Disclaimer : L'histoire et les personnages de Saint Seiya ne m'appartiennent pas, dommage !

Bonjour à tous ! Aujourd'hui, un chapitre un peu plus court, avec au menu : Angelo en Italie, le blues du Lion, et la descente aux Enfers de Mû… Et un petit passage surprise… Chose promise, chose due !


10. RETOUR AUX SOURCES.

Angelo suivit sa sœur dans l'appartement sombre. Elle se débarrassa de son sac, de sa veste, appuya sur un interrupteur et la lumière inonda le petit salon.

- C'est beau comme tout, ton petit chez toi ! Commenta le cancer.

- Vitale, pourquoi es-tu revenu ?

- Je m'inquiétais. Je voulais te retrouver. Je veux apprendre à te connaître, on a déjà perdu trop de temps.

- Pourquoi maintenant, comme ça ? Demanda Giulia. Tu aurais pu revenir il y a longtemps déjà.

- Je… J'avais oublié. Ca m'est revenu il y a quelques semaines à peine.

- Tu avais… Oublié ? Ca ? S'écria Giulia.

- Je me rappelais juste que j'étais orphelin…

La jeune fille le regarda durement :

- Tu as de la chance. Moi, je n'ai jamais pu oublier que j'avais tué mon père. Que nous avons enseveli son corps et celui de maman derrière notre moulin. Que nous avons vendu nos derniers sacs de blé pour avoir un peu à manger… Mais j'ai appris à vivre avec, maintenant, avec le temps. J'ai une vie honorable. Je travaille à l'usine la journée et au club le soir. Je ne suis dépendante de personne, et c'est bien comme ça. Je n'ai pas l'intention de renouer quelque relation que ce soit avec toi, Vitale, qui t'es enfui comme un lâche et nous as laissés tous seuls, Frederico et moi !

- Tu n'as pas le droit de me dire ça ! Tu ne sais rien de moi ! De mes souffrances toutes ces années !

- Tu as souffert ? Tant mieux ! C'est à cause de toi que maman et papa sont morts !

Angelo sentit ses jambes le trahir. Les horribles souvenirs revenaient, avec leur goût âcre et perfide. Sa petite sœur, pour qui il avait volé, mendié, vendu son corps, le rejetait ! Avec tant de haine… Il enfouit son visage dans ses mains brunes et retint les larmes qui menaçaient de déborder. Il avait envie de vomir.

Il se releva, les jambes flageolantes, et rendit le contenu de son estomac dans le lavabo de la salle de bain. Puis il s'écroula à genoux, désespéré.

Giulia hésita puis se pencha sur lui, mais il détourna les yeux. Il ne pourrait pas affronter une fois de plus ce visage si semblable à celui de leur mère.

- Raconte-moi, Vitale. Peut-être que je peux comprendre…

- Ne… Ne m'appelle plus comme ça, s'il te plait. Mon nom désormais, c'est Angelo.

Elle le regarda, perplexe, mais l'accompagna et l'invita à s'asseoir sur le divan moelleux.

- Où étais-tu, toutes ces années ? Pourquoi es-tu parti ?

- Tu te souviens, à l'orphelinat, j'étais violent, toujours sur le qui-vive.

- Je me rappelle. Les autres avaient peur de toi. Tu avais blessé plusieurs enfants, très gravement.

- Un jour, un homme est venu. Il m'a expliqué que j'avais… Une sorte d'énergie en moi, que je ne contrôlais pas. Il m'a dit qu'il pourrait m'apprendre à l'apprivoiser pour ne plus me laisser submerger par elle. Pour ne plus faire de mal par accident.

- Quelle sorte d'énergie ?

- Tu la connais, Giulia. Toi aussi tu la possèdes. C'est elle qui t'a permis de me tenir tête au club, tout à l'heure. Tu n'as même pas eu peur.

- Je… Je l'ai depuis mes seize ans. Avant, j'avais de petites manifestations que je remarquais à peine de temps en temps quand j'étais énervée, mais à seize ans ça a explosé. Je ne savais pas ce que c'était, et je ne savais pas quoi faire. C'est pour ça que j'ai quitté l'orphelinat, moi aussi, souffla-t-elle.

Le frère et la sœur se regardèrent comme dans un miroir, et se sourirent faiblement.

- Frederico est mort, tu sais ? Dit Giulia.

- Oui, je l'ai appris. J'ai vu sa tombe.

- Les gens qui l'ont adopté voulaient me prendre aussi avec eux mais ils n'avaient pas les moyens. Et tu étais parti.

- Je n'avais pas le choix.

- Je comprends, maintenant. Et où es-tu allé ?

- J'ai été formé pour devenir une sorte de soldat. J'ai suivi un entraînement en Sicile, puis après je suis parti en Grèce. Au bout de six mois, j'avais tout oublié de ma vie avec vous.

- Et que s'est-il passé pour que tes souvenirs te reviennent d'un seul coup ? Demanda doucement Giulia.

Angelo baissa la tête et répondit d'un ton morne :

- J'ai fait du mal à une personne qui m'était chère. J'ai failli la tuer quand je me suis tout rappelé, j'étais sous le choc. Alors je me suis dit qu'il fallait que je remonte à la source, que j'ensevelisse mon passé une bonne fois pour toutes.

- Mais, Vitale… Angelo. Le passé, ça ne s'ensevelit pas comme ça, expliqua la jeune fille avec un faciès douloureux. Tu ne comprends pas ? C'est lui qui t'a ramené à moi. C'est lui qui décide ce que tu deviens.

- Ca fait mal… Tellement mal…

- Je sais… Mais nous sommes ensemble à présent, plus rien ne sera comme avant. A nous deux, on sera plus forts.

- Giulia, il faut que tu arrêtes de vendre ton corps, je t'en prie.

- Alors là, non ! Je ne laisserai personne me dire ce que je dois faire ! Et toi, surtout, qui te prostituais à l'époque ! Qui es-tu pour me donner des leçons ?

- Mais tu es aveugle, ou quoi ? Tu croyais vraiment que c'était par plaisir ? Il m'a obligé ! Il a vous a menacées, maman et toi ! Je l'ai fait pour vous protéger ! Est-ce que tu sais seulement comme cela fait mal pour un enfant ? Qu'est-ce que tu crois qu'il se passait quand papa m'emmenait au marché ? Ils me passaient tous sur le corps ! J'avais six ans ! SIX ANS !!! Tout ça pour avoir un morceau de viande de temps en temps, et encore ! Papa dépensait les trois quarts de nos revenus en beuveries ! Après, il me passait à tabac parce que je ne labourais pas le champ assez vite ! Et tu oses me juger ? Et après, quand ils sont morts, qu'on avait écoulé nos derniers sacs de blé et qu'on avait plus rien à manger, comment tu crois que j'ai fait pour vous nourrir, tous les deux ? J'ai volé, j'ai mendié, et oui, je me suis prostitué !

Giulia recula, terrifiée par la douleur dans la voix de son frère.

- Mais, tu avais dit… Tu disais que c'était des prêtres qui te donnaient cette nourriture…

- J'ai menti.

- Mais… Pourquoi tu ne t'es pas adressé aux voisins plus tôt ? Ils nous auraient aidés ? Ils l'ont bien fait quand ton dos s'est infecté et que tu es tombé malade.

- On était des meurtriers, Giulia ! Je ne sais même pas pourquoi on n'a pas été punis.

La jeune fille pinça les lèvres et avoua :

- Je leur ai dit que maman avait agressé papa et qu'il l'avait fait tomber. C'est comme ça qu'on a atterri à l'orphelinat.

- Tu as sali la mémoire de maman ?

- Tu étais blessé, tout le monde croyait que tu allais mourir ! Il a fallu que je me débrouille toute seule ! Et ça a marché.

Le cancer croisa les bras, furieux.

- Maman nous aimait, elle aurait fait n'importe quoi pour qu'on ait une vie normale ! Cria Giulia. Tu crois vraiment qu'elle nous en aurait voulu ?

Angelo allait répondre d'un ton cinglant, quand il vit le visage de sa mère se superposer à celui de sa sœur. Le même visage en cœur, les mêmes yeux bleu cobalt, le front haut et le menton volontaire. Mais dans ces yeux-ci, Angelo voyait vibrer une passion qu'il n'avait jamais vue dans les yeux maternels. Elle a livré autant de combats que moi, et elle a réussi à rester pure. La haine n'a jamais perverti son âme… Elle est plus forte que moi… Il céda.

- Tu as bien fait, soeurette. Je suis très fier de toi. Mais, je t'en supplie, ne fais plus ce travail dégradant.

Giulia se hérissa mais, devant le regard hanté de son frère, finit par capituler.

- Eh bien, je suppose qu'avec mon travail à l'usine, mon job de danseuse me suffira. Mais il faudra que tu mettes la main à la pâte.

- Je chercherai du travail dès demain. Il est absolument hors de question que je vive à tes crochets.

- J'ai peut-être une solution. Enrico, le videur, aurait bien besoin d'un collègue de plus…

Le visage d'Angelo s'éclaira et il déposa un baiser léger sur la joue fraîche. Sa sœur l'observa un instant et murmura :

- Je suis désolée que tu aies été si malheureux…


Mercredi 17 Octobre :

Mû s'essuya le front et rendit son casque à Myu du papillon.

- Désolé…

- Ce n'était pas si grave, Mû. Merci. C'était juste un détail, mais sa majesté Pandore ne supporte pas le moindre défaut dans nos armures… Je préfère éviter de la contrarier, tu comprends ?

- Bien sûr. Bonne journée, Myu.

Comme le spectre sortait, Mû blêmit et se rattrapa in extremis à la lourde table. Fatigué, il était si fatigué… Pandore ne tolérait pas le moindre jour de repos, ni la moindre pause dans le travail. Dix heures par jour –non, par nuit…-, sans le moindre répit. Parce qu'en plus, il avait fallu prendre le pli de vivre la nuit et de dormir le jour… Normal, pour les Enfers, où tous les spectres rêvaient d'une terre occultée par une ultime éclipse…

Rhadamanthe lui-même, chez qui il logeait, rentrait hagard tous les jours au petit matin… Quand je pense qu'ils sont tous en vacances, au sanctuaire ! Etre au service d'Hadès, quel cauchemar…

Le bélier contempla pensivement le prochain surplis à réparer. Celui-là était vraiment en miettes. Kanon est passé par là, se dit-il machinalement. Quel gâchis ! Pfouuu !!! Enfin, plus qu'une dizaine de surplis… Si je me débrouille bien, j'aurai fini à la fin du mois, et pourrai enfin quitter cet endroit lugubre… Je pourrai retrouver mon temple et mes amis. Shura…


Jeudi 18 Octobre :

Camus admira sa si belle cuisine, d'un air totalement désenchanté. Je ne peux même plus aider mon ami…

Saga sortit du jacuzzi en se frottant vigoureusement les cheveux.

- Il faudra qu'on remette le couvert encore une fois dans le jacuzzi, mon beau français ! Dit-il en rigolant.

Comme Camus ne répondait pas, il le regarda plus attentivement :

- Mais… Ca ne va pas ?

- Aiolia ne mange même plus ce que je lui cuisine.

- Oh… Soupira Saga. Mais tu lui as parlé, au moins ?

- Il ne se laisse plus du tout approcher, il n'ouvre tout simplement plus la porte ! Même Aioros n'arrive plus à communiquer avec lui. Avant, il réagissait encore par la colère, mais là on dirait qu'il n'existe plus…

- Et toujours pas de nouvelles d'Angelo…

- Non. Dokho m'a dit que l'agent dépêché sur place a fait chou blanc. Notre Angelo s'est volatilisé !

- Pauvre Aiolia…

Au palais :

- Ca va de mal en pis pour le lion, observa Sion. Je passe à la vitesse supérieure !

Dokho leva un sourcil interrogateur.

- Explique.

- Je connais quelqu'un qui trouvera Angelo sans l'ombre d'un doute. Je préférais ne pas en arriver là, mais…

- C'est plutôt vague, comme explication, ça !

- C'est mon ultime joker, personne n'était censé être au courant. Voilà :…


Saga évita l'attaque d'Aldébaran et virevolta souplement.

- Prends ça !

Aldébaran, en souriant, se décala, lui empoigna le poignet et l'attira contre lui d'une glissade.

- Hééé !!!

- Et maintenant, mon cher gémeau ? Railla-t-il en l'immobilisant dans une étreinte monstrueuse.

- Es… Pèce… De… Pervers… Grinça Saga.

Le taureau le relâcha et lui donna une gentille petite tape sur les fesses :

- Qui aime bien châtie bien, mon adorable collègue ! Dit-il en éclatant d'un gros rire, à la vue des joues instantanément rouge pivoine du gémeau.

Aphrodite se tordit de rire sur les gradins, ainsi que Milo et Shura. Camus -détail prévisible- fronçait très légèrement les sourcils, tandis que Dokho se frottait le menton en souriant ouvertement. Aioros, crispé, essayait bravement de sourire, mais son regard troublé cherchait en permanence le cinquième temple, où son frère dépérissait lentement mais sûrement.

Un énorme éclat de rire se fit alors entendre, et toutes les têtes se tournèrent vers le haut des arènes, où deux silhouettes appuyées l'une à l'autre avaient contemplé la scène sans mot dire.

- KANON !!! Hurla Saga, courant se jeter sur lui.

- Salut, grand frère ! Alors comme ça tu te laisses faire par cette montagne de viande ? Mais enfin, où est passée ta dignité ?

- Alors, comment c'était, là-bas ? Demanda son aîné.

- Beuhhh… Bien. Chaud. Y'a des vaches partout en ville, c'est des animaux sacrés. Je te conseille d'aller te défouler là-bas, Aldé !!! Wouahahaha !!!

- Toi t'as pas changé ! S'exclama Dokho.

- Si, maintenant il a la zen attitude ! Susurra Shaka. Ca en devient presque ennuyeux ! Heureusement l'air de la Grèce lui fait du bien, on dirait !

- Ca fait du bien de vous revoir ! Dit Shura, sincère.

- On a ramené un tas de choses pour vous, dit Kanon en fourrageant dans son sac de voyage. Tiens, Shura !

- Chouette, super l'épée !

- C'est purement décoratif, attention ! Pas question de faire une corrida sur Aldé avec ça, hein ? Le taquina le marina. Mais bon, ça faisait un peu couleur locale, tu sais, avec tous les rituels hindouistes !

- Ca c'est pour toi, Camus, dit Shaka.

- Un livre de recettes avec un tas d'épices ? Sympa ! Merci.

- Saga, tiens !

- Du miel au gingembre et de la confiture à la cardamome ?

- Ca pimentera divinement vos ébats, expliqua le dragon des mers avec un clin d'œil. Maintenant, cher grand frère, tu auras d'irrésistibles aphrodisiaques pour faire fondre ton gentil glaçon du Pôle Nord…

- Hé ! Protesta Camus.

- Dokho, voilà un petit tigre du Bengale en peluche pour toi, vénérable vieux maître…

- Trop aimable ! Sourit Dokho.

- Des plants de lotus et des graines de fleurs exotiques pour Aldé l'amoureux de la nature… De l'huile nourrissante au sésame pour te faire une belle peau, Aphro… Compléta Shaka.

- Une petite tapisserie avec des mandalas pour Milo…

- Et puis, encore quoi ? Ah oui, de zooolis T-shirts aux couleurs du Tibet pour Aioros et Aiolia… Continua Kanon, inconscient de sa bourde. Serez tout mignons là-dedans… Et puis du thé Darjeeling pour Sion, un joli bandeau brodé pour les beaux cheveux de Mû, et tout un lot de bougies parfumées au lotus pour Angelo…

Un petit coup de coude de Shaka l'interrompit et il remarqua alors le silence de plomb qui était tombé sur l'assistance. Aioros déglutit péniblement et quitta les arènes en courrant. Les chevaliers se regardèrent d'un air impuissant. Aphrodite étouffa un sanglot, Shura se tordit subitement les mains, Camus pensa d'un air sombre à son repas qui avait été dédaigné, et Dokho tripota nerveusement son collier.

- Bravo, Kanon, siffla Saga. Il n'y en a pas deux comme toi !

- Ben quoi, kess j'ai fait encore ?


- Hé, Aldé, attends !

- Oui, Shura ?

- Ca te dirait un petit resto, là maintenant ? J'ai pas trop le moral, avec toutes ces histoires. Dans ce cas-là d'habitude je parle toujours à Mû, mais…

- Moi aussi, il me manque. D'accord, va pour le resto !

Quatre heures plus tard…

- Hé, retiens-moi, je tombe !!!

- Je t'avais bien dit de ne pas boire autant ! Dit le taureau en le soulevant dans ses bras.

- C'est moi qui tiens le mieux l'alcool ici, après Angelo !

- Mais enfin, Shura ! Tu te doutais bien quand même que je gagnerais ce pari ridicule. Je fais combien de kilos de plus que toi, déjà ?

Le capricorne, pour se venger, lui tapa faiblement dans le dos puis laissa retomber sa tête sans force sur la poitrine de son comparse. Aldébaran rigola doucement.

- Tu veux vraiment que je te laisse tomber ? Mais tu n'es même plus capable de tenir debout tout seul !

- ZZZzzhhhh…..

Aldébaran leva le nez au ciel. Ben il est beau notre plus farouche défenseur d'Athéna ! Serait même plus en état d'arrêter une souris… Allez, dodo direct, et sans passer par le dixième temple !

En traversant la maison du bélier, il eut un petit pincement au cœur : les lieux étaient abandonnés depuis plus d'un mois à présent, et le doux sourire de son voisin lui manquait. Comment se passait donc le séjour de Mû aux enfers ?

Il réprima une bouffée de tristesse et, pénétrant dans son propre temple, installa après une courte hésitation le capricorne sur son lit géant. Il le borda affectueusement et effleura tendrement les courts cheveux ébène. Puis, il se releva en faisant craquer ses vertèbres et alla s'allonger sur le divan. Il s'endormit aussitôt. Mais quelques heures plus tard, un cauchemar dans lequel il avait vu Mû se faire injurier par Rhadamanthe le réveillait. Il se retourna plusieurs fois, mais désormais le sommeil le fuyait. Le premier temple plongé dans le silence l'obsédait. Il était toujours baigné d'amour, de respect et de compassion quand Mû était là. Cette ambiance sereine, si simple, mettait du baume au cœur de tous les chevaliers.

Mais surtout à lui… Lui, son voisin, son confident… Ils avaient toujours été là l'un pour l'autre. Le visage fin de Mû et son sourire rêveur vinrent flotter un instant sous ses paupières closes. Depuis quand était-il amoureux de lui ? Difficile à dire. Depuis toujours, ou presque… Aldébaran se retourna encore une fois avec un gros soupir agacé. A ce moment-là, une voix profonde appela depuis la chambre :

- Aldé ?

- Quoi ?

- Tu dors pas ?

- Ca s'entend, non ?

- Viens donc dormir dans ton lit, ça ira mieux.

- Si je viens je vais t'écraser !

- Tu crois vraiment que je me laisserai faire ?

- O.k j'arrive…

Le lit craqua sous le poids du taureau, et Shura se poussa hâtivement. Le taureau poussa encore une fois un profond soupir. Le capricorne, à côté de lui, lui dit doucement :

- Ca ne va pas ?

- Mû me manques… C'est bête, hein ?

Un silence. Puis :

- Non. A moi aussi il me manque.

Aldébaran alluma la lampe de chevet et ils s'observèrent un moment, puis de grosses larmes vinrent inonder les yeux bruns du brésilien, tandis que Shura essayait de maintenir un sourire forcé sur ses lèvres tremblantes. Le capricorne se pencha timidement et effaça les perles salées de ses doigts fins.

- Ce n'est rien, il reviendra bientôt, tu verras, dit-il d'une voix chevrotante. Mais on n'est pas obligé de se quereller par jalousie, en attendant. On peut se réconforter, l'attente sera plus facile pour nous deux. Alors, qu'en penses-tu ?

- Je… Je veux bien. Mais… Tu ne le remplaceras jamais. Quand il reviendra, rien ne m'empêchera de lui faire ma cour !

- Tu prêches un convaincu, mon ami… Quand il reviendra, Mû sera à moi ! Chuchota Shura. Mais pour m'aider à patienter… Il attira la main du taureau vers son entrejambe… Fais-moi du bien…

Aldébaran, avec un rictus nerveux, se releva et le recouvrit de son grand corps musculeux. Il captura les lèvres de l'espagnol et s'installa confortablement entre ses jambes, flattant sa virilité de sa large main brune. Shura poussa un cri étranglé et gigota brièvement. Mais son ami, de ses genoux, le maintenait fermement.

- Il est encore temps de faire marche arrière, si tu le veux, lâcha le taureau d'une voix hachée. Après, il sera trop tard. Je ne répondrai plus de moi.

- N… Non ! Gémit Shura. J'en ai envie autant que toi. Mais…

- Mais ?

- Sois doux, s'il te plaît.

- N'aies pas peur, je serai très doux… Répondit Aldébaran avec un sourire attendri.


Vendredi 19 Octobre, à l'aube.

Rhadamanthe se servit un verre de whisky et y trempa ses lèvres avec délice. La nuit avait été longue, le tribunal ne désemplissait pas depuis quelques temps. En plus, c'est lui qui devait juger les cas les plus difficiles. De ce fait, il rentrait rarement aussi tôt qu'Eaque et Minos.

Il appela la servante et lui demanda de dresser le couvert et de servir le repas pour deux personnes. Mû n'allait pas tarder à arriver.

En effet, dix minutes plus tard, le chevalier d'or se laissait lourdement tomber sur sa chaise et, en silence, se mettait à picorer mécaniquement les petits pois dans son assiette. Le spectre l'observa avec inquiétude. Sa pâleur et son visage creusé accusaient sa fatigue. Il avait remarquablement bien réussi à s'adapter à son nouveau rythme de vie, travaillant sans relâche pour satisfaire la volonté capricieuse de Pandore. Néanmoins, le spectre ne pouvait s'empêcher de remarquer la dégradation de sa santé. Il dormait mal depuis quelques temps, et son appétit diminuait comme peau de chagrin…

Certes, Mû n'était pas très causant, méfiant même. Cependant, son air digne, sa fierté naturelle, et son air doux avaient réussi à toucher une corde sensible chez l'écossais, qui en était venu à admirer son ancien adversaire. Mais de là à l'avouer, ah ça non !

Trois coups furent alors frappés à la porte, et une petite silhouette difforme entra en ricanant.

- Tu nous déranges, Zelos. Sors d'ici immédiatement ! Commanda le juge.

- Monseigneur Rhadamanthe, ricana le serviteur, je suis porteur d'un message de Sa Majesté Pandore…

- Parle !

- Elle aimerait que vous lui ameniez le chevalier d'or Mû du Bélier sans délais… Héhéhé !!! Elle a l'air de chercher quelqu'un pour se passer les nerfs ! Hinhinhin !!! Que je vais me réjouir !!! Hinhinhin !!!

Le spectre se retint à temps de jeter son whisky au visage de cette créature dégoûtante. Il serra les doigts autour du verre et, grinçant des dents :

- Tu peux aller avertir Sa Majesté Pandore que nous arrivons.

- Bien, Monseigneur. Comme vous voulez, Monseigneur… Le flatta Zelos. A tout de suite ! Hinhinhin…

Rhadamanthe se leva d'un bond, furieux, et lança son couteau en direction de l'abjecte créature, qui disparut aussitôt en couinant comme un animal apeuré. Le juge se tourna vers son compagnon, et son cœur se serra : Mû, las, venait de repousser sa chaise en se composant difficilement un masque d'indifférence glaciale.

- Allons-y, déclara-t-il d'une voix basse.

Pandore était dans son salon habituel, tout de noir vêtue comme à son habitude. Ses doigts fins arrachaient à sa harpe une avalanche de notes suaves et feutrées, et dans un premier temps elle ne prêta pas la moindre attention aux deux hommes agenouillés devant elle. Cinq longues minutes passèrent ainsi, et Rhadamanthe, observant les épaules affaissées de son invité, maudit la cruauté de cette femme au visage d'ange.

Finalement, Pandore laissa la musique se dissiper sur une note ambiguë et s'adressa à Mû avec douceur. Trop de douceur… Pensa le juge, soupçonneux.

- Mû, demanda Pandore, où en es-tu dans ta tâche ?

- Ca avance bien, Votre Majesté.

- Ce n'est pas ce que j'ai entendu dire, dit-elle d'une voix tranchante. Ou bien comptes-tu nier que deux spectres déjà ont du revenir te voir pour des erreurs dans tes réparations ?

Ainsi c'était donc ça… Ragea Rhadamanthe, en surprenant l'ombre de Zelos qui furetait au fond de la pièce. Sale petit rat ! Toujours à espionner dans les coins !

Mû, anéanti, se ratatina un peu plus sous le regard étincelant de Pandore.

- Alors ? As-tu perdu ta langue, chevalier ?

- J'ai été négligent, je le reconnais. Cela ne se reproduira plus, Majesté.

- Je crois qu'un petit rappel à l'ordre rendra la leçon plus convaincante, siffla Pandore, en attirant sa harpe sur son sein.

Avec un cri étranglé, Rhadamanthe s'interposa et poussa vivement Mû derrière son dos.

- Je suis un spectre d'Hadès, et j'ai un sens de l'honneur ! Je ne peux plus me taire ! Mû a travaillé dur, dans des conditions qui sont nouvelles et pénibles pour lui ! S'écria le spectre, sur un ton de défi. Il a inversé son rythme de vie, a du s'adapter à nos habitudes et a rencontré de grosses difficultés pour réparer des armures très différentes de celles du sanctuaire. Tout cela sans un jour de repos, et sans aucune considération pour la qualité de son travail. C'est normal qu'il soit épuisé et qu'il commette des erreurs à présent ! Même le réparateur habituel n'a pas réussi à tenir le rythme que vous imposez ! En outre, ce n'est pas un de vos sujets mais un INVITE qui vient nous aider en temps de crise ! Autant faire une croix tout de suite sur nos nouvelles relations avec le Sanctuaire et Athéna et nous laisser exterminer une bonne fois pour toutes !

Pandore devint rouge de colère. Ses mains blanches se mirent à flatter et à cajoler sa harpe tandis que les yeux de velours brillaient d'une lueur malsaine. Rhadamanthe reçut les ondes de douleur de plein fouet. Des hurlements sauvages s'échappèrent de sa mâchoire crispée, et il se débattit sur le sol froid, les mains portées à sa tête qui menaçait d'exploser. Encore et encore, il hurla comme un dément, tour à tour roulé en boule par terre et écartelé dans les airs. Dans l'ombre, Zelos ricanait méchamment.

Le bélier, horrifié, cria son indignation et essaya de le protéger de son corps. La mélodie devint alors plus tendineuse et implacable qu'un réseau de barbelés. Les yeux dorés, à présent noirs se révulsaient sous l'effet des convulsions.

Quand les dernières notes se turent, Rhadamanthe, sonné, réussit à reprendre sa respiration et Mû, vivement, l'aida à se relever.

Pandore les toisa froidement.

- Je crois que les choses sont claires, à présent ?

Une aura rougeâtre explosa alors dans la pièce et une voix fantomatique tonna :

- ASSEZ ! Ma chère sœur, tu déraisonnes. Laisse-les partir.

Mû et Rhadamanthe, après un signe de le tête en direction de Pandore, assise blême à sa harpe, quittèrent la salle, le bélier soutenant de son mieux le spectre qui titubait maladroitement. Zelos, bave aux lèvres, les suivit en se frottant les mains de satisfaction.

- Bon, maintenant que te voilà calmée, viens me rejoindre, nous avons à parler… Murmura la voix soyeuse du Dieu…


Dans le prochain chapitre, on découvrira la nouvelle vie d'Angelo, tandis qu'au sanctuaire les recherches pour le retrouver se font plus insistantes… Et puis on ira bien sûr jeter un petit coup d'œil aux Enfers…

Merci de m'avoir lue. A Vendredi