Chapitre 10 : Le maître assassin

Notes : J'espère que ce chapitre vous plaira et plus particulièrement la scène avec Abby pour ceux qui l'attendaient. Ce chapitre est le cadeau de Noël que je vous offre !

Alors Joyeux Noël à vous tous !

Bises,

Guepard54

AR/NCIS

Zeljan Kurst n'était pas quelqu'un de particulièrement anxieux, simplement sa profession lui avait rapidement appris qu'un homme averti en vaut deux.

Kurst était un Yougoslave d'environ quarante cinq ans mais il était en vérité difficile de lui donner un âge dû à son visage très inexpressif. Très grand, chauve, des yeux gris et froids, il faisait partie des hommes les plus recherchés au monde et un membre imminent du Conseil Exécutif de la tristement célèbre organisation Scorpia.

En ce moment même, il se demandait qu'elle était la meilleure démarche à suivre après la visite impromptue d'Alex Rider la nuit dernière. Le garçon représentait vraiment une épine dans le pied de Scorpia et c'est pour cela qu'il n'avait pas eu d'objection lorsque l'un de ses collègues restants, le Dr. Three, avait nonchalamment proposé de massacrer la famille qui avait accueilli l'ex-espion aux Etats-Unis. Les Pleasure avaient effectivement été tués mais Kurst regrettait que l'un de leurs meilleurs assassins ait croisé Rider peu après sur le lieu même du massacre, qui lui avait vidé un chargeur dans le corps.

Le grand Yougoslave avait tout d'abord été surpris par l'audace de l'adolescent à revenir les trouver. Puis il en avait déduit que le meurtre de sa famille avait enragé véritablement le jeune Anglais, qui était donc venu réclamer vengeance. Ce qui avait rendu Zeljan Kurst furieux à son tour, c'est que, malgré la présence de presque vingt hommes armés dans cet entrepôt la nuit dernière, l'adolescent blond s'en était sorti avec une simple blessure. Sérieuse, mais tout de même. Et c'est lui-même qui avait du tirer.

Pour cette incompétence, le directeur de Scorpia avait supprimé trois de ses hommes qui devaient surveiller l'aile du bâtiment par laquelle Rider était entré. Après tout, Scorpia ne pardonnait pas les erreurs.

Soudain, le fil de ses pensées fut interrompu par le rugissement d'un moteur. Moins d'une minute plus tard, la cour de l'entrepôt fut envahie par une voiture fédérale. Mais Kurst n'était pas très inquiet quant à une éventuelle découverte de ce lieu. Depuis le dernier échec de Scorpia face à Rider, il avait choisi de couvrir ses activités d'un manteau de légalité que l'équipe d'avocats qu'il payait fort cher avait le devoir de maintenir. En outre, après le passage de Rider, il avait envoyé la plupart de ses hommes avec la marchandise compromettante à une autre location.

On toqua à la porte de son bureau et deux de ses hommes entrèrent.

« Patron, les fédéraux américains sont ici, apparemment avec des mandats de perquisition. Nous pensions qu'il vaut peut-être mieux essayer de vous faire sortir par les souterrains. », conclut l'homme, en désignant d'un geste vague l'endroit où se trouvait une porte dérobée.

Zeljan Kurst acquiesça. Ce n'était pas parce que dernièrement il préférait garder une apparence quelque peu honnête dans ses affaires qu'il était pour autant d'accord pour se faire embarquer puis questionner par ces fouineurs de fédéraux.

Il se dirigeait déjà vers la porte dissimulée derrière sa bibliothèque lorsque des bruits de pas retentirent derrière la porte d'entrée de son bureau et que celle-ci fut défoncée par un homme d'une cinquantaine d'années suivi de deux autres agents, leurs armes pointées sur les hommes de Scorpia.

« NCIS ! Nous avons un mandat de perquisition, alors pas d'entourloupe ! »

AR/NCIS

Sur le chemin de l'entrepôt, c'est Gibbs qui avait pris le volant. Tony était plutôt secoué à l'arrière de la voiture, mais Ziva, qui avait les mêmes habitudes de conduite que son patron, restait droite et digne sur le siège passager avant.

Ils défoncèrent littéralement la barrière d'entrée de l'entrepôt et sortir simultanément de la voiture, tous le revolver au poing.

Les deux gardes présents dans la Cour tenaient des fusils mitrailleurs mais il devait plus s'agir d'intimidation car on leur avait visiblement interdit de s'en servir.

Sans doute pour ne pas aggraver la position déjà délicate de leur criminel de patron, se dit Tony avec un certain amusement.

Gibbs s'avança quant à lui d'un air impassible. Ses coéquipiers restèrent légèrement en retrait, sur leurs gardes.

« Où est votre chef ? »

L'un des deux hommes, de type caucasien, désigna d'un geste assez vague l'une des ailes du bâtiment, au dernier étage.

Peu intéressé au demeurant par les deux hommes de mains, Gibbs fit signe à son équipe de le suivre à l'intérieur. Après tout, le chef de cet entrepôt était soupçonné d'être un membre imminent et très actif de Scorpia et était sans doute particulièrement dangereux.

Ils grimpèrent les escaliers en silence. Les couloirs étaient vides, signe que l'activité illégale précédemment effectuée dans ces murs avait sans aucun doute été relocalisée.

Ils arrivèrent finalement devant une porte en bois joliment ouvragé. Se planquant tout contre, Tony tendit l'oreille avec attention, tentant de percevoir le moindre bruit à l'intérieur.

« J'entends quelqu'un, patron, peut-être même sont-ils plusieurs. Mais dans ce genre de bâtiment, il se peut qu'il y ait une porte dérobée qui leur permette de s'enfuir. »

« Dans ce cas, nous allons entrer, Dinozzo. », chuchota son supérieur en réponse.

D'un commun accord, les trois agents se décidèrent rapidement en faveur de défoncer la porte. Tony et Gibbs s'en chargeraient, tandis que Ziva surveillerait leurs arrières. Au cas où.

Deux secondes plus tard, les agents du NCIS pénétraient dans ce qui ressemblait à un bureau. Les malfrats avaient juste eu le temps d'ouvrir la porte dérobée supposée.

« NCIS ! Posez vos armes sur le sol et levez les mains en l'air. »

Les deux subalternes obéirent immédiatement mais celui qui paraissait être le chef, un grand Yougoslave chauve, après avoir effectivement déposé ses armes sur le bureau massif au centre de la pièce, s'avança vers eux calmement, un sourire plutôt suffisant aux lèvres.

« Je ne crois pas que cet endroit relève de la juridiction du NCIS. Avez-vous-même un mandat ? »

En silence, Tony lui tendit lesdites feuilles d'un air maussade. L'homme les examina presque négligemment, sans jamais se départir de son rictus.

« Je suppose que c'est le moment où vous me conseillez de faire appel à mes avocats, je me trompe ? Mais vous ne m'avez pas donné le motif, agent… ? »

Tout en posant ces questions, le Yougoslave s'était tourné vers le plus âgé des agents fédéraux.

« Gibbs. », répondit celui-ci, les sourcils si froncés qu'ils ne formaient plus qu'un. « Nous vous donnerons le motif lorsque nous serons revenus à notre agence. Je vous conseille fortement de coopérer. », A cet instant, perçait dans la voix de Gibbs une intonation redoutable qu'il n'utilisait que très rarement. Zeljan Kurst était peut-être un homme très dangereux mais l'ex-Marine pouvait l'être également. Puis il se tourna vers son équipe avec le plus grand sérieux professionnel qui le caractérisait. « Tony, appelle Balboa et dis lui de venir avec toute son unité pour contrôler le reste des hommes présents dans cet entrepôt et d'en coffrer si besoin est. Reste ici jusqu'à ce qu'ils arrivent puis rejoins-nous dès que tu le peux à l'agence. »

Cette fois, l'expression du présumé directeur de Scorpia devint ouvertement moqueuse.

« Vous n'avez pas peur de laisser votre homme au milieu des miens, Agent Gibbs ? »

A ce moment-là, les yeux de celui-ci auraient pu tuer et sa voix tremblait d'une rage contenue lorsqu'il répondit à la provocation.

« Si je devais craindre pour la vie de mon agent, Kurst, je m'assurerais que vous soyez prioritaire pour passer sur la chaise électrique. »

Sans plus attendre de réponse, Gibbs fit signe à Ziva de passer les menottes à l'homme et de le suivre jusqu'à leur voiture, laissant à Tony le soin de rassembler les quelques hommes de mains du criminel et de les surveiller jusqu'à l'arrivée des renforts. Il savait que si Kurst voulait avoir une chance de conserver l'apparence légale de ses activités sur le sol américain, ses hommes ne devaient pas s'en prendre à un agent fédéral.

Gibbs attendrait quant à lui que le Yougoslave soit sécurisé entre les quatre murs d'une salle d'interrogatoire avant d'évoquer devant lui le nom d'Alex Rider. Son flaire lui disait que cela ferait grandement avancer son enquête.

AR/NCIS

Au même moment à l'agence, McGee pénétra dans le domaine d'Abby Scuito. Seul. La jeune gothique se précipita aussitôt sur lui, sautillant de manière surexcitée.

« Il est où ? Il est où ? Allez McGee, réponds-moi, viiite ! »

« Qui ? » répondit son collègue d'un air absent.

L'analyste du NCIS soupira avant de claquer impatiemment des doigts devant les yeux du génie en informatique.

« Le Père Noël, peut-être ? Voyons McGee, le jeune Alex Rider, Gibbs m'avait promis sa visite ! »

McGee soupira alors intérieurement. Son amie était trop enthousiaste, comme souvent, quand il s'agissait de rencontrer des nouvelles personnes. Il tenta vainement de s'expliquer.

« Il attend dans le couloir, Abs. »

Celle-ci eut vite fait de l'interrompre.

« Timothy McGee, qu'attends-tu pour le faire rentrer ? »

Le brun adopta alors une expression la plus sérieuse possible avant d'aller baisser le son de la musique de la jeune femme. Abby détestait qu'on y touche et cela eut le mérite de concentrer toute son attention sur ce qu'il allait lui dire. McGee la prit par les épaules avant de commencer d'une voix relativement basse.

« Alex Rider n'est pas comme n'importe qui, Abby. Je sais que tu adores les enfants, mais il n'en est pas un, enfin pas vraiment. »

Mais cela n'empêcha pas la jeune analyste de protester avec véhémence.

« Il a quinze ans, McGee, ce n'est certainement pas un adulte. »

Le sus-nommé soupira profondément avant de lui donner une secousse amicale.

« Peut-être, mais garde bien à l'esprit que ce n'est pas comme les autres enfants que ramène Gibbs d'habitude. Ce n'est sans aucun doute pas de sa faute, mais Alex semble meurtri et en colère. Une colère qui peut l'amener à être dangereux, j'ai l'impression. »

Abby secoua vigoureusement la tête.

« Ne joue pas les psychologues, mon cher McGee, ce n'est pas du tout ton rayon. »

« Abby, promets-moi simplement que tu feras attention ! Il est comme un animal sauvage blessé que l'on acculerait. »

« Peux-tu me dire quelque chose d'important sur lui, McGee ? », le coupa-t-elle.

« Gibbs a sans doute dit quelque chose à Tony et Ziva mais ils sont partis avant de pouvoir me le répéter, Alors… »

« Alors, tu ne sais rien du tout ! » lui répondit-elle avec brusquerie cette fois. Mais elle se radoucit la seconde d'après en remarquant son petit air blessé. Après tout, il ne faisait qu'exprimer de l'inquiétude pour elle, ce que leur chef d'équipe faisait très souvent. « C'est bon, Tim, tu crois vraiment que Gibbs m'aurait laissée le voir autrement ? »

« Abby, promets-moi seulement… »

« Et moi, je promets de ne chercher à blesser personne. », les interrompit une troisième voix, pleine de maturité.

Les deux employés du NCIS se retournèrent brusquement, l'une avec un grand sourire tandis que l'autre, au contraire, fronçait un peu plus les sourcils. Tandis qu'ils se chamaillaient, ni l'un ni l'autre n'avaient entendu le jeune se glisser silencieusement à l'intérieur de la pièce. Debout près de la porte, Alex attendait quant à lui le verdict.

La jeune analyste fut la première à réagir. Surexcitée, elle se précipita les bras grands ouverts dans l'intention d'étreindre le nouveau venu. Ce que voyant, Alex recula au dernier moment. Cela n'empêcha cependant pas la jeune femme de saisir ses mains d'un air enjoué.

« Tu dois être Alex Rider. J'avais hâte de faire ta connaissance. Je suis Abby Scuito, analyste scientifique du NCIS. Tu veux boire quelque chose ? »

Le jeune espion n'eut pas le temps de répondre. L'agent McGee s'était approché d'eux et s'adressa à lui d'une voix douce mais ferme.

« Alex, tu devais attendre dehors jusqu'à ce que je te le dise. »

La tornade aux allures gothiques se tourna aussitôt vers son collègue et lui frappa la poitrine d'une tape amicale.

« McGee, arrête, on dirait Gibbs dans ses pires moments. Alex n'a tué personne ! »

Un instant, Abby eut l'impression que la main du garçon qu'elle tenait encore se contractait. Elle prit un moment pour étudier le visage sombre avant d'entraîner un peu plus le garçon dans son laboratoire. McGee la laissa faire, bouche bée. L'adolescent, quant à lui, laissa la jeune femme lui expliquer son travail d'une oreille un peu distraite.

On ne pouvait pas dire qu'il était d'humeur à écouter. Néanmoins s'il le faisait en partie, c'est que la jeune analyste un peu fofolle lui rappelait quelque peu Jack, avec son sourire permanent et son enthousiasme. C'est pourquoi il la laissa continuer sans l'interrompre.

Soudain, son ouïe finie perçue un bruit de fond. Il provenait de l'ordinateur principal. Il s'approcha et reconnut nettement un morceau de musique, du heavy métal. Ce fut à ce moment-là que la jeune femme arrêta ses explications et se rapprocha de lui.

« Tu entends ? »

Elle était assez surprise, McGee ayant précédemment baissé le volume presque au minimum.

« Metallica, album Justice for All. »

Cette fois, même le génie en informatique était à court de mots. Tout deux fixèrent en silence l'adolescent avant que celui-ci ne se détourne d'eux pour augmenter le son. Les deux employés restèrent stupéfiés jusqu'à ce qu'Alex s'adresse à nouveau à Abby, le regard moins vague que ce que McGee avait pu observer depuis qu'il avait rencontré le jeune homme.

« Alors, quel métal tu préfères, le Black Métal, le Death Métal, le Heavy Métal ? Je dois t'avouer que je n'en suis pas un expert, j'en écoute simplement depuis quelques mois. Avant j'étais plus versé dans le Rock ou la Pop. »

L'homme leva les yeux au ciel d'exaspération. Les deux autres étaient partis pour une longue, très longue conversation. Abby adorait parler de ce qu'elle adorait avec des gens qui avaient à peu près les même goûts. C'est lui qui allait devoir servir de chronomètre.

Néanmoins, cela faisait plaisir de voir Alex se conduire comme l'adolescent qu'il était. A présent, ces yeux étaient moins vides et froids et il affichait un léger mais tout de même présent enthousiasme tandis qu'il débattait avec la jeune femme sur ses goûts musicaux.

Et McGee, lui-même relégué au rang de spectateur, se dit que ce n'était pas plus mal. Même si ce changement était éphémère. Après tout, il fallait savoir compter ses victoires.