Bonjour tout le monde, voilà, avant dernier chapitre, avant dernière femme... Je tiens à remercier énormément les reviewers, loggés ou pas, et aussi... (voui, parce que sinon, vous allez me jeter des pierres...) à vous préciser que l'opinion de la narratrice dans ce chapitre ne correspond pas du tout avec la mienne... Vous allez comprendre pourquoi.

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Severus avait passé le cap des trente-cinq ans toutes les filles en étaient certaines, même si nous ne connaissions pas son âge véritable. Peu à peu les mois passèrent...

L'été et ses pluies diluviennes qui rebondissaient avec joie sur les trottoirs brûlants, l'Automne avec ses nuits allongées et venteuses, un mois de transition, où les clients ne désertaient pas la rue et les filles pouvaient gagner plus. L'Hiver, notre saison sèche, où les plus avides se frayaient un chemin dans la nuit noire et le vent qui les mordait. Et le Printemps arriva.

Ainsi que Severus qui n'était pas revenu depuis longtemps. Nous pensions que peut-être le Seigneur Noir, plus puissant que jamais, l'avait éliminé ou quun membre de l'opposition l'aurait fait.

Parce qu'il y a toujours des fous pour résister à une oppression. Des imbéciles qui jouissaient entre nos bras lorsque la Paix regnait, des hommes respectables, très certainement. Nous ne prenons jamais part à quelque conflit que ce soit. Nous ne sommes d'aucun camp, si ce n'est celui du lucre et de la luxure.

Car nous avions besoin de manger avant tout. Avant de défaire les Empires et détrôner les rois, il fallait se nourrir pour le retour triomphal des Résistants ou du Tout-Puissant. Très romanesque.

Tout-Puissant, Severus ne l'était pas lorsqu'il vint voir Chris, une jeune femme que la vie avait bien évidemment rudoyée, comme nous toutes. Elle avait fait partie de la Haute, elle allait voir « Carmen » et « La Traviata » à l'Opéra, elle mangeait à tous les repas, étudiait le Grec et le Latin, et avait des parents aimants, quoiqu' imparfaits. Ils étaient engagés contre le Seigneur Noir.

Quand on est parent, on ne s'engage pas. C'est de l'inconscience. Et parfois, lorsque l'on continue le combat pour faire accepter de nobles idées, une noble cause, au dépent de soi-même et de son entourage, on peut arriver à la catastrophe.

Je blâmerai toujours les parents de Chris de m'avoir fait don d'une telle tigresse. Aussi indomptable qu'une montagne. Si elle en est là, c'est aussi de leur faute. Ils lui ont inculqué le contraire de ce qu'ils auraient voulu pour elle, j'imagine.

Ceux du Garçon-Qui-A-Survécu sont tout aussi coupables pour lui avoir légué un tel fardeau.

Elle aimait énormément les siens. Et lorsqu'ils se firent tuer devant ses yeux par leurs ennemis, elle nourrit en son for intérieur un tel désir de vengeance que nous nous avions eu du mal à la former à l'Indifférence, règle essentielle de notre métier. Ce n'était pas nous qui choisissions nos clients. Sinon, nos rues seraient vides.

Il était comme à son habitude, toujours aussi impénétrable et il ne leva pas les yeux tout de suite sur Chris lorsqu'il vint à sa rencontre.

Quant à elle, c'était la seule pute de la passe à ne pas vouloir de lui. Une vraie teigne, féroce, implacable, elle avait souvent claqué qu'il ne fouterait jamais un pied dans sa chambre. Et pour cause.

Elle savait très bien qui il était.

Il releva la tête, sombre et sentit une résistance hors du commun chez la femme qui lui faisait face. Elle attendait, les yeux plissés, les lèvres tordues en un rictus hostile et il esquissa un sourire malicieux. Après tout, Thi, Aïda et Grace avaient été plus ou moins rebelles au départ.

-Je ne prends pas les clients à onze heures. Assèna-t-elle en faisant mine d'être ennuyée de sa présence. Il haussa un sourcil et ses yeux tombèrent sur ses poings refermés qui tremblaient violemment. Alors d'une voix tout à fait sonore, doucereuse et presque perverse, il dit:

-Je croyais qu'on prenait n'importe quel client le soir...

Il avait bien entendu insisté lourdement sur le « n'importe quel client » et elle sut qu'il n'était pas dupe. Cependant, elle ne décroisa pas les bras, et sous son air méprisant et agaçé, elle avait une furieuse envie de lui faire le plus de mal possible.

-Jamais ceux qu'on juge dangereux.

Cela parut l'amuser au plus haut point:

-Oh, vous voulez parlez de cela...Il remonta la manche de son avant bras gauche et toute la rue s'arrêta brusquement sous leurs yeux, perdue dans la contemplation d'une autre démonstration d'imprévisibilité de la part de ce client-dieu.

La marque était un tatouage d'une atrocité grimaçante. Elle respira bruyamment, les yeux fixés sur la tête de mort, comme un petit papillon qui s'approche trop d'un néon.

Hypnotisée, appelée par quelque souvenir douloureux et pénible, elle ne détacha ses yeux de son avant-bras que pour dire avec une rectitude froide dans le ton:

-Très bien, mais je ne souffrirai aucune réclamation ultérieurement. Je vous aurai prévenu.

Il la suivit, le sourire malicieux encore accroché aux lèvres.

Lorsqu'elle ouvrit sa chambre, il sut qu'il avait peu de temps pour scanner les lieux. Le seul meuble qui retint son attention fut la bibliothèque. Pas comme Maggie. Il se rapellait de cette étagère en bois, il l'avait tellement humée, tellement frôlée... Celle-ci était volumineuse, puissante, inflexible.

Elle devait comporter une bonne centaine d'ouvrages reliés de cuir, des reliques de sa vie passé, sans aucun doute. Il y avait des étagères sur tous les murs, tous les pans de mur. Au centre, un lit simple, sans artifices, comme celui d'Emma, comme si elle reniait encore la condition infaillible que le présent lui offrait, et que l'avenir lui réservait.

Un bois sombre, élégamment travaillé, trop embarassant pour nos clients des bas-fonds qui grouillaient dans le quartier. Rien d'autre, la fenêtre était fermée, les persiennes closes, juste la bougie éclairait le tout.

Peut-être éspérait-elle faire fuir Severus comme tous les énèrgumènes qui avaient franchi cette porte.

Après tout, les ennemis étaient barbares, ils avaient osé tuer ses propres parents sous ses yeux. Il était, pour elle, inconcevable que les hommes qui avaient fait un tel acte soient issus du même milieu qu'elle. Eclairés, cultivés, humanistes. Impossible, impensable. Elle ne pourrait s'y résoudre. Inconcevable.

Il s'avança vers la bibliothèque, ébahi de trouver une telle splendeur dans un trou aussi étroit que notre passe.

-Le seul lieu qui vous sied est le lit.

Sa voix, glacée, l'amusa plus encore.

-Le seul but qui vous sied est le profit.

Elle eut un hoquet de colère puis d'un pas qui était orageux, elle vint se planter entre lui et sa bibliothèque.

-Baisez-moi, puisque vous êtes ici pour cela.

Il l'interrogea du regard, pour savoir si c'était vraiment ce qu'elle voulait. Et Chris durcit encore le sien, si c'était permis.

Alors il s'approcha d'elle sans la quitter du regard et l'enferma tout à fait dans ses bras.

-Le lit! Savez-vous au moins ce que c'est ou avez-vous l'habitude de forniquer aussi bas qu'un insecte rampant?

Je suis certaine que Severus était très éxcité par sa répartie. Toutefois, une fois qu'elle fut dans ses bras, il remarqua et nota tous les petits détails de son corps.

Petite, elle était assez fine, élancée, mais n'avait pratiquement pas de cou, des cheveux négligés, de petites rides au coin des yeux, ces rides de colère. Son visage était carré, les pomettes saillantes, les lèvres fines et d'un rose très banal, un petit menton volontaire, des mains de fillette et non ces longs doigts fins et menus.

Chris allait sur ses vingt huit ans. Trop jeune pour comprendre, trop vieille pour oublier.

Sa peau était d'une blancheur de porcelaine, presque macabre selon la lumière. Mais dans l'opaque silence qui les oppressait, dans la lueur tremblante de l'unique bougie, ses traits durs étaient troublants.

La gardienne du Passé? La gardienne de l'Idéal? La gardienne du Savoir? La gardienne. C'était la seule chose dont il était sûr. Elle gardait, défendait, protégeait, avait construit des murs de pages jaunies entre son monde et celui de la rue.

Il resserra l'étreinte et sentit son souffle saccadé de rage sur lui. Elle n'essaya pas de se débattre, mais ses yeux, qui étaient d'un vert brun étrange, étaient animés d'une lueur qui la rendait inaccessible.

Voilà pourquoi nous devons nous couvrir d'indifférence dans notre travail. Chris, avec ses préjugés, venait de se transformer en obscur objet du désir. Un interdit à transgresser. Et l'homme raffole d'interdits, parce qu'ils sont très excitants.

Au lieu de rebuter Severus, son attitude amplifiait le désir en lui à chaque seconde.

Elle le laissa effleurer son cou et sa nuque de son nez, déposant ça et là de menus baisers, tout en défaisant sa robe de tafetas. Ses mains d'expert lui caressaient les reins, pressantes, avides, et enlevaient le lacet qui fermait l'ensemble.

Elle ne faisait rien, restait calme, insensible, et cela enhardissait l'homme qui voulait découvrir ce qu'elle avait d'Eternel. Il devint acharné, il finit par devenir impatient, jeta la robe à terre après avoir enlevé le lacet, et s'écarta pour la regarder.

-Le lit vous intimide?

Sa voix monotone était la clé.

Severus rétrécit encore son regard, à deux pas d'elle pour voir ce qu'il n'avait pas vu sous le taffetas.

Elle n'était pas la gardienne, elle était la martyre. Celle qui a la foi et qui est prête à mourir pour ses croyances. Une fanatique nue et imperturbable devant la preuve qu'elle menait un combat secret.

Il eut un sourire vicieux et brusquement, la plaqua contre le bois, bousculant l'étagère derrière eux:

-Vous me faites mal... Déclara-t-elle, les yeux plus vifs.

-Le client est roi... Murmura-t-il de sa voix de velours, ce sourire indocile sur les lèvres.

Ils étaient collés l'un à l'autre et lui, de son corps, la maintenait contre l'étagère, l'emprisonnant entre ses bras vêtus de noir et ses yeux de jais. Elle soupira et leva les yeux au ciel.

Alors, toujours aussi frustré, il saisit ses cuisses molles avec sauvagerie et les souleva pour les placer sur ses hanches. Elle étouffa un cri et se ressaisit, toujours plaquée entre son corps palpitant et l'étagère. Il s'amusa à mordiller ses tétons, baiser ses seins, jouer de ses hanches sur elle et alors, elle commença à lutter contre son propre corps.

Il était tout à fait impressionné aussi bien qu'amusé par les efforts inutiles qu'elle fournissait pour demeurer stoïque.

A ce moment-là, il sourit avidement et elle comprit qu'il allait la torturer. Il inséra son index en elle et la massa tant et si bien qu'lle se cambra contre lui en des mouvements qu'elle ne contrôlait plus:

-Stooo-ooo-ooop... Siffla-t-elle d'une voix rauque en s'accrochant maladroitement à un ouvrage qui tomba à terre.

-Tiens, vous lisez Marx? Il avait de bonnes idées avant que le monde ne les travestisse...

-Bouclez-là-à-à-à... et travaillez-moi qu'on en f-i-i-i-iinisse...

Il allait de plus en plus vite, de plus en plus profondément et elle se tordait sou lui dans une valse qui faisait tomber les livres auxquels elle s'accrochait avec désespoir.

-Et voilà l'incontournable Victor Hugo. Les Misérables, évidemment.

-Fermez-la-a-a-aaaaah...

Elle gémissait, soupirait et se cambrait avec toujours pluas d'ardeur. Les livres vinrent s'ouvrir sur le sol, formèrent un petit tgas auprès d'eux, alors que Severus se délectait de la situation en

-Et biensûr... Le prince du fatalisme... Doestoïesvki... Susurra-t-il au creux de son oreille.

-Rendez-vous à l'évidence... Je ne marche pas! Ooooh... Il venait de retirer d'un coup son doigt et Chris se cambra une enième fois, totalement transie.

-Bon, si nous résumons... Commença-t-il en déboutonnant son pantalon, vous êtes une incorrigible idéaliste...

Il saisit son sexe et le posta à l'entrée de la jeune femme. A ce contact si brusque, elle sourit, de ce petit sourire que seuls les bourreaux et les victimes partagent lorsqu'ils savent que l'un d'eux va mourir et qu'en mourant, ce sont des Idées qui meurent avec leur détenteur.

-Vous êtes un monstre... Murmura-t-elle en dégageant une mèche collée sur son front moite, passant sa langue sur ses lèvres d'un coup rapide.

Il la pénétra brutalement, faisant bouger l'étagère.

Elle cria et s'arqua lascivement en tirant la tête en arrière. Il l'empoigna pour placer sa tête ébouriffée près de la sienne:

-... Doublée d'une rêveuse aux aspirations communes...

-Pi-i-i-itié... Taai-i-i-isez-vous... OH!

Il lui donnait des coups de reins secs et puissants, tout en accélérant le mouvement et cadençant ses secousses pour qu'elle fasse tanguer l'étagère avec déchaînement.

-Arrête-e-e-e-ez... Gémit-elle en creusant ses reins dans une frénésie qu'elle ne contrôlait plus du tout.

-Et pour finir, vous êtes aussi perdue qu'un personnage de Fedor dans un monde...

Il poussa un coup plus musclé et plus abrupt en elle et termina:

-... D'animaux...

Elle cria alors, complètement dominée, au paroxysme du plaisir sans amour.

Il poussa un cri un peu plus tard, et tous deux s'affaisèrent au milieu des livres éparpillés.

Il se retira d'elle, à bout de souffle et se rhabilla rapidement. Alors, elle le tira vers lui, rougie, suante et terrible:

-Payez.

-Pauvre petite chose... Ironisa-t-il, Tu as perdu face aux miens... Non?

Une lueur s'empara à nouveau d'elle.

-Pa-yez!

-Et c'est là qu'est la vraie ironie du sort... Les monstres s'enferment dans des bordels et se font martyres en titre...

-PA-YEZ! S'écria-t-elle, leurs visages à quelques centimètres l'un de l'autre, toujours couchés sur des pages ouvertes.

-Ils s'entourent de leur culture pour ne pas se rendre compte qu'ils sont aussi mauvais que ceux contre lesquels...

-TAISEZ-VOUS!

-... Ils se battent... Dites-moi, pourriez-vous me tuer si vous le vouliez?

-OUI! Eructa-t-elle, tremblante de rage.

-Et si j'ai une famille?

-Si vous aviez une famille et que vous résistiez à l'oppresseur, vous ne seriez pas ici! Vous seriez sur le front! Vous battriez!

Elle tapa du poing sur un livre, et il attendit qu'elle respire avec fureur, pour n'entendre plus que son souffle chaud et intense, avant de dire:

-Si j'avais une famille et que vous m'assassiniez, vous seriez l'une d'entre eux. Et peut-être même que vous auriez pu tuer vos pa...

-FERMEZ-LA! MAIS FERMEZ-LA!

Elle lui jeta un livre à la figure:

-Le Zéro et l'Infini, d'Arthur Koestler... Une vraie leçon... que vous n'avez pas assimilée... Commenta-t-il en l'esquivant. Il se releva en constatant qu'elle en saisissait un autre avec une démence incontrôlable.

-PAYEZ ET SORTEZ!

L'autre livre vint s'abattre près de son oreille:

-Utopia de Thomas More où il est question de tolérance...

-TOLERANCE?... Elle s'arrêta, se redressa et d'une voix rauque et les larmes aux yeux, elle hurla:

-MES PARENTS SONT MORTS POUR LEURS IDEES!

-VOUS ETES PRETE A TUER POUR VOS IDEES! Explosa Severus alors qu'un autre ouvrage venait rejoindre les autres tombés de la bataille. La connaissance et le Savoir volaient en éclat. Les Idées et les mots étaient éxterminés. Le doute s'installait dans la pièce.

Elle se laissa tomber par terre alors qu'il l'achevait:

-Les vrais monstres sont ceux qui ne savent pas qu'ils le sont. Vos parents n'auraient jamais voulu ça s'ils se battaient pour la Liberté et la Paix...

Lentement, elle vit les billets tomber parmi les livres et un tourbillon de robes noires quitter la pièce.

La culture peut aider à améliorer l'homme, mais ici, c'était une muraille pour ne pas montrer ses faiblesses. Il avait coûté quelques gallions à Severus d'abattre la forteresse de Chris, mais il avait été inquiet. Elle avait payé plus que lui, visiblement. Elle se mura dans une froideur qu'elle n'avait jamais montrée aussi sèchement, un cynisme qui lui attira de nombreux clients curieux mais elle guettait le retour de Severus. Il ne revint d'ailleurs plus du tout dans la passe jusqu'à...

Je me demande s'il aurait continué à la fréquenter s'il avait pu...

Car ce Printemps là, il avait 36 ans. Et qu'il ne restait plus que quelques semaines avant qu'il ne vienne me trouver un soir, essoufflé, un jeune homme blond derrière lui.

OoO