Avertissement
Ce chapitre contient des scènes de violence que je qualifierais de substantielles. - Quand les mangemorts débarquent sur la Rue des soupirs, en toute logique …
Pour celles qui ne seraient pas amatrices d'horreur, il est possible de sauter complètement la scène du Palace qui est placée entre ces symboles : oOoOo. Bien sûr, on ne perdra rien de l'intrigue en sautant les scènes gratinées.
Suite à ces précautions, on comprendra que je me considère innocente de tous les inconforts, nausées ou traumatismes que pourraient engendrer ce chapitre.
Bonne lecture !
… Quoi que c'est sans doute un étrange souhait dans les circonstances ;)
- Bouge-toi !
Perle ouvrit les yeux dans le grand lit à baldaquin et elle s'étira comme un chat. Un colosse au visage de brute avec une grande cicatrice sur la joue se leva, sortit et claqua la porte avec l'air de s'être levé du mauvais pied. Pour sûr, si Beaugosse ne prenait pas sa baise du réveil, ça n'augurait rien de bon.
Une nouvelle nuit merdique commençait et il allait falloir l'affronter.
Comme chaque après-midi depuis deux mois, Perle se leva et se planta devant le grand miroir sur pied pour s'examiner. Elle repéra trois bleus qui avaient fleuris sur sa cuisse (coups de ceintures) et quatre sur son bras (des traces de doigts). Agréablement surprise, elle se dit que ça avait été la meilleure soirée depuis un bail et que pour sûr, Beaugosse allait se reprendre aujourd'hui. Elle ouvrit un pot d'onguent, se tartina généreusement et frotta jusqu'à ce que les bleus disparaissent.
Elle passa ensuite dans le cabinet attenant. Un elfe avait déjà rempli la vaste baignoire d'or et elle se plongea dans l'eau fraîche en appréciant ce qui serait sans doute le meilleur moment de la journée.
Parce que sur la Rue des soupirs, tout avait beaucoup changé.
Pour l'ensemble de la communauté magique, le monde version mangemort était advenu le premier août 97 avec le coup d'état et le meurtre du premier ministre mais ici, le cauchemar avait commencé un mois plus tôt.
En fait, pour être honnête, ça avait commencé bien avant ça. Dès la fin de l'été 96 on avait vu de plus en plus de cinglés débarquer. Il y avait d'avantage de violence, des filles disparaissaient parfois et on disait qu'il se passait de drôles de choses au SAM. On soupçonnait même que des mangemorts s'y étaient installés. Mais on ne venait pas sur la Rue des soupirs pour s'inquiéter. On y venait pour oublier ses problèmes. On y vivait en vase clos. Il était interdit de parler de guerre et on faisait tout pour que les clients passent un bon moment.
Mais tous les efforts pour ignorer ce qui se passait n'avait pas protégé la Rue pour autant. Le signal de départ avait retentit dès qu'Albus Dumbledore avait été tué. Et par son bon vieux client rien de moins l'homme sans nom qui dans les faits s'appelait Severus Rogue. Il l'avait mise en garde, sûrement parce qu'elle lui rappelait la fille qu'il aimait, et aujourd'hui elle regrettait amèrement de ne pas l'avoir écouté.
En fait dès qu'elle avait appris ce qu'il avait fait, elle avait compris qu'il était plus que temps de se barrer. Elle avait tenté de s'enfuir mais déjà, il était trop tard. Le SAM était sortit de son infâme trou pourri pour s'étendre comme une infection d'un bout à l'autre de la rue. Les Sadiques-Masochistes-et-leurs-Amis qui toutes ces années étaient restés sagement au bout de la rue avaient profité du support des mangemorts et avaient pris les lieux d'assaut.
Le ministère avait laissé faire en bonne partie parce que son représentant, Harvey Fricot, n'était qu'une chiffe molle vendue au SAM depuis longtemps et de toute façon qui se souciait de ce qui pouvait arriver sur la Rue des soupirs ? Tout le monde avait beaucoup trop de choses à craindre pour s'inquiéter du sort des prostituées.
Il avait suffit de garder ouvert un ou deux bordels de mascarade question que les bobos en rut puissent venir balancer la sauce peinard et tout le monde n'y avait vu que du feu. De toute façon, deux mois plus tard, il n'y avait plus de bordel pour les bobos. Le Centre de la Rue des soupirs appartenait au SAM et à leurs patrons mangemorts. Les autres devaient se contenter du Haut-pavé où les gars du SAM faisaient travailler les filles comme des bêtes de somme. Du moins, c'est ce qu'on disait.
Toutes ses amies du Haut-pavé … Est-ce qu'elles étaient seulement encore vivantes ? Elle n'en avait aucune idée.
Perle se savonna puis plia un linge qu'elle posa sur ses yeux en essayant de relaxer. Après tout, c'était le seul moment où elle pouvait se détendre. Une fois la porte de la chambre franchie, elle avait intérêt à être sur le qui-vive.
Mais évidemment, quand elle se comparait à ses collègues elle ne pouvait pas se plaindre.
Dès le premier jour, les cinglés du SAM avaient établi leur quartier général au Palace. Le lupanar le plus en vue de Grande Bretagne. Des cinquante-deux filles qui y travaillaient, trente-quatre étaient encore en vie le lendemain et deux mois plus tard, il n'en restait plus que trois dont elle-même. Sans blague, quand le SAM prenait les choses en main, il y avait un sacré roulement.
Perle s'interdit de penser à toutes les amies qui y étaient passées. Parfois elles s'étaient fait tuer devant elle. D'autre fois, elles étaient disparues et mieux valait éviter de demander ce qu'elles étaient devenues. Pour rester en selle, les filles avaient intérêt à être capable d'en prendre et de grandes pelletées. Celles qui ne supportaient pas la manière forte n'étaient plus là pour en parler.
Pour sa part, elle avait vite compris qu'elle avait intérêt à se placer. Quand les gros mâles cinglés débarquent, la meilleure option est toujours de se nicher à l'ombre du dominant de service en espérant qu'il y reste.
Quand Beaugosse était entré, elle avait tout de suite su que c'était le patron. Un simple regard au fond de ses yeux lui avait appris quel genre c'était. Il était le chef parce qu'il savait bien s'entourer. Aussitôt, elle s'était mise à donner des ordres à tout le monde. Comme la tenancière avait été tuée et qu'elle était là depuis presque un an, les filles paniquées lui avaient obéi sans discuter. Évidemment, il l'avait remarquée et le soir même, elle était la poule officielle du patron.
Une sacré bonne prise.
Malheureusement, c'était un pervers violent et coucher avec lui était sérieusement pénible. Néanmoins elle s'était endurcie et avait déployé tous ses talents avec succès. Depuis, l'essentiel de sa vie tournait autour du fait de ne jamais déplaire au maître incontesté des lieux. Elle était assez douée pour ça et s'en était donc plutôt bien sortit jusqu'ici.
En deux mois, elle avait vu et vécu assez d'atrocités pour dix vies entières mais elle était toujours là. Peut-être en partie parce qu'elle éprouvait une certaine satisfaction à survivre. Dans ce contexte, il fallait avouer que c'était un exploit hors du commun. Un peu comme de réussir à vivre parmi les géants alors que d'ordinaire ils se font un devoir d'écraser tous ceux qui passent à portée. Évidemment, chaque jour pouvait être le dernier mais dans ce monde où les sorcières de rue ne faisaient pas long feu, elle avait déjà survécu deux mois et avait presque l'impression d'être une immortelle.
Sauf que si elle voulait continuer sur cette lancée, elle avait intérêt à se bouger.
Elle sortit du bain, s'essuya et enfila une jolie culotte de satin rose. Elle colora ses cheveux de la même couleur, les sécha puis en les enroulant sur sa baguette, elle obtient de jolis boudins sexys. Elle enfila une longue robe de résille noire qui ne cachait rien et accompagna sa tenue de hautes bottes noires qui montaient à mi-cuisse. Des lèvres roses vif, des yeux bardés de khôl et un teint de porcelaine complétèrent le tout.
Elle jugea de son œuvre en tournant devant le miroir. Elle avait l'air d'un bonbon empoisonné. Une allure qui ne pourrait que plaire à ce salopard de Beaugosse qui d'ailleurs, n'était pas si beau que ça.
Elle grignota un toast apparut sur la table à café puis sortit de la chambre pour se rendre sur le ring. Le couloir était percé de portes, des chambres qui avaient servies à accueillir les clients mais qui étaient désormais occupées par le gratin du SAM. Elle enjamba le corps d'une fille qu'elle ne connaissait pas et ne voulait pas connaître. La veille elle s'était ramassée une raclée et visiblement, ne s'en était pas encore remise. Les cinglés du SAM aimaient bien laisser des décorations ensanglantées gisant sur le parquet et mieux valait ne pas y toucher.
Elle descendit l'escalier auquel était menottée une fille couverte de bleus qui pleurait en silence et bien sûr, Perle l'ignora complètement. Désormais, elle était du côté du SAM ce qui impliquait d'approuver ce genre de traitement ; ou du moins, d'en donner l'impression.
Elle passa dans le grand salon où tous les soirs se rassemblait la pire pourriture que le monde sorcier ait engendré. Des tables vernies entourées de délicieux fauteuils étaient dispersés dans la pièce lambrissée croulant sous les dorures. Au centre, un trône de bois et d'or était surélevé sur une petite estrade. Au temps du vieux Palace, on le sortait pour les filles vierges mais désormais, c'était le siège officiel de Beaugosse qui s'y assoyait avec une fierté ridicule.
Ils étaient une dizaine de détraqués nonchalamment assis sur les fauteuils et une vingtaine de filles se fendaient en quatre pour leur faire plaisir. Plusieurs dansaient sur les tables d'autres agenouillés ici et là faisaient leur possible pour détendre ces messieurs. Comme d'habitude la Pustule avait enchaîné une nouvelle qui à quatre patte devant lui, servait de banc de pied. Elles avaient toutes l'air plus ou moins effrayées sauf Candy et Iris
Candy , l'une des survivantes de l'ancien Palace, était habillée de lycra noir et brillant. Depuis le début, elle passait ses nuits à mettre la musique sur une gigantesque table tournante à cornet. Heureusement pour elle, elle était assez douée pour que personne ne songe à lui casser les dents et priver Beaugosse de sa musique.
Iris elle, était à sa place au milieu de ces dégénérés. Le Borgne avait découvert cette connasse sur le Haut-pavé et l'avait ramenée. S'il n'y avait qu'une seule fille que Perle aurait voulu voir en morceaux c'était bien elle mais malheureusement, elle avait beaucoup de succès. Elle était assise sur le fauteuil à côté de son protecteur et lançait des sorts à la fille qui dansait sur la table en riant. La pauvre était déjà couverte de brûlure et pleurait en se déhanchant devant le Borgne ravi du spectacle.
Perle soupira.
Elle aussi avait dû torturer des filles pour le plaisir de son Jules en feignant de s'amuser mais elle était certaine qu'Iris elle s'amusait réellement.
Quelle salope …
Mais en même temps on ne pouvait pas vraiment juger. Ici, toutes les filles devaient faire ce qu'il fallait pour survivre et Iris survivait sans aucun doute. De toute façon, elles avaient beaucoup de chance. Comme c'était ici que les mangemorts débarquaient quand ils avaient affaire au SAM, les détraqués se gardaient une petite gêne. Ce n'était pas tous les lieutenants du Seigneur des ténèbres qui appréciaient la perversité du SAM alors au Palace, les cinglés restaient quand même classe. Dans les autres bordels par contre …
Perle marcha jusqu'au trône où Beaugosse se décrottait le nez et s'assit sur l'accoudoir. C'était sa place et en tant que décoration officielle du chef, elle était intouchable. Du moins jusqu'à ce qu'on change de chef et quand ça arriverait, elle serait dans une sacrée merde … mais à quoi bon y penser maintenant ?
oOoOo
À côté d'elle se trouvait une grande cage de métal blanc tourné avec art. Avant, on y mettait une fille déguisée en oiseau pour amuser les clients mais maintenant, elle contenait des petites moldues terrifiées. Trois jeunes filles entre neuf et douze ans se serraient les unes contre les autres mais Perle ne les regarda même pas. Elle était habituée maintenant.
Le Gros, un sorcier pas si gros mais on disait qu'il avait maigri, était chargé de s'occuper de l'entrée. Il s'avança dans le salon et s'inclina devant le trône.
- Beaugosse, il y a un receleur qui a une fille pour toi, dit-il de sa voix rocailleuse.
- C'est bon, fais-le venir.
Ce défilé de fille fraîche était l'un des divertissements ordinaires des lieux. L'un des plus inoffensifs ; du moins pour les filles qui travaillaient déjà. Mais pour celles qui se faisaient vendre c'était une grande nuit ; celle où leur pire cauchemar allait devenir réalité.
Le Gros revint avec un sorcier sale et rabougris dont la face de rat machiavélique suintait la malhonnêteté. Il poussa la fille en larme devant lui et s'arrêta devant le trône en s'inclinant.
- Monsieur Beaugosse, c'est un plaisir. J'ai ici une jeune fille de grande qualité …
- Un peu vieille pour une jeune fille, dit Beaugosse hautain.
- Mais non, mais non, regardez.
Le rabougrichou donna un coup de baguette. Les pans de la robe noire de la fille se fendirent en deux et tombèrent au sol. La jeune femme poussa un cri de surprise et cacha sa nudité de ses mains tremblantes. Beaugosse fronça les sourcils comme s'il avait déjà vu cette fille quelque part.
Il se leva et descendit de son trône tandis que le receleur se confondait en sourires obséquieux. Il passa derrière elle et brusquement releva ses cheveux. La jeune femme poussa un sanglot effrayé. Il pointa sa baguette sur sa nuque.
- Monsieur, je vous jure que …, geignit le rabougrichou.
- Revelato
Sur la nuque, apparurent les traits pâles d'un tatouage qui se fonça rapidement en révélant une tête de mort.
Aussitôt, le rabougrichou s'enfuit sans demander son reste mais la place était bien gardée. Les habitués du SAM se levèrent tous en le pointant de leur baguette et comme il n'y avait nulle part où aller il se jeta à genoux et joignit les mains.
- C'est Matron qui me l'a vendu ! Je vous jure ! … Je ne savais pas ! C'est lui qui a caché le tatouage !
Sans accorder la moindre attention au receleur, Beaugosse se tourna vers la jeune femme.
- Qui est ton maître ?
- Crabble, souffla la jeune femme qui sembla reprendre espoir.
- Va le chercher, dit Beaugosse à l'Espion, un petit sorcier discret qui s'était rapproché.
Il remonta sur son trône pour attendre le mangemort et Perle lui caressa l'épaule.
- Rien ne t'échappe pas vrai ? dit-elle admirative.
Beaugosse ne se donna pas la peine de lui répondre mais il semblait satisfait.
Cinq minutes plus tard, Crabble entrait d'un pas pressé. Beaugosse se leva de son siège et désigna la jeune femme toujours nue au milieu de la place. Crabble lui jeta un regard noir. Visiblement, il n'appréciait pas que le chef reste juché sur son pied d'estale au lieu de descendre pour montrer son respect.
Crabble jeta un regard indifférent à l'esclave.
- Qui l'a emmenée ?
Le Gros lui désigna le rabougrichou qui n'eut le temps que de prendre une expression suppliante.
- Adava Kedavra !
Les jeunes filles prisonnières de la cage crièrent d'effroi tandis que le receleur s'effondrait sous les applaudissements et les cris enthousiastes des détraqués du SAM. Perle fit signe aux filles sur les tables de continuer à danser.
L'esclave se jeta aussitôt à genoux.
- Maître, ce n'est pas de ma faute … Je faisais les courses. Un autre sorcier … il m'a enlevé et il m'a vendue !
- Je t'avais dit que la prochaine fois que tu me faisais le moindre problème tu allais le regretter ! dit-il sévère.
On entendit des rires dans l'assemblée.
- Maître, je vous jure sur ma vie ! Ce n'ai pas de ma faute ! implora la pauvre esclave.
- Peu importe, j'en ai assez de toi.
- Nous pouvons vous l'acheter monsieur Crabble, dit Beaugosse toujours d'arrangement.
- Maître … non.
Crabble la regarda de haut.
- Elle ne vaut rien au lit, dit-il méprisant.
- Nous trouverons sûrement quelque chose qui lui conviendra, dit le Gros avec un sourire pervers.
- Je ne crois pas non. Pour elle, ça se termine ce soir, dit-il en levant sa manche.
Il appuya sa baguette sur la marque des ténèbres et regarda la jeune femme avec un rictus mauvais.
On entendit quelques applaudissements qui encouragèrent le mangemort à occire la jeune femme.
- Non maître … pitié ! souffla-t-elle même si elle savait bien que c'était inutile.
- Regina Avery, dit Crabble en la dévisageant d'un air mauvais.
L'esclave mit la main sur sa nuque en criant. Une rougeur s'étendit jusque sur sa gorge donnant l'impression que son cou était en train de cuire. Elle s'effondra par terre, incapable de respirer tandis que l'assistance encourageait son agonie en sifflant et en riant. Elle fut prise de spasme et tressauta sur le plancher en ouvrant une bouche énorme puis resta inerte, sans vie sur le sol.
Crabble admira son oeuvre puis monta les marches de l'estrade.
- Pousse-toi. Ça m'a donné envie, grogna-t-il à l'adresse de Beaugosse.
Le chef grimaça sauvagement, n'appréciant guère que quelqu'un d'autre ose s'amuser avec ses jouets. Mais les mangemorts avaient tous les droits et furieux, il dû se pousser de mauvaise grâce. Crabble lui sourit malveillant. Il ne lui avait pas montré assez de respect à son goût et c'était sa favorite qui allait payer l'amende.
Pas besoin d'être un génie pour capter que c'était sûrement son dernier jour sur terre et Perle plongea ses yeux dans ceux de Crabble. Elle comprit tout de suite que c'était un violent. Il aimait dominer. Faire souffrir. Et il voulait en voir le résultat. Elle su immédiatement quelle attitude convenait.
- Monsieur Crabble ?, dit-elle comme si ce qu'elle avait vu dans ses yeux lui avait fait peur.
Il s'excita aussitôt.
Discrètement, elle toucha sa baguette afin de se resserrer de plusieurs degrés. Un type comme ça voudrait sans aucun doute avoir l'impression de la défoncer. Elle se laissa pencher brutalement sur le trône et tandis qu'il s'activait elle gémit plaintivement comme s'il lui faisait mal. Après un moment, il glissa sa main dans sa poche et en sortit sa baguette. Soudain, Perle comprit qu'il allait sûrement lui lancer un sort affreux et son sang ne fit qu'un tour. Elle avait intérêt à réagir et vite.
Elle toucha sa baguette coincée dans sa jarretelle, se resserra d'avantage, poussa un cri de douleur comme s'il était trop gros pour elle et se mit à sangloter en faisant mine de vouloir lui échapper. Cette stratégie l'excita à merveille et il ne pu rien faire d'autre que de terminer aussitôt en la poignardant de coups de reins.
Incapable de lancer quelque sort que ce soit, il se retira sans douceur et la poussa brusquement. Elle alla s'écraser contre la cage des moldues qui hurlèrent puis tomba par terre en pleurant des larmes de crocodiles qui semblèrent ravir le cinglé.
Tandis que Perle pleurnichait en se foutant de sa gueule, le mangemort frustré s'en fut au bar boire à la santé de son esclave.
La sorcière de rue jeta un coup d'œil aux jeunes filles qui s'étaient tassées au fond de leur cage. Sous le choc de l'affreuse scène d'horreur, elles pleuraient de terreur.
Elle eut un pincement au cœur. Elle savait trop bien ce qui les attendait et elle savait encore d'avantage qu'elle ne pouvait absolument rien faire pour elles. Les cinglés du SAM avaient un goût prononcé pour les ingénues effrayées et se mettre en travers de leur chemin n'était pas la meilleure des idées.
Elle l'avait appris à ses dépens avec la première. Prise de pitié, elle s'était approchée discrètement de la petite d'à peine dix ans pour la rassurer et Beaugosse lui avait crié de « dégager son cul de là ». Rusée, elle avait répliqué qu'elle voulait juste lui donner quelques conseils afin qu'elle offre un meilleur service. Le chef l'avait regardé avec un sourire pervers qu'elle n'oublierait jamais.
- Justement, il est temps. La Pustule montre-lui un peu quel service elle donne.
Le sorcier s'était illuminé d'un horrible sourire. Il avait ouvert la cage, attrapé la fille par le bras et l'avait sortie sans ménagement pour la traîner dehors sans s'émouvoir de ses pleurs et de ses supplications.
- Suis-le, avait dit Beaugosse avec un signe de la main et un sourire enjôleur.
Et pour la première fois, Perle était sortie sur la nouvelle Rue des soupirs version mangemort. Le soleil couchant faisait reluire le kiosque à musique vide. Dessous, le carrousel tournait comme d'ordinaire sauf qu'il n'y avait plus de jolies scènes champêtres. On les avait remplacées par des cadavres de filles grotesques. L'une avait eu la tête arrachée et remplacée par celle d'un gobelin, une autre avait le derrière en l'air et on y avait enfoncé … Perle détourna les yeux avant de se trouver mal.
Elle suivit la Pustule qui poussait la fillette en pleurs devant lui. Elle ne voyait personne dans la rue qui semblait vide et désolée mais on entendait des hurlements et des cris provenant de l'intérieur des bâtiments. En passant près de la Sexsine, un superbe bordel où elle avait travaillé quatre mois, elle vit une fille nue qui prenait l'air. Ses seins énormes étaient transpercés par une grosse tige de fer qui les traversait de part en part et du sang gouttait des blessures fraîches.
- Hey, la Pustule ! Tu ne viens plus nous voir ? cria-t-elle en le reconnaissant.
- Ta gueule connasse ! grogna le sorcier en lui faisant un geste grossier de la main.
La fille lui envoya un baiser volant tandis que la porte s'ouvrait à la volée et qu'une main presque trop énorme pour être vraie la saisissait par la tige de fer pour la ramener brusquement à l'intérieur.
Perle accéléra le pas. Pour sûr, mieux valait ne pas trop s'éloigner de la Pustule. Ils approchèrent des frontières du Petit village et Perle remarqua de la fumée qui s'élevait par-dessus les toits. Ils passèrent le tournant et se trouvèrent aussitôt devant une vision d'apocalypse.
Sur la rue étaient alignés des piquets qui délimitaient la frontière. Sur chacun était plantée une tête. Perle reconnu Saphir qui avait été reine du village ainsi que des ducs et des duchesses. Mais il y avait aussi …. Vanessa. Sa tête avait été arrachée si violemment que des lambeaux de peau pendaient de son cou et un rictus affreux déformait ses jolis traits. Pour son plus grand malheur, elle avait été la reine de l'année. Perle ferma les yeux et chassa l'image de son esprit. Elle ne pouvait pas y penser. Pas tout de suite. Si elle se mettait à pleurer pour un travesti, on le lui ferait sérieusement regretter. Son esprit enferma l'image dans un coffre fermé à double tours et elle traversa la rangée d'atroces piquets en relevant la tête, mine de rien.
Le Petit village était dévasté. Toutes les façades avaient été détruites et des dizaines de cadavres jonchaient le pavé ensanglanté tandis que L'étalon enchanté brûlait en faisant reluire les mares de sang sous les morts. Un sorcier fumant sauta d'une fenêtre du premier et tenta de courir. Aussitôt, trois hommes sortirent de nulle part pour lui faire sa fête. Ils le firent tomber par terre, se jetèrent dessus et semblèrent le mordre tandis qu'il hurlait.
L'un des trois remarqua les visiteurs et un homme patibulaire, couvert de sang, s'approcha en étirant les lèvres sur ses crocs.
- Va me chercher Greyback, ordonna la Pustule.
La petite avait compris que mieux valait se faire oublier et elle pleurait silencieusement, figée par l'horreur. Quelques instants plus tard, le loup-garou le plus féroce du pays s'avançait vers eux en roulant des mécaniques.
- Beau travail Greyback. Tiens, voilà pour toi, dit la Pustule en poussant la fille vers lui.
Greyback saisit la petite par le cou en se délectant de ses cris suppliants.
- Et celle-là ? gronda-t-il en pointant Perle.
- Elle n'est pas pour toi, dit la Pustule en levant une baguette menaçante. Du moins pas encore, ajouta-t-il en fixant Perle d'un sourire méchant.
La jeune femme le regarda attentivement et compris que c'était un test. La manière dont elle allait réagir déciderait si elle allait vivre ou mourir.
Greyback se jeta sur la gamine qui hurla d'une voix suraiguë. Guère impressionnée, Perle croisa les bras d'un air ennuyée tandis que le loup-garou s'en donnait à cœur-joie et que la Pustule encourageait ses outrages avec des rires gras. Lorsque quinze minutes plus tard Greyback en eut fini avec la petite, il ne restait plus qu'une bouillie immonde sur le sol et Perle qui tapait du pied, fatiguée du spectacle.
- C'est bon, on s'en va, dit La Pustule en lui jetant un regard presqu'amical.
Perle avait enfin pu souffler. Rester de marbre devant cette répugnante atrocité avait failli la rendre folle. Mais elle avait réussi. Elle allait sans doute en faire des cauchemars toute sa vie mais elle n'allait pas finir en pâté pour chien … Pas ce soir du moins.
À partir de là, Perle avait compris.
Ces gamines étaient des biscuits pour loup-garou. Quand l'un d'entre eux avait mérité une récompense, on lui lançait une fillette en guise de friandise. En attendant, on les gardait au beau milieu de l'action simplement pour le plaisir de profiter de leur terreur.
Un divertissement particulièrement raffiné selon ces pervers détraqués.
Perle, toujours effondrée près de la cage attendit que Crabble soit occupé à boire pour s'éclipser afin de réparer les dégâts. Lorsqu'elle revint, le mangemort était partit et Beaugosse avait retrouvé son trône. Elle s'assit près de lui et sut immédiatement qu'il était furieux contre elle. Évidemment, elle s'était fait bourrer par quelqu'un d'autre alors elle allait lui payer ça. Elle comprit que les festivités étaient loin d'être finies en ce qui la concernait et qu'elle aurait beaucoup de chances si elle n'avait que des fractures à la fin de la soirée.
Mais c'était le prix à payer pour rester en vie et elle ne rechignait pas à régler sa facture car sur la Rue des soupirs version mangemort, il n'y avait plus que la résignation ou la mort.
oOoOo
La porte du Palace s'ouvrit à la volée et tout le monde tourna la tête pour voir de qui il s'agissait.
Un homme et une femme entrèrent en coup de vent. Perle ne connaissait pas le sorcier mais la femme oui. C'était la tenancière de la Lanterne magique. L'homme s'arrêta au milieu du salon.
- Emmène-moi toutes les filles ici, gronda l'homme.
La tenancière poussa un hoquet d'horreur en voyant le cadavre de l'esclave qu'on avait laissé par terre. Elle tourna rapidement les yeux pour regarder le trône et leva aussitôt le doigt.
- C'est elle ! Je la reconnais ! cria-t-elle presque en désignant Perle assise sur l'accoudoir.
Un frisson désagréable courut le long de la colonne vertébrale de la jeune femme. Putain de merde … Pour une sale soirée, celle-là battait tous les records.
- Viens ici, lui ordonna le sorcier.
Perle regarda Beaugosse qui hocha la tête. Elle se leva et descendit.
- Tu es sûre que c'est elle ? demanda le sorcier.
- Oui. Certaine, confirma la tenancière tremblante en dévisageant la prostituée.
- Si tu te trompes, tu sais ce qui t'attend, menaça t'il.
- C'est elle monsieur. J'en suis sûre. Elle a un grain de beauté sur le cou. Là.
Le sorcier se tourna vers Perle qui n'en menait pas large et l'exmina.
- Severus Rogue, annonça-t-il.
Perle se figea alors que son sang se glaçait dans ses veines.
- Severus Rogue. Tu le connais ? demanda le sorcier impatient.
- Heu … Oui.
Ça y est, on y était. Comme il le lui avait dit, ils l'avaient retrouvée et ils allaient la tuer. Perle se sentit tomber dans un trou noir terrifiant. En la voyant aussi effrayée, le sorcier eut un sourire victorieux.
- C'est un de tes clients ?
- Oui mais heu … ça fait longtemps. Deux ans au moins.
Le sorcier fit tourner sa baguette et lança un patronus en forme de faucon qui disparut aussitôt par la fenêtre.
- Qu'est-ce qui se passe ?! jappa Beaugosse excédé.
- Attend et tu verras, dit le sorcier hautain. Toi ! Arrêtes cette musique !
Candy donna un coup de baguette sur la machine et dans le silence, on entendit plus que les reniflements des petites moldues et des chuchotements épars.
- Et ramassez-moi ce déchet ! cria le sorcier en regardant le cadavre. Qu'est-ce qu'on vous a déjà dit pour ça !
Aussitôt, le Gros et L'espion transportèrent la pauvre fille ailleurs. Ils eurent à peine le temps de la faire disparaître car cinq minutes plus tard, les portes s'ouvraient en grandes pompes pour laisser passer Bellatrix Lestrange.
Beaugosse s'empressa de se lever et de descendre de son estrade. Tout le monde s'inclina sur son passage et certains ne prenant aucun risque, s'agenouillèrent respectueusement devant la plus terrible des mangemorts.
Perle avala sa salive. Bordel de merde, pour sûr elle était mal barrée.
- Madame Lestrange, voici la fille que vous m'avez demandé de retrouver, dit le sorcier à son approche.
Bellatrix lui jeta un regard lourd de menace. Il avait intérêt à ne pas l'avoir fait se déplacer pour rien.
La sorcière pointa Perle de sa baguette et la fixa. Tandis que personne n'osait émettre le moindre son, Perle trembla sous le regard inquisiteur. Après ce qui sembla une éternité, Bellatrix la libéra brusquement et Perle recula paniquée. Elle avait tout vu, elle savait tout.
Elle renversa une chaise qui roula derrière elle puis accrocha la table qui se renversa avec toutes les coupes et les verres d'alcool qui y étaient posés. Ils s'écrasèrent par terre arrosant les clients, les tables et les chaises alentours. Normalement, une gaffe pareille aurait reçue une ovation puis se serait méritée une raclée publique mais cette fois, un silence de mort accueillit l'exploit.
Perle glissa pas terre et tenta de s'éloigner de la sorcière en pédalant dans l'alcool et le verre brisé.
Bellatrix s'approcha en la dévorant des yeux.
- Vous allez me tuer ? demanda Perle se préparant au pire.
Bellatrix haussa un sourcil moqueur.
- Évidemment.
Puis elle lui sourit d'un sourire dément.
- Mais pas tout de suite.
Brusquement, elle attrapa ses cheveux roses d'une poigne de fer et elles disparurent avec un craquement sec.
Beaugosse serra les dents excédé. Il pointa sa baguette sur la tenancière dont la tête décolla aussitôt des épaules pour s'écraser par terre avec les autres débris.
- Toi ! Dégage ! cria-t-il au sorcier qui l'accompagnait.
Il ne se le fit pas dire deux fois et s'en fut sans demander son reste.
- Toi ! Monte !
Iris se leva et grimpa la petite estrade. Beaugosse furieux se rassit sur son trône tandis qu'Iris prenait la place de Perle sur l'accoudoir. Ce soir là, elle termina la soirée avec un bras cassé et trois dents en moins mais elle n'en pris pas ombrage car son règne commençait et elle entendait bien en profiter. En fait, c'était sans conteste le plus beau jour de sa vie.
Une vie qui fut évidemment courte mais qui fut aussi des plus intenses et satisfaisantes ; du moins, de l'avis de la principale intéressée.
