13.
Le chantier naval mobile de la SDF avait procédé aux réparations les plus urgentes sur le Lightshadowet le Big One.
Avec les mises à jour et les installations du centre hospitalier, Cassiopée s'était occupée d'Aldéran.
La moue chagrine, Alguénor toucha du bout des doigts le bandage qui entourait la tête de son père.
- Tu t'es fait mal ? Tu es tombé ?
- Oui, mais on m'a réparé, sourit-il pour rassurer le garçonnet. Et on va bientôt retrouver ton grand-père. Tu as bien joué ?
- Tu fais une partie avec moi ?
- Avec plaisir !
Aldéran alluma l'écran de la console de jeu, s'asseyant près du petit pour éclater avec lui des ballons colorés.
Et pour la première fois depuis deux semaines, le sourire du jeune homme fut sincère.
Trois autres jours durant, les équipes robotisées du chantier naval avaient travaillé sur le Lightshadowqui avaient retrouvé une petite partie de son autonomie, suffisamment pour aller jusqu'à la vitesse Supra-Temporelle.
- J'espère que vous pourrez rentrer chez vous sans trop de soucis.
- Entre ma vitesse maximale et le bouclier d'invisibilité, je ne pense pas beaucoup attirer l'attention, Bruce. Et en utilisant l'énergie des trois soleils sur ma route, je devrais être en zone connue avant quatre jours ! Merci de vous être si bien occupé de mon fils.
- Algie est un petit bonhomme très attachant et vraiment pas difficile.
Aldéran éclata de rire.
- Uniquement avec les inconnus, je peux vous l'assurer ! Il cache bien son jeu. Sous son visage d'ange, c'est un démon hyperactif !
- Comme son père.
- Ah, vous avez compris ça aussi !
- C'était plutôt limpide, rit franchement Bruce, ce qui stupéfia assez ses équipiers, et même son capitaine, qui étaient venus assister au départ d'Aldéran.
- A un de ces jours ?
- Dans de meilleures circonstances, commenta Schwanhert qui s'était rapproché.
- C'est rarement le cas avec moi… s'excusa le jeune homme. Je vous souhaite aussi de retourner à votre base sans plus de tracas.
Portant la main à son front, Aldéran exécuta un impeccable salut militaire qui lui fut rendu par tout l'équipage du Big One.
Extérieurement toujours au bord de l'état d'épave, le Lightshadows'était désolidarisé du chantier naval et ses réacteurs l'en avaient rapidement éloigné avant qu'il ne disparaisse totalement, passé en vol Supra-Temporel.
Utilisant un couteau à gros manche en plastique et bout rond, Alguénor coupait avec application les rondelles d'oignon en dés grossiers.
De l'autre côté de la table de la cuisine, Aldéran faisait de même, mais à vitesse supersonique et en dés beaucoup plus petits et réguliers.
Pour sa part, Mielle avait déjà fait griller les grosses saucisses jusqu'à mi-cuisson.
Pleurnichant, Alguénor était allé se laver les yeux et son père en profita pour rectifier les découpes de son fils avant de jeter le grand bol d'oignons dans une poêle pour les faire rissoler avant d'ajouter le bouillon.
- Ils fondent bien, mes oignons ! se rengorgea Alguénor qui gardait néanmoins prudemment une serviette à la main.
- Bien sûr, sourit Aldéran alors que Mielle rajoutait les saucisses à la préparation afin qu'elles s'imprègnent des saveurs et absorbe du jus pour devenir moelleuse à souhait. Dis, Algie, tu ne veux pas qu'on fasse la recette avec des rondelles ?
Le garçonnet secoua violemment la tête en un signe négatif.
- Je préfère des petits morceaux !
- Si tu y tiens, céda le jeune homme en remplissant les assiettes, ajoutant les croquettes frites.
Et pour son plus grand plaisir, Alguénor entreprit de vider son assiette avec appétit, du bonheur plein ses prunelles bleu marine.
Maji poursuivait les réparations à son rythme à bord du Lightshadowquand Aldéran le rejoignit, apportant une assiette dont une cloche gardait au chaud le contenu.
- Tu aurais dû venir manger avec nous.
- J'ai trop à faire. Merci de m'avoir apporté ma part.
- Tu dois te reposer et te restaurer. Nous en avons encore pour deux jours de vol et il n'y a plus vraiment d'urgence.
Le vieux Marin sourit.
- Tu ne parlerais pas ainsi si tu savais lire les fiches techniques de ton Light ! J'aimerais faire plus, plus vite, mais effectivement je ne suis plus tout jeune, et je suis seul.
- Non, plus maintenant ! jeta la voix de Toshiro alors que le Grand Ordinateur venait de se rallumer, reprenant le contrôle du vaisseau, lui transmettant toute sa puissance.
- Toshy, enfin, lança Aldéran avec un infini soulagement. Mais qu'est-ce que tu fabriquais depuis tout ce temps ? On avait tellement besoin de toi !
- Non, pas tant que cela. Vous vous êtes très bien débrouillés sans moi. Non, je n'étais pas nécessaire et je pouvais me concentrer à retrouver mes forces et mes facultés.
- Aldéran tressaillit.
- Tu veux dire que tu aurais pu te relancer bien plus tôt ? ! s'étrangla-t-il.
- Oui, pas mal de temps plus tôt. Mais tu te débrouillais très bien et tu avais la meilleure des assistances avec Maji !
- Ce n'est vraiment pas drôle, grinça le jeune homme. Nous nous sommes tellement inquiétés pour toi !
- Désolé, mais j'ai dû me réinitialiser entièrement, circuit par circuit presque. Ce ne fut pas entièrement un caprice, je t'assure. J'ai vraiment été mis mal en point par ce flux.
- Tu es de retour, c'est l'essentiel. Et nous serons bientôt à des coordonnées connues, sur le trajet du retour puisque mes vacances touchent à leur fin. Décidément, une fois de plus cela aura été tout, sauf du repos !
- Mais tu as aimé malgré tout, glissa Toshiro.
- Je ne peux pas le nier. Content que tu sois revenu !
- Merci, capitaine Aldéran !
A l'alerte, Aldéran avait bondi hors de son lit, s'habillant rapidement pour gagner la passerelle.
- Pourquoi ne m'en dis-tu pas plus sur cette alerte, Toshy ? aboya-t-il dans l'ascenseur qui remontait jusqu'au sommet de la tour de commandement.
- Il faut que tu le voies par toi-même.
- Je pensais pourtant bien que tu en avais fini avec les cachotteries !
Quand le jeune homme entra sur la passerelle, le grand écran s'alluma.
- Content de te revoir, fiston ! Mais je ne te félicite pas pour l'état de ton vaisseau... Tu es pire que moi !
