Après toutes ces révélations terribles, Matthew avait préféré fuir la compagnie de ses semblables pour visiter le château de Versailles de ce nouveau monde. De toute façon, personne ne faisait attention à lui dans les couloirs. Ses camarades d'infortune, Marianne et Monika avaient certainement oublié son existence même. Alors, autant satisfaire sa curiosité concernant cet Univers en déambulant dans les bâtiments de cet endroit plein de charmes.

En avisant les tableaux décorant le château, Matthew se rendit compte que l'Histoire de France avait pris un tournant bien différent de celui qu'il connaissait.

Marianne, bien que son nom soit républicain au possible, possédait encore une Royauté. Matthew se demanda si le couple royal séjournait au château et si Marianne désirait cacher leur existence encore longtemps à son gouvernement. Enfin, pour Matthew, ceci reviendrait au même.

Personne ne s'intéressait vraiment à lui. À part sa famille. Quand ça leur prenait. Sa mère venait de se carapater avec son père pour procréer à nouveau. Marianne aurait pu faire un effort pour le connaître un peu mieux. Heureusement, Gilbert se préoccupait véritablement de lui.

Matthew préférait ne pas penser à son amoureux qu'il devrait tromper à un moment ou à un autre pour le retrouver.

De plus, il sentait qu'il aurait d'énormes difficultés à attirer l'attention de qui que ce soit.

« Canada !

- Ah, enfin ! Tu t'en souviens ! Kuma !

- Bonjour, mon amour ! »

Matthew serra fortement son ours, l'amenant au bord de l'asphyxie, en tombant face à face avec une aura et un sourire aussi avenants que la Sibérie. Il accepterait tout, mais pas ce pays-là !

« Russie !

- Je m'appelle Anya. Soyons plus qu'ami. »

La jolie et grande Russe l'attrapa entre ses bras forts pour l'étouffer avec sa poitrine opulente.

« Je suis venue en visite diplomatique pour rencontrer France, mais celle-ci est bien trop occupée pour me recevoir dignement. Quand je t'ai aperçu dans les couloirs, j'ai eu envie de jouer avec toi. »

Heureusement, Anya le relâcha. Il put reprendre sa respiration et son ours aussi. Il n'appréciait toujours pas les câlins russes, même si Ivan comptait parmi ses amis.

« Je ne suis pas un animal de compagnie. »

Il fallait toujours le préciser avec Russie, ne savait-on jamais.

Anya eut une sorte de petit rire qui se voulait de connivence, mais, sur la fin, il prit une tournure machiavélique et jeta un froid dans l'assistance. D'un Univers à l'autre, certaines caractéristiques ne changeaient pas.

« Je suis la femme de Marguerite Williams. Et donc…

- Il n'y a pas : "et donc". »

Anya avait beau être une femme magnifique avec ses longs cheveux de platine, ses yeux de violines et ses formes avantageuses, mais elle n'en restait pas moins Russie avec un manteau rose et avec une pelle à la main.

« Voyons ! Canada, je suis ta plus grande chance de rentrer chez toi. Qui d'autres s'intéresseraient à toi ?

- Prusse…

- Je te déconseille de cocufier mon frère Biélorussie.

- Elle fait quoi ta Marguerite avec mon chum, si je m'abuse. »

Anya devint blanche comme un linge, avant de rétorquer :

« Nous nous sommes séparées temporairement, comme ça personne ne trompe personne.

- C'est un peu bancal comme raisonnement.

- Je suis Mère Russie… Même si je considère mes citoyens comme mes enfants, les autres nations se moquent de moi. Je vais y mettre un terme avec toi.

- Ce n'est pas une raison pour vouloir un enfant. On ne se moque pas de notre Russie, même si… »

Attendez deux minutes… Pourquoi disaient-ils aussi « Mère Russie » dans leur monde ? Matthew ne préférait pas savoir ce que faisait Ivan dans ces moments de libre. Oh, non !

« … Même si, quoi ?

- On dit aussi : "Mère Russie" pour lui.

- Ah !

- Oui.

- Il a des enfants ?

- Pas à ma connaissance.

- Pourtant, tu devrais savoir.

- Pourquoi ?

- Vous n'êtes pas ensemble ?

- Je suis avec Prusse.

- Ah ! Tu ne me trouves pas jolie ! »

Que répondre pour ne pas se faire agresser sexuellement ou tabasser ? Matthew voudrait disparaître dans le néant.

« Tu es jolie, sans contexte, mais je ne suis pas intéressé par ta proposition. »

Et là, elle fondit en larmes. Matthew n'aimait pas voir les filles pleurer, alors il la prit dans ses bras. Était-ce une caresse pas du tout subtile dans son dos ? Il allait faire comme s'il n'avait rien senti qui prêtait à confusion.

Après, Anya lui fit un bisou esquimau avec le nez en le retenant par les épaules avec une poigne dantesque. Matthew craignait le moment où elle allait l'embrasser.

« Mapple ! »

Matthew n'osa pas mettre ses mains sur la poitrine d'Anya pour la repousser. Elle pourrait le prendre comme une invitation à approfondir son harcèlement sexuel. Mais elle venait de lui mettre la main aux fesses !

Heureusement, son ours grogna méchamment pour défendre sa vertu. Anya se détacha de lui, craignant apparemment les méchantes humeurs des ours polaires.

« Je ne suis pas intéressé, essaya une nouvelle foi Matthew, alors que son ours se mettait debout et entre eux.

- C'est parce que tu ne me connais pas bien ! »

Russie et ses difficultés à se faire des amis, le retour. Matthew pesa le pour et le contre pour s'en faire une alliée. Très peu de monde arrivait à le voir ou à l'entendre. Autant mettre toutes ses chances de son côté…

« Je m'appelle Matthew. Nous pouvons être amis. Seulement amis. »

Anya fit une tête d'enterrement.

« À quoi pensiez-vous en échangeant nos places d'un Univers à un autre ? Franchement, tabernacle. »


Marguerite avait toujours trouvé Gretchen dérangeante au possible. Sa version masculine lui tapait autant sur les nerfs.

Après qu'il ait tenté par tous les moyens de lui faire l'amour, Gilbert l'avait laissée tranquille quand elle avait avancé l'argument que son nouveau corps la mettait vraiment mal à l'aise. Prusse avait toujours eu de la ressource, de l'imagination et de la ténacité pour tout et n'importe quoi. Ceci expliquait certainement son maintien au rang de nation alors qu'il avait perdu son statut de pays.

Après, il pouvait se révéler bête comme ses pieds. Gilbert lui avait fourni tous ses mots de passe sur Internet. Marguerite s'était commandé un passeport et toutes sortes de pièces d'identité en utilisant l'influence de son double masculin.

Le seul problème serait de supporter Gilbert encore quelques jours.

Bon côté des choses. Si jamais Marguerite n'arrivait pas à convaincre Russie d'entretenir une relation à court terme avec elle, elle pourrait toujours jeter son dévolu sur le Prussien. Gilbert entretenait jusque-là une passion torride avec son Canadien et semblait embarrassé d'être repoussé à chaque seconde de la journée.

Marguerite détestait d'être papouillée à la moindre occasion. Elle était persuadée qu'il connaissait à présent toutes ses rondeurs par cœur. Malgré toutes les menaces de son ours, Gilbert n'avait pas arrêté de la caresser et de la palper. S'il continuait ainsi, la Prusse ne serait plus qu'un mauvais souvenir à la surface de cet Univers.

Puis, à un moment de la journée, Gilbert changea radicalement de comportement. À vrai dire, elle l'avait constaté après un coup de téléphone de la part de son petit frère chéri, awesome lui aussi, mais pas autant que lui.

Allemagne. Ludwig. Allemagne ne téléphonait que pour d'excellentes raisons à ses proches, à ses alliés ou à ses ennemis. Une fois, Alice lui avait confié qu'elle était obligée d'appeler Monika pour avoir de ses nouvelles tout simplement.

Ce n'était donc pas un coup de fil anodin.

Vu comme Gilbert la regardait avec suspicion, Marguerite se douta que l'une de ses camarades d'aventure avait déjà vendu la mèche. Elle mettait Chiara et Lisa en haut de ce classement. Sophia avait assez de classe et de talent pour se sortir de toutes situations compromettantes. Amelia avait été mis hors course d'entrée de jeu, mais ne savait-on jamais ? Sa pseudo-sœur avait beaucoup de ressources elle aussi pour embêter ses semblables.

Allez, un petit coup de fil à America serait distrayant.

« Je vais appeler mon frère.

- Je t'en prie. Fais ce que tu veux. »

Au bout de la troisième sonnerie, Amelia lui répondit.

« Hi, sister !

- Hi. Comment tu t'en sors ?

- Bien. Très bien, la nargua Amélia. Sûrement mieux que toi.

- J'en doute.

- J'ai assez à manger pour la semaine. J'espère que d'ici là, vous viendrez me ravitailler. Je ne connais même pas le code de la carte bleue d'Alfred… Heureusement, elle a le paiement par contact… Je vais pouvoir commander dans des fast-foods.

- Je suis contente que tu aies le moral… »

Marguerite n'aimait pas vraiment la naïveté d'Amélia qui lui avait coûté son indépendance et certainement bien plus à présent, mais il s'agissait de sa petite sœur qu'elle devait protéger coûte que coûte de Lisa.

« … Je viendrai te voir dès que je peux pour t'aider. »

Marguerite détestait que Gilbert écoute aux portes.

« Ce ne sera pas la peine, répondit Amélia.

- Pourquoi ?

- J'ai demandé de l'aide à l'un de mes états.

- Et il t'a cru ? »

Canada craignait le pire pour sa petite sœur, si naïve, si jeune et tellement coloniale.

« Oui, bien sûr.

- Je crois que je passerai pour plus de sécurité.

- Pas la peine, crois-moi.

- Je suis dans la même situation que toi. Je sais à quel point c'est difficile. J'attends mes papiers à la maison avec Prusse.

- Avec Prusse ?

- Mon chum, je te rappelle.

- Oh… Bon courage pour le supporter.

- Tu n'imagines même pas… Il n'arrête pas de me harceler. »

Gilbert lui fit un sourire timide, alors qu'Amélia riait de sa situation.

« Ça ira mieux dans quelques jours, lui dit Amélia. Tu savais qu'il y avait un réseau Intranet où toutes les nations communiquaient entre elles.

- Oui.

- Ah. Je n'ai pas l'impression que tu y vas souvent.

- J'ai regardé hier.

- Mais il y a des posts toutes les heures… Apparemment, Italie adore poster des photographies de pâtes, de pizza, de tiramisu, etc.

- Grand bien lui en fasse.

- Normalement, je devrais poster régulièrement puisqu'Alfred le faisait.

- Un jour ou deux en manque d'inspiration, ce n'est pas si grave…

- Je n'appelle pas vraiment ça de l'inspiration.

- Et comment peux-tu aller sur l'Intranet ?, se méfia Marguerite.

- Il avait laissé sa session allumée… »

Parfois, l'éducation de Lisa avait déteint sur Amélia. Amélia se révélait dans une innocence et une naïveté à toute épreuve, mais également aussi dans la même fourberie et adepte du suspense que sa mère biologique.

« Ne me dis pas que tu as posté des choses sur l'Intranet ! Ne regarde pas Gilbert !

- J'ai déjà regardé ! J'attendais juste le bon moment », lui répondit Gilbert.

Gilbert avait sorti un pistolet.

« Kumajie ! Attaque !

- Gilbird ! Attaque ! »

L'oiseau de Gilbert fondit sur l'ours et lui picora le crâne avec son bec, attirant complètement son attention.

« Amélia, je te laisse !

- Je peux venir à ton secours. I'm the hero… »

Marguerite attrapa une batte de base-ball.

« Ne m'oblige pas à tirer, la menaça Gilbert.

- Ne m'oblige pas à défoncer ta petite gueule d'ange. »

Malheureusement, Gilbert était un très bon stratège. Il l'avait acculé dans le coin de son lit. Il la tenait en joue avec une arme à feu, mais possédait également une épée à la ceinture.

« Rends-toi immédiatement. Quiconque connaît mes exploits sait qu'il ne peut rien contre moi.

- Je ne suis pas certaine que tu oseras me tirer dessus. »

Marguerite sursauta quand une balle vint se loger dans le mur, près de sa tête.

« N'en sois pas si sûr. Je n'aime pas qu'on se moque de moi. J'ai encore assez de balles pour te vider ton sang. »

La lueur froide dans les yeux de Gilbert la convainquit qu'au moindre mouvement suspect, il n'hésiterait pas à vider son chargeur. Marguerite comprit que, de toute manière, elle serait maintenant recherchée de partout si elle échappait à Gilbert. Et blessée, elle ne s'enfuirait pas très loin.

« Tu as gagné. »

Marguerite se rassura en sentant que les gestes de Gilbert pour l'attacher étaient dénués de toute caresse déplacée.

Elle se promit de ne pas lui rendre la vie facile.


Voilà, voilà... Ce chapitre m'a fait un bien fou. On va dire que ça sent le vécu de cosplayeuse. ça m'a permis de vérifier la théorie comme quoi Angleterre avait rendu Canada invisible parce qu'il est trop mignon pour son propre bien. Si ! C'est pour cette raison ! J'en suis intimement persuadée ! Et l'ours aussi a eu droit à son lot de câlins, mais lui, on en demandait l'autorisation à sa propriétaire. Non ! Prusse ne m'a pas attachée...Ne vous faîtes pas des idées comme ça. Et ne le faîtes pas ! xD.