Ianto laissa tomber son journal ouvert sur ses jambes. Il ne savait pas quoi écrire. "Owen est mort. Mais en fait non !" Lui semblait bien plus qu'inapproprié. Il soupira et saisit un stylo, résigné.

"Voir des cadavres, je m'y suis habitué. Mais voir des collègues, des amis... après Suzie, je ne pensais pas en voir d'autres. Ou plutôt si, je savais qu'en restant j'en verrai. Je ne voulais juste pas le réaliser.

Il aurait dû rester mort. Non pas que ça aurait été mieux... enfin si, peut être pour lui. Sa condition est bien pire que celle de Jack...

Je n'aime pas écrire de réelles phrases. Des chiffres, des mots perdus, des étiquettes... mais pas des phrases. Ce n'est jamais bon signe.

Owen est mort. Et je ne sais pas quoi en penser. Je suis triste. Tout le monde l'est. Mais à la fois perdu. Et si j'étais le prochain ? Ou s'il mourrait réellement, une deuxième fois, et pour de bon ? Qu'est ce que je ressentirais alors, comparé à maintenant ?

Torchwood est un endroit dangereux et tout le monde ne semble le réaliser que quand quelqu'un y laisse la vie. Avant de l'oublier a nouveau."

Ianto serra sa main autour de son stylo et referma d'un coup sec son journal. Il le rangea rapidement et posa ses mains sur le bureau, serrant ses poings. Il souffla longuement avant de réfléchir. Il ne savait pas vraiment quoi faire. Il ne servait a rien ici, et serait certainement mieux loin. Mais il n'arrivait pas a quitter les lieux.

Il finit par rejoindre le bureau de Jack où celui-ci était assis, perdu dans ses pensées, sûrement sombres comme ses sourcils froncés l'indiquaient. Il sembla sortir de ses réflexions en entendant l'homme et lui envoya un faible sourire avant de se lever. Sans rien dire, Ianto le rejoignit a mi-chemin pour se caler dans ses bras. C'était certainement le geste le plus doux qu'ils avaient échangé. Les deux étaient détruits par la mort puis la résurrection d'Owen et ils étaient loin de l'avouer à quiconque. Ils géraient leur peine en silence, cette étreinte était juste du réconfort pour eux. Un moment de faiblesse alors qu'ils tentaient de garder le même masque constamment. En blaguant et flirtant pour l'un, en restant plus discret pour l'autre.

Ce câlin représentait certainement tout ce qu'ils ne se diraient jamais. De la tendresse, peut-être de l'amour, caché profondément, enfoui sous des couches de douleurs, d'années de souffrance, dans l'espoir de ne plus jamais ressentir la même chose.

Non pas qu'ils n'avaient jamais partagé de moments de tendresse, mais il n'y avait dans cette étreinte aucune arrière pensée, aucune envie particulière de sexe, comme souvent. Non, ils étaient juste tristes et avaient besoin de la présence de l'autre.

Jack glissa un "merci" à l'oreille de Ianto, si faiblement qu'il n'était pas sûr qu'il l'ait vraiment dit, et il n'en comprit de toute manière pas le sens. Pourquoi le remercier ?

Il se retint de tout commentaire et se contenta de serrer un peu plus Jack. Ce dernier finit par frotter son dos, après un long moment, et se sépara légèrement pour sourire de manière plus rassurante, plus assurée, comme si son moment de faiblesse n'était qu'un mauvais souvenir à effacer. Il passa une main sur le visage de Ianto, remarquant ses yeux humides, et finit par l'embrasser tendrement, lui faisant comprendre qu'il était là si besoin, toujours sans parler. L'homme répondit au baiser sans rien ajouter non plus, ses mains serrées sur la chemise de Jack.

Ils se séparèrent brusquement quand une exclamation de surprise les coupa, alors qu'ils pensaient être seuls. Il avaient complètement oublié Martha qui jura en remarquant que les deux l'observaient.

- Pardon, je ne voulais pas interrompre... C'était trop mignon !

Ianto sourit doucement avant de baisser les yeux et voulut s'enfuir mais une main se referma sur son poignet. Il jeta un coup d'œil à Jack, qui fronça les sourcils, interrogateur, l'air de lui demander si tout allait bien. Il élargit un peu son sourire et hocha la tête avant de vraiment disparaître, évitant le regard de Martha. Il appréciait bien la femme, sans vraiment la connaître, mais il n'aimait pas vraiment quand on le surprenait dans ce genre de moment, plutôt forts en émotion.

La femme s'excusa à nouveau mais finit par lever deux pouces en l'air à Jack, avec un clin d'œil, qui redonna le sourire à l'homme.