Disclaimer : Hunger Games est la propriété de Suzanne Collins, c'est à elle que vous devez Finnick !
Remerciements : A Feather of Moon pour son titre qui résume parfaitement ce chapitre. A Mister Cox qui est toujours dans les premiers à me reviewer, à Naivlys qui m'accompagne partout, suivie par Dedday-power, à Estellech, à PeetaPower qui s'amuse à me faire de fausses frayeurs, à SpazzledPrincess ! Merci à tous ! Grâce à vous tous, j'ai atteint les 50 reviews et je me rapproche des 60, c'est vraiment super ! Ça me fait très plaisir de vous lire :)
The serene brutality of the ocean
- As-tu d'autres choses à me dire ?
Erica essuie ses larmes. Trempée, glacée dans ses vêtements, ses longs cheveux légèrement balayés par la brise maritime qui peine à les soulever, le visage bouleversé, elle est magnifique. Ma soeur fait partie de ces rares personnes à pouvoir pleurer sans ressembler ensuite à des torchons tortillés. Ses vêtements moulent son corps élégant, elle s'est jetée à l'eau habillée, comme moi. Je commence d'ailleurs à avoir légèrement froid. Il n'est que cinq heures mais ce soir, la nuit tombera tôt.
- Pas vraiment... Il faut que j'ordonne mes pensées un peu...
Ma soeur me sourit. Elle s'agite dans l'eau, bouge pour se réchauffer, je fais de même. C'est très rare qu'en cette saison l'eau soit aussi froide.
- Il a plu ces derniers jours, tu ne t'en es même pas rendu compte, dit Erica.
- Je n'étais plus vraiment dans ce monde... Mais ne t'inquiètes pas, je suis de retour !
Erica a à peine eu le temps de froncer les sourcils, je me suis repris immédiatement. Il ne faut pas que je replonge dans cette dépression amorphe qui m'a fait perdre le fil des jours suivants la mort de Colinie. Je dois m'accrocher. Survivre. Je suis un Vainqueur, un vrai, j'ai vingt ans bon sang ! Il ne faut plus que je m'effondre à la première... Il ne faut plus que je m'effondre.
Je range Colinie dans un petit coin de ma tête, un petit coin rien qu'à moi. Je penserais à elle plus tard. Lorsque je citerais son nom et parlerais en l'honneur des victimes du Capitole, quand tout sera finit, quand nos volontés se seront accomplies. Pour le moment, seul le présent, démolir les bases du pouvoir de Snow, survivre, compte.
- Le père de Colinie, Proni Paraa, n'était pas vraiment son père. Je n'ai pas compris. Il a dit ça lors de l'enterrement, dans un mouvement de colère contre sa femme qui voulait fermer leur boutique. Et il a aussi clairement avoué qu'il produisait des poisons pour notre Président.
Je barbote dans l'eau, apaisé. Discuter avec ma soeur me décharge de mes problèmes. C'est elle qui va réfléchir pour nous deux désormais. C'est elle la tête pensante. Je ne suis que l'abruti qui sait manier le trident. Comme Omar Calipus, même si lui n'était pas un abruti. Je souris tandis que ma soeur médite. Lorsque je tourne la tête vers elle, je peux voir que je me suis trompé : elle ne médite pas, elle est en état de choc.
- De quoi ?!
- Qu'est-ce que tu n'as pas compris ?
- Tout et rien. Je suis juste étonnée que cela ne te fasse rien. Tu découvres un trafiquant de poisons, père de ta petite amie, et tu ne me dis rien ? Et en plus cela ne t'étonnes pas ? Cet homme l'a avoué devant toi, ce n'est certainement pas un mensonge, tu tiens...
- On se calme, soeurette. Cela ne sert à rien de s'exciter. Cet homme est mort. Et s'il ne l'est pas, il le sera bientôt.
Erica referme sa bouche. Je remarque au passage que ses lèvres commencent à devenir violettes. Nager dans la mer par ce temps n'est peut-être pas une très bonne idée, je sens venir une tempête. De l'orage. Quelque chose de très fort. J'ai une perception très développée de la météo. Dans le District Quatre en tout cas ; le temps au Capitole est modifié, comme toute leur ville, comme les arènes.
- Pourquoi ? Il sert à Snow, non ?
Je souris. Malgré toute son intelligence, Erica est parfois crédule.
- Plus maintenant. Si son trafic est découvert, il n'est plus utile à Snow. Il s'en débarrassera aussi facilement qu'il s'est débarrassé de Colinie. Il fera de la famille Paraa des martyrs et Melissa... Melissa aura perdu sa fille et son mari.
Je me tais. J'ai de la peine pour cette femme. Lorsque je l'ai serré dans mes bras, ce fameux jour sombre et pluvieux, j'ai senti une véritable détresse en elle. Elle ne faisait pas semblant. Elle était sincèrement malheureuse. Malheureuse et maladroite dans son amour pour sa fille unique. Je soupire.
- A leur manière, les habitants du Capitole... Ils ne sont pas tous fous, ils sont juste... Extravagants. Conditionnés surtout.
- Tu es en train de prendre la défense du Capitole ?!
- Tu te trompes de coupable, Erica.
Ma soeur croise les bras. Elle se frotte ensuite, essayant de se réchauffer, essayant d'éviter mon regard scrutateur. Je veux qu'elle comprenne ce que je tente de lui faire saisir, la mince différence entre un coupable, un meurtrier, et des cerveaux vides à ses ordres. Je n'ai réalisé cela que depuis peu. C'était une des nombreuses pensées qui me trottaient en tête lors de ma convalescence. Colinie était une victime, les habitants du Capitole aussi. Ils sont conditionnés à être fous, bizarres, égoïstes mais enfantins à leur façon, de la même manière que les différences entre Districts génèrent des tensions entre nous, de la même manière que lorsque des tributs s'affrontent.
- Je... Le Capitole nous méprise, nous qui le nourrissons, nous qui le distrayons... Tout cela au prix de nos vies. Comment ne pas les haïr ?
- C'est vrai. C'est vrai. Mais c'est faux aussi. Tu sais, ce sont des... Comment dit-on ? Du bourrage de crâne, voilà ! Le Capitole est peuplé d'affiches publicitaires totalement débiles, destinées à les pervertir, et ils subissent cela depuis l'enfance. J'ai vu des enfants aux cheveux bleus, verts et roses, tout cela parce que leurs parents ont eux-mêmes des cheveux colorés. Ils ne peuvent pas lutter, ils ne connaissent pas l'ennemi.
Je saisis le bras de ma soeur, enflammé. Pour la première fois, je me sens... Je me sens dans la peau d'un justicier. J'ai raison. C'est malheureusement ainsi que se passent les choses au Capitole. Nous pouvons les délivrer, nous pouvons faire quelque chose, organiser la résistance, nous battre ! Nous ne sommes pas impuissants. Snow ne nous manipule pas, nous, le District Quatre.
- C'est toi qui rêve et qui ne comprend pas, Finnick. Si ce que tu dis est vrai, s'ils sont mentalement empoisonnés, qui te dis que nous ne le sommes pas nous-mêmes ? Qui se bat ici, lorsqu'un gamin de douze ans est moissonné ? Personne. Nous tenons trop à nos vies nous aussi. Nous avons des petites vies bien tranquilles. Oh, certes, nous perdons de temps en temps un marin dans une tempête, mais rien qui ne nous révolte. Qui te suivra dans ton projet fou ?
- Erica, tu...
- Je te crois, Finnick, si tu dis qu'ils sont prisonniers eux aussi, mais personne ne te croira ici. Parce que tu es toi-même une victime.
Mes bras retombent, je m'éloigne de quelques pas. Elle a raison, bien évidemment.
- Pourtant... Pourtant nous ne pouvons cesser de croire en notre liberté. Tu veux être libre, toi aussi, n'est-ce pas ? Tu as un fiancé, bientôt un enfant, ne souhaites-tu pas le voir grandir ? Dans un monde plus beau que celui-ci ?
La future maman à mes côtés m'adresse un sourire triste.
- Je suis une mère, Finnick. Et je répondrais à ta question en tant que telle : oui, bien sûr que je souhaite le meilleur pour mon enfant, mais malgré cela, je ne ferais rien qui mettrait sa vie en danger.
- Tu préfères ton fils vivant dans un monde affreux que vivant dans un monde libre ?
Je suis sidéré. Je ne m'attendais pas à ça. Je... Je suis incapable de comprendre. Pour la première fois, les pensées de ma soeur et son raisonnement m'échappent.
- Finnick... Je tiens à la vie de cet enfant qui va naître. Je l'aime. Je ne peux rien faire qui compromettrait ses chances de survivre. Et si nous échouons ? Quel sera son avenir ? Ce serait un paria. Il serait envoyé au Capitole et disséqué, on en ferait... Non ! Je ne peux même pas imaginer quelles tortures il subirait. Personne ne touchera à mon fils.
Je me tais, ébahi. L'amour maternel... Je le sous-estimais. Je me suis trompé sur toute la ligne. Ma soeur est une mère, une mère qui aime son enfant. Et moi... Je ne suis qu'un imbécile, une fois de plus. Je ne peux pas lui demander de m'aider.
- Tu seras une bonne maman, Erica. Enfin, si tu survis à ça !
Je l'attrape par la taille et plonge avec elle dans l'eau. Nous nous débattons l'un contre l'autre, elle tente de sortir la tête, je la noie, elle me mord, je m'étouffe en voulant rire. Nous restons très longtemps sous l'eau. C'est notre élément. Je ris jusqu'à n'en plus pouvoir. Erica rigole aussi. Elle grelotte, tremble, rit. Elle me fascine. Tout comme son ventre qui s'arrondit. Il est déjà rond. Personne n'ignore qu'elle est enceinte. Je ne peux pas l'ignorer plus longtemps moi aussi. Il faut que ma soeur et moi nous séparions, il faut qu'elle vive sa vie désormais. Je dois me débrouiller sans elle et cesser de l'entraîner dans mes aventures trop dangereuses.
- Je sais ce que tu vas me dire... Je voudrais protester mais je n'ai pas le droit, n'est-ce pas ?
Je hoche la tête. Erica est la personne la plus intelligente que je connaisse. Elle sait tout de moi. Elle pourrait finir mes phrases si elle le voulait.
- Je t'aime, Rica, dis-je en reprenant un de ses vieux surnoms. Je t'aimerais toujours.
- Tu es le garçon le plus...
- Ne le dis pas.
- Je t'aime, Nick.
Je lui souris. Mes yeux me piquent, je retiens mes larmes.
Nous sortons de l'eau. Je prend sa main et la serre très fort. Elle m'embrasse sur la joue. Je me laisse tomber dans le sable humide. Je me doucherais plus tard. En attendant, je veux juste rester sur la plage avec ma soeur avant de la laisser vivre sa vie. J'arbore un immense sourire.
- Comment sont les femmes du Capitole ?
- Très différentes de toi ! Certaines ont la peau très douces, d'autres des ongles très longs, certaines sont très généreuses...
Je laisse flotter un léger sous-entendu. Erica rougit puis rigole.
- Finnick Odair, tu es un horrible fripon !
- Que veux-tu ma belle, ce boulot n'est pas si mal au final ! Et je n'ai pas de conseils à recevoir d'une femme enceinte et non mariée, ce n'est pas très très protocolaire tout ça... Tu n'es qu'une vilaine fille, Erica Odair !
Ma soeur rit tant qu'elle n'arrive pas à me répondre. Je me met à rire moi aussi. Si elle savait à quel point je déteste toucher ces femmes ! Aucune ne m'attirera plus jamais, j'ai retenu la leçon. Les femmes du Capitole ne sont pas pour moi, pas plus que l'amour.
- Mon bébé sera le plus beau, que je sois mariée ou non.
- Notre bébé aurait été le plus beau.
Erica cesse de rire. Ma boutade retombe. Je me mord les lèvres. Ce n'est pas ce que je voulais dire. Je voulais juste faire preuve d'esprit. Je me suis totalement loupé. Elle va me détester. Me haïr. Me fuir. Je suis un crétin fini.
- Mais nous avons déjà un bébé, Finnick.
Allongée à mes côtés, Erica me fait un clin d'oeil. Oh, que je l'aime. Elle est géniale.
- Filipa est le plus beau bébé au monde, n'est-ce pas ?
- La plus jolie fillette de Panem. Et en tant que Vainqueur des Jeux, je peux te dire que j'en ai vu des fillettes. Filipa était la plus belle. Aucune ne rivalise avec son innocence et son sourire.
La future maman sourit. Elle pose sa tête dans le sable et ferme les yeux, apaisée. Une main sur son ventre arrondi, elle sourit.
- Que tu es belle...
- C'est l'homme le plus sexy de Panem qui me dit ça ?
- Tu devrais être flattée, c'est bien l'homme le plus sexy de Panem qui te dit ça ! Admire ce corps, n'est-il pas...
Je continue mon délire un bon moment. Elle rit, fait semblant d'admirer, me regarde sous toutes les coutures, nous faisons semblant de prendre mes mensurations. Au final, mes biceps mesurent cinquante centimètres lorsque je contracte et mes abdos sont plus durs que la coque des bateaux du District Quatre.
- Il parait que tu es l'homme le mieux membré...
J'éclate de rire.
- Mais je sais bien que c'est faux, un petit garçon est plus impressionnant que toi.
- Mince, tu m'as percé à jour !
Erica me fait un nouveau clin d'oeil.
- Je vais te confier un secret, tu veux l'entendre ?
- Oh oui, un secret monsieur Odair, un secret ! s'exclame-t-elle en imitant les groupies du Capitole.
Je me redresse légèrement, essayant d'arborer un air très sérieux.
- Et bien, mademoiselle Odair, mon terrible secret se trouve sous ma ceinture... Je suis ridiculement petit.
- Nooooon ?
- Si ! Mais cela reste entre nous, n'est-ce pas ?
- Entre nous et tous nos auditeurs, bien évidemment...
- Bien évidemment... Vous comprenez désormais pourquoi mes stylistes créent des tenues qui ne cachent que cette partie-là ?
Erica éclate de rire. En réalité, c'est moi qui insiste pour garder secret un minimum de mon intimité. Je pense toujours à ma mère lorsque je défile et le fait de penser à elle m'empêche d'exhiber mon corps.
- Un véritable coquin...
- Tu peux parler...
Allongés tous les deux sur le sable, nous admirons le ciel. Il est sombre, chargé de nuages. Je ne m'étais pas trompé tout à l'heure : des éclairs éclatent, bien loin de la plage, des faisceaux lumineux se perdent dans la mer. Une tempête va secouer notre District ce soir.
- On ferait mieux de rentrer.
J'acquiesce mais ne bouge pas. Je suis si bien, là. Erica est à mes côtés, souriante, heureuse, et j'ai pu être moi-même pendant une petite heure. Dire des bêtises, être joyeusement débile, sourire innocemment et uniquement pour le plaisir de sourire... Ces bonheurs simples me manquent. Snow m'en a privé.
- Erica !
Je me retourne. Moia Kinsgla se tient derrière nous, sur les rochers qui bordent la plage. Ses cheveux bruns lui tombent dans les yeux, il devrait les couper. Je ne juge pas les hommes mais celui-là ne me plait pas. C'est lui qui serre ma soeur dans ses bras la nuit. Je soupire. Qu'est-ce que j'ai dit tout à l'heure ? Je dois laisser Erica à sa vie. Je dois être raisonnable. C'est pour cette raison que je me penche vers ma soeur et que je me contente d'un baiser sur sa joue.
- Va le rejoindre, dors chez lui ce soir, je rentrerais seul.
Moia m'adresse un grand sourire. Je ne peux m'empêcher de le lui rendre. Il ne fait pas semblant, ce n'est pas pour s'attirer mes faveurs, c'est juste parce qu'au travers des récits de ma soeur, il a l'impression de me connaitre et il m'apprécie. Le naturel me fait presque bizarre.
Je ferme les yeux. J'entend leurs rires qui s'éloignent, je reste allongé dans le sable un long moment. Jusqu'à ce que la pluie tombe.
- Mince !
Je me lève aussitôt, je ramasse le tee-shirt que j'ai enlevé lors de ma discussion avec Erica, je le remet en courant vers la grande route. Je traverse tout le District, la pluie tombe fort soudainement, il grêle. Je me prend de la neige sur la figure, des feuilles, des grêlons, je pousse des cris. Par le trident d'Omar Calipus, c'est la nature entière qui se déchaîne contre moi !
- Bon sang de...
Je m'arrête soudainement. Une fille est allongée au milieu de la route qui mène vers les maisons des Vainqueurs. Elle relève la tête en entendant le bruit de mes pas. Il me faut un moment pour la reconnaître tant elle est méconnaissable. Elle parait... prête à disparaître. Elle ne veut plus de sa vie. Comme moi il y en a quelques heures. C'est pour cette raison que je me baisse, que je la prend dans mes bras, et que je la laisse me guider vers sa maison.
