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Chapitre 10
Couleur rouge comme…
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« Akuma, » annonça sombrement Allen alors que son œil gauche s'activait là au milieu de l'amas de personne.

« Tss… ! »

Ainsi, à contre-courant, Kanda essaya de s'avancer dans le couloir qui se vidait petit à petit, Allen sur ses pas. Ça commençait bien comme périple, la chance semblait ne pas leur sourire. Était-ce un message de Dieu afin qu'ils restent à la Congrégation ?

Soudain, par la fenêtre du train se fit entrevoir un village lointain en feu, assiégé par des akuma niveau 1 et peut-être des niveaux 2. Allen écarquilla les yeux et fit un pas en avant vers la vitre embuée.

« Il faut aller les aider ! » s'alarma-t-il.

À ce moment-là, un autre akuma niveau 1 et au visage figé dans le temps vint passer tout proche de la vitre et Allen sursauta, ne l'ayant pas vu arriver. Pourquoi son œil gauche ne l'avait pas détecté celui-là ?

Ni une ni deux, avant que l'akuma ne puisse exploser le wagon où se trouvaient Allen et Kanda, le kendoka attrapa le corps léger de son amant, bras sous ses genoux, le second contre son dos comme l'aurait fait un homme face à la mariée, puis après l'explosion, sauta sur le toit du train.

Allen, prit de court, garda une main serrée autour du col de Kanda et observa l'akuma se diriger vers la ville incendiée comme s'il n'avait fait que passer. Le vent était frais et une odeur âcre de fumée ainsi qu'une légère pluie vint se mélanger au panorama attristé. Mais avant que Kanda ne puisse faire potentiellement un geste, Allen se rendit compte de sa position assez dégradante quand on était un garçon.

« Kanda, hey, arrête de faire comme si j'étais une demoiselle en détresse, je reste un homme ! Un HOMME ! Tout comme toi ! » s'exclama Allen en essayant de se débattre, voyant que Kanda ne semblait pas décider à le lâcher.

« Tu es peut-être un homme, mais un homme sans Innocence, alors arrête de brailler ou j'te lance dans la fosse à akuma, et on va voir comment tu te débrouilles sans ta main divine. »

Kanda sauta du toit pour atterrir sur le gravier près de la voie tout en amortissant l'atterrissage pour ne pas brutaliser le bébé en Allen.

« Mais lâche-moi ! Je peux marcher, bon sang ! » s'emporta Allen qui rougissait à vue d'œil, n'aimant pas se sentir si dévaloriser.

« Pas assez pour éviter d'éventuels projectiles. Je t'emmène en sureté ! »

Suite à ses dires, Kanda courut vers la forêt adjacente qui entourait le chemin de fer alors qu'Allen passa finalement un bras autour du cou de son aîné pour ne pas tomber à la renverse.

Les akuma n'étaient pas énormément nombreux et Kanda pourrait mettre fin à leur vie en une petite dizaine de minutes, de plus, Allen ne voudrait certainement pas quitter les lieux sans avoir aidé le village voisin.

Ainsi, une fois à l'écart du combat, il déposa Allen, pieds dans les feuilles mortes et récupéra Mugen. Avant qu'Allen ne puisse lui faire part de son mécontentement quant aux actions de son ami, Kanda se retourna vivement vers lui.

« Toi ne bouge pas d'ici, je vais m'occuper des akuma restants. »

La forêt semblait protectrice, loin de tout le capharnaüm ambiant situé de l'autre côté du train. De ce fait, après avoir dégluti difficilement, Allen hocha la tête avec résolution, sachant que c'était la meilleure chose à faire. Là-bas il ne pourrait pas venir en aide au village et ne serait qu'une gêne pour Kanda.

« Pas de connerie, hein ? » largua Kanda en le poussant légèrement en arrière par l'épaule, plus comme taquinerie que par violence.

« Tim' veillera sur moi, t'en fait pas, » répliqua Allen en levant les yeux vers le golem qui se posa illico sur son crâne pour approuver les dires du maudit.

« Personnellement, je ne me sens pas plus rassuré… »

Et suite à cet échange rapide, le kendoka crut bon de retourner sur ses pas et exterminer les akuma qui terrorisaient les habitants. Allen ne permettrait pas que d'autres morts soient causées alors qu'ils étaient dans les parages !

Mais seul dans la forêt, Allen ne put s'empêcher de s'inquiéter quant à son œil gauche et plaça le bout de ses doigts gantés contre la paupière de celle-ci. Le pouvoir de la malédiction semblait s'être affaibli pour une bien étrange raison, et ceci n'était pas vraiment rassurant car c'était aussi l'un de ses derniers moyens de protection.

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Kanda était revenu rapidement près d'Allen et ils avaient repris leur périple.

Le voyage jusqu'au port fut long et fatiguant. Les deux jeunes hommes prenaient bien soin de ne pas se faire repérer par des membres potentiels de l'Église. Allen pour sa part, avait opté pour un bandana noué contre son crâne qui cachait la majeure partie de ses cheveux blancs, semblable à celui qu'il portait déjà avant de venir à la Congrégation. Kanda avait noué autour de son cou une écharpe beige qui cachait une partie de son visage alors que le tissu voletait doucement derrière lui sous le vent provenant tout droit de la mer.

Personne ne pouvait se douter qu'ils étaient Exorcistes, et même le sabre était dissimulé à l'abri des regards indiscrets.

« Deux jours de bateau, une journée de marche, et nous y seront, » lui assura Allen en détaillant le port emblématique des yeux.

Il était temps. Kanda voulait à tout prix savoir Allen sauf, ce qui n'était vraiment pas le cas ici en pleine nature, et s'en était angoissant. Il y avait les akuma, d'éventuels Noé, mais aussi les gens du Clergé et des humains pas vraiment très nets.

Ils s'approchaient donc à grands pas de leur destination finale, d'ici trois jours, ils seront en lieu sûr pour un petit moment, n'est-ce pas réjouissant ? Ainsi, espoir faisant vibrer une grande partie de son être, Allen s'introduit dans le bateau marchand dans lequel ils allaient voyager. Kanda avait négocié avec le capitaine, ne souhaitant pas partir en mer dans un moyen de locomotion touristique ou de transport, ce qui pourrait les trahir.

Le capitaine en second leur montra donc leur chambre après que Kanda ait payé dument le bonhomme et sa troupe. Cette pièce était dans la cale, proche de celle du commandant, et comportait deux lits à hauteurs ainsi qu'un petit lavabo en fer. Toute l'embarcation semblait être faite de métal, même la porte paraissait lourde et les bruits de pas ainsi que les machines bruyantes résonnaient partout. La modernité avait percé ici.

La nuit tombait déjà et Allen s'assit sur le rebord du lit du bas pour se déchausser tandis que Kanda déposait la valise sur la même couche pour l'ouvrir et en sortir de plus chaudes couvertures. Les nuits se rafraichissaient de jour en jour et entre ces murs la chaleur était loin d'être omniprésente. Puis, le Japonais s'accroupit face au maudit qu'il bâillait à s'en décrocher la mâchoire, et déposa une main sur le genou d'Allen pour prendre appui tout en le scrutant droit dans les yeux.

« Montre-moi ton œil gauche, » ordonna le kendoka d'une voix sans appel alors qu'Allen clignait plusieurs fois des yeux pour effacer ses larmes de sommeil.

Kanda avait lui aussi remarquer l'inaptitude de l'œil d'Allen afin de découvrir l'akuma niveau 1 dissimulé derrière le mur et suite à ses paroles, l'Anglais fronça les sourcils avec inquiétude.

« Pourquoi la malédiction de mon œil aurait un lien avec le bébé ? » demanda-t-il, pensant tout d'abord que cette faiblesse était peut-être due à la même cause que l'inactivité de sa propre Innocence.

C'était ridicule, le pouvoir de son œil était lié à une malédiction, et donc, certainement pas ancré au pouvoir de Dieu ou à une Innocence. Kanda détailla attentivement l'œil barré de rouge de son amant sans pour autant toucher la peau fine de sa peau puis se redressa après un soupir, mains sur les hanches.

« Je pense que tu es juste très fatigué, » déclara-t-il, nullement dérouté pour si peu.

« Quoi ? »

« Tu ne la ressens même plus cette fatigue, mais tu dors trop peu et le stress te ronge. Je sais que tu es crevé. »

Il n'avait pas tort, Allen n'avait jamais été aussi éreinté de toute sa vie, et pendant une si longue période, mais le Central et Neah ne l'y aidaient en rien du tout. La malédiction était liée à son corps, et si ledit corps s'affaiblissait suite à la fatigue qui écrasait ses épaules, ceci pouvait avoir des répercussions sur son pouvoir. Cette nouvelle ne l'égaya pourtant pas vraiment.

« Je… Je n'arrive pas à dormir, » avoua Allen en baissant les yeux, serrant ses poings autour du drap du lit.

Pendant un petit instant, Kanda l'observa d'un regard soupçonneux et perçant, conscient que chaque nuit, Allen faisait des cauchemars ou ne fermait pas l'œil. Lui non plus d'ailleurs, restant sur ses gardes si jamais Neah venait à prendre le contrôle du corps de son amant. Mais aujourd'hui, il n'allait pas laisser passer ça.

Il haïssait parler tourments et sentiments, et paraître trop sensible face aux autres, mais il s'agissait d'Allen, bon sang. Il savait en passer outre depuis le temps. De plus, Allen avait pleinement besoin de lui pour l'aider à porter ce lourd fardeau.

« Parle-moi. Dis-moi ce que Neah te dit, » lui fit soudain Kanda toujours debout face à Allen, une expression pourtant parfaitement neutre gravée sur le visage.

« Comment tu sais qu'il me parle ? » l'interrogea Allen avec hésitation, osant un regard furtif vers lui.

« Parfois, je t'entends jurer tout bas ou ordonner à cet enfoiré de fermer sa gueule. »

Kanda, tout comme Lavi, savait être un fin observateur quand il s'intéressait de près à l'histoire. Allen déglutit, se remémorant les paroles du Noé qui faisaient longuement écho dans sa tête à plusieurs reprises en une journée.

« Neah parle sans cesse d'un pieu… Qu'il veut me planter dans le ventre, » avoua-t-il en fronçant les sourcils, fixant le sol avec intensité.

Il se souvint avoir dit lui-même ces mots quand il avait avoués à Kanda pour le bébé, et ayant perdu son sang-froid dans la conversation, Allen avait crié à Kanda que peut-être cela aurait arrangé les choses s'il tuait l'enfant avec un pieu. Bien sûr, il ne pensait pas du tout à ses propres paroles à ce moment-là, mais Neah semblait les avoir bien enregistrés, lui.

« Il va voir moi, où je vais lui planter son pieu, » largua Kanda avec désinvolture.

C'était ce qu'il fallait à Allen. La lassitude habituelle d'un Kanda qui se foutait de tout afin de lui montrer que la situation était dérisoire et qu'il s'en sortirait toujours. Certes, les mots de Neah étaient pourtant à ne pas prendre à la légère, cependant Allen avait besoin de protection. Une protection tout aussi physique que psychologique ou il ne tiendrait pas sept mois comme cela.

« Eh, techniquement, Neah c'est mon corps, alors tout doux, » riposta Allen avec un petit sourire tout en captant le regard sombre de son aîné.

« Ton corps ne lui appartient pas. Maintenant dors. Nous serons bientôt en sureté. »

Ce fut sur ces bonnes paroles que Kanda se hissa ensuite facilement sur le lit du haut et qu'Allen hocha faiblement la tête pour ensuite récupérer les couvertures chaudes et s'enrouler dans les draps, tel un cocon protectif.

« Bonne nuit, » glissa Allen en fermant doucement les yeux, priant pour rejoindre vite les bras de Morphée.

« 'Nuit, Moyashi. »

« Bakanda. »

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Allen Walker se redressa au milieu de la nuit, repoussant les couvertures qui entourait son corps encore chaud et sa main gauche vint gratter son crâne et ébouriffer ses cheveux blancs plus qu'il ne fallait. Il renifla avec un certain dédain et tira le reste des draps pour déposer ses pieds nus sur le sol en fer, ignorant la fraicheur de ce dernier.

Debout, il fit craquer son cou, main contre sa nuque puis ouvrit doucement ses yeux pour ensuite sourire largement, alors que sa paume libre vint se placer contre son ventre, ses doigts se serrant vivement autour du tissu, unique barrière jusqu'à sa peau.

Ses pupilles brillaient dans la pénombre d'une lueur dorée presque maladive, et ceci faisait réel contraste avec le regard ordinaire d'Allen.

Ici, au milieu de cette petite chambre étouffante, se tenait Neah D. Campbell au sourire provocateur.

La fatigue du corps d'Allen était extrême grâce aux cauchemars et aux tourments dans lesquels l'avait plongé Neah, de ce fait, il avait pu aisément prendre contrôle de son corps à cet instant précis. C'était une occasion à ne pas manquer, afin de supprimer cet enfant qui brouillait tout ce corps de l'Innocence et d'un pouvoir qui souillait Neah. Ce désespoir d'avoir perdu un enfant pourrait aussi perdre Allen pour de bon, et la victoire du Noé serait complète.

Sous ces douces pensées, il sourit plus méchamment et jeta un bref coup d'œil vers la couche en hauteur, là où semblait dormir Kanda.

« Tu me m'arrêteras pas cette fois, Yû, » lui assura Neah à voix basse, puis il se dirigea vers la porte à demi poussée de leur chambre sourde.

Le couloir était frais et l'on pouvait facilement distinguer les doux mouvements des vagues qui se frappaient contre la coque et berçait l'embarcation de gauche à droite. Le sol était glacé, les murs aussi, tout comme le corps d'Allen à ce moment-là. Neah s'engagea dans le corridor de fer, comme sachant précisément où aller.

Il monta les marches humides qui menaient vers l'étage supérieur, et une fois en haut, il se souvint ce que contenait la porte qui lui faisait face. Sans aucune hésitation, il la poussa, cette dernière provoquant un bruit effroyable atténué par les vagues et les machines environnantes puis s'introduit dans le réfectoire vide, silencieux et sombre.

Remarquant un cierge sur l'une des tables ainsi qu'une boîte d'allumettes pratiquement vide, il s'empara de ce petit bout de bois qu'il gratta vivement contre le bord de celle-ci, et la flamme vint. La bougie éclaira une grande partie de la salle et Neah s'approcha du bar où derrière s'entreposait surement la cuisine.

Les casseroles accrochées par leurs manches à des crochets en bronze se balançaient d'avant en arrière dans une danse presque maladive tandis que le robinet laissait tomber des gouttes d'eau minuscules à intervalles de temps irréguliers, mais pourtant en parfaite association avec le décor qui se mouvait.

Sur une grille brillait à la lueur des flammes une dizaine de couteau de cuisine parfaitement aiguisées, ceux-ci éclairant les pupilles dorées du Noé. Il arbora un sourire malsain, dévoilant ses dents blanches et attrapa le manche d'un des dix couteaux qu'il leva devant lui pour examiner la lame tranchante.

Un coup porté dans le ventre serait fatal pour ce bébé en pleine croissance et son hôte ne mettra pas longtemps à se remettre de sa blessure, Allen avait vécu vraiment bien pire. Ainsi, il fit pivoter l'arme de sorte à ce que la lame coupante soit pointée vers son propre corps, prêt à le pourfendre à un endroit stratégique.

« Adieu, Walker femelle. »

Ses poings se serrèrent plus fermement contre le manche et il haussa plus haut le couteau, prenant un élan conséquent. Puis, il l'abaissa de toutes ses forces.

« NON ! »

Cette voix singulière prit son cœur de court dont le battement se fit plus rapide. Ses pupilles dorées s'écarquillèrent alors qu'il sentit une main puissante et douloureuse enserrer ses poignets armés du couteau meurtrier.

« Dégage, Quatorzième ! » hurla Kanda en enserrant plus fermement les poignets du Noé qui fut contraint de lâcher la lame tant la poigne était forte.

Le couteau atteint le sol sans douceur et glissa loin d'eux. La voix de Kanda provoqua en Neah d'étranges signaux destinés à Allen et Neah fronça les sourcils, complètement immobilisé par le kendoka. Soudain, ses paupières se fermèrent, résigné à retourner en arrière-plan et ses jambes lâchèrent.

Kanda retint l'Anglais qui se laissait doucement tomber au sol et l'accompagna dans ce geste, de ce fait, ils furent tous les deux genoux contre terre, Kanda sans lâcher les poignets d'Allen, le second, tête penchée en avant.

Encore sous le choc de ce retour dévastateur, Kanda cru tout d'abord qu'Allen dormait, mais il finit par sentir ses bras se tendre et ainsi, il libéra ses poignets fins. Allen ouvrit doucement les yeux, se sentant soudain nauséeux et leva la tête pour scruter le décor qui l'entourait. Il fut pris d'un élan soudain de panique en remarquant que cette sensation était exactement la même que celle qu'il avait ressentie en Angleterre lorsque Neah avait pris possession de son corps.

Mais lorsqu'il passa prestement une main contre son ventre chaud, il comprit que son enfant était toujours en son sein et en bonne santé.

« Il est… revenu ? » demanda Allen avec hésitation, n'osant regarder le Japonais qui le maintenait par les épaules.

Kanda ne répondit pas, ne sachant comment lui avouer ce qu'il avait vu. Neah D. Campbell à deux doigts d'assassiner leur enfant avec un couteau. Mais Allen ne fut pas idiot et distingua du coin des yeux qu'un couteau échoué sur le carrelage glacé brillait sous les bougies allumées. Son sang se glaça et il déglutit, ne pouvant détacher son regard de cette arme tranchante.

« C'est-… C'est Neah, hein ? Il a voulu le tuer ? »

Ses mains se mirent à trembler suite à la pensée de ce qui aurait pu potentiellement se produire dans cette cuisine si Kanda n'était pas arrivé à temps. Kanda de son côté remarqua la terreur qui prit petit à petit le plus jeune et lâcha ses épaules pour l'aider à se relever tout doucement, bras entourant son bassin avec protection.

Allen se retint contre la manche du t-shirt noir que portait Kanda et essaya de se maintenir debout, mais ce fut fastidieux, ses jambes tremblaient bien trop fort.

« Ça va aller. Je ne vais plus te lâcher des yeux, » lui jura Kanda à voix basse.

Déglutissant et sentant son cœur se serrer, Allen baissa les yeux, honteux de paraître si affaibli face à Kanda. Ce dernier avait pourtant tant changé depuis le début des hostilités, pour lui et pour le bébé, dévoilant une facette de sa personnalité qu'Allen ne pensait pas exciter malgré son espoir. Cependant, il aurait aimé découvrir ceci d'une tout autre manière.

Sa possessivité s'était accrue, tout comme son cœur.

« Quittons cet endroit, » lui pria Allen en fermant les yeux afin d'empêcher à ses pupilles de croiser sans cesse l'arme meurtrière gisant sur le sol de la cuisine.

Allen était gelé. La fraicheur de la pièce et du couloir dans lequel il s'engagea frigorifiait tous ses membres et quand il fut près de son lit, il laissa Kanda verrouiller la lourde porte en fer derrière lui et resta figé devant la couche.

« Je sais que le lit n'est pas très grand, mais s'il te plaît, ne me laisse pas dormir seul cette nuit, » l'implora Allen en serrant les poings, regard fixé vers ses pieds nus et blanchis par la fraicheur.

Malgré la petitesse du matelas, Kanda accepta sa requête en silence et d'une main réconfortante, poussa Allen à s'introduire sous les couettes.

Le maudit s'y engouffra avec hésitation et rapidement, Kanda plaqua son propre corps contre le sien, de sorte à ce qu'il soit l'un contre l'autre, Allen le visage plongé dans le cou de son amant. Kanda pouvait clairement percevoir le glaçon qu'était Allen derrière ses vêtements, et le serra plus fort contre lui, espérant que ce geste n'angoisse pas plus l'Anglais perdu.

Car ses gestes pouvaient à tout moment trahir l'inquiétude dans laquelle se trouvait Kanda à ce moment même, et ceci n'était pas bon pour le maudit qui avait besoin de se savoir entouré d'une personne confiante et puissante.

Allen quant à lui, mit plusieurs minutes avant de calmer sa respiration et de faire le vide dans son esprit, réellement terrorisé par la présence de Neah en son sein qui aurait pu être dévastatrice. Ne pouvant s'endormir malgré le radiateur qu'était Kanda contre lui, Allen préféra combler le blanc et parler de choses plus joyeuses afin d'enterrer plus profondément le Noé.

« Je sais que c'est une fille… Je crois que Neah le savait et maintenant, j'en suis certain, » avoua le maudit doucement, espérant que Kanda ne se soit pas endormi.

Mais il sentit le kendoka bouger un peu, et main toujours contre l'arrière de sa tête, il déposa son menton contre le haut de son crâne, et demeura silencieux, analysant la déclaration de son amant. Ainsi donc, il s'agissait d'une petite fille ?

« Peut-être serait-il temps de lui trouver un nom ? » reprit Allen à voix plus basse, fermant doucement les yeux, se rappelant de la petite discussion qu'il avait eue avec Lenalee sur la terrasse d'un petit café.

« Déjà ? » répondit enfin le Japonais. « Ça fait à peine trois mois. »

« Comme ça nous pourrions l'appeler autrement que le bébé ou cet enfant. »

Afin de lui donner une identité et de se sentir plus proche de cet enfant qui était le leur. Un être partageant leurs deux génotypes. Leur propre sang. Leur vie à tous les deux.

« Si tu as une idée, vas-y, » reprit Kanda après un petit moment, n'ayant pas réellement de prénom sous la main à cet instant précis.

Et puis, les seuls noms qu'il avait en tête étaient d'origine asiatique ce qui allait complètement échapper à Allen.

« Ruby… ? » proposa soudain le maudit comme si ce prénom venait de retentir dans son esprit et qu'il n'avait pas réfléchi plus avant de le lâcher comme ça.

Dans la pénombre la plus totale, Kanda fronça les sourcils, répétant plusieurs fois le prénom présenté dans sa tête.

« Ça ressemble trop à Lavi, ça, » répliqua-t-il finalement en repensant contre son gré au lapin agaçant.

« Tu exagères… »

« Deux syllabes, même terminaison, le début se prononce presque pareil… Que veux-tu d'autres comme exemple ? »

Allen poussa un long soupir mais n'en démordit pas tout de suite.

« C'est la couleur rouge. Le rubis, » glissa-t-il comme si cela était une évidence.

« Je sais ce que c'est, merci pour la précision inutile. » commenta le Japonais. « Rouge comme le sang, c'est-à-dire. »

Kanda savait que ce détail n'allait pas plaire à Allen, mais le maudit bougea un peu contre lui pour s'extirper de ses bras afin qu'ils soient visages face à face, capable de se voir droit dans les yeux.

« Comme la joie, la flamme de la volonté… L'espoir. Le soleil levant et couchant, » énuméra le maudit en fronçant lui aussi les sourcils.

Son souffle chaud caressait le visage du kendoka à quelques centimètres du sien.

« La guerre, la destruction, la vengeance, » compléta Kanda avec lassitude.

« La vitalité, la vigueur, la chaleur. »

« On dit rouge de colère. »

« Les fraises sont rouges. »

Suite au débat qui commençait à devenir ridicule, Allen ne put s'empêcher de lâcher un faible rire et finalement, le kendoka laissa échapper un léger sourire, soulagé de voir que finalement, la gaité d'Allen était toujours quelque part.

« Le rouge, comme l'amour, » murmura soudain Allen, quelques minutes après son rire.

Kanda demeura silencieux, concédant que le rouge était aussi signe d'amour. Le cœur rouge. La flamme des sentiments.

« Notre amour, » ajouta Allen après un instant.

« Qu'est-ce que tu peux être niais, » riposta Kanda en arquant un sourcil.

Ruby. Leur enfant produit par l'amour peu commun de deux hommes diamétralement opposés. Un garçon aux cheveux blancs, joyeux et impulsif contre un homme aux mèches sombres, antipathique et fier. Tous deux reliés par un passé difficile et une malédiction terrible.

Une malédiction qui pour Kanda ne lui permettrait peut-être pas de voir le bébé de ses propres yeux s'il mourrait avant… À cette pensée, Kanda sentit son cœur se serrer et céda alors, déposant son front contre celui du plus jeune.

« Va pour Ruby. »

Et à ce moment-là, il se prit à espérer avec ardeur qu'il puisse voir le visage de sa petite fille au moins une fois avant de mourir.

« Dors, tu m'entends. Dors. Je reste éveillé, » lui murmura finalement Kanda. « Au cas où Neah reviendrait. »

« Tu-… Tu me le jures ? »

« Oui, je te le promets. »


Rouge c'est beau. Akaaaa !

Hey, Luna78, pour répondre à ta question, je n'ai pas réellement de calendrier de publication, dès que je termine un chapitre, je le relis plusieurs fois, attends peut-être une journée parfois et je le poste juste après. Donc en général, j'en poste deux par semaine, surtout quand j'ai de la motivation et de l'imagination, ce qui est le cas pour celle-ci en tout cas ^^
Et
LaviYuu3397, heureuse que tu aimes mon style d'écriture, je ne sais pas vraiment en quoi il peut différer des autres, mais ton commentaire m'a enchanté !

Bisous à tous est à très bientôt ! (je pense que cette fic tournera autour de 15 chap')

Prochain chapitre : Refuge