Chapitre 10
Bella
Je ne sais pas ce que je fais là. Je suis assise devant une porte en chêne, au bas des escaliers, dans un quartier huppé, me semble-t-il. Je me souviens de la soirée en boite, enfin le début. Je sais qu'après le restaurant, après le repas avec les grands pontes de la chaine 6, nous sommes allés au Club 21. Je sais aussi que je me trouvais chez les Volturi, que Jake m'y a emmené. Mais après, c'est le trou noir. Je me frotte le crâne. Je réfléchis, je me souviens de leur proposition vaseuse, mais après, c'est le flou. Je me rappelle du verre de vin, et là, une petite lumière s'allume dans mon cerveau.
- de la drogue ? Bande de connard.
Je regarde autour de moi. Rien, enfin, quelques véhicules sont garés dans la rue, pas âmes qui vivent aux alentours. C'est déjà ça de gagner. Oui, sauf que là, je suis seule, je porte toujours ma longue robe bleu nuit, j'ai froid et je le répète je suis seule. Et ça, je ne me souviens pas comment, ni pourquoi. J'ai un trou noir. Je sais que j'ai dû partir avant la fin de la soirée, pour voir les Volturi. Jake m'a accompagné, après avoir laissé Leah à la soirée. Il m'attendait dans le couloir.
- ouais mais après ça, je suis dans le vague.
Je me souviens de notre entrée dans le club, je me souviens que nous sommes rentrés dans le carré VIP, ma première danse avec Edward, ma blague « - rassures moi, c'est ton téléphone que je sens contre mon ventre », « – non, mon amour » fut sa réponse.
Je pourrais en sourire maintenant, si je n'étais pas toute seule, au milieu de . . . je ne sais pas. La rue est vide. Les immeubles me laissent à penser que je suis dans un quartier huppé de la grande ville, je sais que je me répète, mais ce constat me rassure. Mais je ne sais pas pour autant où je me trouve et ce n'est pas en restant assise là, que j'aurais des réponses.
Je me redresse, douloureusement, j'ai l'impression qu'un semi-remorque m'est passé dessus. J'ai mal au crane, j'ai mal au cœur et il n'y a pas une seule partie de mon corps qui ne me reproche pas de m'être levé. Je regarde mes mains, mes bras et j'y vois une multitude d'hématomes.
- fichtre, de fichtre.
Oui je sais, je m'améliore, mais ayant été accusée de faire du tort à mon amour, j'ai décidé de ralentir sur les obscénités et autres grossièretés. Bon, je vais aussi arrêter de parler à un public imaginaire, ou je vais finir à l'asile.
- Bella, il va falloir te concentrer.
Oui, c'est sûr. Je fais un tour sur moi-même. Je regarde la grande porte de bois rouge qui me fait face et je ne peux m'empêcher de trembler. Je me détourne et regarde en direction de la rue. Elle est bien éclairée, mais il n'y a personne. Je vois au sol mon sac à main, à quelques mètres de moi, je me demande comment j'ai fait pour ne pas le voir plus tôt. Je le ramasse, avançant dans la rue, vers le boulevard qui la coupe en deux. Un taxi passe à proximité. Je n'ai pas le temps de l'alpaguer. Je n'ai pas la force non plus, de courir. Je ne sais pas ce que j'ai bu, mais j'ai la tête qui tourne, les yeux qui me brûlent et mal partout. Mais je me répète. J'essaye de rassembler mes idées, mais alors que j'arrive au bord de la route, je vois un nouveau taxi, je lève difficilement le bras. La voiture ralentie, puis s'arrête. Je grimpe à l'arrière avec difficulté.
- je vous emmène où ma petite dame, me demande le chauffeur.
Je grimace, j'ai l'impression qu'il a hurlé la question. J'ai une gueule de bois carabinée et je ne me l'explique pas, j'ai bu qu'un verre, pas de quoi me rendre malade.
- mademoiselle, ça va ?
- mmmh oui, dis-je.
Mais je n'arrive pas à en dire plus. Je sens mon corps glisser sur le côté, heureusement sur la banquette, et pas vers la porte que je n'ai pas eu la force de fermer. Je n'entends pas mon chauffeur se plaindre de la galère dans laquelle je le mets. Je ne le vois pas sortir pour faire le tour de son véhicule et fermer la portière. Je ne sens pas la voiture qui se déplace. Je ne sais pas que cet homme est en train de me sauver la vie, en m'emmenant à l'hôpital. Je ne le serais quand me réveillant.
Edward
- je m'en contre fout. Ma compagne a disparu.
- monsieur je conçois l'inquiétude qui est la vôtre mais . . .
- mais je m'en fous bordel. Elle avait rendez-vous avec Aro Volturi, et je vous le répète : ELLE N'EST PAS REVENUE DEPUIS.
- mais monsieur, je vous l'ai déjà dit. Monsieur Aro et ses frères ont quittés mademoiselle Swan après leur rendez-vous, pour se rendre dans leur résidence de . . .
- . . . je-m-en-fous. Vous comprenez ce que je vous dis, je veux savoir où est ma femme et où se trouve mon chauffeur.
Je suis dans le hall d'entrée de l'immeuble des Volturi. Jane, leur standardiste ou je ne sais trop ce qu'elle est pour eux, est face à moi.
- monsieur.
- merde, fermez là, je veux des réponses.
Mais le problème c'est qu'elle devait se rendre à leur domicile, à Grandstreet. Elle n'est pas revenue et cette conne ne veut pas coopérer. Elle reprend la parole avec son accent de merde, sa voix mielleuse et son attitude froide et prétentieuse.
- oui, mais . . .
Je ne lui laisse pas le temps de remettre en route son disque qui sonne faux.
- dites à vos patrons que j'ai pris contact avec mon avocat et que les Volturi vont devoir être coopératifs.
Je lui tourne le dos, repartant vers la porte battante et alors que je m'apprête à sortir, je regarde au sol, dans un coin, près d'une autre porte. Il y a un pendant d'oreilles, l'un de ceux que portait Bella. J'ai au moins la preuve qu'elle est venue ici. Je me baisse et ramasse le bijou. La blonde acariâtre me regarde mais ne dit rien. Je l'ignore et je sors.
Bella
« - . . . elle est en état de choc, c'est un taxi qui l'a déposé aux urgences, plusieurs marques de coups sur l'ensemble du corps et sa tension est à 9/8, pas de marques d'agressions sexuelles ou de relations intimes.
- ok Betty, faites-lui les soins courants, mais je vous demanderais de lui faire une prise de sang, drogues en tout genre . . .
- oui docteur, drogue du violeur inclus.
- oui, et prévenez la police . . . »
Je flotte dans un monde à part. Je ne sens plus mon corps et j'ai le sentiment que ce n'est pas la première fois . . .
Edward
Je suis en sueur, sur les nerfs et totalement paniqué. J'ai été contacté par une infirmière de l'hôpital central. Bella a été déposée aux urgences par un taxi. J'ai contacté Charlie, appelé mes amis et je suis maintenant en état de transe, courant dans les couloirs de l'établissement de santé où ma belle a été prise en charge. J'arrive à l'accueil, une infirmière me regarde, le sourcil levé.
- bonjour, je cherche ma compagne.
- son nom s'il vous plait.
- Bella Swan.
Elle baisse les yeux vers son ordinateur et pianote sur son clavier. Elle ne dit rien, je suis à deux doigts de contourner son comptoir et prendre les choses en mains, quand elle me répond.
- je n'ai pas de personne à ce nom.
Je suis sidéré et je doute un instant, mais je suis certain de ce que l'on m'a donné comme information.
- elle est ici, c'est une employée de l'hôpital qui m'a contacté.
- je n'ai personne pourtant monsieur.
- mais je ne suis pas fou, MERDE.
- monsieur, gardez votre calme, je vous prie.
Elle n'a pas haussé la voix et si ça ne me calme pas, je me rends compte qu'elle est sûre d'elle. Je cherche en moi, je suis certain d'être au bon endroit, et je me souviens que j'ai été contacté avec le portable de Bella, et qu'en raccrochant, j'ai entendu quelqu'un l'appeler « Betty ».
- Betty !
J'ai crié, elle me regarde perplexe, alors je me répète.
- Betty, l'infirmière qui m'a contacté, elle s'appelle Betty.
- d'accord, je me renseigne, nous avons bien quelqu'un qui se nomme Betty.
- merci.
Elle prend son téléphone, et après une minute interminable, je vois une petite femme brune approcher. Elle sourit à sa collègue et celle-ci me montre de la main.
- ce monsieur dit que tu l'as appelé un peu plus tôt dans la journée.
Alors que l'une continue sa progression vers moi, l'autre se retire. Je la détaille un instant, cherchant dans son expression, un signe d'inquiétude, ou tout autre renseignement sur l'état de Bella.
- bonjour, vous cherchez quelqu'un m'a prévenue ma collègue.
- oui, bonjour, je cherche ma compagne, Bella Swan, vous m'avez appelé avec son cellulaire.
- oui, votre numéro est le dernier à avoir été composé.
- comment va-t-elle, elle a eu un accident, vous m'avez dit que c'est un taxi qui l'a déposé ici, il vous a dit à quel endroit il avait pris en charge, est-ce qu'elle va bien ?
Elle lève les mains, me souriant, et me coupe dans mon élan, m'étant fin à ma logorrhée.
- monsieur, elle est inconsciente, mais son pronostic vital est bon.
- je veux la voir.
- suivez-moi.
Nous partons dans les couloirs, et à chaque porte que je passe, je tourne la tête, dans l'espoir d'enfin la voir. Je sens que je suis à la limite du pétage de plomb, je ne sais pas si je vais tenir. Nous marchons, continuant à avancer encore et encore, puis enfin, une porte battante et je suis face à mon amour.
- Bella.
J'ai murmuré son nom. Je ne sais pas quoi dire. Elle porte toujours sa robe bleu nuit, elle est pale, trop pale. Son visage est meurtri, ses bras qui sont posés le long de son corps ont une vilaine teinte violette.
- merde, mais qu'est-ce qu'il lui est arrivé.
- c'est ce que nous tentons de découvrir.
- elle n'a pas été . . .
Je n'ose pas prononcer les mots à voix haute, de peur de leur donner vie. Je m'approche de mon amour, les larmes me montent aux yeux.
- bordel mais qu'est-ce que tu as fait Bella ?
Je glisse mes doigts dans les siens. Et comme une ampoule qui s'illumine dans ma tête, je pense à mon ami.
- avez-vous eu une autre personne qui vous a été emmené ?
- je ne sais pas, pas en même tant que votre compagne.
Je la regarde un instant, puis je baisse le regard vers Bella. Je me rends compte que si elle, elle est dans cet état, lui peut-être dans un état bien pire. Alors je ne peux m'empêcher de trembler de colère.
- enfoirés d'italiens.
- pardon !
Je respire un grand coup et je me lance.
- mon chauffeur et ami accompagnait Bella et il n'est pas rentré lui non plus. Je crains le pire.
- je comprends.
- où puis-je passer un appel s'il vous plait ?
- dans le couloir.
J'embrasse la main de ma douce et je m'apprête à sortir.
- monsieur !
- oui ?
- en sortant à droite, deuxième couloir à gauche.
- merci.
Je sors et je fais ce que je n'ai pas fait, je pars à la recherche de Jake. Il est peut-être en danger ou pire. Je ferme les yeux et les hématomes de mon amour me reviennent à l'esprit.
- putain.
Je ne peux me retenir de sourire quand une vieille dame qui passe près de moi me regarde avec de gros yeux. Et oui, le langage châtié de Bella déteint dur moi.
Je poursuis ma route jusqu'à une cabine, j'ai un peu de monnaie sur moi, assez pour que Jazz entreprenne les recherches nécessaire pour retrouver Jacob, prévenir la troupe et contacter mon avocat.
Bella
Je ne sais pas. Voilà, c'est dit. Je ne sais pas ni où je suis, ni ce qui m'arrive et encore moins . . . ben encore moins ce qui m'attend. J'entends des voix, sans toutes fois reconnaitre qui se trouve près de moi. J'entends mais je ne comprends pas. Je sens simplement que des mains sont posées sur mes bras et maintenant des doigts sont enlacés aux miens.
- Edward.
Je sais que je n'ai pas pu prononcer son prénom mais j'ai la sensation que c'est lui qui se tient près de moi. Je suis quasi sûre que c'est sa voix que j'entends, mais loin, derrière un brouillard, loin derrière un mur qui m'empêche de le voir et de me mouvoir.
Edward
Je suis assis près d'elle, mais elle ne bouge pas. Betty vient de sortir. Les résultats sanguins sont arrivés. Le verdict est tombé : empoisonnement.
- mais comment, avec quoi ?
- Edward, nous ne savons pas. Son corps réagis à une infection causée par une exposition à une bactérie.
- je ne comprends pas.
- Elle a un taux de globules blancs élevés, nous lui avons administré un traitement pour lutter contre l'infection qu'elle combat mais nous sommes à l'heure actuelle dans l'incapacité de savoir, ni le mode d'administration, ni le nom de ce qu'on lui a fait prendre.
- comment ça ?
- Edward, nous lui avons fait un lavage d'estomac pour éviter une réaction encore plus violente, mais surtout pour analyser le contenu gastrique.
- et vous n'avez rien trouvé.
- oh mais si, nous savons ce qu'elle a mangé, nous savons qu'elle a bu du vin, mais ce que nous ne savons pas distinguer, c'est quelle drogue ou virus lui a été donné. Et comme je vous le disais nous n'avons pas découvert le mode d'administration.
- donc, malgré tous les bleus et les éraflures qu'elle a sur le corps, vous n'avez rien trouvé.
- non, Edward, pas de marque de piqûres ou de coupures, rien, le seul choix qu'il nous reste, c'est la voie orale.
- dans la nourriture ou une boisson.
- exact.
- ce ne peut pas être lors du repas, quelqu'un d'autre aurait dû avoir les mêmes symptômes qu'elle, non ?
- non, en effet.
- donc, c'est lors de son rendez-vous qu'elle a pris cette . . . ce . . . peu importe, il ne me reste plus qu'à contacter mon avocat.
- oui.
Elle me regarde avec retenu, comme si elle n'osait pas me poser une question.
- oui Betty ?
- Edward, je ne sais pas si je dois vous le dire, mais le chef de service a dû contacter la police, ils ont demandé à vous voir et on dit qu'ils vous contacterez.
- merci.
- de rien.
Je la regarde partir et je me réinstalle contre la rambarde du lit.
- je te jure de savoir mon amour.
Je prends la main de ma chérie dans la mienne et je l'embrasse. Le constat est simple, quand je vois les marques sur ses bras et son visage, je pourrais rendre coup pour coup.
