Chapitre Neuf
Vous tenant sur l'herbe, vos camarades de classes alignés à côté de vous, vous vous efforcez de vous rappeler quelque chose qui s'est passé il y a juste un an.
Vous revoyez votre agent, dans sa grande sagesse – à propos, vous devriez réellement virer ce crétin – signer pour un supposé film à gros budget avec toute sorte d'effets spéciaux et tout ce qui va avec.
C'était supposé être votre grand saut, avait il dit – rien de très dur.
Premièrement, ce n'était pas ce genre de film. Vous étiez la plus grande star dans le film à l'age vénérable de dix ans – ça aurait du être votre premier indice.
Deuxièmement, c'était la toute première fois du réalisateur qui n'avait fait que de la télé auparavant.
Ça aurait du faire comme une sirène hurlant dans votre tête.
Troisièmement, et c'est quelque chose que vous avez appris plus tard, le budget n'était même pas si élevé !
Alors vous voilà, en vedette (même pas co-vedette !) sur un film à petit budget avec un réalisateur débutant.
Recette pour un film à succès si jamais vous en avez entendu parler.
Premier jour de tournage, ils vous ont mis dans un harnais de sécurité suspendu à vingt pieds de haut devant un écran vert.
Oh, vous frissonnez au souvenir.
Tout semblait correct et ils s'apprêtaient à filmer, quand soudainement vous avez commencé à tomber en chute libre vers ce putain de sol !
Là, vous pensiez que vous alliez mourir, mais quand vous avez touché le sol, vous avez rebondi !
Aucun besoin de dire que vous avez quitté le film avant qu'ils ne vous tuent pour de vrai.
Votre remplaçant ne s'est pas fait tué, mais vous ne pouvez pas en dire autant de sa carrière.
Assez dur d'avoir une carrière quand vous avez été engagé dans un film qui a perdu huit millions de dollars, hein ?
À l'époque vous n'aviez aucun moyen de savoir ce que signifiait cette histoire de rebondissement. L'équipe et tout ceux qui étaient engagés ont pensé à une sorte de miracle, mais après avoir entendu parler de Neville 'tombant' d'une fenêtre, vous comprenez.
En parlant de Neville Londubat, vous avez vu une autre facette pathétique de sa personnalité molle ce matin. Il a aussi une mauvaise mémoire en fait. Quelque chose à propos d'un rappeltout ou quelque chose dans ce goût là. Bon dieu que ce garçon est une chiffe molle.
Bref ! Vous n'aimez pas les hauteurs. Vous n'êtes pas effrayé ou quoi que ce soit. Franchement, c'est juste que vous… n'aimez pas les hauteurs.
Ce n'est pas une contradiction. Non. Pas du tout. C'est juste que vous préférez ne pas être dans une situation où vous devez plisser les yeux pour voir le sol.
Ce qui vous amène au morceau de bois noueux posé sur le sol devant vous.
Ils appellent ça un balais et apparemment, vous êtes supposé voler avec.
C'est un cours obligatoire pour débuter.
Qu'est ce qui ne vas pas avec ces gens ?
Doivent ils sérieusement suivre chaque stéréotype et chaque cliché que les moldus ont sur eux ?
Des sorcières volant sur des balais ? Quoi ensuite, des chats qui parlent ?
Et maintenant vous êtes supposé amener ce putain de truc dans votre main.
"Debout !" dit elle. Quoi, est ce que les sorciers sont trop fiers pour se pencher et prendre leurs balais ?
Oh bon, vous pouvez essayer un coup.
"Debout !" criez vous.
Le balai tape soudainement contre votre main.
Huh, c'était facile. Maintenant tout ce qu'il reste à faire est de le monter et de… voler.
Vous n'êtes pas effrayé. Pas possible. Non. Vous n'aimez pas les hauteurs, c'est tout. Aucune peur d'aucune sorte en cause.
Vous voyez du coin de l'œil Neville Londubat monter son balai et décoller. Attention Houston, nous avons un décollage.
Huh, qui aurait cru que Neville Londubat savait naturellement voler… ? Attendez, non oubliez.
Ça doit faire mal.
Neville échoue encore. Et quel est la blessure cette fois ? Oh ? Juste un poignet cassé ? Dommage que ça ne soit pas le cou.
"Aucun de vous ne bouge pendant que j'emmène ce garçon à l'infirmerie !" crie soudainement la femme. "Vous laissez ces balais là où ils sont ou vous serez expulsés de Poudlard avant d'avoir pu dire 'Quidditch'. Viens là, mon garçon."
Après que la femme soit partie, Draco éclate de rire.
"Vous avez vu sa tête ?" dit le garçon entre deux ricanements.
Quelques uns de vos camarades essayent sans grandes convictions de défendre l'honneur du garçon, mais franchement, qu'est-ce qu'il y avait à défendre ?
Une petite chose comme ça et il chiale comme un gosse. Vous ne riez pas vraiment, mais c'était assez amusant à regarder.
"Regardez !" s'écrie soudainement Draco, en se penchant pour ramasser quelque chose. "C'est ce truc que lui a envoyé sa grand-mère !"
Oh, correct ! Le rappel… machin… chose… truc.
Draco commence à lancer la balle de haut en bas, la jetant entre ses mains.
Soudainement les gens vous regardent.
Quoi bordel ? Qu'est ce qu'ils veulent ?
Le crétin rejoint vos côtés et demande, "Ben, qu'est ce que tu vas faire, camarade ? Tu vas le maudire et ramener le rappeltout de Neville ?"
Attendez, quoi ?
"Hum, non ?"
"Quoi ! Pourquoi pas ! Tu es le garçon-qui-a-survécu et Draco est une tapette ! Est ce que tu ne vas rien faire ?"
Vous détournez le regard du crétin et voyez que maintenant tout le monde vous regarde – même Draco qui semble attendre votre décision. Un test donc ?
'De quel côté es tu Harry ?'
Vous n'êtes pas un héros. Certainement pas le héros de Neville Londubat.
"Non."
"Non ?"
"Non, pourquoi ça serait mon travail ?"
"Bordel ! Si tu ne le fais pas alors je le ferais !" crie Ron. "Donne ça, Malfoy !"
Draco vous regarde et fait un clin d'œil, puis regarde Ron et sourit.
"Oh ? Peut être devrais je le laisser là où le gros bébé pleurnichard pourra le trouver. En haut d'un arbre, peut être ?"
Avec ça, Draco s'envole dans les airs et s'approche d'un arbre en quelques secondes.
Le crétin est sur son balai en un battement de cœur. C'était la partie facile.
Dans les moments suivants il suit maladroitement – et très lentement – Draco vers l'arbre.
"Do-donne moi ça Malfoy !" crie t-il, enlevant une main du balai, et ce faisant, manque de tomber de cette putain de chose.
Il ramène rapidement sa main sur le balai.
"Franchement Weasel, tu dois travailler tes techniques de vol. je peux imaginer qu'un cracmol comme Neville ait des problèmes sur un balai avec ses lacunes en magie et tout…" répond le garçon, en faisant quelques figures de vol, "Ben, je suppose que ta famille n'a pas pu t'offrir un balai et donc que c'est ta première fois ?"
"J'ai déjà monté un balai, p-plein de fois !"
"Prouve le." dit il en jetant paresseusement la balle dans les airs "Va chercher, garçon."
Pas du genre à reculer devant un défi, le garçon fonce à pleine vitesse vers la balle. Bien sur, il est toujours aussi incompétent et s'écrase de façon assez spectaculaire sur le sol.
À côté de lui reposent les restes de la balle.
"Quelle honte." dit Draco en atterrissant prudemment sur le sol.
Ron reste sur le sol à geindre pendant un moment avant que le professeur McGonagall ne se précipite sur le terrain.
"M. Weasley ! Au nom de Merlin, qu'est-ce que vous pensiez faire !"
Entre deux grognements, il marmonne, "Malfoy…"
"Je me fiche de ce que M. Malfoy a fait. Pourquoi donc avez vous lancé votre balai à toute vitesse vers le sol ?"
"Uhhhh…" grogne t-il.
"Très bien, vous irez à l'infirmerie, mais ne croyez pas que vos blessures seront votre unique punition ! J'écouterais ce que vous aurez à dire et, en fonction de l'idiotie, nous verrons combien de lignes vous devrez écrire sur le fait que voler la tête la première dans le sol est une mauvaise idée ! Les jeunes sorciers de nos jours…"
Quand elle a fini de faire léviter l'abruti à l'intérieur de l'école, Draco n'en peut plus et s'écroule dans l'herbe en tentant de respirer normalement.
"C'était… tellement… mieux… que ce que j'aurais pu… imaginer…" rit-il.
Le professeur de vol revient enfin et est assez perplexe de voir sa classe que quand elle l'avait quittée.
Draco a parfois du mal à garder un visage sérieux en relatant l'histoire, mais il y arrive quand même.
Puisqu'il ne reste plus assez de temps pour continuer la leçon, la femme donne rendez-vous à la classe pour la semaine prochaine et congédie tout le monde.
En moins d'une minute, vous vous retrouvez au milieu du terrain vide.
Puisque personne ne peut vous voir, vous ramassez précautionneusement les morceaux du rappeltout et les placez dans une poche vide.
Vous avez une idée fantastique de ce qu'il faut faire avec.
Comme un seul homme, tout vos camarades de dortoir viennent chercher Neville à l'infirmerie avec l'ordre de l'escorter jusqu'à sa chambre. Le rouge autour de ses yeux est assez révélateur de son état de faiblesse. Tapette.
Les couloirs sont quasiment vides si près du couvre feu, alors il faut peu de temps pour revenir dans le dortoir.
Quelques 'ça va aller' et d'autres platitudes inutiles sont données au garçon paumé, mais il semble toujours être d'humeur triste.
Alors que quatre d'entre vous guident le garçon à son lit, vous attendez impatiemment ce qui va suivre.
Sur le lit de Neville un mouchoir blanc uni avec des lettres noires.
Cracmol.
Vous avez entendu Malfoy le dire plus tôt et ça a l'air d'un mot chouette à répéter.
Neville se tient là à fixer la chose un moment avant de tomber à genoux et de pleurer encore une fois.
Tout le monde dans la pièce – excepté vous bien sur – est médusé par un acte aussi cruel.
Le garçon noir marche vers le lit et dit calmement, "Tu n'as pas besoin de voir ça, Neville." Il attrape le mouchoir et le jette dans la poubelle.
Ce faisant, il découvre quelque chose qui était étalé en dessous du tissu.
Du verre.
Pas n'importe quel verre, non. Les morceaux de verre brisé sont étrangement similaires au rappeltout de Neville.
En fait, ce sont les restes de son rappeltout cassé ? Oui, oui ça doit être ça.
Un si petit plan, mais le garçon a fait tout le boulot.
Vous vous donnez une tape mentale dans le dos quand Neville commence à brailler comme le bébé qu'il est.
