Bonsoir à tous ! Voici la suite de cette histoire, un peu plus tôt que prévu.
Bacciolino et cookie à vous.
Chapitre 8 : La beauté et la cruauté du temps.
Cela faisait maintenant des années que le groupe était formé. Grunlek, Florence et Eduard passaient à tour de rôle dans la ville où habitait Yuki, à la recherche du fameux groupe d'assassins. Ils avaient décidé de ne pas rester tout le temps groupé, pour ne pas attirer l'attention, mais également pour avoir un œil plus ouvert à tout changement. Ainsi, les missions s'enchaînèrent. Florence accueillait des nouveaux arrivant dans sa tribu. Eduard veillait sur certains festivals dans les contrées et Grunlek se chargeait de mission de cuisine ou de mécanique pour les riverains de tous horizons.
Le temps avait permis à ces trois personnes de mieux se connaître et de s'apprécier. Parfois, ils faisaient route ensemble sous la même bannière, pour protéger la veuve et l'orphelin. Il ne s'était pas donné de nom. Pas de symbole pour signifier leur alliance. C'était un lien invisible qui les unissait, malgré leur race, leur place dans la société et leur âge.
Cependant, le monde n'était pas aussi clément avec eux.
Un jour, Grunlek et Florence furent convoqués par Eduard dans cette ville. Il avait une annonce importante à faire à ses collègues. Un doute dans son cœur qu'il devait expliquer après avoir été en mission.
« Je devais protéger deux jeunes femmes. Elles étaient parties prier les dieux pour leur remercier les abondantes récoltes de l'année. J'avais fait la promesse à un boulanger, Léonard Lennon. Il attendait le retour de sa dulcinée. Ses yeux ne brillaient que pour elle. Malheureusement, je n'ai pas su la protéger. Un démon, Enoch, est apparu devant moi. Je n'ai rien pu faire. Il a emporté la jeune demoiselle. Moi qui étais censé les combattre, je me suis trouvé misérable. Quand j'ai retrouvé ce boulanger. Je ne pouvais pas lui dire toute la vérité. Je ne savais pas ce que ferait ce démon. J'ai… Je lui ai demandé de l'oublier. De mentir et de la prétendre morte. J'ai osé dire cela aux parents de cette femme. J'ai menti. Et je me sens doublement coupable. »
Florence posa une main chaleureuse sur l'épaule du paladin. La vie ne semblait pas être facile non plus pour un paladin. Grunlek aurait voulu demander la raison qui lui avait poussé à mentir. Mais il sentit qu'il ne devait pas la poser. Qu'il ne pouvait qu'être un socle pour l'aider à supporter cet échec.
« Je tenterai de trouver sa trace. De venger ce boulanger. Chaque année, j'irais déposer une gerbe sur sa tombe afin de garder en mémoire mon échec et ne pas reproduire cette erreur. » souffla le paladin.
« Je t'accompagnerai alors. » répondit Grunlek, le regard doux et réconfortant.
Le soutien fut offert au paladin et Grunlek tenait sa promesse envers son ami. D'autres événements s'étaient également produit par les bienfaits du temps.
Notre ami nain mécanicien revenait souvent voir la famille de Yuki et Lucia Kory. Il avait été heureux de découvrir que ces deux êtres s'étaient mariés, que le passé avait effacé les habitudes de l'ancien assassin afin d'être un fermier respectable et un père bien aimé. Blanche était ravie de voir gambader dans sa ferme autrefois si calme, deux petits enfants. Quand Grunlek repassa voir la famille pour prendre de leur nouvelle, que fut sa surprise en découvrant un nouveau né dans les bras de Yuki.
« Il se nomme Shinddha Kory. Cela signifie homme de glace dans mon pays. Je n'aurais jamais imaginé avoir des enfants. De si beaux enfants. » souriait Yuki.
Grunlek était stupéfait par le petit être dans les bras de cet homme. Le nourrisson semblait si fragile, si tranquille, si paisible. Il faisait penser à une petite poupée de porcelaine. Grunlek n'avait pas l'habitude de voir d'aussi jeunes êtres, après tout, chez les nains, la natalité était quelque chose de très rare et sur la route, il n'avait pas l'occasion de croiser des nouveaux nés ou nourrissons, des enfants certes, mais pas des êtres si petits .
« Tu veux le prendre dans tes bras ? » proposa Yuki.
« Je ne sais pas si… » commença Grunlek inquiet d'avoir une telle responsabilité dans ses bras.
Il avait l'habitude de porter des objets lourds, forts, puissants, des armes, des épées, des boucliers, des gens adultes et peu fragiles, pour les aider à sortir de situations difficiles. Le nain avait peur que son bras mécanique ne puisse blesser le bambin.
« Ne t'inquiète pas, mon ami. » souriait Blanche. « Nous sommes là pour te guider et te montrer la manière de le prendre. »
Aidé par Blanche et Yuki, Grunlek entreprit le portage de Shinddha dans ses bras. Il posa le corps du nourrisson le long de son bras mécanique. La main soutenant la frêle tête tandis que le reste du corps pose tout son poids sur l'avant-bras du nain. Un poids plume que Grunlek n'aurait jamais imaginé. Posé contre son torse, Grunlek put voir les mimiques de Shinddha. Le nouveau-né semblait chercher un peu de chaleur dans les habits de cet être inconnu. Il râlait un peu face à l'odeur de cette nouvelle personne. Sa main malhabile cherchait quelque chose sur lequel se tenir. Il trifouilla légèrement la barbe de Grunlek, avant que ce dernier ne pose sa main sur les toutes petites menottes du petit. La minuscule main agrippa l'un des doigts de Grunlek. Doucement, il fit descendre la main du mécanicien vers sa petite bouche pour se mettre à le téter comme il le ferait avec son pouce ou le sein de sa mère.
« Je crois qu'il t'aime bien. » s'amusait Yuki.
En effet, le bambin avait terminé de chercher du réconfort sur le bras mécanique de Grunlek et s'endormit paisiblement sur ce dernier. Tranquille et doux. Se rapprochant des vêtements du nain pour se réchauffer.
Un sourire illumina le visage de l'ancien héritier du trône. Il était heureux de vivre une telle expérience, de découvrir ce genre de personne. Il était également curieux de voir ce que le temps allait décider pour ce petit être. Au fond de lui, en secret, il se promit de veiller sur cette famille et sur ce petit qui tenait fermement son doigt.
Après quelques jours passés auprès de cette famille, Grunlek reprit les routes avec une mission d'escorte de marchands. Parmi eux, le nain sympathisa avec Marcus, celui qu'on surnomme le prince des marchands, un gaillard robuste et prêt à discuter avec beaucoup de monde. Ce qui est un atout pour son métier. L'humain à la moustache ne semblait pas être gêné de voyager avec un nain. Au contraire, il était curieux de nature et aimait découvrir des nouvelles terres, de nouveaux horizons. C'était encore un bien jeune marchand, mais les rêves de grandes découvertes faisaient battre le pas et le cœur.
C'est sans aucun problème que ces deux-là s'entendaient bien. Ils ne cherchaient nullement plus d'informations sur l'un et l'autre. Juste la confiance pour une mission. Juste découvrir le peuple nain sans entrer dans la vie personnelle. Marcus offrit quand à lui ses connaissances du terrain, des cartes, des adresses où Grunlek serait bien accueilli. Toutes ses informations restèrent gravées dans l'esprit du nain. Cela pouvait lui être utile pour ses futures missions.
Une fois cette mission accomplie, Grunlek vaquait à différentes quêtes, durant des années ils parcouraient les chemins, jusqu'à recevoir une missive de la part de Florence, la matriarche des nomades. Elle lui indiquait de venir auprès d'elle pour une affaire de la plus haute importance. Sans aucun complexe, Grunlek se dirigea vers le lieu indiqué par son amie. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour arriver dans une petite maison, isolée dans la forêt. Des bruits de pleurs de nourrisson se faisaient entendre. Les nomades semblaient guetter les environs avant d'apercevoir le maître nain.
« Notre matriarche vous attend à l'intérieur. » souffla un enfant nomade.
Sans hésitation, Grunlek pénétra dans la modeste demeure. Il sentit la chaleur d'un foyer, la douceur d'une voix chantonnant une comptine pour apaiser les pleurs. Le mécanicien aperçu auprès du feu de cheminée Florence en train de préparer une mixture, à ses côtés, allongé dans un lit, une belle jeune demoiselle bercait tendrement un bambin dans ses bras.
« Grunlek, mon ami. Je suis ravi de te voir. » sourit Florence en posant son ustensile. « Maria, je te présente un ami à moi. Grunlek, un nain mécanicien. Grunlek, voici Maria. »
Maria salua de la tête paisiblement. Un magnifique sourire au visage tandis que le braillard continuait à supplier de ne pas arrêter le chant. Grunlek lui répondit par le même geste avant de s'approcher de la nomade.
« Je suis venu comme tu me l'as demandé. Tu aurais besoin d'aide ? »
Florence l'installa un peu à l'écart de Maria avant de lui raconter ce qu'elle savait et des hypothèses qu'elle avaient.
« Il s'agit sûrement de la femme qu'Eduard a vue avant d'être kidnappé. D'après les dire de cette dernière, l'enfant serait à la fois humain et démon : Balthazar Octavius Barnabé. Il aura peut-être de grands pouvoirs qui pourront l'aider, mais également le détruire. J'ai peur qu'Eduard ne l'apprenne et ne veuille l'éliminer. Ce n'est pas de sa faute s'il est né ainsi. J'essaierai de lui en parler à notre prochaine rencontre. Cependant, je voudrais que tu veilles sur eux, tout comme tu le fais pour la famille Kory. On ne sait pas ce que l'avenir nous réserve.»
Grunlek accepta la mission et alla discuter avec Maria. La jeune femme se trouva fort agréable. Certes peinée de savoir que son bien-aimé a disparu sans laisser de trace, la laissant seule dans ce coin perdu. Pourtant, elle ne semblait pas être en proie au désarroi et au désespoir. Elle souhaitait continuer de vivre, de se battre pour son fils et elle-même. Elle voulait lui offrir le meilleur de sa vie, même s'il était un demi-diable.
Grunlek sourit en voyant le petit être qui avait cessé de chouiner et qui le regardait avec des yeux remplis d'étincelles.
« Vous voulez le porter ? » demanda Maria.
Grunlek n'eut pas le temps de répondre que la mère de famille posa délicatement son bambin sur le bras mécanique du nain. Le mécanicien se rappela des gestes pour maintenir le nourrisson dans les bras. Il eut moins de difficulté qu'avec Shinddha.
Contrairement à ce dernier, Balthazar Octavius Barnabé était plus actif, de ses petites menottes, il expérimentait ses sens tactiles sur les vêtements du nain, sur son bras mécanique, sur sa main organique, où il semblait détailler chacun des doigts de cet être étrange. Grunlek s'amusait à voir que deux êtres aussi minuscules pouvaient avoir un caractère différents. Son admiration pour ces petits humains lui donnait envie de déplacer les montagnes et de voir l'avenir avec eux. Lui qui avait le temps et la longévité il avait envie de leur faire découvrir le monde, de les voir grandir.
L'attention du petit être fut cependant attirée par un endroit particulier. Par ce fouillis de poils qui lui grattait quand il approchait ses doigts fragiles.
Intrigué, le bambin passa d'abord doucement sur la barbe, pour essayer de comprendre ce que c'était. Grunlek trouva cela assez amusant, jusqu'à ce qu'une idée farfelue entre dans le crâne de Balthazar. Les petits doigts dodus se refermèrent comme une pince sur les poils de la barbe avant de tirer avec une force qui étonna le nain, Grunlek poussa un petit gémissement de douleur d'être attrapé de la sorte, tandis que l'enfant riait aux éclats.
Il fallut l'aide de Maria et Florence pour arrêter le jeu du bambin et apaiser les pleurs qui suivirent, Grunlek comprenait mieux le sens demi-diable, oui, c'était un vrai petit diable : adorable de visu mais ayant du répondant.
Le temps donnerait-il raison au nain ? À cet instant précis, Grunlek l'ignorait encore. Il n'imaginait même pas devoir vivre à nouveau un triste événement. Lors d'un de ses retours dans la ferme de Blanche, il découvrit avec une profonde tristesse le corps de Blanche drapé d'un tissu blanc. La dame avait atteint un âge respectable, sa condition humaine faisait qu'elle devait partir bien plus tôt que le nain. Grunlek connaissait cette tristesse, cette amertume dans sa bouche. Il était bien sûr conscient qu'il devrait vivre à nouveau cela dans sa vie. La perte d'un ami, comme il avait perdu sa mère. Il avait été un soutien pour cette femme et la voir ainsi, le corps inerte et sans chaleur, lui rappelait leur grande différence de longévité entre leurs deux peuples.
"Elle est parti avec le sourire." souffla Yuki en posant une main sur l'épaule de Grunlek. "Elle sentait que sa vie était à sa fin. Elle nous a toujours considérés comme ses enfants. Comme ses petits-enfants pour les nôtres. Elle nous a toujours aimés, tout comme elle vous appréciait Grunlek. Vous serez toujours le bienvenu chez nous."
Le mécanicien ravala l'amertume et la tristesse, il était entièrement d'accord avec les propos de Yuki. Il valait mieux pour Blanche qu'elle s'en aille dans un paisible sommeil, plutôt que dans la souffrance et la tristesse. Il devait lui aussi respecter ses choix et surtout la vie en elle-même. Car la mort était un des passages de la vie.
"Comment vont Lucia et les enfants ? "demanda Grunlek.
"Lucia a accepté également la perte de Blanche. Elle a tenu un magnifique discours auprès de son corps. Nous allons la mettre en terre demain. Nos deux aînés étaient certes tristes, mais ils acceptent cette disparition. Ils comprennent que la mort est un état et que la vie doit être savourée. Nos deux derniers enfants ne comprennent pas. Ils ne pleurent pas non plus, ils sont encore trop jeunes pour cela. Quant à Shinddha..."
Yuki observa vers la toiture de sa maison, l'air triste et inquiet.
"Qui a-t-il ?"
"Je crois que c'est le plus affecté par tout cela. Il était très proche de Blanche. Il aimait aller avec elle en ville pour écouter les anciens raconter leurs voyages. Il appréciait l'écouter, sa perte l'a rendu triste. Il est surement sur le toit, ou dans les combles en train de pleurer. J'ai essayé de lui parler, mais Lucia m'a fait renoncer. Elle m'a demandé de le laisser à sa peine. Que c'était normal pour lui. Qu'il reviendra vers nous quand il en aura besoin."
"Tu es inquiet pour lui." sourit Grunlek.
"Oui... Disons, qu'il n'est pas comme ses aînés. Il est plus indépendant. Il est également fortement rêveur. Il parle souvent de voyage, de découverte. J'ai… J'ai peur de ne pas pouvoir le protéger de ce monde qui l'entoure."
Brusquement, dans le visage de cet homme, Grunlek revoyait l'image de son père, lui qui voulait le contenir dans ce royaume, le cacher aux yeux des autres par sa faiblesse. Autrefois il haïssait cette manière de penser. Mais en ayant découvert Yuki, son passé, les menaces pesantes sur ses épaules et sa famille, Grunlek se mit à comprendre un peu mieux le point de vue de son père. À la fois protecteur et étouffant, il comprenait mieux la raison des nains de ne pas bouger de leur royaume, par peur de l'inconnu et du danger.
"Le temps nous le dira." souffla Grunlek. "Un jour ou l'autre, le temps nous le dira ce qu'il faudra choisir comme avenir."
Le nain se sentait plus proche de Shinddha, comme lui, il ne savait pas, ne connaissait pas le vécu de son père, comme lui, il ignorait le danger qu'il courait à l'extérieur de ce monde. Il avait envie de discuter avec cet enfant qui avait perdu aussi un pilier dans sa vie. Cependant, il savait que la perte d'un être cher était suivie d'un temps de deuil plus ou moins long selon les individus.
Celui de notre ami nain n'était pas très long (si nous comparons avec sa longévité). Il avait d'autres missions à accomplir, dont celle de la surveillance du deuxième bambin : Balthazar Octavius Barnabé Lennon. Grunlek parti de la tombe de Blanche, en se retournant une dernière fois, il put apercevoir cette ferme où il l'a rencontré, sur le toit, il vit la silhouette d'un jeune garçon, assis, les jambes repliées sur son torse. Grunlek ne chercha pas plus d'explication. Il pensait qu'il s'agissait de Shinddha, désireux d'être seul pendant un certain moment.
De retour en ville, Grunlek commençait à avoir l'appétit en éveil. Surtout après la route parcourue pour revoir Maria, Florence et l'enfant. Une délicieuse odeur venait lui titiller les narines, l'invitant à pénétrer dans la boutique d'un boulanger. Notre ami nain, curieux de connaître les ingrédients utilisés pour cette recette et aimant la bonne chère se rendit dans les lieux. Prêt à acheter quelques pains particuliers afin de pouvoir en apprendre davantage et surtout de se régaler. Il avait prévu d'acheter également un peu de nourriture pour Maria et son enfant.
La porte de la boulangerie s'ouvrit et notre ami nain alla en direction des apprentis boulangers afin de demander du pain.
« Maître Grunlek ? » fit une voix féminine derrière lui.
Le mécanicien amateur de cuisine se retourna pour apercevoir Maria, avec derrière elle, le petit Balthazar Octavius Barnabé, tenant fermement d'une main la jupe de sa mère et de l'autre un livre.
« Mademoiselle Maria. Quel plaisir de vous revoir. J'allais justement venir chez vous. Et je vois que votre enfant et vous alliez bien. »
Maria rit en entendant ces paroles avant de lui répondre :
« Nous habitons ici désormais. Et vous pouvez m'appeler madame Maria Lennon. Balthazar, dis bonjour à maître Grunlek. »
Le nain était agréablement surpris d'entendre que Maria n'était plus seule dans ce hameau perdu dans les tréfonds de la forêt, qu'elle s'était mariée comme l'indiquait l'alliance sur sa main. Le petit enfant intimidé souffla d'une voix fluette.
« Bonzour, maigre Grun… GRUN… GRUN… »
L'enfant n'arrivait pas à prononcer le nom du nain, cela le rendait encore plus mignon et attachant. Il insistait pour tenter de dire les mots en entier, Grunlek se mit à hauteur du petit être pour lui tapoter les cheveux et lui répondre.
« Tu peux m'appeler Grun. Cela me va. »
Bien que timide et introverti, l'enfant lui offrit un sourire aussi adorable qu'un petit ange. Personne ne se douterait que derrière ce visage adorable, fin et délicat, semblable à une petite fille, une histoire de diable l'entourait.
Maria emmena son ami nain vers sa demeure afin de lui présenter son mari.
« Maître Grunlek, voici Léonard Lennon, mon mari boulanger. Mon amour, voici maître Grunlek, un ami nain voyageur qui aide Florence lors de certaines missions. »
Léonard Lennon, le costaud boulanger observa sous toutes les coutures le nain. Il n'en avait jamais vu à part dans les livres d'images et dans les contes pour enfants, le regard gêna légèrement Grunlek, avant que Léonard l'accueille dans son antre : les cuisines. Ensemble, ils discutèrent des différents plats qu'ils aimaient préparer, les différentes mixtures et du pain à confectionner. Un peu à l'écart, B.O.B observait de loin les deux adultes en train de discuter, à cet âge l'enfant ne comprenait pas tout, mais il aimait s'imaginer que la cuisine était un savoureux mélange de magie et d'alchimie. Maria observa son fils, jusqu'à ce que ce dernier ne commence à piquer du nez. Avec une grande douceur, elle l'attrapa dans ses bras, le berça et l'entraîna dans sa chambre.
« Si vous êtes un ami de Florence, vous devez savoir qui est le père de ce petit garçon. » souffla Léonard une fois Maria et B.O.B parti.
Grunlek hocha doucement de la tête positivement. Il avait pu retrouver la matriarche des nomades et discuter des nouvelles concernant le petit demi-diable.
« J'espère qu'Eduard tiendra sa promesse pour aider B.O.B. Je sais que tout cela est contre sa religion. Mais, ce n'est qu'un gamin. Il n'a pas choisi de naître ainsi. Il n'a pas désiré ses pouvoirs. Pourquoi le punir, lui ? Quand Maria s'était fait enlever, Eduard avait le choix de me dire la vérité, pourtant il l'a tue. Je ne voudrais pas qu'il revienne sur sa promesse. Je suis d'accord pour qu'il élimine B.O.B s'il est trop dangereux pour tout le monde. Mais… C'est mon fils. Je veux le défendre et m'assurer qu'il puisse vivre une vie paisible. Une vie normale. Je veux le voir grandir. »
La détresse de cet homme toucha le mécanicien, contrairement au peuple nain, Grunlek avait découvert cette ouverture d'esprit chez les humains. Ils acceptaient, certes, avec un peu de temps, l'arrivée de nouvelles races avec eux : Elfe, Nain, demi-élémentaire, demi-diable. Il fallait juste un peu de temps et de communication. Leur durée de vie étant plus courte que chez les autres créatures, les choix étaient plus rapides, les changements également. Il ne fallait pas attendre des décennies pour voir opérer une métamorphose dans les lois, contrairement à son peuple. Du jour au lendemain, ils pouvaient accueillir à bras ouverts de nouvelles attitudes, cela était une force, mais aussi une faiblesse, car cela pouvait faire du bien pour le Cratère, mais également servir à des fins malveillantes.
Grunlek appréciait ce genre d'ouverture d'esprit et sans hésiter il promit à Léonard.
« Je vais discuter avec Florence et Eduard de Silverberg. Je les connais tous les deux. Nous allons vous aider à voir grandir cet enfant. Je vous le promets. »
Intrigué, mais ému, Léonard accepta cette promesse.
Les jours passèrent et Grunlek avait envoyé une missive pour ses deux autres compagnons afin de les réunir dans un même endroit, à une distance équivalente pour aider les deux familles : les KORY et les LENNON. Car leur communauté, leur équipe d'aventuriers se devait de connaître la position de chacun et de savoir ce qu'il pouvait faire pour les aider.
« Pour le moment, Enoch, le père biologique de Balthazar n'est pas revenu depuis sa naissance. Je ne crois pas qu'il viendra rechercher son fils pour le moment. L'enfant est trop jeune. Il ne sait pas encore totalement maîtriser son pouvoir et surtout, il est toujours dans une période de sa vie où le pouvoir pourrait prendre dessus sur son corps. » commença la matriarche avec un air sévère.
« Je le comprends parfaitement, Florence. » répondait Eduard. « Cependant, je ne peux pas rester indéfiniment aux côtés du demi-diable. Il faut aussi rester non loin des Kory, des rumeurs circulent. Les marchands racontent que des nouveaux meurtres mystérieux et sanglants ce perpétuent dans la région. Si nous souhaitons attraper le clan de tueurs nous devons être là-bas à temps. »
Grunlek écoutait attentivement les discussions de ses deux amis. D'un côté, il y avait la défense de Maria et Balthazar face un probable démon. Ce dernier pourrait être affecté par la magie de la lumière du paladin et demanderait sa présence à ses côtés.
Mais de l'autre, Eduard avait comme mission de capturer le clan des assassins dont faisait partie Yuki Kory.
« Quel est ton avis Grunlek ? » demanda Eduard.
« Eh bien. Je suppose que vous avez tous les deux vos raisons à défendre. L'une et l'autre sont complémentaires Je vous propose un autre arrangement. Nous sommes trois. Florence et toi vous pouvez rester auprès de Balthazar et de sa famille. De temps à autre, vous viendrez voir chez le KORY si tout se passe bien, moi je partirais dans cette région. Je vais surveiller les rumeurs et vous informer si quelque chose a changé. Ainsi, nous pouvons continuer à veiller sur les deux familles. »
Les deux amis acceptèrent cette proposition. Cela leur permettait ainsi de pouvoir se déplacer plus librement vers l'un et l'autre des petits protégés. Leur plan fut mis à exécution dès le lendemain. Grunlek partant dans les plaines froides chez les Kory, tandis que Florence et Eduard restaient non loin de Balthazar et sa famille.
Pendant quelques années, tout se passait pour le mieux. Les trois anges gardiens tournaient dans les régions, non loin de leurs cibles. Grunlek surveillait les allées et venus près de chez Yuki et Lucia, il avait ainsi découvert que Shinddha s'était enfui de la maison pour aller traverser le monde avec un marchand. Le mécanicien put lire sur le visage de Yuki de l'inquiétude, de la peur et surtout l'envie d'aller le rechercher pour s'assurer qu'il aille bien. Grunlek avait un pincement au cœur en voyant un tel spectacle. Il s'était fortement senti proche de Shinddha. Il avait senti cette même envie de quitter le foyer, sans connaître tous les tenants et aboutissants de son paternel. Sans connaître l'inconnu vers lequel il se dirigeait. Pourtant, tout comme cet enfant, il était parti. Il avait fait son choix. Même si la différence d'âge pour cette décision était importante, leur chemin était bien le même.
Le cuisinier aurait aimé rassurer le père de famille. Lui assurer que tout allait bien se passer, car il était accompagné d'un marchand que Grunlek connaissait : Marcus, le prince des marchands. Il se doutait que ce dernier ne blesserait nullement un enfant. Le prendrait sous son aile comme son apprenti. S'assurerai de lui enseigner les merveilles de la vie et de lui apprendre l'envie de retourner au foyer.
Le départ était toujours un moment difficile. Yuki en tant que père inquiet ne cessait jamais de demander des nouvelles aux marchands et aux voyageurs. Sans grands succès.
Un jour où Grunlek retrouva Lucia en ville, la mère de famille interpella le nain.
« Bonjour maître Grunlek ! Vous êtes là depuis longtemps dans la région ? » souriait-elle.
Le nain démasqué hocha simplement de la tête.
« Je me doutais que vous étiez ici avant le départ de Shinddha. J'avais cru vous voir nous surveiller il y a peu et surtout Yuki. Je vois que vous êtes un peu notre ange gardien. »
« Cela ne vous fait pas peur que je reste dans les parages ? Vous ne vous posez pas de questions ? Vous n'avez pas l'air d'être si inquiet pour votre fils, sans vouloir vous offenser. »
Lucia riait de bon cœur en prenant dans ses bras un agneau.
« Je sais que vous n'êtes pas une mauvaise personne, puisque vous connaissiez Blanche avant moi. Je me disais que vous étiez là concernant le passé de Yuki. Et cela me rassure de savoir que quelqu'un est proche de nous pour nous aider. Par ailleurs, j'ai confiance en ces marchands qui ont entraîné mon fils dans leurs voyages. Il est comme son père. Bien plus qu'il ne le pense. Il fallait qu'un jour il quitte le nid familial pour découvrir ses origines. Même si cela va le blesser. Bien sur, je souhaite qu'il revienne sain et sauf. Cependant, je savais quand Shinddha partait écouter les voyageurs qu'il n'avait qu'une envie : quitter la ferme. Yuki devra accepter son départ. Il va se calmer, ne vous inquiétez pas ! »
Et les paroles prirent effet. Certes pas du jour au lendemain. Le temps avait fait son office sur les inquiétudes du père. Les attentions de ses autres enfants et de sa tendre moitié avaient fait le reste.
Les jours passaient. Les semaines. Les mois. Les saisons et les années.
Grunlek continuait à travailler dans les environs, souvent en cuisine ou en mécanique. Il était relayé par Eduard qui venait aux nouvelles et parfois Florence, pour du commerce. Tout se passait pour le mieux. Jusqu'à ce fameux jour.
Le printemps avait commencé à pointer son nez. Les bourgeons s'éveillaient, la terre renaissait de l'hiver rude, les paysans commençaient à retravailler la terre. C'était un cadre idyllique où personne n'imagine les malheurs qui vont se produire.
Grunlek était en train de travailler tranquillement dans une auberge, des travaux classiques : couper du bois, cuisiner, ranger les affaires. Il avait réussi à dégotter une petite chambre dans cette auberge et un peu d'argent pour ses futurs voyages. Quand soudain, le nain vit passer dans la rue l'aînée des filles de Yuki. Cette dernière annonça à ses amies que Shinddha, leur petit frère était revenu au foyer. Ravi Grunlek nota cette nouvelle pour s'apprêter à voir le petit Shinddha, de connaître ses impressions sur le monde extérieur et faire plus ample connaissance avec ce gamin, dans la salle principale de l'auberge, Marcus, prince des marchands venait d'entrer.
Au loin, il aperçut Grunlek, ce bon nain qui l'avait plusieurs fois aidé dans de la protection et l'invita à savourer son retour.
Avec l'accord de l'aubergiste, Grunlek et Marcus savourèrent quelques pintes. Le mécanicien voulait laisser un peu d'intimité pour cette famille. Après tout, il avait surveillé les environs durant la journée et aucune rumeur n'avait circulé. Aucun meurtre. Aucun acte de cruauté. Pas même une bagarre d'ivrogne sur la route. Pour une fois, un seul soir, il allait laisser en paix cette famille.
Un soir. Le temps de quelques heures. Juste l'instant de partager un bon moment avec quelqu'un d'agréable et d'une sieste. Un temps suffisant pour brûler une maison et ne laisser que des cendres.
Voici ce que découvrirent au petit matin Grunlek et Marcus. Des cendres, une odeur nauséabonde de chair brûlée. De bois calcinés. Un goût d'amertume monta dans le gosier des deux visiteurs. Aucun n'avait imaginé qu'un tel désastre arriverait dans la nuit.
Rapidement, Marcus déblaya la terre pour sortir les corps du cadavre de la maison. L'homme n'était pas un grand manuel. Il était plus ancré dans le social que dans la force, malgré son physique imposant. Grunlek alla lui donner main-forte. Ensemble, ils offrirent à cette famille une sépulture pour qu'ils reposent en paix. La gorge nouée, les larmes au bord des yeux, Grunlek comprenait un peu mieux le sentiment d'impuissance qu'avait dû ressentir Eduard quant à l'échec de sa mission.
C'est avec le cœur en lourde peine, que Grunlek reparti en direction de la ville. Seul, portant un lourd poids sur son épaule et une douleur atroce au fond de son cœur. Il s'en voulait de ne pas avoir connu plus en profondeur Shinddha Kory, de ne pas avoir écouté un peu plus Yuki, de ne pas avoir trouvé l'origine de cet incendie. Peut-être que ces hommes étaient en ces terres. Il se maudissait de ne pas avoir été assez vigilant et de ne pas avoir su gérer l'urgence.
Marcus et lui étaient parti chacun de leur côté. Ils devaient tous deux reprendre leur vie quotidienne avec à l'esprit une ombre planant au-dessus de leur tête. Un obscur présage et une douleur omniprésente.
Quand Grunlek arriva près de la ville, cette sombre impression s'amplifia. Les nomades entouraient la ville avec un air triste et affligé. Inquiet, le nain s'approcha de l'un d'entre eux prêt à leur demander ce qui se passait. Avant de voir l'obscure vérité. Allongé sur un autel de feuille, de branche et drapé d'une couverture soyeuse et richement décorée, Florence dormait d'un paisible et éternel sommeil. Grunlek resta sans voix. En peu de temps, il avait perdu deux proches. Il se sentait complètement vidé de toutes ses forces quand Eduard arriva à ses côtés.
« Je sais que le moment est mal choisi Grunlek. Mais nous devons discuter. »
Les larmes roulaient sur les joues du cuisinier. Il savait pourtant qu'une discussion était nécessaire avec le paladin. Pour connaître la raison de cette perte d'un membre important, mais également de l'échec de sa mission. Un peu en retrait par rapport aux autres membres de la tribu et toutes les personnes rendant hommage à Florence, Eduard et Grunlek se concertèrent.
« Je crois qu'il est temps que le groupe se divise. Je n'ai rien contre vous Grunlek. Au contraire, vous avez toujours pu nous soutenir dans nos projets, dans notre plan et votre esprit vif et ouvert nous a permis de mener au mieux nos missions. Mais les faits sont là. La famille Kory n'est plus. Florence également. Il ne reste que les Lennon. Je vais rester auprès d'eux et m'assurer que l'enfant grandisse dans la lumière. Je vais m'atteler à cette tâche. Vous êtes un mercenaire, un voyageur. Il est temps pour vous de reprendre la route. Je resterai à votre écoute si vous avez besoin d'aide, d'écoute ou d'informations nécessaires pour vos quêtes. »
Grunlek était triste de voir une telle séparation entre eux deux. Mais lui aussi avait compris que tout ne resterait pas comme avant, qu'il devait lui aussi avancer dans son avenir. Il était juste peiné en se disant qu'il n'apprécierait plus de retrouver aussi souvent Eduard, le petit Lennon et ses anciens compagnons.
Le paladin de la lumière tendit sa main vers le nain mécanicien. Les deux se saluèrent une dernière fois par cette poignée de main, se regardant droit dans les yeux. C'était les derniers instants de leur groupe.
A suivre...
