagner ma vie comme je le voulais. Et puis, une année en tant que pupille de la couronne, c'est rien. Débita-t-elle sans reprendre son souffle.
La journée se terminait de la plus merveilleuse des façons, il avait ce qu'il voulait. L'inconnue de Dagorlad, l'humaine devenue elfe, était à lui.
« Une année Valars, cent quarante-quatre années solaires »
Du bout des doigts, il effleura ses cheveux. « Voilà pourquoi tu dois t'instruire Éden. Ton ignorance te rend naïve. ». Il lui dirait demain qu'une année Valar n'était pas ce qu'elle croyait être. Pour l'instant, il voulait juste la voir heureuse. L'avoir auprès de lui.
- Ci fael, Anneg vîr mi 'uren. Merci ton cadeau est un trésor. Remercia le futur roi avec douceur.
- Maintenant, mangez le gâteau ! S'exclama-t-elle en lui tendant Cela s'appelle un cupcake. Il est à la confiture de framboise.
- Cupcake... Répéta-t-il avec une intonation parfaite. Je dois avouer qu'il est appétissant. Il sépara un bout de gâteau avec ses doigts et le porta à ses lèvres.
Sa jeune cuisinière éclata de rire. Quelques larmes perlaient sous ses yeux tant elle riait. Il s'arrêta de manger, perplexe.
- Vous vous êtes tout barbouillé. Remarqua-t-elle. Avec douceur, elle enleva le sucre glace de ses lèvres.
Par les Valars, elle le rendait fou. S'il n'y avait eu foule sur le pont, il l'aurait prise contre le mas du navire. La jeune femme s'éloigna de lui avec un joli sourire, alla parler mais ...
Elle se figea d'un coup puis se mit à trembler. Thranduil vit Ciryon avancer vers eux.
« Le fils d'Isildur ».
- Thranduil Ernil... Je vous dérange, il me semble. Je désirerai moi-aussi vous donnez un présent pour votre futur couronnement. Annonça-t-il dans un Sindarin parfait.
A la plus grande stupéfaction de Thranduil, Éden pleurait à chaudes larmes. Elle s'avança alors vers le Prince Ciryon et se jeta dans ses bras. Le Gondorien ne savait plus que faire. Il regarda Thranduil, complétement déstabilisé.
- Oh je te hais... je te déteste. .Elle frappa son torse en sanglotant de plus belle. Mais je suis si heureuse en même temps. Plus...plus seule ici désormais. S'étrangla-t-elle.
Thomas... sanglota-t-elle. Elle posa un doux baisé humide de lèvre sur sa joue.
« Thomas ? ». Thranduil lança un regard le prince Ciryon. Que voulait dire cette mascarade ? Elle venait tout juste de prononcer, encore une fois, le nom de l'homme lorsqu'elle gémissait dans son sommeil.
A suivre...
Dans 2 semaines Chapitre 9 : Pleine lune
Comment réagira Éden en apprenant qu'elle est contrainte de rester en Vert bois pour 144 ans ? Que Thranduil est fiancé ?
Isil va-t-elle pouvoir garder son secret éternellement ?
Ciryon ressemble trait pour trait à l'homme qui a fait souffrir Éden, est-ce une coïncidence ?
Personnages du chapitre :
Eden Dilaurentis : Jeune femme de 25 ans tombée en Terre du Milieu. Après une dispute avec Thranduil, elle part seule aidée par Andî. Seulement, le capitaine des éclaireurs qui n'est pas ce qu'il prétend être la trahis pour défaire Wilwarin. Elle accepte finalement de devenir une pupille du royaume de Vert bois-le-grand pour une durée d'un an, et d'apprendre à être une elfe. Rassurée par la promesse de Thranduil de l'aider à rentrer chez elle. Ce qu'elle ne sait pas encore c'est que une année Valar équivaut à 144 années solaires. Lors de la fête en l'honneur du futur couronnement des trois princes, elle croit revoir son amour qu'il l'a trompée, Thomas, sous les traits du prince Ciryon du Gondor et d'Arnor.
Thranduil Orophérion : Elfe de 3539 ans, né à Doriath durant le règne de Thingol. On apprend dans ce chapitre qu'il est fiancé à une Damoiselle d'Eryn Galen, Vàna, future reine. Il ne cesse de se questionner sur cette elfe étrange qu'il a rencontré sur la plaine de Dagorlad. Il dépêcha le capitaine Andî pour trouver Eden, celui-ci accomplit avec brio sa mission et lui ramène saine et sauve. Il meurt de curiosité pour elle. Il s'entend bien avec elle, apprécie sa présence. Il réussit à la lier à lui par le contrat des pupilles de Vert bois-le-grand qui ne peuvent quitter le royaume qu'au bout de 144 années de service.
Elrond Earendilion : 3499 ans. Seigneur de Foncombe, ancien hérault de Gil-Galad, conseiller du Prince Ràvion. Il a hérité de l'anneau de pouvoir de son roi. Il déplore la politique actuelle, et est déçu de l'attitude d'Isildur. Il tente de convaincre le Prince Ràvion de ne pas lui arracher l'anneau par la force pour le détruire. Il croit reconnaître Laegolas l'éclaireur sous les traits d'Éden et se demande pourquoi elle accompagne Thranduil.
Ràvion Ereinionion 3441 ans. Haut-prince des Noldor. Il aime Thranduil comme un frère et le hait comme le plus cruel des ennemis. Il aime régler les affaires par la force, et ne s'embarrasse pas de dialogue. Il est amusé par l'intérêt de Thranduil pour Éden, et même déçu de son rival qu'il a habitué à de plus belles conquêtes.
Wilwarin Palantirion : Il n'a que 807 ans et pourtant il possède une place avantageuse au sein de la Maison du Chêne. Scribe de Seregon, il profite de ses talents pour copier la missive de Thranduil pour Elrond. Il se fait piéger par Isil et se retrouve pieds et poings liés. Mais prudence, c'est un elfe intelligent qui arrive toujours à ses fins. C'est un ami d'enfance de la fille du Seigneur du Chêne.
Isil Meltintallë Seregoniel : Age 795 ans. Elle trompe Eden et Wilwarin, du même coup et tout cela pour que le scribe de son père ne la fasse plus chanter. Elle apprécie Éden et trouve que c'est mieux pour elle de rejoindre Thranduil. La pauvre et blessée par un poison de Morgul et souffre en silence. Elle est fiancée au Seigneur Glorfindel.
Amàndil Palantirion : 1806 ans. Frère ainé de Wilwarin. C'est un véritable ami pour Éden et cela depuis le début. Son rêve est de construire des navires aux havres gris, mais pour une raison mystérieuse, il s'y refuse.
Les sedryn :
« Personnes fidèles », membres de la police secrète de la couronne de Vert bois-le-grand.
Vilya : L'anneau de l'air. D'abord la propriété de Gil-Galad , il lègue à Elrond à sa mort. Il est fait d'or et serti d'une pierre bleue. Le plus puissant des trois anneaux des elfes forgé par Celebrimbor.
L'arbre d'or : Dans le silmarillion c'est grâce à son fruit que serait né le soleil.
Ciryon : Troisième fils d'Isildur. Il est tué avec son père et ses deux frère lors du massacre du Champ des Iris, à la 2ème année du Tiers âge du soleil.
