Sept vies pour mourir

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Auteur : GabrielleTrompeLaMort

Rating : T

Genre : Action/Adventure – Mystery – Romance

Titre : Sept vies pour mourir

Spoilers : Post Tome 6, bien que, depuis la parution du Tome 7, j'aie décidé d'inclure certains éléments du Tome 7 à la fanfic.

Disclaimer : Cette fanfiction n'est pas à but lucratif. Tout appartient à J. K. Rowling et la Warnerbros Compagny.

Résumé : Certains appellent ça « jouer avec le feu », mais Harry Potter préfère dire qu'il se sert des mêmes armes que son ennemi pour le vaincre. Voyage dans le temps – Horcruxes

Note de l'auteur : Coucou !

Vous voyez ? Vous voyez ? J'avais dit un mois et demi, ben j'ai tenu mes délais ! Je suis la plus fooorte ! Ben oui : parce qu'en plus de respecter mes délais, instaurés au départ pour des chapitres de 30 pages environ (en times 12, interligne 1,5) ben… je dois vous annoncer que ce chapitre-là ne fait ni plus ni moins de 50 pages. 50 PAGES ! Vous avez bien lu.

Alors que j'ai des partiels et tout, ben j'ai quand même fait des efforts. Je dois avouer, aussi, qu'écrire cette fanfic a été ma bouffée d'air frais. Ça m'a motivé, forcément. Vos reviews aussi. :) Un grand merci à vous tous pour vos messages, et aussi aux lecteurs silencieux, toujours là visiblement, et de plus en plus nombreux même, si j'en crois les « hits », et le nombre de fois où cette fic est mise en « favorite stories » ou en « stories alert » à chaque nouveau chapitre ! You rock my world, dudes.

Bon, d'autres petites choses à dire : si vous aimez la fantasy, les enquêtes policières, les poulpes, le blé carnivore et ma sœuuuur (même je n'ai pas de sœur), ben lisez le premier tome du Cycle d'Alamänder ! Faites une petite recherche sur google. C'est de la fantasy délirante, publiée par l'Olibrius Céleste. L'auteur est Alexis Flamand, et est super sympa. Son livre a, de plus, fait une entrée remarquée aux Imaginales d'Epinal. Bref, plein de bonnes raisons de le lire ! Surtout si vous aimez les céréales : le matin, vous ne les verrez plus de la même manière. ;)

Prochain chapitre à venir d'ici un mois et demi. Surveillez mon profil, où sont notées les avancées.

Encore merci à Charlie pour sa bêta lecture ! Thanks a lot, man !

Je n'ai plus qu'à vous souhaiter une excellente lecture (et de bons résultats d'examens pour ceux d'entre vous qui les passent en ce moment, mais ne parlons pas de choses qui fâchent, ahum.)

Gaby.

Personnages et situations :

Elèves :

Ralph Broklehurst : Pseudonyme de notre Harry Potter international au temps des Maraudeurs.

James Potter, Sirius Black, Remus Lupin et Peter Pettigrow : Les Maraudeurs, en septième année, nul besoin de les présenter.

Lily Evans : En septième année à Gryffondor, amie de Marlene McKinnon et de la défunte Helena.

Marlene McKinnon : Amie de Lily et Helena, septième année à Gryffondor, homosexuelle.

Franck Longdubat : En septième année à Gryffondor. Meilleur ami de Rose, en pince sérieusement pour une certaine Alice Hornby.

Rose Barjow : Soeur de Rigel Barjow, elle est à Gryffondor en septième année et est très amie avec Franck Longdubat. Ses parents sont les tenanciers de la boutique du même nom dans l'Allée des Embrumes.

Rigel Barjow : Frère de Rose Barjow, il est à Serpentard en septième année, et traîne avec sa bande de caïds, à savoir : Severus Rogue ; Rodolphus Lestrange ; Lucy Rosier et Antonin Dolohov.

Severus Rogue : toujours égal à lui-même, et comme nous le connaissons tous. En septième année lors de l'histoire. L'affaire de la cabane hurlante est déjà passée.

Regulus Black : Frère de Sirius Black avec lequel il a de gros problèmes relationnels depuis la fugue de ce dernier, en cinquième année à Serpentard, ami avec Loïs Parkinson, Amycus et Alecto Carrow.

Loïs Parkinson : Cinquième année. Ami avec Regulus Black et les jumeaux Carrow. Craint à Poudlard pour ses élans et regards sadiques et malsains...

Amycus et Alecto Carrow : Cinquièmes années. Mangemorts arrêtés, respectivement homme et femme, cités dans le tome six. Famille mangemorte citée dans le tome six, qui apparemment aurait cru Voldemort mort. Par choix, j'ai décidé que les deux personnages suscités seraient de cette famille, mais cela n'est pas sûr. Une simple supposition.

William Potter : père de James Potter, il est l'Auror lieutenant en chef du département de la défense magique, et aussi son porte-parole officiel, avec le commandant principal. Il dirige une équipe d'Aurors, surnommée la Main, car ils sont cinq et soudés, jusqu'à la mort. Depuis peu, il enseigne la DCFM à Poudlard.

Maugrey Fol Œil : le seul, l'unique, l'inimitable. Membre de la Main.

Faustine Bouvaist : membre de La Main.

Fabian et Gidéon Prewett : frères de Molly Weasley, membres de la Main.

-- Professeurs :

Potions : Horace Slughorn

DCFM : William Potter

Botanique : Pomona Chourave

Runes : Albert Vector

Sortilèges : Flitwick

Métamorphose : Minerva McGonagall

SACM : Brûlopot

Divination : Melle Cassandra, morte et non remplacée.

Cette liste s'enrichira au fur et à mesure des chapitres, et de l'apparition des personnages.


Noël blanc et sang


Son corps, long, sinueux, ondoyait comme une vague. Nagini savait qui était là, caché, invisible, et pourquoi il se trouvait là. Le serpent leva sa tête triangulaire vers Harry Potter, et, avant même qu'il ne se jette sur lui, tous crocs sortis, entendit :

« Sectusempra ! »

Le sort tomba à quelques centimètres seulement de sa queue, et brûla le parquet rayé de pourpre et d'écarlate.

« Par là… » siffla Nagini. Les Mangemorts s'engouffrèrent dans la Salle de la Mort, à la suite du Survivant.

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Techniquement, la maison de Sirius n'avait rien d'un manoir, comme il s'en était vanté, ni d'une maison, du reste. Il y avait, en partant du bas, une cave, puis, au rez-de-chaussée, une immense mais poussiéreuse pièce à vivre qui réunissait salon et salle à manger. Le parquet, patiné par le temps, avait par endroits tourné au gris cendre et, à d'autres, se trouvait défoncé. Au fond venait la cuisine, humide et étriquée. Sirius souhaitait faire des travaux pendant ces vacances, et notamment abattre le mur et monter un bar américain entre la salle à manger et la cuisine, ce qui agrandirait l'espace et l'éclaircirait. Grâce à la lumière dispensée par les baies vitrées qu'il comptait installer, cuisiner serait d'autant plus agréable ! Cependant, pour l'instant, en lieu et place de rayons de soleil, le vent s'infiltrait par les fenêtres cassées ou mal isolées, et soulevait en nuages les moutons de poussière.

La cuisine, comme la pièce à vivre, était reliée au couloir par des portes grinçantes. A l'autre bout de ce couloir se trouvait une salle de bain, crasseuse mais en état de marche, ainsi qu'une petite pièce inutilisée aux papiers peints décolés. Une autre porte, près de l'escalier qui menait à l'étage, ouvrait sur le garage, sombre et glacé.

Le petit groupe d'amis silencieux qui suivait Sirius pour la visite monta à l'étage. Les escaliers, en bois solide et verni, encore brillant sous la poussière, grincèrent doucement. Il faudrait défaire et remettre certaines planches en place, ou, plus simplement, ensorceler l'escalier pour être sûr de sa solidité.

A l'étage se trouvaient notamment quatre grandes pièces que Sirius désigna comme leurs futures chambres, et une salle d'eau avec baignoire. Dans le couloir, au plafond, se trouvait un loquet à tirer pour ouvrir une trappe. Sirius dit qu'elle menait au grenier.

Remus, Peter, Ralph, Lily et Marlene, ses visiteurs, hochèrent la tête en claquant des dents. La maison était pleine de courants d'air, le chauffage démarrait à peine (il faisait un énorme bruit, ponctués de claquements secs qui résonnaient étonnamment fort) et, dehors, la tempête hurlait. La neige forcissait, impossible de discerner le bout de son nez.

« Je ne sens plus mes orteils. » bredouilla Lily. Si James avait été présent, probablement lui aurait il proposé un massage pour les réchauffer... mais il n'était pas là. Le dernier Maraudeur arriverait peu avant Noël. Il souhaitait passer un peu de temps avec sa mère, une langue-de-plomb qui, de ce qu'Harry avait entendu, n'avait jamais été très présente, et qui exceptionnellement avait pris deux jours de congés avant le vingt-cinq décembre. Son père, William, allait lui aussi passer Noël et jour de l'an à travailler. Sans frères et soeurs, James n'avait plus que ses amis. Voldemort menaçait, l'alerte était maximale. Naïf, Harry avait espéré une famille Potter unie, soudée face au danger mais il avait bien vu que les relations que William entretenait avec l'auror Faustine Bouvaist étaient plus que professionnelles... leur baiser était équivoque. Harry les avait surpris sans le vouloir, alors qu'il revenait à lui après son malaise, la nuit où il avait tout avoué.

Le rire éclatant de Sirius l'extirpa de ses pensées.

« On a du boulot pour rénover tout ça... » se lamenta Peter. Remus le tapota gentiment sur le dessus du crâne.

« C'est sûr, vu comme c'est grand ! » dit Lily tandis qu'ils regagnaient le hall, où leurs bagages entassés contre le mur formaient une montagne qui envahissait l'espace tant en hauteur qu'en largeur.

« Bah, on a la magie. » dit Sirius « Si on procède volets fermés, et en plus avec ce temps pourri là dehors, ça ne changera rien, et les moldus du voisinage n'y verront que du feu !

L'argument final de Sirius convainquit la prudente Lily qui comptait protester. C'était vrai : de toute manière, personne, ou presque, ne mettait le nez dehors par ce temps de chien. C'était sans risques. Ils convinrent ensuite de la répartition dans les chambres, se demandant s'ils mettaient tous les matelas par terre pour passer leurs soirées ensemble et dormir côte à côte, mais Peter refusa catégoriquement de peur de paraître ridicule. Marlene rit grassement en faisant mine, une main sur le front, l'autre sur son cœur, de tomber dans les pommes : « Dieux tout puissants ! Sirius Black qui nous proposait de dormir dans la même chambre que lui, si ses fans savaient ça ! » Elle reprit son sérieux et dit : « Sincèrement, je crois qu'il vaut mieux avoir chacun sa chambre, histoire de pouvoir s'accorder des moments de calme et de solitude. Je ne pense pas que Lily puisse côtoyer James plus de douze heures par jour et aucun de nous n'aimerait avoir le meurtre de l'un ou l'autre sur la conscience, n'est-ce pas ? »

Ils rirent de concert, Sirius protestant que son meilleur ami n'était même pas encore là. Ainsi, la plus belle chambre qui donnait sur le jardin fut attribuée à Sirius – parce que c'était chez lui et qu'ils lui laissèrent l'honneur de la choisir – qui y dormirait avec James. La plus grande chambre revint à Ralph, Remus et Peter. Les filles eurent le choix entre les deux dernières et, bien entendu, elles choisirent celle qui était la plus éloignée de l'endroit où dormirait James. Cette réticence de Lily à dormir près du jeune homme, même séparée par un mur, fit sourire moqueusement tout le monde, mais personne ne dit rien de peur de s'attirer les foudres de la jeune fille.

D'un coup de baguette magique, chacun monta ses bagages dans sa chambre. Après avoir gonflé les matelas à même le sol et vérifié que tous les chauffages fonctionnaient dans les pièces à dormir, ils redescendirent dans la cuisine. Remus s'y affairait déjà, Ralph à ses côtés. Ce dernier tentait d'expliquer tant bien que mal au loup-garou sorcier pure souche comment fonctionnait une gazinière moldue.

« Tu mets l'allumette là, tu appuies sur ce bouton, et hop… Y a les flammes. »

« C'est assez primaire, comme système. » fit remarquer Peter en regardant par-dessus leurs épaules.

« Mais astucieux, n'oublie pas que c'est une invention moldue ! » dit Remus en essayant lui-même. Ralph le prévint de bien refermer le gaz, ce que Remus promit de vérifier à chaque fois qu'il l'utiliserait. Ce disant, il prit une casserole qu'il avait lui-même ramenée de Poudlard et mit de l'eau à bouillir. Au même instant, Sirius entrait, deux paquets de pâtes à la main, et une sauce verte au goût indevinable dans les mains. C'était une recette sorcière, et Peter tapa dans les mains en s'exclamant « Chic, chic, chic ! ». Marlene essaya de voler le pot, sans succès. Sirius montait la garde comme un chien surveillait un os. Ralph et Lily, qui ne connaissaient pas la marque, décidèrent de faire confiance aux goûts culinaires de leurs amis.

La suite leur prouva qu'ils avaient eu tort…

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Cher Ralph ;

Ça y est, nous sommes arrivés. Comme tu l'as vu sur le quai du Poudlard Express, l'accueil a été glacial, comme d'habitude, bien que mes parents aient montré un minimum de chaleur envers Rose pour la mettre à l'aise. Ils ont été encore plus chaleureux envers son frère, ce qui n'a pas manqué de me retourner l'estomac. Je n'arrive plus à être objectif avec eux, à les considérer comme mes parents. J'analyse désormais tout ce qu'ils font en termes de profit, selon ce qu'ils ont à y gagner. Je crois donc qu'ils ont déjà compris comment maîtriser Rose : en maîtrisant son frère. Je les hais…

On a décidé de rester le plus proche l'un de l'autre et d'éviter Rigel au maximum. Ça va être dur vu qu'on est tous sous le même toit, mais bon, tu as saisi l'idée.

En parlant de toit, je suis curieux : c'est comment, la maison de Sirius ? Je sais à peine qu'il a trouvé quelque chose, et ce, grâce à toi. Désormais, grâce à Rose et à toi, j'ai pris du recul, et ça m'énerve plus que ça ne me rend triste de le voir agir ainsi envers moi. Mais il reste mon frère, et j'aimerais savoir si sa maison est bien, s'il est heureux…

(Ici, l'écriture est penchée, en italique, comme s'il avait voulu écrire au plus vite avant de changer d'avis et de se taire.)

Sans transition particulière, j'aimerais aussi savoir si tu accepterais de transmettre à Sirius une lettre, le jour de Noël, ou peu après – en supposant que j'arrive à l'écrire et à la terminer d'ici là, je ne compte déjà plus le nombre de brouillons mentaux que j'ai fait. Il y a des choses importantes que j'aimerais lui dire, lui expliquer, et j'ose espérer que l'atmosphère de Noël, avec ses meilleurs amis autour de lui, le rende charitable envers ma personne. S'il acceptait seulement de la recevoir, ce serait merveilleux. Il la lirait probablement…

Ou la jetterait au feu, je ne sais pas. Enfin…

Je n'ai rien de plus à dire. Rose me dit d'ajouter un bonjour de sa part, c'est chose faite !

J'espère que, de ton côté, tu passes un bon début de vacances, et les autres aussi. Ici, on a déjà hâte de rentrer à Poudlard.

Je t'enverrai une lettre chaque jour, pour plus de sûreté. C'est Rose qui les porte à la poste sorcière, dans la rue à côté. On a décidé qu'elle ferait croire à une promenade pour y passer. Mes parents ne s'apercevront de rien. Moi, ils me font surveiller par Kreattur. C'est l'elfe de maison. Il a toujours été proche de moi, gentil et aimable, il est presque un ami et j'aurai des remords à le semer ou à trahir sa confiance, surtout qu'il n'aime guère mes parents. Il me l'a dit, une fois – avant de sauter dans les escaliers en se tapant la tête contre les marches pour se punir de ces vilaines paroles. Ah, ces elfes…

A demain,

Regulus.

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Ils durent utiliser des sortilèges de têtenbulle pour ne pas s'étouffer à cause de la poussière que soulevaient les lais de papier peint arrachés. Ils s'étaient attaqués au salon et à la salle à manger en premier, décidant d'aménager d'abord une pièce à vivre commune avant de s'attaquer au reste. A cause des sortilèges de têtenbulle, leurs voix semblaient leur parvenir en différé, et ils avaient l'impression de crier dans un aquarium. Et puis c'était très drôle, de se voir comme ça, à l'air libre… Remus et Lily s'amusaient à nager dans la poussière ambiante. Ils se cognèrent à Ralph qui venait d'arracher tout un pan de papier peint du côté de la cuisine. Le lai leur tomba sur la tête. Dépité, Peter haussa les épaules et eut suffisament de compassion pour leur venir en aide…

De l'autre côté du salon, assis dans une valise ouverte et posée à même le sol (parce que ce dernier était trop sale), Marlène et Sirius dessinaient les plans de ce que serait la pièce dans quelques jours. La jeune fille avait très bon goût en matière de décoration intérieure et tâchait d'éviter à Sirius les maladresses tant picturales que stylistiques. Ce dernier savait précisémment quelle ambiance il voulait obtenir au final, tout en sachant pertinemment qu'il n'y arriverait pas seul.

« Je voudrais que ce soit moderne et feutré, mais sans être féminin. Ni trop contemporain. Je déteste les créations sorcières et moldues de la new wave, comme ils appellent ça. » protesta-t-il en passant la main dans ses cheveux d'une manière qui aurait été plus-que-sexy si Marlène n'avait pas été aussi peu attirée par la gent masculine. Il s'ébroua, se râcla la gorge et continua, agitant les mains au dessus des croquis colorés : « Et puis y a trop de bougies, là… ça fait fille. »

« T'es pas obligé de les allumer, mais pour tes chéries de plus tard, tu me remercieras… »

« Ah ah ah. Tu m'as vu, moi, définitivement casé ? Je veux une maison de célibataire, pas une cellule familiale en devenir. »

« Une cellule familiale, hein, Mister Black ?... Bah ! T'aurais du acheter moins grand, alors… » Marlene se pinça les lèvres, un sourire malicieux sur les lèvres. Elle minauda, baissant la voix : « A moins que tu ne prennes des colocataires… allez, avoue, tu veux proposer à James et les autres d'emménager ici une fois le travail terminé, pas vrai ? On me la fait pas à moi ! »

Surpris, Sirius écarquilla les yeux – où ses pupilles mangeaient presque toute la surface grise de ses iris tant l'intérieur manquait de lumière – et ne sut que répondre, à la fois gêné par la remarque et leur proximité. Il pouvait sentir le souffle de Marlène sur sa joue droite. Cette dernière ne tenta heureusement rien. Pourtant, une autre qu'elle en aurait profité, et l'opportunisme des filles quand il s'agissait de lui lui revenait en mémoire dès qu'un membre du sexe opposé s'approchait d'un peu trop près… la jeune fille au carré blond sembla deviner ses pensées :

« Arrête de te faire des films, ce n'est pas une tentative de drague. Tu n'es pas du tout mon genre, Sirius Black. »

Ce dernier sourit maladroitement. Devinant à nouveau ce à quoi il pensait, Marlène ajouta : « Tu fais toujours cette tête de poule, quand les filles t'abordent et que tu veux à tout prix te débarasser d'elles… Les gros yeux et la bouche pincée. »

« Hein ? » Il cligna des paupières, préférant tourner la remarque à la dérision : « Moi ? Une tête de poule ?? »

« D'autres décriraient cela comme la manifestation innée de ta grâce même dans les instants les plus ennuyeux, mais je suis moins magnanime que ton cortège d'admiratrices… »

« Je m'en serai voulu d'avoir invité l'une d'entre elles chez moi… » soupira Sirius, dans un sourire de connivence tout à fait splendide, faisant ressortir sa petite faussette au creux de la joue qui les faisait toutes se pâmer.

Marlène lui donna une claque à l'arrière de la tête. Ce fut à son tour de soupirer, les yeux au ciel : « Arrête de sourire comme un lover italien ! »

« Mais je souris pas comme… »

« Mais si ! »

Marlène lui donna un coup de coude, expulsant Sirius à moitié hors de la valise. Celui-ci reprit son équilibre et se jeta sur elle en riant.

« A moiiii ! » hurla Marlene. Mais Sirius étouffa son cri avec son coude et la moitié de son biceps. Il ne la délivra que lorsqu'elle obtempéra.

« Tu ne t'en rends même pas compte. Par contre, tu as des manières de charretier avec les femmes. »

« Tu disais à l'instant que… »

« Il y a l'être et le paraître. » susurra-t-elle ingénument. Sirius ne sut que répondre et médita sur ces sages paroles quelques secondes. Puis il reporta son attention sur la page de cahier froissé par leur petite récréation. Il posa son coude droit sur son genoux du même côté, puis son menton sur son poing serré, songeur.

« Hmm… non, les bougies, décidémment, je… »

« Mais je te dis que… »

La voix de Marlène se perdit dans la sonnerie retentissante de l'entrée. La personne qui grelottait de l'autre côté de la porte, dans la tempête et le vent hurlant, sonna trois coups secs. Tous sursautèrent.

Ils étaient tous là. James devait arriver par poudre de cheminette (Sirius avait veillé à relier la maison au réseau), et ils n'attendaient personne d'autre. Ce ne pouvait être qu'un voisin moldu…

« Enlevez les sortilèges ! » ordonna Lily.

« Mais on va s'étouffer ! » protesta Sirius.

Face à l'insistance de la préfète et à son regard noir, il préféra obtempérer. Les autres firent de même. S'en suivit un concert de toux et d'éternuements, digne des plus beaux rhumes des foins. Sirius fit la seule chose censée : il ouvrit la porte aussi vite que possible afin de renouveller l'air surchargé de moutons beiges et gris – et, accessoirement, d'accueillir leur nouveau venu. Personne ne remarqua que Ralph avait gardé sa baguette, dissimulée par la manche du gros pull en laine prêté par Remus.

Sirius voulut dire bonjour et sourire mais il ne put que tousser et s'excuser en baffouillant. L'ouverture de la porte permit à la poussière de sortir et de se mélanger aux volutes blanches de la neige tourbillonante. Neige qui, bien sûr, emprunta le chemin inverse et pénétra dans le hall à grand renforts de coups de froid.

Ils identifièrent leur visiteur de ce qu'ils pouvaient en voir sous la double couche de pull, le manteau, l'écharpe et le bonnet qu'il portait. Ou plutôt elle. La jeune fille éternua – était-ce le froid ou le nuage de poussière qu'elle venait involontairement de traverser ? – puis s'exclama : « Bonjour ! Je… atchaaa ! Je viens vous souhaiter la bienvenue dans le quartier. J'ai vu que vous étiez nombreux alors j'ai pensé que des gauffres toutes chaudes et de la chantilly vous feraient plaisir… »

Sirius s'effaça et l'invita à entrer sans rien dire. La jeune fille ne se fit pas prier et gagna le hall en tapant ses talons contre le vieux tapis de manière à décoller la neige. Elle tendit le tuperware à un Sirius hébété qui la regardait sans ciller, complètement déconnecté de la réalité. La jeune fille se présentait et enlevait ses gants quand elle se rendit compte de son attitude. Ralph, Remus, Peter, Lily et Marlène avaient dès le début remarqué la fixité inquiétante de Sirius.

« Je… euh… je dérange, peut-être ? »

« Non. » dit Sirius d'une voix atone. « Tu… Rose ? »

Remus fut le premier à comprendre. Il se précipita vers son ami et invita la jeune fille à entrer dans le salon délabré. Il secoua son ami et murmura : « Triple andouille ! »

Tout ça parce que la jeune inconnue était brune, avait les yeux presque aussi bleus que ceux de Rose, et possédait une écharpe identique à celles des Gryffondors – sans le blason, bien sûr, puisqu'elle était a priori moldue. La jeune fille enleva bonnet et écharpe, qu'elle posa dans la valise par-dessus les croquis de l'aménagement futur, et respira l'air saturé de particules de poussières. Et encore, grâce au passage du vent par la porte, on y voyait à travers, maintenant…

Sirius sembla se réveiller et pris son sourire le plus charmeur – comme d'habitude, il ne s'en apercevait jamais.

« Désolé, je t'ai pris pour quelqu'un d'autre ! »

La jeune fille sembla déçue et se mordit l'intérieur de sa joue. Cela forma une petite faussette en tout point semblable à celle de Rose. Cependant, elle n'avait pas la grâce fragile caractérisant la jolie Gryffondor, qui mettait Sirius en un tel émoi. Elle sembla déçue d'apprendre que ce n'était pas un soudain coup de foudre qui avait terrassé Sirius, mais décida visiblement de bien le prendre.

« J'espère que je ne dérange pas ! »

Ils étaient tous sales, dégingandés. La maison était loin d'être habitable et l'intérieur empestait le renfermé, mais non, elle ne dérangeait pas. Un sourire éclatant vint manger la moitié inférieure de son visage. Ils ne purent s'empêcher de lui répondre de la même manière. Elle avait quelque chose de rafraîchissait – la neige, peut-être ?

« Je m'appelle Keira. Et vous êtes… »

Chacun se présenta, à tour de rôle, et quand vint le tour de Sirius, elle le fixa quelques instants de plus.

« A vrai dire, on est en pleins travaux… » bredouilla celui-ci, gêné de devoir la faire partir maintenant qu'elle s'était visiblement installée pour une heure au moins. Il songea qu'il devait arborer ce que Marlène appelait son air de poule. Cette pensée le fit sourire et il se maudit d'avoir l'air si séduisant malgré lui. Keira rougissait furieusement. Il n'y avait que sur Rose que cela ne marchait pas, ou plus… cette autre pensée lui fit ravaler son sourire. Il prit l'air sombre sans le vouloir. Et se maudit encore : on lisait sur son visage comme dans un livre ouvert…

« Je ne resterai que dix petites minutes, promis… » dit Keira en ouvrant le tuperware qui contenait les gauffres fumantes. Elle vit le manque de réaction de ses hôtes et ses lèvres tremblèrent : « Bon, je, finalement, je… Je ne comptais pas m'éterniser de toute manière, je… je vois que je gêne. » Elle referma la boîte et remit ses gants.

Remus allait lui proposer de repasser en soirée, à l'heure du repas – quand ils n'auraient pas besoin d'utiliser la magie pour décoller proprement le papier peint, éviter l'étouffement ou réchauffer l'air parce que le chauffage fonctionnait à l'envers (ils avaient eu la joie de constater cela en pleine nuit, tous congelés) – quand les choses se précipitèrent.

Il y eut un craquement, un claquement, puis la voix lointaine de James, qui déblatéra une bordée de jurons digne de figurer dans une anthologie : « Par les couilles nécrosées de Merlin ! Putain de… Est-ce qu'au moins je suis chez Sirius ? AAAH ! »

Une flamme émeraude jaillit de la cheminée et expulsa à l'autre bout de la pièce une valise pleine à craquer, suivie d'une paire de lunettes aux verres arrondis, d'une chaussure et d'un garçon à la chemise complètement de travers. Celui-ci rejoignit sa valise, qui éclata sous le poids combiné de son propriétaire et du bagage suivant. Pris en sandwich entre les deux, James tomba, écrasa ses lunettes, perdit son autre chaussure…

Tous éclatèrent de rire, Sirius d'un grand aboiement, avant de se rendre compte qu'il y avait Keira et de s'étouffer. Ralph n'hésita pas, sortit sa baguette et détacha lentement les syllabes qu'il fallait bien prononcer : « Oubli… »

« Non ! » Keira leva les mains. « Je suis issue d'une famille sorcière ! »

Pris d'un geste convulsif qu'il ne s'expliqua pas, Remus porta sa main sur celle de Ralph et le força à ranger sa baguette magique. Ralph s'excusa. L'incident passé, certains pensèrent à aller secourir James qui, le pauvre, souffrait de son incompétence notoire en matière de voyage par le réseau de poudre de cheminette… Ralph sourit mystérieusement, amusé, comme si lui aussi souffrait du même mal. Peter grommela quelque chose à propos de lacets. Lily alla aider son meilleur ennemi qui n'en revint pas de tant de générosité, surtout de sa part. Il avait l'air de sortir d'une explosion, les yeux complètement écarquillés, le regard halluciné. Il se prit les pieds dans ses sous-vêtements éparpillés dans la pièce, et eut un sourire gêné pour Lily qui le tenait par le coude et l'aidait à sortir de là.

« Oui, je suis issue d'une famille qui, enfin… Je ne suis pas une sorcière, ni une cracmole, juste une moldue : mon père est un cracmol, ma mère aussi, et moi et mes sœurs sommes tout ce qu'il y a de plus moldu. Pas de panique… inutile d'utiliser un sortilège d'oubliette. Ma grand-mère à moitié sénile me menaçait toujours de l'utiliser quand j'apprenais mes leçons, petite, soit disant pour me forger une mémoire à toute épreuve… »

« Ah… »

Sirius, consterné par l'arrivée de son meilleur ami, ne sut pas quoi dire d'autre.

« Vous venez de Poudlard ? Je me disais, aussi, Sirius et Remus, ça fait des noms bizarres ! Il n'y a que les sorciers pour… euh, ce n'est pas une insulte. Juste une remarque. » dit-elle à Ralph qui haussait un sourcil. Il sourit intérieurement, elle devait l'avoir mis dans la catégorie Sorciers dont il faut se méfier, vue sa réaction, et avoir un petit peu peur de lui… par contre, Sirius devait avoir détrôné le premier de la catégorie Beau gosse à conquérir, car elle ne cessait pas de le dévorer du regard. Pour un peu, s'ils avaient été seuls tous les deux, elle se serait jetée sur lui. C'était du moins l'impression qu'elle donnait… Quand James fut rétabli, et que Lily eut réparé ses lunettes, Keira proposa à la ronde :

« Mes gaufres ne sont pas encore refroidies, et il y en a pour tout le monde. Vous êtes sûrs que vous n'en voulez toujours pas ? »

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Cher Ralph ;

Comment vas-tu ? Toujours aussi bien j'espère. Tu n'es pas obligé de répondre à toutes mes lettres, je me doute que tu t'ennuies bien moins que moi au Square Grimmaurd, donc inutile de perdre du temps en réponses inutiles. Fais des tirs groupés !

Ambiance toujours aussi morose de notre côté, à Rose et moi. On se serre les coudes mais c'est pas facile, on craque déjà. Surtout qu'hier soir c'était l'annonce officielle des fiançailles avec les familles et les futurs témoins. Nos parents nous ont collé Rosier comme demoiselle d'honneur, entre autres. L'horreur ! Cette fille est une véritable opportuniste. Elle est toute douce, tout sucre, tout miel avec Rose et moi, mais je suis sûr qu'elle nous conspue derrière notre dos. Rose est d'ailleurs un peu trop amie avec elle à mon goût… et Rosier un peu trop entreprenante avec moi : pendant tout le repas d'hier soir, elle était en face, et elle faisait ostensiblement grossir ses seins en appuyant ses coudes sur les côtés – comme Mafalda Hopkirk le fait devant Potter, tu vois ? Je suis certes un homme faible mais pas trop quand même. Quand elle a essayé de me faire du pied, je lui ai donné un coup dans le tibia, ça l'a vite refroidie. Rose a beaucoup rigolé quand je le lui ai raconté, juste après. Moi aussi, d'ailleurs, mais je me demande ce qui lui prend. Je ne crois pas l'avoir jamais intéressée – et puis de toute manière elle ne m'intéresse pas – et je trouve ça très bizarre de sa part… à croire que l'annonce officielle de nos fiançailles avec Rose a réveillé en elle une soudaine passion. Elle a dû se rendre vraiment compte que j'étais le dernier des derniers des Black, le parti le plus pur et le plus potentiellement riche de tout Poudlard… tsssk. Pitoyable. Ou drôle. Ou les deux. Bref…

Rigel se tient étrangement tranquille. Il n'a pas embêté Rose ni fait quoique ce soit qui puisse être suspect. Quoique… il sourit comme un imbécile heureux depuis quelques temps. Je me demande pourquoi.

Sinon, j'en profite pour te demander ça, là que Rose n'est pas derrière mon dos à regarder ce que j'écris : c'est bientôt son anniversaire (juste après le jour de l'an), tu ne voudrais pas qu'on lui fasse un cadeau, tous les deux ? Pour Noël aussi, si tu veux. Parce que moi, le seul présent que j'aie jamais fait à une femme, c'était pour ma mère, et je pense que, niveau goût, tu connais mieux Rose que moi. Ou peut-être demander à Sirius. Il peut participer aussi, s'il ne préfère pas se couper la langue avec les dents au lieu de faire quelque chose qui ait un rapport avec moi.

Voilà. Rien d'autre de nouveau sous le ciel gris de Londres. Square Grimmaurd est d'un ennui total sans Sirius, c'est incroyable. Cet été, après sa fugue, je pouvais au moins sortir prendre l'air, mais là, la tempête nous retient derrière les fenêtres. Il neige aussi, chez vous ?

Rien de plus à ajouter.

A demain,

Regulus.

&

Il neigeait beaucoup moins fort que la veille, et les routes étaient dégagées. Malgré la grasse matinée consommée (surtout par James, qui s'était finalement levé grâce aux frasques de son meilleur ami et d'une partenaire insoupçonnée (en la personne de l'insoupçonnable Lily)) et l'atmosphère de paresse qui les entourait (ou était-ce la chaleur ? Remus et Sirius avaient réussi, malgré les remarques narquoises de Marlène, à réparer le chauffage à la façon moldue), les jeunes amis étaient bien décidés à faire leur première sortie, guidés par Keira. Cette dernière s'était immédiatement proposée lorsque Sirius avait demandé où ils pourraient trouver de la peinture pour les murs, des meubles neufs et de quoi décorer. Elle comptait les emmener dans la zone industrielle et commerciale moldue de la ville. Depuis, avec Lily et Marlène, elles n'arrêtaient pas de citer des noms de magasin, de feuilleter des brochures publicitaires piochées dans sa boîte aux lettres, et d'apostropher Sirius pour lui montrer tel ou tel élément de mobilier.

Le jeune homme ne savait plus où se cacher de Keira, et James prenait un malin plaisir à indiquer à la jeune fille où celui-ci avait trouvé refuge. Sirius alla même jusqu'à supplier Marlène de faire semblant d'être sa petite amie. Elle refusa, bien sûr.

Et, au milieu de tout ce joyeux charivari, Ralph restait étonnamment silencieux. Il observait son parrain, ses parents, leurs amis, d'un air mélancolique qui disparaissait dès que quiconque regardait dans sa direction. Il préférait se tenir à l'écart. A vrai dire, il était pétrifié de bonheur, prêt à défaillir à chaque fois que la chamade de son cœur s'emballait. Pétrifié comme lorsqu'il avait vu, pour la première fois, ses parents dans l'album de photographies offert par Hagrid. Dans le train qui le ramenait chez les Dursley, il avait passé des heures à feuilleter le vieil album relié en cuir, qui soulevait des volutes de poussière issus d'un autre temps ; l'odeur du passé, du souvenir, d'une vie qu'il n'avait pas connue. Aujourd'hui, il se retrouvait dans la photo, dans le cadre, dans l'intimité de ces personnes qu'il n'avait jamais approchées d'aussi près. A Poudlard, Harry ne les côtoyait pas autant. Depuis qu'il était chez Sirius, avec eux tous… c'était comme si Lily et les Maraudeurs n'étaient qu'un rêve, des personnages en couleur sur une pellicule en papier sorcier. Inexplicablement, il ne ressentait pas cette distance, cette impression d'être un spectateur au beau milieu du spectacle, ni avec Franck, ni avec Rose, ni avec Marlène. Harry expliquait cette distance avec ses parents et les Maraudeurs d'une seule manière : il avait peur que, tout d'un coup, les couleurs s'estompent, les contours également, et disparaissent, dilués dans l'aquarelle d'une pensine, et qu'il revienne alors à une toute autre réalité…

Il soupira.

Alors qu'il s'attaquait avec Peter au papier peint miteux du hall d'entrée, dans un grand éclat de rire, James pénétra dans la pièce.

« Ralph ! Je peux te parler une seconde ? Toi aussi, Peter. »

Aussitôt, la sensation de s'éloigner l'étreignit et lui fit mal : pourquoi n'arrivait-il pas à se sentir aussi bien, aussi présent dans cette réalité, que lorsqu'il était avec Rose, ou Franck, à Poudlard ? Que lorsqu'il avait, avec son père, volé dans les airs, percé les nuages, effleuré les étoiles ?…

Harry et Peter se regardèrent, ivres de poussière, puis hochèrent la tête. James leva ses lunettes pour les nettoyer avec un coin de sa chemise mal embraillée, et s'approcha d'eux pour chuchoter :

« J'en ai parlé à Remus, Marlène et Lily. Ils sont d'accord pour participer symboliquement ! »

« Génial ! » s'exclama Peter, un sourire plein de bonhommie sur les lèvres. « On y va quand, alors ? Cet après-midi ? »

Ralph, quelque peu en retrait de la conversation, fronça les sourcils : de quoi parlaient-ils ? Que signifiait « participer symboliquement » ? Avant qu'il n'ait pu exprimer ses interrogations à voix haute, un lai de papier peint à moitié décollé se déroula comme un serpent et tomba sur sa tête. L'odeur âcre de vieille colle lui envahit les narines. Il retint sa respiration, retira, quasi stoïque, le lai de ses cheveux, puis revint à la conversation comme si de rien n'était. Cela fit éclater de rire James, qui lui demanda s'il avait été faire un tour dehors, sous la neige.

« Tu as des petits bouts de colle partout dans les cheveux maintenant ! »

Ralph grommella, arrachant entièrement le lai de papier peint dans un grand bruit de déchirure. Tandis que James s'amusait à retirer les petits bouts blancs de ses cheveux, Ralph demanda à Peter :

« C'est à quoi qu'il faut participer symboliquement ? »

James arracha un cheveux à Ralph.

« Aïe ! »

« Peter, tu manques à tous tes devoirs ! »

Les yeux du rat devinrent plus humides et brillants que de coutume. James s'en aperçut et, sachant que son ami était particulièrement sensible, le prit par l'épaule qu'il bourra de coups de poings amicaux.

« Zen, Pet' ! C'est pas si grave. » Il se tourna vers Ralph : « J'ai dans l'idée d'acheter une moto moldue à Sirius. Tu voudrais participer, même très peu ? Mettre un gallion, ou même une noise symbolique ? »

Le coeur de Ralph manqua un battement. La moto de Sirius... Son bien le plus précieux. Tout ce qui lui restait de ses souvenirs. Ainsi, c'étaient James et tous ses amis qui s'étaient cotisés pour la lui offrir ? Harry comprenait mieux son parrain : ce n'était pas son seul amour pour les engins moldus et les folles virées dans les airs qui faisaient briller ses yeux lorsque, à une autre époque, dans un autre temps, il parlait de sa moto...

Ralph sembla émerger d'un rêve parfait, où tout était bon, où tout allait bien... ses souvenirs avaient manqué de l'envahir et, comme Peter, il sentait ses yeux le piquer. Il cligna plusieurs fois des paupières, rapidement, ce qui ne passa pas inaperçu. Au fait de sa vie plutôt difficile, James dû se dire, à juste titre, que cela faisait écho à un agréable mais désormais douloureux souvenir.

La mémoire peut être le pire des bourreaux, la plus horrible torture. Ralph toussa, prétextant la poussière, et répondit, un immense sourire mangeant toute la moitié inférieure de son visage:

« Avec plaisir ! Et... même, plus que symboliquement. »

James remit ses lunettes toujours aussi sales en fin de compte et s'étonna : « Tu es sûr ? Je veux dire, tu sais, une moto, c'est pas donné... j'ai la chance d'avoir des parents qui m'ont toujours gaté et d'avoir su être économe, et je ne veux mettre personne sur la paille ou dans l'embarras, surtout que tu ne connais Sirius que depuis quelq... »

« Quelques mois, je sais. » coupa Harry, sur un ton un peu trop amer à son goût. Il planta ses yeux verts dans ceux marron de son Potter de père. « James, en quelques mois, toi, Sirius et les autres m'avez apporté plus que vous ne pouvez l'imaginer. »

« Même les pires crasses ? » osa timidement Peter, l'air malicieux.

Ralph aurait rit si ce n'avait pas été lui. Il sourit néanmoins, gardant à l'esprit que ce Peter là n'était encore coupable d'aucun crime.

« Pas les pires, mais des crasses aussi, oui... James : moi aussi j'ai la chance d'avoir un compte en banque bien fourni, même si les raisons sont... moins joyeuses que les tiennes. Quoiqu'il en soit : j'ai de quoi vivre plusieurs vies sans travailler, si je le voulais. Alors je tiens à participer. Plus que symboliquement. Généreusement, je dirai, même. »

« Généreusement ? Qui parle de générosité ici ? » s'exclama une voix familière. Sirius pénétra dans la pièce, et avec lui sa joie de vivre perpétuelle qui le suivait toujours en farandolle, semblait-il. Sirius saisit son meilleur poteau par l'épaule et cogna son front contre le sien : « Gaffe ! Il t'embête, ce bouseux emperruqué, Ralph ? »

« Non, non... » rit Harry.

« Bon, très bien. Bosse un peu, tire-au-flanc ! » dit-il à l'attention de James.

« Ouiiii, maîîîîître ! » parodia le concerné avant de filer, avec la démarche d'un elfe de maison, vers la cuisine et ses lais de papier peint non décollés qui n'attendaient que lui.

Une heure plus tard, ils partaient pour la zone commerciale moldue par la ligne sept du bus qui s'arrêtait au coin de la rue. Le ciel était d'un blanc irisé. La chaleur du soleil n'arrivait pas à filtrer, et même le vent qui tourbillonnait ne parvenait pas à aménager une ouverture à ses rayons bienfaiteurs. Les nuages bougeaient, se déchiraient, se réunissaient, poussés par l'onde, mais ils étaient si nombreux et si serrés que le ciel restait comme immuablement figé dans le froid hivernal, dans l'après-tempête.

La neige crissait sous leurs bottes et leurs boots, et ils glissaient parfois. Lily s'accrochait à Marlène. James lui avait bien proposé son aide, mais la jeune fille avait refusé, sans pour autant lui crier dessus. Au final, ce n'était pas plus mal. Alors que Keira accaparait Sirius, et que le petit groupe rentrait dans un magasin de meubles réputé (Sirius avait insisté pour avoir de beaux objets de qualité, car il comptait s'installer pour longtemps, voire pour de bon), James ralentit le pas et rejoignit Ralph à l'arrière du groupe. On ne voyait que les yeux de ce dernier, une énorme écharpe aux couleurs des Gryffondors, magiquement allongée, étant enroulée autour de son cou et de ses épaules, sous son manteau, ce qui lui donnait une carrure de rubgyman. Il avait ramené ses longs cheveux dans son col, car cela lui tenait tout aussi chaud. Par contre, il sentait le picotement du froid au bout de ses orteils. Il n'avait pas mis des chaussettes assez épaisses et assez hautes, et la neige avait pénétré à l'intérieur avant de fondre et de glisser dans sa chaussure…

Une fois à sa hauteur, James chuchota, une chappe de fumée blanche accompagnant ses paroles : « Y a un magasin de motos là-bas (Il désigna la rue adjacente), et un autre dans celle qui est parrallèle, m'a dit Keira. Y doit y en avoir d'autres, faudra se promener un petit peu. Mais faut faire vite, Sirius va s'apercevoir de notre absence. C'est un radar à embrouilles, ce mec. Il les attire toutes, et les découvre toutes ! »

Ralph pouffa tandis que James l'enjoignait à le suivre. Jusqu'à ce qu'ils soient sûrs d'être invisibles depuis les fenêtres du magasin, ils marchèrent rapidement. Enfin, ils reprirent un rythme normal, et, dans le silence de velours blanc, seulement troublé par le bruit de leurs pas, ils entrèrent chez « Davidson & cie ». La chaleur leur sauta au visage, et ils se retrouvèrent dans un univers typiquement masculin, viril, où les femmes peinaient encore à se faire accepter. A l'époque d'Harry, il y avait presque autant de motardes que de motards, mais ici, et maintenant… ils se retrouvèrent face à l'archétype du Biker, bien en chair, même un peu trop, le teint rubicond, le blouson en cuir, mais recouvert de neige. Apparemment, il venait d'entrer juste avant eux, et c'était l'un des employés du magasin. Il se fit vertement réprimander pour son retard, par une voix tonitruante qui venait de l'arrière-boutique. Un homme avec les épaules d'un taureau, apparemment tatoué de la tête aux pieds, les bras musclés, arriva comme une tornade et le bourra d'un coup de poing « amical » qui aurait envoyé James ou Ralph au tapis.

Les deux sorciers se sentirent encore plus vulnérables que face à McGonagall un jour de grande colère…

S'apercevant de leur présence, le patron se tourna vers eux, et son visage se fendit d'un sourire qui avait du mal à se faire voir sous l'énorme moustache. Il ouvrit les bras, comme si la scène précédente n'avait jamais eu lieu (l'habitude, visiblement !) : « Bonjour ! Je peux vous aider ? »

Il les invita à entrer dans la salle d'exposition des motos (ils étaient encore dans le hall, où se trouvait la caisse). Ils passèrent devant une ribambelle de gants, casques et autres protections, avant de pénétrer dans ce que Sirius aurait probablement qualifié de sacré. Trois cent mètres carrés d'exposition de Harley Davidson, toutes plus rutilantes les unes que les autres. Des motos tape-à-l'œil ; une marque, une légende.

Harry savait que se trouvait peut-être ici la moto qui avait permis à Hagrid de l'amener à Privet Drive, la nuit fatale du trente et un octobre. Son cœur manqua un battement. Elle était même sûrement ici. Il la reconnaîtrait, même s'il n'y connaissait rien : Sirius lui avait montré nombre de photographies, lorsqu'il se trouvait à Square Grimmaurd, peu avant sa mort… Harry l'avait vue sous toutes ses coutures. Il flâna dans les rayons, tandis que James expliquait à l'impressionant vendeur son souhait.

C'est alors qu'Harry tomba nez à guidon avec la moto de Sirius.

Elle était là, belle, n'attendant qu'un seul motard, qu'un seul sorcier. Les bikers parlaient de fusion avec la machine, mais là c'était bien plus. C'était le destin. C'était l'avenir. C'était elle. Celle qu'il fallait à Sirius, pas une autre. Harry l'examina : les mêmes jantes, le même cuir, le même léger défaut de fabrication (le logo était légèrement de travers), les mêmes pochettes sur le côté de la selle… il se tourna vers James.

« Hey, James ! Regarde celle-ci… »

James se tourna vers la moto, et fit la moue. Quelque chose n'allait pas ? Harry se sentit tomber quand son père déclara, implacable : « Ah, non, je n'aime pas du tout, je préfère avec les franges, comme celle là bas. Ça fait très « far-west », c'est mieux je trouve. Pas toi ? »

« Cela dépend des goûts de votre ami, celui à qui vous voulez l'offrir. » dit le vendeur de sa voix trop rauque.

« Je pense que Sirius aimerait mieux une moto originale plutôt qu'un modèle trop classique… » insista James.

Ce que voulait dire James, c'était qu'il connaissait Sirius depuis plus longtemps et donc, par conséquent, qu'il connaissait mieux ses goûts. Harry inspira. C'était cette moto et pas une autre. Il allait devoir être convaincant…

&

Ralph ;

Ici, tout irait pour le mieux si père et mère n'accueillaient pas deux indésirables de plus. J'essaie de garder un ton mesuré pour te parler d'eux, mais en fait, c'est... je ne trouve pas de mot. Je suis choqué. Quelque chose hurle « non » en moi, mais je n'y peux rien, bien sûr. Rien du tout. Je croyais pouvoir continuer à supporter mes parents malgré tout, mais là, c'est au dessus de mes forces. Je les savais favorables aux idées de Tu-sais-qui, mais je ne les pensais pas si engagés dans la lutte pour la pureté du sang. Un mangemort est venu – Lucius Malefoy, qui a dernièrement épousé ma cousine Narcissa, vive la consanguinité – et il a parlé des heures et des heures avec mon père, dans son bureau. J'ai bien essayé de les écouter, mais ils avaient placé un maléfice de surveillance, et je me suis fait prendre comme un bleu, l'oreille collée à la porte… de toute manière, le secret ne l'est pas resté longtemps : Malefoy venait pour demander à mon père d'accueillir deux « amis » à lui. Figure-toi qu'il s'agit de Travers et Jugson, ceux qui actuellement font la Une de la Gazette pour triple meurtre !! Ils sont suspectés dans d'autres affaires, mais pour celle-ci, ils ne sont pas seulement suspects, ce sont les coupables. Ce sont eux, et ça ne m'étonne pas. Surtout Travers, tu verrais son regard… on dit que certaines personnes ont des yeux doux, qui sont le lit de beaux rêves, mais alors lui… ses yeux sont une porte sur un cauchemar ambulant. Ils n'arrêtent pas de bouger, on dirait ceux d'une fouine, ou un serpent, un rat, bref, un nuisible, quelque chose qui guette et attaque par derrière.

Bref, il y a eux, et on a une mauvaise nouvelle de plus : Evan Rosier, le grand frère de Rosier, est entré en contact avec elle. Les mangemorts le pensaient mort, mais apparemment il a réussi à échapper aux Aurors en se faisant passer pour tel. Je n'en sais pas plus pour le moment, mais Rosier jubile. Et puis elle s'entend super bien avec Travers et Jugson, même que je ne serai pas surpris s'il y avait plus que cette « amitié » entre elle et Travers. Je crois qu'ils ont dormi dans la même chambre l'autre nuit. Enfin, « dormi »… en plus elle est revenue à la charge aujourd'hui, en étant gentille et séduisante avec moi. Quelle traînée… elle est vraiment rongée par la perversité, jusqu'à l'os. Sa substantifique moelle à elle, c'est bien le mal.

En tous cas, ça a un avantage : Rose l'évite désormais comme la peste, avec autant d'application si ce n'est plus que son frère. D'ailleurs, en parlant de celui-là, il a été ravi d'accueillir les deux mangemorts. J'ai pu grapiller quelques infos, mais je n'en ai pas parlé à Rose de peur de l'effrayer. C'est son anniversaire dans quelques jours (d'ailleurs tu ne m'as pas répondu pour le cadeau, fais-vite !), et c'est apparemment ce jour-là qu'ils veulent les marquer tous les deux… elle doit le savoir, mais je n'ose pas lui dire que ce sont probablement Travers et Jugson qui vont lui apposer la marque. De toute manière, il faut lui éviter ça ! Elle ne peut pas rester ici, elle n'aurait jamais dû venir. Le mariage, passe encore, mais ça, c'est impossible. Il faut qu'elle refuse, et si elle ne le peut pas, je l'aiderai à s'enfuir !

Je vais lui en parler ce soir, même si j'ai peur de sa réaction. Il le faut absolument. Moi qui craignais l'échange des bagues de fiançailles demain, au pied du sapin, le jour de Noël, je crois qu'il y a des soucis autrement plus sérieux qu'un mariage forcé. Des choses autrement plus définitives et dangereuses. Irréversibles.

Je vais faire ce que je peux, mais je t'en supplie, Ralph, aide-moi. Je n'ai que toi sur qui me reposer, je n'ai que quinze ans, et j'ai déjà l'impression de mourir… tout est devenu noir ici. C'est affreux. Il n'y a plus que Rose et moi au milieu de serpents. On est entourés de mangemorts et j'ai l'impression qu'ils savent. Tout. Tous. Qu'ils savent pour notre rébellion secrète, à Rose et moi. C'est affreux.

Comme je ne sais pas de quoi demain sera fait, je joins ici la lettre adressée à Sirius. J'espère qu'il la lira, et qu'il sera compréhensif, même si je n'ai pas eu le temps de l'écrire aussi bien que je l'aurais voulu.

Je dois te laisser, j'entends Rose qui chante. C'est le signal, quand quelqu'un arrive. J'espère que ce n'est pas Travers.

A demain, j'espère.

Regulus.

&

Harry ouvrit les yeux. Les referma. La lumière blanche qui traversait les volets entrouverts et réchauffait son visage fit éclater des étoiles sous ses paupières. Il sourit. Il avait chaud, il était bien. Il avait encore envie de dormir… lentement, il retomba dans un sommeil paisible, bienheureux, à l'écart de tout et de tous. Doucement, il se laissait aller à un état cotonneux, poudreux, doux et confortable… blanc et lumineux. Comme s'il s'enfonçait dans le matelas et se sentait mieux à chaque seconde. Il frôlait le sommeil profond lorsque la voix d'une fée jaillit. C'était merveilleux.

Harry rouvrit les yeux. Au rez-de-chaussée, Lily chantait. Une décharge électrique le transperça, un bonheur si pur et si douloureux que sa poitrine manqua d'exploser : Noël ! Et sa mère était présente. Sa voix se mua en un rire crystallin. Harry rejetta la couverture sur Remus qui ronflait encore à côté de lui. Il sauta dans ses pantoufles et, sans même se préoccuper de l'état complètement anarchique de ses trop longs cheveux, sortit de la chambre encore endormie. Il dévala les escaliers quatre à quatre et, alors qu'il allait hurler « C'est Noël ! » en se jetant dans les bras de sa mère comme un gamin, il se souvint de la date.

James et Lily Potter n'avaient pas d'enfant.

Il se sentit tomber, et dut se rattraper au chambranle de la porte qui donnait sur le salon et la salle à manger. Marlène se retourna. Derrière elle, un sapin, qui devait avoir été créé par la magie, car il n'était pas là la veille. Marlène était en pyjama, elle aussi complètement ébouriffée. Une guirlande était enroulée autour de son cou.

« Ralph ! Zut, alors… j'espère qu'on ne vous a pas réveillés ! On voulait vous faire une surprise... »

Il secoua la tête. Ralph. Il s'appellait Ralph.

Lily sortit de la cuisine. Elle marchait comme un ange parcourt le ciel. Les bras écartés à la manière d'un chandelier, elle avait enfilé une boule de Noël à chaque doigt. Ses poignets formaient un angle doux avec ses avant-bras. Ils ressemblaient à deux cygnes dans des bas de chair. Sa robe, une nuisette épaisse et blanche qui lui arrivait à mi-mollets, donnait l'impression qu'elle dansait sur un air qu'elle était seule à entendre. Ce ne fut que lorsqu'elle s'arrêta de chanter que Harry s'aperçut de son immobilité à lui. Il la contemplait, béat d'admiration, le regard plein d'amour. James n'aurait pas hésité à lui enfoncer le nez dans le crâne pour ça, tellement il en aurait été malade de jalousie. Heureusement, il dormait encore.

« Ralph, ça va ? » questionna Marlène d'un air soupçonneux, et peu amène. Il cligna des paupières, et s'appuya à nouveau sur le chambranle pour se donner une contenance, bien qu'en réalité il fut tout à fait remis de sa vision… pour peu que les filles interprêtent mal son attitude, il allait passer pour un pervers, ou un amoureux transi ! Un oeidpe inédit.

« Je… C'est juste que telle que tu étais, telle que tu marchais, dans l'instant, tu m'as rappelé ma mère. J'entrais juste, mon souvenir s'est superposé à la réalité, et… »

Le sourire de Lily se réduisit à deux incisives, mais son regard émeraude, plus brillant que jamais, exprimait toute sa compassion. Elle posa les boules de Noël sur la table du salon, dans la petite panière prévue à cet effet (ils avaient reçu les meubles la veille, la pièce ressemblait enfin à quelque chose, et le bon goût de Marlène n'y était pas étranger).

« Oh, Harry… je suis désolée. »

Harry sentit ses yeux le piquer. Elle se dirigeait même vers lui pour le prendre dans ses bras. Il ne fallait pas. Surtout pas. Il se sentait au bord des larmes ! Il recula, fit mine d'être trop troublé pour accepter sa compassion. Il marmonna qu'il allait se laver et s'habiller avant que les autres ne se lèvent et prennent d'assaut la salle de bain à l'étage, celle qui avait la baignoire. Quand il revint, Sirius et Remus étaient levés, et mangeaient de bon cœur.

« Salut Ralph ! »

« Salut ! »

« Alors, il paraît que t'as fait ta drama-queen ce matin ? »

« Pardon ? »

« Sirius, c'était d'un tact absolument remarquable. Tu devrais te la fermer plus souvent, tu sais ? »

« C'est Noël, Lily, pédale douce sur les méchantes piques ! »

« Lily a raison. »

« Remus, c'est chez moi ici, et si je veux que tu dormes dans la niche inoccupée du chien, tu iras dor… »

« Sirius, pédale douce sur les méchantes piques ! »

« Elle est trop facile celle-là, Remus ! C'est bon… Ralph, excuse-moi, c'était inconvenant. Et ça ne me regarde pas. C'est juste que Lily et Marlène avaient un air super bizarre, et que ce n'était pas à cause du brouillard qui m'entoure tous les matins au moins une heure après le réveil. »

« Pas grave… »

Harry prit place au bout de la table, et Lily lui servit une part généreuse de gâteau au chocolat, qu'elle recouvra de chantilly. Puis elle posa avec fermeté un mug plein de thé fumant devant lui et sourit : « Bon appétit ! »

Désarmé face à tant de sollicitude, Harry ne sut que répondre : « Euuuh… merci. » Puis il employa un langage plus direct : celui de la fourchette et du couteau, de l'homme qui dévore. Satisfaite, Lily retourna à sa décoration de sapin, toujours en pyjama mais pas gênée du tout. Après tout, Sirius était bien en boxer et vieux T-shirt. Remus, lui, était habillé par contre. Peter, lui, devait dormir. Et James…

« Hmmm, que ça sent bon ! Bonjour tout le monde ! » s'écria une voix familière juste avant que son propriétaire ne débarque dans la cuisine et ne s'empare de la place, parfaitement apprêté. Harry remarqua cependant une trace dérangeante, et noire sur la manche de son pull-over. Il chuchota, comme James était à côté de lui : « Cambouis… manche gauche… »

James loucha sur son poignet, et gromella. Sirius, trop absorbé par la blague que Remus racontait et dont il avait oublié la chute, ne s'aperçut de rien.

« J'ai mis un ruban autour du guidon… et j'ai accroché la carte. »

« Génial. » sourit Harry.

Le temps qu'ils engloutissent leur petit déjeuner, Sirius avait fait un tour par sa penderie, Peter était levé et habillé, et les filles sortaient de la salle de bain, en jeans et en tops à manches longues rouges et blancs. Elles sortirent des chapeaux de Père Noël de derrière leur dos et les distribuèrent à la ronde.

« Hey, c'est génial ! Ce sont des bonnets moldus. » fit remarquer James, comme ils n'étaient pas ensorcellés. Lily lui sourit et, comme à son habitude, James fondit. Le bonnet était un peu trop grand pour Remus qui riait à gorge déployée, tandis que Sirius le lui enfonçait sur la tête et le forçait à le garder en dessous des yeux. Remus avait entreprit de manger son petit déjeuner en aveugle quand, soudain, Sirius s'exclama : « Bon, maintenant que tout le monde est levé, on ouvre les cadeaux ? Je sais pas si vous avez vu, mais y en a plein aux pieds du sapin ! J'ai pas vu que de la déco, moi! »

Et, en effet, ils étaient bien là… Chacun avait déposé ses présents sous l'arbre avant de venir manger. Ralph avait pris soin de les ramener avec lui à son retour de la salle de bain.

Il suffit que Sirius émette l'idée pour que tous se précipitent au pied du sapin, et s'y assoient, farandole de lutins de Noël, les yeux si brillants de bonheur qu'ils semblaient contenir des soleils. Il n'y eut pas de distribution, de comptage. D'un commun accord, chacun chercha les présents qui lui étaient destinés. Harry récolta sa part de bonheur, les larmes aux yeux. Heureusement, tout le monde était bien trop occupé pour faire attention à lui, et aux émotions qui traversaient son visage. Tout le monde sauf Sirius qui, interdit, observait le vide qui restait aux pieds du sapin.

« Je... euh... » Il n'osait pas s'exprimer, ne sachant pas s'il était victime d'une mauvaise blague. Tout le monde avait récupéré entre cinq et dix cadeaux, tandis que lui, rien, rien du tout, pas même une carte !

James, les jambes ensevelies sous une montagne rouge, bleue et dorée de paquets déchirés, le remercia pour son nouvel étuis à balai de course en cuir, de la meilleure marque qui soit, puis il daigna expliquer à son meilleur ami ce qui se passait: « Tu as cinq minutes pour fouiller la maison et trouver ton cadeau, sinon ça repart d'où ça vient... »

« Vous l'avez caché ? » Sirius n'en revenait pas. A l'air qu'il arborait, les autres voyaient qu'il se demandait aussi : « Un cadeau ? Un seul ? », mais n'osait pas l'exprimer à voix haute. Ils ricanèrent. Remus, qui essayait la montre en or blanc offerte par ses trois meilleurs amis, lui tendit une perche : « Un cadeau de notre part à tous, et dépêche toi... tu as perdu trente secondes, déjà, selon ma nouvelle montre. D'ailleurs, merci les gars, elle est extra, mais vous n'auriez pas dû... c'est trop... »

« Jamais trop pour les amis. » dit James, en engloutissant un chocolat offert par Peter – ce dernier en avait offert à tout le monde et tout le monde lui en avait offert. Remus avait fait pareil. Avec Peter, ils n'avaient guère les moyens, ce que les autres comprenaient tout à fait.

Sirius était parti, sans même demander, supplier, gémir pour obtenir un indice. De son côté, Ralph empilait les boîtes de bonbons, de bieraubeurre et de chocolat – tout le monde ici lui en avait offert, ne connaissant guère ses goûts, même Lily, qui avait quand même accompagné son présent d'un petit mot plein de tendresse et d'amitié. Les trois derniers cadeaux, non ouverts, étaient arrivés par hibou express, et venaient de Rose, Franck et... Regulus. Heureusement que Sirius était occupé ailleurs.

Le cadeau de Rose était un cadre, bleu, joliment décoré, où lui et Franck riaient ensemble. Rose devait avoir pris la photographie en cachette. Une autre photo se trouvait glissée entre la première et le cadre : Franck à son tour avait joué les agents secrets, pour surprendre Rose en train d'enlacer Ralph par les épaules, et de lui sourire avec toute la tendresse du monde. Leurs chevelures brunes se mêlaient l'une à l'autre, cascade ténébreuse qui auréolait leur bonheur. Au dos des deux photos, trois étoiles, la date, et de simples signatures.

Celui de Franck était une gourmette en argent, où était inscrit « Ralph », et la date de ce Noël au dos. Emu, Harry lit le mot qui allait avec : « Tu nous as bien dit que ce n'était pas ton vrai prénom. Je ne sais pas exactement ce qu'a été ta vie jusque là, jusqu'au jour où tu as choisi de t'appeler ainsi, mais je suis sûr d'une chose : une nouvelle vie se construit sur de nouveaux souvenirs. Ce cadeau vient de moi et de Rose. L'autre cadeau qu'elle a tenu à joindre à la gourmette va dans ce sens aussi. Passe un excellent Noël. On se retrouve à la rentrée ! »

Harry remit la carte animée dans son enveloppe et, la gorge douloureuse à force de retenir la boule, les larmes, le tumulte d'émotions,le maelstrom qui ne cherchait qu'à sortir sous forme de sanglots incontrôlables, ouvrit le cadeau de Regulus.

Le jeune Serpentard, moins au fait de la vie de Harry, avait pourtant réussi à trouver un cadeau à la fois personnel et personnalisé. Il s'agissait d'une boîte en bois de rose, qu'Harry ouvrit avec des doigts tremblants. Le bois était doux, sec, légèrement bosselé sur le dessus, où était gravé une plume incandescente. Elle contenait un set de trois plumes (de paon, d'aigle et un fac-similé de plume de phénix), des encres noires et de couleur, et tout un assortiment de papiers à lettres,sorciers, moldus, sélectionnés avec soin, et bon goût, par le jeune sorcier. Visiblement, Regulus avait lui-même confectionné son cadeau, choisit le contenu de la boîte, les plumes, les papiers... cette attention toucha beaucoup Ralph. Dans la boîte, un double fond, où se trouvait un mot, une écriture, devenue si familière depuis le début des vacances : « Tu pourras m'écrire plus souvent, comme ça. »

Ralph sourit. Harry sourit : « Si tu savais... tu es le seul à qui j'aie quelque chose à écrire, Regulus. Le seul dans cette époque, et à mon arrivée, je n'aurais jamais pensé que ce fût toi... »

Ni que ses amis les plus proches puissent être Rose, au départ une parfaite inconnue,et Franck, le père de Neville, son ami si fidèle, celui qui aurait pu être le Survivant...

Soudain, un hurlement retentit. Tous sursautèrent, portant la main à leurs baguettes, glissant dans les paquets cadeaux tandis qu'ils se relevaient précipitamment. Mais ce n'était que Sirius, qui revenait, la bouche grande ouverte, les bras écartés, les yeux écarquillés.

« Je le savais déjà mais c'est confirmé : vous êtes les meilleurs amis du monde... »

« Idée de James... » dit Remus, un demi-sourire sur ses lèvres. Il avait l'air mélancolique, touché par les paroles de Sirius... ce dernier se jeta dans les bras de son frère d'âme et le serra si fort qu'il crut étouffer. Il passa sa main dans les cheveux toujours en pétard de James, et fit mine de les lui arracher, puis lui bourra le ventre de petits coups. James rigolait, et Lily comme Marlène étaient partagées devant cette manifestation toute masculine de la reconnaissance et du remerciement.

« C'est de notre part à tous. » dit James en remettant ses lunettes sur son nez, la chemise froissée, légèrement entrouverte, et les yeux pétillants de joie. Cette vision d'un James aussi généreux qu'insouciant sembla marquer Lily, qui sourit avec douceur, ses sourcils roux légèrement froncés mais le regard plein de surprise plutôt que de colère.

« De notre part à tous... » soupira Marlène, en écarquillant tant et tant ses beaux yeux bleus clair qu'ils semblaient sortir de leurs orbites. « James, tu rigoles ! On a participé symboliquement, c'est James qui s'est occupé de tout et qui a tout payé... »

« Mouais. » fit celui-ci. « Alors je tiens à souligner l'importance de la participation plus-que-symbolique de Ralph. Il a payé une bonne moitié, la même somme que moi. »

Sirius, qui faisait le tour de ses amis pour les remercier, et qui arrivait justement à Ralph, s'arrêta, surpris. Les autres aussi se retournèrent. Ralph, debout, la boîte offerte par Regulus entre les mains, sourit maladroitement. Sirius enleva un ruban doré et bouclé qui pendait dans les longs cheveux de son surprenant bienfaiteur, d'un geste plein de grâce. Il le regardait comme pour la première fois, et ses pupilles brillaient fort au fond de ses iris gris. Elles semblaient demander : « Qui est-tu ? »

Mais ses lèvres articulèrent : « Pourquoi ? »

C'était une de ces questions qui ne se posaient pas, qui ne s'exprimaient pas, de celles qu'on gardait pour soi par peur des vérités. Mais Sirius l'avait posée, comme l'innocence même ; « l'innocence m'aime » ; sans ambages ni barrage. Il n'avait pas hésité. Harry sourit. Il était toujours le même... Il profita des quelques secondes de silence qui suivirent pour choisir et peser ses mots. Cet instant ressemblait étrangement au soir qui avait suivi la nuit de l'arrestation, dans la salle commune au coin du feu... les choses avaient tellement évolué depuis. Harry se retrouvait pourtant dans une situation aux similitudes frappantes.

« Ce n'est pas pour acheter ton amitié, ni celle des autres. Je devrais avoir une raison particulière pour faire le bonheur de ceux que j'aime et j'apprécie, dans cette période troublée ? »

Sirius ne sut que répondre. Il hocha la tête, réfléchit, puis dit, un demi-sourire fleurissant sur ses lèvres entrouvertes : « C'est juste. » Puis, dans un geste aussi désinvolte que décidé, il prit Ralph dans ses bras, l'appuya contre son torse et le serra de toute sa force, comme il avait fait avec les autres, peut-être avec plus d'émotion. Il murmura, la tête sur l'épaule de Ralph, la bouche contre son oreille : « L'amitié ne s'achète pas chez moi, de toute manière. Tu avais déjà gagné la mienne, même si j'ai parfois un peu de mal... je suis comme ça. » Puis il s'écarta, et tapota son épaule.

« Et toi, tu as reçu quoi comme cadeaux ? Je regrette de ne pas avoir été très original avec vous, mais avec la maison à payer, le mobilier... je préférai me donner une marge. »

« Oui, j'ai eu juste une montre en or blanc, je suis déçu. » dit Remus, d'un air blasé si convaincant qu'il fit éclater de rire Peter.

« Oui, puis un exemplaire numéroté de l'histoire des femmes sorcières, tiré à 2000 exemplaires seulement, datant du XVIIIe siècle, c'est si commun ! »

« James a quand même fait mieux : il t'a offert un pendentif en cristal... »

« Oui, mais je remercierai James en temps et en heure, et à ma manière. » dit Lily avec un petit sourire qui ne trompa personne, surtout pas le principal intéressé, aux anges. Sirius eut un petit rire de gorge, puis dit qu'il retournait voir sa moitié mécanique, et l'essaierait dans l'après-midi si le temps le permettait. Ce à quoi il ajouta : « Dommage que je n'ai pas encore le permis, mais bon, j'ai le temps de le passer l'été prochain ! »

L'expression de bienveillance bienheureuse sur le visage de Lily passa à une grimace outrée : « James... »

Celui-ci déglutit. « Hé hé...il faut croire qu'il m'aura menti... LILY ! NON ! »

La jeune fille s'était levée en furie et marchait d'un bon pas vers le garage. « SIRIUS A DIT QU'IL LE PASSERAIT CET ÉTÉ !! »

« Espèce de menteur... »

« Mais Lily... il en a déjà essayé, sur des parkings déserts, et je connais Sirius il n'est pas irresponsable !... »

L'écho de cette nouvelle dispute disparut comme ils entraient dans le garage et refermaient la porte derrière eux. Remus, Peter, Ralph et Marlène se retrouvèrent seuls. Cette dernière sourit : « Ah la la... ces deux là ne changeront jamais. Ils s'entendent comme chien et chat, mais c'est parce qu'ils sont faits l'un pour l'autre. On a parié avec Sirius : moi je pense qu'ils vont finir ensemble avant la fin des vacances, et vous ? »

« Je pense la même chose... » dit Ralph, l'air rêveur. « Tu as parfaitement raison : ils sont faits l'un pour l'autre. Mettre une telle énergie à se disputer, c'est suspect. Je suis certain qu'ils sont même destinés à être ensemble. »

« Je ne crois pas trop au destin... » murmura Peter. « Mais je veux bien croire qu'ils vont sortir ensemble très bientôt. »

« Moi j'y crois. » souffla Ralph. « Et plutôt deux fois qu'une. » ajouta-t-il en pensée.

Il valait mieux, s'il voulait continuer d'exister...

&

Cher Ralph ;

Merci beaucoup pour ton cadeau – et aussi pour la discrétion de son arrivée ! Je n'ai eu aucune question de la part de ma famille et de nos visiteurs indésirables, j'ai pu prétexter un achat pendant que j'étais à Poudlard... ça ne les a pas plus surpris que ça que j'aie acquis un porte baguette en argent serti d'émeraudes... ce que j'aime surtout, c'est la partie amovible, détachable, mais solide : si quelqu'un me lance un expelliarmus, je ne serai pas désarmé... il me restera la dague enchantée à l'intérieur du porte baguette. C'est une idée un peu morbide, comme tu me l'as expliqué, mais elle est excellente. Merci, sincèrement.

Rose a beaucoup aimé le sien aussi – enfin, celui que je lui ai offert sur ton conseil : je crois que la rose ensorcelée qui ne meurt jamais, sous sa cloche de verre, lui a beaucoup plu, pour une raison que je ne m'explique pas tout à fait, d'ailleurs... elle a parlé d'un truc moldu célèbre pour enfants. Enfin, en tous cas, mes parents ont bien pris ça pour une tentative de séduction, et dans les faits, Rose et moi nous ne sommes toujours qu'amis, et comptons le rester. Cela a ajouté du crédit à notre petite mise en scène, tant mieux. Elle a bien aimé ton cadeau aussi, ton attention l'a beaucoup touchée. D'ailleurs, son anniversaire est plus proche que jamais, juste après le jour de l'an, il va falloir que je sois inventif ! Tu es sûr que tu ne veux pas me conseiller, ce coup-ci aussi ? Non... ? Vraiment pas ?... Tant pis ! (rires)

Bon, mis à part ça, on a procédé à l'échange des bagues de fiançailles juste avant le repas de Noêl, le midi. C'était dégoulinant d'hypocrisie, et de bons sentiments mangemorts. Absolument abject. En plus, comme maintenant je suis officiellement avec Rose et que, en apparence, ça nous convient à elle et à moi, Lucy Rosier s'affiche clairement avec Travers. Ce mec doit avoir la quarantaine bien tassée, donc beaucoup plus vieux qu'elle, mais comme c'est un sang pur, personne ne dit rien. Je ne le trouve même pas beau. L'autre nuit, ils avaient oublié le sort de silence autour de la chambre, j'ai pas pu fermer l'oeil, Rose non plus (sa chambre est à côté de la mienne, en dessous de celle de Rosier...) C'était très gênant... et dégoûtant sincèrement. Rosier n'est pas du genre silencieuse en plus, et Travers pas du genre poli. Ne manquaient que les images, mais les sons étaient très parlants. Bref, je te passe les détails...

Le lendemain de Noël, d'autres mangemorts sont venus, mais pas déclarés comme tels ni soupçonnés, ceux-là. Y avait Lucius Malfoy, pétri de mépris et drappé dans sa prétention, comme à son habitude. C'est un mangemort, tu peux confirmer à Dumbledore (j'ai vu sa marque, il a relevé ses manches). A ce propos, tu as bien fait d'en parler au directeur, et à l'Auror Potter, le père de James. Je me sens utile... et c'est drôle, mais je me sens comme un espion, un agent double. Chez moi n'est plus chez moi... c'est un territoire ennemi.

En parlant de Dumbledore et de Potter Sr., j'ai remarqué que ton « arrestation » t'a beaucoup rapproché d'eux. Tout le monde se pose des questions, moi le premier. Je n'osais pas trop t'en poser jusque là, mais s'il y en avait une, une seule, que je formulerais sans te demander d'y répondre, ce serait celle-là : pourquoi t'ont-ils relaché ? Qui es-tu pour eux, pour nous, pour le monde sorcier ? Je suis certain que ce n'était pas seulement un malentendu, comme il a été dit officiellement... voilà, tu sais que je sais (ou que je doute), mais sache aussi que je te fais confiance. Une confiance inébranlable. Voilà. Ca aussi, c'est dit.

Je crois que ma lettre va s'arrêter là. J'espère que mon cadeau t'a plu, et que tu as passé un bon Noël là où tu es. Ah ! A ce propos : est-ce que tu as transmis la lettre que j'ai écrite à mon frère, ou pas encore ? Si tu pouvais me répondre rapidement à ce sujet, que je sache si je dois attendre une réponse de sa part, s'il a bien pris la nouvelle, s'il n'a pas immédiatement déchiré l'enveloppe...

Merci pour tout, et à très bientôt !

Regulus.

&

Peter referma le journal qu'il était en train de lire, et le passa à Remus, qui venait de se laisser tomber au fond du canapé du salon. Tout le monde était épuisé au terme de cette journée. Depuis le vingt-cinq, ils n'avaient pas arrêté : le salon-salle à manger était tout à fait habitable, voire plus qu'agréable ! Sirius et Marlène avaient choisi les couleurs rouge et or afin de rappeler la salle commune des Gryffondors, ce que les autres avaient approuvé lors de l'achat du mobilier. Tout était aménagé selon le plan qu'ils avaient fait : le salon vers l'entrée, autour de la cheminée, la salle à manger au fond, la destruction du mur de la cuisine, l'installation d'un bar américain à la place, avec un lustre d'époque recyclé, où des bougies magiques se consumaient d'une douce lueur. Avec la cheminée, cela donnait une ambiance très chaleureuse. Les flammes se reflétaient sur le parquet qu'ils avaient réussi à récupérer malgré les termites, et auquel ils avaient redonné un coup de jeune. Les volets fermés sur l'extérieur (la tempête avait repris) achevaient cette ambiance très cosy, très accueillante, qui ne donnait qu'une envie : s'abîmer dans la contemplation du feu, dormir, ou lire un bon livre tout en sirotant un thé et en grignotant des pâtisseries...

Peter avait aussi installé une télévision (« C'est moi qui l'ai fait ! »), et Lily zappait, de la première chaîne publique à la dernière, en expliquant à un James affalé dans un fauteuil bordeaux, moelleux, aux accoudoirs arrondis, comment la télévision marchait, même en présence de la magie, et ce que c'était que l'électricité. Nul ne manqua de remarquer que Lily s'était assise non pas sur l'accoudoir, ou près de James, mais très précisément sur les genoux de ce dernier...

Ralph récupéra le journal que Remus lui tendait. Il le feuilleta : la gazette du sorcier n'évoquait rien de grave. Mis à part l'habituelle colonne des disparus... retenant son souffle, Ralph vérifia que le nom de Rose n'y figurait pas. Non, pas encore, bien sûr... elle était morte assassinée, et en 1977 en plus, soit l'année prochaine. Le danger n'était pas encore là, du moins pas encore visible. Ralph, tirant l'une de ses mèches brunes de son col roulé, songea qu'il faudrait parler très sérieusement de ce sujet à Regulus. Il pensait pouvoir gérer cela tout seul, avant les vacances, mais il n'avait pas pensé qu'il serait autant pris par la vie commune ici, intégré dans le groupe des Maraudeurs et des autres... même s'ils ne se parlaient pas beaucoup, au final, n'échangeaient aucun secret, que peu de confidences, ils partageaient des moments uniques, et Harry sentait bien que cela avait renforcé l'amitié qui les unissait déjà... ce n'était pas vraiment de sa faute, s'il ne pouvait partir d'ici, s'éloigner une journée pour mettre en place son plan, ou même une heure... la vie en communauté l'en empêchait. Et il se sentait si bien, ici... En même temps, il devait sauver Rose, absolument ! Et il se sentait coupable de ne pas avoir envie de bouger d'ici, de se complaire dans sa famille enfin recomposée... réunie.

Loin des yeux, loin du coeur.

« Non, non. » martela-t-il dans son esprit. Il prit son visage entre ses mains, ramenant au passage ses cheveux vers l'avant, qui cascadèrent autour de son visage comme une coulée de miel noir.Il venait de les laver, ils sentaient bon le shampoing prêté par James... ça avait une odeur d'amande douce. Cela le détendit. La pièce sentait bon le feu de cheminée, aussi, et ses jambes proches de l'âtre étaient envahies par une douce langueur. La torpeur le gagnait entièrement... ses paupières couvrirent ses yeux, orbes verts et tourmentés. Machinalement, il passa la pulpe de ses doigts sur sa cicatrice, presque invisible sous ses cheveux, mais toujours présente, et cela le ramena à la réalité.

Il devait sauver Rose. Il ne pouvait pas l'oublier, pas la laisser là. Il l'avait décidé, il en avait parlé à William... lui avait envoyé plusieurs lettres. L'auror n'avait pas répondu, sauf à celles où il lui transmettait des informations. Un « merci » rapidement griffoné, lapidaire. Et encore, pas toujours. James non plus ne recevait pas de nouvelles. Il riait, relativisant : « Si quelque chose de grave arrive, on le saura par le journal. Mon père fait toujours la une de la Gazette du Sorcier... » Mais son regard était troublé. Lui aussi s'inquiétait.

Lily, elle, recevait des nouvelles régulières de ses parents, et elle les savait en sécurité. Les autres aussi. Seul William faisait le mort. Peut-être était-il trop occupé... Dumbledore non plus ne s'était pas manifesté, même si Harry était certain qu'il avait reçu ses informations, et les avait lues, puisqu'il transmettait les lettres à William. Tout le courrier de l'auror devait passer par Poudlard, désormais... à croire que l'auror n'avait plus confiance dans les systèmes de réception du ministère, ni dans la poste sorcière. Voldemort ne s'était pas encore manifesté, mais cela ne saurait tarder.

« Pas de nouvelles? Bonne nouvelle ! » s'exclama Sirius en posant le journal sur la table basse ovale. Il fit sursauter Ralph, qui prit ses doigts dans ses cheveux et s'arracha un petit cri. Il avait un noeud terrible derrière l'oreille. Il prit sa baguette et le démêla. Sirius, en jean, pull-over blanc moulant à col large, et chaussettes, le prit par l'épaule.

« Ben alors, pourquoi tu fais cette tête mon vieux ? »

Avant que Sirius n'embraye sur sa désormais sacro-sainte moto et ne lui laisse plus l'occasion d'en placer une, si l'on exceptait les « ah oui », « en effet » et « puissant !! », Ralph dit : « Il faut que je te parle. »

C'était le moment ou jamais de lui remettre la lettre de Regulus. Le cadet des Black trépignait. Il n'attendait que le pardon de son frère... ou, du moins, sa compréhension. Sirius prit vivement un air sérieux, coupé dans son élan. D'un signe de tête, Ralph signifia qu'il souhaitait mener la conversation à l'écart.

« Allons en haut. » dit Sirius. « Et tu devrais attacher tes cheveux, ils s'emmêlent vite... ils ont poussé. »

Harry suivit son conseil et fit un catogan. Ils montèrent les escaliers, la longue mèche brune de Harry balayant son dos de droite à gauche, coulant sur ses omoplates, mais ne faisant plus de noeuds... une fois à l'étage, Sirius croisa les bras, les déplia, tenta de déclencher la conversation, sans émettre un mot, ne sachant pas à quoi s'attendre, ne sachant pas quoi dire non plus.

Harry inspira profondément, et plongea la main dans la poche arrière de son jean. Il en ressortit une lettre froissée, pliée, qu'il avait gardée avec lui toute la journée, tant il craignait de tout faire, malgré lui, pour éviter la confrontation directe avec Sirius. Enfin, confrontation… la conversation qui risquait fort probablement de se transformer en confrontation… D'un coup de baguette magique, il défroissa l'enveloppe, et la tendit à Sirius. Celui-ci haussa les épaules : « C'est quoi ? »

« Une lettre. » répondit Ralph, puisque c'était l'évidence. Néanmoins, sa voix trembla quand il ajouta : « Regulus m'a demandé de la transmettre. »

« Regulus t'a… »

Le visage de Sirius se métamorphosa. D'une expression d'intérêt poli, voire sincère, où son perpétuel sourire dominait, il passa à un rictus de pure colère, quelque chose de sauvage, d'animal. C'était une réaction primaire, l'expression de la haine par tous les pores de sa peau, tous les plis de son visage, chaque tendon pouvant être sollicité dans ce masque de rancune durcit par la violence de son ressentiment.

Sirius ne dit rien. Il avait ramené ses mains dans ses poches, carré les épaules, et sa mâchoire. Il groûlait presque. Avant de lui tendre la lettre, Ralph ajouta : « Il n'est pas dans le mauvais camp, Sirius. Juste dans la mauvaise maison. Que ce soit celle des Black ou des Serpentards. Ton frère mérite ton soutien, pas toute ta haine. Peut-être que cette lettre te fera changer d'avis. »

« J'en doute. » répliqué l'aîné des Black, en lui arrachant l'enveloppe des mains. Il la plia en deux puis, sans un mot, pas même un regard, ouvrit la porte derrière lui et s'engouffra dans l'entrée. C'était sa chambre. Il la referma derrière lui, laissant Ralph seul, et désemparé. La lirait-il, au moins, ou l'avait-il déjà brûlée d'un sort ?

&

Accoudé au bureau de Sirius, face au carré de lumière diffuse délimité par la fenêtre, Ralph achevait de relire sa lettre. Il sourit de ce qu'il venait d'écrire, ajouta un « s » oublié à la fin d'un verbe, et ferma son encrier. Parfait. Il ajouta la date, avec ce qui restait d'encre dans la plume, d'une écriture ronde et aussi soignée que possible. Le 27 Décembre 1976. Ses cheveux glissèrent de son épaule. Ralph grogna, les ramena dans son dos, et utilisa le buvard pour sauver son 6 alambiqué qui bavait un peu au niveau du rond. Bouse ! Il souffla sur la date, pour être sûr qu'elle soit bien sèche, puis plia la feuille en trois, dans le sens de la longueur, avant de la glisser dans une enveloppe sur laquelle se trouvaient le nom et l'adresse de Franck. Il la scella d'un coup de baguette magique, et la posa dans la pile du courrier à envoyer. S'y trouvaient déjà une lettre pour Regulus, et une autre pour William. La dernière abordait des sujets beaucoup plus graves que celle qu'il destinait à Franck. Ralph n'aimait pas trop « omettre » certains détails de sa vie, dans sa correspondance privée, avec ses amis, comme sa correspondance suivie avec Regulus, la surveillance des mangemorts, ou le rôle nouveau de « relai espion » dans la peau duquel, petit à petit, il commençait à se sentir à l'aise.

Ralph s'empara vivement des lettres, et glissa celles qui étaient compromettantes sous sa chemise. Une seconde plus tard, une latte de parquet ployait sous le poids d'un homme devant la porte, la poignée grinçait. C'était Sirius. Ralph le savait. Depuis ce matin, sans savoir précisémment pourquoi, ni comment, il pressentait certaines choses, certains événements. Quand Lily avait manqué de renverser les œufs au bacon sur Peter, Ralph était intervenu avant que la catastrophe n'arrive et que le pauvre ne se retrouve ébouillanté par l'huile de la poele. Les œufs n'étaient pas saufs, mais Peter, oui.

« Entre. » dit Ralph avant que Sirius n'articule une syllabe. Il éclaircirait le mystère de ces étranges pressentiments plus tard.

Sirius ne se fit pas prier, et ouvrit immédiatement la porte. Il la referma derrière lui. Ralph s'était retourné, l'avant bras nonchalament appuyé sur le dos de la chaise où il se tenait. La lumière blanche de l'extérieur tombait dans son dos, le reste de la pièce était sombre. Sirius s'avança, à petits pas, tenant quelque chose entre ses mains. Il avait le visage baissé. Il renifla, puis : « On n'y voit rien ici. » Un léger claquement plus tard, il avait allumé l'ampoule grésillante et dénudée qui faisait office de lustre. Cette pièce n'avait pas encore été aménagée. Elle n'était pas plus grande qu'un placard, ne comportait qu'une fenêtre face à une porte, un bureau, et une chaise… Sirius comptait en faire une buanderie, mais pour l'instant, l'autre pièce, celle qui devait servir de bureau et de bibliothèque, tenait lieu de chambre à deux de ses hôtes – Lily et Marlène pour ne pas les citer.

Sirius s'appuya contre le bureau, dos à la fenêtre. Il n'avait pas dit un mot de plus. Il avait l'air pâle, les yeux rouges, comme s'il avait pleuré. C'était étrange. Il passa une main absente sur la boîte en bois de rose, caressa les plumes du bout des doigts, et sourit, comme mélancolique. Mais c'était un sourire trop triste, un peu résigné.

« Je… tiens, avant que je ne change d'avis. Faut que je me débarasse de ça, même James, qui n'a d'yeux que pour Lily, m'a posé des questions, à cause de la tronche que je tire depuis qu'on a parlé tous les deux. Mais j'avais pas envie de lui causer de ça. » Il passa une main lasse sur son visage, étirant ses yeux, son nez, ses lèvres. « Tu comprends ? »

Harry hocha la tête. Quelque chose en lui avait envie d'exploser. De joie ? De tristesse ? Il ne savait pas. En tous cas, ça avait envie d'exploser, et ça remontait dans sa gorge, lentement, longuement, sûrement, comme un sanglot sec. Il le ravala, l'empêcha de sortir. Quelque part, Sirius le remercia de son silence, car il mit la main sur son épaule, tapa deux fois, puis se dirigea vers la porte. Il se retourna, la main sur la poignée. Brusquement, il fixa Harry, droit dans les yeux. Harry eut l'impression de se retrouver nu en plein orage.

« C'est pas une réponse pour Regulus. J'ai décidé de ne pas répondre. Mais j'ai compris. » Un silence, il renacla. « J'ai compris que, parfois, on a le choix, mais on ne peut pas choisir. Alors, on prend une voix dérivée. »

« Pourquoi tu me rends la lettre ? »

Silence. Hésitation. Sirius ouvrit légèrement la porte, la referma. Claquement de la serrure qui se remet en place. Hésitation, encore. Finalement : « Parce que je suis un idiot, et que je suis toujours… jaloux. Enfin, ça, ça ne te concerne pas. Disons simplement que je suis idiot, et que je ne veux pas brûler cette lettre et le regretter. » Il releva la tête, et sourit. « Si je fais des accès de connerie aigue, tu me referas lire cette lettre, mais fais-en des copies avant, d'accord ? Il s'en est fallut de peu pour que je la jette au feu. La curiosité l'a emporté… »

« Ok. Mais avant de partir, j'ai une question indiscrète : pourquoi tu ne réponds pas ? »

Sirius carra la mâchoire, comme à chaque fois qu'il allait se mettre en colère. Visiblement, il fit des efforts pour se retenir. Il avait tendance à s'emporter, et il le savait. Harry sourit intérieurement : l'homme qu'il avait connu quinze ans plus tard était resté l'adolescent qu'il était en 1976…

« Parce que je ne suis pas écrivain, et que je n'ai pas trouvé les bons mots. Un pardon ne suffit pas, un discours ne suffirait pas et… et voilà. Donc… dis lui de ma part que j'ai compris. Qu'il est tout excusé, et que moi je m'excuse. »

« Tu peux lui dire ça, il serait heureux… »

« Oui, mais je préfère me faire pardonner en actes plutôt qu'en mots. Je suis comme ça. »

« Je comprends. »

« Ouais… »

Sirius tourna la poignée, puis sourit largement à Ralph.

« T'es rentré depuis pas six mois dans nos vies et déjà tu fous le bordel, Harry. »

Il sourit largement, ses yeux pétillaient de malice, même s'il gardait son teint pâle et ses cernes rouges. Harry balbutia quelque chose, puis se tut.

« Au fait, James essaie de faire des crêpes à la moldue. Lily lui enseigne… tu veux venir voir ça ? »

Ralph rangea la lettre de Regulus à Sirius dans sa chemise, avec les autres. Il garda celle pour Franck en main.

« Pas de soucis. Mais avant, je vais passer poster ça, au grenier, et peut-être donner un bout de lard aux chouettes. C'est qu'elles font du bon travail… »

« Avec tout le temps que tu passes à ce bureau à gratter, j'imagine ! T'as une correspondance de ministre ! » s'exclama Sirius en le laissant passer le premier dehors. Il éteignit la lumière, puis s'en fut en riant. Ralph passa prendre un bout de lard séché dans une boîte en fer sous son lit pour l'amener à la chouette de Regulus et à Hedwige, qui porterait deux lettres (celle de William, qu'elle remettrait en premier à Dumbledore, et celle de Franck). Il allait falloir les gaver, ces oiseaux-là. A peine arrivées ce matin qu'elles repartaient déjà ce soir…

&

Cher Ralph ;

Je vois que tu as inauguré ton cadeau de Noël. Ces plumes sont géniales, non ? J'utilise les même… Sirius aussi, avait le même genre de boîte, avant qu'il ne la brûle en partant. Je crois qu'il a brûlé tout ce qui se rapprochait de près ou de loin à moi, et aux Black, lors de sa fugue. Un grand feu dans le jardin, c'était assez cocasse, avec du recul. Tout à fait Sirius, avec sa signature si maraudeurienne.

Pour parler de lui, avant d'aborder des choses autrement plus inquiétantes (pas de répis au royaume des mangemorts… soupir), je te remercie sincèrement de ce que tu as fait, Ralph, et de ce que tu as réussi à accomplir. Il l'a lue. Il n'a pas répondu, mais il l'a lue. Ton simple post-scriptum rajouté à la fin de la lettre, deux lignes serrées qui veulent tout dire pour moi. Merci. MERCI ! Je ne sais pas comment te remercier, sincèrement, je suis si ému… on voit peut être le bout de cette lutte stérile, le retour à notre fraternité. Je suis si heureux, et en même temps, je nous connais, lui et moi. Combien de temps cela durera-t-il ? Assez jusqu'à Poudlard ? Est-ce que ce sera assez significatif pour qu'à Poudlard il change d'attitude ? Je ne sais pas. On verra. Il répondra en actes, il fait toujours comme ça. Je le connais.

Bon, à partir de là, je vais devoir faire court car ça devient très compromettant et ce doit partir d'ici au plus vite : demain soir, on passe à l'année suivante, et plusieurs mangemorts ou soupçonnés comme tels sont arrivés à la maison. Toutes les chambres d'amis sont prises… Malefoy est resté. Travers et Jugson sont toujours là, et les familles Crabbe et Goyle sont passées ce midi. Les pères et les fils sont restés. Tous marqués.Tu-sais-qui débarquerait que je n'en serai pas si surpris, tu vois… je vais essayer d'écouter aux portes, ou de faire celui intéressé par ce qui se dit, mais je ne sais pas si, du coup, je vais pouvoir continuer d'envoyer des lettres. Ma mère m'a surpris en train d'écrire à un ami l'autre jour, je l'ai vue fouiller tout mon bureau ensuite, elle a même envoyé Kreattur cette nuit… mais je ne dormais pas. Heureusement, comme tu me l'as conseillé, j'ai brûlé toutes tes lettres. La dernière sera consumée dès que j'aurai scellé celle-là. Bref, pour revenir aux mangemorts : il est prévu, qu'un membre de la famille Rosier vienne ici. Lucy a parlé d'un certain Evan, sans mentionner qui il était.Elle avait l'air ravi, Travers aussi. Tous, en fait. Apparemment,il est très apprécié parmi les mangemorts, pour je ne sais quel fait héroïque à leurs yeux… ça ne me dit rien qui vaille. Même Malefoy avait l'air mal à l'aise quand Lucy lui a dit « Vous voyez, il est vivant. Il arrive. Après-demain. ». Et puis les marques que j'ai entraperçues se sont mises à chauffer.

Il n'avait pas eu le temps de continuer, ni de signer. La feuille avait été pliée de travers et glissée précipitament dans l'enveloppe.

&

Ralph ;

Rose devait poster une lettre, mais elle n'est pas revenue. Je poste moi-même celle-ci. Je ne sais pas quoi faire !!

Regulus.

&

Réponds !

Rose n'est toujours pas revenue… Evan Rosier est censé arriver dans une heure, après, on va fêter le passage à la nouvelle année… Tout le monde ne parle que de ça, tout le monde fait comme si l'absence de Rose était normale. Je crois que je suis grillé… qu'est-ce que je fais ?!

R.

&

Cher Ralph ;

Rose est finalement revenue, mais elle a l'air… sonné. Lucy n'a pas l'air étrangère à ce fait. Rose refuse de me parler. Je ne sais pas quoi faire.

Evan arrive d'un instant à l'autre. Et si ça avait rapport avec ça ?

J'ai utilisé trois hiboux de la poste sorcière, j'ai fait attention de ne pas être suivi, même si nous habitons juste à côté du relais… Mais les lettres ne sont pas assez rapides. Je n'arrive pas à tout gérer seul, dans cette maison de fous. Peut-on se parler par poudre de cheminette ?

Regulus.

&

Harry eut une caresse absente à l'attention d'Hedwige, qui lui pinça la pulpe du doigt pour signifier son mécontentement.

« Tu travailles beaucoup, ma belle, je sais… et je ne m'occupe pas beaucoup de toi. Je sais. Mais il faut que tu sois forte, tu comprends ? C'est aussi ta guerre, quelque part. Tu es le seul être vivant qu'il me reste, le seul ami qui me vienne de mon passé… »

Hedwige hulula, s'ébroua, puis le repoussa. Elle avait besoin de dormir, même si c'était la nuit. Elle avait voyagé toute la journée, volant bas, près de la neige, ou dans les nuages pour se confondre avec son plumage blanc. Harry ferma sa cage, sortit, et descendit. Marlène l'appelauit, d'en bas. La musique – du rock, assez mal vu à cette époque – emplissait toute la maison comme une onde solide. Le cri de Lily se joignit à celui de Marlène, puis de James, de Sirius, de Remus, de Peter… Ils l'appelaient tous. Ils étaient sa famille.

« Allez, Ralph ! »

« Le décompte ! Le décompte ! »

Il descendit les marches, saisit l'une des bieraubeurres qu'on lui tendait. Des cotillons avaient explosé partout, pendaient au plafond, la chaîne hifi croûlait sous le poids des bouteilles vides.

Sirius lui fit une place entre lui et Remus. Ils se tenaient tous par les épaules et par les hanches, en rond au milieu du salon, sautant en rythme avec la musique. Ils criaient, hurlaient, chantaient, étaient heureux d'être en vie. Harry regarda chaque visage pour être sûr de ne jamais oublier cet instant. En face de lui, les cheveux flamboyants de Lily volaient en tous sens. D'un côté, elle tenait Marlène, qui hurlait littéralement – et pour rire – des mots doux dans l'oreille d'un Sirius survolté.

« No wrong no right !No Blood no stain ! »

De l'autre côté de Lily, James, qui ne croyait pas à son bonheur se tenir sa tigresse par la taille. Après, Peter, puis Remus, qui serrait l'épaule de Ralph à s'en casser les phalanges, à lui péter la clavicule. Ils sautaient, ils dansaient. Leur ronde tournait dans le sens des aiguilles d'une montre. Harry éclata de rire. C'était surréaliste. Et Merlin que c'était bon !

« All we need is one wooooorld wide vision !! » hurla Sirius, les cheveux de Harry dans la figure. Il les écarta, et ils rirent de concert.

Harry fixa chaque visage, chaque expression, chaque iris brillant de plaisir, de la joie d'être en vie, et ensemble. Il n'aurait peut-être pas d'autre nouvel an avec eux. C'était son seul nouvel an avec sa famille. Il devait vivre chaque seconde comme si c'était la dernière. Risquer sa vie pour ces instants de bonheur parfait, pour ces moments de félicité bienheureuse arrachés à la vie cruelle. Risquer sa vie pour Ron et Hermione, avec lesquels il avait passé tant de Noëls, de jours de l'an. Risquer sa vie au nom de celle des autres. Chaque instant de bonheur était une victoire contre Voldemort. Chaque éclat de rire une défaite pour le mage noir. Chaque sourire un espoir ressuscité, une lueur arrachée aux ténèbres.

Harry fixa les yeux de chacun. Iris gris de Sirius, bleus de Marlène, verts de Lily, bruns de James, marrons de Peter, dorés de Remus, et ses yeux, à lui. Ceux de sa mère.

Ils dansaient…

Eclats de rire, éclats de joie, de vie, de bonheur. Rien ne les vaincrait. Eux vaincraient. Il n'y aurait pas de deuxième guerre.

« BONNE ANNÉE !! »

En vie et heureux.

EN VIE ET HEUREUX !

&

On stoppe les échanges.

Je me charge du reste.

Ne me contacte plus.

Ralph n'avait pas signé sa lettre.

&

L'atmopshère éthylique et joyeuse du passage à la nouvelle année s'était évaporée quand trois coups frappés à la porte, magiquement amplifiés, avaient fait trembler la maison sur ses fondations. Il était onze heures du matin.

Ralph fut le premier à émerger, car il avait pressenti cet événement. Il s'était réveillé plusieurs minutes avant, attendant qu'il survienne. Cette intuition fulgurante, apparue en rêve, l'avait immédiatement extirpé du sommeil. Il fut donc le premier à se lever, et à se précipiter vers la porte, baguette en main, même s'il avait eu du mal à fermer l'œil de la nuit. Il n'avait pas cessé de penser à Regulus, Rose, et à tout ce qui pouvait s'être déroulé au square Grimmaurd tandis qu'il ne faisait rien pour les sauver, sinon veiller, penser, regretter... Il regarda à travers le judas, et retint un hoquet de surprise. Il ouvrit la porte, et referma aussitôt les pans de sa chemise de pyjama, entrouverts, que le vent froid de cette nouvelle année soulevait pour venir caresser sa peau encore marquée par les plis du sommeil. William Potter entra, et referma le battant derrière lui. Il était en uniforme d'auror, pourpre et violet. De grands cernes soulignaient ses yeux. Son front était barré de profondes rides, qui étaient plus dûes au souci qu'à l'âge. Ses sourcils froncés d'inquiétude en étaient témoins.

« Que… » entama Harry, immédiatement interrompu.

« On réveille tout le monde. C'est urgent. »

« Quelque chose est arrivé cette nuit ? »

Il ne répondit pas mais son silence parla pour lui. Harry se prit les pieds dans les marches tandis qu'il les grimpait quatre à quatre. Il arracha un Remus épuisé aux bras de Morphée, et tira Sirius hors de sa couette, où il s'était enroulé, replié sur lui-même comme un bébé dans le ventre de sa mère. En bas, William secouait son fils, qui avait passé la nuit sur le canapé, Lily près de lui. Ils n'étaient pas remontés la veille, mais l'humeur n'était pas au scoop, ou au potin. Quand Harry eut réveillé Marlène et Peter, la première dans son lit, l'autre, inexplicablement endormi dans la baignoire, il descendit, et s'assit près du feu mourrant qu'on avait rallumé. William était debout, face à l'âtre. Lily, sur le canapé, s'était enroulée dans une couverture, avec James. William ne taquina pas son fils, pas plus qu'il ne releva pour la montagne de bouteilles d'alcool – innocente bièraubeurre et terrible Whisky Pur Feu mélangés – disseminées dans la pièce comme autant de mines antipersonnel… Quand tous furent assis, attentifs, quand les questions cessèrent pour se concentrer sur les réponses qui allaient venir, William poussa un profond soupir.

« Vous n'avez pas reçu le journal ? »

« Tiens, c'est vrai… » remarqua James. « T'es abonné, pourtant, Sirius. non ? »

« Ouais. Le hibou n'est pas venu taper à mon carreau. »

« Tu l'as pas entendu, plutôt ! » railla Marlène.

Mais la remarque de William leur fit passer toute envie de plaisanter : « Personne n'a reçu la Gazette ce matin. Le responsable éditorial et le directeur du journal ont tous les deux disparu dans la nuit. Ils ont été enlevés en pleine fête du jour de l'an. »

« Quoi ? Mais comment ? » s'exclama Lily. « Vous pensez que… que Vous-savez-qui a… »

« Je ne pense pas, j'en suis sûr. On a aussi retrouvé une famille moldue assassinée dans la maison voisine de celle dans laquelle la fête se déroulait, et où se trouvaient les deux personnes disparues. Mais ce n'est pas tout : les presses de la gazette ont été stoppées cette nuit, et plusieurs journalistes n'ont pas donné signe de vie, ou pas été retrouvés ce matin, bien qu'il soit à cette heure impossible de savoir s'il s'agit simplement d'alcooliques cuvant leur vinasse Merlin seul sait où, ou de véritables disparitions. Cependant… »

« Cependant ? » encouragea James.

« Cependant un journaliste connu pour ses pamphlets contre certains mangemorts soupçonnés a été retrouvé mort dans sa baignoire. »

« Oh. »

« Mort, dépecé et désossé, avec la marque des ténèbres en peinture de sang sur les murs de sa salle de bains… »

« Oh… » Bis. S'en suivit une grimace de dégoût générale, et surtout un sentiment d'horreur pure, en songeant à ce qui pourrait arriver aux portés disparus… et de tout ce que cela signifiait. Lily pâlit soudainement. Elle semblait comprendre. Aussitôt, Ralph, que la compagnie du danger avait rendu perspicace, pâlit à son tour.

« Lily… tu ne te sens pas bien ? » s'inquiéta James en la prenant par l'épaule. « C'est un meurtre horrible, mais si tu ne… »

« Vous ne comprenez pas ? » haleta-t-elle, le visage défait, ses yeux écarquillés cherchant le regard de quelqu'un qui aurait également compris. Ils croisèrent celui de Ralph, qui hocha la tête, et se tourna vers William.

« Voldemort est en train de paralyser le système sorcier de communications, n'est-ce pas ? »

« Oui. » William déglutit, et regarda Harry droit dans les yeux en disant, insistant bien sur les mots : « Et il surveille le réseau des relais de poste par hiboux, s'il ne le tient pas déjà. J'ai mes sources, elles sont sûres. Tu comprends ce que cela signifie ? »

Harry acquiesça, atone, incapable de parler. Avait-il vraiment écrit à Regulus ? Reçu des réponses de Regulus ? Les lettres et les sujets abordés lui semblaient justes, véritables, mais et si, à la toute fin, ce n'était plus Regulus qui lui répondait ? Ou si quelqu'un interceptait les lettres de celui-ci et les réécrivait pour ne laisser filtrer que certaines informations, ou de fausses pistes ? Par Jugson, ou même Travers ? Et si Regulus avait véritablement été découvert, et ce, depuis le début des vacances ?

Et si Rose était déjà morte à cause de leur imprudence ?

Un sentiment d'urgence envahit Ralph. Il se leva, les poings serrés, les phalanges blanchies autour de sa baguette.

« Rassieds-toi. »

« Non. »

« Je sais ce que tu veux faire et, crois-moi, Ralph, ce n'est pas une bonne idée. »

« Mais j'ai… Et si… »

« Je sais. »

Ce dialogue crypté intrigua les autres qui, inquiets, hébétés et silencieux, suivaient la conversation en promenant l'un regard de l'un à l'autre des intervenants, Ralph et William. Avec le tison, Remus remua les braises dans l'âtre de la cheminée, sans dire mot, sans sourciller, ni soupirer. James brisa la glace, ou du moins tenta de le faire : « Papa, je n'ai pas eu de nouvelles des vacances. Si lui (il désigna Ralph) y a eu droit, je veux savoir aussi. Pourquoi est-ce que tu as… »

« James, tu ne comprends rien : ceci n'a rien à voir et relève du privé. Cela ne concerne que Ralph, et non, je ne l'ai pas contacté une seule fois. »

Le cœur de Harry se serra, de voir son grand-père mentir, par omission, certes, mais mentir quand même : l'inverse n'était pas vrai. Harry n'avait pas cessé de lui écrire, et de l'abreuver d'informations, peut être fausses désormais. Un instant de silence suivit ces paroles, puis William s'ébroua : « Fils, je suis désolé, mais je ne peux pas rester plus. J'aurais aimé pouvoir te rendre visite pour te souhaiter une bonne année, à toi et tes amis, mais… »

« Je comprends. Tu as autre chose à faire. Et l'année commence mal. » soupira James, en baissant les yeux. Il mit ses lunettes pour cacher ses yeux qui brillaient de tristesse (tant à cause des mauvaises nouvelles que du fait de constater que son père s'éloignait sciemment de lui au nom de la sécurité d'état). Tout le monde vit bien à quel point il était triste et éprouvé, mais personne n'eut l'indélicatesse de dire quoi que ce soit.

« C'est exact. » dit William. Il ressera le col de sa robe d'auror, comme il s'apprêtait à sortir. « Bon. Pour plus de sécurité, je vais m'auto-instaurer gardien du secret de ta maison, Sirius. N'en sortez pas. Ne communiquez pas. Ni par courrier, ni par poudre de cheminette. Ne laissez entrer personne, de toute façon personne ne vous verra. »

« Comment ça ? » interrogea james.

« Tu ne sais pas ce qu'est un gardien du secret ? » s'étonna Ralph.

« Non. »

« Tu lui expliqueras, Ralph. » asséna William. « Je dois y aller. La Main a besoin de moi. » Il parlait de son équipe d'auror, surnommée ainsi car au nombre de cinq et unis comme les doigts d'une main. « Je vous ferai parvenir par une personne de confiance de quoi manger pour tenir à l'intérieur jusqu'à la rentrée. Je viendrai vous chercher moi-même pour vous escorter jusqu'à Poudlard. D'ici là, un protocole de protection aura été instauré. J'espère. »

« Sans système de communication sûr, cela va être difficile. » fit remarquer Remus. William approuva. Il secoua la tête, abattu.

« Le devoir m'appelle. Ne sortez pas. Ne contactez personne. Je suis désolé d'être aussi alarmiste, mais je le dois. Le danger n'est pas illusoire, et vous le savez aussi bien que moi : on protège d'abord ceux qu'on aime. »

La remarque les toucha tous. Leurs cœurs se serrèrent.

« Et maman ? » interrogea James.

« En sécurité aussi. »

« Au ministère ? »

« Surtout pas. C'est probablement l'endroit le moins sûr du moment… Voldemort a tous ses espions là-bas. Y aller, c'est risquer sa vie. »

« Tu travailles au ministère, papa. »

« Je sais, fils. »

Silence. Sans rajouter un mot de plus, William se dirigea vers l'entrée, puis vers la porte, qu'il ouvrit et referma aussitôt qu'il fut dehors. Il transplana.

A l'intérieur du salon, malgré le feu, malgré les couvertures, c'était un froid polaire qui venait de s'abattre. Le départ de William les laissa préoccupés, démunis, à l'abri mais aussi à l'écart de tout, incapables de se séparer de leurs baguettes. La guerre, la vraie, jusque là éloignée, telle un mirage, venait de faire une entrée fracassante dans leur univers d'adolescents. En une nuit, ils étaient tous devenus adultes, ou au moins prêts à l'être.


Prochain chapitre : « Roses ».


Note de l'auteur : Sur ce coup-là, je suis encore plus sadique que d'habitude. Toujours plus haut, toujours plus fort. C'est ma devise !

Pour cette raison, et parce que j'aime bien discuter avec vous, et que j'aimerai bien avoir un espace de dialogue avec vous, ben j'ai créé un forum (vous savez, ceux que propose fanfiction ?). Lien sur mon profil ! Ca me ferait plaisir de discuter avec vous autrement que par MP (pas pratique, ça).

Sinon, euh, reviews ? :)

Ayez pitié d'une auteur sadique… hin hin.