Au Cœur de la Pierre
J'ai enfin eu le temps de remanier cette partie de la fanfic ! Merci encore à Armenius pour m'avoir pointé du doigt les incohérences de la version précédente ! Cependant, je trouve ce chapitre encore un peu bancal, j'y apporterais peut-être des modifications plus tard. Le chapitre XI ne devrait pas tarder ! Merci pour votre patience : essayer de concilier la version originale et celle de Peter Jackson n'a pas été de tout repos - un vrai casse-tête même - je tiens donc à m'excuser pour les 'k bye' inexpliqués d'un peu tout le monde...
X - Départs en Série
Il avait été difficile de choisir un nain assez avisé et sage pour gérer les affaires de la mine des Montagnes Bleues, alors que Thorïn et sa compagnie se préparaient à partir pour Erebor. Depuis qu'Oïn avait interprété les présages et que Gandalf était venu leur prêter main forte, il tardait au Roi sous la Montagne d'en changer, et de récupérer celle qui aurait du toujours être sienne. Cependant, ils ne pouvaient partir dès le lendemain : il y avait de nombreuses questions pratiques à régler, et il fallait s'assurer d'avoir tout l'équipement et les vivres nécessaires au voyage. Une petite semaine plus tard, une fois la paperasserie expédiée, ils se mirent enfin en route. Ce ne fut pas un départ en fanfare, et il n'y avait qu'une poignée de proches venus leur souhaiter bonne chance à la porte des mines. La plupart des nains des Montagnes Bleues désapprouvaient la formation de cette compagnie, le départ de leur chef, et la venue de Gandalf, qui comme d'habitude, n'apportait que de mauvaises nouvelles. C'était lui qui avait annoncé à Thorïn que son père, Thraïn, avait été enlevé. Et c'était sous son impulsion que le sage prince nain s'était soudain transformé en roi avide de conquêtes et d'exploits. Du moins, c'était ce que toute la mine pensait.
Les plus loyaux saluèrent tout de même le départ de leur roi, et de sa compagnie. Dis, sa sœur, également la mère de Fili et Kili, était d'ailleurs présente. Elle n'agitait aucun mouchoir, ni ne levait la main. La naine se contentait de les fixer d'un regard profond, énigmatique, où l'inquiétude se mêlait à la fierté. A quelques mètres à peine se trouvait Kona, les yeux embués et le menton tremblant. En voyant les deux naines, si proches alors qu'elles ne se connaissaient même pas, Kili sentit son cœur se serrer. Il ne reviendrait pas sur ses décisions, que ce soit celle de se dévouer totalement à son frère, ou celle de partir avec Thorïn pour reconquérir Erebor. Il ne faisait que goûter l'amertume du prix à payer. Son corps se fit soudainement plus lourd. Il respira un grand coup, avant de détourner le regard vers Fili. Ce dernier lui sourit doucement, avec compassion. Il avait du remarquer la présence de Kona à leur départ, et deviné ce que son petit frère ressentait. C'était toujours comme ça. Kili n'arrivait jamais à savoir ce que pensait Fili. Par contre, celui-ci semblait le comprendre, quelles que soient les circonstances. Un peu comme Kona. Etait-il aussi prévisible ? Aussi transparent ?
Ils avaient toujours été très proches. Pas étonnant que Fili puisse lire en lui aussi aisément. Même du temps où ils ne s'entendaient plus si bien, il ne l'avait jamais laissé tomber, et avait toujours su trouver les mots pour le soutenir. C'était Kili qui jusque là, avait toujours fait un bien piètre petit frère. Il l'avait insulté, frappé, blessé comme personne ne l'avait jamais fait, et pourtant, Fili ne l'avait jamais abandonné. Alors, il ne pouvait pas l'abandonner non plus. Kili n'était pas sûr de savoir comment gérer la vie qu'il allait avoir, maintenant qu'il avait pris ce genre de décisions, mais il préférait ne pas se poser la question. Il était plutôt du genre à profiter du jour présent, au lieu de s'angoisser de choses et de situations qui n'existeraient peut-être jamais.
Fili, lui, se questionnait quand même. Et sa plus grande interrogation ne s'était jamais vraiment posée à la mine. Comment allaient-ils faire, maintenant qu'ils étaient jetés sur les routes avec onze autres nains et un magicien ? Ils n'auraient plus de murs pour les cacher, et il allait falloir se retenir. En voulant suivre son oncle, Fili n'avait pas songé à cela. C'était normal après tout, il y avait des choses bien plus importantes que de s'envoyer en l'air avec son petit frère. Mais maintenant qu'ils passaient les portes des mines, Fili se demandait comment ils allaient faire. La question restait là, obsédante, même quand il se disait qu'il verrait sur le moment, ou qu'il valait mieux rester abstinent. C'était la perspective la plus sage et la plus sûre, mais aussi la plus inenvisageable pour Fili. Il n'était pas un nain ordinaire, on le lui avait souvent rappelé. Pas pour les bonnes raisons, cela dit. Il avait toujours bien caché le fait qu'il était nettement plus libidineux que le nain moyen… Il y pensait presque autant qu'un homme lambda, ce qui faisait de lui un véritable obsédé sexuel sous la Montagne. Autant dire que de son point de vue, il s'était retenu suffisamment longtemps !
Il soupira, et tira sur les rênes de son poney. Ils descendirent les sentiers des Montagnes Bleues vers l'est et la grande rivière Lhûn. On la voyait déjà au loin, si on regardait bien. Les yeux de rapace de Fili la remarquèrent de suite, alors qu'il était perdu dans ses pensées. Il glissa son regard le long du cours d'eau, espérant apercevoir les Havres Gris, à son embouchure. En vain. La brume et les nuages l'empêchaient de voir quoi que ce soit. Le voyage s'annonçait terriblement long et ennuyeux, c'était aussi pour ça que les nains du cortège avaient tous emporté des instruments de musique. Bofur ne pouvait se départir de sa flûte, et à ce titre, Fili et Kili avaient emporté leurs violons. Il y avait également nombre de lyres dans les paquetages, ce qui laissait présager de bons moments sur la route. Aucun d'entre eux n'avaient oublié qu'ils ne partaient pas en vacances. Ils gardaient simplement à l'esprit que s'amuser un peu de temps en temps était important pour le moral.
« Quelle sera notre première étape, mon oncle ? » demanda Fili, alors que l'après-midi descendait dans leur dos. Ils étaient partis à l'aube, et ne tarderaient pas à atteindre la Lhûn.
« La Comté. » répondit Thorïn, en soupirant. Cela faisait terriblement longtemps qu'il n'avait pas voyagé à dos de poney. « Gandalf a dit qu'on y trouverait notre quatorzième voyageur, notre cambrioleur. Cependant, j'ignore sur quel genre de voleur nous allons tomber dans un endroit pareil… »
« Ne soyez pas si sombre, Thorïn Ecu-de-Chêne ! Il y a en Comté de petits êtres plus habiles et malins qu'il n'y paraît, et je suis sûr que je vous trouverai un quatorzième aventurier qui ne saurait vous décevoir ! » répliqua Gandalf à qui la conversation n'avait bien sûr pas échappé.
« Mais… ça ne sera pas un nain ! » pointa Kili, qui semblait débarquer de nulle part, comme à son habitude.
« Effectivement, cher Kili, il y a bien peu de chances que ce cambrioleur soit un nain ! Il n'y en a pas en Comté, ni d'hommes d'ailleurs. La Comté est habitée par les hobbits. » répondit Gandalf.
Thorïn ne dit rien, mais il était très curieux de savoir ce qu'était exactement un hobbit. Il n'en avait jamais vu, et n'avait jamais entendu de récit à leurs propos. Il pariait que c'était le cas de tous les nains de sa compagnie, mais sa fierté lui interdisait de poser une question en premier. Il y aurait forcément un imbécile pour le faire à sa place.
« Et c'est quoi, un hobbit ? » demanda Fili.
Son oncle esquissa un sourire que personne ne pouvait voir. Il y avait parfois quelques avantages à être en tête du cortège.
« Ils sont aussi appelés semi-hommes, dans le rare cas où ils apparaissent dans les récits des autres peuples. En vérité, les hobbits ont bien peu de légendes à eux. Ce sont des gens qui ne font pas parler d'eux, qui vivent en paix dans leurs trous, loin des vicissitudes du monde des hommes, des elfes ou des nains. Ils sont très silencieux, et ont le pied léger : un hobbit vous sera d'une extrême utilité dans votre quête. » ajouta Gandalf.
« Si vous le dites… » répondit Thorïn dans sa barbe.
Il faisait confiance au magicien, bien que ce soit de façon un peu méfiante. Il était hors de question de poursuivre leur quête sans au moins chercher à recruter un quatorzième aventurier, mais Thorïn redoutait toujours un coup fourré de Gandalf. Un magicien restait un magicien, avec tout ce que ça impliquait de tours et de manipulations mentales. Les autres nains, par contre, semblaient bien moins méfiants ou sombres. Ils composèrent rapidement une chanson, un peu en demi-teinte, pour illustrer ce début d'aventure. Ils ne s'en étaient pas tous vraiment rendus compte, mais c'était là le début d'une légende : la leur.
« Sous ces sombres présages
Nous repartons chez nous
Laissons au loin l'orage
Que notre temps soit doux !
Chantons et fredonnons
Mélodies oubliées
La terre que nous foulons
Nous ramène au passé.
Nous, treize pauvres nains
Mais quel est ce blasphème ?
Avec un magicien,
Où est le quatorzième ?
En Comté nous allons,
Et ce Gandalf nous guide !
Allons-y en chanson,
Et pas le ventre vide !
En Comté nous allons,
Avant qu'Gandalf nous quitte !
Allons et déterrons
De son trou ce hobbit ! »
La nuit était déjà avancée lorsqu'ils arrivèrent à la rivière, qu'ils traversèrent à gué, avant de monter un camp sur sa rive gauche. Il leur faudrait attendre encore quelques jours pour atteindre la Comté, et satisfaire leur curiosité à propos des hobbits. Toute la soirée, autour du feu, Gandalf avait répondu aux questions de nains. Il leur avait décrit la Comté, sa verdure, le mode de vie des hobbits, leurs habitations. Ces dernières, plus particulièrement, semblaient attirer l'attention des nains. Beaucoup avaient l'air de penser que des gens qui vivaient sous terre ne pouvaient être de mauvais bougres. Et puis, les hobbits aimaient la bonne chère, ce qui leur faisait encore un point commun. Parler du quotidien, même si c'était celui d'une autre race, avait détendu l'atmosphère, et c'est en racontant des blagues à voix basse que Fili et Kili se levèrent pour prendre leur tour de garde. Ils furent alors devancés par le magicien, qui se leva avec eux.
« Hé bien, mes chers nains, je profite de ce moment de répit pour partir en avant. Ne vous inquiétez pas, je vous rejoindrai au Dragon Vert. Impossible que vous manquiez cette taverne. Je pars chercher notre cambrioleur ! Oh, et au cas fort probable où je sois en retard, je laisserai une rune sur la porte du trou de hobbit. Retrouvez-y moi dans deux semaines, juste après la tombée de la nuit. »
Sans un mot de plus, Gandalf grimpa sur son cheval, et abandonna la compagnie des nains, qui se regardèrent longuement entre eux. Puis, ils haussèrent les épaules, presque tous en même temps. Les magiciens avaient de drôles de façons, mais que pouvaient-ils y faire ? Autant s'en accommoder, et continuer comme si de rien n'était. Gandalf finirait par revenir, il le faisait toujours. Thorin le regarda partir, s'attardant plus longuement sur la lointaine silhouette grise que tout autre nain.
« Il y a une chose que le magicien ignore. » annonça-t-il. Immédiatement, tous se stoppèrent, comme suspendus dans le temps. « Nous sommes peu nombreux, mais je ne compte pas baisser les bras. J'ai envoyé des missives jusqu'à mon cousin Dain des Collines de Fer. Nous nous réuniront un peu plus au nord d'ici, mais vous, vous allez continuer votre route vers la Comté. Je vous y retrouverai directement chez ce… cambrioleur. Je pars demain, dès l'aube.»
Abasourdis, aucun nain n'osa répondre quoi que ce soit. Leur chef ne leur demandait pas leur avis, il les informait seulement. Qu'auraient-ils pu ajouter ? Alors, un par un, ils allèrent chacun déplier leur couverture, et s'endormirent pendant que Kili et Fili montaient la garde. Thorïn était parti dormir un peu à l'écart, près de la rivière. Ori et Nori se chargeaient des poneys et devaient sûrement dormir avec eux. Le reste des nains n'était pas très loin, mais heureusement pour Kili et Fili, Bombur ronflait assez fort pour couvrir leurs rires. Et avec la nuit qui avançait, ils se firent plus calmes. Tirant sur leur pipe, chacun le regard perdu dans le vague, ils laissèrent le silence tomber sur leurs épaules.
« J'espère que notre oncle nous retrouvera à temps. » commença Fili.
« Il n'y a pas de raison ! Et il reviendra avec des renforts si nombreux que nous n'aurons même pas besoin de ce cambrioleur ! » ajouta Kili avec enthousiasme.
Le blond sourit doucement. Même s'il doutait fort que Thorin ne revienne avec une armée de nains de cette réunion secrète, Fili ne pouvait s'empêcher de trouver la foi de Kili rafraîchissante. Il était plein d'espoir, et ça faisait plaisir à voir.
« Tu as sûrement raison… »
Il n'ajouta rien, de peur de briser l'optimisme naturel de son petit frère, et continua de fumer, perdu dans ses pensées. Puis, sans même réaliser qu'il parlait à voix haute, il murmura :
« Ah… Je suppose qu'on aurait du le faire pendant qu'on le pouvait encore. »
« …De quoi tu parles ? » répondit Kili, fronçant les sourcils.
Surpris, Fili se tourna vers son frère : il avait réfléchi tout haut ! Cependant, il ne détourna pas le regard, au contraire. Il le planta droit sur Kili, le transperçant de ses prunelles qui ne cachaient rien de ses pensées.
« A ton avis ? » lui lança-t-il, le faisant rougir.
« Ca te suffit pas ce qu'on fait déjà ? » bredouilla Kili.
« Pas vraiment. Pas du tout en fait. Mais même ça… Je doute qu'on puisse continuer à le faire. » répliqua Fili, soudainement plus sombre. Il était un peu surpris de voir qu'il était le seul des deux à en vouloir plus.
« Pas faux. Ca craint si on se fait griller… »
« A qui le dis-tu… » soupira le blond.
Il tira distraitement sur sa pipe, regardant au loin, vaguement déçu. En dormant à la belle étoile, au milieu de plein d'autres nains, ils allaient avoir du mal à trouver du temps pour eux… Mais au final, ce n'était pas un problème si important que ça. Fili se forçait à relativiser : ce voyage ne durerait pas toute sa vie, et il s'était déjà retenu plus longtemps que ça. Il pouvait encore tenir un peu. Tout ira mieux quand ils seront rentrés, ou qu'ils auront repris Erebor. Et de toute façon, Kili ne semblait pas vraiment d'accord pour aller plus loin, alors la question ne se posait même pas. Il soupira longuement, laissant la fumée de sa pipe s'échapper en volutes, hypnotisé par cette danse vaporeuse. Il se laissa donc surprendre quand Kili lui posa un doux baiser sur la joue.
« Kili… ! On aurait pu nous voir… ! » chuchota Fili, la voix pleine de réprobation mais l'œil amusé.
Ca lui avait vraiment fait plaisir, en fait. Il espérait que Kili le comprenne alors qu'il le regardait longuement dans les yeux, et qu'il lui prenait doucement la main. Le brun comprit, évidemment, et ils ne dirent plus rien jusqu'à ce que leur tour de garde se termine, et qu'ils ne dorment à leur tour.
Comme il l'avait annoncé la veille, Thorin Ecu-de-Chêne partit à l'aube vers le nord, laissant le reste de sa compagnie poursuivre vers l'est. Fili le regarda partir, inquiet, mais comme tous les autres nains, il se contenta de lui souhaiter bon voyage. Il n'était pas là pour discuter ses ordres, et quand bien même, il n'était pas le mieux placé pour le faire. Or, même Balin n'avait rien trouvé à dire. Le vieil érudit reprit la tête de la cohorte, qui s'en alla à dos de poney vers le pâle soleil qui se levait au loin.
C'était encore un long voyage jusqu'à Hobbitebourg et le Dragon Vert : il leur fallut encore trois jours depuis la Lhûn pour y arriver. Fourbus, les douze nains s'installèrent dans la taverne, attendant le retour et de Gandalf et de leur chef Thorin. Méfiants, les hobbits restèrent à l'écart de la tablée de nains, pourtant très festive. Que pouvaient-ils faire d'autre que chanter boire et manger ? Le rendez-vous était fixé pour dans plus d'une semaine encore, et il fallait admettre que la boustifaille n'était pas mauvaise dans le coin. La bière non plus, bien qu'elle leur paraisse bien fade, comparée à celle qu'ils brassaient dans les mines. Celle-ci était blanche, rafraîchissante et pas vraiment amère… Chez eux, les nains avaient l'habitude d'une bière brune ou rouge, et bien plus forte que celle des hobbits. Cela n'empêcha pas pourtant la compagnie d'en commander plusieurs tonneaux et d'en chanter les louanges, une fois qu'ils en ressentirent enfin les effets.
Et toutes les nuits, c'était le même dilemme, le même jeu de funambule. Le Dragon Vert n'avait pas assez de chambres pour loger tous les nains par deux ou même trois, c'est pourquoi Kili et Fili étaient forcés de partager la leur avec Ori et Nori. Tous les soirs, la même torture, celle de dormir près de celui qu'on aime sans pouvoir réellement en profiter. Devoir se retenir, comme Fili l'avait fait la plus grande partie de sa vie… Ca devenait proprement insoutenable. Mais il devait sûrement se sous-estimer, car le jour du rendez-vous approchait, et ils étaient restés sages, et cachés.
Cependant, le jour J, Gandalf et Thorin demeurèrent introuvables.
