Nouveau chapitre qui vient un peu tard, mais le plus long à cette heure, environ quatorze pages word je crois. En tout cas cela compense, j'ai tout de même pas mal hésité à le couper en deux car le trouvant trop long. Je tenais à dire que j'ai bien pris en compte vos commentaires qui m'ont beaucoup aidé, notamment vis-à-vis du problème du Shenko, il est vrai que ma sœur m'avait pour le coup déjà fait remarquer que Shepard était un peu dur. J'essaye donc de faire nettement plus attention à présent, mon but n'étant pas de briser ou de trop m'éloigner de la véritable image que renvoie ce couple. Je rajoute donc quelques petits détails qui laisseront bien entendre qu'ils sont belle et bien ensemble. Je n'ai rien d'autre à préciser, si ce n'est que j'ai supprimé pas mal de paragraphe de la mission présente, je pensais que trop d'action risquerait d'ennuyer, surtout que dans les prochains chapitres il y en aura beaucoup. Voilà, sur ce, bonne lecture, vous remarquerez l'arrivée d'un nouveau personnage dont j'avais parlé dans la préface. Dernière précision, le comportement de Shepard peut paraître étrange voir un peu abrupte mais la chose et voulue, la cause est à venir par la suite.

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Chapitre 9 :

Terminal non sécurisé :

*******Message crypté*******

Expéditeur : **************

Objet : Né d'une collision entre deux astéroïdes…

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Drapehs,

Je vous remercie encore pour votre intervention sur Elysium, sans vous il ne fait aucun doute que j'aurais davantage peiné à mettre la main sur ce réseau d'esclavagiste. En contrepartie de notre petit arrangement, j'ai réussi à obtenir ce que vous demandiez. Douze magnifiques caisses de schnaps pur enregistrées et stockées dans un entrepôt vous savez où… Dernière chose, pensez à bien regarder derrière les étiquettes.

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Expéditeur : *************

Objet :Re_ Né d'une collision entre deux astéroïdes…

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Arail,

Nous sommes actuellement aux confins de la Travée de l'Attique, près des systèmes Terminus. Je ferais bien entendu un petit crochet par le lieu-dit. En vous remerciant parallèlement pour ce petit coup de main, un virus sur le Ydnamron m'empêche de mener à bien mes propres recherches. Je ne préfère pas courir de risque de laisser filtrer la date à laquelle le schnaps sera un cru divin…

Cordialement.

Terminal sécurisé :

Expédieteur : Amr Shepard

Objet : Aucun

Par pitié,

La prochaine fois trouvez autre chose que "Drapehs", mon nom à l'envers n'est pas ce qu'il y a de plus pimpant.

*Déconnexion de votre terminal de messages privés !* Déclara soudain un petit drone, sortant de nulle part.

Shepard le sourire encore aux lèvres referma consciencieusement le programme et éteignit ce qui devait être un micro-ordinateur portable, dont l'écran holographique disparu aussitôt après. Ces courtes missives échangées avec une vieille amie, étaient pour elle d'une grande importance sur le plan professionnel, mais prêtaient néanmoins beaucoup à rire en vue de leur contenu. Afin de ne pas éveiller les soupçons sur un terminal non sécurisé, le courtier de l'ombre lui-même et le premier spectre humain avaient pris l'habitude d'utiliser un langage codé, se référant plutôt à des jeux de mots qu'elles seules pouvaient comprendre. Ainsi se contentaient-elles de déformer leur nom en commençant par la dernière lettre, ou bien même d'aborder des sujets sensibles à partir de quelques petites métaphores ou sujet anodins. Shepard devenait donc Drapehs, Liara, Arail, le Normandy se transformait en Ydnamron, ou encore l'intelligence artificielle du vaisseau était décrite comme un virus informatique, ce qui n'était pas loin de la réelle interprétation que s'en faisait l'amiral. L'ex-commandant ne savait que trop bien que sur l'extranet absolument tous les messages étaient stockés et bien souvent épluchés, sa mission étant classée secrète, il ne fallait en aucun cas que le moindre indice soit intercepté. Sa vigilance s'en était retrouvée accrue depuis son passage sur Elysium, là où elle avait appris qu'une taupe se trouvait parmi les rangs de l'Alliance. Même si de la sorte elles avaient tout de même de grandes chances d'être reconnues, la cause de leurs messages, elle, ne le serait pas, puis c'était toujours un bon moyen de ce foutre de leur gueule. "Né d'une collision entre deux astéroïdes ", faisait en fait référence à Oméga et à la manière dont la station avait été créée, un petit paquet d'informations attendait bien évidemment l'amiral là-bas, le courriel avait été bien assez explicite sur le sujet.

Shepard laissa ses doigts parcourir la surface froide qu'était celle de son bureau, ceux-ci se pianotant sur l'étendue métallique. Son regard vague s'arrêta un instant sur sa vaste collection de modèles réduits minutieusement rangés et exposés dans deux vitrines perpendiculaires, puis vagabonda un peu plus loin. Elle croisa son propre reflet un court instant, ses cheveux roux légèrement en batailles, des mèches retombaient comme à leur habitude devant le visage de la trentenaire, dont les yeux verts étaient encore et toujours cerclés par ses incontournable fard à paupière et crayon noire. Elle était affublée du simple et typique uniforme de l'Alliance, fraichement sortit du tiroir. Que faisait-elle, il était bien difficile de le dire, sans doute était-elle en pleine méditation, du moins était-ce l'hypothèse la plus valide. Un certain nombre de sujets faisant l'objet de sa pensée remuaient dans son crâne, comme toujours d'ailleurs, elle examinait perpétuellement plusieurs choses en même temps. Retournait le pour et le contre, pensait au pourquoi du comment, elle n'avait jamais de réel pause, excepté lorsque son esprit se retrouvait comme saturé. Étrangement ce n'était actuellement pas le cas, quand on pense pourtant que de nombreux événements s'étaient produits en une seule et même semaine. Tout d'abord le réveille d'une IA, puis ensuite les retrouvailles entre deux vieux amis d'enfance, puis enfin l'arrivée un jour auparavant de la prestigieuse scientifique et technicienne drell, Ansa Rayto à bord du Normandy (cf prologue de la fanfiction, je parle d'elle plus en détails). Jeune femme qui avait énormément fait parler d'elle après la fin du conflit, pour l'aide plus que précieuse qu'elle avait apportée par la suite, c'était-elle le nouveau membre que Shepard avait escompté recruter. Et après quelques négociations, celle-ci avait finalement enfin pris place à bord du Normandy.

Une véritable aubaine pour elle, se retrouver sur le vaisseau le plus performant de la Galaxie ne faisait qu'éveiller son intérêt plus que vif pour les nouvelles technologies. Et pour Shepard, son arrivée été tout aussi salvatrice, tout d'abord elle n'aurait ainsi plus le droit à des démêlés avec l'Alliance au sujet de ce projet de "fraternisation des espèces ", de plus il était incontestable que la présence d'une technicienne en mission était plus qu'un atout et un gain de temps, ensuite cela avait pour effet de lui faire oublier l'embarcation imposée d'une certaine équipe de médecins sur SON vaisseau. Cela, le premier spectre humain l'avait encore en travers de la gorge, et la pilule mettrait encore du temps à passer. Tandis que l'intégralité de l'équipage semblait s'être déjà accoutumé à toutes ses nouvelles présences, Chakwas, elle, peinait un peu devant le manque de place qui commençait à se faire sentir dans sa petite infirmerie. Mais ce ne serait certainement pas elle qui irait s'en plaindre au commandant, elle qui avait comme une sorte de vénération pour Shepard. Ses derniers temps, c'était sans doute bien la seule à se montrer accommodante. On remarquait une certaine fêlure qui n'avait de cesse de s'agrandir au sein de l'équipe du Normandy, ce qui n'était pas de bon augure. Tous les membres d'un même vaisseau se devaient, d'être soudés et unis comme les doigts de la main, mais certain avaient tendance à l'oublier. Et il ne fallait pas remonter bien loin pour retrouver l'origine du problème, formant un triangle pour trois personnes principalement concernées. La situation était encore bien loin de s'être éclaircie entre Joker et Shepard, en clair ils ne s'étaient pas rabibochés. Il n'y avait donc plus de partie de poker le samedi soir, plus de vieilles anecdotes, plus de blagues vaseuses dans le cockpit, non plus rien de la sorte. Ils ne communiquaient plus que pour les seuls besoins professionnels, plus aucune salutation ni de signe de tête. IDA semblait avoir regagné sa place, comme si rien ne s'était passé, du moins aurait-il alors fallut qu'à l'époque celle-ci soit en de mauvais termes avec le premier spectre humain, pour que les choses soient dans l'exactitude même. L'amiral était clair sur ce point, pour elle IDA était belle et bien morte, alors Joker pouvait bien croire à se substitue de sa personne, cela ne changerait rien. Elle n'avait aucune confiance en cette "chose", aussi ne lui confiait-elle aucune tâche. Même si elle avait parfaitement conscience que nul n'avait hésité à lui confier la maintenance du Normandy, cela ne faisait même aucun doute. Tant que celle-ci remplissait sa fonction sans la moindre erreur, Shepard ne prendrait pas la peine de relever. Cependant, elle n'aurait jamais aucun lien d'aucune sorte avec la mission actuelle et empêcher qu'elle n'en obtienne des données était une tâche ardue.

Depuis sa réaffectation au Normandy, Shepard n'avait pas repris de personnel pour remplir la fonction qu'occupait autrefois Traynor. Effectuant à présent à la fois les fonctions de recherches d'IDA pouvait faire par le passé, ou tout le travail administratif que remplissait Samantha Traynor, multipliait son labeur par deux. La plupart du temps, elle passait par le courtier de l'ombre pour obtenir certaines informations, quand on avait des contacts il était toujours bon de les utiliser, à charge de revanche. Sachant qu'absolument tous les messages ou dossiers que Shepard pouvait remuer, filtraient obligatoirement par le Normandy, celle-ci avait été obligée d'établir une seconde connexion séparée de celle du vaisseau. Et ce dans la seule optique qu'IDA n'est accès à aucune de ses informations ou sources. Cela avait cependant et malheureusement des répercussions, il était normal qu'une prise de position entre le timonier et le commandant, créât d'elle-même une séparation d'opinions entre les différents membres de l'équipage, on assistait donc à la création de deux clans. Les protecteurs d'IDA et les fidèles de Shepard, c'était un aspect de la situation que Shepard n'avait pas envisagé et qui, il fallait l'avouer, lui posait problème. À cela s'ajoutait son dédain vis-à-vis du projet de l'Alliance, qu'aucun n'avait manqué de remarquer. Il fallait dire que le plaidoyer assuré qu'elle avait tenu lors de la réunion avec les dirigeants, n'avait pas fini de faire parler d'elle. Aussi sur ce point, tentait-elle de faire profil bas et de maîtriser la situation comme elle le pouvait, ce qui était difficile quand elle n'avait pas son mot à dire.

Une chaise roula sur quelques centimètres dans un bruit sourd et à peine remarquable. D'ici quelques heures le vaisseau arriverait sur une station située dans le système XXXX pour effectuer une nouvelle mission. L'exploration d'un complexe de l'Alliance qui émettait depuis quelques heures déjà un message d'alerte. Étant le poste la plus proche de la zone en question, Shepard avait été chargée de s'y rendre au plus vite pour tirer la situation au clair. « Rien de plus que la routine en soi ! » s'était-elle dit, cependant actuellement même la "routine" devenait compliquée. Elle n'avait qu'à penser à Rahna, sa navette et son ramassis de médecins qu'elle allait devoir traîner à chaque mission, un vrai fardeau. Cela lui tira une légère grimace. Le spectre se releva et attrapa au passage un datapad qui trônait au beau milieu de son bureau. Ses yeux parcoururent celui-ci, il n'y avait rien de nouveau à signaler, aucune notification particulière, aussi elle prit soin de reposer la tablette sur une étagère métallique. Ses pas s'arrêtèrent sur les quelques marches qui la séparaient de la partie de sa cabine qui servait de pièce à dormir. Un vaste lit en occupait plus de la moitié de l'espace disponible. Des confortables cousins fermes et d'un tissu blanc, accordé à la couleur la couverture longue en largeur comme en longueur, les draps étaient eux légèrement défaits. Et pour cause, un occupant se trouvait encore au beau milieu de toute cette literie. Profondément endormi, le major et commandant en second du Normandy respirait bien paisiblement, ne semblant pas décidé à émerger. Le bras gauche tendu et dont le poing serrait le pan d'un oreiller, sans aucun doute celui sur lequel avait été positionné la tête de Shepard quelques heures auparavant. Peut-être cherchait-il une présence qui n'était déjà plus là, ou du moins quelques mètres plus loin. L'amiral entreprit de descendre une marche, puis finalement elle se ravisa et pivota dans le sens opposé, se retrouvant face à la porte principale. « Ouverture porte » déclaré à voix basse, puis celle-ci s'empressa de gagner l'ascenseur.

[...]

-Rayto, du nouveau avec cette console ? S'enquit le premier spectre humain aux aguets.

Shepard gardait une porte, le bras droit collé contre un angle du mur et le regard qui parcourait la pièce suivante dans un sens puis dans l'autre. L'arme pointée vers le bas, elle était à l'affût du moindre bruit suspect ou de toute âme qui vive. Plus loin, la drell s'activait sur la console informatique à la recherche d'éventuels rapports d'activité de la dernière semaine sur la petite station. Ses dix doigts parcouraient à une vitesse impressionnante les quelques touches holographiques, devant ses yeux défilaient des dizaines de centaines de dossiers. À ses côtés, le prothéen la fixait avec insistance, en effet celui-ci avait tout de suite manifesté un certain intérêt pour la technicienne du Normandy. C'était la première fois depuis son réveil, qu'il lui était donné de rencontrer une personne de son espèce, après avoir sommeillé pendant près de 50 000 ans. Javik semblait toujours plus qu'étonné lorsqu'il découvrait l'évolution qu'avaient pu suivre certaines races aliènes, les drells ne faisaient apparemment pas exception à la règle. Il trouvait toujours quelque chose à redire, le bien souvent une petite pique bien dissimulée, dans l'exemple de « Nous n'en n'aurions jamais autant attendu de votre espèce… ». Il était toujours aussi peu sympathique et antipathique et pourtant Shepard l'appréciait autant qu'un autre.

-Rien commandant, aucun incident n'a été signalé, un calme plat, ou du moins rien d'anormal. Hormis une commande de matériels informatiques qui était attendu pour le quinze de ce mois-ci, c'est-à-dire hier. Cependant celle-ci n'a jamais atteint sa destination. Répondit la drell.

-Vous pouvez voir si c'est d'ici qu'a été émis le message d'alerte ? Demanda l'amiral en retour.

-Bien sûr… Juste un petit instant… Les yeux toujours fixés sur son écran, Ansa effectua quelques habiles manœuvres de sa main droite, ouvrant encore quelques fichiers supplémentaires. Négatif, le signal ne venait pas d'ici. Les films de la vidéo surveillance attestent du fait qu'aucun officier de l'Alliance n'a mis le pied dans cette partie de la station depuis plus de trois jours… Le message n'a donc pas pu être émis à partir de ce poste informatique…

Shepard grimaça légèrement, quelque chose ne tournait pas rond. Comme pour valider ses pensées, cette dernière activa son omnitech pour ainsi faire apparaître sous ses yeux un plan de la station. Après un bref examen, elle releva de nouveau la tête.

-Attendez… nous sommes pourtant dans la salle des commandes, ce n'est pas logique… Pourquoi aucun membre du personnel n'y serait passé depuis tout ce temps… Et d'après les quelques données transmises par l'Alliance, ce complexe ne bénéficie que d'une seule et unique pièce équipée de matérielle informatique en raison de sa petite superficie… Le signal provient donc obligatoirement de ce poste…. Les caméras ont bien pu être trafiquées.

-Ou alors le réseau a tout simplement été piraté à distance, ce qui ne nécessite aucun déplacement… Ceci est à la porté de n'importe qui… Ajouta d'un même pas le prothéen.

Shepard acquiesça d'un signe de tête, ceci n'était pas la seule chose étrange que chacun avait pu remarquer depuis leur arrivée dans le complexe, quelques dizaines de minutes auparavant. Après avoir été déposés par la navette avec à ses commandes le lieutenant Steve Cortez, la petite unité s'était infiltré dans les lieux sans le moindre problème, tout comme un couteau rentrerait dans du beurre. Le spectre s'attendait pourtant à un joli comité d'accueil en bonne et due forme et pour cause, en général un signal d'alerte était synonyme d'attaque, ou d'assaut éventuel lancé par n'importe quel groupe mercenaire. Cela avait déjà été vu des millions de fois, cependant il avait bien fallu se rendre à l'évidence, les couloirs étaient tous aussi désertiques les uns que les autres, la station semblait tout simplement abandonnée. Et pourtant, c'était comme si le temps s'y était arrêté, les lumières étaient toutes éclairées, dans les salles précédentes l'on pouvait trouver diverses bricoles de la vie de tous les jours sur une station militaire de l'Alliance. Des objets qui témoignaient du passage encore récent d'au moins une âme qui vive, même si cela se résumait à quelques tasses de café frelatées, traînant sur une table basse depuis plus de 72 heures. Et pourtant, Rayto était catégorique, aucun pique d'activité n'avait été relevé depuis plus de trois jours.

-Coupez-moi ça… On en apprendra pas plus ici, le mieux reste encore d'aller un peu plus loin. Au moins pour voir ce qu'il en est. Déclara Shepard.

-Commandant attendez… J'ai peut-être quelque chose, le back-up de la baie d'amarrage numéro 1.2 destinées à recevoir les marchandises importées, indique que les portes de celle-ci ont été verrouillées il y a de cela trois jours également. Il était donc bien évidemment impossible que leur dernière commande puisse arriver à bon port. Je ne sais pas si cela nous avance en quoi que ce soit, mais c'est tout de même assez…

-Étrange. La coupa Shepard. Aller, en avant !

[…]

« *Gzrzzzzzzrrz* Amiral, vous me recevez ? Shepard ? J'aimerais avoir votre position s'il vous plaît ! » Lança une voix qui retentit dans chacune des oreillettes des trois agents en mission.

-Je trouve ce grésillement fortement désagréable… Bougonna Javik au détour d'un couloir. Et l'insistance de votre doctoresse est davantage déplaisante commandant… Mais je pense que si vous daigniez lui donner une réponse, cette dernière prendrait peut-être soin d'épargner nos tympans.

Shepard fronça les sourcils, bien évidemment la petite équipe médicale du docteur Rahna Guldur était de la partie. L'amiral n'avait tout simplement aucun pouvoir sur eux, il lui était donc impossible de leur refuser l'accès à la moindre petite escapade, sur la moindre petite planète ou station. Tout ce qu'elle avait pu trouver pour manifester son mécontentement et le fait qu'elle n'adhérait pas du tout à cette situation, avait été cette espèce d'absence d'informations, que l'on qualifiera de "silence radio". Situation qui devenait peu confortable en raison de l'insistance dont faisait preuve la doctoresse, qui elle avait décidé qu'elle ne la fermerait pas tant que Shepard n'aurait pas coopéré. Des intonations fortement désagréables résonnaient donc dans les oreilles de chacun, empêchant toute concentration.

-Hors de question de collaborer avec ses toubibs, c'est justement si on lui donne satisfaction que l'on aura plus la paix. Cette comme de la mauvaise herbe, donnez-lui tout ce qu'il lui faut pour l'éliminer, elle ne fera que gagner du terrain. Rétorqua Shepard.

-Il est pourtant de votre devoir de maîtriser vos hommes Shepard… N'êtes vous pas réputée pour être une excellente meneuse ? Nous ne pouvons continuer ainsi, vous devriez mettre vos sentiments de côté et faire passer le bien de la mission avant le reste. Ce n'est pas dans de telles conditions que nous pourrons avancer.

-Vous gagnez…

Le spectre stoppa la marche, plaçant deux doigts sur son oreillette, Javik avait peut-être la sale habitude de parler franchement en manquant bien souvent de tact. Mais cela avait au moins l'avantage de remettre Shepard sur le droit chemin, il s'agissait peut-être bien de boulot au fond, mais il ne fallait surtout pas que cela interfère dans une mission. Il fallait bien savoir faire profil bas de temps à autre, aussi Rahna allait-elle enfin obtenir une réponse.

-Guldur… Secteur sud-ouest…. Maintenant bouclez là ! Lâcha-t-elle sans ménagement, devant le regard stupéfait de la drell qui se trouvait à sa droite.

-Un problème Rayto ? Demanda-t-elle circonspecte, en remarquant l'air ébahi de sa coéquipière.

-C'est que, ce n'est pas notre position… Je veux dire… Le secteur sud-ouest se trouve totalement à l'opposé notre localisation actuelle. Répondit-elle.

-J'ai dit que j'allais lui donner une réponse, en revanche je n'ai jamais prétendu que ce serait là l'exacte vérité ! Comme ça on aura la paix. Déclara-t-elle, la bouche fendue d'un léger sourire en coin. Victorieuse, elle reprit les devants, les invitants à la suivre d'un geste de la main.

[…]

Cela faisait à présent plus de deux heures que l'humaine, la drell et le prothéen continuaient leur avancée au sein de la petite station spatiale de l'Alliance. Celle-ci brillait par l'absence de tout officier ou agent du personnel, il leur semblait qu'ils se trouvaient déjà à des billions d'années de toutes sortes de formes de vie possible. Pas une seule balle n'avait fusée, aucun bouclier cinétique n'avait été affaiblie, c'était un calme plat comme il est rare d'en trouver. Cela ne faisait qu'éveiller l'intérêt de Shepard, qui entrapercevait déjà la conclusion que prendrait cette histoire. Pratiquement plus aucun doute ne planait quant à l'hypothétique existence de survivants, les chances semblaient à présent infimes de retrouver ici un autre cœur qui batte. Il s'agissait surement d'un massacre dans les règles de l'art, et sans doute derrière la dernière porte, l'équipe aurait la male de chance de tomber sur tout un amoncellement de cadavres. Ce qui expliquait déjà le fait qu'aucune trace de sang n'ait été visible, soit les éventuels assaillants avaient comme qui dirait fait le ménage derrière eux, soit les crimes n'avaient tout simplement pas été commis dans les salles précédentes. Mais pourtant, ceci était peu probable, il paraissait bien trop compliqué d'attirer tout le personnel aux confins du complexe, là où personne ne se rendait jamais. Néanmoins, dans de tels locaux un seul coup de feu était immédiatement détectable, quand bien même l'arme pouvait être équipée d'un silencieux. Il y avait là bien assez de matériel de surveillance, de drones et de gardes en tous genres pour qu'une alerte soit vite passée. Sans parler des différents postes d'accueil et de contrôle pour les deux baies d'amarrages de la station, qui représentaient déjà une limite presque infranchissable. De plus, il y avait un autre détail qui ne tournait pas rond, le verrouillage des différentes portes extérieures, cela n'avait aucun sens d'autant qu'une commande était attendue.

Tout cela portait à croire, qu'il ne s'agissait pas d'une intrusion, mais d'une attaque faite de l'intérieur. Shepard n'était pas sans savoir que de nombreux agents infiltrés étaient passibles de se trouver dans les rangs de l'Alliance. On avait déjà vu cela par le passé, notamment avec des hommes de Cerberus. Parmi tout ce petit lot de chercheurs, il devait donc surement il y avoir un traitre. Une personne avec suffisamment de poids pour pouvoir prendre l'initiative de fermer les baies d'amarrage et ainsi resserrer l'étau sur ses victimes, se retrouvant prises au piège dans une station dans laquelle elles ne pouvaient plus s'enfuir. Un être au visage sympathique, qui inspirait certainement le respect et la confiance, assez habile pour manipuler toute une communauté. Le genre de personne que l'on pourrait suivre sans se poser de questions, ou avec qui l'on ne prendrait pas la peine de se retourner lors d'une discussion. Et lui alors, devait surement en profiter pour vous poignarder dans le dos. Dans un vaste couloir, dont le mur gauche était parcouru de grandes baies vitrées, incassables de l'intérieur comme de l'extérieur et qui offraient une vue plus ou moins atypique des étoiles et planètes lointaines, et dont le droit était peint d'un blanc presque hôpital. Shepard se tenait à présent devant une porte métallique verrouillée, à en juger par le voyant rouge qui se trouvait en son milieu. Le spectre pivota sur la droite, dégageant ainsi le passage à la technicienne.

La drell acquiesça d'un signe de tête sans même que l'amiral n'ait eu besoin de souffler le moindre le mot et quelques secondes plus tard, les deux battants s'ouvraient sur une vaste pièce meublée par des dizaines de tables, un réfectoire. Au fin fond se trouvait une dernière porte, l'ex-commandant osa passer la tête.

-RAS… Glissa-t-elle tout bas avant de porter son attention sur son omnitech. Après ce passage là-bas, c'est un cul-de-sac, nous sommes arrivés à la fin du complexe. S'il y a quelque chose à voir, c'est ici que nous le trouverons. Restez sur vos gardes, à mon avis il ne serait pas judicieux de s'aventurer à la hâte.

Shepard examina brièvement l'arme qu'elle tenait entre ses mains, puis après un bref regard jeté sur son unité. Elle leva la main droite en avant, leur ordonnant ainsi à la suivre de près. Puis celle-ci se rabattit vers la gauche, indiquant à Javik d'aller ce poster de ce côté-là. Rayto sur ses talons, elle stoppa sa marche derrière une table, accroupie elle releva légèrement la tête, rien n'avait bougé.

-Vous allez courir m'ouvrir cette porte, de nous tous vous êtes la plus à même de le faire rapidement. Pendant ce temps et si besoin, je couvrirais vos arrières, pour le moment il n'y a aucune présence notoire. Mais ceci n'est peut-être qu'un piège…

Ansa regarda le premier spectre humain dans les yeux, puis de nouveau elle inclina la tête en signe d'approbation.

-À mon signal, vous courrez !

Shepard empoigna vivement son arme, puis redressant légèrement ses deux jambes, elle lâcha un « Maintenant ! ». La drell s'élança alors en avant sans la moindre hésitation et ce que Shepard avait redouté se produisit. Des balles se mirent à fuser de part et d'autre, terrant chacun des agents sous la table la plus proche. Le premier spectre humain effectua une roulade derrière une première chaise, puis une seconde afin d'obtenir un meilleur angle de vu. Cependant aucun ennemi n'était visible, ce n'est qu'en levant la tête qu'elle aperçut deux tourelles suspendues au-dessus de la porte. Celles-ci s'étant vraisemblablement déclenchées au passage de Rayto. Elle attrapa alors le fusil de précision veuve noire X, fixé dans son dos, l'arme rétractable se déplia entre ses mains et celle-ci plaça la visée dans le champ de l'une des premières tourelles. Une première détonation se fit entendre et la machine meurtrière vola en éclat, durant ce laps de temps le spectre s'avança davantage, visant à présent la deuxième, puis seconde déflagration tandis qu'un « Derrière vous » résonna dans la salle. Une première balle s'écrasa sur le bouclier cinétique de Shepard, et la seconde effleura sa joue, créant par la même occasion une plaie dont un filet de sang s'échappa presque immédiatement. Celle-ci plongea alors sur la gauche.

-Mobile vers couverture. Cria-t-elle à gorge déployée.

Nichée derrière une colonne, elle essuya le sang d'un bref revers de la main puis reporta son attention sur le front sud de la salle. Un meca de surveillance titubait en sa direction, amoché par une balle du prothéen. Shepard dégagea donc son bras et lança une singularité dans laquelle le robot fut inévitablement entraîné.

-Zone nettoyée ! S'empressa de déclarer Ansa à leur attention.

Javik et Shepard sortirent de leur cachette, tandis que la technicienne s'avançait vers eux, cependant le commandant pivota la tête en direction de la porte verrouillée.

-Ouvrez-moi ça !

Celle-ci fit immédiatement demi-tour.

-Commandant ?

-Ne vous inquiétez pas, ce n'est rien Javik. Répondit-elle. C'était donc ça le comité d'accueil, posté ici afin de repousser les éventuels curieux, ou d'éliminer tout survivant… Je ne sais pas, mais en tout cas personne n'était censé en réchapper…

-Amiral ! Venez voir ça…

Shepard s'en retourna aussitôt, gagnant le seuil de la porte, derrière lequel se dessinait un bien macabre spectacle.

[…]

-Vous pensez donc qu'il s'agit d'un massacre prémédité et orchestré par un dit agent qui se serait infiltré par les officiers de l'Alliance ?! Punaise c'est du lourd ça ! Je les plains moi, tous ses scientifiques qui n'ont rien vu venir, se faire trahir et tuer par quelqu'un en qui on avait toute confiance… Un ami… Vous imaginez ?! C'est pire que tout… Surtout vu comment ça c'est passé d'après votre rapport. Comme il a pu faire ça de sang-froid après tout ce temps passé avec ses gens… Froidement abattu les uns après les autres, c'est vraiment…. du lourd…

-Une chose est sûre, cet homme ou cette femme d'ailleurs, n'a pas agi seul… Je ne sais pas qui est derrière ce bordel, mais je compte bien trouver. Peu importe qui cela peut bien être pour l'heure, je pense qu'il avait quelque chose à cacher, quelque chose d'assez gros pour un tel massacre…. Tous les dossiers et fichiers informatiques ont tout bonnement été effacés, mais ça ne devait pas leur suffire. À mon avis, tout le personnel devait-être au courant de ce sujet surement compromettant, à tel point qu'il leur a fallu tous les éliminer sans exception, pour chacun garde le silence… Ils ont très certainement été pris de court, on a retrouvé des explosifs dans la pièce où ils avaient entreposés les cadavres. Ils projetaient surement de faire exploser la station, mais je ne sais pas… Peut-être que l'un d'eux s'est aperçu qu'un signal d'alerte avait été émis, sans doute par un des scientifiques en espérant que quelqu'un pourrait intervenir. Puis perturbés, ils ont sans doute décidé de mettre les voiles, craignant de ne pas être partis à temps… Si on retrouve un fichu registre du personnel, on pourra très certainement retrouver l'identité de la taupe, grâce à l'examen des cadavres, on verra bien qui n'est pas dedans.

-Ce n'est pas pour autant qu'on le retrouvera, mais vous connaissant, ce n'est pas ça qui arrêtera ! Vous avez bien débusqué Saren, après tout ! En tout cas, votre joue elle en a pris un coup ! Ce n'est peut-être qu'une éraflure mais vous l'avez échappé belle ! Déclara Vega.

Shepard répondit par un bref haussement d'épaules, avant d'attaquer son second sandwich, attablée dans le mess du Normandy. Son plateau compartimenté, était à l'origine garni de deux sandwichs, un peu de purée de pommes de terre, un verre d'eau, une pomme et enfin un parte de tarte au flan, soit un menu parfaitement adapté à un biotique. La veuille, celle-ci était revenue de sa mission sur la station de l'Alliance, après laquelle elle avait immédiatement contacté l'Amiral Hackett pour l'informer de la situation plus qu'étrange. Après quoi, elle s'était permis un bref passage à l'infirmerie, histoire de coller un pansement sur sa joue légèrement enflée, pendant ce temps la macabre histoire avait vite fait de faire le tour du vaisseau, pour arriver jusqu'à l'œil du Lieutenant Vega. Celui-ci avait donc rejointe Shepard, qui était alors installée sur le pont résidentiel pour casser la croûte.

-Vous-vous alimentez enfin convenablement, ça fait plaisir ! Remarqua-t-il.

-Il serait inutile de ne pas être en bonne forme physique… Surtout pour un boulot pareil, puis arrêtez de me surveiller, parce que c'est "lourd", comme vous aimez le dire.

James se laissa aller à rire à pleine voix, puis il poussa sa chaise en arrière avant de se relever et de la remettre en place contre la table.

-Je vais donc vous laisser commandant, au fait je tenais à vous dire. C'était du joli avec la petite doctoresse, Rahna je crois. Elle n'a pas l'air d'avoir apprécié votre manège, la vie sur ce vaisseau c'est encore mieux que le feuilleton du samedi soir ! On va appeler ça "la révolte de Shepard", ou mieux encore "Shepard contre attaque"! Qu'est-ce que vous en dites ?

-J'en dis que vous avez trop regardé Star-Wars quand vous étiez gosse, Vega !

Le lieutenant leva les yeux au ciel, puis il s'en alla par l'une des allers. Laissant derrière lui Shepard qui achevait son dernier sandwich, le sourire aux lèvres, une fois de plus amusée par le côté enfantin de James. Ainsi Rahna avait donc déprécié le petit tour du premier spectre humain, elle en était donc pleinement satisfaite elle-même. Sans doute agissait-elle aussi comme une enfant de son propre côté, mais c'était là une affaire peut-être un peu plus compliquée. Mais personnelle ou professionnelle, telle était la question. Ceci, Shepard ne préférait ne pas y penser, elle flairait quelque chose d'autrement plus intéressant et avec cette dernière mission, une tâche supplémentaire c'était ajoutée à sa liste de choses à faire.

-Une fois de plus vous avez filé comme une voleuse ce matin ! Lança le major en guise de salut, faisant à son tour irruption dans le mess. Shepard en cracha presque le morceau de pomme qu'elle venait d'avaler de travers. Tout sourire comme à son habitude, Kaidan attrapa un des plateaux déjà complets et mis en libre service sur le comptoir de la microscopique cuisine du Normandy. Il traversa alors les quelques mètres qui le séparait de la table de Shepard, puis y déposa son plateau. Avant de se pencher en sa direction, sans doute pour exiger un baiser de sa part et qui fut rapidement échangé, après quoi il gagna le siège se trouvant face à elle.

-Et à cette remarque je vous donnerais inlassablement cette même réponse, je ne voulais pas vous réveiller. Vous avez besoin de sommeil, et nous n'avions pas besoin de vous pour la mission d'aujourd'hui, cela aurait été inutile. Répondit-elle simplement.

-J'aime peut-être me réveiller en même temps que vous !

-Ah… Je n'avais pas envisagé la chose sous cet angle…

Kaidan lui sourit une nouvelle fois, tout en attrapant un sandwich tandis que Shepard vidait son verre d'eau.

-On raconte que ce n'est pas bien beau ce que vous avez trouvé en bas.

-Non pas vraiment effectivement, ça me rappelle étrangement une ancienne affaire dont Anderson m'avait parlé. Sidon, je ne sais pas si vous la connaissez, elle est classée secrète donc… Quoi qu'il en soit, leur façon d'agir a été assez similaire, rassembler tous les cadavres en fond de cave pour ensuite faire exploser la station. Ce qui en l'occurrence ici, n'a pas pu être fait. Je ne sais pas trop comment cela va tourner, Hackett m'a bien sûr dit que l'Alliance allait prendre le relais et enquêter sur place, mais je ne pense pas qu'ils trouveront davantage d'indices.

-Grosso modo, vous ne savez pas encore si vous allez totalement vous retirer de l'affaire. Vous savez Shepard, ce n'est pas parce que c'est vous qui les avez découvert, que c'est pour autant vous qui devez leur rendre justice. Vous n'êtes redevable à personne, je pense que vous avez déjà bien assez à faire actuellement…

-Je ne sais pas, vous avez peut-être raison. Mais je dois admettre que cette foutue guerre derrière moi, je ne pensais plus avoir à faire à un tel spectacle. Mais c'était bien naïf de ma part, il n'y aura jamais de fin pour l'horreur. On a juste enlevé le plus gros méchant du paysage, bon les deux plus gros, si on compte Cerberus. Dit-elle.

-N'oubliez pas Saren et ses geths, puis les récolteurs et bientôt vous débusquerez cette cellule terroriste. Et un peu d'ordre reviendra, tant que vous serez là, l'humanité n'aura sans doute rien à craindre.

-Cela ne veut pas dire que parfois je n'ai pas envi de tout plaquer, rendre service c'est bien joli, sauver des vies… Mais derrière qu'est-ce qu'il nous reste, si ce n'est la reconnaissance éternelle des gens qui nous entourent ? Depuis que je suis morte, j'ai tendance à me dire que chaque instant est précieux, ce qui est paradoxal quand on pense que je passe la plupart de mon temps à zigouiller des cibles mouvantes. Je vais peut-être bien finir par y laisser ma peau, était-il vraiment nécessaire que je m'en sorte à la Citadelle ? Je n'en sais rien, mais bon il y avait sans doute une bonne raison à cela, hormis vous je cherche encore, quoi que c'est déjà bien suffisant. Vous savez, finalement quand on y réfléchit bien, vous auriez pu être à ma place depuis le début. Sur Eden Prime, si je ne vous avais pas éloigné du champ de cette balise prothéenne, nos places auraient été échangées !

-A vrai dire je ne crois pas, il n'y avait bien que vous pour avoir les épaules assez fortes pour porter tout cela. Je ne pense pas que j'aurais survécu à cette balise, de plus à l'époque c'était bien vous qui étiez pressentie pour devenir spectre et pas moi. Cela devait-être vous depuis le début, c'est peut-être un peu injuste mais…

-Vous n'avez pas fini de vous dénigrer, après toutes les recommandations de votre dossier, votre grade et le fait d'être passé spectre ! Sans parler de cette étoile de Terra que vous avez reçu à la fin de la guerre, l'Alliance vous a dans le collimateur et dans le bon sens. Vous auriez pu tenir ce rôle sans problème, sans oublier que j'aurais surement été derrière. Rétorqua-t-elle. Je suis bien loin d'être aussi irréprochable, allez donc voir mon dossier. J'ai moi-même été en disgrâce il fut un temps, placée en détention pendant près de six mois, accusée de désertion et avec l'explosion d'un relais cosmodésique sur le dos, où 30 000 butariens avaient péri. Même si c'était là le prix à payer, et que cela ressortait d'un ordre de l'amiral Hackett. Oh, et je ne sais pas si vous-vous en rappelez mais une fois j'ai volé le Normandy, bon certes vous étiez du voyage !

-Et qui avait déjà reçu une première étoile de Terra pour le Raid Skyllien ? L'attaque de la Citadelle ? C'était vous non, et après la guerre tout l'équipage du Normandy sans exception en a reçu une, rien de bien glorieux pour ma part. Vous cela rendait plutôt bien, vous étiez sur deux béquilles le jour de la cérémonie. On vous doit tous notre peau Shepard, ne cherchez pas à prouver le contraire !

Shepard lui répondit par une légère grimace, puis elle poussa légèrement sa chaise en arrière afin de se mettre plus à son aise. Un grand nombre de questions qu'elle aurait voulu lui poser, trainaient dans sa tête sans pour autant vouloir en sortir. Elle n'était pas du genre suicidaire, s'aventurer sur un terrain sensible ne serait donc pas pour aujourd'hui.

-Vous avez donc fait votre première mission avec Rahna aujourd'hui ? La questionna-t-il soudain, ce qui eut pour effet de lui faire relever la tête. Elle s'attendit immédiatement à un reproche qui étonnamment ne vint pas. J'ai cru comprendre que vous n'étiez pas tout à fait d'accord avec ce projet de l'Alliance, mais avez-vous cherché à en voir les bons côtés ?

-Parce que sincèrement, vous en voyez-vous ?

Kaidan ne su trop quoi répondre.

-Disons qu'en cas de tuile… Non vous avez raison, ça n'a aucun réel intérêt. Cependant vous pourriez peut-être coopérer un peu plus, ils finiront bien par se rendre compte de l'inutilité de la chose et là vous aurez la paix. Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de le faire payer à leur équipe médicale.

Shepard leva un sourcil, interpellée, tout comme si elle venait de recevoir un coup dans l'estomac. Rahna devait vraisemblablement avoir la langue bien pendue et très certainement être rancunière, pour que chaque équipier qui avait croisé la route de du spectre ait déjà eu vent de l'affaire. C'était une méthode pour le moins lâche de régler ses comptes.

-Mhhhm… Se contenta-t-elle de répondre, manquant de répartie sur l'instant. Le major ne préféra pas insister, sentant les ondes néfastes se propager dans la pièce, il termina son second sandwich, qu'il fit passer à l'aide d'un verre d'eau.

-Pour moi, cela aura au moins eu un point positif, je ne pensais par avoir un jour l'opportunité de revoir Rahna. C'est étrange de croiser de vieilles connaissances, des amis d'enfance. Elle n'a pas changé d'un poil, toujours aussi brillante.

« À oui ? Comme c'est étonnant… »S'accorda à penser l'ex-commandant, une main maintenant son menton en place.

-J'en conclus qu'elle n'a donc plus peur de vous ? Plaisanta-t-elle.

-Bien sûr que non, puis se serait étrange de devenir un officier de l'Alliance tout en sachant que le moindre soupçon de violence nous fait détaler en courant. On a un peu parlé de tout et de rien, puis on a fini par s'expliquer. Elle m'a dit qu'elle était sincèrement désolée pour la façon dont-elle avait réagi à l'époque après la mort de Vyrnnus. Je pense qu'après cet incident, cela a surement été aussi dur pour elle de s'en remettre que cela l'avait été pour moi. Dites-moi, c'est bien une part de tarte au flan que vous avez là ? Remarqua-t-il soudain, les yeux baissés sur le plateau de Shepard.

-Et vous, vous avez un croissant ! Répondit-elle, le regard soudainement illuminé.

-On échange! S'écrièrent-ils simultanément. Après quoi, un sourire complice chacun attrapa le dessert de l'autre pour s'en repaitre. Mordant à pleines dents dans son croissant, Shepard s'éloignait déjà à grands pas du sujet de conversation. Il lui fallut quelques minutes, le temps d'achever sa viennoiserie et de se frotter les mains pour se débarrasser des miettes, avant qu'elle ne reporte son attention sur son interlocuteur.

-Si je comprends bien, vous-vous êtes donc rabibochés. C'était l'un de vos regrets passé si je me souviens bien, une chose en moins à emporter dans la tombe. Il y a une différence entre la quinzaine et la trentaine, elle comme vous avez changé. Même si vous n'aviez en vérité rien à vous reprocher. Ce débarquement de toubibs vous aura au moins été bénéfique. Quant au reste, c'est une autre histoire. Dit-elle dans l'espoir clore la discussion.

-Je pense que si vous passiez outre le fait, que vous ne soyez pas tout à fait en accord sur le plan professionnel. Vous pourriez vraiment très bien vous entendre, comme je vous l'avais déjà dit, elle vous ressemble beaucoup. Rahna a d'ailleurs beaucoup de respect pour vous, elle est dévouée à son travail, perspicace, plus douée qu'elle n'ose l'admettre en biotique et…

« Hypocrite, sournoise, détestable, machiavélique, manipulatrice ! »Ajouta-t-elle mentalement.

-Major, je n'ai jamais douté du potentiel et des facultés que pouvait bien avoir le docteur Guldur, bien au contraire. Son dossier parle pour elle.

-Vous avez consulté son dossier ? S'enquit-il.

-Bien évidemment, c'est une chose que je fais pour chaque personne intégrant mon équipage, je préfère savoir à l'avance à qui je vais être confrontée. Ses états de service sont impeccables à plus d'un titre, plusieurs recommandations, il ne fait aucun doute que c'est une bosseuse. Mais cependant, je ne chercherai pas à gagner sa sympathie, pour plusieurs raisons. Si j'étais honnête avec vous, je vous dirais que c'est principalement à cause du fait qu'elle m'est totalement odieuse. Je n'aime pas les gens dans son genre qui prenne un malin plaisir à se cacher derrière une façade, des sourires, de belles paroles et un beau ramassis de conneries. Je déprécie aussi totalement le fait que l'on vienne foutre le souque en mission. Elle ferait bien mieux d'apprendre à la mettre en veilleuse si elle ne veut pas que Javik la balance dans l'espace tout comme il escomptait le faire pour Légion.

Curieusement, Shepard disait cela avec une étrange assurance, ne semblant nullement gênée. Tandis que dans un même temps elle s'activait à ranger minutieusement chaque couvert dans le compartiment de son plateau. Les yeux d'abord fixés sur la surface plastique de quarante centimètres sur trente, elle relevait finalement la tête. Et quelle ne fut pas la consternation ou la stupeur du major, de s'apercevoir qu'elle était plus que sérieuse, ce qu'elle disait là, maintenant, tout de suite, elle en pensait chaque parole avec une conviction presque religieuse.

- Libre à vous de l'estimer autant que vous le souhaitez. Aussi, laissez-moi donc gérer cette relation comme bon me semble, tout comme je n'interfère pas dans la vôtre. Je n'attends strictement rien de sa part, bien qu'elle espère que je me rende à l'évidence. Ce qui ne risque pas d'arriver, je préférais encore rendre mon tablier plutôt que de m'écraser devant l'Alliance ou encore elle. Si vous ouvriez un tant soit peu les yeux, vous pourriez surement constater sans le moindre problème qu'elle n'attend qu'une seule chose, vous sauter dessus.

Shepard se levait à présent, il n'y avait toujours pas le moindre chat sur le pont résidentiel, rien de plus normal. L'heure du déjeuner était dépassée depuis bien longtemps déjà et dès lors chacun était retourné s'affairer à la tâche. L'on pouvait seulement apercevoir le docteur Chakwas qui effectuait un tri de dossiers dans son infirmerie. Quant aux autres médecins, ils avaient pris d'assaut la salle de réunion pour une petite mise au point. D'un geste habile, elle ajouta son plateau à l'imposante pile qui s'était constituée.

-Ha et encore une chose, bien sincèrement je ne crois pas qu'elle est moi ayons le moindre point commun. Je vous laisse donc méditer sur la chose. Ajouta-t-elle.