Hey ! Je vous poste ce chapitre un peu en avance parce que je n'aurais pas pu le faire demain - on dit merci à Mamsayi qui l'a relu en un temps record ^^ Autre changement : il s'intitule non pas "Arthur et Molly Weasley" comme c'était prévu, mais "Tablée de gentils abrutis" pour des raisons de découpage des chapitres :) J'espère qu'il vous plaira quand même ! Comme j'ai reçu pas mal de reviews sans compte, je vais y répondre ici même si je le fais rarement. Ceux qui ne sont pas concernés, allez directement à la suite, c'est pas poli de lire la correspondance des autres namého ! xD

Amista (pardon, je t'ai oubliée au chapitre précédent !) : En fait... je n'ai pas compris ta question ? ^^'

"Guest" (le seul du chap 9, donc pas de confusion xD) : Merci pour cette review plutôt longue pour commencer :) Toutes tes interrogations trouveront bien évidemment leur réponse, même si ça risque de prendre un peu de temps... en tout cas, tu n'es pas la seule à "réclamer" les jumeaux, et j'ai le plaisir de t'annoncer qu'ils squattent carrément tout le chapitre !

cat240 : Alors toi... tu m'as fait rire parce que TROIS de tes questions trouvent leur réponse dans ce chapitre :D Déjà, pour ce qui est de Percy, j'imagine qu'il s'attendait à ce que Sirius refuse de s'excuser ou alors qu'il le fasse de mauvaise foi, en se jurant de se venger doublement plus tard. Percy trouvera un moyen plus subtil de rattraper le comportement des Maraudeurs ;) Pour le reste, je te laisse lire.

mathyll : Je peux comprendre ce que tu ressens ! :/ Mais ne t'inquiète pas, ce chapitre est rempli de jumeaux en excellente santé ;D Je suis contente que tu apprécies Remus, j'espère que j'aurai l'occasion de le mettre en avant lui aussi (mais il faut dire que Sirius prend de la place xD). Et c'est génial que Percy te plaise ! *-*


Chapitre 9 : Tablée de gentils abrutis

- Franchement, il a l'air comme d'habitude.
- Et moi je te dis qu'il a l'air déprimé.
- C'est bien ce que je dis. Tu le trouves fringuant d'habitude, toi ?
- Mais au moins il nous racontait des choses inintéressantes pendant de longues minutes où il fallait faire semblant de l'écouter. Et ça, ça me prouvait qu'il allait bien.
- Tu veux parler de ses interminables sermons sur le devoir patriotique des Sorciers et Sorcières dès le plus jeune âge ?
- Ainsi que de ses discours soporifiques au sujet des nouvelles réformes appliquées à l'épaisseur des fonds de chaudron, oui.
- Vous savez que j'entends tout ce que vous dites ? explosa Percy.

Fred et George lui adressèrent un sourire forcé tout en agitant lentement la main en guise de salut. Et reprirent leur conversation comme si de rien n'était.

- Le pire dans tout ça, c'est qu'il passe ses journées avachi dans le canapé, déclara Fred.
- Et sans rien faire, souligna George. Rien, strictement rien !
- Tu crois qu'il est effectivement incapable d'avoir une vie en dehors de son travail ?

Percy ne se sentait même pas d'humeur à râler après ses frères. Comment les blâmerait-il en sachant pertinemment qu'ils n'étaient pas si loin de la vérité ? Il n'avait jamais été très doué pour vivre. Son travail représentait tout ce pour quoi il avait envie de dépenser son énergie, qu'il soit chargé d'assister un ministre ou d'enseigner les mœurs moldues (de force) à des élèves (pour le moins récalcitrants). Travailler était son seul but – l'en priver frôlait le barbare.

Un profond soupir passa la barrière de ses lèvres. Il se trouva pathétique.

C'est alors qu'une chouette s'engouffra par la fenêtre ouverte. George s'empressa d'aller récupérer la lettre qu'elle portait mais, le temps qu'il agisse, un hibou l'avait rejoint.

- Perce, tu as du courrier, indiqua-t-il en lui tendant les deux enveloppes d'un air vaguement étonné.

Fred fronça les sourcils. Il s'approchait de la fenêtre pour regarder de plus près les deux messagers pleins de plumes qui attendaient bien sagement sur le rebord, quand une autre chouette manqua de lui foncer dedans ; elle passa au-dessus de lui en frôlant dangereusement ses cheveux, avant de se laisser tomber sur un coussin à côté de Percy. Celui-ci étudia pensivement les trois enveloppes entre ses mains.

- Qu'est-ce que t'attends ? Ouvre-les ! lui enjoignit George.

Fred regardait par la fenêtre, sur le qui vive, prêt à esquiver le prochain hibou ou la prochaine chouette qui passerait l'ouverture. Percy ouvrit une première enveloppe. Il lui suffit d'un coup d'œil pour reconnaître l'écriture soignée de Remus.

Monsieur,

J'espère que vos vacances sont aussi agréables que reposantes. J'ai le plaisir de vous informer que j'ai obtenu le maximum de BUSE, ainsi que la note Efforts Exceptionnelles dans votre matière. Merci pour cette année, vos cours et tout le reste – vous savez de quoi je veux parler. Vous êtes un excellent professeur et, si vous me le permettez, un vrai ami.

Respectueusement,
Lunard

Le professeur souriait sans même y penser alors qu'il déchirait rapidement la seconde enveloppe.

Bonjour,

J'ai eu Efforts Exceptionnelles en Étude des Moldus. Merci de m'avoir aidé et d'avoir cru en moi. On se reverra l'année prochaine, pour sûr !

Queudver

- Il faut que je lui apprenne à rédiger ses lettres, à celui-là... gloussa Percy.

Son regard se posa sur la troisième et dernière enveloppe. Était-elle de James ou bien de Sirius ? Il n'y avait qu'une seule façon de le savoir. Percy l'ouvrit en tremblant légèrement.

Cher Ailazur ou Ouistiti (rayez la mention inutile),

Permettez-moi d'écrire au nom de Patmol qui, pour certaines raisons trop longues à coucher sur le papier, crèche présentement chez moi. Il se joint à moi pour vous souhaiter d'agréables vacances même si nous vous manquons énormément. Lunard soutient pourtant que notre absence vous soulage ; c'est inconcevable.

Cela ne manquera pas de vous intéresser étant donné que vous êtes obnubilés par notre réussite scolaire : j'ai personnellement reçu la mention Efforts Exceptionnels dans votre matière et toutes les BUSE dont j'avais besoin pour poursuivre ma formation d'Auror. Patmol, lui, a écopé d'un Optimal en Étude des Moldus, rien que ça. Ces résultats nous permettent de suivre l'Étude des Moldus l'année prochaine, ce qui vous remplit de joie, nous en sommes conscients.

J'espère que nous aurons l'occasion de nous revoir avant la rentrée. Pour un peu, vos cours commenceraient à me manquer. Patmol me rappelle à l'instant qu'il vous a promis un tour en motocyclette – prenez garde, il semble déterminé.

Je vous prie d'agréer, Ailazur ou Ouistiti (rayez à nouveau la mention inutile), l'expression de nos salutations distinguées.
Cornedrue et Patmol

Le sourire de Percy ne faiblit pas quand il eut terminé sa lecture. Seulement, les larmes lui montèrent aux yeux. Il retira vivement ses lunettes pour essuyer son visage d'un revers de manche et remit chaque lettre dans son enveloppe, avant d'aller les ranger avec ses affaires, sous l'œil atterré des jumeaux.

- Il faut vraiment qu'on fasse quelque chose, dit Fred.
- Et rapidement, conclut George.


Percy aurait dû se méfier quand ses frères l'avaient obligé à sortir de sa robe de chambre pour enfiler chemise et pantalon, avant de l'entraîner à Pré-au-Lard dans le but de « lui faire découvrir leur dernière invention ». Le professeur s'y était souscrit parce qu'il savait qu'il n'aurait jamais la paix autrement, sans se poser trop de questions.

Les Weasley quittèrent donc l'appartement et franchirent les quelques mètres qui les séparaient de l'échoppe en profitant de la fraîcheur relative offerte par la matinée. L'été était déjà bien avancé, mais c'était à peine perceptible au niveau des températures.

- L'emplacement est parfait, lança joyeusement Fred, on peut remercier Mr. Dumbledore qui nous a prêté ses Gallions.

Wistily's était en effet idéalement située. Avec une émotion quelque peu étrange, Percy nota qu'elle se trouvait à l'emplacement que la boutique Zonko occupait lorsqu'ils étaient à Poudlard – il se rappela du temps où il était préfet et où il se battait sans arrêt avec les maudits articles de farces et attrapes.

- Il faudra le rembourser jusqu'à la dernière Noise, leur recommanda-t-il d'un air sévère.
- Pour qui nous prends-tu ?
- Bien sûr qu'on le remboursera, s'indigna George. Cette nouvelle boutique sera plus petite et moins sensationnelle que l'ancienne, mais on espère bien en tirer de rondelettes sommes d'argent.
- Le temps que trouves un moyen de nous ramener tous les trois en 2000, cela va de soi, ajouta Fred.

Percy opina distraitement. Par « un moyen de nous ramener tous les trois en 2000 » Fred entendait « découvrir ce que tu te reproches et te le pardonner pour mettre fin aux effets de l'Indicible », ce qui était loin d'être gagné.

Fred ouvrit la porte et s'effaça pour laisser son frère aîné entrer le premier. Ce dernier s'exécuta naïvement, trop déprimé pour rester sur ses gardes. Comme les volets étaient fermés, la pièce était plongée dans le noir. Un chuchotis attira son attention mais ses yeux s'habituaient difficilement à l'obscurité ; pas moyen de distinguer quoi que ce soit, jusqu'à ce qu'une étincelle se mette à crépiter. Percy eut un mouvement de recul [*] lorsque, soudain, l'étincelle tourbillonna près du plafond et explosa, donnant naissance à une pluie d'artifices où les lettres « H-B » se formèrent.

- JOYEUX ANNIVERSAIRE !

Les fenêtres s'ouvrirent toutes en même temps et Percy put enfin apercevoir les figures familières de James, Sirius, Remus et Peter. Le souffle lui manqua.

- Que... mais comment... balbutia-t-il.
- Nous aussi on est heureux de vous revoir, plaisanta James en lui tapant dans le dos.

Percy était tellement surpris qu'il ne songea même pas à s'appesantir sur cette familiarité, ni sur le fait que James avait presque répété les mots que Fred lui avait servis en le voyant dans le bureau de Dumbledore. Il fit volte-face pour regarder ses frères tour à tour.

- C'est vous... vous les avez...
- Évidemment, sourit George.
- Qui d'autre ? demanda l'autre en passant un bras autour des épaules de son double.

Percy reporta son attention sur ses quatre élèves. En un instant, il se retrouva encerclé et assailli par les « Comment ça va ? » , « Vous passez de bonnes vacances ? », « Quoi de neuf ? » et « Ça vous fait quel âge, vieille chose ? ».

- Black, rappelez-moi de vous coller une retenue à la rentrée ! dit Percy en riant.

L'intéressé grommela quelque chose comme « Ben voyons... ».

Il fut décidé d'aller au Chemin de Travers pour s'installer plus confortablement à la terrasse d'un café. Ensuite, ils auraient tout le temps d'aller acheter les fournitures scolaires des Maraudeurs.

- Vous aviez oublié que c'était votre anniversaire ? couina Peter alors qu'ils sortaient de la boutique.
- Oui, avoua Percy.
- En même temps, il ne quittait le canapé que pour manger, pouffa Fred.
- Quand il avait faim, précisa George en refermant derrière lui.
- C'est-à-dire pas souvent.

Sirius se mit à battre exagérément des cils dans une fausse tentative de séduction.

- On vous a manqués tant que ça ?

Le Weasley allait rétorquer, cependant il fut coupé dans son élan par la question de Fred :

- Bon, les jeunes, est-ce que vous savez transplaner ?
- Ça dépend. Légalement ou pas légalement parlant ? demanda James avec sérieux.
- Ils n'ont que seize ans, c'est trop jeune pour passer le permis, rappela le professeur d'Étude des Moldus.
- On peut très bien transplaner sans avoir passé le... j'ai rien dit, soupira Sirius.

Cette réponse eut le mérite de plaire follement aux jumeaux, mais Percy étant un peu chatouilleux dès qu'il était question d'enfreindre une loi, tout le monde accepta de se déplacer par transplanage d'escorte. James s'accrocha fermement au bras de Fred, George tendit le sien à Remus, puis Percy invita Sirius et Peter à faire de même :

- J'ai déjà transplané avec deux passagers, n'ayez aucune crainte.
- Frimeur, pouffa Patmol en glissant hâtivement sa main dans celle du plus âgé de la bande.

Ils disparurent et se re-matérialisèrent dans la célèbre rue commerçante. Percy lâcha rapidement la main de Sirius qui, plutôt que de voir cette vive réaction comme un échec, se réjouit de constater l'éternel rougissement du professeur au niveau des lobes. James l'appela pour qu'ils aillent tous les deux chercher des boissons à l'intérieur, pendant que les autres déplaçaient tables et chaises afin qu'ils puissent s'installer tous les sept.

James s'accouda au bar et ébouriffa ses propres cheveux avec un clin d'œil destiné à une demoiselle assise un peu plus loin. Sirius ne releva pas, trop occupé à indiquer la commande exacte de tout le groupe. Alors que le tenant du café s'affairait derrière son comptoir, James se pencha vers son meilleur ami.

- J'voulais savoir... Ouistiti, tu le... 'fin... tu vois...

Par réflexe, Sirius jeta un coup d'œil à l'extérieur. Mr. Wistily était assis avec les autres mais comme il faisait face à la baie vitrée, leurs regards se croisèrent comme cela arrivait souvent. Et comme à chaque fois, Sirius le fixa ostensiblement, et l'aîné tourna la tête dans la direction opposée.

Sirius voyait très bien où James voulait en venir, mais ce n'était pas pour autant une mince affaire que de répondre à cette question. Pour commencer, il n'était pas excessivement à l'aise avec son orientation sexuelle, sentant confusément que les filles de son âge le laissait de marbre, mais sans avoir jamais éprouvé un réel intérêt pour un autre garçon. Sirius sentait pourtant que cette affaire avec Ailazur dépassait le stade du simple intérêt pour se diriger doucement vers l'obsession. Il éprouvait continuellement l'envie de passer du temps avec lui, un plaisir indubitable à lui arracher un gloussement ridicule mais ô combien craquant, le besoin de sentir son regard mi-affolé mi-envieux se balader sur sa peau, le désir de proximité, la soif de contact, mais par-dessus tout, l'espoir timide de constater la réciprocité de son obsession dans le regard bleu-gris si limpide et si froid du rouquin.

- Je ne sais pas, avoua finalement le Black. Pour l'instant, c'est rien qu'un jeu. J'aime bien faire rougir ses oreilles en « tenant des propos fort déplacés » et voir jusqu'où je peux aller avant qu'il m'envoie sur les roses. Il me fait rire.
- Il t'attire ? murmura Cornedrue, heureux d'enfin éclairer cette histoire.
- Il me fait rire, je t'ai dit ; t'es sourd ?
- Moi aussi, je te fais rire. C'est pas pour ça que tu me reluques l'arrière-train quand tu crois que je ne te vois pas.

Sirius s'esclaffa, incapable de résister au visage goguenard de son compère.

- Bientôt, ça sera de ma faute si Ailazur se penche outrageusement dès je suis dans le coin.
- Ça m'étonnerait qu'un type aussi coincé puisse songer à l'idée de pouvoir éventuellement allumer quelqu'un, et surtout pas un élève, répondit raisonnablement James. Je pense plutôt qu'il ramassait innocemment ses copies tombées.

Et Sirius de lever les yeux au ciel.

- Dis tout de suite que je suis un obsédé aux idées mal placées.
- Tu es un obsédé aux idées mal placées.
- Ailazur aime remuer ses fesses sous mon nez, voilà tout !

Ce fut au tour de James d'éclater de rire après avoir imaginé le digne professeur aguicher ainsi son élève, tandis qu'ils retournaient dehors avec un plateau chargé de tasses : deux cafés pour Fred et George, une tisane d'ortie pour Percy, un chocolat frappé pour Remus, un thé dégageant une forte odeur de cannelle pour Peter et du jus de citrouille glacé pour James et Sirius. Ce dernier prit place sur une chaise restée inoccupée à côté de Percy.

- Ah, on leur racontait justement comment tu es parti vivre chez Cornedrue, annonça Remus.
- Nous trinquerons doublement, intervint Fred en levant sa tasse. Au culot du plus sympathique de tous les Black !
- ... Et aux vingt-quatre ans de cette indécrottable tête d'ampoule, poursuivit George en l'imitant. Santé !

Ladite tête d'ampoule leva également sa propre tasse avec un sourire contrit. Ce rictus se teinta d'étonnement quand cinq paquets apparurent sur la table une fois que les jumeaux eurent agité leurs baguettes. Il entrouvrit les lèvres.

- Mais enfin... il ne fallait pas, bredouilla le professeur en dépit de son éloquence habituelle.
- Taratata. Vous allez vous taire et déballer tout ça.

Percy se contenta d'acquiescer aux indications de Sirius, lequel lui mit entre les mains un premier cadeau. L'étiquette indiquait qu'il venait des jumeaux farceurs et, plus précisément, de leur boutique. Ailazur étudia le paquet comme s'il allait lui exploser au visage.

- On te promet que c'est pas piégé ! dit George en riant avec le reste la tablée.

Un « Permets-moi d'en douter » et quelques froissements de papier cadeau plus tard, Percy découvrit un authentique appareil photo polaroid moldu, qu'il manipula cette fois avec beaucoup de respect.

- J'adore ces vieux modèles moldus... merci, souffla-t-il.
- Vieux ? C'est le genre de technologie dernier cri, fit James.

Percy s'empourpra sous l'œil mauvais de Sirius – il estimait être le seul à avoir le droit de faire rougir Ailazur – et tenta d'expliquer que le terme « vieux » s'appliquait au concept même de l'appareil photo, qui lui datait déjà du siècle dernier. Il donna ensuite un coup de pied en-dessous de la table à ses frères qui étouffaient à peine leur rire moqueur, puis les remercia aimablement.

- Ce n'est pas tout à fait un modèle moldu, informa George.
- Vois-tu, nous avons décidé de lancer une gamme de produits moldus... légèrement améliorés et magic-proof, afin de montrer notre intolérance vis-à-vis des pseudo-théories de supériorité du sang pur.

L'ancien préfet tiqua.

- C-Comment ça, « améliorés » ?

Fred lui prit gentiment l'appareil des mains et photographia son frère aîné. Une photo tomba sur la table, accueillie par les « ô » médusés des Maraudeurs. Le cliché était ordinaire quoique de qualité impeccable, à l'exception d'une légende sous le visage vaguement apeuré de Percy. Elle disait : « Mon Dieu, qu'ont-ils encore inventé ? ».

- Voilà, sourit Fred en lui tendant sa propre photographie. À chaque portrait que tu prends...
- … la photo sera légendée...
- … par la dernière pensée qui a traversé l'esprit de ta victime.
- Si tu photographies un groupe de personnes, ajouta George, la légende sera un simple titre comme « Tablée de gentils abrutis » ou « Les Maraudeurs ».
- Et par lequel de ces titres doit-on se sentir concernés ? demanda ingénument James.

Après vérification, il s'avéra que l'appareil photo les considéra en définitive comme une « Tablée de gentils abrutis ».

Percy reçut des présents plus ou moins utiles, plus ou moins personnels. À titre d'exemple, le canard en plastique que James lui offrit entrait dans la catégorie « inutile mais presque émouvant » (le Poursuiveur se rattrapa en riant avec une boîte d'encens rare, clin d'œil à leur initiation). Quant au livre de Remus sur les fabuleux secrets de l'Arithmancie, on peut estimer qu'il était intime dans la mesure où personne, à l'exception de Percy et certainement Hermione Granger, aurait trouvé cette lecture passionnante et indispensable. Peter avait opté pour un cadeau neutre mais qui plairait à coup sûr : un assortiment de confiseries tout droit sorti de chez Honeydukes.

Celui qui désarçonna le plus Percy fut sans conteste Sirius. En déballant une écharpe en tissu bleu-gris somme toute fort banale, il ne sut trop comment réagir. Était-ce une blague ? Tous ces sous-entendus, toutes ces œillades langoureuses, tout ça pour... un présent aussi impersonnel ? Une écharpe par cette chaleur estivale ? Sérieusement ?

Quand il comprit que Patmol était tout à fait sérieux – sans doute pour la première fois depuis leur rencontre – et attendait visiblement quelque réaction, Percy s'empressa de le remercier chaudement et lui promit de la porter dès qu'il ferait plus frais. Sirius parut ravi. George brisa le silence de plus en plus gênant qui s'était installé en leur proposant d'aller faire un tour.

Ainsi, ils flânèrent de boutique en boutique jusqu'à l'heure du repas, achetant diverses fournitures pour les Maraudeurs ou de la matière première pour la boutique des jumeaux. Ils mangèrent à nouveau en terrasse. Le repas s'éternisa et, même quand il fut terminé, ils continuèrent à parler tout en s'amusant avec l'appareil photo de Percy. Ce n'est que sur les coups de seize heures que Remus rappela que le Portoloin ne les attendrait pas.

- La mère de James nous a gentiment proposé de dormir à la maison, dit-il.
- De toute façon, on a rendez-vous chez Gringotts dans une heure, déclara George. On rentre, Freddie ?

L'intéressé acquiesça et termina son verre.

- Allez-y sans moi, lança Sirius à ses amis, je vous rejoins en moto.

Ils se saluèrent, souhaitèrent une dernière fois un joyeux anniversaire au doyen du groupe et partirent chacun de leur côté. Ne restèrent que Sirius et Percy.

- Voulez-vous que je vous accompagne jusqu'à l'endroit où votre motocyclette est garée ? demanda Percy d'un air résolument détaché.
- Avec plaisir, sourit Patmol. Je l'ai laissée près du Chaudron Baveur.

Le professeur et son élève s'y rendirent en marchant. Percy fit même l'effort de ne pas accélérer le pas, peu désireux de voir cette belle journée se terminer, tandis que Sirius traînait indécemment la patte. Ni l'un ni l'autre ne parla, accueillant sereinement le calme soudain qui se substituait à la bonne humeur du groupe. Pourtant, Sirius aurait eu plein de choses à dire et Percy tout autant. Ils n'en firent rien.

Pour la première fois, Ailazur apprécia pleinement se retrouver seul avec le Maraudeur. Il se rendit compte que depuis quelques mois, il renouait avec de bien vieux sentiments : les papillons dans le ventre quand on aperçoit un sourire, la peau qui brûle à l'endroit où l'autre l'a fortuitement effleurée [**], le cœur qui s'alourdit au moment de se dire au revoir... c'était idiot. Complètement diot et dangereux. Voire immoral car Sirius Black était son élève. Percy s'étonnait de son propre comportement tant il était insensé.

Mais qu'est-ce que c'était bon...

- S'il vous plaît ! Quelqu'un ! Je... aïe !

Percy fit volte-face à l'entente d'une voix familière, quoique certain de s'être trompé. Après tout, la détentrice de cette voix ne pouvait pas se trouver ici, dans cette rue, à cette époque.

La vue d'une jeune femme rousse enceinte jusqu'aux yeux détrompa néanmoins le Weasley.

- Maman ?


[*] Réflexe fort compréhensible lorsqu'on s'appelle Perceval Ignatius Weasley et qu'on a grandi avec Fred et George.

[**] Sirius est passé maître dans l'art de frôler « accidentellement » les doigts de Mr. Wistily en lui tendant une copie.


Voilà pour ce chapitre ^^ Le prochain, cette fois c'est promis, portera bien le titre "Arthur et Molly Weasley" ;)