Tous les personnages appartiennent à Stephenie Meyer, sauf ceux qui sont sortis de mon imagination.
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Hello !
J'espère que vous allez toutes et tous bien.
Merci beaucoup pour toutes vos reviews, merci énormément, je suis très heureuse que mon histoire vous plaise toujours autant ! Merci !
Pour les reviews anonymes :
Caro06 : Merci beaucoup pour ta review ! J'espère que la suite te plaira tout autant. A bientôt !
Concernant la prochaine publication de Milord, je ne publierai pas le week-end prochain, en effet, mes grands-parents fêtent leurs 60 ans de mariage, près d'une centaine d'invités, pas de traiteur donc on a deux jours pour faire à manger, décorer la salle etc… Donc, je serais sûrement sur les rotules, la suite sera publiée au plus tard le 12 juin. Profitez bien des week-ends à rallonge !
Bonne semaine à tous !
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Bonne lecture !
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Chapitre 10 : Jalousie
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Carlisle relut une dernière fois le courrier qu'il adressait à Sa Majesté la Reine Victoria. En effet, il venait de recevoir une lettre d'Aro et ce dernier se disait apaisé par les propos de la Souveraine qui honorerait le pacte, leurs deux espèces pourraient donc coexister sans se mener une guerre que les humains seraient sûrs de perdre. Il souffla légèrement sur sa missive, attendant patiemment que l'encre sèche. Un léger bruit lui fit relever la tête, il oublia momentanément sa lettre pour observer le jeune homme qui était assis dans un fauteuil près de sa bibliothèque. Son air appliqué et concentré le fit sourire, Edward étudiait et faisait avec sérieux les exercices qu'il lui avait demandé. Carlisle cacheta sa missive et apposa son sceau dans la cire rouge pour cacheter cette dernière. Son travail terminé, il se leva et s'approcha de son élève qui ne daigna pas lui jeter un simple coup d'œil quand il caressa ses cheveux.
« -Edward ? L'interpella-t-il amusé.
-Oui ? Je… Je n'ai pas fini, Milord, lui répondit le jeune homme légèrement paniqué.
-Edward, il est normal que tu n'ais pas terminé, je t'ai donné ces exercices il y a moins de vingt minutes, cependant, tu as bien avancé, constata le médecin en observant sa feuille. Viens.
-Mais…
-Allez, abandonne tes livres pendant quelques secondes, je te promets que je te laisse tranquille ensuite.
Edward reposa son livre, son papier et le crayon à papier sur la table basse avant de lui obéir. Carlisle prit sa main et l'attira à lui, les mains de son amour se posèrent sur son torse et ils échangèrent un regard avant que leurs lèvres ne se rejoignent. Ils s'embrassèrent avec douceur, leurs langues se caressaient alors qu'il poussait lentement le jeune homme vers son bureau. Il rompit leur étreinte quand les jambes de son ange butèrent contre son fauteuil. D'un geste souple, il poussa Edward qui tomba assis dans le siège. Le jeune homme voulut se relever, mais il l'en empêcha.
-Tu seras bien mieux là pour travailler que dans ce fauteuil, tu vas finir par te casser le dos.
-Mais…
-Pas de protestation jeune homme, j'ai terminé et je veux que tu finisses de travailler ici, d'accord ?
-D'accord, accepta Edward.
Carlisle embrassa tendrement les lèvres de son jeune amant avant de se relever, il récupéra les affaires d'Edward et les lui donna, puis, il prit sa lettre et quitta le bureau.
-Jonathan ! Interpela-t-il le jeune homme qui passait dans le hall.
-Vôtre Grâce.
-Un coursier royal ne devrait pas tarder à arriver, remettez-lui cette missive.
-Bien, Milord.
-Les dernières commandes sont-elles arrivées ?
-Oui, nous venons de les recevoir et Monsieur le Marquis ainsi que Monsieur Robert sont en train de les déballer.
-Parfait, assura Carlisle en souriant. Je compte sur votre discrétion.
-Bien entendu, Milord, assura Jonathan.
-Je monte donc les rejoindre.
-Je vais m'assurer que Monsieur Edward reste au rez-de-chaussée, lui promit Alfred qui s'approchait avec une tasse de thé et une assiette de biscuits.
-Moly le gâte trop, soupira Carlisle en voyant les biscuits. »
Sur ces mots, il piqua un biscuit avant de grimper tranquillement à l'étage. Carlisle était heureux, il n'avait jamais était aussi heureux et il le devait à Edward, le jeune homme illuminait littéralement sa vie. Cependant, son ange éprouvait encore certaines réserves vis-à-vis de lui, le temps l'aiderait à les surmonter, mais en attendant, il terminait ce que Robert avait commencé : il voulait qu'Edward se sente chez lui à Gloucester. En compagnie de son amour, ils s'étaient rendus à la ville la plus proche pour acheter des tissus, de nouveaux meubles pendant que Jasper et Robert s'occupaient de la partie la plus secrète de son plan. Le rez-de-chaussée avait entièrement été redécoré en quelques jours, sauf son bureau qu'Edward refusa farouchement de ré-agencer. Arrivé au dernier étage du château, il entra et ne put retenir un soupir agacé quand il surprit ses amis dans les bras l'un de l'autre en train de s'embrasser avec fougue.
« -Hum ! Hum ! Je vous rappelle que vos appartements se trouvent à l'étage inférieur.
-On dirait que Monsieur le Duc est le seul à vouloir profiter de cette chambre, ricana Jasper.
-Tu permets tout de même que le propriétaire des lieux en ait la primeur ? Répliqua Carlisle acerbe.
-Ça suffit, vous deux, soupira Robert, allez, accrochez-moi ces rideaux et les tableaux maintenant que la peinture est sèche.
Jasper et lui échangèrent un regard avant d'obéir à Robert qui venait de s'installer dans un canapé d'un blanc immaculé. Tout en arrangeant les rideaux, son regard balaya les immenses pièces qui étaient baignées par la lumière du jour grâces aux grandes fenêtres qu'il avait spécialement fait construire pour les ouvertures qu'ils avaient élargi avec Jasper durant une nuit. Les peintures claires associées aux meubles étincelants et épurés conféraient un air de Paradis aux appartements qu'il dédiait à son ange. Il sortit de ses pensées quand Jasper réclama son aide pour porter un immense bassin dans la salle d'eau. Ils l'installèrent près d'une baie vitrée qui donnait sur l'étang, Carlisle s'imaginait parfaitement prendre un bain le soir, son amour blottit dans ses bras.
-Je ne veux même pas m'imaginer ce à quoi tu penses, railla Jasper, pourrais-tu contrôler tes ardeurs ?
-Et toi, les tiennes ! J'apprécierais de ne pas sans cesse vous surprendre dans des positions plus ou moins explicite, contre-attaqua Carlisle.
-Jaloux, le taquina son ami.
Carlisle ne répondit pas, il est vrai qu'il enviait la complicité, les gestes, l'intimité que partageaient ses amis. Jasper qui bien entendu senti son changement d'humeur s'apprêta à le réconforter, mais il le fit taire d'un petit sourire avant de regagner la première pièce qui était en réalité un salon, cependant, ce dernier disparaissait sous les malles et les caisses contenant ses commandes. Robert était en train d'ouvrir une de ces dernières, il se précipita à ses côtés quand il entendit un petit cri de douleur.
-Attends, laisse-moi t'aider.
-Merci, souffla Robert en massant son épaule.
-Tu as toujours mal ?
-Ça va, murmura son ami.
Carlisle l'observa quelques secondes avant de l'obliger à s'asseoir sur le divan. Puis, ignorant ses protestations, il déboutonna sa chemise et enleva le bandage. Ses doigts palpèrent l'épaule du jeune homme et du coin de l'œil, il aperçut Jasper qui les observait depuis l'arcade menant à la chambre.
-Aïe, laissa échapper Robert quand il palpa la partie basse de son épaule.
Le médecin fronça les sourcils, il examina avec plus d'attention le jeune homme, ses doigts suivant le mouvement de chaque muscle, de chaque os lorsqu'il faisait bouger l'articulation.
-Tu as besoin de repos, conseilla-t-il en refaisant le bandage. Pourquoi n'irais-tu pas t'allonger dans le bureau, tu tiendrais compagnie à Edward et tu pourrais te reposer sur le canapé ?
-Je ne peux pas vous laisser finir la décoration seuls, vous allez faire n'importe quoi, protesta Robert.
-Ecoute, tu nous as suffisamment répété mille et une fois les choses pour qu'on ne fasse pas d'erreurs. Par ailleurs, je te promets que si nous avons un doute, je viendrais immédiatement te chercher, promit Jasper.
Robert voulut protester, mais ils ne le laissèrent pas faire. Carlisle le poussa vers la sortie avec la ferme attention de l'accompagner jusqu'à son bureau, mais le jeune homme décréta qu'il était encore capable de marcher seul. Le médecin revint dans les nouveaux appartements où il trouva un Marquis pensif et inquiet.
-Que se passe-t-il ? Lui demanda Jasper d'une voix tendue.
-Laisse-lui le temps de guérir.
-Mais cela fait une dizaine de jours et j'ai l'impression qu'il n'y a pas d'amélioration, remarqua son ami.
-C'est un délai tout à fait raisonnable, je ne suis pas inquiet.
-Mais…
-Jasper, je sais ce que tu es en train de penser, mais ne compare pas Edward et Robert, la guérison d'Edward était exceptionnellement rapide.
-Donc, Robert va bien.
-Oui, cependant, je te conseillerais de prendre soin de lui. E… Evite les étreintes un peu trop fougueuses. »
Jasper lui lança un petit sourire amusé, mais il eut étonnement le bon goût de ne pas relever sa gêne. Son meilleur ami lui fit signe de le rejoindre et ils allèrent installer l'immense lit à baldaquin dans la chambre. Ils venaient de terminer quand Jonathan vint les rejoindre, leur apprenant que la pièce principale de sa surprise venait d'arriver. Carlisle et Jasper suivirent le serviteur, non sans avoir fait un détour par le bureau pour demander discrètement à Robert d'empêcher Edward de quitter ce dernier. Cependant, ils eurent la surprise de trouver ce dernier vide. Peut-être Robert avait-il devancé sa demande ? Ils ne prirent pas le temps de s'interroger d'avantage et se dépêchèrent de rejoindre l'arrière-cour où des hommes étaient en train de décharger son présent le plus précieux.
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Edward fronça les sourcils lorsque la mine de son crayon à papier se brisa, le jeune homme soupira et fouilla du regard le bureau du Duc, mais il ne trouva pas de taille crayons. Il mordilla sa lèvre inférieure, n'osant pas ouvrir les tiroirs du bureau pour en chercher un. Il posa le crayon devenu inutile tout en se demandant si Lord Cullen lui en voudrait s'il utilisait sa plume et son encrier. Il décida que ce dernier ne lui en tiendrait pas rigueur, il prit donc la plume et la trempa dans l'encre, puis, il reprit son travail. Alors qu'il débutait un nouvel exercice, sa main se tendit machinalement vers le tas de feuilles vierges pour en saisir une et pouvoir continuer. Le jeune homme ferma les yeux quand il entendit ces dernières chuter. Un soupir agacé lui échappa, il abandonna son travail pour se pencher et ramasser les feuilles. Ses sourcils se froncèrent quand il remarqua un livre qui était tombé en même temps que le papier. Il s'en saisit et fut intrigué par le titre de ce dernier. Edward se releva et se réinstalla dans le fauteuil. D'un geste distrait, il posa les feuilles sur le bureau et ouvrit le livre. Ses joues s'empourprèrent alors qu'il parcourait le premier chapitre. Il déglutit péniblement. Il aurait dû poser le livre, cesser de le parcourir, mais il ne put s'empêcher de continuer alors que ses joues s'empourpraient doucement alors qu'il imaginait le Duc et lui… Le jeune homme sursauta quand la porte du bureau s'ouvrit, il leva les yeux et vit Robert entrer. Tel un enfant pris en faute, il s'empressa de ranger le livre faisant tomber par la même occasion les feuilles dans son empressement pour le dissimuler. Il se hâta de quitter son siège pour les ramasser une nouvelle fois tout en prenant soin de laisser le livre dissimulé sous les feuilles. Edward se redressa et s'installa dans le fauteuil tout en adressant un petit sourire à Robert qui le fixait avec interrogation.
« -Tout va bien, Edward ?
-Oui, s'empressa-t-il de répondre.
Robert l'observa avec attention tout en s'approchant du bureau. Edward ne put s'empêcher de gigoter dans son fauteuil, mal à l'aise, ses yeux ne pouvant éviter de traîner vers la pile de feuilles. Son ami s'approcha du bureau et Edward se tendit quand il le vit poser sa main sur la pile de feuilles.
-Alors, tu avances bien ? Ce n'est pas trop difficile ? Questionna Robert en désignant le livre de biologie sur lequel il travaillait.
-Non, Lord Cullen m'a bien expliqué avant de me donner mon travail.
-Je ne doute pas que Carlisle soit un bon professeur.
Edward rougit violemment, les images de son cours d'anatomie venant se dessiner dans son esprit, la chaleur envahit à nouveau son être et il inspira doucement pour tenter d'apaiser le trouble qui s'était emparé de lui.
-Y'aurait-il quelque chose que j'ignore sur ce cher professeur Cullen ? Questionna Robert avec un sourire taquin.
-Non, non.
-Je suis vexé que tu ne veuilles point me répondre, je pensais que nous étions amis ? Insista Robert en lui offrant une moue attendrissante. Edward ?
-Je… J'ai du travail.
A peine avait-il murmuré ces mots, qu'il s'empressa de replonger dans son livre, espérant qu'ainsi le sujet serait clos. Il essayait de se concentrer et d'ignorer la présence de Robert qui n'avait toujours pas bougé. Ses yeux se fermèrent quand il entendit un froissement de papier. Il tourna rapidement la tête et vit que Robert avait trouvé le livre qu'il lisait lors de son entrée.
-Intéressant, murmura Robert en lisant le titre, pour ma part, je l'ai trouvé un peu trop romancé.
Edward se retint de demander où était la romance dans cet enchevêtrement de corps et de passion, il se contenta de baisser la tête.
-Allez, ne fais pas cette tête, il n'y a aucun mal à lire ce genre de roman. Je suis simplement étonné que Carlisle te l'ait donné.
-A vrai dire….
Le jeune homme ne savait pas comment avouer que le Duc ne lui avait pas donné ce livre, qu'il l'avait simplement trouvé sur le bureau de ce dernier et que sa curiosité l'avait poussé à le feuilleter.
-Allons faire un tour, proposa Robert.
-Je n'ai pas terminé les exercices que Milord m'a demandé de faire, je ne voudrais pas…
-Je suis sûr que Carlisle sera d'accord avec le fait que tu fasses une petite pause, allez, viens.
Sans lui laisser le loisir de protester d'avantage, Robert lui fit signe de se lever, son ami passa un bras autour de ses épaules et l'entraîna à l'extérieur. Ils marchèrent, côte à côte, s'éloignant lentement, mais sûrement du château. Arrivés au bord de la rivière, là où ils s'étaient baignés il y a plusieurs semaines, Robert s'assit dans l'herbe, son dos reposant contre le tronc d'un arbre. Son ami l'observait avec une telle insistance qu'il ne put soutenir son regard, il tourna la tête et se mit à fixer l'eau qui coulait non loin d'eux.
-Edward, considères-tu que nous sommes amis ? Demanda soudain Robert.
-Oui, bien sûr ! S'écria-t-il avec fougue, blessé que son ami en doute.
-Alors, étant donné que nous sommes amis, tu dois savoir que tu peux aborder tous les sujets avec moi. Si tu as des questions, des craintes, je t'écouterais avec plaisir, j'essaierais de te répondre, de te rassurer. Aucun sujet ne peut être prohibé entre deux amis.
-Je… Je sais, murmura Edward qui comprenait parfaitement quel sujet son ami voulait aborder, je ne suis point à l'aise…
-Je le comprends, l'interrompit Robert, approche, assieds-toi.
Edward inspira discrètement avant d'obéir. Il s'assit près de son ami qui lui adressa un petit sourire rassurant. Comme l'avait deviné Robert, pas mal de questions se bousculaient dans son esprit. Même s'il avait grandi dans une maison close, il devait avouer que sa mère et les habitants du Manoir avaient fait en sorte qu'il conserve son innocence. Alors, comment aborder le sujet avec un inconnu ? Même s'il était son ami, il ne connaissait Robert que depuis quelques semaines. Ses joues s'empourprèrent et ses mains devinrent moites, il ouvrit plusieurs fois la bouche, mais aucun son n'en sortit, jamais il n'oserait s'entretenir de cela avec lui.
-J'avais ton âge quand j'ai rencontré Jasper, confia Robert. Je vivais à Paris avec mes parents, la famille de ma mère possédant des terres non loin de la capitale française. Nous partagions notre temps entre les deux pays. Je n'avais pas encore rencontré Jasper, mais depuis quelques temps j'avais l'impression que l'on me suivait. C'était un samedi, il faisait beau et je m'apprêtais à me rendre avec ma sœur et ma mère chez l'une de ses amies, la Comtesse de Merville, mes parents rêvaient que j'épouse leur fille. Alors que nous allions nous mettre en route et que je répétais le discours que l'on m'avait fait répéter…
-Un discours ? Releva Edward en voyant le sourire de son ami.
-Oui, mère souhaitait que je demande à Mademoiselle de Merville d'être ma cavalière au prochain bal, demande que je lui aurais faite lors d'une balade avec notre chaperon.
-Cette demoiselle de Merville vous était donc promise ?
-Oui, mais je n'étais guère épris d'elle, elle n'était pas vraiment plaisante, enfin… Disons qu'elle n'avait rien pour me plaire, mais j'étais prêt à me plier aux désirs de mes parents, je ne connaissais rien de l'amour. Nous allions donc partir quand notre majordome vint nous annoncer que le Duc de Gloucester et le Marquis de Dorset sollicitaient une entrevue. Tu imagines bien, vue le prestige de ces messieurs, que notre visite chez les Merville fut annulée et que l'on s'empressa d'aller quérir mon père. Ils ne sont restés que peu de temps, il faut dire que mes parents faisaient leur possible pour vanter les mérites de Guillemette. Sais-tu que j'ai cru que Jasper était sot ? Avoua-t-il en riant. Il ne cessait de me regarder et répondait aux questions qu'on lui posait de manière incohérente. Bref, leurs visites devinrent de plus en plus régulières et habilement, Carlisle se débrouillait pour que nous restions seuls, Jasper et moi. Au début, je n'ai pas compris ses tentatives de séduction, il faut dire qu'il était un peu maladroit dans son approche… Bref, je ne sais plus comment, mais je me suis retrouvé dans un navire en partance pour Londres en compagnie du Duc et du Marquis. Malgré la gentillesse de Carlisle, j'étais impressionné par ses titres, sa prestance, quant à Jasper, il passait son temps à me fixer ou à me fuir. J'avais l'impression d'être un morceau de viande, je comprends mieux maintenant avec le recul.
Edward se perdit un instant dans ses propres souvenirs, l'histoire de Robert ressemblait étrangement à la sienne, sauf que la leur s'était bien terminée.
-Je vivais sous la protection de Carlisle dans son hôtel particulier de St James. Mes sentiments pour le Marquis étaient confus, il ne me laissait pas indifférent, mais c'était la première fois que je ressentais cela et je ne savais comment nommer mon inclination. Un jour où je lisais, Jasper m'a rejoint, magnifique dans son costume, un bouquet de fleur à la main. Sans un mot, il s'est approché et m'a tendu le bouquet de roses. J'étais confus. La seconde suivante, il s'est emparé de mes lèvres. Au moment où j'allais me laisser aller, Carlisle est arrivé et l'a chassé. Je n'ai pas compris, j'étais malheureux. Je me suis enfermé dans ma chambre. Carlisle est venu me parler. Il m'a expliqué que c'était mieux ainsi, Jasper avait besoin de temps pour contrôler ses sentiments sinon il allait me blesser. Je n'ai pas besoin de te préciser que j'étais toujours aussi perdu. Carlisle m'a ensuite aidé à comprendre ce que je ressentais. J'étais paniqué, comment pouvais-je être attiré par un homme ? Carlisle m'a rassuré. Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans lui… Le lendemain, je revoyais Jasper. Le Marquis m'a déclaré son amour alors que le Duc se tenait non loin et à l'affût de nos propos, j'étais terriblement gêné qu'il soit là. Jasper m'a demandé de réfléchir, il m'a aussi dit que nous pouvions faire un essai, voir si notre histoire marchait. Nous garderions notre relation secrète, Jasper souhaitait cela pour que mon nom ne soit pas sali et que je puisse retourner à ma vie d'avant si jamais je ne souhaitais pas poursuivre, mais il était trop tard, je lui appartenais déjà… Les jours, les semaines ont passé, voyant qu'il se contrôlait, Carlisle nous a laissé vivre notre histoire. Je logeais toujours à son hôtel de St James, Carlisle m'avait proposé d'y rester autant que je le souhaitais, demandant à ses gens de veiller sur moi.
Edward sourit quand il vit son ami se perdre dans ses souvenirs. Ce dernier le regarda quelques secondes avant d'ébouriffer ses cheveux et de reprendre son histoire.
-Nous avons partagé plusieurs moments ensemble, des promenades à cheval, des déjeuners, des dîners. Au début, nous allions au parc, dans des restaurants, à l'opéra, peu à peu, nos rendez-vous devenaient plus intimes. Nous nous rapprochions. Un soir, Jasper était venu dîner à St James. J'avais reçu le jour même un courrier de mes parents, ils souhaitaient mon retour pour organiser au plus tôt mes fiançailles avec Mademoiselle de Merville. Ma décision était prise. A la fin du repas, je lui avoué que je l'aimais aussi et que je ne comptais pas vivre sans lui. Il m'a embrassé avant de me fuir. Son geste m'a blessé. Je suis allé me coucher, pleurant toutes les larmes de mon corps, prévoyant mon départ pour la France dès le lendemain… Je me suis réveillé en sursaut dans la nuit, ce n'était pas la première fois que cela m'arrivait, j'avais la désagréable sensation d'être épié. Cependant, cette nuit, je compris, j'ignore comment, mais je savais que c'était lui… Je lui ai demandé de s'approcher, mais Jasper a refusé. Mes larmes ont réapparu avant qu'une étrange quiétude ne m'étreigne. Quand il m'a senti apaisé, Jasper m'a raconté toute la vérité sur lui, sur Carlisle… Il m'a dit qu'il comprendrait que je ne veuille pas d'un monstre tel que lui. J'ai quitté le lit pour m'approcher de Jasper qui s'est aussitôt raidi. Je ne lui ai pas laissé le temps de me fuir, je l'ai embrassé. Cette nuit-là fut la première que nous avons passé ensemble. J'étais effrayé. Il a fait son possible pour me rassurer, mais c'était ma première fois et malgré toutes ses attentions, j'ai eu mal…
Edward ferma les yeux. Il se rappelait la douleur qui avait terrassé tout son être quand le Duc…
-Ca va aller, murmura Robert en passant son bras valide autour de ses épaules. Le temps estompera ces mauvais souvenirs et quand tu te sentiras prêt à t'abandonner dans ses bras, ils deviendront quasi-inexistants.
-Je… J'ai eu tellement mal, confessa pour la première fois Edward, j'avais l'impression que mon corps se déchirait, murmura-t-il en larmes, j'entendais… J'entendais mes os se briser…
-C'est fini, lui rappela Robert en resserrant son étreinte.
-Je l'ai supplié d'arrêter, j'ai prié pour qu'il me tue tant la douleur était insupportable. Mon corps et mon cœur se sont brisés.
-Je sais… Ton corps a guéri, il ne reste plus maintenant qu'à réparer ton cœur, je sais que c'est plus difficile, plus délicat, mais je pense qu'il recommence à battre doucement la mélodie de l'amour.
-Vous avez dit avoir eu mal, chuchota Edward la gorge serrée, je ne pense pas pouvoir le supporter une deuxième fois.
-C'est vrai, j'ai eu mal, mais sa douceur, son amour, son désir que Jasper me faisait partager m'ont aidé à me détendre, à prendre du plaisir. Il s'est répandu en moi sans que je n'ai atteint la délivrance. Il s'est retiré et s'est ensuite appliqué à me faire atteindre les sommets du plaisir. La fois suivante fut merveilleuse, les autres dépassèrent toutes mes espérances. Je ne peux comparer ta première fois avec la mienne, cela ne serait pas honnête de ma part. Ce que je peux te dire c'est que la prochaine fois sera magique.
-Je… Je ne pense pas être prêt.
-Je le sais, il te faudra du temps, mais quand tu le seras, tu verras à quel point c'est merveilleux de s'aimer.
-J'ai peur.
-Carlisle ne te fera plus de mal, il ne te pressera pas non plus.
-Je sais.
-Bien, maintenant que je t'ai raconté mon histoire, peut-être pourrais-tu me dire ce que tu faisais avec ce livre ?
Edward rougit en repensant à ce qu'il cherchait à accomplir grâce à l'aide de ce livre.
-Edward, s'impatienta Robert en lui souriant.
-Je… Monsieur le Duc…
-Carlisle, le reprit son ami.
-Il… Il… Quand… nous, bégaya-t-il mal à l'aise.
-Lors de vos câlins ? L'aida Robert.
-Il prend soin de moi, il s'assure toujours que je prenne du plaisir, acheva Edward dans un murmure, les joues en feu. J'aimerais être capable de…
-Très bien, coupa son ami en mettant un terme à son embarras. Je veux d'abord que tu me promettes quelque chose.
-Quoi donc ? Demanda Edward intrigué par sa requête.
-De ne le faire que si tu en as envie, tu ne dois pas te forcer au risque de le regretter plus tard.
-Je… J'en ai envie, avoua-t-il avec gêne.
-Parfait !
-Cependant, je ne sais pas… J'ai grandi dans une maison close, mais j'ignore tout de comment séduire, éveiller… éveiller…
-Le désir ? Tu sais que ce n'est pas une honte de le dire.
-Oui.
-Dis-moi ce que tu crains tant ?
-De faire un impair, confia-t-il en arrachant quelques brins d'herbe, j'ai peur de mal faire à cause de mon ignorance et s'il ne voulait plus de moi après ?
-C'est donc ça ? Tu n'as pas à t'inquiéter. Pourquoi crois-tu que Carlisle avait ce livre sur son bureau ?
-Je… Je ne sais pas.
-Parce qu'il n'a guère plus d'expérience que toi, répondit Robert, Carlisle a passé plusieurs siècles seul, je sais qu'il a eu quelques aventures, mais rien de bien sérieux, personne n'a jamais partagé sa vie. Il a aussi des craintes. Jasper ne m'a rien dit, mais je pense qu'il y a de fortes chances pour que Carlisle soit allé chercher des conseils auprès de lui. J'en profite pour te dire que s'il suit bien les conseils de mon compagnon, alors, tu auras le plus attentionné des amants. »
Edward rougit avant de sourire face au regard complice que lui offrait son ami. Robert reprit appui contre le tronc de l'arbre avant de lui donner les quelques petits conseils qu'il attendait. Le soleil commençait à décliner à l'horizon quand ils revinrent vers le château, Robert paraissait fatigué et il s'en voulut de l'avoir entraîné aussi loin de la demeure du Duc. Son ami le rassura tout en lui rappelant qu'au moins là-bas, il n'y avait pas d'oreilles indiscrètes. Ils entrèrent dans le salon où Jasper les attendait. Ce dernier les informa que Lord Cullen se trouvait dans le bureau. Edward le rejoignit, non sans avoir reçu un clin d'œil complice de la part de Robert. Le jeune homme s'avança dans le couloir, il inspira profondément pour chasser ses craintes car elles n'avaient nul lieu d'être, le Duc de Gloucester l'aimait. Rassuré par cette conviction, il toqua à la porte du bureau.
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Carlisle fut surpris de trouver son bureau vide et encore plus de voir que son jeune amant n'avait pas terminé ses exercices. Qu'est-ce qui avait pu détourner ainsi Edward de ses études alors que lui il n'y parvenait pas ? Apparemment, Robert avait des arguments qu'il ne possédait pas car le jeune homme étant lui aussi absent, il se doutait que les deux amis étaient encore ensemble. Son poing se serra alors qu'il chassait le sentiment de jalousie qui naissait en lui, c'était stupide, il était stupide, Robert ne voyait que Jasper et Edward… Edward, il ne savait pas, il pensait que le jeune homme voyait Robert comme un ami, un grand frère. Lord Cullen allait partir à la recherche de son ange quand on toqua à sa porte. Un sourire se dessina sur son visage quand il reconnut l'odeur de son aimé.
« -Entre, l'invita-t-il.
Edward lui obéit. Le jeune homme lui sourit avant de s'approcher. Carlisle allait ouvrir la bouche quand il vit son amour mordiller sa lèvre inférieure en un geste nerveux.
-Tout va bien ? S'enquit Carlisle.
-Oui, je suis désolé.
Lord Cullen observa le jeune homme un peu confus, pourquoi s'excusait-il ? Aussitôt, la jalousie revint le narguer.
-Je n'ai pas terminé mes exercices, pardon.
Carlisle remarqua alors qu'il tenait toujours dans son autre main la feuille avec les premiers exercices faits par son élève.
-Ce n'est rien, le rassura-t-il tout en ressentant un intense soulagement. Tu es allé te balader avec Robert ?
-Oui.
Le médecin aurait aimé avoir une autre réponse que ce oui laconique, cependant, il ne demanda rien de plus, ne voulant pas paraître trop envahissant. Il voulait qu'Edward s'intègre, lui fasse confiance et pour y parvenir, il devait lui laisser son jardin secret.
-Veux-tu encore travailler ou préfères-tu que nous rejoignions Jasper et Robert ? Le dîner ne devrait pas tarder à être servi.
-Je n'ai pas envie de les rejoindre, avoua Edward en contournant d'un pas lent son bureau pour s'approcher.
-Alors, je vais te laisser travailler. Prends ma place, je vais lire comme ça si tu as des questions, je ne serais pas loin.
-Je n'ai guère envie d'étudier maintenant, confia le jeune homme.
Carlisle fronça les sourcils, perplexe. Il fit tourner son fauteuil pour pouvoir faire face à son ange. Il s'interrogea d'avantage quand il remarqua ses joues qui s'empourpraient doucement.
-Peut-être pourrions-nous rester ici ? Juste nous deux, proposa Edward d'une voix un peu tremblante.
-Cela me plairait, assura-t-il en lui souriant pour le rassurer. »
Avec joie, il vit Edward lui rendre son sourire. Avec des gestes emplis d'hésitation, le jeune homme se pencha vers lui pour s'installer sur ses genoux. Carlisle se hâta de refermer ses bras sur son corps, lui montrant ainsi qu'il appréciait son geste. Le médecin fut surpris de sentir l'index chaud et doux d'Edward caresser sa mâchoire, puis, son doigt dessina le contour de ses lèvres. Le vampire se figea, oubliant de respirer, attendant avec impatience de savoir si le jeune homme trouverait le courage… Toutes ses pensées s'envolèrent lorsqu'il sentit les lèvres d'Edward toucher doucement les siennes. Il laissa les lèvres de son ange papillonner contre les siennes. Leurs lèvres bougèrent à l'unisson sans pour autant que leur baiser ne s'intensifie jusqu'à ce qu'il sente la langue d'Edward frôler ses lèvres. Ses mains délaissèrent la taille du jeune homme pour agripper fermement les accoudoirs du fauteuil pour ne pas prendre le contrôle de leur étreinte et surtout pour calmer l'ardeur qui venait de naître en lui. Leurs langues se trouvèrent enfin rendant leur étreinte plus passionnée. Un léger feulement secoua son torse et aussitôt Edward se recula, brisant leur baiser. Un léger gémissement de frustration lui échappa.
« -Pourquoi ? Demanda-t-il d'un ton trop désespéré à son goût.
-Je… Pardon… Je croyais que vous… que vous n'appréciez pas, avoua Edward en baissant la tête.
-Je… Oh ! Edward, j'apprécie, j'apprécie même énormément, j'en feule même de plaisir, confessa Carlisle.
Tout en parlant, il posa un doigt sous le menton d'Edward pour qu'il le regarde, un sourire éblouissant apparut sur le visage du jeune homme et il ne put s'empêcher de déposer un petit baiser sur les lèvres de son amour.
-Merci, murmura Lord Cullen.
-Pourquoi ? Demanda Edward un peu confus.
-Merci d'être venu à moi, mon amour, merci de me faire confiance, merci de nous donner une chance.
-Je… Lord Cullen, je ne peux pas oublier…
Carlisle sentit son cœur se serrer, les yeux d'Edward s'étaient voilés à l'évocation de l'horreur de son geste.
-Edward…
-Non, le coupa le jeune homme, je… Ce n'est pas facile, j'ai envie d'avancer, de construire quelque chose avec vous si vous le souhaitez.
-Bien sûr que je le veux, je ne désire rien de plus que toi. Je te promets de tout faire pour que nous soyons heureux, pour te faire oublier le mal que je t'ai fait.
-J'espère de tout cœur que vous y parviendrez, mais vous devrez être patient. Je ne suis pas prêt à…
-Je le sais, coupa-t-il, et j'attendrais, nous avons toute l'éternité pour apprendre à nous aimer. J'aimerais, cependant, que tu accèdes à deux requêtes.
-Lesquelles ?
-Me fais-tu confiance ?
-Je vous ai déjà dit que oui, Milord.
-Alors, ma première requête sera que tu m'appelles par mon prénom, la seconde sera que tu me tutoies. J'aimerais sincèrement que tu accèdes à ma demande.
-Bien, Mi… Bien, Carlisle.
Edward lui sourit. Carlisle allait ravir les lèvres du jeune homme quand son estomac se fit entendre.
-Je pense que le dîner ne devrait pas tarder à être servi. Nous y allons ? »
Le jeune homme acquiesça et quitta ses genoux. Carlisle garda un bras autour de la taille de son amour tout en le guidant vers la sortie. Alors qu'il allait ouvrir la porte, Edward posa sa main sur la sienne qui tenait la poignée, il se tourna vers lui et fut heureux quand il sentit les lèvres du jeune homme se poser sur les siennes. Aussi rapidement, Edward s'écarta et ouvrit la porte. Il le suivit en se demandant s'il pouvait être encore plus heureux qu'il ne l'était déjà ? Son amour allait pousser la porte du salon quand celle-ci s'ouvrit pour laisser passer leurs amis. Ils gagnèrent la salle à manger et il ne put s'empêcher de remarquer les regards qu'échangeaient Robert et Edward. Encore une fois, il envia leur complicité, d'ailleurs, il n'était pas le seul, Jasper les observait en fronçant les sourcils. Ils prirent place à table et Alfred ne tarda pas à apporter leur repas. Ils commencèrent à dîner, Jasper et lui faisaient essentiellement la conversation tout en surveillant du coin de l'œil les deux jeunes gens. Alfred revint avec le plat principal. Edward et Robert échangèrent un regard et son amour coupa la viande de son ami avant de s'amuser à le faire manger comme un enfant. Qu'était-il arrivé au Edward timide et réservé ?
« -Dites-le si on vous dérange ? Grogna soudain Jasper en jetant ses couverts dans son assiette.
-Je peux savoir ce qui te prend ? S'énerva Robert en fusillant son compagnon du regard.
-On peut savoir ce que vous avez fait cette après-midi ? Questionna Jasper.
-Voyons ? Fit mine de réfléchir Robert. Nous avons fait l'amour au bord de la rivière, tu sais là où on s'est baigné ? Tu es satisfait ?
-Robert, ne me cherche pas ! Prévint Jasper.
-Sinon, quoi ? Répliqua Robert.
En temps normal, il serait intervenu pour calmer le jeu, mais son côté jaloux désirait tellement savoir ce que faisaient les deux jeune gens qu'il laissa la dispute prendre de l'ampleur. Cependant, il changea d'avis quand il vit la pâleur d'Edward et remarqua qu'il faisait un effort pour dissimuler les tremblements de son corps. Il avait peur.
-Stop, ça suffit ! Intervint Carlisle. Allez vous disputer ailleurs, Edward et moi aimerions dîner tranquillement !
-Ne me fais pas croire que toi non plus tu n'es pas intrigué par leur comportement ! S'écria Jasper en lui lançant un regard interloqué.
Carlisle resta un instant silencieux et ce fut son erreur, lorsqu'il se décida à parler, il croisa le regard blessé d'Edward qui se leva aussitôt pour quitter la salle à manger.
-Franchement, quel besoin avais-tu de te comporter comme un homme de Cro-Magnon ! Tant que tu y'es, tu n'as qu'à me traîner dans ta chambre pour m'y enfermer !
-Ne me tente pas Robert, prévint le Marquis.
-Il ne t'est pas venu à l'esprit qu'Edward avait besoin d'être rassuré et que je suis le seul apte à le faire.
-Carlisle…
-Carlisle ne peut pas le faire, Jasper, coupa le jeune homme, ce sont les conseils d'un humain amoureux d'un vampire qu'il cherchait et je pense qu'aucun de vous deux n'aurait pu répondre à ses …
-Robert ? Interpella-t-il le jeune homme en même temps que Jasper.
-Le piano, je n'entends pas le piano, leur fit réaliser le jeune homme, s'il s'est réfugié à son autre endroit favori, il va…
Carlisle n'entendit pas la fin de la phrase de Robert, il s'élança dans les escaliers. Il soupira de soulagement quand il vit Edward, la main posée sur la poignée en train d'essayer d'ouvrir la porte qui avait été, heureusement, fermée à clef. Lentement, ses doigts touchèrent la main du jeune homme qui recula aussitôt comme si on venait de le brûler.
-Tout va bien, assura Carlisle qui regrettait déjà son accès de jalousie, tu ne dois pas t'en faire pour ce qui vient de se passer.
-Je… Il ne s'est rien passé, murmura Edward, Robert est seulement mon ami.
-Je le sais. Viens.
Edward le suivit et ils s'installèrent sur la dernière marche de l'escalier. N'osant pas prendre le jeune homme dans ses bras, il se contenta de nouer leurs doigts.
-Cette dispute n'est rien, je t'assure que j'ai vu et entendu ces deux-là faire bien pire. Un jour alors que je leur rendais visite dans une des résidences de Jasper en Irlande, j'ai été accueilli par des cris. Les domestiques s'étant prudemment réfugiés à l'autre bout du manoir, je me suis approché du salon d'où provenait la dispute. D'après les propos que je saisissais, Jasper reprochait de tendres attentions que Robert avait eu envers un certain Arthur. Je l'ai entendu s'énerver après le temps qu'ils passaient ensemble, les caresses échangées… Robert ne se laissant pas impressionner par la colère de Jasper, j'ai décidé d'entrer pour tempérer la situation. Tu n'imagines pas quelle a été ma surprise de voir que Robert tenait le dénommé Arthur dans ses bras ce qui, par ailleurs, rendait Jasper fou de jalousie.
-J'ai peine à croire que Robert puisse voir quelqu'un d'autre que Monsieur le Marquis.
-Et tu as raison, Arthur était simplement un chaton que Robert avait recueilli quelques jours plus tôt.
-Monsieur le Marquis était jaloux d'un chaton ?
-Oui, Jasper était d'autant plus fou de rage qu'Arthur le fixait avec un air défi, feulant, toutes griffes dehors. Bref… Tout ça pour te dire qu'il ne faut pas que tu tiennes compte des propos de Jasper, Robert sait très bien comment le remettre à sa place et lui faire regretter ses accès de jalousie.
-Vous aussi vous avez douté, lui reprocha doucement le jeune homme.
-Oui et je n'en suis pas fier. Je n'ai pas vraiment d'excuse si ce n'est que c'est la première fois que je suis amoureux et que je ressens les affres de la jalousie. Je te fais confiance, même si je me dis que parfois Robert ou un autre aurait tellement plus à t'offrir.
-Les autres ne m'intéressent guère, le rassura Edward. C'est étrange.
-Quoi donc ?
-Moi aussi je pense que vous méritez mieux que moi.
-Je t'interdis de penser cela, Edward, en plus de deux siècles d'existence, tu es la plus belle chose qui me soit arrivé.
Carlisle tira légèrement sur leurs mains enlacées pour attirer Edward à lui, le jeune homme sourit tout en lui offrant ses lèvres. Ils s'embrassèrent tendrement avant de décider de rejoindre leurs amis pour voir si la tempête était passée et s'ils pouvaient terminer leur repas.
-Au fait, pourquoi Arthur n'est-il pas ici ? Lui demanda soudain Edward alors qu'ils atteignaient le rez-de-chaussée.
-Il ne serait pas très amical de ma part de t'imposer sa présence alors que tu es allergique, répondit à sa place Robert qui venait à leur rencontre en compagnie de Jasper.
Carlisle fronça les sourcils en voyant le visage soudain crispé du Marquis, il retint difficilement un gloussement en comprenant ce qui allait arriver.
-Quelle allergie ? Questionna Edward confus.
-Tu es allergique aux poils d'animaux, non ? Interrogea Robert alors que Jasper esquissait discrètement un repli stratégique.
-Je… Non, le contredit son amour, je n'ai pas ce genre de problème.
-Mais… Jasper m'a dit que je ne pouvais pas emmener Arthur ici parce que tu… Jasper ! Hurla soudain Robert alors que ce dernier atteignait la porte. Reviens ici !
-Désolé ! Cria le Marquis en s'éclipsant.
-Reviens immédiatement ici, espèce de lâche !
-Robert, calme-toi, intervint Carlisle. Allez, viens, terminons notre repas pendant qu'il cherche un moyen de se faire pardonner.
Carlisle passa un bras autour des épaules du compagnon du Marquis et prit par la main Edward, les guidant tous deux vers la salle à manger où Alfred repris son service après avoir fait réchauffer les mets.
-C'est tout de même incroyable ! Soupira Robert. Comment cet idiot peut-il être assez stupide pour être jaloux d'un chat et de mon meilleur ami ? Je ne sais pas ce que je vais faire de lui…
-Laisse-le donc un peu seul, tel que je le connais, il doit être en train de réfléchir à un moyen pour se faire pardonner.
-Et bien, il a intérêt à bien chercher, maugréa Robert. Euh… Quelqu'un pourrait-il couper ma viande sans que cela ne se transforme en incident diplomatique ?
Carlisle sourit pendant que son amant s'empressait de satisfaire la demande de Robert. Ce dernier le remercia avant de commencer à manger. Alfred revint avec une bouteille de vin qu'il lui présenta.
-On fête quelque chose ? Questionna Robert en reconnaissant sûrement l'excellent cru.
-Non, mais je me suis dit qu'une bonne bouteille ne nous ferait pas de mal, répondit le médecin en remplissant leurs verres.
-Non, merci, Milord, dit Edward alors qu'il allait le servir.
-Tu n'es pas obligé de tout boire, mais j'aimerais que tu goûtes ce grand cru et puis, il me semblait que nous avions convenu de quelque chose ? Lui rappela-t-il en caressant sa main posée sur la nappe blanche.
-C'est exact, Carlisle, souffla Edward.
-Enfin ! S'écria Robert. Puis-je espérer que tu m'appelles maintenant simplement par mon prénom ? »
Edward lui jeta un petit coup d'œil auquel il répondit par un léger hochement de tête. Son ange se tourna alors vers leur ami pour lui sourire. La bonne humeur reprit sa place autour de la table et ils terminèrent leur repas avec l'esprit un peu plus léger. De temps en temps, Carlisle regardait la nuit s'installer par la fenêtre, se demandant ce que le Marquis pouvait bien manigancer…
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Edward était assis sur le canapé aux côtés de Robert, tous deux écoutaient Lord Cullen qui leur lisait les dernières nouvelles de Londres. Le jeune homme fut soulagé qu'il n'y ait aucun article relatant de nouveaux meurtres à Whitechapel. Il repensa alors à la mort de Monsieur Pierce, il n'avait pas abordé le sujet avec le Duc, le Marquis lui ayant demandé le silence sur cette affaire, Edward n'était même pas certain que Robert soit au courant de l'assassinat de l'homme de confiance de son père. Il sortit de ses pensées quand son ami interpella Lord Cullen.
« -Et que raconte donc la rubrique mondaine ? Questionna Robert d'un ton détaché.
-Une… Non, en réalité rien, s'empressa de corriger le Duc, les bals habituels, donc, rien de croustillant qui ne pourrait vous égayer.
Edward observa pendant quelques secondes le médecin, celui-ci détourna le regard et s'empressa de se replonger dans la lecture du quotidien. Le jeune homme savait ce qu'il voulait lui épargner, il lui en était reconnaissant, mais il ne voulait pas non plus priver Robert d'une distraction qui l'empêcherait de ruminer contre le Marquis.
-Le Manoir des Charmes n'organise-t-il pas une soirée déguisée comme tous les ans ? Pourriez-vous… Pardon, pourrais-tu nous lire l'article ?
-Edward, je ne suis pas sûr…
-Je vais bien, Carlisle, coupa-t-il, et puis, Robert a besoin de distraction et je ne pense pas que les chiffres de la bourse en soient une.
-Ne te force pas pour moi, protesta aussitôt son ami.
-Cela suffit, je vais bien, lis donc, Carlisle, ou je m'en charge, menaça-t-il en leur souriant.
-Très bien, capitula Lord Cullen.
Alors que le Duc retournait à la page contenant la rubrique mondaine, Alfred vint les rejoindre pour annoncer au médecin que l'on avait besoin de ses services. Carlisle leur tendit le journal et rejoignit le majordome.
-Tout va bien ? Demanda-t-il à son ami dès qu'ils furent seuls.
-Je vais bien, ne t'en fais pas. Tu sais, ce n'est pas notre première dispute, on se réconcilie toujours. Il reviendra dès qu'il aura jugé avoir trouvé le présent pour se faire pardonner ou si je l'appelle.
-Pourquoi ne l'appelez-vous …
-Tssss, siffla Robert en posant un doigt sur ses lèvres.
-Pourquoi ne l'appelles-tu pas ? Corrigea Edward.
-J'en ai envie, mais je ne le ferai pas, je veux qu'il comprenne qu'il ne peut pas régenter ma vie et que j'aime mon chat même si lui et Jasper ne semblent pas pouvoir cohabiter, termina Robert avec un léger rire. Bien, pourquoi ne me jouerais-tu pas quelques notes de musique ?
Edward accepta avec plaisir. Aussitôt, il se leva pour s'approcher de l'instrument. Il allait s'asseoir sur le banc quand il remarqua une présence sur la terrasse. Le jeune homme s'approcha de la porte vitrée et eut un sursaut quand il vit le Marquis lui faire face, immobile dans l'obscurité.
-Edward ? Tout va bien ? S'inquiéta Robert en le rejoignant. Diantre, Jasper ! N'as-tu rien de mieux à faire que de nous effrayer ?
-Pardon, s'excusa le Marquis toujours derrière la porte, puis-je entrer ?
-Fais donc, souffla Robert exaspéré.
Son ami retourna s'asseoir sur le canapé, tournant délibérément le dos au Marquis qui venait d'entrer, ses mains tenant fermement un panier à pique-nique clos.
-Je vais vous laisser, murmura Edward en se sentant de trop.
-Non, reste !
-Robert, je ne pense pas que ma présence soit indis…
-Viens t'asseoir !
Le ton de son ami n'admettant aucune protestation, Edward vint le rejoindre sur le divan.
-Très bien, souffla Jasper. Je suis désolé de m'être emporté envers vous deux, je vous demande pardon, ma jalousie était injustifiée. Edward, j'espère que tu pourras me pardonner.
-Je l'ai déjà fait Monsieur de Dorset.
-Merci, Robert ?
-J'ai déjà pardonné ta petite crise, mais ce n'est pas le cas pour tes bassesses concernant Arthur !
-Robert, ton chat ne m'aime pas, il...
-Dois-je te rappeler que tu le lui rends bien ?
-Il sort les griffes quand j'arrive. Tu devrais voir comment il me regarde ! Il sort ses dents et me feule dessus ! Tenta de se défendre le Marquis.
-Et tu ne fais pas pareil ? Lui rappela sournoisement Robert. Je te rappelle que je t'ai surpris en train de lui feuler dessus, pas étonnant qu'il ait peur de toi !
-Il n'a pas peur de moi, ton chat ne veut pas que je m'approche de toi !
-Tu dis n'importe quoi !
-Je suis sûr qu'il m'aurait déjà tué s'il en était capable, ce chat est amoureux de toi !
Edward mordit violemment l'intérieur de sa bouche pour retenir l'éclat de rire qui menaçait de lui échapper tant la situation lui paraissait grotesque. Cependant, Robert ne semblait pas vouloir rire et jamais il n'oserait se moquer du Marquis, ce dernier lui faisait un peu peur même si en ce moment il était un peu ridicule.
-Avant que tu n'ajoutes quoi que ce soit, déclara Monsieur de Dorset en voyant Robert ouvrir la bouche, j'aimerais que nous fassions la paix. Oublie ce que j'ai dit, si tu tiens à ce stupide chat et bien, j'y tiens aussi et pour te prouver ma bonne volonté, tiens.
Robert haussa les sourcils, surpris, mais pris tout de même le panier que lui tendait le Marquis. Il repoussa le couvercle en osier et aussitôt un jeune chat noir sauta sur Robert en ronronnant de plaisir.
-Arthur, mon beau, tu sembles content de me voir ! Remarqua son ami heureux en caressant l'animal.
Soudain, un miaulement attira leur attention, Robert et lui se penchèrent pour découvrir un chaton aussi blanc que la neige dont les yeux bleus les observaient avec attention. Robert prit délicatement le nouveau venu dans ses bras sous le regard attentif d'Arthur qui ne sembla pas jaloux.
-Qu'est-ce que ça veut dire ? Demanda Robert en jetant un coup d'œil au Marquis.
-Je me suis dit qu'Arthur se sentirait moins seul s'il avait un compagnon de jeux, murmura Jasper en fixant ses pieds.
Edward sourit. Il était certain que le Marquis pensait ainsi occuper le jeune chat et l'éloigner peut-être de Robert. Cependant, pour le moment, son ami semblait obnubilé par les animaux.
-A-t-il un nom ?
-Non, répondit Monsieur de Dorset. Je dirais qu'il a quelques mois et ses propriétaires allaient s'en débarrasser.
-Quoi ?
-Oui, je cherchais un moyen de me faire pardonner quand j'ai entendu ses miaulements, leur apprit le Marquis, il était enfermé dans un sac dans la rivière. Je l'ai secouru, puis, je suis allé à la maison pour le soigner et récupérer Arthur.
D'un geste rapide, Robert se leva. Surpris, les chats sautèrent sur ses genoux pendant que le panier tombait sur le sol. Son ami se jeta ensuite sur le Marquis pour l'embrasser. Edward détourna le regard et tomba sur ceux des chats qui le fixaient avec insistance. Il n'avait jamais eu d'animal, aussi, c'est avec hésitation qu'il approcha sa main de leur fourrure. Il les caressa à tour de rôle et ils se mirent à ronronner. Arthur se roula en boule sur ses genoux pendant que le chaton blanc entreprit d'escalader son torse.
-Et bien, on dirait qu'ils t'ont adopté ! Sourit Robert.
-On pourrait les lui laisser…
Le Marquis se tut et afficha une mine penaude quand il croisa le regard furieux de son compagnon.
-En tout cas, tu vois qu'Arthur ne veut pas que moi, s'empressa de lui faire remarquer Robert, il a adopté Edward !
Le Marquis marmonna quelques mots dans sa barbe que ni lui, ni Robert ne comprirent et c'était sûrement mieux ainsi...
-En tout cas, si vous le voulez bien et si Carlisle est d'accord, je serai heureux de vous prendre l'un de leurs petits, offrit Edward.
-J'ai l'impression que les cours de biologie que te dispense ce cher Carlisle ne sont qu'une excuse pour vous retrouver en tête-à-tête, railla le Marquis.
-Pourquoi dites-vous cela Monsieur de Dorset ? Carlisle est un excellent professeur !
-Mais oui, rit le Marquis, Edward, il faut un mâle et une femelle pour qu'ils aient des petits. Cela ne marche pas si ce sont deux mâles.
-Je le sais et vous avez un mâle et une femelle !
-Non… C'est… C'est un mâl…femelle, termina Monsieur de Dorset alors qu'il retournait doucement le chaton blanc.
-On va avoir plein de chats ! S'écria Robert ravi. »
Edward fit son possible pour se contenir, mais il ne put se retenir plus longtemps, la tête du Marquis était trop risible, il éclata de rire. D'ailleurs, Robert ne tarda pas à se joindre à lui tout en se moquant de son compagnon qui ne semblait pas faire la différence entre les deux sexes. Sous leurs éclats de rire, le Marquis quitta la pièce d'un pas pressé, un air bougon peint sur son visage.
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Carlisle venait de terminer sa visite chez un fermier habitant non loin de Gloucester. Sirius l'attendait perché sur la calèche dans laquelle il monta. Le Duc offrit un dernier signe de la main à la femme du paysan avant de se rasseoir correctement. Une fois hors de vue, il demanda à son cocher d'arrêter le véhicule. Il descendit, préférant rejoindre Gloucester en courant ce qui lui permettrait d'arriver bien plus vite. Il s'élança à travers les bois. Ses pas s'accélérèrent quand il arriva en vue de sa demeure et encore plus quand il aperçut de nombreuses voitures présentent devant son perron. Que faisaient-ils là ?
« -Carlisle ! S'écria Mademoiselle Esmé de Planty lorsqu'elle l'aperçut.
-Esmé ! Quelle agréable surprise ! Feint-il avant de se tourner vers ses autres visiteurs impromptus. Carmen, Eléazar quel bon vent vous amène ?
-Tu nous as quitté bien trop tôt à notre goût, Esmé étant de passage, nous avons décidé de te rendre visite, lui expliqua le Comte alors qu'il baisait la main de ses dames avant de serrer celle de ce dernier.
-Et bien, entrez, Alfred, pouvez-vous demander à Jonathan et à Lionel de s'occuper des bagages de nos invités ? Demanda Carlisle.
-Bien, Milord.
-Ne vous donnez pas cette peine, Alfred, nos gens nous accompagnent et sont au courant pour nous, intervint la Comtesse de Stafford, montrez-leur simplement où ils peuvent les déposer.
Carlisle précéda ses invités dans le hall majestueux de Gloucester, ces derniers se figèrent en observant les lieux.
-Je vois que tu t'es enfin décidé à refaire la décoration, c'est magnifique, le complimenta Esmé qui vint s'agripper à son bras.
-Je te remercie, mais ce n'est pas mon œuvre.
-Il faudra que tu me donnes le nom de ton décorateur, quémanda Carmen en caressant l'étoffe légère et douce composant les rideaux. Tout à coup, des rires envahirent le hall et il vit les sourcils de ses invités se froncer.
-Des éclats de rire ? S'étonna Eléazar. Nous sommes-nous trompés de demeure ?
-Non, sourit Carlisle, vous êtes bien à Gloucester.
-Que se passe-t-il donc ici pour que ce tombeau se transforme en une demeure vivante et gaie ? Demanda Carmen.
-Apparemment, tout ne semble pas gai, railla le Comte de Stafford en désignant le Marquis qui s'avançait vers eux, perdu dans ses pensées.
-Peut-être qu'une fois transformé, il aura un petit creux et voilà le problème des chats sera résolu, marmonna Jasper avec espoir avant de se figer lorsqu'il les vit. Oh, aurions-nous de la visite ?
-Jasper doit-on demander une consultation auprès de l'un de ces nouveaux médecins de l'esprit ou cette histoire de chat est-elle réelle ? S'amusa Eléazar en saluant leur ami.
-Ceci est tout ce qu'il y a de plus réel, maugréa Jasper. J'ai voulu offrir un chat supplémentaire à Robert et voilà que j'apprends que cette satanée bestiole est une chatte. Je refuse que Dorset Manor soit la proie de ces félins.
-Et j'imagine que ces éclats de rire sont le résultat de ta déconvenue, sourit Carmen.
-Oui et j'ai l'impression que ces deux-là n'ont pas fini de se gausser de moi, soupira Jasper. Bien, assez parlé de mes malheurs, qu'est-ce qui vous amène à Gloucester ?
-Le plaisir de revoir Carlisle, lui répondit Esmé avant de se tourner vers lui les yeux brillants, et une promesse faite il y a bien des années.
-Nous allons avoir pas mal de travail pour ces prochains jours, même si la décoration nous enlève une épine du pied, il reste encore pas mal de choses à faire, décréta Carmen.
-De quoi parlez-vous ? Interrogea Carlisle confus.
-De notre mariage, lui rappela Esmé, ne me dis pas que tu as oublié ?
Un miaulement strident le sortit de la torpeur dans laquelle il venait de plonger, Carlisle releva la tête pour croiser des prunelles émeraudes teintées de souffrance.
-Pardon, Guenièvre, murmura son amour au chaton qu'il avait trop serré en entendant les propos d'Esmé.
-Edward ? S'étonna Carmen.
-Madame et Monsieur le Comte de Stafford, Madame, salua Edward en se tournant vers Esmé.
-Alors comme ça tu débauches mon personnel ? Plaisanta Eléazar.
-Edward ne…
Carlisle ne termina pas sa phrase car Edward venait juste de donner le chaton à Jasper qui le porta à bout de bras malgré le regard noir de Robert. Le jeune homme s'enfuit ensuite littéralement vers les cuisines.
-Excusez-moi, dit-il en se lançant à sa poursuite.
Carlisle pesta quand il remarqua avec qu'elle étonnante facilité Edward parvint à le distancer. Le jeune homme courrait devant les écuries quand il le rattrapa, il l'entraîna dans ces dernières avant de le bloquer dans un recoin pour l'empêcher de fuir à nouveau.
-Laisse-moi partir ! Supplia Edward qui luttait pour ne pas pleurer.
-Edward, c'est un malentendu, je ne vais pas épouser Esmé, je t'en prie, crois-moi.
-Elle a dit…
-Je ne sais pas pourquoi elle a dit cela, mais il n'y a que toi qui compte, sois en sûr, je t'aime. »
Edward hocha doucement la tête avant d'esquisser un petit sourire. Carlisle se rapprocha et déposa un doux baiser sur ses lèvres avant d'approfondir leur étreinte. Les mains d'Edward s'agrippèrent en un geste désespéré à ses épaules pendant qu'il entourait sa taille avec les siennes, rapprochant leurs corps. Alors qu'il allait faire basculer leurs corps dans le foin derrière eux, un grognement de frustration lui échappa quand le Marquis de Dorset et le Comte de Stafford entrèrent dans l'écurie. Devinant la gêne d'Edward s'ils les trouvaient dans cette position, il déposa un rapide baiser sur les lèvres de son ange avant de lui faire signe de ne pas bouger. Il rejoignit à contrecœur ses amis qui venaient le chercher pour une partie de chasse. Alors qu'il s'élançait vers la forêt, il aperçut la silhouette d'Edward regagner l'intérieur du château.
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Edward rentra sur la pointe des pieds, il n'avait aucune envie de se retrouver nez à nez avec la Comtesse de Stafford et la dénommée Esmé, surtout qu'il se sentait incapable de leur dire quelle était sa place à Gloucester, ignorant lui-même ce qu'il en était. Alors qu'il allait regagner le bureau de Lord Cullen pour l'y attendre, il passa devant le salon dont la porte était entrouverte.
« -Je ne comprends pas, entendit-il Robert dont la colère était perceptible, quelle est donc cette histoire de mariage ? Le Duc et vous n'êtes même pas fiancés !
-Le sujet a été abordé lors de notre dernière rencontre, expliqua Esmé, et je reviens de Volterra où Aro a annoncé que cette situation ne pouvait plus durer, il souhaite que Carlisle trouve une compagne et rapidement. Je lui ai donc fait part de notre engagement.
-C'est stupide ! Pardonnez-moi, Mademoiselle de Planty, mais la solitude fait souvent dire n'importe quoi aux gens, Carlisle a dû vous proposer cet arrangement à un moment où il se sentait bien seul. Vous ne serez pas heureuse si vous épousez Carlisle et il en ira de même pour lui, vous n'êtes pas destinés l'un à l'autre. Je sais que le temps est long quand on est seul, mais, patience, Madame, vous trouverez celui qui vous est promis, assura Robert.
-Je suis navrée de vous contredire, Monsieur, mais je l'ai déjà trouvé en la personne de Carlisle.
-Pardonne, Robert, ma chère, il est jeune et fougueux, intervint Madame de Stafford, et idéalise l'amour.
-Je n'idéalise pas les sentiments que j'éprouve pour Jasper comme je ne pense pas idéaliser ceux que tu éprouves pour Eléazar, contre-attaqua son ami.
-Quoi qu'il en soit, Aro a parlé, nous ne pouvons qu'obéir, conclut Esmé. »
Edward sentit son cœur se briser. Des larmes glissèrent le long de ses joues alors qu'il se rendait le plus silencieusement possible jusqu'au bureau du Duc. Une fois dans ce dernier, il laissa libre cours à son chagrin. Qu'allait-il se passer ? Il ne se voyait pas attendre occasionnellement la visite du Duc, tel une maîtresse que l'on vient honorer lorsque l'on se lasse de son épouse. Il ne voulait pas de cette vie, mais avait-il seulement le choix ? Non… Après tout, il n'était plus rien… L'esprit vide, le corps las, il se releva du sol où il ne se souvenait pas s'être allongé, il s'approcha du bougeoir qui brûlait près d'un grand miroir, son reflet l'effraya, comment pourrait-il lutter contre cette Esmé avec ses yeux rougis, ses cheveux en bataille et ses vêtements avec des brindilles de foin ? Le jeune homme décida de mettre toutes les chances de son côté, après tout, Carlisle lui avait dit l'aimer, peut-être y'avait-il encore un peu d'espoir ? Il se hâta de rejoindre les appartements du Duc et plus particulièrement la chambre. Une fois dans cette dernière, il ouvrit son placard pour prendre des vêtements propres.
«-Qui vous a autorisé à entrer ?
Edward sursauta. Lentement, il se tourna vers le lit où la prétendue fiancée du Duc semblait attendre ce dernier, apparemment, nue sous le drap.
-Pardonnez-moi, Madame, j'ignorais qu'il y avait quelqu'un.
-Il va falloir que je dise à Carlisle de mieux choisir ses gens, puis-je savoir ce que vous faites avec ses vêtements ?
-J'allais les laver.
-Il me semble que des habits se trouvant dans une armoire sont censés être propres ? Et puis, il fait nuit.
Edward ne prit pas la peine de répondre, le chagrin avait disparu pour laisser place à la colère. Il récupéra la panière en osier qu'Alfred utilisait pour leurs vêtements sales, il la vida sur le sol de la salle de bain pour pouvoir y entasser ses vêtements de rechange.
-Pressez-vous donc ! Je ne souhaite pas que Sa Grâce vous trouve ici lorsqu'il rentrera !
-Je me hâte, Madame. »
Le jeune homme ne put se retenir de jeter un regard noir à cette Esmé. Il s'approcha du lit, ses poings se serrèrent alors qu'il luttait contre l'envie de se jeter à sa gorge pour la déchiqueter. Il fut un instant effrayé par cette violence qui émanait de lui. Que lui arrivait-il ? Sous le regard surpris de la fiancée, il récupéra ses livres et ses cahiers sur le chevet qu'il posa sur le tas de vêtements avant de sortir aussi dignement que possible de la chambre. Une fois la porte close, il souffla doucement pour chasser l'étrange grognement animal qu'il sentait gronder en son torse. Dès qu'il eut retrouvé son calme, il se demanda où il pourrait aller. Le dernier étage avait été condamné pour une raison qu'il ignorait, il ne pouvait pas non plus aller s'installer dans le salon, les vampires ne dormant pas on finirait par y remarquer sa présence. Les autres chambres n'étaient pas envisageables, il ignorait où Alfred avait installé le Comte et la Comtesse de Stafford ainsi que leurs domestiques. Le jeune homme prit alors ses affaires et rejoignit l'infirmerie qu'il savait vide. Il déposa ses affaires dans un coin avant de se laisser tomber sur l'étroit lit encore vêtu. Le courage qui l'avait habité sembla le quitter en même temps que sa colère. Un rire amer lui échappa. Quelle ironie ! Alors qu'il avait enfin ouvert son cœur au Duc, il allait le perdre…
