Chapitre 9 :

Dans l'appartement de Reggie et Mélina, Aurore venait de finir d'aider Paul à s'habiller. Cela faisait une demi-heure déjà, qu'elle était arrivée et le jeune homme avait remarqué que cette dernière avait mauvaise mine. Il n'osait pas lui demander comment allait son père, sachant d'avance que celui-ci n'allait pas très bien depuis sa rechute dans son cancer.

Depuis la veille, Paul songeait à la jeune auxiliaire, à ce qu'elle vivait actuellement avec son père malade. Il se remémorait les réactions de son frère quelques mois plus tôt, à l'annonce de son accident et à sa paralysie partielle. Il se souvenait à quel point Reggie tentait de cacher sa peine derrière ses sourires et son chagrin derrière ses blagues douteuses. Il le connaissait bien pour savoir que Reggie s'était senti responsable de son accident alors qu'il n'y était pour rien. Sûrement le fait qu'il était le grand frère et qu'il avait toujours été là pour lui, le rendait fautif de ne pas avoir fait quelque chose pour éviter cet accident.

Pourtant, c'était lui, qui avait décidé de partir en vacances. C'était lui, qui avait décidé de faire une randonnée en solitaire. C'était encore lui, qui avait pris le risque de prendre les photos près de la falaise, sur cet arbre… Le seul responsable c'était lui et pas Reggie.

Cependant, il avait remarqué que depuis l'arrivée d'Aurore, Reggie commençait à faire le deuil de son chagrin et qu'il semblait doucement tourner la page de cette culpabilité qui le rongeait depuis ces six derniers mois. Paul l'enviait pour son courage et sa détermination à vouloir s'avancer dans la vie. Alors que Paul, avait l'impression de stagner dans sa vie…

Il jeta un œil vers la jeune fille, dans la cuisine, faisant chauffer de la pâte à crêpe dans une poêle. Elle aussi, elle cachait sa tristesse derrière ses sourires, tout comme Reggie auparavant. Paul n'aimait pas cela. Il était tellement habitué à l'Aurore sincère et souriante, à l'Aurore joyeuse et bavarde… Il avait fini, presque, par trop apprécier sa compagnie et même parler avec elle de temps en temps. Bon, il devait l'avouer, parfois il l'avait trouvé trop collante mais, il savait que cela faisait partie de sa personnalité.

Il n'était pas doué pour faire la conversation et encore moins avec Aurore. Il n'avait jamais su comment l'aborder sans l'agresser. Il fallait admettre qu'il n'était pas toujours aimable avec la jeune fille et il avait pris cette mauvaise habitude depuis qu'il l'avait rencontré la première fois. L'image de la dresseuse d'autrefois lui vint en mémoire le faisant grimacer doucement. Étrangement, il préférait une Aurore auxiliaire qu'une Aurore en dresseuse avec ses stupides amis là… Ce Sacha qui se prenait pour un samaritain… Ah, il ne voulait même pas songer à lui !

Est-ce qu'elle avait gardé contact avec Sacha ? Et l'autre là, comment s'appelait-il déjà ? Pierre ? Oui, c'est ça… C'était lui, ou il avait l'impression qu'elle avait plus d'amis garçons que d'amis filles ? Il mordilla l'intérieur de sa joue, énervé par toutes ses questions qu'il se posait. Mais pourquoi, il songeait à ces détails ! Elle faisait ce qu'elle voulait, elle avait le droit de choisir ses amis même si… franchement, il doutait de ses choix.

« Paul, je t'ai préparé les crêpes. Tu veux que je te ramène du sucre ? »

Le jeune homme venait de se mettre devant la table dont une crêpe disposée sur une assiette lui titillait ses narines. Il avait soudainement faim.

« Euh… Ouais. »

Il vit la jeune fille repartir dans la cuisine à la recherche du sucre en poudre tandis qu'il soupira doucement. Il avait vu les cernes souligner les yeux bleus d'Aurore et il se doutait bien qu'elle songeait encore à son père et qu'elle s'inquiétait. Il ne supportait plus de la voir comme cela… C'était vraiment désagréable de la voir dans cet état. Il avait cette impression qu'elle était restée enfermée dans la chambre d'hôpital de son père durant des heures sans mettre le nez dehors. Peut-être que prendre de l'air lui ferait du bien. Et même à lui, cela ferait du bien, mais pour aller où ? Il ne se rendit pas compte qu'Aurore l'observait d'un regard inquiet.

« Paul, est-ce que tout va bien ? »

Il sursauta doucement, enfin sorti de ses pensées. Est-ce qu'il allait bien ? N'était-ce pas à lui de lui demander cela ? Paul préféra changer de sujet.

« J'avais pensé qu'on pourrait sortir...

- Super ! Tu veux allez où ? »

Il voyait pour la première fois depuis ce matin une lumière briller dans les yeux de la jeune fille et se sentit soudainement mal à l'aise. Il prenait conscience que c'était lui qui provoquait cette étincelle dans le regard de la jeune fille et il n'était pas habitué au fait qu'il prenait des initiatives pour rendre quelqu'un, et de surcroît Aurore, moins triste.

« Je ne sais pas. »

Il se sentait idiot d'avoir dit cette réponse mais voilà, il ne savait vraiment pas où aller. Peut-être qu'elle aura des idées ? Il la voyait sourire doucement, songeant qu'elle avait justement une idée derrière la tête. Pourquoi, il avait cette sensation qu'il n'allait pas aimer ?

« Ça te dit de voir tes Pokémons ? Ils sont en pension avec Reggie, non ? »

Il regrettait déjà d'avoir proposé de faire une sortie… Il ne préféra même pas répondre et commença à mettre du sucre en poudre sur sa crêpe avant de l'enrouler et de la manger avec ses mains.

« Je suis sûre qu'ils vont être content de te revoir ! » Continua-t-elle.

Elle ne va pas le lâcher avec ça maintenant… Il n'était pas prêt pour les revoir et même qu'il ne voulait plus du tout passer du temps avec depuis son accident. Il se sentait si misérable dans ce fauteuil et il avait l'impression de ne plus être un dresseur digne de ce nom.

« Je ne pense pas que cela soit une bonne idée. » Répondit-il avec sa froideur légendaire

Aurore s'assit, comme la dernière fois, sans l'autorisation du jeune homme. Ce dernier le regarda faire en ronchonnant, songeant qu'elle allait à nouveau argumenter.

« Au contraire, je pense que c'est une très bonne idée !

- Pff. Lance-toi des fleurs pendant que t'y es, grogna-t-il.

- Allez Paul, j'en suis sûre que tes Pokémons te manquent. Eux, ils doivent penser constamment à toi.

- Je ne veux pas les voir.

- Mais, faudra bien que tu les revoies, ce sont tes Pokémons !

- Eh bien, ça ne sera jamais ! » Haussa-t-il la voix.

Un silence régna après cette conversation un peu agitée. Aurore n'osait plus rien répondre face à la réaction de Paul. Ce dernier la voyait se réfugier dans un mutisme exemplaire, ce qui n'était pas à son habitude. Elle devait être sûrement lassée de tout, de sa battre pour son père, de se battre à le convaincre de voir ses Pokémons. Paul soupira, las. L'atmosphère avait changé et devenait de plus en plus lourde que Paul fini par craquer. Il avait besoin de savoir.

« Comment va ton père ? »

Aurore écarquilla ses yeux face à la question, elle ne s'y était pas attendue, et Paul l'avait bien remarqué.

« La chimiothérapie le fatigue beaucoup. Il est toujours à l'hôpital. Ma mère est actuellement avec lui. J'essaie de lui rendre visite tous les jours, après le travail, mais ce n'est pas toujours facile de le voir dans cet état. »

Aurore en profitait pour déballer tout ce que lui pesait. Paul se sentait un peu gêné d'être le confident de cette fille fragile. Oui, elle était fragile en ce moment, malgré qu'il l'eût connue plus forte et déterminée. Tout lui tombait dessus, la séparation avec son ancien petit ami, son père qui est grièvement malade, elle n'avait plus le temps de s'occuper d'elle, déjà que son travail lui prenait du temps. Il s'étonna de vouloir compatir à sa douleur et se demanda comment il aurait réagi à sa place. Il avait toujours vécu seul avec son frère, n'ayant pas connu ses parents, et n'ayant pas réellement d'amis proches mais seulement des connaissances dû à son ancien travail, Paul ne connaissait pas la douleur que vivait Aurore.

Paul mania son fauteuil avec agilité et se dirigea vers le porte-manteau. Aurore l'observa, intriguée, n'ayant toujours pas bougé de sa place. Voyant qu'elle ne faisait rien pour le suivre, Paul réagit.

« Bon on y va là ? Si j'attends trop longtemps, je risque de changer d'avis ! »

Aurore sourit largement, comprenant que Paul acceptait d'aller rendre visite à ses Pokémons. Elle se précipita vers leurs affaires pour se vêtir chaudement et quittèrent rapidement l'appartement.

Durant le chemin qui menait jusqu'à l'élevage de Paul Reggie, Aurore poussait le fauteuil de Paul tranquillement. Elle commenta sur le temps frais de début de printemps, tandis que Paul lui répondit que par des monosyllabes. Il appréhendait sa rencontre avec ses Pokémons et aussi sur la réaction de son frère. Vingt minutes plus tard, ils arrivèrent au travail de Reggie. Ils saluèrent les collègues de ce dernier puis s'avancèrent vers la petite prairie derrière le refuge où ils découvrirent les Pokémons de Paul profiter du bon temps. Reggie les nourrissait et les caressait. Paul observait au loin.

« Je vais prévenir ton frère que tu es là. »

Et sans qu'il n'ait eu le temps de l'empêcher, Paul la vit se diriger vers Reggie, qui étonné de la voir, sourit en constatant sa présence.

« Paul, tu es venu !

- Mouais… »

Paul avait la trouille. Il avait déjà dû mal à supporter les regards des collègues de Reggie, mais il craignait encore plus ceux de ses Pokémons. Cela faisait longtemps qu'ils ne s'étaient pas revus et ne savait pas comment se comporter avec eux.

« Je t'emmène les voir ! Ils vont être contents !

- Euh… Attends. Reggie, arrête ! »

Reggie n'obéit pas et continua à pousser Paul jusqu'à ses Pokémons qui mangeaient avec appétit dans leur écuelle. Aurore assista à la scène, le sourire aux lèvres. Dès qu'ils avaient vu leur dresseur, les Pokémons l'entourèrent joyeusement. Paul était gêné par cet accueil, songeant qu'ils ne voulaient plus de lui. Après tout, il les avait abandonnés, laissant son frère s'en occuper et cela faisait six mois qu'il n'était pas venu les voir. Doucement, il caressa le museau de son Torterra puis dessina un sourire sur ses lèvres. Aurore avait raison, ses Pokémons s'étaient beaucoup ennuyés de lui, et il semblait qu'ils étaient heureux de le revoir.

Il resta auprès d'eux pendant plus d'une heure, tandis qu'Aurore parla avec Reggie quelques mètres plus loin.

O/O/O

« Je ne sais pas comment tu fais, mais tu as réussi à convaincre mon frère de venir jusqu'ici !

- Oh, crois-moi, je n'ai rien fait de spécial, et puis, il avait refusé. Je ne sais pas ce qui lui a fait changer d'avis. » Se demanda Aurore, incrédule.

Reggie rit doucement. Lui, il se doutait bien pourquoi son petit frère avait changé d'avis. Décidément, il n'y avait qu'Aurore qui arrivait à faire réagir son frère et c'était tant mieux ! Au moins, Paul s'ouvrait doucement aux autres, même s'il était toujours aussi solitaire. Il savait que grâce à Aurore, son petit frère pourra mieux accepter son nouvel handicap et s'orienter vers un futur moins sombre que le déni et la dépression qu'il ne cessait de vivre depuis son tragique accident. Depuis qu'elle intervenait chez eux, Paul sortait un peu plus et cela faisait très plaisir à Reggie qui avait vraiment peur que son frère s'enferme dans ses idées noires, surtout depuis sa tentative de suicide quelques semaines plus tôt.

Cependant, il avait remarqué qu'Aurore n'était pas à sa meilleure forme et il sut par son cadet qu'elle avait des soucis personnels sans que celui-ci lui précise les détails. Il espérait seulement que ses problèmes se régleraient rapidement. Il ne voulait pas qu'il y ait un impact trop lourd sur la vie professionnelle de cette demoiselle, surtout que grâce à elle, Paul devenait peu à peu lui-même.

« Aurore, je ne sais pas ce qui se passe dans ta vie, mais si tu as besoin de parler, n'hésite pas. Nous sommes là si tu souhaites des confidents. »

La jeune fille croisa son regard et acquiesça dans un sourire mélancolique avant de jeter son regard en direction de Paul. Celui-ci, inconscient de ce qui se passait entre son frère et son auxiliaire, continua de s'amuser avec ses Pokémons.