~ Chapitre 9 ~
Finalement, la journée s'était plutôt bien passée. Marco et Jean avaient convenu de se retrouver dans un café les soirs de semaine, autre que celui où ils avaient croisé Conny.
Oui, tout s'était bien passé.
Pourtant, Marco tomba sur son lit comme une crêpe en soupirant lourdement. Il repensait à sa discussion avec Eren et Christa.
Si Jean tombait amoureux de lui, il était dans la merde.
Et il ne savait pas pourquoi, mais il avait l'impression que s'était déjà le cas.
Depuis longtemps.
Trop, longtemps.
Et puis, il y avait aussi ses sentiments à lui.
Parce que, mine de rien, il savait, même s'il ne voulait pas se l'avouer, qu'il appréciait un peu trop Jean. Un peu beaucoup méga trop. Pas au point d'en être amoureux, non. Pas si rapidement. Après tout, il fallait du temps, selon lui, pour tomber amoureux. Mais Jean avait un certain charme, qui, il fallait bien l'avoué, ne le laissait pas vraiment indifférent.
Un nouveau soupir franchit ses lèvres.
Il ne se sentait pas particulièrement attiré par les garçons… Non. Mais… Mais Jean avait un truc, qu'il ne saurait pas expliquer.
Marco savait que c'était mauvais signe, de penser encore et toujours à lui. Il savait que, s'il n'évitait plus d'écouter les battements de son cœur, il l'entendrait tambouriner quand son regard croise celui de Jean. Et puis, il avait beau les ignorer, ces foutus papillons s'étaient bel et bien logés dans son ventre, et ne semblaient pas près à en sortir. D'ailleurs, ils avaient la mauvaise manie de décider de se dégourdir les ailes quand Jean lui parlait.
En fait, en y réfléchissant bien, tout ça, ça remontait au moment où il avait ouvert la porte.
Dire que cette histoire de coup de foudre au premier regard échangé faisait partie de son top dix des situations guimauveuses à souhait qui ne se réalisent que dans les films ou les romans tellement romantiques qu'on s'attend à ce qu'ils coulent entre les doigts à peine la première page ouverte.
Et pourtant, voilà à quoi il en était réduit.
Il commençait même à se demander s'il n'était pas le simple protagoniste d'une histoire visant à le mettre inévitablement entre les bras de Jean...
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Naaaaaaan, c'était tellement ridicule ! Ha ! Mais qui voudrait les voir ensemble de toute façon ? Non, vraiment, juste un début d'attirance qui le fait divaguer…
Hum, non, juste un début de rien du tout en fait.
Oui, mieux, beaucoup mieux.
Jean aussi se laissa tombé comme une crêpe sur son lit. Mais lui, il ne soupira pas de désespoir. Lui, il avait mal partout. Et surtout, un grand sourire niais collé aux lèvres qu'il avait essayé de retenir toute la journée. Il n'était pas certain d'avoir réussi cette mission par contre. Parce que, essayer, c'est bien. Réussir, c'est mieux. Et lui, il s'arrêtait malheureusement souvent à l'étape "essayer".
L'exemple même avec sa tentative de ne pas trop fixer Marco. Ou encore, de ne pas penser à lui en permanence. Ou encore, d'éviter de penser à lui en plein match, et donc de tourner la tête vers lui et de croiser son regard – comme par hasard – et donc de lui faire le fameux sourire niais et de se rater dans sa passe.
Sa journée est une suite d'échec dans ses mini-objectifs qu'il s'était fixés.
Pourtant, même si maintenant, tous sont sûr et certains qu'il est complètement raide dingue de Marco, même si Marco doit en être certain également, au passage, et même s'il n'a sûrement aucune chance avec lui, il sourit comme l'imbécile qu'il est.
Marco était accepté par ses amis, et ils semblaient tous bien s'entendre avec lui. Rien ne pourrait gâcher sa journée.
Ni même toute la semaine qui allait suivre. Il était certain d'avoir le même sourire vingt-quatre heures sur vingt-quatre pendant un long moment et avait d'ailleurs un peu peur pour ses zygomatiques.
Lundi matin, huit heure douze. Le sourire niais a déserté pour, sûrement, aller danser la Macarena sur l'une des plages de Miami au milieu des fruits d'une pub stupide pour un jus de fruit. C'était bien sur Miami qu'ils dansaient, non ? Oh, et puis, au pire, il s'en foutait. A peine deux minutes que les cours de la semaine avaient commencés, et Jean avait trouvé le moyen d'être collé un mercredi après-midi. Pourquoi ? Parce qu'il avait encore malencontreusement oublié de faire ses exercices donnés par son si cher professeur de mathématiques pour cause de réflexionage (ui, ce mot existe… (ou pas...)) intensif concernant un certain beau brun en particulier. Trois fois rien.
Mais Jean ne s'était pas vraiment débarrassé de son sourire. Celui-ci avait écourter ses vacances pour venir le midi se recoller sur son visage sous le regard amusé de Conny.
- On pense à Marco ?
- Ta gueule.
Un regard noir qui surmonte un grand sourire est beaucoup moins intimidant. Jean devrait le noter quelque part.
- Tu ne le nie pas, pour une fois…
- Mouais…
- Je me demande si Marco est au courant…
- Non.
- Pas sûr. Il parlait avec Eren et Christa. Et Eren n'est pas celui qui tient le mieux sa langue… Et puis même, suffit de te regarder. D'habitude, tu es beaucoup plus combatif pendant un match.
- Il ne m'avait jamais vu jouer de toute façon… Il ne sait rien du tout, j'te dis.
- Moui, si tu le dis, alors ce doit être la vérité absolue…
- Arrête de te foutre de ma gueule.
- N'empêche, on lit en toi comme dans un livre ouvert. C'est fou. On était tous déjà certains que t'étais gay a-
- Bi.
- Si tu veux. Et ça, avant que tu nous l'annonce si gracieusement. On devrait raconter ça à Marco, il rigolera bien…
- Déjà fait.
- Sérieux ? Dommage, j'aime bien la raconter celle-là…
- Parce que tu l'as déjà racontée ?!
- Ouaip. Ma famille est toujours avide d'anecdotes rigolotes dans ce genre là.
Dans un gémissement plaintif dramatisant la situation, Jean se reconcentra sur son assiette.
A la même heure, dans un autre lycée de la ville, Marco était en train de faire tourner son stylo entre ses doigts machinalement en regardant par la fenêtre sans écouter son dernier cours de la matinée.
Jean. Il allait le voir le soir même. Rien que d'y penser, les petits papillons – qui ne semblaient plus si petits que ça – s'agitaient à nouveau dans son ventre. Marco se dit que s'était la faim. Oui, il avait faim, il ne mangeait qu'à treize heure aujourd'hui…
Il soupira. Non, bien sûr que ce n'était pas la faim…
Le soir même, ils se faisaient face à la terrasse d'un petit café. Jean avait grimacé quand Marco avait commandé un café et un sirop de fraise.
C'était ridicule.
Ils avaient beaucoup discuter. Des cours. De musique. Évitant le sujet qu'aucun des deux ne se sentait près à aborder : leur relation.
