Chapitre 9 : Sonate pour un retour fracassant :

« Hier, mes bras t'ont entouré, mes lèvres ont tremblé sur tes lèvres, [...] Tu es à moi pour toujours, tu es à moi pour jamais ! Je t'aime. » Johann Von Goethe.

Le lendemain matin, dans la maison de Moriarty

Sherlock fut réveillé par une sensation étrange sur le bout de son nez. Il ouvrit péniblement les yeux et fut agréablement surpris de voir ce qui avait troublé son sommeil : devant lui se trouvait une superbe rose rouge. Levant son regard, il vit Jim qui lui adressa son éternel sourire de Chat de Cheshire.

« Bien dormi, le Beau au Bois Dormant ? » demanda le génie criminel avec malice « Absolument ! » répondit le génie détective qui se redressa pour embrasser son amant quand une douleur lancinante dans le bas du dos l'en dissuada.

« Tout va bien ? » demanda Jim, réellement inquiet.

« Oui, oui, ça va… Juste quelques séquelles de la nuit dernière… » répondit le détective avec malice, ce qui ne manqua pas d'amuser le criminel consultant

« Au moins, je suis sûr et certain d'avoir marqué mon empreinte sur toi de manière durable ! » dit-il avant de se baisser pour poser ses lèvres sur celles de son amant qui sourit à cette attention.

Lorsqu'ils se séparèrent, Jim vint ensuite se coller à Sherlock dans une étreinte à la fois tendre et passionnée tandis que ce dernier passait sa main dans les cheveux noirs de son alter ego.

« Dis moi, qu'as-tu pensé de la soirée d'hier ? » demanda le génie criminel.

« Ce que j'en ai pensé ? Sans doute que c'était la meilleure soirée d'anniversaire de ma vie ! »

« Ah, je savais que ça te plairait ! Et puis-je savoir quelle partie était ta préférée ? »

Réfléchissant rapidement, le détective répondit « Mais tout était absolument parfait. Et quand je dis tout, je dis bien tout ! » ajouta t-il avec un sourire en coin.

« Voilà qui me rassure ! Alors, qu'est-ce que tu veux qu'on fasse, maintenant ? »

« Oh, et bien… Et si on restait là, encore un peu ? Histoire de prolonger le plaisir. »

« Mmh…. Idée acceptée ! » répondit Moriarty qui posa sa tête contre le torse de Sherlock.

Installés dans un silence agréable, les deux amants profitèrent de la présence de l'autre sans émettre un seul mot… jusqu'à ce que Sherlock pensa tout haut « Et dire qu'il a fallu attendre tout ça… » Cela ne manqua pas de titiller la curiosité de son alter ego qui leva les yeux vers lui « De quoi tu parles, Sherly ? »

« Hein ? Oh, rien… »

Se redressant sur son coude, Jim fixa ses orbes noires dans celles du détective « Si tu crois que tu peux me mentir aussi aisément, tu te trompes, mon mignon ! Allez, dis moi ce qui te passe par la tête ! » Le détective consultant reporta son attention vers le plafond

« Oh, ce n'est pas grand-chose… C'est juste que je me faisais la réflexion qu'il a fallu attendre ma rupture avec Watson pour voir qu'il y avait quelqu'un d'autre qui me comprendrait. Et que je suis passé à côté de quelque chose pendant tout ce temps… »

Soudain, Sherlock sentit deux doigts lui prendre délicatement le menton et l'obliger à poser son regard sur celui de Moriarty « Écoute, Sherly. Je sais que ce que tu as vécu dernièrement t'a laissé une belle cicatrice, mais oublie Watson ! Il ne fait plus partie de ta vie désormais, alors que moi, j'y suis à présent ! »

Il reprit son souffle avant de reprendre « Et puis, quand tu dis que tu es passé à côté de quelque chose, tu n'es pas le seul à te faire la remarque : moi aussi, j'ai eu l'impression d'avoir raté une étape quelque part. Mais maintenant qu'on est là, tous les deux, je me dis qu'il valait mieux s'en rendre compte tard que de ne jamais le savoir. Tu ne penses pas ? »

« Si, tu as raison. Je suis désolé de t'embêter avec mes états d'âme : je ne suis pas un grand expert dans les relations amoureuses… »

« Est-ce que je t'ai dit que tu m'embêtais ? Non ! Alors, ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit – ni pensé, d'ailleurs. Et puis, ça devait être frustrant d'avoir à vivre avec un QI de crevette comme Watson tous les jours… »

Cette remarque fit éclater de rire Sherlock « On peut dire les choses comme ça, oui ! C'est vrai que des fois, j'avais l'impression de l'avoir perdu en plein milieu de mes explications ! »

« Ce qui prouve mon point de vue ! » déclara Jim, fier de sa trouvaille

« Exactement. » répondit le détective qui déposa un baiser sur le front de celui qui le comprenait le mieux.

Passant une bonne partie de la matinée dans le lit, les deux génies restèrent ainsi, jusqu'à ce que Sherlock décida qu'il était temps pour lui de regagner Baker Street – sait-on jamais, Lestrade pourrait avoir besoin de lui. Jim n'était pas vraiment enthousiaste à l'idée de se séparer déjà de son amant, mais il comprenait : à force de trop traîner par ici, le détective allait finir par provoquer la curiosité de Scotland Yard, et si on venait à découvrir leur liaison, Sherlock risquait de tout perdre en une fraction de seconde. Et cela, le génie criminel ne le supporterait pas.

Alors qu'ils étaient en train de prendre le café dans le salon, la porte s'ouvrit et Sebastian Moran fit son entrée « Bonjour, patron. Mr Holmes ! »

« Bonjour Seb ! Tu es à l'heure ! »

« Toujours, boss. Ah, et pendant que j'y suis, bon anniversaire, Mr Holmes ! »

« Merci ! » répondit poliment le détective

« Puisque tu es là, Seb, et si tu raccompagnais Sherlock jusqu'à chez lui ? » demanda Moriarty

« Euh, c'est gentil, Jim, mais je préférerais prendre le taxi. Si on me voit arriver en limousine, je sens que ça va faire sensation. Et puis, si tu as des affaires à régler, mieux vaut avoir ton numéro deux sous le coude, non ? »

« Tu marques un point, Sherly. Il faut rester prudent ! »

Sitôt le café terminé, le détective commanda un taxi qui arriva deux minutes plus tard. Après avoir salué Jim et Sebastian, Sherlock s'installa dans le véhicule et prit la direction de Baker Street. Tandis que le taxi s'éloignait, Sebastian s'adressa à son employeur « Dites patron, vous auriez pu me le dire franchement… »

« De quoi tu parles ? »

L'ex-militaire eut un sourire entendu « Oh, ne me faites pas l'innocent, vous savez très bien de quoi je parle ! Il fallait juste me le dire que vous vouliez avoir la maison pour vous deux ! »

« Mais qu'est-ce que tu t'imagines, mon pauvre Seb' ? »

« Oh, c'est bon, patron, j'ai très bien compris ce que vous avez fait hier soir avec Holmes, et ce n'était certainement pas une partie d'échecs ! » ricana l'homme de main, ce qui agaça son boss « Seb, sois gentil et arrête de te mêler de ma vie privée ! OK ? »

« C'est compris, boss ! Je ne me mêlerais plus de votre vie sexuelle et sentimentale ! »

« SILENCE SEB ! »

Ellipse temporelle. Devant Baker Street

En descendant du taxi, Sherlock Holmes avait le cœur léger et le sourire aux lèvres : jamais il ne s'était senti aussi bien avec quelqu'un. Jim avait complètement transformé sa vie depuis le début de leur relation et le détective lui en serait à jamais reconnaissant pour ça.

Mais alors qu'il avait franchi le seuil de la porte, une odeur nouvelle vint lui titiller les narines : il ne se souvenait pas d'avoir senti ce parfum avant… Après avoir humé l'air une seule fois, le détective reconnut sans difficulté le délicat parfum de brins de lavande. Or, il était certain de ne jamais avoir acheté de lavande auparavant. Seule alternative possible : quelqu'un était venu déposer ces fleurs chez lui. Enlevant sa veste et son écharpe, il se dirigea vers le salon où il trouva un petit bouquet de lavande sur la table basse. Alors qu'il essayait de savoir comment ce bouquet a pu finir dans son salon, une voix dans son dos retentit « Ah, tu es rentré ! »

Se retournant, Sherlock crut faire une attaque cardiaque : devant lui, se tenait John Watson, habillé d'une chemise à carreaux et d'une paire de jeans bleu foncée. Il affichait un air amical, bien loin du rictus méprisant et froid d'il y a presque trois mois.

Stupéfait, le détective balbutia « T-t-t-toi ! Mais qu'est-ce que tu fais là ? Et comment es-tu entré ici ? »

« J'ai le double des clés, tu te souviens ? » lui répondit simplement le docteur.

Sherlock se pinça l'arête du nez : il venait de se rappeler de ce petit détail !

« Oui, je m'en rappelle, en effet. Et je suppose que tu es celui qui a amené ce bouquet de lavande ici ? »

« En effet, c'est moi ! Je me suis dit que ça amènerait une petite touche de couleur dans la maison. Et puis, j'étais venu pour te parler… »

« Quand tu dis que tu es venu me parler, est-ce que tu veux dire que tu viens discuter ou m'insulter ? »

Watson esquissa un sourire amer avant de répondre « Je suis bien venu pour discuter. Et si on s'asseyait pour en parler ? »

Hochant légèrement la tête, le génie sociopathe invita John à s'asseoir dans le fauteuil en face du sien. Une fois les deux hommes installés, Sherlock prit la parole

« Bien, maintenant que nous sommes assis, je t'écoute… »

Le docteur prit une légère inspiration avant de se lancer « Avant toute chose, je suis venu m'excuser pour ce que je t'ai dit, la dernière fois qu'on s'est vus. Je n'aurais jamais du te dire ces horreurs… » « À la bonne heure ! C'est bien de t'excuser, même trois mois après ! » remarqua Sherlock d'un ton sarcastique.

« Je sais, j'ai été un vrai connard, mais laisse-moi terminer, s'il te plaît. Où en étais-je ? Ah oui ! Je disais donc que je m'en voulais de t'avoir parlé comme à un moins que rien. Tu es quelqu'un de bien, Sherlock, et ça, personne ne peut te l'enlever ! »

L'intéresse resta silencieux : un tel déballage de gentillesses, ça cache forcément quelque chose… et il allait le savoir tout de suite « C'est bien sympathique tout ce que tu me dis, mais je suis sûr que tu n'es pas venu jusqu'ici que pour ça. Et si tu allais dans le vif du sujet, tout de suite ? » « Décidément, rien ne t'échappe, on dirait. Effectivement, je suis venu te parler d'autre chose : je voulais qu'on ait une conversation au sujet de nous deux… »

« Allons bon, voilà autre chose ! »

Le médecin eut un petit sourire triste « Je savais que ça allait te rebuter, mais je te prie de m'écouter. Ce qui s'est passé avant notre dispute était un vrai désastre… »

« Sans rire ? » « Je n'ai pas fini, Sherlock. Je reconnais qu'on a laissé quelque chose filer un mauvais coton et que ni l'un ni l'autre n'avons tenté quoi que ce soit pour freiner tout ça… »

« Ah, la bonne blague ! »

« Comment ça ? »

« Le jour où je t'ai vu avec Molly, figure-toi que je voulais te demander d'aller au restaurant avec moi, histoire qu'on rétablisse une relation à peu près normale. »

John semblait sincèrement surpris en entendant cela « Je… Je ne savais pas du tout que tu voulais faire ça ! »

« C'était histoire de te faire une surprise… Mais bon, c'est comme ça ! »

« Oh, Sherlock, je… Si tu savais combien je suis désolé ! »

« Oui, j'ai compris, on ne va pas y passer la journée dessus. » répondit sèchement le détective.

« Euh, oui, c'est vrai… Mais tu sais, ces mois passés loin de Baker Street m'ont beaucoup fait réfléchir et ça m'a ouvert les yeux sur notre relation. Depuis le début, c'était moi qui ne faisait pas d'efforts : j'aurais dû me montrer plus compréhensif avec toi, plus patient… Je savais pourtant que d'être en couple était quelque chose de nouveau pour toi et qu'il fallait un peu de temps pour t'adapter à chaque étape. Mais j'ai voulu tout, tout de suite… C'était complètement stupide ! »

Le détective se redressa dans son siège et braqua ses orbes claires sur le docteur « Et si tu allais à la conclusion de ta réflexion ? »

« Et bien, j'en ai conclu qu'il fallait prendre un nouveau départ… »

« C'est ce que j'appelle une très bonne décision. Je te souhaite tout le bonheur du monde avec Molly… »

A ces mots, Watson se leva et prit la main de Sherlock dans la sienne « Non, Sherlock. Quand je parlais d'un nouveau départ, je parlais de notre relation ! »

« Quoi, comment ça ? » demanda le détective, bien qu'il avait la certitude de connaître la réponse. Et ses craintes furent confirmées « Sherlock, j'ai beau retourner la question dans tous les sens, la réponse est toujours la même : je t'aime et je n'ai jamais cessé de t'aimer. Molly me l'a fait remarquer, et m'a reproché mon attitude envers toi – elle-même s'en veut de t'avoir fait du mal. Je sais que ce que je t'ai fait subir est impardonnable, mais je ce que je ressens pour toi est toujours aussi vivace… Aussi, j'aimerais te demander si tu accepterais qu'on se redonne une seconde chance ! »

Là, dire que le chaos régnait dans le palais mental de Sherlock était un doux euphémisme : notre détective ne savait plus quoi penser à cet instant. Certes, il avait rêvé que John revienne, mais maintenant il avait trouvé quelqu'un d'autre, son ancien petit ami ne comptait plus dans le paysage. Comment faire ?

Sentant le regard de Watson sur lui, le détective se tourna vers ce dernier qui continuait à le fixer, une lueur d'espoir dans ses prunelles. Soupirant de désespoir, le génie sociopathe répondit « Bon, j'accepte que tu reviennes vivre ici, mais je ne veux pas reprendre notre relation tout de suite ! » « Ce n'est pas grave, je comprends. J'attendrais ta décision… Mais déjà, que tu m'acceptes de nouveau ici est quelque chose de génial. Merci ! » répondit le docteur en prenant le détective dans ses bras, sans voir la lueur d'inquiétude dans les yeux de Sherlock…